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Contenu rédigé par Anne Chardon
Classement des meilleurs critiques: 138.456
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Commentaires écrits par
Anne Chardon

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Dôme, Tome 1 :
Dôme, Tome 1 :
par Stephen King
Edition : Broché
Prix : EUR 22,30

96 internautes sur 104 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Le couronnement de l'aeuvre de Stephen King !, 8 mars 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Dôme, Tome 1 : (Broché)
Chester's Mill, une petite ville de 2000 habitants du nord-est des Etats-Unis, dans l'Etat du Maine, est soudainement coupée du reste du monde, et ses habitants avec (certains de ceux-ci se retrouvent à l'extérieur, sans ne plus pouvoir rentrer chez eux). La raison de cette coupure ? Un gigantesque dôme transparent, sorte de cloche à fromage, infranchissable... Alors que la panique commence à gagner la ville, divers héros et méchants apparaissent dans le récit pour y jouer un rôle important.

Qu'est-ce que le dôme ? Pourquoi est-il là ? La ville survivra-t-elle ?

Telles sont les questions de ce dernier récit de Stephen King, un long récit, délirant et véritablement fascinant, pas très éloigné d'un thème à la Philip K. Dick.

Il s'agit probablement du plus ambitieux roman de l'auteur. Lors de sa lecture, je me suis constamment posé des questions sur les motivations profondes derrière cette histoire trompeusement simple. Ainsi que c'est la cas avec les meilleurs romans des genres fantastique et science-fiction, il ne s'agit pas d'une simple histoire de monstre en liberté et cherchant des proies. Ici, ce qui intéresse assez clairement Stephen King - et nous autres lecteurs - est le comportement de gens ordinaires lorsque ceux-ci se trouvent placés dans une étonnante et improbable situation de ce genre. En vivant par procuration les comportements des différents protagonistes de ce récit, nous nous voyons nous-mêmes, tels que nous réagirions en une telle circonstance - à situation extrême, comportements extrêmes, irrationnels, totalement inattendus... Voilà où doit être trouvée la performance et l'art de « Dôme ».

Cela fait maintenant 35 ans que je lis les romans de Stephen King, et, comme beaucoup, j'ai toujours été impressionné par les récits de cet auteur. Mais « Dôme » appartient désormais à ces quelques uns dont la portée va bien au-delà du simple récit de fiction écrit juste pour faire passer un agréable moment. J'augure que certains compareront inévitablement « Dôme » à « Le Fléau » parce que ce dernier parle justement des horreurs du monde ordinaire, que nous côtoyons quotidiennement sans même plus nous en rendre compte parfois. Et oui, laissez tomber les fantômes, les vampires et les monstres venus de l'espace, car il n'est rien de plus terrible que ce que les êtres humains sont capables de faire à d'autres. Stephen King le sait bien, et c'est là la raison pour laquelle ses histoires se vendent si bien, et ne cèdent jamais au ridicule. Durant sa longue carrière, Stephen King a rarement été aussi talentueux qu'avec ce récit.

« Dôme» est une histoire au rythme rapide et dans laquelle on est projeté dès les toutes premières pages, sans préambule - une histoire horrible, bien sûr - et qui ouvre la porte, à mon sens, d'un genre nouveau et sophistiqué qui a été également marqué l'année dernière par l'étonnant et non moins monumental « Grandoria », de Dominique Raymond Poirier (curieusement vendu seulement sur Amazon.com bien que publié en français) qui parle de la fuite d'un homme perdu au milieu d'un pays tout entier qui devient fou. Dans « Dôme » la même chose arrive pour des raisons différentes : Chester's Mill devient une marmite noire fumante contenant tout à la fois le meurtre, la corruption, la conspiration, et une peur qui en arrive à devenir de l'épouvante. « Dôme » n'est pas un livre vraiment facile à lire, et pas seulement à cause de son imposante taille. Les familiers de Stephen King ne seront pas trop surpris de trouver un peu de langage grossier et de sexe, dérangeant dans quelques cas puisqu'il y a dans « Dôme » une scène de viol collectif, et un peu de nécrophilie au passage. La violence y abonde, l'usage de la drogue y est présent, et les exemples de gens en traitant d'autres d'horrible manière sont particulièrement nombreux. Dans «Dôme », on découvre que la seule chose qui se produira toujours, c'est le pire (Exactement comme dans « Grandoria »), mais dans « Dôme » pour une raison tout de même fantastiques, cette histoire parle de ce qui est mauvais en l'être humain, et cela place le lecteur dans une position d'autant plus inconfortable parce que ça sonne vrai...

Je donne cinq étoiles à « Dôme » et j'en aurais donné six, si cela était possible. C'est à mon sens l'un des meilleurs, sinon le meilleur des récits fantastiques de ces dix dernières années (et encore, je me demande auquel je donnerais ce titre plutôt qu'à « Dôme » avant cela.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (5) | Permalien | Remarque la plus récente : Apr 1, 2011 8:06 PM MEST


Et surtout ne te retourne pas...
Et surtout ne te retourne pas...
par Lisa Unger
Edition : Broché
Prix : EUR 21,00

10 internautes sur 13 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Que se passe-t-il lorsque vous réalisez que votre vie a été bâtie sur un mensonge ?, 16 juillet 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Et surtout ne te retourne pas... (Broché)
Je suis un fan de Lisa Unger depuis « Sans Issue », son premier roman, et j'ai beaucoup apprécié les deux suivants. C'est donc tout naturellement que j'ai acheté celui-ci.
L'idée sur laquelle le récit de « Et Surtout ne te Retourne Pas » a été construit et la suivante : que se passe-t-il lorsque votre mari part un matin au travail pour ne jamais revenir ; que se passe-t-il lorsque vous apprenez que les cinq dernières années de votre vie n'ont été qu'un mensonge ?

C'est ce qui arrive à Isabel Raine, principale protagoniste de ce thriller, une newyorkaise auteure de romans à succès, mariée à Marcus Raine depuis cinq ans.

Marcus est natif de Prague, en Tchécoslovaquie ; il est un développeur informatique talentueux qui possède sa propre entreprise, et il gagne bien sa vie. Il y a juste quelque chose d'un peu énigmatique dans la personnalité de cet homme, mais on ne saurait dire quoi exactement.
Un matin, donc, Marcus s'en va au travail, comme à l'accoutumé, mais il ne rentre pas à la maison. Après une nuit blanche d'anxiété, de rage, mais aussi de peur, Isabel se lance à la recherche de son mari ; il s'agit d'une quête plutôt désespérée. Isabel est naturellement effondrée par cette inexplicable disparition, sans un mot d'adieu ni un coup de téléphone. Seulement, il s'avérera que ces recherches vont tout aussi inexplicablement mettre en jeu la vie d'Isabel, de même que celles des membres de sa famille... Et puis la disparition de Marcus a été accompagnée par celle de tout l'argent et de tous les biens d'Isabel, laquelle était déjà fortunée avant son mariage. Au début, on se demande un peu si Marcus est parti de son plain gré, ou a été enlevé par une mystérieuse organisation ; je ne vous en dirai pas plus.

