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Contenu rédigé par Laneton
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Commentaires écrits par
Laneton "Jip" (France)
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Eugene Onegin
Eugene Onegin
DVD ~ Anna Netrebko
Prix : EUR 22,11

5.0 étoiles sur 5 J’en avais rêvé…, 10 septembre 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Eugene Onegin (DVD)
Oui, j’en avais rêvé en terminant mon commentaire du bel enregistrement du Met en 2012 avec Renée Fleming, j’avais rêvé de ce que 2 ans plus tard le Met nous donne aujourd’hui, Netrebko en Tatiana avec le même Gergiev au pupitre et une distribution russe capable seule d’exprimer de manière fluide la sensibilité, l’âme de ce peuple d’une grande culture, capable d’exhaler le romantisme et la poésie de Pouchkine. Certes, les deux principaux rôles masculins sont tenus par des chanteurs polonais, mais ils sont imprégnés de cette langue qu’ils maîtrisent et de cette culture slave. Je n’avais pas rêvé d’un spectacle aussi beau, comme seul le Met est capable de nous l’offrir aujourd’hui, totalement conventionnel, on est à l’opposé de Tcherniakov ; on se situe à Saint Petersbourg à l’époque de sa grandeur, de la Grande Catherine, dans des décors magnifiques et surtout avec des personnages superbement vêtus d’une élégance extrême ; les robes sont extraordinaires et pas seulement celle d’Anna Netrebko au dernier acte, quelle belle princesse elle fait ! C’est magnifique dans une mise en scène qui colle aux événements et au drame, une grande animation du plateau à côté des scènes plus intimistes ; à certains moments, on se croirait dans une œuvre de Tchekhov comme la Cerisaie.
J’avais vu cette production au cinéma, j’en étais sorti les yeux humides, je dois dire que retrouver ce spectacle chez soi en DVD avec des prises de vues optimisées et un son parfait est un suprême délice, et l’on apprécie encore plus les gros plans sur les expressions des sentiments sur les visages.
Cette réussite est avant tout l’œuvre de V. Gergiev qui comme 2 ans auparavant exprime avec l’orchestre toute la beauté et les merveilleuses mélodies de cette musique terriblement romantique en s’appliquant à suivre le rythme imposé par la mise en scène et les intonations des chanteurs, tout en conservant une grande fluidité musicale. Il est en symbiose totale avec Anna Netrebko, qu’il a découvert jadis dans les coulisses du Mariinski, et à qui il a donné sa chance, quelle réussite. Cette même symbiose existe entre Anna Netrebko et Mariusz Kwiecien, ils ont souvent joué ensemble, (rappelons-nous simplement Don Pasquale), c’est comme avec R. Villazón dans Traviata, il y a une complicité que l’on ressent, qui donne du naturel et enrichit l’expression.
Anna Netrebko, je n’en dirai que peu, elle est exceptionnelle, au summum de son art, elle est bien, comme la presse allemande et autrichienne vient de l’écrire après son fantastique triomphe à Salzbourg en Léonore du Trouvère, non seulement la plus grande soprano de notre temps, mais aussi qualifiée meilleure que Callas, ce qui n’est pas peu dire, mais opinion que je partage. Aucune soprano n’est capable de passer autant d’émotion dans son jeu, par ses expressions et par sa voix, ce qu’elle donne dans la scène de la lettre et dans le final, avec la finesse de l’accompagnement musical, est au-delà de ce que l’on peut imaginer, elle est grandiose. On est totalement sous son emprise, la gorge serrée, les yeux devenus vite humides.
Pour les 3 autres rôles féminins, quel luxe, on trouve ce que ces régions de l’est européen nous offrent de meilleur dans les voix graves, avec la bélarusse Oksana Volkova, belle, gracieuse, mezzo vocalement somptueuse ; la nourrice est Larissa Diadkova, un monument du Mariinski, probablement la meilleure alto de cette école, (rappelons-nous Ratmir de Ruslan et Ludmilla ou la duègne des Fiançailles au Couvent), enfin Elena Zaremba qui est la mère de Tatiana et qui fut une Marfa inoubliable dans la Khovantchina.
Mariusz Kviecien est totalement habité par Onéguine, il en traduit de manière exemplaire, comme un véritable acteur, toute sa désinvolture et son cynisme, tous les tourments, tous les sentiments, avec une voix à l’expression parfaite. Son air final est un modèle, notamment dans la façon dont il traduit à la fois son désarroi et sa colère. Il campe un personnage assez différent de Dimitri Hvorostovsky, mais tout aussi remarquable. Quant à Piotr Beczala, il est fait pour ce rôle de Lenski, tellement sentimental, poétique, romantique à souhait, il est l’incarnation de Pouchkine. Son chant est superbe par l’expression, la puissance, la clarté de timbre et la projection. S’il faut trouver un point faible, je dirais simplement que l’on a connu de meilleurs princes Gremine. Mais ce n’est pas grave.
Avant la dernière expression d’échec d’Onéguine qui achève l’opéra, ce baiser passionné que Tatiana vient lui donner avant de le quitter à jamais, est une magnifique trouvaille du metteur en scène. C’est un moment très fort et extrêmement émouvant, non seulement parce ce qu’elle lui rend celui désinvolte reçu au premier acte, mais surtout parce qu’il traduit bien la force de cet amour inassouvi de deux êtres qui n’ont pas pu, pas su, se rencontrer ; cela ne nous amène-t-il pas à nous remémorer notre propre histoire? C’est je crois ce qui fait de cet opéra, unique en son genre, l’un des chefs d’œuvre du genre, et ce DVD, qui touche à la perfection, trônera longtemps au-dessus de la pile de mes enregistrements favoris et reviendra souvent sur le lecteur.


