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Contenu rédigé par Luc B.
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Commentaires écrits par
Luc B.
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Les Daleks envahissent la Terre
Les Daleks envahissent la Terre
DVD ~ Peter Cushing

5 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 ON FREMIT DEVANT LES DALEKS... DE RIRE OU DE PEUR, MAIS ON FREMIT !, 22 novembre 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Daleks envahissent la Terre (DVD)
LES DALEKS ENVAHISSENT LA TERRE est un film réalisé en 1966 par Gordon Flemyng, qui fait suite au DR WHO CONTRE LES DALEKS (1965), et qui s'inspire d'une série TV à succès : DOCTOR WHO. Cette série est une des plus anciennes et des plus célèbres de la télévision anglaise. Elle est diffusée à partir de 1963, jusqu'en 1989, et on ne compte plus les produits dérivés : bandes dessinées, livres, téléfilm, et métrages de cinéma. Le héros en est donc le Docteur Who, qui voyage dans le temps grâce à un vaisseau de son invention, vaisseau qui de l'extérieur ressemble à une cabine téléphonique ! Le film de Flemyng s'éloigne de la série, opérant plusieurs changements de script, mais les ennemis du bon Doc restent les Daleks.

L'action se déroule en 2150, dans un Londres en ruine. Un policier, Campbell, rencontre par hasard le Docteur Who, sa nièce et sa petite fille, et ensemble se joignent à un noyau de résistants aux prises avec les Daleks. Ces envahisseurs venus d'un autre monde réduisent les humains en esclavage, et les envoient travailler dans une mystérieuse mine... Quel est l'ignoble projet des Daleks, et comment le contrecarrer ? Brrrrrr...

Voilà un aimable divertissement, tout à fait honorable, auquel on s'accroche dès les premières minutes. D'abord parce que le spectateur avisé reconnaîtra sous sa perruque blanche l'acteur Peter Cushing, star de la Hammer, société de production britannique spécialisée dans l'horreur, la SF et le drame gothique. Ensuite parce qu'on reste subjugué par ces extraterrestres, qui prennent la forme d'une grosse boite de conserve à roulettes (y'a des gamins dedans qui pédalent ?) crachent de la fumée mortelle, et parlent avec des voix aussi débiles qu'irritantes. Mais surtout, parce qu'au bout de 15 minutes, on oublie très vite l'aspect très kitsh des décors, pour ne retenir que la vivacité de la mise en scène, et les rebondissements qui émaillent l'intrigue (le message derrière la porte, les deux harpies dans les bois, le contrebandier...). Gordon Flemyng rate à peu près toutes les scènes de comédie, les rares gags tombent à plat, faute à des comédiens qui sur jouent leurs effets (il fallait au cinéma que le film attire tous les publics, contrairement à la série plutôt réservée aux adultes). Mais le scénario est bien foutu. Les résistants sont acculés, doivent se séparaient par petits groupes (ah, le sacrifice du chef paraplégique !) sans nouvelle les uns des autres. Ce sont donc trois intrigues qui se développent, avec poursuites, coups de feu et trahisons à gogo, jusqu'à la grande scène finale, dans la mine et la soucoupe-mère des Daleks. Les morceaux de bravoure et actes héroïques se multiplient. Le plan des Daleks est ahurissant (j'vous dis, j'vous dis pas ?) mais pas autant que la réplique du Docteur Who, qui parvient à dévier la trajectoire d'une bombe atomique de 400 tonnes avec trois planches de bois vermoulues ! Du grand art !

Qu'importe la pauvreté des effets spéciaux, qu'importent les décors en carton et les Daleks à roulettes. D'ailleurs, vous remarquerez que les Daleks n'ont qu'un bras, même pas articulé, avec une ventouse au bout (comme pour déboucher les tuyauteries!) mais tous les tableaux de bords sont équipés de volants et de manettes que seule une main "humaine" peut logiquement manoeuvrer ! Exemple d'une des nombreuses invraisemblances de la chose ! Qu'importe l'interprétation très approximative des (nombreux) seconds rôles. Car ce film se suit jusqu'au bout avec plaisir, un plaisir presque enfantin, qu'il faut déconnecter de toutes références. Il s'y passe 10 fois plus de choses en 10 minutes, que dans 2h40 d'AVATAR et sa 3D rutilante. Du cinoche bricolé avec trois clous et deux bombes fumigènes, certes, mais dans le genre, on ne fait pas mieux !