Rien ne découragera Isabel dans sa quête, par ce qu'elle n'est pas une héroïne comme les autres. Certains me regardent un peu noir chaque fois que je dis que les hommes et les femmes sont différents, par ce que nous ne pensons pas de la même manière, n'écrivons pas de la même manière, et que nos idéaux sont rarement en accord les uns avec les autres. Ce thriller remet complètement en question cette idée. L'héroïne de « Et Surtout ne te Retourne pas » est un vrai roc ; elle est incroyablement dure et résistante, au point que l'on pourrait se demander si elle est tout à fait normale. Je serais bien incapable de prendre des décisions telles que celles qu'elle choisit. La promptitude avec laquelle elle n'hésite pas à tout remettre en question, les épreuves qu'elle s'inflige, et sa manière de nous dire « je vais vous montrer ce que peut faire une femme » me feraient me cacher dans un trou de souris... En somme, Isabel est le genre de rare femme à laquelle je ne me frotterais certainement pas. L'auteur Lisa Unger a délibérément jeté aux orties une tradition du traitement des personnages dont les meilleurs exemples doivent être trouvés chez Alfred Hitchcock ou Harlan Coben, et où les hommes se comportent presque comme des femmes (mais si, allez...).
« Et Surtout ne te Retourne pas » est très bien écrit et mérite d'être mentionné lorsque parlant d'auteurs de thrillers à succès. L'histoire est bien ficelé et sans clichés aucun ; et à cet égard elle remet bien des idées préconçues en question en matière de roman noir, et pas seulement à propos des femmes. Imaginez-vous regardant un film et vous disant « oh non, j'espère qu'elle ne va pas faire ça... » ; et bien c'est une phrase que vous répéterez souvent en lisant « Et Surtout ne te Retourne pas ». Pour cet été, « Et Surtout ne te Retourne pas » est, avec d'autres tels que le « Proies », de Mo Hayder, le remarquable « Piège de Neige », de Lisa Jackson, et l'énorme et très intellectuel thriller politique « Grandoria », de Dominique Raymond Poirier (curieusement disponible seulement sur Amazon.com bien qu'écrit en français( ?), l'un des meilleurs thrillers qu'il m'a été donné de lire.

Je lui donne donc cinq étoiles, et suis certain que, femme ou homme, vous ne serez pas déçu(e)s...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Sep 17, 2011 12:41 PM MEST


Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens
Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens
par Robert-Vincent Joule
Edition : Broché

19 internautes sur 21 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 La manipulation vue depuis de l'angle des victimes, pour une fois., 12 juillet 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens (Broché)
La manipulation est un sujet dans l'air du temps, et quelque chose me dit qu'il est appelé à l'être de plus en plus, tout comme l'est ce que l'on appelle le harcèlement moral (et donc l'aspect manipulatoire participe largement). Voila qui traduit une des tendances de l'évolution de notre société dans laquelle la diminution du pouvoir d'achat est en train de donner lieu à de nouveaux comportements, ou plutôt à une banalisation de comportements autrefois qualifiés de nuisibles. La manipulation était le territoire quasi exclusif des services secrets il y encore, disons, une vingtaine d'années. Aujourd'hui, on manipule couramment à défaut de ne pouvoir séduire par les classiques arguments du prix, de la qualité, du service, de l'amour, de la fidélité, de l'honnêteté, etc.

Dans le registre des manipulations de l'individu, les services secrets manipulent toujours, plus que jamais il faut le croire ; dans celui des masses, ce sont les media et la publicité qui sont les plus actifs. Et puis il y a les nouveaux venus de la manipulation : sectes, groupes politiques, et individus qui ont compris le profit qu'ils pouvaient tirer d'études de sciences telles que la psychologie, le behaviourisme, la biologie comportementale et la psychanalyse, et même la « théorie des jeux » (dernière catégorie à propos de laquelle je recommande particulièrement le magistral "La Stratégie du conflit", par le Prix Nobel 2005 Thomas Schelling, édité chez PUF, et curieusement passé sous silence en France ( ?).

Le constat est simple : tous ceux qui n'ont jamais entendu parler de « l'effet bandwagon » (ou « effet de groupe »), de la « dissonance cognitive », du « dilemme du prisonnier » et de la « preuve sociale » sont aisément manipulables. En général, l'individu est manipulable de deux manières, simultanément. Il est tout d'abord manipulé par les media et la publicité dans ses choix et ses envies en toutes choses, même s'il s'en défend (avez-vous remarqué que bien plus de la moitié de vos vêtements sont de couleur sombre ou neutre, par exemple ?). Et puis il peut être simultanément amené à être individuellement manipulé par un ami, une relation ou un membre de sa propre famille, sans en être conscient, pour servir un intérêt qui n'est pas du tout le sien (exemple : votre époux-se veut vous quitter en douceur, alors il-elle s'arrange pour vous présenter, à l'occasion d'un diner informel, un-e de ses amis-es plutôt bien de sa personne).
C'est donc de tout cela que nous parlent les auteurs de « Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens ». Et ils maitrisent leur sujet, puisque Robert-Vincent Joule est Professeur de psychologie sociale à l'université de Provence (France), et chef du Laboratoire de Psychologie Sociale. Ses domaines de recherche sont la dissonance cognitive et les procédures d'influence sociale (c'est à dire la « soumission librement consentie »). Quand à Jean-Léon Beauvois, il est chercheur en psychologie clinique et se présente, il est tout de même utile de le préciser, comme un détracteur du libéralisme et de l'individualisme.
Le « Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens » est donc tout à la fois un ouvrage écrit de la manière académique commune chez les scientifiques, ce qui réclame parfois quelques efforts de compréhension de la part du lecteur profane, et une critique du consumérisme et de l'appel à l'individualisme. Cela ne retire rien à l'intérêt de ce livre, peut-être un peu succinct à mon goût compte tenu de la richesse du thème des manipulations.

M'intéressant tout particulièrement au sujet des manipulations de l'individu, tout comme de celles des « foules » et des masses, et ayant lu de nombreuses choses là-dessus depuis maintenant près d'une vingtaine d'années, je profite de la parole qui m'est offerte par Amazon pour ajouter quelques autres recommandations de lecture qui intéresseront forcément tous ceux qui ont acheté, ou vont acheter, le « Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens ».
Il y a l'édifiant film d'Alain Resnais en collaboration avec le professeur Henri Laborit, « Mon Oncle d'Amérique », qui explique merveilleusement bien comment nous sommes conditionnés durant notre enfance, et ce que cela implique pour notre vie d'adulte. Il y a le très intéressant et très clairement expliqué « La Désinformation : Arme de Guerre », par Vladimir Volkoff (un spécialiste des sujets de la désinformation et de la manipulation). Il y a le tout récent et monumental « Grandoria », par Dominique Raymond Poirier, qui, sous la forme d'un thriller, explique merveilleusement bien par des exemples de nombreux trucs modernes de manipulation individuelle et collective parmi les plus subtils et les plus « tordus » (à noter que ce livre pourtant écrit en français par un auteur de ce même pays n'est pas disponible en France et ne peut être commandé que sur Amazon.com). Il y a l'étonnant film « The Ipcress File », de Sidney J. Furie (jamais traduit et distribué en France pour des raisons inconnues). Le très intéressant film « Une Affaire de Goût », par le réalisateur français Bernard Rapp, qui montre une version contemporaine et sophistiquée de manipulation d'un individu présentée sous la forme d'une fiction (mais les trucs présentés dans ce films sont authentiques et couramment utilisée aujourd'hui par les services secrets pour transformer de jeunes individus ordinaires en agents, contre la volonté de ces derniers et sans véritablement que ceux-ci en aient jamais conscience). Enfin, je déplore que le best seller américain « The True Believer », par Eric Hoffer, ne soit toujours pas traduit en français aujourd'hui, car c'est probablement l'un des meilleurs et des plus denses essais jamais écrits sur ce thème (et de plus, il est écrit dans un langage simple et accessible à tous) ; je recommande chaudement ce dernier livre aux lecteurs anglophones qui pourront le commander sur Amazon.com, et je garantie qu'ils ne regretteront pas leur achat. Enfin, et plus généralement, les manipulateurs étant le plus souvent des personnalités de type narcissique, je recommande aux victimes de manipulations individuelles de s'intéresser au profil psychologique et aux motivations de ceux-ci (chercher à « trouble de la personnalité narcissique » sur internet et dans les ouvrages de psychiatrie).