Luisa Miller
Luisa Miller
DVD ~ Verdi
Prix : EUR 30,00

3.0 étoiles sur 5 Inégal avec Léo Nucci magnifique Miller, 23 août 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Luisa Miller (DVD)
Je pense que pour pouvoir être objectif dans l’appréciation de ce spectacle, il ne faudrait pas connaître celui du Met qui demeurera longtemps la référence absolue tant ce très bel opéra n’a pas les faveurs des producteurs, ce qui est difficilement compréhensible pour une si belle œuvre.
Dans un décor quasi inexistant fait de panneaux et de figures géométriques sans rapport avec l’action, les personnages évoluent dans des costumes ordinaires manquant de couleur dans une mise en scène sans génie. Si les prises de vue sont excellentes, montant notamment bien les expressions des personnages avec des gros plans, le spectacle laisse tout de même à désirer.
Au plan musical, on a une distribution assez homogène, de bonne qualité quand bien même on ne touche pas à l’excellence comme au Met. Elle est un peu desservie par une direction orchestrale qui manque de souffle et d’entrain avec un chef qui n’apporte rien de lui-même, se contentant de jouer la partition.
Le rôle-titre est bien tenu par cette excellente soprano italienne qu’est Fiorenza Cedolins. Au plan vocal, elle est nettement plus à l’aise dans la tessiture tragique de la seconde partie de l’ouvrage où elle offre une voix puissante, pleine de chaleur et d’expression, avec à la fois des aigus clairs et des graves profonds. Elle est moins à l’aise, sans être catastrophique dans le premier acte qui fait appel à une tessiture teintée de colorature et où elle a un vibrato exagéré.
Auprès d’elle, Marcelo Alvarez prête sa belle voix de ténor à Rodolfo ; il excelle dans l’expression dramatique, notamment dans ce si bel air « quando le sere… » qui est l’un des plus beaux airs de ténor du répertoire. Dans le final, il s’engage à fond dans le jeu scénique renforçant l’émotion que l’on ressent devant ce drame. Quant à Léo Nucci, sa voix ne vieillit pas, elle est intacte, magnifique, il est chez lui à Parme avec un public tout acquis et c’est véritablement un bonheur de le voir dans ce si beau rôle du père de Luisa. Ses airs sont admirables. Tous trois permettent des très beaux ensembles malgré la faiblesse de l’accompagnement mais avec un chœur de qualité. Les 2 barytons/basses sont qualitativement un cran en dessous mais sans être mauvais.
Techniquement bien supérieur à l’enregistrement du Met qui marque son âge, cette production est d’un bon niveau vocal loin cependant du trio Scotto/Domingo/Milnes, mais souffre d’une direction d’orchestre molle et d’une mise ne scène pauvre.


