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Contenu rédigé par Luc B.
Classement des meilleurs critiques: 382
Votes utiles : 5817

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Commentaires écrits par
Luc B.
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L'homme aux nerfs d'acier
L'homme aux nerfs d'acier
DVD ~ Lee Van Cleef

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 POLAR BOLOGNAISE, 16 décembre 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'homme aux nerfs d'acier (DVD)
On doit au réalisateur Michele Lupo des films comme HERCULE ET LES TITANS, LE SHÉRIF ET LES EXTRA TERRESTRES, ou encore MÉFIE-TOI BEN, CHARLIE VEUT TA PEAU... Tout un programme. Bref, on ne miserait pas un kopeck sur ce type... Et pourtant, L'HOMME AUX NERFS D'ACIER (1973) est à deux doigts de passer pour un bon film. Le scénario est plutôt intéressant. Un jeune truand, Tony, star de son quartier, vénère un certain Frankie Dio, un chef mafieux, qui justement débarque en ville pour régler quelques affaires. Tony prend Frankie en filature, se fait arrêter en même temps que lui, et se retrouve en prison avec son idole. Frankie Dio comprend vite que cet aficionado encombrant pourrait lui être très utile...

Le casting est épatant, avec Lee Van Cleef dans le rôle de Dio. Sorti de ses westerns, l'acteur garde une présence très physique, et impressionne. Tony Li Bianco (vu dans LES TUEURS DE LA LUNE DE MIEL) campe un personnage (Tony) déconnecté des réalités, agaçant au départ, réellement attachant ensuite. Le méchant est joué par Jean Rochefort, et voir l'acteur de UN ÉLÉPHANT CA TROMPE défourailler à la mitraillette vaut le détour ! C'est aussi crédible que Bruce Willis dans Hamlet. Et enfin, l'actrice Edwige Fenech (la Pam Grier du cinéma italien...) que l'on a toujours plaisir à voir - sortir de la douche. Ah ! La scène du parloir, toutes loches dehors !... Dommage que le budget de la production interdisait l'emploi de la 3D, dans les premiers rangs c'eût été impressionnant.

La première partie du film est classique, guerre des gangs, règlements de comptes mafieux, parfois surprenants dans leurs exécutions (le meurtre à la perceuse, fallait oser !). C'est la relation entre Frankie et Tony qui fait l'originalité du film, la manière dont le cadet s'attache à l'ainé, et on regrette que le metteur en scène n'ait pas creusé davantage ses personnages, il y avait là une matière intéressante. Mais la seconde partie (évasion, cavale, dernier coup) est rythmée par des gags désolants, des situations comiques désespérantes, et des incohérences de scénario. Un changement de registre qui desserre totalement l'ensemble de l'histoire. Là où le polar pouvait se doubler d'une étude psychologique, Michele Lupo choisit la comédie navrante à la Philippe Clair. Décevant, mais surtout, incompréhensible.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (7) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 3, 2013 9:45 PM CET


Ca commence à Vera Cruz
Ca commence à Vera Cruz
DVD ~ Robert Mitchum
Proposé par BOX-OFFICE
Prix : EUR 3,00

2 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 L'HOMME QU'A VU L'HOMME, QU'A VU L'HOMME..., 27 novembre 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Ca commence à Vera Cruz (DVD)
Voilà un film atypique. C’est la troisième réalisation de Don Siegel, metteur en scène de talent, qui l’illustrera dans le polar à la fin des années 60, un pote de Clint Eastwood, et deuxième papa de L’INSPECTEUR HARRY. Oui, car Harry Callahan a deux papas : Clint et Don ! Vive le mariage pour tous !