La connaissance des méthodes de manipulation et de propagande est devenue à mon sens un bagage culturel nécessaire dans notre société contemporaine, au moins pour les raisons que j'ai évoqué au début de ce commentaire. Le « Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens » correspond à mon sens à un tel besoin, mais il ne présente malheureusement pas tous les cas actuels, peut-être parce que ses auteurs les ont trouvé un peu trop, disons, « sensibles », je le suspecte (mais bon, aucun livre ni aucun film ne saurait tous les présenter tant le thème dépend dans une large mesure de l'ingéniosité du manipulateur et de la diversité des attentes, et puis les cas et méthodes de manipulation ainsi que lesla psychologie de l'individu manipulé, qui sont absents dans cet ouvrage, sont décrits dans le roman « Grandoria », et dans l'essai « The True Believer ».

Je serais tenté de donner quatre étoiles à ce livre, sachant que j'en aurais donné ou en est déjà donné cinq à quelques une des autres références que j'ai cité. Cependant, s'agissant d'un ouvrage de contre manipulation, et que l'intention est donc des plus louables, je lui en accorde cinq.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Oct 4, 2013 1:55 PM MEST


1984
1984
par George Orwell
Edition : Poche
Prix : EUR 6,17

13 internautes sur 16 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Le livre déprimant que vous devez pourtant lire absolument., 5 juillet 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : 1984 (Poche)
Eric Arthur Blair était l'un des plus grands auteurs anglais, que vous connaissez probablement sous le pseudonyme de George Orwell. Il écrivit pas mal de livres, mais la plupart des gens considèrent que « 1984 » et la « Ferme des animaux » furent les plus influents parmi ceux-ci. Dans ces deux derniers récits, il exprima, plutôt par l'usage de la métaphore que tout à fait explicitement, sa perception de la société communiste soviétique.

Je vais donc vous délivrer mon commentaire à propos de ce second livre, « 1984 ».

George Orwell écrivit « 1984 » vers la fin de sa vie, alors qu'il mourrait peu à peu de la tuberculose, et ce détail a certainement influencé le thème de ce livre, et plus encore son style si noir décrivant une inévitable fatalité frappant le Monde. L'histoire prend place à Londres, en 1984, date à laquelle son auteur pense que la sinistre menace qu'il présage pour la société des humains se sera produite. En fait, en écrivant ce livre, George Orwell voulait nous avertir du danger que représentait pour la civilisation occidentale une société collectiviste et despotique telle que l'Union soviétique, si rien de significatif n'était entrepris pour en stopper l'expansion avant cette date fatidique.
Pour ce faire, George Orwell décrivit un Etat totalitaire où la vérité n'existe plus au sens où nous l'entendons ordinairement, mais telle que « Big Brother » nous la dicte ; une vérité construite de toutes pièces, ne répondant plus à la rationalité, et que d'aucun appellerait aujourd'hui le « politiquement correcte », ou encore la « pensée unique »... Dans un tel Etat, liberté veut dire obéissance totale et aveugle au « Parti », et amour relève d'un concept étranger à la société si ce mot ne s'applique pas à l'amour pour ce même « Parti ».

Le récit nous est narré selon la perspective de Winston Smith, un fonctionnaire du Ministère de la Vérité, dont la tache quotidienne consiste à altérer la vérité des faits passés dans les archives, chaque fois que « Big Brother » décide qu'il doit en être ainsi. Le slogan du Parti ne dit-il pas « Qui contrôle le passé, contrôle le futur ; qui contrôle le présent contrôle le passé ». Et ce slogan est d'ailleurs appliqué au quotidien par le réajustement des faits du passé de manière à ce que ceux-ci justifient ceux du présent, tels que voulus par le Parti. Du point de vue de Winston Smith, pas mal de choses que nous trouverions effrayantes paraissent à ce dernier somme toute ordinaires. Tel est le cas, par exemple, de l'omniprésence de « Big Brother », toujours en train d'observer tout le monde, et aussi de la « Police de la Pensée », laquelle punit les pensées traitresses à propos du « Parti ».
Le lecteur ne peut que ressentir l'inévitable triste fatalité qui se répète tout au long du récit, et qui semble devoir frapper toute entreprise positive, fut-elle des plus modestes, dans des phrases telles que « Le crime par la pensée n'est pas une chose que l'on peut cacher éternellement. Vous pouvez parvenir à tricher pendant quelques temps, des années durant, même ; mais tôt ou tard, ils vous auront... ».
Winston Smith commence peu à peu à réaliser que quelque chose ne va tout de même pas, dans cette société, et qu'il faut que cela change (aujourd'hui, on l'accuserait d'être un anarchiste, pour oser s'élever ainsi contre le despotisme, ironiquement). Le lecteur accompagne donc Winston Smith dans son entreprise de subversion, et devient ainsi le témoin de ce vers quoi celle ci va le mener. Soyez prévenu que « 1984 » est marqué par la fatalité, par ce à quoi on ne peut échapper, quoique l'on fasse ; mais il est tout à la fois ce genre de livre que nous avons tous besoin de lire, un jour ou l'autre.

Pourquoi devrions-nous tous le lire, me rétorquerez-vous peut-être ?

Pour deux raisons, répondrai-je.

Premièrement, George Orwell formule plusieurs observations dans « 1884 » qui ne relèvent pas uniquement de son caractère fictif, mais qui s'appliquent aujourd'hui à des faits qui ont considérablement réduit notre liberté, toujours au nom du bien être de la collectivité.
Deuxièmement - et ce deuxième point est lié au premier - « 1984 » est un livre qui possède la particularité peu commune d'être de plus en plus dans l'air du temps à mesure qu'il prend de l'âge, tant les descriptions que l'on y trouve ressemblent de plus en plus à des faits et à certaines évolutions de notre société. L'une des principales raisons pour lesquelles George Orwell écrivit « 1984 », pourrait bien avoir été de tenter de nous avertir de ce que nous risquions de devenir, de nous prévenir des dangers du communisme, avéré ou déguisé sous d'autres formes d'idéologies. Mais bien des années après la chute de l'Union Soviétique et de la disparation progressive du communisme en général, nous pouvons aussi interpréter la dystopie « 1984 » (dystopie signifie anti-utopie) comme un avertissement à propos du pouvoir excessif des media, et des dérives des gouvernements entreprenant d'outrepasser leur rôle de service auprès de la Nation. Aldous Huxley l'avait fait avant George Orwell, en écrivant « Le Meilleur des Mondes », puis Ray Bardbury avait écrit « Fahrenheit 451 », peu après la parution de « 1984 », puis, beaucoup plus récemment, Dominique Raymond Poirier l'a également fait en écrivant « Grandoria ».
L'innovation technologique devrait servir l'humain qui en est à l'origine, pour faire s'améliorer son existence, normalement, mais elle est également utilisée contre lui, au contraire. Je pense que ce dernier point présente la plus importante des leçons qu'a voulu nous donner George Orwell.
« 1984 » est bien plus qu'un classique ; il est une petite Bible des temps modernes qui existe pour nous rappeler ou se situent les limites de l'inacceptable dans une société - tellement d'entre nous semblent être absolument incapables de les cerner, en 2010. C'est pourquoi je pense que ce livre peut profiter à tout le monde, et que je vous recommande hautement de l'acheter.

