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Contenu rédigé par Luc B.
Classement des meilleurs critiques: 615
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Commentaires écrits par
Luc B.
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Les Innocents aux Mains Sales
Les Innocents aux Mains Sales
DVD ~ Romy Schneider
Proposé par PLANETECINE
Prix : EUR 14,49

10 internautes sur 12 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 L'OBJET DE TOUS NOS FANTASMES, 12 septembre 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Innocents aux Mains Sales (DVD)
LES INNOCENTS AUX MAINS SALES s'inscrit dans la période « ventre mou » de Chabrol, après les années 60 et ses grands chefs d'œuvre (QUE LA BETE MEURE, LA FEMME INFIDELE...) et avant sa rencontre avec Isabelle Huppert (VIOLETTE NOZIERE en 1978). A l'image des NOCES ROUGES réalisé deux ans auparavant, ce film paraît daté, n'est pas exempt de défaut, mais s'inscrit encore une fois parfaitement dans la thématique de Chabrol.

Une fois de plus Chabrol nous propose une variation autour du trio amoureux. Le mari (Rod Steiger) richement installé à Saint Tropez, alcoolique, impuissant, la femme (Romy Scheider), belle, jeune, délaissée, et l'amant (Paolo Giusti) écrivain et bellâtre. Et bien sûr, les troisième et second chercheront à se débarrasser du premier.

Pour une fois, et contrairement aux Les Noces rouges, Chabrol traite consciencieusement son intrigue criminelle, s'attache à une enquête riche en rebondissements, véritable parodie du genre. Mais on imagine si bien Chabrol, l'œil goguenard, se dire : j'en rajoute encore une couche, ça passera. Oui, ça passe. Chabrol réalise de très beaux plans, troublants, avec musique ad hoc, dont celui, absolument superbe de Romy Scheider assise sur un canapé, son profil se reflétant dans une baie vitrée-miroir, qu'elle fait coulisser, nous laissant voir à l'arrière-plan, au fond du jardin, un homme en transportant un second sur ses épaules. Il est très intéressant de voir Chabrol faire de Romy Schneider un objet sexuel, la jetant sous les regards concupiscents des personnages masculins du film. Et du spectateur. Ces personnages font d'ailleurs tout le sel de ce film. Des seconds rôles impeccables, du couple de flic (François Maistre décidément prodigieux, picolant de plus en plus au fur et à mesure du film), François Perrot, odieux et troublant à souhait (j'adore cet acteur vu dans COUP DE TORCHON) et Jean Rochefort, délectable dans le rôle de Légal (sic !) l'avocat. Ils sont tous détestables, vicieux, tordus (y compris les premiers rôles, mais chut, ne révélons rien !), et Chabrol arme une fois de plus son bazooka pour dépeindre la dépravation de ces âmes tourmentées.

Malheureusement, le film souffre de petits défauts, certains plans plus bâclés que d'autres, quelques effets datés, un tempo parfois trop ralenti, mais surtout (co production oblige) une interprétation inégale, due au doublage. Rien à redire côté français, mais Paolo Giusti me semble assez insipide, et Rod Steiger, acteur pourtant prodigieux, ne semble pas à son aise dans cette petite production franco-allemande. Il tourna en anglais face à Schneider. Il suffisait de faire de son personnage un français (ce qui n'aurait rien changé) et embaucher Noiret ou Piccoli... Le juge est lui aussi post synchronisé.

Un bon cru chabrolien, qui n'égale tout de même pas les grandes réalisations passées et à venir...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (8) | Permalien | Remarque la plus récente : Oct 27, 2011 1:54 PM MEST


Regarde les hommes tomber
Regarde les hommes tomber
DVD ~ Jean-Louis Trintignant
Proposé par CDVDISCOUNT
Prix : EUR 8,44

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 FILM NOIR ET INITIATIQUE, 18 août 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Regarde les hommes tomber (DVD)
Rien que le titre... Jacques Audiard a le don de trouver de beaux titres de films.

REGARDE LES HOMMES TOMBER. C'est un film d'hommes, effectivement. Il y a Marx, usé, la patte folle, qui rencontre Johnny, simplet, gentil, 20 piges. Ils font du stop, dorment dans des squats, vivent de rien, sauf quand Marx se remet à une table de poker. Il gagne, il perd, il doit de l'argent, il est « en dette » et Johnny le simplet, l'exaspérant, va s'avérer très utile.

Il y a Simon, voyageur de commerce, paumé, triste, dont le pote flic se fait descendre. Simon enquête, pour passer le temps, pour son ami, pour lui-même, pour remplir son vide d'existence. Et ça marche, on le met sur la piste d'un tueur professionnel, un vieux, boiteux, qui traine avec un jeune mec.

Jacques Audiard est au carrefour de plusieurs styles, dont il a fait la synthèse. Le film d'auteur, à la française, venu de la Nouvelle Vague, le film d'hommes des années 70, social, et le film de genre, le polar plus exactement. REGARDE LES HOMMES TOMBER est au confluent de ces trois inspirations. Mais Audiard, malin, déconstruit son récit, pour en faire deux quêtes parallèles, deux parcours chaotiques, d'un couple improbable, et d'un solitaire. Ça fonctionne parce que la mise en scène sait saisir l'essentiel d'une scène. L'intrigue en elle-même passerait presque au second plan. Audiard s'attache davantage aux portraits qu'il compose, la cohabitation de ces êtres, et des images cocasses, étranges, presque irréelles qui peuplent son film, comme ces deux chiens qu'on voit passer près d'une voiture. Quelle est la signification ? Peu importe, c'est l'effet qui compte, l'effet sur Simon au début du film, et sur Marx, à la fin. Audiard propose un montage elliptique, intelligent, qui demande de l'attention et de l'acquitté au spectateur. Toutes les scènes de transitions, d'explications sont gommées. Et ça fonctionne presque mieux ainsi.