Ca dure 1h20, et c'est en scope couleur.
Les enfants de 7 ans peuvent même trouver cela génial !
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (18) | Permalien | Remarque la plus récente : Dec 2, 2010 8:31 PM CET


I comme Icare
I comme Icare
DVD ~ Henri Verneuil

13 internautes sur 14 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 UN VERNEUIL DEMONSTRATIF ET EFFICACE, 15 novembre 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : I comme Icare (DVD)
Longtemps ce film fit les beaux soirs de la télévision française. C'est un des derniers films tournés par Henri Verneuil (1979), qui sera suivi par deux productions musclées avec Patrick Deweare puis Jean Paul Youp La Boum Belmondo, avant un long silence jusqu'en 1992. Sans doute un de ses films les plus marquants, car refusant les facilités du genre. Son héros n'a rien de charismatique, pas de morceau de bravoure ni de happy end, pas de psychologie au rabais ni d'acte héroïque. Bref, sur le papier, son film le moins « populaire ».

Nous sommes dans un pays imaginaire, dont le président, Marc Jarry, vient d'être assassiné. Un an plus tard, le procureur Volney se désolidarise de la commission d'enquête, réfutant ses conclusions. Il obtient de pouvoir reprendre l'enquête à zéro, persuadé que l'assassinat n'est pas la seule oeuvre d'un déséquilibré, mais qu'un complot a été orchestré.

Toutes ressemblances avec l'assassinat de JF Kennedy n'est évidemment pas une coïncidence. Verneuil et son scénariste Didier Decoin s'inspirent de la commission Warren et du procureur américain Garrison (voir le film d'Oliver Stone JFK). A partir d'images diffusées par la télévision au moment de l'attentat, Volney découvrira que des témoins ont filmé la scène. C'est à partir d'un de ces films amateurs, qu'il remontera à la source du complot. Henri Verneuil est un bon filmeur, un bon narrateur (à défaut d'être un metteur en scène inspiré) qui admire le cinéma américain et son efficacité. L'enquête de Volney, les pistes suivies, les découvertes, sont donc parfaitement orchestrées. Mais ce qui est étonnant dans ce film, c'est que Verneuil choisit un mode de narration quasi clinique, froid, sans romanesque, lui qui d'ordinaire est si friand de coup d'éclat tape à l'oeil (le Boeing du CLAN DES SICILIENS, Bébel aux Galeries Lafayettes dans PEUR SUR LA VILLE...). Le personnage de Volney est lui-même monolithique. Il est moins un personnage qu'une fonction. Il n'y a pas de place pour l'émotion. Volney n'est jamais fatigué, il ne doute pas, se fâche un peu, mais ne rit jamais ! Verneuil décrypte des rouages, met à jour des faits, les connecte entre eux. Yves Montand interprète ce procureur droit dans ses bottes, les cheveux blancs, lunettes cerclées, comme investi d'une mission divine. Le choix de Montand est intéressant, judicieux même, lui qui tenait le haut de l'affiche dans les pamphlets politiques de Costa-Gavras.

Pour appuyer encore un peu plus cet aspect de film à thèse, et sa démonstration, Verneuil filme une longue (et célèbre) scène, dans un Institut scientifique qui étudie le comportement. L'idée étant de montrer le degré de soumission d'un homme à l'autorité, avec des volontaires qui envoient des décharges électriques à des cobayes qui répondent mal aux questions posées. Chaque décharge est de plus en plus forte, jusqu'à 450 volt... (je n'en dirai pas plus, il faut la voir !). Et le scientifique d'expliquer que le procédé pour conduire un homme à en tuer un autre, et le même que pour en amener des milliers à en génocider des millions. Une scène hallucinante. Ce film vaut aussi par sa distribution, Montand, bien sûr, sec, autoritaire, froid, incorruptible, mais aussi toute une pléiade de seconds rôles (Pierre Vernier, Roger Planchon, Roland Blanche, Marcel Maréchal, Maurice Benichou, Jean François Garreaud, Jacques Sereys et... même Brigitte Lahaie !). Le choix des décors est aussi en adéquation, un labyrinthe de barres bétonnées, de buildings gris, sans verdure (Cergy Pontoise, près de Paris, en l'occurrence), des parkings, sans âme qui vive.

On est tout de même en droit de se poser une question, toute bête... Toute cette enquête, ces connexions, ces témoins si facilement trouvés (car les déductions de Volney sont toutes justes, les pistes suivies sont toutes les bonnes...) pourquoi seulement maintenant, et pas pendant la commission d'enquête, à laquelle Volney participait ? Parce que certaines pièces ont été cachées ou falsifiées ? Certes, mais cette explication est un peu courte... ce que Volney arrive à faire aujourd'hui, pourquoi ne l'avait-il pas fait un an plus tôt ?

I COMME ICARE (ce titre sera explicité dans l'ultime scène du film) est désormais un classique, un film qui n'a pas trop vieilli, qui regorge de clins d'oeil à l'affaire Kennedy, qui se regarde toujours avec plaisir. Une réalisation parfaitement maîtrisée.