Mais revenons à Vera Cruz… Le scénario est assez ingénieux. Un certain Blake poursuit un certain Halliday, qui lui-même poursuit un certain Fiske. Il semblerait que le deuxième ait piqué du fric au premier, mais accuse le troisième d’être responsable, à moins que le premier et le troisième se soient mis d’accord pour faire accuser le deuxième… Et là-dessus, la police locale poursuit tout le monde ! Vous suivez ? CA COMMENCE A VERA CRUZ est une pure série B, un petit budget, qui pourtant a au générique le grand Robert Mitchum. Mais celui-ci, à peine sorti de taule pour usage de plantes vertes, devait se faire discret…

Comme à l’ordinaire dans ce type de production, le rythme est haletant (le film ne dure que 1h10, toutes les poursuites sont quasiment en accéléré !), et Siegel qui a été longtemps réalisateur de seconde équipe spécialiste des scènes d’action, est à son aise. Film atypique, car à la croisée des genres. Au premier coup d’œil, c’est du Film Noir (gangsters, chapeau mou, photo contrastée, cadrages) mais le décor fait davantage penser au western, plans larges sur de grandes étendues mexicaines, poursuites en voiture, et duel final à trois, comme dans LE BON LA BRUTE ET LE TRUAND. Mais surtout, le film se veut tenir aussi de la comédie. Et c’est là que le bât blesse (à mon sens) car l’humour tombe un peu à plat. On ne s’y attend pas, et Siegel n’est ni Cukor ni Hawks… Les personnages perdent du coup de leur superbe, le flic mexicain qui veut apprendre l’anglais, et surtout Mitchum, macho, grossier, bas du front.

Une curiosité bancale mais pas déplaisante.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 3, 2013 9:46 PM CET


Apathy for The Devil
Apathy for The Devil
par Nick Kent
Edition : Broché

7 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 POUR ECRIRE "ROCK" IL VOULAIT VIVRE "ROCK"., 21 novembre 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Apathy for The Devil (Broché)
Le bouquin commence le 31 décembre 1969. Nick Kent va entamer sa traversée des années 70. Une dernière prise d’élan (retour sur ses années de jeunesse et la découverte des Stones quand il n'a que 12 ans) avant de mieux sauter. Puis c’est le début de la grande aventure, lorsqu’à tout juste 19 ans, Nick Kent refourgue quelques articles au fanzine Frendz, avant d’être repéré par le News Musical Express. Son rêve devient réalité : il sera critique rock. Un métier encore inédit, dont il réinvente avec quelques autres les contours. Pendant la première moitié de la décennie, il suivra Led Zep en tournée, rencontrera Bowie, se liera d’amitié avec Iggy Pop, se fera aussi pas mal d’ennemis. Sa rencontre à Detroit avec Lester Bangs (journaliste à Creem) le persuade que pour écrire « rock » il faut « vivre rock ».

Sa rupture amoureuse avec Chrissie Hynde aura une conséquence dramatique : il plonge le nez dans la poudre, l’héro, persuadé de pouvoir gérer les choses, alors qu’il plonge de plus en plus dans une dépendance sans fin. Nick Kent sera aussi là quand le punk explosera, aux premières loges (il fut même un temps guitariste des Sex Pistols), avant de regarder tristement la fin de la décennie, avec le décompte des disparus, Lennon, Bonham, Moon…

Un bouquin fascinant, drôle, cocasse, tragique, et infiniment subjectif. Ce sont les années 70 de Nick Kent, ce qu’il en a vu, vécu, aimé, admiré, glorifié ou détesté. Aucun apitoiement personnel, Nick Kent ne rejette la faute sur personne d’autre que lui pour sa longue descente aux enfers, aucune glorification de cette vie de junkie, juste le constat d’une longue souffrance. Les anecdotes se bousculent, les stars aussi, évidemment, qu’il a croisées pendant 10 ans. Nick Kent dresse des portraits parfois attachants, souvent respectueux, avec quelques vacheries bien senties aussi. Un style concis, enlevé, le mot juste quand il faut, un journal de bord plus qu’une divagation nostalgique. Passionnant.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (7) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 22, 2013 9:49 AM MEST


The African Queen - Édition Simple 1 DVD
The African Queen - Édition Simple 1 DVD
DVD ~ Humphrey Bogart
Proposé par dvd05 (dvd jeuxvidéos ...) Expedié le jour de la commande.
Prix : EUR 17,15

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 DUO AQUATIQUE SYNCHRONISE, 31 octobre 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : The African Queen - Édition Simple 1 DVD (DVD)
Le gros avantage de ce qu’on appelle les « classiques », c’est qu’avec le temps on les retrouve intacts. AFRICAN QUEEN fait mieux : il se bonifie et enchante davantage à chaque vision. Tourné en décor naturel (ex Congo Belge) le film raconte les aventures d’une bigote anglaise et d’un pochetron canadien, contraints de naviguer sur un vieux rafiot (l’African Queen en question) pour échapper aux troupes allemandes – l’action se déroule en 1914. Résumé succinct, mais je préfère laisser la surprise à ceux qui ne connaissent pas l’intrigue.