Verdi : La Traviata
Verdi : La Traviata
DVD ~ Marie McLaughlin
Prix : EUR 31,99

3.0 étoiles sur 5 Un joli film, 11 août 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Verdi : La Traviata (DVD)
Il faut d’abord bien souligner qu’il s’agit d’un film d’opéra et non d’un opéra filmé, donc sans public, et avec les chanteurs s’exprimant en play-back. Ce procédé permet d’optimiser les prises de vue et de travailler les expressions des visages en gros plans. Cela est très perceptible dans cette version tournée lors du festival de Glyndebourne en 1988. Malheureusement, seule Mary Mc Laughlin cherche à passer ses émotions dans son visage, ce qui n’est guère le cas des autres personnages.
Les images sont superbes, entièrement tourné en intérieur cossus et raffiné avec une très belle décoration, les personnages étant vêtus de costumes ou robes d’époque. J’ai beaucoup apprécié. C’est un peu le même type de représentation filmée que celle de Zeffirelli mais en moins extravagante. Mais dans cette ambiance chic et bourgeoise, était-il utile de tomber un moment dans le voyeurisme au début de la fête chez Flora en faisant se déshabiller une figurante ; et d’ouvrir la scène finale d’une vue prolongée sur un médiocre tableau de femme grasse et nue. Cela m’a paru déplacé.
Malheureusement, le coté musical est moins enthousiasmant, et dans l’opéra c’est tout de même le principal. L’orchestre manque de lyrisme, il parait à bien des moments comme endormi. De plus la prise de son n’est pas au niveau de ce que nous connaissons aujourd’hui, et on note une accentuation des sons graves peu agréable.
Globalement, l’interprétation n’est pas mauvaise. Mary Mc Laughlin s’incarne bien en Violetta et délivre un chant sans défaut important. Elle fut une bonne soprano dans Mozart ou dans Strauss, (j’ai beaucoup aimé son interprétation de Zdenka), mais elle n’a pas la voix si rare, je devrais dire les voix, qu’il faut avoir et que peu ont, pour chanter la Traviata. C’est dans la scène finale qu’elle m’a semblé ma meilleure sans pourtant m’amener l’émotion forte que je ressens dans d’autres versions, mais cela est aussi dû à l’insuffisance musicale de l’orchestre.
Si le Germont de B. Ellis nous offre une belle voix de baryton, il n’en est pas de même du ténor interprétant Alfredo que j’ai trouvé très faible vocalement, très monocorde, sans profondeur et sans projection, et sans expression dramatique. Là est la grande faiblesse de ce film, car on ne peut entrer en vibration dans le drame de Violetta si on n’a pas avec elle un ténor du même niveau, comme c’est le cas dans nombre autres représentations disponibles en DVD. Il manque un peu de souffle latin
En conclusion, une Traviata agréable à regarder, moins agréable à entendre, très britannique, mais qui peut satisfaire pleinement ceux qui ne connaissent pas en profondeur les œuvres de Verdi ou ne sont pas des mélomanes avertis.


Lucia di Lammermoor (Donizetti)  Scotto, Bergonzi Live 1967
Lucia di Lammermoor (Donizetti) Scotto, Bergonzi Live 1967
DVD ~ Gaetano Donizetti
Prix : EUR 34,97

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Une relique précieuse, un trésor., 9 août 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Lucia di Lammermoor (Donizetti) Scotto, Bergonzi Live 1967 (DVD)
Je n’avais jamais voulu commenter ce DVD car il y a des beautés que les mots ne peuvent exprimer. Cette beauté, vous l’aurez compris n’est pas ici sur le plateau très conventionnel, ni dans les costumes, ni dans le jeu d’ailleurs pauvre, ni dans la technique d’enregistrement qui marque son âge. Voilà qu’apprenant le décès à 90 ans de Carlo Bergonzi, j’ai remis celui-ci sur mon lecteur, et hypnotisé, je l’ai revu et écouté 3 fois en une semaine, j’ai cette fois envie d’en parler.
Oui, ce DVD est une relique précieuse, un trésor pour tout mélomane amoureux de l’opéra. Certes, si nous avons de nombreux disques de ces 2 extraordinaires chanteurs, on en a quelques DVD tous remarquables de Renata Scotto, on en a très peu encore disponible de Carlo Bergonzi, dont celui-ci sans doute l’un des plus accomplis.
Carlo Bergonzi a été pour moi le plus grand ténor de ces années bénies pour l’opéra autour de 1960/1990, et aussi probablement de tous les temps, en tout cas inégalé à ce jour dans le répertoire italien malgré toute la considération que j’ai comme beaucoup pour Jonas Kaufmann. Ancien baryton, il démontre dans cet enregistrement de 1967, sa technique rigoureuse dans le respect de la partition, mais surtout son souffle très long fondé sur une voix légère et veloutée qui sait aussi montrer sa puissance. Et puis, il y a son rubato, cette faculté à allonger imperceptiblement le troisième temps, qui confère une expression supplémentaire à la voix, un peu de sensualité et beaucoup d’émotion. Ecoutez son final, c’est extraordinaire, et le voir ajoute quelque chose de plus que simplement l’entendre, surtout en ce moment où il vient de quitter notre monde. Il a été à la tessiture de ténor ce qu’a été Callas comme soprano.
Renata Scotto, qui d’ailleurs en début de carrière a eu à remplacer Callas, s’en est approchée de très près dans l’expression lyrique. Peut-on mieux chanter l’air de la folie et son trépas que ce que nous avons ici. Elle a un contrôle du souffle et de la projection qui lui permet de donner beaucoup d’humanité à son expression. Et puis elle exprime des demi-teintes qui génèrent l’émotion maximum.
Tous deux font un extraordinaire triomphe devant le public japonais, et nous sommes en extase devant une telle qualité. Malgré tous les défauts de cet enregistrement, on ne peut pas mettre moins que 5 étoiles, ces 2 interprètes en valent bien plus. Alors qu’il existe de très beaux DVD de cet opéra, l’un des plus populaires du répertoire, avec une qualité d’image, de son et de mise en scène très supérieure, j’aime beaucoup les Lucia de A. Netrebko ou de P. Ciofi, ou plus anciens de J. Sutherland, aucun au plan vocal n’atteint le niveau global d’excellence de ce spectacle donné en 1967 à Tokyo, ne serait-ce que parce ce que aucun des ténors figurant Edgardo n’approche la qualité vocale de Carlo Bergonzi..
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 16, 2014 11:12 AM MEST