Comment donner moins de cinq étoiles à l'un des plus grands best seller de tous les temps.


1984 de George Orwell (Essai et dossier)
1984 de George Orwell (Essai et dossier)
par Frédéric Regard
Edition : Poche
Prix : EUR 10,40

9 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Le livre déprimant que vous devez pourtant lire absolument., 5 juillet 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : 1984 de George Orwell (Essai et dossier) (Poche)
Eric Arthur Blair était l'un des plus grands auteurs anglais, que vous connaissez probablement sous le pseudonyme de George Orwell. Il écrivit pas mal de livres, mais la plupart des gens considèrent que « 1984 » et la « Ferme des animaux » furent les plus influents parmi ceux-ci. Dans ces deux derniers récits, il exprima, plutôt par l'usage de la métaphore que tout à fait explicitement, sa perception de la société communiste soviétique.

Je vais donc vous délivrer mon commentaire à propos de ce second livre, « 1984 ».

George Orwell écrivit « 1984 » vers la fin de sa vie, alors qu'il mourrait peu à peu de la tuberculose, et ce détail a certainement influencé le thème de ce livre, et plus encore son style si noir décrivant une inévitable fatalité frappant le Monde. L'histoire prend place à Londres, en 1984, date à laquelle son auteur pense que la sinistre menace qu'il présage pour la société des humains se sera produite. En fait, en écrivant ce livre, George Orwell voulait nous avertir du danger que représentait pour la civilisation occidentale une société collectiviste et despotique telle que l'Union soviétique, si rien de significatif n'était entrepris pour en stopper l'expansion avant cette date fatidique.
Pour ce faire, George Orwell décrivit un Etat totalitaire où la vérité n'existe plus au sens où nous l'entendons ordinairement, mais telle que « Big Brother » nous la dicte ; une vérité construite de toutes pièces, ne répondant plus à la rationalité, et que d'aucun appellerait aujourd'hui le « politiquement correcte », ou encore la « pensée unique »... Dans un tel Etat, liberté veut dire obéissance totale et aveugle au « Parti », et amour relève d'un concept étranger à la société si ce mot ne s'applique pas à l'amour pour ce même « Parti ».

Le récit nous est narré selon la perspective de Winston Smith, un fonctionnaire du Ministère de la Vérité, dont la tache quotidienne consiste à altérer la vérité des faits passés dans les archives, chaque fois que « Big Brother » décide qu'il doit en être ainsi. Le slogan du Parti ne dit-il pas « Qui contrôle le passé, contrôle le futur ; qui contrôle le présent contrôle le passé ». Et ce slogan est d'ailleurs appliqué au quotidien par le réajustement des faits du passé de manière à ce que ceux-ci justifient ceux du présent, tels que voulus par le Parti. Du point de vue de Winston Smith, pas mal de choses que nous trouverions effrayantes paraissent à ce dernier somme toute ordinaires. Tel est le cas, par exemple, de l'omniprésence de « Big Brother », toujours en train d'observer tout le monde, et aussi de la « Police de la Pensée », laquelle punit les pensées traitresses à propos du « Parti ».
Le lecteur ne peut que ressentir l'inévitable triste fatalité qui se répète tout au long du récit, et qui semble devoir frapper toute entreprise positive, fut-elle des plus modestes, dans des phrases telles que « Le crime par la pensée n'est pas une chose que l'on peut cacher éternellement. Vous pouvez parvenir à tricher pendant quelques temps, des années durant, même ; mais tôt ou tard, ils vous auront... ».
Winston Smith commence peu à peu à réaliser que quelque chose ne va tout de même pas, dans cette société, et qu'il faut que cela change (aujourd'hui, on l'accuserait d'être un anarchiste, pour oser s'élever ainsi contre le despotisme, ironiquement). Le lecteur accompagne donc Winston Smith dans son entreprise de subversion, et devient ainsi le témoin de ce vers quoi celle ci va le mener. Soyez prévenu que « 1984 » est marqué par la fatalité, par ce à quoi on ne peut échapper, quoique l'on fasse ; mais il est tout à la fois ce genre de livre que nous avons tous besoin de lire, un jour ou l'autre.

Pourquoi devrions-nous tous le lire, me rétorquerez-vous peut-être ?

Pour deux raisons, répondrai-je.

Premièrement, George Orwell formule plusieurs observations dans « 1884 » qui ne relèvent pas uniquement de son caractère fictif, mais qui s'appliquent aujourd'hui à des faits qui ont considérablement réduit notre liberté, toujours au nom du bien être de la collectivité.
Deuxièmement - et ce deuxième point est lié au premier - « 1984 » est un livre qui possède la particularité peu commune d'être de plus en plus dans l'air du temps à mesure qu'il prend de l'âge, tant les descriptions que l'on y trouve ressemblent de plus en plus à des faits et à certaines évolutions de notre société. L'une des principales raisons pour lesquelles George Orwell écrivit « 1984 », pourrait bien avoir été de tenter de nous avertir de ce que nous risquions de devenir, de nous prévenir des dangers du communisme, avéré ou déguisé sous d'autres formes d'idéologies. Mais bien des années après la chute de l'Union Soviétique et de la disparation progressive du communisme en général, nous pouvons aussi interpréter la dystopie « 1984 » (dystopie signifie anti-utopie) comme un avertissement à propos du pouvoir excessif des media, et des dérives des gouvernements entreprenant d'outrepasser leur rôle de service auprès de la Nation. Aldous Huxley l'avait fait avant George Orwell, en écrivant « Le Meilleur des Mondes », puis Ray Bardbury avait écrit « Fahrenheit 451 », peu après la parution de « 1984 », puis, beaucoup plus récemment, Dominique Raymond Poirier l'a également fait en écrivant « Grandoria ».
L'innovation technologique devrait servir l'humain qui en est à l'origine, pour faire s'améliorer son existence, normalement, mais elle est également utilisée contre lui, au contraire. Je pense que ce dernier point présente la plus importante des leçons qu'a voulu nous donner George Orwell.
« 1984 » est bien plus qu'un classique ; il est une petite Bible des temps modernes qui existe pour nous rappeler ou se situent les limites de l'inacceptable dans une société - tellement d'entre nous semblent être absolument incapables de les cerner, en 2010. C'est pourquoi je pense que ce livre peut profiter à tout le monde, et que je vous recommande hautement de l'acheter.

Comment donner moins de cinq étoiles à l'un des plus grands best seller de tous les temps.


1984 : Edition limitée
1984 : Edition limitée
par George Orwell
Edition : Poche

5 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Le livre déprimant que vous devez pourtant lire absolument., 5 juillet 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : 1984 : Edition limitée (Poche)
Eric Arthur Blair était l'un des plus grands auteurs anglais, que vous connaissez probablement sous le pseudonyme de George Orwell. Il écrivit pas mal de livres, mais la plupart des gens considèrent que « 1984 » et la « Ferme des animaux » furent les plus influents parmi ceux-ci. Dans ces deux derniers récits, il exprima, plutôt par l'usage de la métaphore que tout à fait explicitement, sa perception de la société communiste soviétique.

Je vais donc vous délivrer mon commentaire à propos de ce second livre, « 1984 ».