John Huston est en terre connue. D’abord l’Afrique, qu’il aimait pour ses safaris, et une fois de plus, la quête de l’impossible pour ses personnages, qui en perdront la tête (voir LE TRESOR DE LA SIERRA MADRE, MOBY DICK, L’HOMME QUI VOULUT ETRE ROI…). Ici, le rêve absolu, c’est une canonnière allemande que nos deux matelots veulent détruire, à coup de torpilles fabriquées maison. Mais le chemin sera long et semé d’embuches. AFRICAN QUEEN est un film d’aventure qui multiplient les péripéties (tirs ennemis, croco, moustiques, tempêtes, rapides, sangsues…) qui mettront les héros à rudes épreuves. Mais l’épreuve la plus retorse est la cohabitation de ces deux caractères dans 10 m², puisque les trois quarts du film se passent uniquement sur le bateau. Et là, on touche au sublime, et dans la gestion de l’espace, de l’action, et dans l’évolution des sentiments, l’initiation à la vie à deux (lui, baroudeur sans attache, et elle vouée à Dieu).

Le film réunit deux acteurs prodigieux, Katherine Hepburn et Humphrey Bogart, qui hérite là sans doute de son plus beau rôle (un oscar en 1952). Il faut observer son jeu, comment il passe du registre du gamin, à l’ado surexcité, à l’homme mûr et réfléchi sur la fin. L’humour est omniprésent, les couleurs chatoyantes, le rythme intrépide, les scènes mythiques se bousculent au portillon, et la dernière scène (je fais allusion à la cérémonie… juste avant l’… non, je ne dirais rien !) atteint des sommets. On sait que le tournage en lui-même fut aussi une aventure extrême, Huston et Bogart échappèrent à la dysenterie parce qu’ils carburaient au whisky du matin au soir !

AFRICAN QUEEN fait partie de ces 10 ou 12 films que l’on se doit d’avoir à portée de main (aux côtés de LA VIE EST BELLE, VERA CRUZ, CHANTONS SOUS LA PLUIE, TO BE OR NOT TO BE…) histoire de se remettre le baromètre sur beau fixe.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Apr 17, 2013 5:47 PM MEST


Le Mystère Silkwood
Le Mystère Silkwood
DVD ~ Meryl Streep
Proposé par Passion DVD SAS
Prix : EUR 20,00

3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 UNE FEMME DANS LA TOURMENTE (RADIOACTIVE), 18 septembre 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Mystère Silkwood (DVD)
LE MYSTERE SILKWOOD est un film-dossier dans la grande tradition, ayant pour cadre la méfiance du nucléaire, et s’appuyant sur un fait réel : le décès suspect de Karen Silkwood. Un fait divers qui inspirera aussi LE SYNDROME CHINOIS avec Jane Fonda.

L’histoire en deux mots : Karen Silkwood travaille comme manipulatrice dans une usine de retraitement nucléaire. Accusée de négligence, ayant entrainé la contamination d’une de ses collègues, elle se rapproche de l’organisation syndicale afin d’exiger plus de transparence dans le fonctionnement de l’usine. Jusqu’au jour où à elle devient positive à la radioactivité…

Là où le film est intéressant, c’est qu’on ne sait jamais si Karen subit les représailles de ses patrons, si elle est victime d’accident, de jalousie de collègues, de son amie. Est-elle manipulée, naïve, est-elle en croisade, ou simplement essaie-t-elle de comprendre une situation dont les autres se détournent ? En cela, le film de Mike Nichols s’inscrit dans la veine des films-dossier tendance paranoïaque, en vogue à l’époque (les politiques nous manipulent, les services secrets nous manipulent, les industriels, les scientifiques…) sur le thème du : on nous dit rien, on nous cache tout.

