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Contenu rédigé par Luc B.
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Commentaires écrits par
Luc B.
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The African Queen - Édition Simple 1 DVD
The African Queen - Édition Simple 1 DVD
DVD ~ Humphrey Bogart

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 DUO AQUATIQUE SYNCHRONISE, 31 octobre 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : The African Queen - Édition Simple 1 DVD (DVD)
Le gros avantage de ce qu’on appelle les « classiques », c’est qu’avec le temps on les retrouve intacts. AFRICAN QUEEN fait mieux : il se bonifie et enchante davantage à chaque vision. Tourné en décor naturel (ex Congo Belge) le film raconte les aventures d’une bigote anglaise et d’un pochetron canadien, contraints de naviguer sur un vieux rafiot (l’African Queen en question) pour échapper aux troupes allemandes – l’action se déroule en 1914. Résumé succinct, mais je préfère laisser la surprise à ceux qui ne connaissent pas l’intrigue.

John Huston est en terre connue. D’abord l’Afrique, qu’il aimait pour ses safaris, et une fois de plus, la quête de l’impossible pour ses personnages, qui en perdront la tête (voir LE TRESOR DE LA SIERRA MADRE, MOBY DICK, L’HOMME QUI VOULUT ETRE ROI…). Ici, le rêve absolu, c’est une canonnière allemande que nos deux matelots veulent détruire, à coup de torpilles fabriquées maison. Mais le chemin sera long et semé d’embuches. AFRICAN QUEEN est un film d’aventure qui multiplient les péripéties (tirs ennemis, croco, moustiques, tempêtes, rapides, sangsues…) qui mettront les héros à rudes épreuves. Mais l’épreuve la plus retorse est la cohabitation de ces deux caractères dans 10 m², puisque les trois quarts du film se passent uniquement sur le bateau. Et là, on touche au sublime, et dans la gestion de l’espace, de l’action, et dans l’évolution des sentiments, l’initiation à la vie à deux (lui, baroudeur sans attache, et elle vouée à Dieu).

Le film réunit deux acteurs prodigieux, Katherine Hepburn et Humphrey Bogart, qui hérite là sans doute de son plus beau rôle (un oscar en 1952). Il faut observer son jeu, comment il passe du registre du gamin, à l’ado surexcité, à l’homme mûr et réfléchi sur la fin. L’humour est omniprésent, les couleurs chatoyantes, le rythme intrépide, les scènes mythiques se bousculent au portillon, et la dernière scène (je fais allusion à la cérémonie… juste avant l’… non, je ne dirais rien !) atteint des sommets. On sait que le tournage en lui-même fut aussi une aventure extrême, Huston et Bogart échappèrent à la dysenterie parce qu’ils carburaient au whisky du matin au soir !

AFRICAN QUEEN fait partie de ces 10 ou 12 films que l’on se doit d’avoir à portée de main (aux côtés de LA VIE EST BELLE, VERA CRUZ, CHANTONS SOUS LA PLUIE, TO BE OR NOT TO BE…) histoire de se remettre le baromètre sur beau fixe.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Apr 17, 2013 5:47 PM MEST


Le Mystère Silkwood
Le Mystère Silkwood
DVD ~ Meryl Streep

1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 UNE FEMME DANS LA TOURMENTE (RADIOACTIVE), 18 septembre 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Mystère Silkwood (DVD)
LE MYSTERE SILKWOOD est un film-dossier dans la grande tradition, ayant pour cadre la méfiance du nucléaire, et s’appuyant sur un fait réel : le décès suspect de Karen Silkwood. Un fait divers qui inspirera aussi LE SYNDROME CHINOIS avec Jane Fonda.