La Gazza Ladra
La Gazza Ladra
DVD ~ Gioacchino Rossini
Prix : EUR 28,28

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Agréable représentation, 3 août 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : La Gazza Ladra (DVD)
Dans un paysage conventionnel de campagne, les personnages évoluent sans grande animation sur la belle musique de Rossini bien dirigée par Bruno Bartoletti dans ce qui ressemble plus à une longue opérette en jolis costumes qu’à un opéra classique. Il y a un certain décalage entre cette partition qui se veut assez légère et vive et l’histoire qui, jusque dans les derniers instants se veut assez dramatique. C’est ce que les experts appellent un opéra « semi-seria ». Cela dérange un peu et par moments on a même l’impression de trouver des accents verdiens, notamment quand on a des ensembles avec chœur.
Après la célèbre ouverture, bien enlevée, au sein d’une troupe de qualité, la distribution est bien entendue dominée par Ileana Cotrubas en Ninetta, avec une forte présence scénique et surtout une grande musicalité et un beau phrasé dans son chant, une voix de miel non dénuée de puissance. Son entrée avec les 2 airs successifs est justement saluée par un triomphe. Elle fut à cette époque (1987) une des grandes sopranos et elle démontre ici tout son talent, non seulement dans les airs mais aussi dans les duos avec son fiancé, son père ou avec Pippo, et dans les ensembles, notamment le très beau sextuor final.
Les 3 barytons, sans être exceptionnels, participent bien à l’action et à l’expression musicale, bien soutenus par une belle orchestration très rossinienne. Un seul personnage est franchement défaillant, Nucci Condo dans le rôle de Lucia, mezzo quasiment inaudible, sans aucune projection, heureusement c’est un rôle secondaire.
On passe 3 heures agréables à la vision de ce spectacle, bien qu’il y ait certaines longueurs, et on se délecte de la musique de Rossini bien enlevée et bien rythmée. Il reste que c’est un opéra secondaire dans l’œuvre du compositeur et que cet enregistrement vaut avant tout pour conserver le souvenir d’Ileana Cotrubas
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Sep 6, 2014 11:40 PM MEST


Richard Wagner - Tristan und Isolde / Meier, Storey, DeYoung, Grochowski, Salminen, Barenboim, Chereau (Teatro alla Scala 2007)
Richard Wagner - Tristan und Isolde / Meier, Storey, DeYoung, Grochowski, Salminen, Barenboim, Chereau (Teatro alla Scala 2007)
DVD ~ Daniel Barenboim
Prix : EUR 18,20