Mais Mike Nichols (QUI A PEUR DE VIRGINIA WOOLF, LE LAUREAT et plus tard WORKING GIRL) ne se contente pas de l’aspect « dossier ». Il dresse avant tout le portrait d'une femme qui en dit long sur l’époque. Nous sommes à la fin des années 70, les idéaux hippies se sont encastrés dans Wall Street. L’avenir n’est pas radieux pour la classe ouvrière. Karen Silkwood ne correspond pas aux canons de la famille américaine. Séparée de son mari, de ses enfants, elle vit en collocation avec un ami/amant, et une copine lesbienne. Elle se pique de syndicalisme, et prend la tête de la rébellion. Il est question d’émancipation, de conscience politique, de briser les carcans sociaux. Le réalisateur parvient parfaitement à gérer ses différents aspects, le thriller, le pamphlet, l’étude de mœurs, et le portrait de femme, le tout dans une ambiance de suspicion diffuse et angoissante.

L’atout majeur est bien sûr l’interprétation de Meryl Streep, dont le nom commence à briller après KRAMER CONTRE KRAMER, LE CHOIX DE SOPHIE, et qui est absolument éblouissante. Elle est entourée de Kurt Russel, Cher, Fred Ward, tous impeccables.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (5) | Permalien | Remarque la plus récente : Oct 20, 2012 8:34 PM MEST


Le Trou
Le Trou
DVD ~ Michel Constantin
Proposé par cinebox
Prix : EUR 7,87

3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 LA GRANDE EVASION, 13 septembre 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Trou (DVD)
Imaginez L’EVADE D’ALCATRAZ filmé par Robert Bresson.

Pour son dernier film, Jacques Becker adapte un bouquin de José Giovanni. Fort de son expérience carcérale, l’écrivain apporte au scénario les détails qui donnent corps au film de Becker. La trame est simple. Un jeune type, accusé d’avoir voulu assassiner sa femme, se retrouve en taule, à la Santé. Il est transféré dans une cellule où ces quatre nouveaux codétenus préparent leur prochaine évasion.

Rien ne prédestinait LE TROU (1960) à devenir le classique qu’il est aujourd’hui. Pas de star (le seul nom connu est celui de Michel Constantin, et c'est son second film) des acteurs amateurs, pas de musique, un rythme lent, et un refus de tout effet de mise en scène. Jacques Becker fut élève de Jean Renoir, et ses premières réalisations (GOUPI MAINS ROUGES, CASQUE D’OR, TOUCHEZ PAS AU GRISBI) démontrent la virtuosité de sa caméra. Pour LE TROU il adopte un style quasi documentaire. Les faits, rien que les faits. Si on scie un barreau, on filme un barreau et une scie. En plan fixe. Et sur la durée. Rien d’autre ne vient gêner ou enrichir la lecture de l’image. De même pour les personnages. Pas de psychologie, de portrait, de passé. Rien. Même pas de rêve d'avenir. Juste quatre bonhommes enfermés, une relation, une amitié (?) en tout cas un besoin de s’unir pour réussir. Aucune digression, aucune intrigue secondaire, aucune intervention extérieure. Le film ne montre que ce qu’il raconte : des types qui creusent pour sortir de prison. Le film laisse entendre que ce qu’il montre : beaucoup de silence, et les bruits de pas, de grilles, de verrous, de clés, et les coups de barre à mine, les floc floc des égouts.

50 ans après, la description de l’univers peut faire sourire, avec les couloirs propres, les gardiens polis, le brigadier sympa (la scène des plombiers...) le directeur paternel. On est loin du PROPHÈTE d'Audiard. C’est la prison à la fois idéalisée, presque poétique (comme le Paris canaille et les voyous de TOUCHEZ PAS AU GRISBI) et pourtant la vie carcérale y est fidèlement reproduite, la surveillance constante, les fouilles surprises, la répétition des tâches quotidiennes, le cérémonial, les trafics, le système D, à l’image du jeune type qui demande toujours : « Mais comment vas-tu faire ? » et l’ainé de répondre : « Regarde ». Et Becker montre, filme, et nous, on regarde.