Mais que serait ce film sans les prestations des comédiens ! Quel régal ! Kassovitz (que l'on reverra dans UN HEROS TRES DISCRET) est très bien, et Bulle Augier, Christine Pascale. Mais les numéros de Jean Yanne (Simon) et Jean Louis Trintignant (Marx) sont totalement réjouissants, le premier dans une sobriété quasi lunaire (seul dans son van, à jouer du Bontempi) errant dans son imper, son regard de cocker éclairé par les néons de la ville. Et le second dans l'exubérance, la nervosité, le regard qui glace. Mais tous, y compris Kassovitz, possèdent une part de brutalité, de bestialité. Il fallait ce grain de folie de Trintignant pour hisser le film au-delà du polar, en faire un parcours initiatique, douloureux, aux petits matins blafards, et grâce à Simon, pas si dénué que ça d'humanité.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (6) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 30, 2011 10:09 AM MEST


Enter The Void (Edition Collector double dvd) [Édition Collector]
Enter The Void (Edition Collector double dvd) [Édition Collector]
DVD ~ Nathaniel Brown
Proposé par store2dvd
Prix : EUR 5,95

5 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 SOUDAIN LE VIDE... QUE GASPARD NOE N'ARRIVE PAS A COMBLER, 18 août 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Enter The Void (Edition Collector double dvd) [Édition Collector] (DVD)
Troisième long métrage du très remarqué Gaspard Noé, ENTER THE VOID avait fait sensation au festival de Cannes, essentiellement parce que les spectateurs étaient sortis furibards de la salle au bout d'une heure ! Le film est long, 2h40, et ne ménage pas le spectateur. C'est une habitude chez ce metteur en scène dont chaque film provoque immanquablement des hurlements. Tant mieux. Des iconoclastes comme Noé, il est bon d'en avoir quelqu'uns sous la main, des types qui dérangent, qui proposent des spectacles visuellement différents du tout-venant. D'autres ont choqué avant lui, dans la forme, et dans le fond aussi. C'est ce qui importe, car, hélas, dans le cas de Gaspard Noé, on ne voit pas bien quel discours, quelle réflexion, le metteur en scène nous propose.

A travers l'histoire de ce dealer flingué par la police, à Tokyo, et de sa sœur venue le rejoindre après plusieurs années de séparation, Gaspard Noé donne dans les pérégrinations sensorielles. Le réalisateur a toujours hurlé son admiration envers Stanley Kubrick, et les références à 2OO1 L'ODYSSEE DE L'ESPACE se bousculent à l'écran. Les transitions aux relents psychédéliques et hallucinogènes (cf « la porte des étoiles) la récurrence du cercle comme forme géométrique, jusqu'à deux faux-extraits du film de Kubrick que l'on voit en arrière-plan sur un écran de télé. Faux extraits, car j'imagine que Noé avait pas obtenu les droits.

La première heure et demi est assez époustouflante, entre prouesse technique (peut-on encore parler de plan séquence lorsque le numérique permet d'aligner 30 minutes d'images en mouvement sans coupure apparente ?), compositions des cadres, des images, palette de couleurs (un Tokyo nocturne transformé en flipper géant), et tension dramatique. On monte encore d'un cran à la mort d'Oscar, lorsque Gaspard Noé entreprend de reprendre son film à zéro, revenir sur le passé du frère et de la sœur, et comprendre comment on en est arrivé là. Noé réalise des instantanées magnifiques, des images d'une grande beauté, d'une grande pureté, comme on en retrouvera dans TREE OF LIFE, le dernier Terrence Malick. Oscar, pendant ces séquences sera toujours filmé de dos, cadré aux épaules. Au bout de 80 minutes, la boucle est bouclée. Le film pourrait s'arrêtait là, mais hélas, il en reste encore beaucoup...

Que deviennent les autres personnages ? C'est ce que, tout simplement, nous raconte Gaspard Noé. L'audace scénaristique aurait voulu qu'on s'en moque... Mais au lieu de reprendre le même procédé narratif utilisé pour raconter l'enfance d'Oscar et Linda (la sculpturale Paz de la Huerta), il délaye le tout dans une succession de transitions, et toujours les mêmes. La seule surprise est de deviner où la caméra va rentrer, et où elle va ressortir ! Cette caméra subjective qui vole, tournoie autour des personnages, uniquement filmés en plongé, c'est Oscar, son âme, son esprit... On avait pigé le truc (c'est ce que Alex explique à Oscar au début du film). Pourquoi donc nous l'assener 40 fois de suite ? On aurait pu croire que le film basculerait dans un néo Film Noir, sec, rageur, violent, en rupture avec la première partie (enquête de police, le copain Alex en fuite, les dealers, vengeance) mais Noé préfère diluer son récit dans un déluge d'effets graphiques redondants, des coïts interminables, qui à la longue détournent notre attention de l'essentiel : les personnages. Dommage.