L’histoire en deux mots : Karen Silkwood travaille comme manipulatrice dans une usine de retraitement nucléaire. Accusée de négligence, ayant entrainé la contamination d’une de ses collègues, elle se rapproche de l’organisation syndicale afin d’exiger plus de transparence dans le fonctionnement de l’usine. Jusqu’au jour où à elle devient positive à la radioactivité…

Là où le film est intéressant, c’est qu’on ne sait jamais si Karen subit les représailles de ses patrons, si elle est victime d’accident, de jalousie de collègues, de son amie. Est-elle manipulée, naïve, est-elle en croisade, ou simplement essaie-t-elle de comprendre une situation dont les autres se détournent ? En cela, le film de Mike Nichols s’inscrit dans la veine des films-dossier tendance paranoïaque, en vogue à l’époque (les politiques nous manipulent, les services secrets nous manipulent, les industriels, les scientifiques…) sur le thème du : on nous dit rien, on nous cache tout.

Mais Mike Nichols (QUI A PEUR DE VIRGINIA WOOLF, LE LAUREAT et plus tard WORKING GIRL) ne se contente pas de l’aspect « dossier ». Il dresse avant tout le portrait d'une femme qui en dit long sur l’époque. Nous sommes à la fin des années 70, les idéaux hippies se sont encastrés dans Wall Street. L’avenir n’est pas radieux pour la classe ouvrière. Karen Silkwood ne correspond pas aux canons de la famille américaine. Séparée de son mari, de ses enfants, elle vit en collocation avec un ami/amant, et une copine lesbienne. Elle se pique de syndicalisme, et prend la tête de la rébellion. Il est question d’émancipation, de conscience politique, de briser les carcans sociaux. Le réalisateur parvient parfaitement à gérer ses différents aspects, le thriller, le pamphlet, l’étude de mœurs, et le portrait de femme, le tout dans une ambiance de suspicion diffuse et angoissante.

L’atout majeur est bien sûr l’interprétation de Meryl Streep, dont le nom commence à briller après KRAMER CONTRE KRAMER, LE CHOIX DE SOPHIE, et qui est absolument éblouissante. Elle est entourée de Kurt Russel, Cher, Fred Ward, tous impeccables.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (5) | Permalien | Remarque la plus récente : Oct 20, 2012 8:34 PM MEST


Le Trou
Le Trou
DVD ~ Michel Constantin
Proposé par CVRD-Médias
Prix : EUR 8,29

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 LA GRANDE EVASION, 13 septembre 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Trou (DVD)
Imaginez L’EVADE D’ALCATRAZ filmé par Robert Bresson.

Pour son dernier film, Jacques Becker adapte un bouquin de José Giovanni. Fort de son expérience carcérale, l’écrivain apporte au scénario les détails qui donnent corps au film de Becker. La trame est simple. Un jeune type, accusé d’avoir voulu assassiner sa femme, se retrouve en taule, à la Santé. Il est transféré dans une cellule où ces quatre nouveaux codétenus préparent leur prochaine évasion.

Rien ne prédestinait LE TROU (1960) à devenir le classique qu’il est aujourd’hui. Pas de star (le seul nom connu est celui de Michel Constantin, et c'est son second film) des acteurs amateurs, pas de musique, un rythme lent, et un refus de tout effet de mise en scène. Jacques Becker fut élève de Jean Renoir, et ses premières réalisations (GOUPI MAINS ROUGES, CASQUE D’OR, TOUCHEZ PAS AU GRISBI) démontrent la virtuosité de sa caméra. Pour LE TROU il adopte un style quasi documentaire. Les faits, rien que les faits. Si on scie un barreau, on filme un barreau et une scie. En plan fixe. Et sur la durée. Rien d’autre ne vient gêner ou enrichir la lecture de l’image. De même pour les personnages. Pas de psychologie, de portrait, de passé. Rien. Même pas de rêve d'avenir. Juste quatre bonhommes enfermés, une relation, une amitié (?) en tout cas un besoin de s’unir pour réussir. Aucune digression, aucune intrigue secondaire, aucune intervention extérieure. Le film ne montre que ce qu’il raconte : des types qui creusent pour sortir de prison. Le film laisse entendre que ce qu’il montre : beaucoup de silence, et les bruits de pas, de grilles, de verrous, de clés, et les coups de barre à mine, les floc floc des égouts.