George Orwell écrivit « 1984 » vers la fin de sa vie, alors qu'il mourrait peu à peu de la tuberculose, et ce détail a certainement influencé le thème de ce livre, et plus encore son style si noir décrivant une inévitable fatalité frappant le Monde. L'histoire prend place à Londres, en 1984, date à laquelle son auteur pense que la sinistre menace qu'il présage pour la société des humains se sera produite. En fait, en écrivant ce livre, George Orwell voulait nous avertir du danger que représentait pour la civilisation occidentale une société collectiviste et despotique telle que l'Union soviétique, si rien de significatif n'était entrepris pour en stopper l'expansion avant cette date fatidique.
Pour ce faire, George Orwell décrivit un Etat totalitaire où la vérité n'existe plus au sens où nous l'entendons ordinairement, mais telle que « Big Brother » nous la dicte ; une vérité construite de toutes pièces, ne répondant plus à la rationalité, et que d'aucun appellerait aujourd'hui le « politiquement correcte », ou encore la « pensée unique »... Dans un tel Etat, liberté veut dire obéissance totale et aveugle au « Parti », et amour relève d'un concept étranger à la société si ce mot ne s'applique pas à l'amour pour ce même « Parti ».

Le récit nous est narré selon la perspective de Winston Smith, un fonctionnaire du Ministère de la Vérité, dont la tache quotidienne consiste à altérer la vérité des faits passés dans les archives, chaque fois que « Big Brother » décide qu'il doit en être ainsi. Le slogan du Parti ne dit-il pas « Qui contrôle le passé, contrôle le futur ; qui contrôle le présent contrôle le passé ». Et ce slogan est d'ailleurs appliqué au quotidien par le réajustement des faits du passé de manière à ce que ceux-ci justifient ceux du présent, tels que voulus par le Parti. Du point de vue de Winston Smith, pas mal de choses que nous trouverions effrayantes paraissent à ce dernier somme toute ordinaires. Tel est le cas, par exemple, de l'omniprésence de « Big Brother », toujours en train d'observer tout le monde, et aussi de la « Police de la Pensée », laquelle punit les pensées traitresses à propos du « Parti ».
Le lecteur ne peut que ressentir l'inévitable triste fatalité qui se répète tout au long du récit, et qui semble devoir frapper toute entreprise positive, fut-elle des plus modestes, dans des phrases telles que « Le crime par la pensée n'est pas une chose que l'on peut cacher éternellement. Vous pouvez parvenir à tricher pendant quelques temps, des années durant, même ; mais tôt ou tard, ils vous auront... ».
Winston Smith commence peu à peu à réaliser que quelque chose ne va tout de même pas, dans cette société, et qu'il faut que cela change (aujourd'hui, on l'accuserait d'être un anarchiste, pour oser s'élever ainsi contre le despotisme, ironiquement). Le lecteur accompagne donc Winston Smith dans son entreprise de subversion, et devient ainsi le témoin de ce vers quoi celle ci va le mener. Soyez prévenu que « 1984 » est marqué par la fatalité, par ce à quoi on ne peut échapper, quoique l'on fasse ; mais il est tout à la fois ce genre de livre que nous avons tous besoin de lire, un jour ou l'autre.

Pourquoi devrions-nous tous le lire, me rétorquerez-vous peut-être ?

Pour deux raisons, répondrai-je.

Premièrement, George Orwell formule plusieurs observations dans « 1884 » qui ne relèvent pas uniquement de son caractère fictif, mais qui s'appliquent aujourd'hui à des faits qui ont considérablement réduit notre liberté, toujours au nom du bien être de la collectivité.
Deuxièmement - et ce deuxième point est lié au premier - « 1984 » est un livre qui possède la particularité peu commune d'être de plus en plus dans l'air du temps à mesure qu'il prend de l'âge, tant les descriptions que l'on y trouve ressemblent de plus en plus à des faits et à certaines évolutions de notre société. L'une des principales raisons pour lesquelles George Orwell écrivit « 1984 », pourrait bien avoir été de tenter de nous avertir de ce que nous risquions de devenir, de nous prévenir des dangers du communisme, avéré ou déguisé sous d'autres formes d'idéologies. Mais bien des années après la chute de l'Union Soviétique et de la disparation progressive du communisme en général, nous pouvons aussi interpréter la dystopie « 1984 » (dystopie signifie anti-utopie) comme un avertissement à propos du pouvoir excessif des media, et des dérives des gouvernements entreprenant d'outrepasser leur rôle de service auprès de la Nation. Aldous Huxley l'avait fait avant George Orwell, en écrivant « Le Meilleur des Mondes », puis Ray Bardbury avait écrit « Fahrenheit 451 », peu après la parution de « 1984 », puis, beaucoup plus récemment, Dominique Raymond Poirier l'a également fait en écrivant « Grandoria ».
L'innovation technologique devrait servir l'humain qui en est à l'origine, pour faire s'améliorer son existence, normalement, mais elle est également utilisée contre lui, au contraire. Je pense que ce dernier point présente la plus importante des leçons qu'a voulu nous donner George Orwell.
« 1984 » est bien plus qu'un classique ; il est une petite Bible des temps modernes qui existe pour nous rappeler ou se situent les limites de l'inacceptable dans une société - tellement d'entre nous semblent être absolument incapables de les cerner, en 2010. C'est pourquoi je pense que ce livre peut profiter à tout le monde, et que je vous recommande hautement de l'acheter.

Comment donner moins de cinq étoiles à l'un des plus grands best seller de tous les temps.


1984
1984
par George Orwell
Edition : Poche
Prix : EUR 8,70

4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Le livre déprimant que vous devez pourtant lire absolument., 5 juillet 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : 1984 (Poche)
Eric Arthur Blair était l'un des plus grands auteurs anglais, que vous connaissez probablement sous le pseudonyme de George Orwell. Il écrivit pas mal de livres, mais la plupart des gens considèrent que « 1984 » et la « Ferme des animaux » furent les plus influents parmi ceux-ci. Dans ces deux derniers récits, il exprima, plutôt par l'usage de la métaphore que tout à fait explicitement, sa perception de la société communiste soviétique.

Je vais donc vous délivrer mon commentaire à propos de ce second livre, « 1984 ».

George Orwell écrivit « 1984 » vers la fin de sa vie, alors qu'il mourrait peu à peu de la tuberculose, et ce détail a certainement influencé le thème de ce livre, et plus encore son style si noir décrivant une inévitable fatalité frappant le Monde. L'histoire prend place à Londres, en 1984, date à laquelle son auteur pense que la sinistre menace qu'il présage pour la société des humains se sera produite. En fait, en écrivant ce livre, George Orwell voulait nous avertir du danger que représentait pour la civilisation occidentale une société collectiviste et despotique telle que l'Union soviétique, si rien de significatif n'était entrepris pour en stopper l'expansion avant cette date fatidique.
Pour ce faire, George Orwell décrivit un Etat totalitaire où la vérité n'existe plus au sens où nous l'entendons ordinairement, mais telle que « Big Brother » nous la dicte ; une vérité construite de toutes pièces, ne répondant plus à la rationalité, et que d'aucun appellerait aujourd'hui le « politiquement correcte », ou encore la « pensée unique »... Dans un tel Etat, liberté veut dire obéissance totale et aveugle au « Parti », et amour relève d'un concept étranger à la société si ce mot ne s'applique pas à l'amour pour ce même « Parti ».