Belle expérience visuelle, à mi-chemin de 2OO1 et REQUIEM FOR A DREAM, mais à l'arrivée, un film bancal. Trop d'effets tuent l'effet.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (5) | Permalien | Remarque la plus récente : Sep 2, 2011 10:34 PM MEST


Dust Bowl
Dust Bowl
Prix : EUR 18,49

7 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 DUST BOWL : SOUFFLE COURT..., 21 juillet 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Dust Bowl (CD)
Joe Bonamassa est le dernier petit prodige de la guitare blues (en attendant le suivant), nous livre DUST BOWL, nom donné à une série de tempêtes de sable qui s'est abattue sur le Middle West américain dans les années trente, en pleine dépression, causant des dégâts considérables. Ça devrait sentir bon la poussière et la rocaille. Et ça commence joliment avec ce « Slow train » (une composition de Bonamassa) par une caisse-claire qui imite le son d'un train à vapeur qui démarre, ponctué par la basse, alors que la guitare de Bonamassa résonne, prend de l'ampleur, avant que la loco ne se lance sur un tempo 12/8. Une belle entrée en matière, le batteur nous faisant comme mesurer l'urgence face à la tempête qui approche, par des breaks redoublés. Le son de Bonamassa est là, désormais reconnaissable entre mille, toujours énorme et sans fioriture. Mais hélas, la suite ne reste pas au niveau.

Le titre « Dust Bowl » est assez quelconque, malgré cette guitare très 50's, et c'est le troisième morceau « Tennessee Plates » qui emballe davantage, un rock'n'roll avec piano bastringue, qui n'est pas sans nous rappeler Steve Ray Vaughan et son « Love struck baby ». John Hiatt (country-blues singer de renom) est invité à partager le micro, et les deux compères nous offrent un joli duel de guitares. Après un slow blues un peu lourdingue, et un folk Led Zeppelien hélas plombé par une batterie énorme, Joe donne dans le classique, avec un shuffle impeccable « You better watch yourself » une reprise de Lightnin' Hopkins, et un petit chorus de piano bien venu. L'ombre de Stevie Ray plane encore une fois au dessus du studio... Sur « The last matador » c'est une trompette qui s'invite, mais rapidement les bonnes vieilles habitudes reprennent le dessus, et le gros son revient plomber l'ambiance, qui perd de l'altitude. Dommage. A noter la présence de Glen Hugues (ex Trapeze, Deep Purple) sur le très 70's « Heartbreaker » (une reprise de Free), mais hélas, Joe ne possède pas l'organe de Paul Rodgers... Et on se souvient que les deux compères avaient déjà croisé le fer, sur « Black Country Communion 1 et 2 » avec un certain Jason Bonham à la batterie. « No love on the street » nous rappelait un Deep Purple des années 80 (pas franchement la meilleure période, mais on se souvient que Joe Bonamassa dans son « Live from nowhere » citait dès le premier titre le riff de « Perfect Stranger »). Ca se remue un peu plus (enfin !) sur « The whale that swallowed Jonah » (compo de Bonamassa), et un très bon « Sweet Rowena » avec Vince Gill en duo à la voix, plus léger, swinguant et un peu country sur les bords. Bonamassa n'y force pas sa voix, le piano virevolte, c'est du classique, oui, mais certainement le morceau le plus agréable de l'album, qui se termine sur « Prisoner » un slow hard FM sans intérêt, et qui nous renvoie aux pire des années 90.

Joe Bonamassa nous offre un album sans surprise. Je m'étonne des lauriers que l'on tresse sur sa tête à l'occasion de ce DUST BOWL. C'est du pur Joe ! L'album de la maturité ! Mouais, mais disons que j'attendais un peu plus de ce musicien, toujours aussi virtuose, mais qui plombe ses arrangements avec ce gros son, qui à mon sens ne sied pas au genre. C'est la production qui cloche chez Bonamassa. Ou alors, c'est un nouveau style, le rock-blues FM, bien calibré, mais sans prise de risque, et à mon sens, de moins en moins personnel. Il n'y a pas franchement de morceau qui surnage, de titre échevelé qui nous ferait frissonner, la pépite, le blues lumineux qui nous ferait dire : ce type a vraiment tout compris. Bref, c'est propre, mais on ne vibre pas franchement à l'écoute de ces douze titres, dont quatre ou cinq tourneront en priorité sur nos platines. La météo s'est plantée : DUST BOWL n'est pas l'ouragan de l'année...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (14) | Permalien | Remarque la plus récente : May 22, 2012 5:07 PM MEST


Elvis Golden Records/Vol.1
Elvis Golden Records/Vol.1
Proposé par FKIreland
Prix : EUR 11,97

5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 C'EST LUI ! C'EST LUI ! ! !, 6 juillet 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Elvis Golden Records/Vol.1 (CD)
Je vous rassure, on n'est pas chez Mireille Dumas. Mais voilà le disque qui a changé ma vie. Pas moins. Avant, c'était les disques à maman (Ferrat, Brassens...) les disques des soeurs (Beatles, Clo clo, Sheila) les disques à papa (Stravinski, Beethoven...). Il y avait bien eu un Johnny Hallyday (si si...) et un Delpech, mais celui-là, c'était le mien, et rien qu'à moi ! Jetez un oeil sur la set-list (à l'époque, en vinyle, il n'y avait que 10 titres) et vous comprendrez pourquoi un truc pareil, sur un gamin de 8 ou 9 ans, ça vous fait exploser le réacteur n°3 ! "Hound Dog" pour moi, c'était si fort, que je pensais que c'était ça le hard-rock ! "Heartbreak Hotel" ça reste la plus grande chanson du monde, même Keith Richard il est d'accord avec moi. Parce qu'avec rien, une contrebasse, un piano, le King, il est plus fort qu'un tsunami. Et "Jailhouse Rock" ben... c'est "Jailhouse rock" !