50 ans après, la description de l’univers peut faire sourire, avec les couloirs propres, les gardiens polis, le brigadier sympa (la scène des plombiers...) le directeur paternel. On est loin du PROPHÈTE d'Audiard. C’est la prison à la fois idéalisée, presque poétique (comme le Paris canaille et les voyous de TOUCHEZ PAS AU GRISBI) et pourtant la vie carcérale y est fidèlement reproduite, la surveillance constante, les fouilles surprises, la répétition des tâches quotidiennes, le cérémonial, les trafics, le système D, à l’image du jeune type qui demande toujours : « Mais comment vas-tu faire ? » et l’ainé de répondre : « Regarde ». Et Becker montre, filme, et nous, on regarde.

Pris un par un, les différents aspects de ce film ont tout pour rebuter. Allez savoir pourquoi, Jacques Becker réalise le film d’évasion quasi définitif, passionnant, traversé par des éclairs d’humanité, de poésie, de désespoir. Ça doit s’appeler le talent…
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (11) | Permalien | Remarque la plus récente : Apr 1, 2013 12:19 PM MEST


L'Homme invisible
L'Homme invisible
DVD ~ Claude Rains
Proposé par DVDMAX
Prix : EUR 9,99

6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 DON'T FORGET : HE'S MAD AND INVISIBLE !, 30 août 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Homme invisible (DVD)
Réalisateur de FRANKENSTEIN (1931), immense succès, James Whale récidive deux ans plus tard avec cette adaptation fabuleuse du non moins fabuleux roman de HG Wells.

Le professeur Jack Griffin a découvert le sérum de l’invisibilité, pour le moment irréversible, et qui a quelques effets secondaires : paranoïa, agressivité, sentiment toute puissance. Griffin quitte son labo, s’installe dans une chambre d’hôtel, travaille pour trouver le remède avant de devenir totalement fou. Toujours plus mégalo, incontrôlable, il multiplie agressions et meurtres. Pourchassé par la police, il se réfugie alors chez son collègue, le professeur Kemp…

Ne tournons pas autour du pot : ce film est une vraie merveille. En 70 minutes, sur un rythme infernal, James Whale enchaine les morceaux de bravoure, péripéties et rebondissements. Pour une fois, on ne voit pas un savant fou entreprendre de dominer le monde, mais un savant poussé par les drogues à devenir criminel. Les rêves de puissance de Griffin l’aveuglent, et le challenge scientifique et vite mis au rebut, contre une utilisation très matérielle de son nouveau pouvoir. Même Flora, sa fiancée, que Griffin continue à aimer, ne pourra le détourner de son tragique destin. Comme dans DR JECKILL ET MISTER HYDE, le sérum rend violent, fou, odieux, et le film explore une fois de plus les dérives des hommes de science. Le film pourrait s’appeler PEUR SUR LA VILLE, car l’ennemi peut être partout, frapper quand il le veut, rester insaisissable.

L’acteur Claude Raines (ROBIN DE BOIS, CASABLANCA) y trouve son premier grand rôle, alors qu’on ne le voit réellement que quelques secondes à la fin ! Et pour cause ! Cadrage marqué par l’expressionnisme, photographie noir et blanc superbe, caméra légère et mobile, le film est une totale réussite artistique.