Pris un par un, les différents aspects de ce film ont tout pour rebuter. Allez savoir pourquoi, Jacques Becker réalise le film d’évasion quasi définitif, passionnant, traversé par des éclairs d’humanité, de poésie, de désespoir. Ça doit s’appeler le talent…
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (11) | Permalien | Remarque la plus récente : Apr 1, 2013 12:19 PM MEST


L'Homme invisible
L'Homme invisible
DVD ~ Claude Rains
Prix : EUR 7,99

6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 DON'T FORGET : HE'S MAD AND INVISIBLE !, 30 août 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Homme invisible (DVD)
Réalisateur de FRANKENSTEIN (1931), immense succès, James Whale récidive deux ans plus tard avec cette adaptation fabuleuse du non moins fabuleux roman de HG Wells.

Le professeur Jack Griffin a découvert le sérum de l’invisibilité, pour le moment irréversible, et qui a quelques effets secondaires : paranoïa, agressivité, sentiment toute puissance. Griffin quitte son labo, s’installe dans une chambre d’hôtel, travaille pour trouver le remède avant de devenir totalement fou. Toujours plus mégalo, incontrôlable, il multiplie agressions et meurtres. Pourchassé par la police, il se réfugie alors chez son collègue, le professeur Kemp…

Ne tournons pas autour du pot : ce film est une vraie merveille. En 70 minutes, sur un rythme infernal, James Whale enchaine les morceaux de bravoure, péripéties et rebondissements. Pour une fois, on ne voit pas un savant fou entreprendre de dominer le monde, mais un savant poussé par les drogues à devenir criminel. Les rêves de puissance de Griffin l’aveuglent, et le challenge scientifique et vite mis au rebut, contre une utilisation très matérielle de son nouveau pouvoir. Même Flora, sa fiancée, que Griffin continue à aimer, ne pourra le détourner de son tragique destin. Comme dans DR JECKILL ET MISTER HYDE, le sérum rend violent, fou, odieux, et le film explore une fois de plus les dérives des hommes de science. Le film pourrait s’appeler PEUR SUR LA VILLE, car l’ennemi peut être partout, frapper quand il le veut, rester insaisissable.

L’acteur Claude Raines (ROBIN DE BOIS, CASABLANCA) y trouve son premier grand rôle, alors qu’on ne le voit réellement que quelques secondes à la fin ! Et pour cause ! Cadrage marqué par l’expressionnisme, photographie noir et blanc superbe, caméra légère et mobile, le film est une totale réussite artistique.

Mais ce qui retient l’attention, ce sont les effets spéciaux de John P. Fulton, qui 80 ans après, restent absolument bluffants. La technique utilisée est celle du « fond vert » sauf qu’à l’époque, on utilisait le noir. Un décor entièrement recouvert de velours noir, un acteur entièrement vêtu de noir, qui logiquement ne se distingue plus du décor. Lorsqu’il enfile une chemise blanche, la caméra n’enregistre donc que l’image de cette chemise, sur fond noir, sans tête, sans jambe. On tire le négatif, que l’on superpose à la prise en décor réel (sans le velours) avec les autres acteurs. Il ne s’agit pas de ré-exposer la même pellicule, mais d’en superposer deux, les images pouvant être retravaillées ensuite une par une pour une finition optimale.

La scène où Griffin retire ses bandages est absolument fascinante, comme l’arrivée chez Kemp, où la traque policière et les astuces pour cerner indiscernable ! La dernière scène est très impressionnante, dans la neige et la nuit, et l’épilogue culmine à des sommets de poésie, lorsqu’enfin apparait le visage de Griffin, dans des circonstances que je tairais…

NB : Les autres commentaires (de 2003) font référence à une mauvaise qualité d’image. Ce n’est pas le cas de celle que j’ai vue. Le Studio Universal a ressorti pour son centenaire des versions parfaitement restaurées de sa collection de films fantastiques.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (9) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 1, 2013 11:49 AM CET


Pile ou face
Pile ou face
DVD ~ Philippe Noiret
Proposé par Meganet France
Prix : EUR 15,17

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 AVOUE QU'ELLE TE MANQUE TA FEMME... SEULEMENT AUX HEURES DES REPAS..., 28 août 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Pile ou face (DVD)
PILE OU FACE s’inscrit dans la veine des polars d’atmosphère des années 70, tournée vers l’étude de mœurs, à l’instar d’ADIEU POULET (Granier-Deferre) ou LA FEMME FLIC (Boisset). Il est question à chaque fois de flics fatigués, englués dans une enquête sordide touchant les notables de province, que l’on devine protégés par quelques appuis politiques.