On a beau aller voir du côté de Jerry Lee, de Chuck, de Buddy, plus tard du côté des Stones, de Pink Flyod, des Doors, de Status Quo, recevoir un "Made in Japan" sur la tronche qui laisse aussi une cicatrice à vie, découvrir avec enthousiasme le Bosseur du New Jersey, n'empêche, Elvis, quand on y a goûté, quand on est tombé dedans tout petit, on y revient toujours. Parce que quelque part, tout ce qu'on aime chez les autres, c'était déjà chez lui.

Voilà, c'est celui-là. Je l'ai retrouvé.

Merci Mireille de m'avoir écouté.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (9) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 25, 2011 5:45 PM MEST


La conquête - Edition 2 DVD "Cannes 2011"
La conquête - Edition 2 DVD "Cannes 2011"
DVD ~ Denis Podalydès
Prix : EUR 9,99

19 internautes sur 26 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 ENCORE UN PEU TROP GENTIL ?, 30 juin 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : La conquête - Edition 2 DVD "Cannes 2011" (DVD)
7 mai 2007. Deuxième tour de l'élection présidentielle. Donné grand favori, Nicolas Sarkozy, seul dans un appartement sombre, est pendu au téléphone. Il appelle sans cesse sa femme Cécilia, laisse des messages affolés : « Où es-tu ? Qu'est-ce que tu fais ? Réponds ! Il faut qu'on aille voter, tous les deux, se montrer ensemble, une dernière fois, tu me le dois bien ! »

Flash-back. 5 ans plus tôt. Jacques Chirac, président de la république, nomme Nicolas Sarkozy ministre de l'Intérieur. Sarko souhaitait avoir Matignon, et ne digère pas l'affront. Il réunit ses conseillers spéciaux, dont Cécilia, son épouse, et annonce la couleur. Son rêve, son destin, c'est l'Elysée. Pas moins. Et peu importe le nombre de morts, il ira jusqu'au bout.

Ainsi commence LA CONQUETE, réalisé par Xavier Durringer, sur un scénario de Patrick Rotman. LA CONQUETE étant le premier film français mettant en scène un président en exercice (LE BON PLAISIR en 1984 mettait en scène un Trintignant très mitterrandien). Les faits relatés dans ce film sont bien réels, récents, et on retrouve un tas de faits bien connus, comme les balbutiements de l'affaire Clearstream, pourtant, un carton précise au début du film qu'il s'agit d'une fiction. Ben voyons... Il s'agit de raconter comment Nicolas Sarkozy à gagner l'Elysée, contre son propre camp. Car les représentants de la gauche sont absents du film. Le propos est donc de montrer comment un homme politique gagne des points, pour asseoir son pouvoir, son autorité au sein de son propre camp, et accéder aux plus hautes fonctions. De ce point de vue, LA CONQUETE est une réussite, lorsque le film décrypte les stratégies de communication, les angles d'attaque, les arrangements et trahisons, la fabrication des discours, de la parole politique. L'omniprésence des sondeurs et journalistes dans l'entourage du candidat expose aussi l'ambiguïté des gens de presse (Michael Darmon de France 2 est de toutes les scènes, et conseiller technique du film !) Intéressant aussi et de voir le bal des nominations, des tractations (Sarkozy voulait absolument cumuler l'Intérieur et la présidence de l'UMP, ce que Chirac lui interdit dans un premier temps) et tous ces déjeuners entre frères ennemis (Villepin-Sarko), de voir la face publique, et la face cachées de tel rendez-vous, où les égos s'affrontent, et les insultes et menaces fusent. Les mots sont des torpilles. Quand Sarkozy annonce à De Villepin : « Vous êtes un homme mort », on sait qu'il parle de mort politique, mais tout de même...

On sourit, on rit beaucoup. Les dialogues sont dignes d'un Audiard. On retrouve la fameuse saillie de Chirac : « ça m'en touche une sans faire bouger l'autre » ! Les mots sont importants, c'est une part importante de la culture française, de la politique française. Voyez comme tous les politiques tiennent à signer des livres, dont 80% ne sont pas écrits par eux. Il y a une belle scène où on voit Henri Guéno, ému, fier, presque au bord des larmes, quand il entend Sarkozy prononcer le discours qu'il a écrit pour lui. Les face à face Chirac/Sarkozy sont jouissifs, personne n'étant dupe de l'autre. Ainsi, lorsque Chirac dit à ses conseillers : « je viens d'avoir Sarkozy au téléphone, je lui ai renouvelé toute ma confiance, il ne m'a pas cru, il m'a redit tout son respect, et je ne l'ai pas cru. Tout va bien ! ». Ce qui donne toute la jubilation à entendre ce texte, ce sont bien sûr les comédiens. Denis Podalydès est bluffant. Pas tellement la ressemblance physique (il porte juste une perruque, mais aucun maquillage particulier). Mais la gestuelle, et surtout la voix. Bernard LeCoq prend visiblement beaucoup de plaisir à jouer Chirac, Corona à la main, pantalon remonté au-dessus du nombril, toujours gouailleur, trivial, le regard amusé, mais avec une pointe d'angoisse et d'incompréhension quand il comprend que son empire vacille. Bernadette Chirac, Villepin, Debré, Lefèvre, Cécilia, Richard Attias, Claude Guéant (incroyable Hyppolite Girardot) Rachida Dati...