Mais ce qui retient l’attention, ce sont les effets spéciaux de John P. Fulton, qui 80 ans après, restent absolument bluffants. La technique utilisée est celle du « fond vert » sauf qu’à l’époque, sans trucage vidéo, on utilisait le noir. Un décor entièrement recouvert de velours noir, un acteur entièrement vêtu de noir, qui logiquement ne se distingue plus du décor. Lorsqu’il enfile une chemise blanche, la caméra n’enregistre donc que l’image de cette chemise, sur fond noir, sans tête, sans jambe. On tire le négatif, que l’on superpose à la prise en décor réel avec les autres acteurs. Il ne s’agit de ré exposer la même pellicule, mais d’en superposer deux, les images pouvant être retravaillées ensuite une par une pour une finition optimale.

La scène où Griffin retire ses bandages est absolument fascinante, comme l’arrivée chez Kemp, où la traque policière et les astuces pour cerner l’incernable ! La dernière scène est très impressionnante, dans la neige et la nuit, et l’épilogue culmine à des sommets de poésie, lorsqu’enfin apparait le visage de Griffin, dans des circonstances que je tairais…

NB : Les autres commentaires (de 2003) font référence à une mauvaise qualité d’image. Ce n’est pas le cas de celle que j’ai vue. Le Studio Universal a ressorti pour son centenaire des versions parfaitement restaurées de sa collection de films fantastiques.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (9) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 1, 2013 11:49 AM CET


Pile ou face
Pile ou face
DVD ~ Philippe Noiret

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 AVOUE QU'ELLE TE MANQUE TA FEMME... SEULEMENT AUX HEURES DES REPAS..., 28 août 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Pile ou face (DVD)
PILE OU FACE s’inscrit dans la veine des polars d’atmosphère des années 70, tournée vers l’étude de mœurs, à l’instar d’ADIEU POULET (Granier-Deferre) ou LA FEMME FLIC (Boisset). Il est question à chaque fois de flics fatigués, englués dans une enquête sordide touchant les notables de province, que l’on devine protégés par quelques appuis politiques.

C’est Philippe Noiret qui endosse le rôle de l’inspecteur Baroni, menant de front deux enquêtes : une madame Morlaix défenestrée (accident, suicide, meurtre ?) et une sombre histoire de dope chez de jeunes bourgeois. Dans la grisaille bordelaise, au volant de sa R6, Baroni traine son rhume et son insolence, en attendant l’heure de la retraite, avec si possible le grade de commissaire. Cette promotion le tenaille, et il est bien décidé à ne pas lâcher d’une semelle son suspect : le mari, Edouard Morlaix (Michel Serrault).

Tout l’intérêt du film tient sur la relation entre Baroni et Morlaix, deux hommes plus proches qu’il n’y parait, veufs, rêvant d’avenir radieux. Le réalisateur Robert Enrico cerne parfaitement ses personnages, assez pitoyables à force d’être désabusés, mais qui en deviennent attachants. Une relation maître et esclave qui se mue en amitié forcée, scellée par un même secret. Servi par les dialogues aux petits oignons de Michel Audiard, Philippe Noiret et Michel Serrault excellent, notamment dans leurs silences, leurs soupirs, leurs regards vitreux. Autre point fort, les seconds rôles, tenus par André Falcon, Jean Desailly, le jeune Pierre Arditi…

On regrettera tout de même deux choses : le rôle de Laurence Bertil, la jolie voisine de Morlaix, que l’ex-animatrice Dorothée (comédienne médiocre) n’arrive pas à rendre bien épais. Et le fait que Robert Enrico traite par-dessus la jambe sa seconde intrigue, le trafic de dope, multipliant vainement les rebondissements dont on se désintéresse totalement. Il semble hésiter entre le film psychologique, et le polar social.

Un film qui peut rappeler aussi L’HORLOGER DE SAINT PAUL (Tavernier) avec le duo Noiret/Rochefort en quinquas fatigués, à mon sens plus concerné par son sujet et ne s'éparpillant pas.