C’est Philippe Noiret qui endosse le rôle de l’inspecteur Baroni, menant de front deux enquêtes : une madame Morlaix défenestrée (accident, suicide, meurtre ?) et une sombre histoire de dope chez de jeunes bourgeois. Dans la grisaille bordelaise, au volant de sa R6, Baroni traine son rhume et son insolence, en attendant l’heure de la retraite, avec si possible le grade de commissaire. Cette promotion le tenaille, et il est bien décidé à ne pas lâcher d’une semelle son suspect : le mari, Edouard Morlaix (Michel Serrault).

Tout l’intérêt du film tient sur la relation entre Baroni et Morlaix, deux hommes plus proches qu’il n’y parait, veufs, rêvant d’avenir radieux. Le réalisateur Robert Enrico cerne parfaitement ses personnages, assez pitoyables à force d’être désabusés, mais qui en deviennent attachants. Une relation maître et esclave qui se mue en amitié forcée, scellée par un même secret. Servi par les dialogues aux petits oignons de Michel Audiard, Philippe Noiret et Michel Serrault excellent, notamment dans leurs silences, leurs soupirs, leurs regards vitreux. Autre point fort, les seconds rôles, tenus par André Falcon, Jean Desailly, le jeune Pierre Arditi…

On regrettera tout de même deux choses : le rôle de Laurence Bertil, la jolie voisine de Morlaix, que l’ex-animatrice Dorothée (comédienne médiocre) n’arrive pas à rendre bien épais. Et le fait que Robert Enrico traite par-dessus la jambe sa seconde intrigue, le trafic de dope, multipliant vainement les rebondissements dont on se désintéresse totalement. Il semble hésiter entre le film psychologique, et le polar social.

Un film qui peut rappeler aussi L’HORLOGER DE SAINT PAUL (Tavernier) avec le duo Noiret/Rochefort en quinquas fatigués, à mon sens plus concerné par son sujet et ne s'éparpillant pas.

Si la fin était autre (surprenante d’ailleurs) on pourrait croire que Baroni/Noiret ait poursuivi sa carrière de flic dans LES RIPOUX, trainant sa même dégaine désenchantée, ses fringues élimées, et ses méthodes border-line…
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (7) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 24, 2013 11:27 PM MEST


La Momie
La Momie
DVD ~ Boris Karloff
Proposé par DVDMAX
Prix : EUR 7,91

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 IMPRESSIONNANT BORIS KARLOFF, 20 août 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Momie (DVD)
C'était l'époque des grands films fantastiques, LES CHASSES DU COMTE ZAROFF, DRACULA, KING KONG, L'HOMME INVISIBLE, voire même TARZAN L'HOMME SINGE, destinés à faire trembler le public, et proposer des spectacles exotiques. C'est en prêtant l'oreille à toutes les histoires de malédiction, nées de la découverte du tombeau de Toutankhamon, que le producteur Carl Laemmle crée ce personnage de la momie. Il travaille pour les Studio Universal, et donc, c'est la star Boris Karloff qui s'y colle. Tournage très pénible pour l'acteur, qui doit subir 8 heures de maquillage lorsqu'il apparaît vêtu de bandelettes.

Boris Karloff est saisissant dans le rôle de cet amoureux transis, qui à travers les âges, et grâce à un parchemin magique, tente de renouer avec la femme qu'il avait aimé jadis, lorsqu'il s'appelait Imhotep, 3500 ans plus tôt. Car LA MOMIE, avant d'être un film d'épouvante, et avant tout un drame amoureux quasi lyrique, une histoire de passion contrariée, impossible. Le réalisateur choisi est Karl Freund, chef opérateur brillant, ayant commencé sa carrière en Allemagne, pour Murnau ou Fritz Lang. Ce technicien de la lumière est quasiment à l'origine, 50 ans avant, de la steady-cam ! Il a peu tourné comme metteur en scène. Les lumières qu'il compose pour LA MOMIE sont d'une beauté rare, un grain parfait, une belle profondeur de champ (rare à l'époque), des jeux d'ombres et de lumières savants, comme ces scènes où Boris Karloff, filmé de face en gros plan, hypnotise ses adversaires. Les scènes vues à travers le bassin, avec les raccords, sont aussi ingénieuses.