Mais, la mise en scène n'est pas toujours à la hauteur des ambitions du personnage principal. Ca reste parfois plan-plan. Il y a aussi de bons moments, comme ce plan de Sarkozy, assis seul à une table de café, en terrasse, à La Baule, avec ce travelling latéral nous fait découvrir cinq mètres plus loin une horde de photographes en action, puis le panoramique vers la plage où De Villepin, en maillot de bain, s'apprête à se baigner dans l'Atlantique. Mais il manque selon moi des éléments pour hisser le film au-delà de son sujet. Tout le suspens réside en ceci : Cécilia Sarkozy viendra-t-elle voter avec son mari au second tour ? Sinon, pourquoi cette construction en flash-back ? C'est là qu'on tenait le vrai sujet de film, l'ambigüité, la complexité du personnage de Cécilia, omniprésente auprès de son mari, forgeant son ascension, et ne cherchant qu'à fuir ensuite. Que se passe-t-il dans la tête du héros, quand en parallèle il gagne sur le terrain public, et perd sur le terrain privé. De même la fin programmée de l'ère Chirac aurait pu donné quelque chose de plus profond.

On aurait aimé davantage de causticité visuelle à l'écran. L'affiche du film (le fauteuil qui monte) me rappelle une scène du DICTATEUR de Chaplin, où Hynkel et Napaloni, assis sur des fauteuils de barbier, essaient de grimper plus haut que le voisin. Xavier Durringer n'ose pas pousser la caricature, illustrer la soif de pouvoir par le grotesque, voire le burlesque, comme chez Chaplin, ou la satire noire du FOLAMOUR de Kubrick, ou les films politiques italiens des années 70, ou les comédies féroces britanniques, comme IN THE LOOP.

LA CONQUETE est un film rythmé, superbement interprété, très intéressant, mais qui reste sans doute trop dans l'illustration, sans vouloir rajouter un étage à la fusée, pour se hisser vers la farce, ou vers la tragédie. Ce n'était sans doute pas le propos initial du film, mais cela valait le coup d'essayer !
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (8) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 24, 2011 9:41 AM MEST


The Tree of life (Palme d'or - Cannes 2011)
The Tree of life (Palme d'or - Cannes 2011)
DVD ~ Brad Pitt
Proposé par Expédition sous 24H
Prix : EUR 6,88

15 internautes sur 21 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 MALICK AVEC UN M, COMME METAPHYSIQUE ET MINERAL, 30 juin 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Tree of life (Palme d'or - Cannes 2011) (DVD)
Terrence Malick a été érigé au rang de cinéaste mythique, encore plus depuis la disparition de Stanley Kubrick, les deux hommes ayant plusieurs points communs : un maniérisme formel identifiable, récurrence des thèmes, contrôle total de l'œuvre, des années de préparation pour chaque film, un culte du secret quasi paranoïaque, absence de communication. Le parallèle entre les deux metteurs en scène n'est pas anodin, surtout à propos de ce film-là, qui reprend une métaphysique déjà vue dans 2001 : L'ODYSEE DE L'ESPACE.

Si je devais qualifier THE TREE OF LIFE, je dirais que c'est un film minéral.

Avec Terrence Malick, ce n'est pas tellement ce qu'on raconte qui importe, mais comment on le raconte. Sur le fond du sujet, Malick propose une philosophie religieuse, une présence divine, à l'origine de la vie, comme au-delà de la mort. On adhère, ou pas. Et on ne peut pas dire que Malick y aille sur la pointe des pieds. Le message est clair, depuis les voix off du départ, jusqu'à la scène finale, qui ne manquera pas de faire naître les commentaires. Voici le mien, pour s'en débarrasser vite fait : raté ! Voire ridicule. C'est de l'imagerie, on se croirait dans une pub pour Kenzo. Sa représentation du Ciel passe par des images très terre à terre, rabâchées, quand Kubrick proposait des pistes plus mystérieuses, cérébrales. La comparaison entre les deux films ne peut être évitée, d'autant que Malick se sert d'une forme pour rythmer les séquences de son film (comme le monolithe noir), une image difficilement identifiable, proche du fœtus. Or, 2OO1 se clôt sur l'image d'un fœtus. Et si on rajoute un alignement de planète d'une grande symétrie, et l'utilisation de musique classique dans leur continuité (du Ligeti) le compte y est !

La scène des dinosaures ne me gêne pas. J'ai aimé cette longue séquence, du Big Bang à nos jours avec des images de nature, magnifiques (la vague filmée du dessous, les éruptions volcaniques) mais aussi des images numériques, l'apparition de la vie, de la petite cellule au gros lézard ! Malick filme quelques dinosaures, comme représentants d'une espèce disparue, nous rappelant au passage que l'espèce humaine n'est pas non plus à l'abri. Mais peut-être pour nous dire aussi que la mort des dinosaures est due à une cause très identifiable, dénuée de tout mysticisme, au contraire de celle des hommes, et d'un enfant en particulier.