Si la fin était autre (surprenante d’ailleurs) on pourrait croire que Baroni/Noiret ait poursuivi sa carrière de flic dans LES RIPOUX, trainant sa même dégaine désenchantée, ses fringues élimées, et ses méthodes border-line…
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (7) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 24, 2013 11:27 PM MEST


La Momie
La Momie
DVD ~ Boris Karloff
Prix : EUR 13,00

3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 IMPRESSIONNANT BORIS KARLOFF, 20 août 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Momie (DVD)
C'était l'époque des grands films fantastiques, LES CHASSES DU COMTE ZAROFF, DRACULA, KING KONG, L'HOMME INVISIBLE, voire même TARZAN L'HOMME SINGE, destinés à faire trembler le public, et proposer des spectacles exotiques. C'est en prêtant l'oreille à toutes les histoires de malédiction, nées de la découverte du tombeau de Toutankhamon, que le producteur Carl Laemmle crée ce personnage de la momie. Il travaille pour les Studio Universal, et donc, c'est la star Boris Karloff qui s'y colle. Tournage très pénible pour l'acteur, qui doit subir 8 heures de maquillage lorsqu'il apparaît vêtu de bandelettes.

Boris Karloff est saisissant dans le rôle de cet amoureux transis, qui à travers les âges, et grâce à un parchemin magique, tente de renouer avec la femme qu'il avait aimé jadis, lorsqu'il s'appelait Imhotep, 3500 ans plus tôt. Car LA MOMIE, avant d'être un film d'épouvante, et avant tout un drame amoureux quasi lyrique, une histoire de passion contrariée, impossible. Le réalisateur choisi est Karl Freund, chef opérateur brillant, ayant commencé sa carrière en Allemagne, pour Murnau ou Fritz Lang. Ce technicien de la lumière est quasiment à l'origine, 50 ans avant, de la steady-cam ! Il a peu tourné comme metteur en scène. Les lumières qu'il compose pour LA MOMIE sont d'une beauté rare, un grain parfait, une belle profondeur de champ (rare à l'époque), des jeux d'ombres et de lumières savants, comme ces scènes où Boris Karloff, filmé de face en gros plan, hypnotise ses adversaires. Les scènes vues à travers le bassin, avec les raccords, sont aussi ingénieuses.

On remarquera aussi l'actrice Zita Johanne, pas nunuche, belle interprète et sacrément gironde ! On la verra peu au cinéma, elle préférera se consacrer au théâtre. Le rythme n'est pas trépident, et on regrettera une interprétation masculine des autres protagonistes un peu limite, trop appuyée (notamment David Manners) mais on ne s'ennuie pas devant ce spectacle plus raffiné qu'il en a l'air, sans pour autant égaler la force, la beauté et la poésie de KING KONG (Merian C. Cooper, 1933).
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (5) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 21, 2012 6:59 PM MEST


Made in USA
Made in USA
DVD ~ Anna Karina
Prix : EUR 11,70

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 ANNA KARINA, LA PHILIP MARLOWE EN ESCARPINS, 10 juillet 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Made in USA (DVD)
MADE IN USA a été tourné vite fait en juillet 66, juste avant DEUX OU TROIS CHOSES QUE JE SAIS D'ELLE. Et comme le dit habilement Godard dans la bande annonce qu'il a faite (car il réalisait aussi ses BA) c'est un film PO-licier, PO-litique et PO-étique. Policier, car Godard, qui venait de revoir LE GRAND SOMMEIL, rêvait de transformer son héroïne-détective (Paula Nelson) en Bogart en escarpin. Une journaliste serrée dans son trench-coat, enquêtant sur la disparition de son ex-fiancé, lui-même journaliste. L'action se déroule à Atlantic Cité (sic !). Le scénario est inspiré d'un roman de Donald Westlake. Politique, car l'intrigue s'inspire ouvertement de l'affaire Ben Barka. Le journaliste disparu du film, ayant été enlevé et tué par les services secrets, et dans son enquête, Paula Nelson fraye avec les flics véreux et les barbouzes. Poétique, car Godard tourne dans un scope couleur flamboyant (Raoul Coutard à la photo), utilisant sans relâche les trois couleurs primaires qu'il affectionne, incrustant son image de signes, logos, lumières, néons. Son art du cadre est toujours aussi évident, et d'une précision diabolique.