NB : curieux que ce film, pourtant célèbre, ne soit disponible dans cette obscure édition, à un prix prohibitif.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (7) | Permalien | Remarque la plus récente : Dec 21, 2010 10:01 PM CET


Ordres secrets aux espions nazis
Ordres secrets aux espions nazis
DVD ~ James Best
Proposé par MEDIA PRO
Prix : EUR 6,90

6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 DIRECT, EFFICACE ET BANCAL : DONC DU PUR FULLER !, 10 novembre 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Ordres secrets aux espions nazis (DVD)
VERBOTEN est un film de guerre signé Samuel Fuller, écrit, dialogué, réalisé et produit en 1958, juste après son splendide western QUARANTE TUEURS, et avant un polar, THE CRINSOM KIMONO. Il tient aussi du film d'espionnage, d'où le titre français tarabiscoté ORDRES SECRETS AUX ESPIONS NAZIS.

Les commentaires précédents parlent bien du fond de ce film, j'insisterai donc davantage sur la forme. Fuller était un iconoclaste, et il nous fait encore ici une brillante démonstration de son style, passant d'un genre à l'autre, aux dépens parfois de l'ensemble qui peut tout de même paraître bancal.

L'action se situe en Allemagne, en 1945, après la chute du IIIème Reich. Le sergent David Brent, seul rescapé de son escouade, pris sous les tirs de sniper, doit la vie sauve à une jeune allemande, Helga, qui le cache chez elle. Une fois la ville nettoyée par l'armée américaine, Brent est démobilisé. Faisant fi de la loi anti-fraternisation (d'où le titre « verboten » signifiant « interdit ») il ne rentre pas au pays, mais rejoint Helga dont il est tombé amoureux.

Dès le générique, Samuel Fuller nous assène des images de destruction, de fusillades, alors que la bande-son diffuse une chanson de crooner, qui se termine par « that's why I love you »... Contraste saisissant, et procédé qui n'est pas sans rappeler le générique de DOCTEUR FOLAMOUR, chanson douce sur fond d'explosion nucléaire ! Et Fuller enchaine ensuite avec la cinquième symphonie de Beethoven (pom pom pom pom), rythmée par des tirs de fusils, alors que trois soldats US sont pris à partie par des tireurs isolés, dans une ville en ruine. Scène qui n'est pas sans rappeler (bis) la troisième partie de FULL METAL JACKET. Opposition de plan d'ensemble à la profondeur de champ vertigineuse, sécheresse du montage, ennemi invisible, Fuller signe là une entrée en matière remarquable. La suite est à l'avenant. Très gros plan sur un oeil qui s'ouvre. C'est le sergent Brent, alité, soigné par Helga, dans un immeuble en ruine. Immeuble qui sera investi par une unité de nazis. La tension dramatique monte encore d'un cran, belles scènes de suspens, avec cet officier nazi odieux, qui reprend Helga en lui disant : « on ne dit pas « grâce à Dieu » mais « grâce au Furher »... Et qui dira ensuite à la même Helga : « c'est bien de veiller sur votre mère malade, la mienne, je l'ai dénoncée à la gestapo »... Fuller filme d'un plan, un long dialogue entre Helga et Brent, sous le portrait d'Hitler, sur la différence entre allemands et nazis. Thème peu souvent traité, et que Fuller attaque de front, comme à son habitude. On touche là le coeur du film.

La première partie du film s'arrête lorsque la ville est libérée, la suite du récit étant davantage centrée sur la relation amoureuse entre Helga et Brent, et les motivations exactes d'Helga. L'Allemagne est détruite, ruinée, les populations affamées (belle scène de ravitaillement filmée par Fuller) et pour Helga, fréquenter un américain démobilisé chargé justement de gérer le ravitaillement des populations civiles, est une chance innespérée. D'autant qu'Helga croise un ancien ami, Bruno, qui dirige une cellule des « Loups Garous », groupuscules d'extrémistes nazis qui ne veulent s'avouer vaincus...

Fuller alterne les scènes de fiction avec un montage d'images d'archive, montrant les combats. Une manière sans doute de parer au plus vite aux faibles moyens financiers dont il dispose, mais ce qui lui permet aussi d'apporter une touche réaliste à son film, quasi documentaire par moment. Et c'est là que le bât blesse, car le film hésite entre deux styles, la démonstration, la thèse d'un côté, et le récit romanesque de l'autre, qui en pâtit. Par rapport à la première demi-heure, stupéfiante, la suite s'avère plus fade. D'autant que Fuller boucle son intrigue un peu rapidement, le jeune frère d'Helga recevant l'illumination suite à la diffusion du procès de Nuremberg. Le sentiment est bon, mais la ficelle dramatique un peu grosse. C'est un trait typique chez Fuller : appuyer les effets, passer du lyrisme échevelé à la violence pure (voir Naked kiss (Version Pocket)), du mélo dégoulinant à l'action stylisée. Du coup, il en oublie au passage le personnage d'Helga, dont il nous avait laissé penser que... (j'dirai rien!) sans qu'on en soit finalement certain. Le couple de comédiens (James Best et Susan Cummings) est remarquable.