Si le message peut paraître pompeux, la manière de faire est admirable. Chaque plan de ce film respire l'intelligence, distille une impression, un sentiment. La nature est au centre de tout. Malick multiplie les plans extérieurs qui se terminent sur un soleil derrière des arbres. Un soleil cadré à hauteur humaine, un soleil bas, un soleil de fin de journée. Il n'y a aucun plan en pleine lumière. On reste toujours à deux doigts du crépuscule. Cette même lumière que l'on caresse à travers un rideau, des voiles, du linge. Effet de transparence, de légèreté. Et l'eau. L'eau des océans, des lacs, des rivières. Et le vent. Et les champs, l'herbe. Les premiers plans de cette gamine au milieu des vaches sont superbes, nous plongent de suite dans une ambiance sereine, nous préparent à ce qui suit. Les mouvements de caméra sont peu nombreux, et courts (pas de plans-séquences alambiqués chez Malick, mais une caméra mobile). Exemple avec cette gamine qui fait de la balançoire. Regardez le mouvement de caméra qui la suit. Elle marque un léger temps d'arrêt, pointe le sol, crée un décalage infime. Et quand Jack qui marche le long d'un rocher, la caméra se lance à sa suite, mais encore ce petit décrochage sur la pierre, juste avant. Autre plan d'une grande beauté, lorsque la mère apprend par courrier la mort de son fils. Une caméra frémissante la suit dans la cuisine, de trois quart arrière, on lit presque par-dessus son épaule, et soudain la caméra s'élève (épousant le regard de Dieu ?), chancelle presque, avant que la mère ne s'effondre, et le plan coupe net, nous privant du hurlement de douleur qu'il aurait été logique de filmer. Admirable. Tout en retenu. Pudique.

Les rapports au sein de la famille ne sont pas traités sous l'aspect psychologique. C'est au bout d'un moment que l'on se rend compte que Brad Pitt ne dit jamais « je t'aime » à ses enfants. Il demande, il exige, il ordonne, mais lui ne semble jamais donner en retour. Pas même à sa femme. Il sert ses enfants dans ses bras, il les aime, c'est indéniable, mais ses enfants ne le perçoivent pas. Le père s'en excuse d'ailleurs, s'en explique. Quand il part en déplacement professionnel, c'est la fête à la maison ! C'est dire le poids de l'autorité paternelle qui pèse sur la famille. Même la mère semble apaisée, en devient plus belle, plus sensuelle, avec une part de sexualité enfin dévoilée, mais à laquelle seul son fils Jack semble être sensible. Malick filme de magnifiques scènes d'apaisement pendant cette séquence. Il sait aussi filmer la peur, l'angoisse, le trouble, lorsque Jack propose à son cadet des paris pour tester la confiance qu'il lui porte.

Le compositeur français Alexandre Desplat propose une bande son méditative, plus qu'illustrative à laquelle se mêlent les voix-off, chuchotée, répétée, comme autant de questionnements sans réponse. On y entend aussi de nombreux extraits d'oeuvres classiques (Berlioz, Brahms, Ligeti, Preisner, Mahler). L'osmose entre l'image et le son participe entièrement à la beauté du film.

THE TREE OF LIFE est assurément un film puissant, profond, méditatif, un très grand moment de cinéma à découvrir en priorité en salle. Il n'accède pas, selon moi, au rang de chef d'oeuvre, sans doute à cause de cette dernière scène trop simpliste, démonstrative au lieu de n'être qu'allusive. Avec THE TREE OF LIFE, Terrence Malick conforte sa place de cinéaste à part, d'artiste minutieux, spirituellement engagé.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (7) | Permalien | Remarque la plus récente : Dec 16, 2011 6:12 PM CET


Blanc comme neige
Blanc comme neige
DVD ~ François Cluzet
Proposé par plusdecinema
Prix : EUR 6,16

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 NOIR COMME NEIGE, 29 juin 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Blanc comme neige (DVD)
A l'issue du générique de fin, je me suis dit : depuis combien de temps n'avais-je pas vu un polar français aussi bien troussé ? Depuis FRED, de Pierre Jolivet, en 1997, dont la trame est d'ailleurs assez semblable.

BLANC COMME NEIGE met en scène Maxime, à qui tout semble sourire. Réussite professionnelle (une concession de voitures de luxe), une famille soudée, une femme superbe. Avec son associé Simon, il vient de recevoir un prix de meilleur entrepreneur de l'année. Simon part fêter cela, s'accordant 15 jours de congé. Un congé, ou une fuite en avant ? Car quand on retrouve la voiture de Simon plantée dans un platane, Maxime découvre qu'il a été en réalité assassiné. Et que ceux qu'ils l'ont tué, vont maintenant s'en prendre à lui. Le Simon, il n'était pas blanc blanc...

Le réalisateur Christophe Blanc (sic !) a semble-t-il vu beaucoup de polar, de Film Noir, des Corneau, des séries B américaines, et il en a gardé le meilleur : la mécanique, et la tension. Pas de psychologie superflue, un montage sec, un engrenage parfaitement huilé, pas d'esbroufe de mise en scène, et surtout, un héros marqué dès le départ par la poisse, qui se noie davantage au fur et à mesure qu'il tente de surnager. Et c'est d'autant plus tragique pour Maxime, qu'il n'y est pas pour grand chose... Rien de très original, certes, mais quand c'est bien fait, ça passe. Et au diable les incohérences soulevées par les autres commentaires. Non intervention de la police ? Ce n'est pas ce qui compte ici, l'important, ce sur quoi se focalise le réalisateur, c'est Maxime, et comment les évènements vont le transformer. Dès les premières scènes, lors de la remise du prix, lors du départ précipité de Simon, on sent que quelque chose cloche. Sans que le réalisateur nous dise pourquoi, le spectateur a une longueur d'avance sur le héros. Un héros bien ordinaire, lâché parmi les brutes. Les relations entre Maxime et sa femme Michèle sont traitées en quelques plans, quelques phrases bien senties, sans s'appesantir : « tu me sens, là, à tes côtés ? » lui demande Michèle qui s'inquiète de voir Maxime se lancer seul face au danger, et ne veut pas en être exclue.