Comme beaucoup de films de Godard, celui-ci est assez hermétique. Il faut du temps au spectateur pour comprendre les enjeux. Le discours sous-jacent n'est pas toujours compréhensible. On sent la radicalité poindre, à moins que ce soit du j'm''en foutisme, le film étant une commande, au scénario rapidement expédié. Comme les romans policiers de Chandler, l'intrigue est nébuleuse, et à cela s'ajoute la dimension politique, sur les complots, les secrets cachés, les personnages qui ne se dévoilent pas. D'un magnéto à bande, on entend la voix du metteur en scène égrener des slogans, des citations diverses et définitives sur la politique, et le peu de foi qu'il faut avoir envers ses représentants. Il filme merveilleusement bien Anna Karina, à la fois sombre et radieuse, qui ne vivait plus avec lui à l'époque. Le tournage a été violent, le réalisateur étant souvent odieux avec son actrice, et les larmes de Karina, sur une des dernières scènes (magnifique), ne sont pas feintes. On y croise Jean Pierre Léaud, totalement azimuté (pléonasme) Yves Afonso en sosie de Bébel, Laszlo Szabo, Jean Claude Bouillon, et Marianne Faithfull, qui pousse la chansonnette, à capella, dans un troquet (le titre « As time goes by » des Stones).

Godard décrit à merveille ce sentiment de suspicion générale (filatures, écoutes clandestines, disparitions suspectes) de paranoïa, de la toute-puissance des agents politiques. Un film qui renvoie dos à dos les politiques de droite et de gauche, comme l'atteste le dialogue final. Errant sur une autoroute, Paula croise le journaliste Philippe Labro (dans son propre rôle), qui lui déclare : "la droite est foutue, car idiote et cynique, la gauche est foutue, car trop sentimentale". Le film fut un demi-échec, mais accentue le virage gauchiste du réalisateur, qui l'année suivante tournera WEEK END, LA CHINOISE, LE GAI SAVOIR, puis ONE + ONE, avant de se retirer du cinéma commercial, pour réaliser ses « tracks » sous le nom du groupuscule Dziga Vertov.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 17, 2012 9:48 AM MEST


Elmer Gantry, le charlatan
Elmer Gantry, le charlatan
DVD ~ Burt Lancaster
Proposé par DVD_EN_STOCK
Prix : EUR 11,99

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 REQUISITOIRE SANS CONCESSION, 3 juillet 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Elmer Gantry, le charlatan (DVD)
Il y avait à Hollywood quelques francs-tireurs de talent ! Comme son compère Samuel Fuller, Richard Brooks (qui a commencé comme romancier, et donc écrivait ses scénarios) n'avait pas sa caméra dans sa poche. On lui doit BAS LES MASQUES, GRAINE DE VIOLENCE, LA CHATTE SUR UN TOIT BRULANT, LORD JIM, LES PROFESSIONNELS, DE SANG FROID... n'en jetez plus ! Avec ELMER GANTRY (1960) Brooks s'attaque à la religion, et plus spécialement aux évangélistes. L'histoire est celle d'Elmer Gantry, voyageur de commerce infatigable, le bagout facile, la bonne blague salace quand il faut. Il vit vaguement avec une prostituée, boit et blasphème à tout va. Sans le sou, il croise une troupe d'évangélistes, menée par Soeur Sharon. Avec son talent d'orateur, de bateleur de foire, Gantry peut même vendre la misércorde de Dieu aux innocents...