4.0 étoiles sur 5 W. MEIER Sublime – P. CHEREAU inspiré, 1 août 2014
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S’il est un opéra qui requiert l’excellence, c’est bien celui-ci tant il est difficile de faire passer sur scène une action qui est essentiellement intérieure, une tragédie de l’amour inassouvi, tourmenté, d’un rayonnement érotique mortel.
Pour cela, nul n’a jamais surpassé P. Chéreau dont la mise en scène est extrêmement subtile et fouillée. Je ne suis pas généralement très amateur des mises en scènes modernes et transposées. D’ailleurs peut-on transposer Tristan et Isolde qui est une œuvre intemporelle? Il nous offre ici un décor réduit au minimum, des costumes ordinaires, certains, mal intentionnés, y voient une partie du succès de cet homme dans l’opéra car cela ne coûte vraiment pas cher aux producteurs, comparé aux spectacles montés par d’autres beaucoup plus exigeants. Mais par contre, quelle direction d’acteurs, comme il sait leur donner vie, tout cela est magnifiquement rendu par des prises de vues travaillées et notamment des gros plans qui vous font vivre chaque sentiment exprimé par les acteurs et (ou) par la musique . Il met très bien en exergue les contrastes jour/nuit, amour/mort. Cet homme qui vient de nous quitter avait un talent très rare. Dommage qu’il succombe à la mode actuelle de la peinture rouge qui inonde Isolde à sa mort ce qui nuit à ce moment unique d’extase musicale et d’émotion profonde. Je veux souligner la présence d’un remarquable livret dans le coffret permettant de bien comprendre l’approche de P. Chéreau.
Et puis Daniel Barenboïm nous offre une direction d’orchestre pleine de délicatesse, soucieux non seulement d’accompagner les chanteurs de façon équilibrée, mais aussi de bien souligner les thèmes comme celui du désir ou celui de la mort, de faire passer le souffle épique et le lyrisme poétique, car plus que dans tout autre opéra de Wagner, c’est la musique qui est l’incomparable révélatrice de l’action. Daniel Barenboïm magnifie la grandeur de cet opéra qui est si difficile à pénétrer.
Ce spectacle ne serait pas aussi réussi si D. Barenboïm et P. Chéreau n’avaient en Waltraud Meier une Isolde qui se place au niveau des plus grandes interprètes, je pense à K. Flagstadt avec Furtwängler, H. Dernesch si expressive avec Karajan ou B. Nilsson qui m’a fait, jeune, découvrir cette œuvre. Elle est une parfaite tragédienne lyrique dont l’expression est magnifiée par P. Chéreau et une soprano absolument parfaite vocalement, voix puissante sans excès, voix capable d’exprimer toutes les nuances, une incarnation aboutie après tant d’années dans ce rôle. Dans la scène finale qui nous fait pleurer d’émotion, elle exprime avec perfection l’extase hallucinante de la passion sublimée dans la mort.
Mais, oui, il y a un mais, ce n’est pas encore le DVD de référence que nous attendons depuis celui de Nilsson/Vickers/Böhm car pour cela il faudrait aussi un Tristan du même niveau d’excellence. Même s’il n’est pas mauvais, s’il fait le maximum, Ian Storey n’a pas le niveau requis et cela se ressent particulièrement à l’acte 3 où la difficulté vocale est maximum. Par contre, il est plus à l’aise dans les duos et particulièrement dans le duo d’amour du second acte, très bien équilibré musicalement.
Les autres rôles sont assez bien tenus, M. Salminen est bien fatigué mais il a de beaux restes, M. De Young a un peu de mal à assurer un premier acte très exigeant et y est affligée d’un vibrato un peu excessif, G. Grochowski est un excellent Kurwenal.
Alors, en attendant l’oiseau rare qui nous offrira un jour la référence, nous avons là à mon avis, je sais qu’il ne sera pas forcément partagé, le meilleur DVD actuel, car on peut préférer celui de Glyndebourne avec de beaux décors et costumes, avec une excellente N. Stemme mais aussi un Tristan médiocre, seulement il n’a pas la finesse d’expression de P. Chéreau ; mais l’on peut toujours se procurer le DVD historique de Nilsson/Vickers à Orange en 1973, avec le mistral et la technique de l’époque. Puisse prochainement J. Kaufmann après Parsifal entrer dans ce rôle pendant que W. Meier est encore au summum de son art, avec un metteur en scène et un chef de qualité.


Francesca da Rimini [(+booklet)]
Francesca da Rimini [(+booklet)]
DVD ~ Placido Domingo
Prix : EUR 15,40