S'il fallait émettre une réserve, ce serait par rapport au dernier tiers du film, du changement de décor : la Finlande. Christophe Blanc, change radicalement son ambiance. La couleur blanche prédomine, sur le noir du départ, les paysages naturels remplacent la zone industrielle, et surtout, les horizons s'élargissent. Sur le plan scénaristique, qu'est ce qui justifie réellement ce changement de décor ? On pouvait imaginer un dénouement semblable, sans changer de région. Si ce n'est le clin d'œil appuyé à FARGO des frères Coen... Cette dernière partie n'est pas moins réussie, mais le propre du film d'atmosphère est justement de maintenir une tension dramatique, de confiner les personnages. Ce que Christophe Blanc réussissait parfaitement, notamment dans les scènes au chenil, les allers retours incessants en voiture, la course au fric, le départ de Michèle. La Finlande : je ne sais pas si c'est une bonne idée, ou non, mais disons que c'est un choix qui se discute...

Une des grandes qualités de BLANC COMME NEIGE tient à son interprétation. François Cluzet y est remarquable (comme d'hab), plein d'assurance, et qui regarde son monde s'écrouler. Olivier Gourmet est prodigieux (comme d'hab), Louise Bourgoin s'en sort très bien, et les mafieux ont des trognes de mafieux, ce qui tombe bien. Et ça flingue à tout va ! A l'ancienne. Sans salto arrière au ralenti ni chorégraphie esthétisante. Une violence sèche.

Un vrai Film Noir, une vraie série B, qui tient en haleine, maitrisée de bout en bout.
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Les fantastiques années 20
Les fantastiques années 20
DVD ~ James Cagney

8 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 FILM NOIR NOSTALGIQUE QUI SIGNE LA FIN D'UN GENRE, 6 mai 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les fantastiques années 20 (DVD)
C'est en 1939 que Raoul Walsh tourne ce film, fleuron du film de gangsters. Un film atypique, qui signe aussi la fin d'une époque, et d'un genre, le film de gangsters disparaissant au profit des films de détective.

L'histoire débute en France, où trois soldats américains sur le front se rencontrent sous les bombardements. A la fin de la guerre, chacun entre au pays. Llyod Hart poursuit ses études de droit, George Hally disparaît (pas pour longtemps...) de la circulation, et Eddie Bartlett espère reprendre son boulot de garagiste. Il ne retrouve pas son travail, n'en trouve nulle part ailleurs, et s'associe avec un copain pour faire le taxi. Un client lui demande de livrer un paquet dans un dancing : de l'alcool. Ignorant la nouvelle loi de la prohibition, récemment votée, Eddie est arrêté. Il découvre ainsi le milieu de la contrebande d'alcool, dans lequel il est bien décidé à faire carrière...

LES FANTASTIQUES ANNEES 20 se boit comme du petit lait. Un récit mené à toute allure, une avalanche de péripéties, et une mise en scène brute, quasi documentaire. Le début du film est d'ailleurs faite de bande d'actualité, et c'est le style que Walsh choisira pour raconter cette histoire d'ascension /déchéance d'un caïd. Encore le type qui grimpe au sommet pour mieux en tomber ? Oui, mais cette fois, Walsh en propose une vision différente, avec cet aspect documentaire. Comme lorsque Eddie fait visiter sa distillerie clandestine à Jean Sherman, filmé façon reportage, ce qui n'est pas sans rappelé la première scène de CASINO de Scorsese, avec le décompte des billets (dont un plan identique sur la valise de fric). Walsh et ses scénaristes remettent en perspective ces années 20, le retour du front, le chômage, le regard des civils sur les vétérans, et plus tard dans l'intrigue, le crack de 1929. Le Film Noir s'inscrit donc une fois de plus, dans une réalité sociale, économique et politique.

Le scénario est habile, et particulièrement bien construit, autour d'Eddie. A sa droite, Llyod, qui représente le bon gars, honnête, à qui ont peut se fier. A sa gauche, George, le mauvais, le violent, le traitre. Eddie navigue entre ces deux figures. C'est un brave type, qui pour vivre se lance dans les affaires louches. Eddie est aussi au centre de deux personnages féminins. La jeune Jean Sherman, son ex-marraine de guerre, et Panama Smith, plus mûre, qui gère un dancing. De la première il est amoureux (platoniquement) de la seconde il est aimé. Eddie est donc un personnage déboussolé, tiraillé, sensible, humain. Ses rapports avec Flyod sont presque fratenels. On est loin du personnage de bête furieuse de Tom Powers dans L'ENNEMI PUBLIC, tourné 8 ans plus tôt, avec ce même James Cagney. L'ennemi public

Si le premier tiers du film s'apparente davantage à une étude de moeurs, la suite est bel et bien un film de gangsters, avec son lot de fusillades, règlements de compte, cambriolages. Eddie doit défendre ses affaires, éliminer la concurrence. La fusillade dans le repaire du concurrent Nick est fantastique, comme le cambriolage des stocks d'Etat. Et autre originalité de ce film, ce n'est pas son avidité ou sa stupidité qui mettra fin à son commerce, mais la crise économique. Et ironiquement : l'alcool, auquel Eddie ne touchait pas. Eddie retourne à son taxi, mais son passé le rejoint bien vite, et par amour cette fois, il reprendra les armes.