ELMER GANTRY est un film formidable, mené tambour battant, et dominé par le fabuleux Burt Lancaster, hurlant, vociférant, implorant le pardon de Dieu, avec la même générosité qu'il plaçait quelques semaines plus tôt des aspirateurs ! Il est formidable, sourire étincelant, ruant sur les pauvres pêcheurs. Il forme avec la divine Jean Simmons (Soeur Sharon) un formidable duo de cinéma. L'actrice (UN SI DOUX VISAGE, SPARTACUS), toute en sensibilité, est gracieuse et troublante à souhait. Le film part sur le rythme de la comédie, mais le climat s'assombrit vite. Gantry découvre le pouvoir. Ca grise. Toujours plus. Personnage ambigu, on ne sait jamais s'il y croit, ou s'il joue. Et dans quel but ? S'enrichir ? Car le film est aussi un formidable pamphlet contre ces itinérants, qui récoltent les dons, (non imposables !) sans avoir à rendre de compte, contre une promesse de vie éternelle et un vague diplôme. Le face à face entre Gantry et un journaliste, est un grand moment, de réflexion et de d'intensité. Brooks décortique la façon de faire, le mécénat occulte, les enjeux financiers, et bien sûr, l'hypocrisie bourgeoise, des notables, l'étroitesse de jugement.

L'ascension de Gantry semble sans limite, il prendra quasiment la tête de milices vertueuses, exigera de s'exprimer à la radio pour laver un affront, et tel Icare, se brulera les ailes en voulant atteindre Dieu. Le final apocalyptique nous achève. ELMER GANTRY dure 2h30, mais le tempo ne faiblit (presque) pas. On se dit de PT Anderson a dû voir ce film un certain nombres de fois, avant de réaliser THERE WILL BE BLOOD. Une oeuvre qui fait partie du cinéma hollywoodien "adulte", dont Burt Lancaster, également producteur, était friand, lui qui passait avec aisance du film de pirate, au drame psychologique. Un très grand film, dont le propos est encore d'une actualité brûlante.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (6) | Permalien | Remarque la plus récente : Apr 17, 2013 5:50 PM MEST


No Orchids for Miss Blandish [Import anglais]
No Orchids for Miss Blandish [Import anglais]
DVD ~ Jack La Rue
Prix : EUR 17,57

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 PREMIERE ADAPTATION DU PREMIER ROMAN DE CHASE, 3 juillet 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : No Orchids for Miss Blandish [Import anglais] (DVD)
L'histoire est connue, celle d'une jeune héritière, Miss Blandish, qui se fait kidnapper par trois petites frappes, rêvant du grand coup. Mais les caïds ont ferré un poisson trop gros pour eux, commettent des imprudences, et Slim Grissom, gangsters établi, décide de ravir l'otage aux ravisseurs (sic !) et profiter, lui et son gang, de la rançon...

Étonnante adaptation du célébrissime roman éponyme de James Hadley Chase, à la croisée de plusieurs styles. C'est un film anglais (1948), produit et réalisé par John Legh Clowes, qui rend ouvertement hommage au Film Noir américain. Dans une première partie, on est clairement dans le style de la Warner des années 30, montage sec, violence à l'écran, et l'acteur Jack la Rue (Slim Grisson) a des faux airs de Paul Muni. Ensuite, avec l'apparition du Doc, replet, suant et sadique (un type qui opère sans anesthésie), on est davantage dans l''ambiance du FAUCON MALTAIS. D'ailleurs un sketch de cabaret présente un numéro d''imitation de Peter Lorre et Sidney Greenstreet (excellent !). Le gang Grissom est dirigé par la mère de Slim, une maîtresse femme, obèse et laide, qui pardonne tout à son rejeton, ce qui rappelle L'ENFER EST A LUI avec Cagney.