On remarquera aussi l'actrice Zita Johanne, pas nunuche, belle interprète et sacrément gironde ! On la verra peu au cinéma, elle préférera se consacrer au théâtre. Le rythme n'est pas trépident, et on regrettera une interprétation masculine des autres protagonistes un peu limite, trop appuyée (notamment David Manners) mais on ne s'ennuie pas devant ce spectacle plus raffiné qu'il en a l'air, sans pour autant égaler la force, la beauté et la poésie de KING KONG (Merian C. Cooper, 1933).
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (5) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 21, 2012 6:59 PM MEST


Made in USA
Made in USA
DVD ~ Anna Karina
Proposé par MEDIA PRO
Prix : EUR 9,90

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 ANNA KARINA, LA PHILIP MARLOWE EN ESCARPINS, 10 juillet 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Made in USA (DVD)
MADE IN USA a été tourné vite fait en juillet 66, juste avant DEUX OU TROIS CHOSES QUE JE SAIS D'ELLE. Et comme le dit habilement Godard dans la bande annonce qu'il a faite (car il réalisait aussi ses BA) c'est un film PO-licier, PO-litique et PO-étique. Policier, car Godard, qui venait de revoir LE GRAND SOMMEIL, rêvait de transformer son héroïne-détective (Paula Nelson) en Bogart en escarpin. Une journaliste serrée dans son trench-coat, enquêtant sur la disparition de son ex-fiancé, lui-même journaliste. L'action se déroule à Atlantic Cité (sic !). Le scénario est inspiré d'un roman de Donald Westlake. Politique, car l'intrigue s'inspire ouvertement de l'affaire Ben Barka. Le journaliste disparu du film, ayant été enlevé et tué par les services secrets, et dans son enquête, Paula Nelson fraye avec les flics véreux et les barbouzes. Poétique, car Godard tourne dans un scope couleur flamboyant (Raoul Coutard à la photo), utilisant sans relâche les trois couleurs primaires qu'il affectionne, incrustant son image de signes, logos, lumières, néons. Son art du cadre est toujours aussi évident, et d'une précision diabolique.

Comme beaucoup de films de Godard, celui-ci est assez hermétique. Il faut du temps au spectateur pour comprendre les enjeux. Le discours sous-jacent n'est pas toujours compréhensible. On sent la radicalité poindre, à moins que ce soit du j'm''en foutisme, le film étant une commande, au scénario rapidement expédié. Comme les romans policiers de Chandler, l'intrigue est nébuleuse, et à cela s'ajoute la dimension politique, sur les complots, les secrets cachés, les personnages qui ne se dévoilent pas. D'un magnéto à bande, on entend la voix du metteur en scène égrener des slogans, des citations diverses et définitives sur la politique, et le peu de foi qu'il faut avoir envers ses représentants. Il filme merveilleusement bien Anna Karina, à la fois sombre et radieuse, qui ne vivait plus avec lui à l'époque. Le tournage a été violent, le réalisateur étant souvent odieux avec son actrice, et les larmes de Karina, sur une des dernières scènes (magnifique), ne sont pas feintes. On y croise Jean Pierre Léaud, totalement azimuté (pléonasme) Yves Afonso en sosie de Bébel, Laszlo Szabo, Jean Claude Bouillon, et Marianne Faithfull, qui pousse la chansonnette, à capella, dans un troquet (le titre « As time goes by » des Stones).

Godard décrit à merveille ce sentiment de suspicion générale (filatures, écoutes clandestines, disparitions suspectes) de paranoïa, de la toute-puissance des agents politiques. Un film qui renvoie dos à dos les politiques de droite et de gauche, comme l'atteste le dialogue final. Errant sur une autoroute, Paula croise le journaliste Philippe Labro (dans son propre rôle), qui lui déclare : "la droite est foutue, car idiote et cynique, la gauche est foutue, car trop sentimentale". Le film fut un demi-échec, mais accentue le virage gauchiste du réalisateur, qui l'année suivante tournera WEEK END, LA CHINOISE, LE GAI SAVOIR, puis ONE + ONE, avant de se retirer du cinéma commercial, pour réaliser ses « tracks » sous le nom du groupuscule Dziga Vertov.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 17, 2012 9:48 AM MEST


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