5.0 étoiles sur 5 Un bijou - Scotto divine – Levine magistral, 21 juillet 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Francesca da Rimini [(+booklet)] (DVD)
Cet opéra donné au Met en 1984 est un poème symphonie magistralement dirigé par ce très grand chef qu’est James Levine, avec des chanteurs qui atteignent la perfection, dans des décors magnifiques et avec des robes et costumes d’époque moyenâgeuse splendides. Et surtout, il y a Renata Scotto au firmament de son art.
La partition de cette œuvre est opulente et raffinée, avec des moments envoûtants et extrêmement poétiques que l’on goutte en plusieurs occasions dans de grands interludes ou l’action se poursuit sans paroles. C’est particulièrement à ces moments que l’on mesure la qualité de la direction de James Levine qui a l’art de dégager les mélodies, les colorations, faisant chanter chaque instrument soliste et notamment les violoncelles et contrebasses qui tiennent une place importante, mais aussi quelques instruments anciens (luth et viole) particulièrement adaptés à une histoire médiévale. Cela est particulièrement remarquable en fin des actes 1 et 3 et ajoute fortement à la beauté de ces passages et à l’émotion. Mais il sait aussi dégager toute la puissance requise comme dans le terrible final ou il fait exploser l’orchestre après le double assassinat des amants.
En dehors de l’acte 2 où la scène de bataille est fort bien rendue, les autres actes bénéficient de décors sophistiqués et élégants dans lesquels les personnages superbement parés en costumes d’époque médiévale évoluent dans une animation bien réglée. C’est tout de même plus agréable à regarder que le triste spectacle offert par Del Monaco à Paris en 2011 qui ne valait guère que par l’interprétation de R. Alagna.
Cette fin de l’acte 1 est d’un romantisme extrême, la découverte de l’autre à travers la grille d’abord, le coup de foudre, puis leur rapprochement progressif et enfin la remise de la rose de Francesca à Paolo, probablement l’une des plus belles rencontres amoureuses de l’opéra, exprimée seulement par l’accompagnement musical et les expressions des visages, qui ne va pas sans rappeler la remise de la rose d’argent d’Octavian à Sophie.
La fin de l’acte 3 est tout aussi romantique et émouvante, c’est la scène du baiser : « lui que de moi ne sera séparé me baisa la bouche » (Dante). L’orchestre atteint là un raffinement d’expression rare pour accompagner d’abord le dialogue de Paolo et de Francesca vers ce moment à la fois redouté et attendu, ce baiser passionné renouvelé dans une posture à la Rodin. L’émotion est au maximum.
Renata Scotto, remarquable du début à la fin, atteint à ce moment le summum d’expression vocale et artistique, elle s’investit totalement, y met toute sa sensibilité, au point de venir saluer le public sans pouvoir cacher sa propre émotion très visible et d’avoir à se blottir un instant contre son partenaire. On a envie que l’opéra s’arrête là. Mais je ne veux pas réduire la prestation de Renata Scotto à ce seul moment car elle dispense tout au long de l’opéra un chant absolument divin, un timbre rare et pur, faisant passer une forte intensité dramatique, presque sans vibrato, au legato contrôlé. Chacune de ses interventions est un moment de rare plaisir. Son final est éblouissant. Elle était bien à cette époque la reine blanche du Met, la noire étant une autre soprano tout aussi exceptionnelle Katleen Battle. Rien que pour Renata Scotto, les amateurs d’opéra se doivent de conserver ce DVD, ainsi d’ailleurs que sa Manon Lescaut et sa Luisa Miller. Je garderai toujours en mémoire son salut final, elle est comme la sportive qui a tout donné d’elle-même pour battre le record, elle est vidée, mais tellement heureuse d’avoir donné tant de plaisir à son public.
A ses côtés, il n’y a aussi que des louanges à dresser pour l’interprétation parfaite de Placido Domingo, totalement complice de Renata Scotto, totalement en phase, dans la plénitude de son chant, depuis son entrée au second acte « j’ai seulement vu une rose » jusqu’à la terrible scène finale.
Face à ce couple si romantique et lyrique, l’opposition de style des 2 frères de Paolo est frappante et excellemment rendue par le metteur en scène. C. Mac Neil et W. Lewis impressionnent par leur stature, leur sauvagerie et une expression vocale sans faille. D’ailleurs, j’ai beau chercher, je ne trouve aucun petit rôle à critiquer. Une mention spéciale à la belle mezzo d’Isola Jones dans le personnage de Smaragdi, confidente de Francesca, totalement synchrone avec Renata Scotto en début de 3° acte et à la grâce des servantes offrant de très jolis tableaux.
Par ce DVD, conseillé par un ami, j’ai vraiment découvert la très grande qualité de cette œuvre que je ne connaissais que superficiellement par des extraits de L. Gencer ou R. Kabaivanska, et quelques fragments du spectacle de la Bastille; c’est peu dire qu’il m’a enthousiasmé au point de me l’être passé 3 soirs de suite. Techniquement, il est sans défaut et les plans de Brian Large sont comme de coutume très adaptés au dialogue. Je ne peux donc qu’encourager les fervents de grand opéra à l’acquérir.