Dans le livre de Chase, Slim Grissom est un junkie, violent, qui drogue et maltraite son otage. Dans cette version cinéma, la relation de Slim Grissom et Blandish est tout autre : ils tombent amoureux. Un peu limite question crédibilité, mais pourquoi pas, l'intérêt dramatique est relancé, et c'est aussi pour Slim l'occasion de se séparer de sa mère (qui évidemment prendra mal la chose). Le metteur en scène filme la romance avec un style mélo-romantique, à la Michael Powel, ou David Lean. Ce n'est pas raté, mais disons incongru dans le contexte. En parallèle le père de Blandish engage un journaliste pour retrouver sa fille (le type est assez tartignole) les hommes de Grissom s'inquiètent de voir leur patron se ramollir, de voir sa mère lui pardonner son écart sentimental, et le polar reprend ses droits. Le réalisateur a visiblement eu des moyens conséquents, les scènes dans le dancing, avec décors et figurants en attestent.

Une curiosité, parfois bancale, mais rondement menée, plutôt bien jouée, riche en seconds rôles et en rebondissements. En 1971, Robert Aldrich réalisera une nouvelle adaptation du roman sous le titre LE GANG GRISSOM, dans un style radicalement différent.


Stalingrad
Stalingrad
DVD ~ Jude Law
Prix : EUR 8,59

2 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 FACE A FACE INTIMISTE (AVEC 100 000 FIGURANTS AUTOUR), 16 mai 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Stalingrad (DVD)
Jean Jacques Annaud commence sa carrière sur les chapeaux de roue, enfilant quatre grands films, et surtout, en étant un des rares metteurs en scène français à pouvoir rivaliser sur le terrain international. Dès LA GUERRE DU FEU, Annaud s'attelle à des projets ambitieux, les hommes préhistoriques ici, l'adaptation d'un Umberto Eco là (LE NOM DE LA ROSE) ou le face à face chasseur-plantigrade (L'OURS). On sent bien quel type de cinéma aime Jean Jacques Annaud, du grand cinéma populaire, en scope, avec des stars et des violons. Sauf que rapidement, le manque de consistance de ses scénarios se remarque, et ses fresques à la David Lean (LAWRENCE D'ARABIE, DOCTEUR JIVAGO, LE PONT DE LA RIVIERE KWAI...) retombent comme de vieux soufflets.

STALINGRAD n'échappe pas à la règle, et pourtant... Un budget conséquent, un casting de choix (Ed Harris, Jude Law, Bob Hoskins, Rachel Weisz, et son complice de toujours l'excellent Ron Perlman) et à la base, une histoire qui aurait pu faire des étincelles, celle de deux snipers virtuoses, un russe, un allemand, qui s'affrontent dans les ruines de Stalingrad, en 1942. Guerre psychologique, décryptage de la propagande, réflexion sur le statut de héros, et triangle amoureux, voilà des éléments qui ont visiblement intéressé Jean Jacques Annaud, les face à face étant de loin les moments les plus exaltants de ce film, habiles et oppressants. Que la romance l'emporte sur l'intérêt militaire (deux hommes amoureux de la même femme), pourquoi pas, si on y croit, cela peut élever le film à une dimension tragique. Mais on n'y croit pas... Et on sent les producteurs derrière qui poussent à la dépense : du sentiment coco, des larmes coco, des violons sirupeux coco... Le dernier tiers du film, au lieu de resserrer l'action sur le drame intime et l'ultime duel, sombre dans le bubble-gum insipide, les raccourcis faciles, avec panoramiques grandioses, envolées de chœurs frémissants, happy end prévisible et quasi ridicule. Sans compter la volte-face idéologique du commissaire politique Danilov (Joseph Fiennes), qui dézingue l'idéal socialiste en deux phrases par dépit amoureux... Ah, les femmes' !

STALINGRAD reste un bon spectacle, au sens où on a envie de connaitre la fin, d'être là pour l'affrontement final. Mais quel regret de voir le film sombrer dans le pataud, et le mélo hollywoodien. Le sujet méritait un autre traitement. Ou, un autre metteur en scène'.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (11) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 16, 2012 6:05 PM MEST


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