Le récit nous est narré selon la perspective de Winston Smith, un fonctionnaire du Ministère de la Vérité, dont la tache quotidienne consiste à altérer la vérité des faits passés dans les archives, chaque fois que « Big Brother » décide qu'il doit en être ainsi. Le slogan du Parti ne dit-il pas « Qui contrôle le passé, contrôle le futur ; qui contrôle le présent contrôle le passé ». Et ce slogan est d'ailleurs appliqué au quotidien par le réajustement des faits du passé de manière à ce que ceux-ci justifient ceux du présent, tels que voulus par le Parti. Du point de vue de Winston Smith, pas mal de choses que nous trouverions effrayantes paraissent à ce dernier somme toute ordinaires. Tel est le cas, par exemple, de l'omniprésence de « Big Brother », toujours en train d'observer tout le monde, et aussi de la « Police de la Pensée », laquelle punit les pensées traitresses à propos du « Parti ».
Le lecteur ne peut que ressentir l'inévitable triste fatalité qui se répète tout au long du récit, et qui semble devoir frapper toute entreprise positive, fut-elle des plus modestes, dans des phrases telles que « Le crime par la pensée n'est pas une chose que l'on peut cacher éternellement. Vous pouvez parvenir à tricher pendant quelques temps, des années durant, même ; mais tôt ou tard, ils vous auront... ».
Winston Smith commence peu à peu à réaliser que quelque chose ne va tout de même pas, dans cette société, et qu'il faut que cela change (aujourd'hui, on l'accuserait d'être un anarchiste, pour oser s'élever ainsi contre le despotisme, ironiquement). Le lecteur accompagne donc Winston Smith dans son entreprise de subversion, et devient ainsi le témoin de ce vers quoi celle ci va le mener. Soyez prévenu que « 1984 » est marqué par la fatalité, par ce à quoi on ne peut échapper, quoique l'on fasse ; mais il est tout à la fois ce genre de livre que nous avons tous besoin de lire, un jour ou l'autre.

Pourquoi devrions-nous tous le lire, me rétorquerez-vous peut-être ?

Pour deux raisons, répondrai-je.

Premièrement, George Orwell formule plusieurs observations dans « 1884 » qui ne relèvent pas uniquement de son caractère fictif, mais qui s'appliquent aujourd'hui à des faits qui ont considérablement réduit notre liberté, toujours au nom du bien être de la collectivité.
Deuxièmement - et ce deuxième point est lié au premier - « 1984 » est un livre qui possède la particularité peu commune d'être de plus en plus dans l'air du temps à mesure qu'il prend de l'âge, tant les descriptions que l'on y trouve ressemblent de plus en plus à des faits et à certaines évolutions de notre société. L'une des principales raisons pour lesquelles George Orwell écrivit « 1984 », pourrait bien avoir été de tenter de nous avertir de ce que nous risquions de devenir, de nous prévenir des dangers du communisme, avéré ou déguisé sous d'autres formes d'idéologies. Mais bien des années après la chute de l'Union Soviétique et de la disparation progressive du communisme en général, nous pouvons aussi interpréter la dystopie « 1984 » (dystopie signifie anti-utopie) comme un avertissement à propos du pouvoir excessif des media, et des dérives des gouvernements entreprenant d'outrepasser leur rôle de service auprès de la Nation. Aldous Huxley l'avait fait avant George Orwell, en écrivant « Le Meilleur des Mondes », puis Ray Bardbury avait écrit « Fahrenheit 451 », peu après la parution de « 1984 », puis, beaucoup plus récemment, Dominique Raymond Poirier l'a également fait en écrivant « Grandoria ».
L'innovation technologique devrait servir l'humain qui en est à l'origine, pour faire s'améliorer son existence, normalement, mais elle est également utilisée contre lui, au contraire. Je pense que ce dernier point présente la plus importante des leçons qu'a voulu nous donner George Orwell.

« 1984 » est bien plus qu'un classique ; il est une petite Bible des temps modernes qui existe pour nous rappeler ou se situent les limites de l'inacceptable dans une société - tellement d'entre nous semblent être absolument incapables de les cerner, en 2010. C'est pourquoi je pense que ce livre peut profiter à tout le monde, et que je vous recommande hautement de l'acheter.

Comment donner moins de cinq étoiles à l'un des plus grands best seller de tous les temps.


Millénium, Tome 1 : Les hommes qui n'aimaient pas les femmes
Millénium, Tome 1 : Les hommes qui n'aimaient pas les femmes
par Stieg Larsson
Edition : Broché

2 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un best seller suédois digne de sa suite cinématographique., 5 juillet 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Millénium, Tome 1 : Les hommes qui n'aimaient pas les femmes (Broché)
Une fille de 24 ans, doublée d'un hacker, portant tatouages et piercings, manifestement atteinte du syndrome d'Asperger ou quelque chose de ce genre, a été maintenue sous surveillance spéciale et secrète de l'Etat depuis l'âge de treize ans, dans sa Suède natale. Lisbeth Salander vit d'un travail de détective et d'investigation qu'elle mène en indépendant pour le compte de Dragan Armansky, lequel s'inquiète pour cette jeune fille plutôt sauvage au physique d'anorexique, et peu être plus fragile que son apparente dureté le suggère. Quoique Lisbeth Salander ait l'air d'une gamine de quatorze ans, et rejette en bloc les normes admises de la vie en société, elle est cependant douée de cette exceptionnelle force intérieure que l'on retrouve chez tous ceux qui sont déterminés à survivre. Elle voit et elle comprend plus de notre monde que ce que pourrait lui en dire les pages en noir et blanc de son logiciel de traitement de texte. Elle n'hésite pas à faire usage de son exceptionnelle capacité à voir des affaires de son pays ce que les autres ne parviendraient jamais à comprendre, ni même à admettre, et elle n'hésite pas à tirer profit de ce don et de cette intelligence exceptionnelle pour traquer, contre rétribution, petits escrocs, prédateurs narcissiques et psychopathes, et autres affairistes et politiciens corrompus.

Le journaliste de la finance Car Mikael Blomkvist vient juste de perdre un procès en diffamation que lui a intenté un magnat de la finance. Après s'être complètement renseigné sur Lisbeth Salander, et ayant jugé de l'intérêt que présente le profil de cette dernière, Blomkvist répond à l'offre d'une rencontre qui lui a été proposée par le célèbre et inaccessible industriel Henrik Vanger. Ce dernier vit aujourd'hui une existence de reclus, et demeure le chef d'un empire industriel dont tous les actionnaires sont les membres d'une même famille. Depuis maintenant 36 années, Henrik Vanger s'interroge sur la disparation de sa nièce, Harriet. A partir de là, Blomkvist va aller passer une année sur une ile ou plusieurs membres de la famille Vanger résident, et où Harriet a été vue pour la dernière fois. Au prétexte de se rendre dans cet endroit pour y écrire une histoire de la famille Vanger, Blomkvist va pouvoir rencontrer chaque membre de celle-ci, pour tenter de savoir si l'un d'entre eux pourrait avoir eu intérêt à faire disparaitre Harriet alors que celle-ci n'était encore qu'une adolescente.

Au fil du début de « Les hommes qui n'aimaient pas les femmes », on comprend très vite que Blomkvist et Salander vont devenir des partenaires enquêteurs dans le cadre du « mystère Vanger ». Cette tournure d'évènements ne fait tomber pour autant ce thriller dans le cliché, et cela doit pour beaucoup à la dimension que l'auteur donne à ses personnages, particulièrement Lisbeth Salander, vous l'imaginez sans difficulté. Et chacun à leur manière, on le devine aisément, Salander et Blomkvist confrontent les preuves et indices qu'ils ont pu recueillir pour parvenir à résoudre cette affaire criminelle.