Le Trouvère
Le Trouvère
DVD ~ Giuseppe Verdi
Prix : EUR 35,85

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
1.0 étoiles sur 5 Epouvantable transposition, 20 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Trouvère (DVD)
S’il m’arrive d’apprécier certaines transpositions raisonnables et intelligentes, ici ce n’est pas le cas : le célèbre et illuminé Robert Carsen nous offre une horreur dont il a le secret : un Trouvère en costume-cravates et robe de soirée au milieu d’une énorme usine rouge ressemblant plus ou moins à une unité pétrolière totalement rouge, crachant le feu, au milieu du lac, à laquelle on accède en Mercédès ou en hors-bord, et dans laquelle évoluent les personnages.
Inutile de dire que les dialogues médiévaux ne collent pas du tout avec un tel décor. C’est pour moi insupportable, mais il parait qu’il y en a qui aiment, je les respecte.
Si encore la qualité musicale était acceptable, ce n’est pas non plus le cas: des 4 interprètes principaux, seul Z. Lucic est à peu près au niveau du rôle du Comte de Luna. Les 3 autres s’étagent du médiocre à l’insupportable. Il est vrai que quand on a dans l’oreille tous les grands interprètes qui ont marqué ce qui est l’un des plus musicaux opéras de Verdi, de Kabaivanska à Montserrat et Harteros, de Domingo à Kaufmann, de Cossotto à Zajic, j’en passe et des meilleurs, on ne supporte pas un tel manque de qualité vocale. Les chœurs sont vocalement bons, mais les hommes transformés en soldats armés de mitraillettes et de pistolets, et les femmes habillées en bonnes sœurs dans un tel décor font anachroniques ! Quant à l’orchestre de Vienne, il a de bonnes sonorités mais mal mises en valeur par une prise de son qui ne peut être excellente en plein air avec des chanteurs équipés de micros. De plus sa direction manque d’ampleur et est parfois molle.
Heureusement, je n’avais pas acquis ce DVD, j’ai donc pu le rendre. Ce commentaire se veut peut-être trop sévère, il est destiné aux nombreux mélomanes qui comme moi sont attachés au traditionnel, à la musicalité et à la recherche d’une émotion afin qu’ils ne se risquent pas. Il doit être réservé à ceux qui recherchent l’originalité et qui ne sont pas trop exigeants quant à la qualité vocale.


Il Corsaro [Blu-ray]
Il Corsaro [Blu-ray]
DVD ~ Verdi
Prix : EUR 39,41

3.0 étoiles sur 5 Interprétation inégale d’un opéra justement oublié., 17 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Il Corsaro [Blu-ray] (Blu-ray)
Après une ouverture rythmée et lourde, on découvre une mise en scène très classique simple, dans un décor agréable mais minimum, et avec des costumes de qualité très colorés et épousant bien l’ambiance locale ottomane. L’animation est excellente et les combats sont particulièrement bien réglés au second acte.
Il faut saluer l’opéra de Parme qui a voulu produire les opéras oubliés de Verdi à l’occasion du 200 ° anniversaire de sa naissance. Mais il faut bien reconnaître que cet opéra est bien médiocre, même si le style verdien est présent tout au long de l’œuvre. On ressent un manque de travail sur la partition et cela sur un livret assez pauvre. Certains qualifient même cette œuvre de bâclée, je n’irai tout de même pas jusque-là !
La direction d’orchestre est banale et manque un peu d’âme et de relief, elle parait même brutale par moments, elle ne fait pas très aboutie, mais s’attache à bien suivre les interprètes et à animer un bon chœur, notamment de femmes qui de plus sont belles et élégantes dans leurs tenues exotiques.
On est certes loin des grandes œuvres à venir(ou même de certaines antérieures) mais certains passages comme les duos, trios et ensembles préfigurent bien celles-ci et laissent percer le talent du compositeur par son style énergique musical et concis.
Malheureusement, la distribution est très inégale, les chanteurs étant de meilleure qualité que les chanteuses. On y remarque un bon ténor Bruno Ribeiro dans le rôle-titre même s’il peine un peu dans l’extrême aigu. Inversement, la soprano, Irina Lungu, est un peu pénible à écouter dans le premier acte, tant sa voix manque totalement d’assise et de technique, distribuant des aigus forcés et des sons rauques, sans parler de sa difficulté dans les vocalises. Elle est meilleure dans le troisième acte. Cela est étonnant de la part d’une chanteuse qui par ailleurs a montré des qualités indéniables dans le répertoire verdien. Elle a probablement manqué de préparation pour ce rôle. Quant à la seconde soprano interprétant Gulnara, elle n’a pas le physique idéal d’une jeune et belle odalisque, elle dispense un chant médiocre plus sombre que celui de Medora et que le public a bien du mal à apprécier, nous aussi. Le rôle de baryton du Pacha tenu par Luca Salsi ne prête à aucune critique, il en donne une interprétation de qualité très "verdienne", en particulier dans la longue scène du début du 3° acte.
Faute de mieux, en DVD, on peut se procurer ce spectacle pour ceux qui veulent connaître en profondeur l’œuvre complète de ce si grand maître de l’opéra que fut Verdi.