Eddie est interprété par James Gagney. Immense comédien, plus posé que chez Wellman, moins fou que dans le futur L'ENFER EST A LUI, du même Roual Walsh, il est époustouflant, notamment dans les dernières scènes, avec un ton voilé, feutré, fatigué. George est joué par Humphrey Bogart, qui est à la veille de devenir une star (HIGH SIERRA l'année suivante, de... Raoul Walsh !) et qui enquille son énième rôle de bad guy. Il est ici particulièrement repoussant de haine et de cynisme. Priscilla Lane interprète Jean, on la reverra dans ARSENIC ET VIEILLES DENTELLES, et Gladys George joue Panama. Elle est admirable, juste, en amie fidèle d'Eddie, amoureuse silencieuse. Deux êtres paumés dans une époque qui ne semble plus la leurs. Il y a entre ces deux-là des scènes superbes, des regards qui en disent longs, et elle restera aux côtés d'Eddie jusqu'au bout. La fin du film est d'ailleurs superbe, Walsh abandonnant son traitement documentaire pour une dernière scène sous la neige, sur des marches, donnant un accent de tragédie antique au destin d'Eddie Bartlett. La dernière réplique rappelle celle de Marlene Dietrich dans LA SOIF DU MAL. « It's was just a kind of man »...

LES FANTASTIQUES ANNEES 20 est un Film Noir nostalgique, qui décrit à merveille une période, décrypte la Prohibition, ancre ses personnages dans une réalité sociale à laquelle le public d'alors pouvait se référer. C'est aussi un film haletant, profondément humain, superbe.
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Silence et cri
Silence et cri
DVD ~ Andrea Drahota
Proposé par zalys
Prix : EUR 17,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 LE MEILLEUR FILM DE JANSCO ?, 1 avril 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Silence et cri (DVD)
Résumé : Traqué par l'armée, un jeune partisan trouve refuge dans la ferme de deux sœurs, orphelines. Mais sa trace est retrouvée aussitôt, et le trio se voit pris en chasse par un officier sadique et violent. Les rituels d'humiliation commencent alors, et la sourde violence d'un face à face pervers et cruel entraîne les deux hommes aux limites du bout de la fin du dernier degré du point de non-retour...

On connait peu le cinéma comique hongrois. C'est un tort. A l'instar d'Adorjan Chokõlatchò, de Estzner Dinkkõn ou Otto Maàtik, Miklos Janscò réalisa à partir des années 60 toute une série de films formidables, basé sur le burlesque (Buster Keaton, Pierre Etaix comme influences revendiquées), parmi lesquels LA RUE DU QUAI ou LE VIEUX QUI VEND DE LA SERGE font figure de véritables manifestes. Réalisé en 1967, SILENCE ET CRI s'apparente à un road-movie déjanté, dans la lignée de HELLZAPPOPIN, avec gag à tous les étages, plusieurs séquences étant empreintes d'un certain surréalisme, tant le metteur en scène pousse sa logique dévastatrice. Il faut avoir vu Andrea Drahota et Krisztina Nikkotine retirer leurs chaussures et leurs bas pour marcher dans l'eau (lorsqu'ils vont à Hódmezvásárhely) pour mesurer ce vent de liberté qui soufflait alors sur le cinéma hongrois.

Comme de nombreux cinéastes de sa génération (Kaschkõ Mezõkövesdi, Gédéon Berettyóújfalu ou le grand Luckãs Törökbálint) Miklos Janscò avait découvert les films de la Nouvelle Vague française, cette liberté dans le ton et la forme, ne pas se sentir contraint par un budget réduit, mais au contraire, tout miser sur l'imagination, la créativité. Et à l'instar des cinéastes français, les hongrois ont su magnifiquement rendre compte de l'air du temps, des revendications sociales, morales, politiques, à travers des films légers et même désopilants. SILENCE ET CRI est ingénieusement bâti en trois parties (le début, le milieu, la fin) une quatrième partie située entre la première et la seconde ayant été finalement substituée à la troisième. Mais la grande originalité de cette construction, tient dans l'effet palindrome : le film peut être projeté du début vers la fin, ou de la fin vers le début (suivant l'état d'ébriété du projectionniste) sans que cela n'interfère avec la compréhension de l'ensemble. Il se regarde dans les deux sens. C'est à ma connaissance un cas unique. La musique de Renãto Hoùtar (dont c'est la seule partition pour le cinéma, il a repris ensuite la station-service de son père) épouse les méandres scénaristiques par une série de contrepoints virevoltants, exécutés à la guimbarde par Boglàrta Boglàrtò (qui fut aussi championne de natation).

Miklos Janscò maîtrise totalement le rythme de son film, pourtant assez long, jouant sur les ruptures de tempo, comme lorsque les deux sœurs épluchent des pommes de terre dans leur cuisine, un plan fixe de 47 minutes, muet, ou comme ce travelling insensé à travers les champs, la caméra ayant été fixée au pneu d'un tracteur, rasant le sol ou s'élevant vers le ciel à chaque tour de roue. L'émotion nous prend aux tripes, qui finissent par se vider de leur contenu... Des prouesses techniques qui ne doivent pas faire oublier la poésie de certaines séquences (le chien qui prend feu, la grand-mère qui se noie dans une bassine). A noter la présence au générique de Laszlo Szabo, qui fera aussi carrière en France, chez Godard ou Chabrol. Miklos Janscò a reçu en 1978 l'équivalent des Césars hongrois pour DES NOUILLES ENCORE, son dernier film, avant de se consacrer à l'écriture d'un guide sur les relais routiers.

N&B, scope 2:35, 6h43.
version originale soustitrée en turc uniquement
Bonus : making of (2'07)
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