« Les hommes qui n'aimaient pas les femmes » est l'un de ces thrillers que l'on repose à regret jusqu'à la fin. On y trouvera quelques scènes macabres que les admirateurs de l'auteur Mo Hayder, et aussi ceux de l'excellent Dino Carrisi (avec son magistral et récemment publié, « Le Chuchoteur »), apprécieront. Le titre « Les hommes qui n'aimaient pas les femmes » n'est nullement une fantaisie métaphorique de son auteur, Stieg Larsson, puisqu'il nomme un récit dans lequel le lecteur découvrira une violence sexuelle assez choquante dirigée contre des femmes, mais n'excluant cependant pas les hommes.

Ce qui fait se démarquer l'auteur Stieg Larsson de la catégorie des auteurs de polars, c'est la dimension politique que ce dernier introduit dans ce récit, presque exactement comme l'a tout récemment fait Dominique Raymond Poirier dans son monumental, et non moins excellent, thriller, « Grandoria », (que l'on ne peut bizarrement commander que sur Amazon.com et non sur la version spécifiquement française de ce site). En effet, Steig Larsson a pris le parti de s'attaquer au monde de la finance, et il n'épargne pas non plus les instances politiques et les fonctionnaires, avec une agressivité que l'on ne rencontre plutôt dans les milieux anarchistes. A mon sens, le maître de ce genre à part, traitant ses récits d'une manière plus intellectuelle que n'aurait pu le faire Stieg Larsson, est bien Neil Stephenson (à découvrir absolument...), soit dit en passant et pour information.

Steig Larsson semble également s'intéresser au racisme, et intègre quelques faits authentiques et spécifiquement suédois dans ce récit, sous la forme d'une relation entre Vanger et quelques groupuscules fascistes durant la deuxième moitié du XXe siècle. Cependant, Stieg Larsson s'est débrouillé pour que sa critique, cynique et noire, des excès du capitalisme et des privilèges d'Etat adressé autant au monde qu'à la Suède en particulier, ne prenne pas le pas sur ce que son livre prétend être avant tout, un thriller s'adressant exclusivement aux amateurs du genre. Et c'est donc bien l'étude du personnage fascinant et atypique de Lisbeth Salander, avec son exceptionnel talent d'informaticienne et de hacker, ses difficultés à interagir avec le genre humain sans en tirer plus d'inconvénients que d'avantages à son goût, et aussi ce journaliste enquêteur qui choisit des voies peut-être plus faciles que sa partenaire et dont la dimension humaine plaira à beaucoup (y compris à Lisbeth Salander, finalement...), sans oublier Armanski, qui donne à ce thriller toute sa personnalité (recette également utilisée avec succès par les auteurs de ce même genre de thriller, Neil Stephenson et Dominique Raymond Poirier).

La lecture de « Les hommes qui n'aimaient pas les femmes » appelle inévitablement à celle des deux opus suivants de Steig Larsson, « La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette » et « La Reine dans le palais des courants d'air », le tout formant une trilogie titrée « Millénium », et un assez grand nombre de pages à lire.
Je recommande ce best seller international à tous ceux qui sont à la recherche de thrillers d'un genre plutôt intellectuel, obligeant le lecteur à faire marcher sa tête. L'auteur maîtrise parfaitement les ingrédients techniques de son récit, lesquels sont, dans le cas présent, les milieux de la presse, de la finance, et du piratage informatique. Ceux qui se sentent une âme de combattant parti en croisade contre la violence et racisme apprécieront également « Les hommes qui n'aimaient pas les femmes ».

Seul reproche : les noms suédois sont un peu difficiles à mémoriser.

Quoiqu'il en soit, ça mérite aisément un cinq étoiles.


Le Code Enigma (Cryptonomicon, tome 1)
Le Code Enigma (Cryptonomicon, tome 1)
par Neal Stephenson
Edition : Poche
Prix : EUR 8,10

Aucun internaute (sur 1) n'a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Un authentique chef d'aeuvre de la littérature., 1 juillet 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Code Enigma (Cryptonomicon, tome 1) (Poche)
Je viens juste de terminer ce livre et je pense sincèrement qu'il s'agit de l'un des meilleurs de notre nouveau siècle, pas moins. Cette impression vient autant du véritable travail qui a été accompli par auteur d'une intelligence brillante que d'un désagréable sentiment me venant de la lecture de tous ces thrillers présentés comme des best-sellers alors que ceux-ci semblent presque tous être sortis du même moule, celui du marketing. Là, il est indiscutable que l'auteur Neil Stephenson a écrit « Cryptonomicon » par plaisir, et par envi de faire un beau récit sans considération pour des considérations commerciales. Si ce n'était pas le cas, alors « Cryptonomicon » ne serait pas aussi épais, indiscutablement.

C'est bien écrit, et riche en détails que la plupart des auteurs évitent pour ne pas prendre le risque de se contredire dans la suite du récit. Il ne s'agit que d'une fiction, bien sûr, mais on jurerait une histoire vraie, et c'est de là que vient l'intérêt de « Cryptonomicon » sur le plan strictement littéraire.

« Cryptonomicon » nous emmène parfois dans des excursions mathématiques fascinantes qui m'ont beaucoup rappelé le merveilleux film « Un Homme d'Exception ». Et comme c'est le cas avec « Un Homme d'Exception », cette part de mathématiques dédiée à l'art de coder des messages, est très sérieusement basée sur des faits et des anecdotes tout à fait authentiques et historiques. Sauf que là c'est bien mieux raconté que dans les livres d'histoire, et que ça demeure accessible à (presque) tous.
Les personnages sont toujours très crédibles, avec leurs faiblesses et leurs qualités, et l'auteur ne se laisse jamais aller à la fantaisie avec eux. Il y a des gentils et des méchants dans ce livre, bien sûr, mais là il y a toujours moyen de comprendre les motivations des derniers, étonnamment.

Soyez avertis qu'avec près de 1200 pages, « Cryptonomicon » est un livre qui réclame un peu de courage. Une épaisseur pareille, ça en effraie plus d'un, mais comme je n'ai éprouvé aucune difficulté à le lire, alors je dis : ne vous laissez pas impressionner par ce genre d'apparence. Ironiquement, il m'est arrivé de me surprendre à me dire, lorsque je fus près de la fin, « oh, plus qu'une centaine de pages ! Mais pourquoi ? ».

L'histoire démarre avec un ambitieux projet de création de coffre fort pour l'Internet mondial devant permettre de contenir et de protéger toutes les informations numériques, que celles-ci soient censurées ou non dans n'importe quel pays. Le lieu d'implantation de ce coffre fort, impliquant la coûteuse pose pour ce faire de câbles Internet sous-marins, un petit pays assez riche qui est également très riche, pas très loin des Philippines. Le nom de ce pays est imaginaire pour la circonstance, mais sa description et son emplacement font songer au Brunei. Le projet, devant recevoir l'aval du dirigeant de ce dernier pays, doit rester top secret, et c'est pourquoi ceux qui l'entreprennent - les héros du récit - sont très discrets et ne communique entre eux que par l'usage de messages fortement cryptés.
Seulement, en cours de route, une mystérieuse affaire remontant à la seconde guerre mondiale et apparemment farfelue arrive accidentellement aux oreilles du héros. Il s'agit d'une formidable quantité de lingots d'or qui aurait été cachée sur une île par l'armée japonaise juste avant la défaite du Japon. Comme ceux qui furent en charge de cacher cette immense quantité d'or furent tous tués peu après, l'histoire est devenue une légende invérifiable. Mais un soldat américain, un Marine fait prisonnier de guerre par les japonais et utilisé par ceux-ci pour aider à creuser des galeries, s'en est miraculeusement sorti, lui. Ce dernier n'est pas revenu dans son pays après la guerre, et s'est installé aux Philippines après la guerre pour y créer une petite entreprise vivant de la recherche d'épaves sous-marines. Le héros a rencontré ce denier pour lui demander d'établir un relevé topographique sous-marin permettant de savoir où le câble Internet sous-marin de son projet sera posé. A partir de là, une longue et passionnante chasse au trésor prend place, et des méchants, qui s'intéressent également à la légende du trésor japonais, commence à surveiller les nouvelles recherches et découvertes du héros et de ses nouveaux partenaires.