Tristan & Isolde [Blu-ray]
Tristan & Isolde [Blu-ray]
DVD ~ Richard Wagner
Prix : EUR 38,68

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Seulement pour la musique, 1 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Tristan & Isolde [Blu-ray] (Blu-ray)
Cet opéra est pour moi mythique, car jeune, à l’opéra de Paris, avec sur scène Birgit Nilsson en exceptionnelle Isolde et je crois W. Windgassen en Tristan et K. Böhm dans la fosse, j’ai pour la première fois mesuré la force émotionnelle de l’opéra quand à la mort d’Isolde, je me suis rendu compte que j’avais les larmes aux yeux, comme la plupart des spectateurs autour de moi tant l’émotion était intense. Ensuite, j’ai acheté l’enregistrement de Furtwängler avec une autre Isolde de légende, K. Flagstadt en duo avec un Tristan lui aussi légendaire, L. Suthaus. Ces références demeurent indélébiles et rendent forcément injustes et très difficiles toute appréciation des innombrables versions parues depuis. D’autant que d’autres m’ont fortement marquées par certaines qualités réelles, Orange avec la même B. Nilsson et J. Vickers, le beau Tristan de René Kollo, la sensibilité de G. Jones aux aigus splendides, plus récemment W. Meier bouleversante et si expressive.
Cet enregistrement n’échappe pas à cette règle. Je l’ai acquis pour la notoriété de Peter Schneider dont la direction d’orchestre dans Wagner est généralement excellente; et là, je dirai que je n’ai pas été déçu. Il anime l’orchestre de Bayreuth avec à la fois finesse et ardeur, lui faisant rendre une musicalité quasi parfaite, d’une partition sublime et immortelle dont les accords traduisent tant de sentiments contraires, amour et adultère, amour et mort, désir tyrannique et convenances sociales, etc…
Malheureusement, c’est à peu près tout. Passons sur la mise en scène, elle est inexistante, ce n’est pas grave, cet opéra peut s’en passer, et c’est mieux que différentes tentatives de modernisation que l’on a pu voir ces dernières années. Encore aurait-on pu soigner la gestuelle. Mais il est tellement difficile sinon impossible d’accorder la vision matérielle avec l’expression des âmes, avec la dimension spirituelle omniprésente dans cette œuvre, où tout est dans l’action intérieure des deux héros.
On a opté pour une transposition des personnages dans notre temps, donc costume-cravate de rigueur pour Tristan et tailleur jaune vif boudinant Isolde au second acte, ce qui ne fait pas de l’héroïne un monstre de désir et de sensualité. Quant aux décors, je les qualifierai de minimalistes, de pauvres et souvent de laids, ce qui est dommage car la qualité de l’image en Blue-Ray est très bonne. Ils ne confèrent pas d’unité aux 3 actes de l’œuvre.
Au niveau vocal, R. Dean-Smith donne une bonne prestation, manquant tout de même d’expression et de profondeur. I. Théorin commence de manière satisfaisante et va décliner au fur et à mesure que l’on avance dans le déroulement de l’action, jusqu’à une quasi catastrophe finale, le massacre vocal de la mort d’Isolde, insupportable ! D’autant que le rendu scénique, chantant couchée dans un lit, loin du cadavre de Tristan, gâche l’émotion que l’on doit ressentir à cet instant qui célèbre l’Amour sublimé par la mort et la spiritualité, dans l’union éternelle des deux êtres. Je ne dirai rien des autres personnages, dans l’ensemble satisfaisants mais secondaires, sauf Brengaine qui est d’une médiocrité affligeante, catastrophique du début à la fin.
Peut-être suis-je trop sévère, c’est pourquoi je mets tout de même 3 étoiles, une telle œuvre, pour moi l’une des plus belles de l’opéra, ne peut tolérer de la médiocrité. Donc je reste dans l’attente du DVD de référence qui conjuguerait à la fois une bonne direction d’orchestre, (comme celle de P. Schneider), une magnifique Isolde (comme W. Meier), un grand Tristan (peut-être un jour J. Kaufmann), et une mise en scène qui ne fasse que mettre en valeur la musique et ses interprètes.


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