Pour vous dire la vérité, je n'ai pas encore trouvé l'envie de lire aucun des autres romans que Neil Stephenson a écrit. La lecture de leurs synopsis me dit qu'ils ne m'apporteront pas le même plaisir. Il est possible que je me trompe. Je n'ai pu trouver de plaisir équivalent, et de roman aussi long, dense et si intelligent, qu'en découvrant et en lisant le tout récent « Grandoria », par Dominique Raymond Poirier (bizarrement pas disponible en France bien qu'écrit en français, et uniquement accessible sur le site américain Amazon.com). Ce roman m'a également fait penser au tout aussi épais « Le Conte de Monte Cristo », par Alexandre Dumas (surpris d'une telle comparaison, hein ?) et je pense que ceux qui ont apprécié ce classique de la littérature adoreront forcément « Cryptonomicon ».
L'auteur de « Cryptonomicon » est indiscutablement un excellent auteur doublé d'un surdoué, dont le QI doit certainement dépasser le 140, et je pense que c'est aussi ça qui rend ce roman si particulier.

« Cryptonomicon », un incontournable auquel je donne six étoiles, même si Amazon me limite à cinq.


Cryptonomicon
Cryptonomicon
par Neal Stephenson
Edition : Broché

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un authentique chef d'aeuvre de la littérature., 1 juillet 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Cryptonomicon (Broché)
Je viens juste de terminer ce livre et je pense sincèrement qu'il s'agit de l'un des meilleurs de notre nouveau siècle, pas moins. Cette impression vient autant du véritable travail qui a été accompli par auteur d'une intelligence brillante que d'un désagréable sentiment me venant de la lecture de tous ces thrillers présentés comme des best-sellers alors que ceux-ci semblent presque tous être sortis du même moule, celui du marketing. Là, il est indiscutable que l'auteur Neil Stephenson a écrit « Cryptonomicon » par plaisir, et par envi de faire un beau récit sans considération pour des considérations commerciales. Si ce n'était pas le cas, alors « Cryptonomicon » ne serait pas aussi épais, indiscutablement.

C'est bien écrit, et riche en détails que la plupart des auteurs évitent pour ne pas prendre le risque de se contredire dans la suite du récit. Il ne s'agit que d'une fiction, bien sûr, mais on jurerait une histoire vraie, et c'est de là que vient l'intérêt de « Cryptonomicon » sur le plan strictement littéraire.

« Cryptonomicon » nous emmène parfois dans des excursions mathématiques fascinantes qui m'ont beaucoup rappelé le merveilleux film « Un Homme d'Exception ». Et comme c'est le cas avec « Un Homme d'Exception », cette part de mathématiques dédiée à l'art de coder des messages, est très sérieusement basée sur des faits et des anecdotes tout à fait authentiques et historiques. Sauf que là c'est bien mieux raconté que dans les livres d'histoire, et que ça demeure accessible à (presque) tous.
Les personnages sont toujours très crédibles, avec leurs faiblesses et leurs qualités, et l'auteur ne se laisse jamais aller à la fantaisie avec eux. Il y a des gentils et des méchants dans ce livre, bien sûr, mais là il y a toujours moyen de comprendre les motivations des derniers, étonnamment.

Soyez avertis qu'avec près de 1200 pages, « Cryptonomicon » est un livre qui réclame un peu de courage. Une épaisseur pareille, ça en effraie plus d'un, mais comme je n'ai éprouvé aucune difficulté à le lire, alors je dis : ne vous laissez pas impressionner par ce genre d'apparence. Ironiquement, il m'est arrivé de me surprendre à me dire, lorsque je fus près de la fin, « oh, plus qu'une centaine de pages ! Mais pourquoi ? ».

L'histoire démarre avec un ambitieux projet de création de coffre fort pour l'Internet mondial devant permettre de contenir et de protéger toutes les informations numériques, que celles-ci soient censurées ou non dans n'importe quel pays. Le lieu d'implantation de ce coffre fort, impliquant la coûteuse pose pour ce faire de câbles Internet sous-marins, un petit pays assez riche qui est également très riche, pas très loin des Philippines. Le nom de ce pays est imaginaire pour la circonstance, mais sa description et son emplacement font songer au Brunei. Le projet, devant recevoir l'aval du dirigeant de ce dernier pays, doit rester top secret, et c'est pourquoi ceux qui l'entreprennent - les héros du récit - sont très discrets et ne communique entre eux que par l'usage de messages fortement cryptés.
Seulement, en cours de route, une mystérieuse affaire remontant à la seconde guerre mondiale et apparemment farfelue arrive accidentellement aux oreilles du héros. Il s'agit d'une formidable quantité de lingots d'or qui aurait été cachée sur une île par l'armée japonaise juste avant la défaite du Japon. Comme ceux qui furent en charge de cacher cette immense quantité d'or furent tous tués peu après, l'histoire est devenue une légende invérifiable. Mais un soldat américain, un Marine fait prisonnier de guerre par les japonais et utilisé par ceux-ci pour aider à creuser des galeries, s'en est miraculeusement sorti, lui. Ce dernier n'est pas revenu dans son pays après la guerre, et s'est installé aux Philippines après la guerre pour y créer une petite entreprise vivant de la recherche d'épaves sous-marines. Le héros a rencontré ce denier pour lui demander d'établir un relevé topographique sous-marin permettant de savoir où le câble Internet sous-marin de son projet sera posé. A partir de là, une longue et passionnante chasse au trésor prend place, et des méchants, qui s'intéressent également à la légende du trésor japonais, commence à surveiller les nouvelles recherches et découvertes du héros et de ses nouveaux partenaires.

Pour vous dire la vérité, je n'ai pas encore trouvé l'envie de lire aucun des autres romans que Neil Stephenson a écrit. La lecture de leurs synopsis me dit qu'ils ne m'apporteront pas le même plaisir. Il est possible que je me trompe. Je n'ai pu trouver de plaisir équivalent, et de roman aussi long, dense et si intelligent, qu'en découvrant et en lisant le tout récent « Grandoria », par Dominique Raymond Poirier (bizarrement pas disponible en France bien qu'écrit en français, et uniquement accessible sur le site américain Amazon.com). Ce roman m'a également fait penser au tout aussi épais « Le Conte de Monte Cristo », par Alexandre Dumas (surpris d'une telle comparaison, hein ?) et je pense que ceux qui ont apprécié ce classique de la littérature adoreront forcément « Cryptonomicon ».
L'auteur de « Cryptonomicon » est indiscutablement un excellent auteur doublé d'un surdoué, dont le QI doit certainement dépasser le 140, et je pense que c'est aussi ça qui rend ce roman si particulier.

« Cryptonomicon », un incontournable auquel je donne six étoiles, même si Amazon me limite à cinq.


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