Malgré ces quelques réserves, un film de Samuel Fuller reste toujours un grand moment de cinéma, par l'aspect formel, les idées de mise en scène, et les sujets traités sans détour. Rappelons que Fuller fut soldat, et participant à ces mêmes campagnes de dénazification.

DVD : bonne image, VOST, format respecté 1/1.37, sans bonus, 83 minutes.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (10) | Permalien | Remarque la plus récente : Nov 22, 2010 10:15 AM CET


Underworld USA
Underworld USA
par James Ellroy
Edition : Broché
Prix : EUR 24,95

16 internautes sur 19 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 L'ARRIERE CUISINE DES USA, VUE PAR L'EPOUSTOUFLANT ELLROY, 27 octobre 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Underworld USA (Broché)
James Ellroy est un auteur radical. Les différents commentaires à propos de son UNDERWORLD USA montrent à quel point on peut adorer ou détester ce type. J'ai cru comprendre que pas mal d'internautes n'avaient lu que celui-là : fatale erreur ! Aucune suffisance dans mes propos, mais pour comprendre et apprécier Ellroy, il est fortement conseillé de lire les romans dans l'ordre chronologique. D'abord pour en apprécier le style, qui évolue, prend tout son sens, et surtout pour appréhender les personnages, que l'on retrouve tout au long de son oeuvre. Le quatuor de Los Angeles est une somme, une oeuvre incontournable du roman noir américain. Quatre pavés d'une rare violence, d'une noirceur absolue, qui se suivent, et couvrent 20 ans de l'histoire « secrète » des USA. James Ellroy a ensuite enchainé avec trois autres romans, partant du même principe : AMERICAN TABLOID et AMERICAN DEATH TRIP, et celui-ci. Chaque roman commence là où le précédent finit, pratiquement à la minute près. Raconter son pays, en regardant par la serrure des toilettes... Un point de vue comme un autre... Et Ellroy déballe tout, les coups tordus, les complots, les coulisses des élections, la mainmise des parrains de la mafia, les trafics de dope ou d'armes orchestrés par la CIA, supervisés par le FBI avec la complicité du LAPD, le détournement des lois anti-trust pour faciliter l'implantation de casinos, d'hôtels, le blanchiment d'argent sale, l'instrumentalisation des syndicats...

Dans ce tome, on approche au plus près l'élection de Nixon, les tentatives de déstabilisation du régime cubain, via la république Dominicaine, et les tentatives pour discréditer les mouvements liés aux Black Panthers. Et une fois de plus, Ellroy mêle fiction et réalité. Nixon (le barbu), Hoover (la vieille tante), Hughes (le Drac) sont des figures réelles, mais aussi tous les parrains mafieux (Giancana...), et Sal Mineo, ou Don Crutchfield qui ont vraiment existé (et sans doute beaucoup d'autres que je ne connais pas). A cela Ellroy vient greffer ses personnages imaginaires, et plus vrais que natures, que l'on a vraiment plaisir à retrouver, toujours aussi complexes, riches, ambigus. Mention spéciale à Célia, Joan, impératrice rouge, insaisissable et mystérieuse.

UNDERWORLD USA ne s'arrête pas à l'évocation d'une période (1968-72), c'est aussi un éblouissant roman policier, qui commence par un hold-up sanglant, fil rouge de l'intrigue. Et des différentes enquêtes qui s'y rapportent. Car chez Ellroy, tout le monde cherche à comprendre. On lit des rapports, on fouille des dossiers, des fichiers, sans arrêts, des milliers de pages, photos, documents. Et puis il y a les filatures, les écoutes, micro planqués, téléphones piégés. Toujours gratter, vérifier, comparer, jusqu'à l'épuisement. Chacun prend mille précautions, s'épie, se protège, truande. Le lecteur est paumé ? Pas tout à fait. Il participe, tisse les liens, cherche aussi. Ellroy orchestre les rebondissements avec maestria, les connexions apparaissent, le puzzle se met en place. Ellroy n'hésite pas à sacrifier ses personnages que l'on pensait indéboulonnables, ou immortels. Le rouleau compresseur est en marche, le train file à toute vapeur, et il est conseillé de bien se tenir pour rester debout !

Outre ses intrigues tentaculaires, et ses personnages entiers, le style littéraire d'Ellroy participe au succès de ses romans. Ces dernières années, ce style se faisait plus télégraphique, réduit à quelques mots par phrases, onomatopées. AMERICAN DEATH TRIP montrait à mon sens les limites d'un tel exercice, si ramassé que le lecteur ne savait plus qui parlait, qui faisait, qui agissait. UNDERWORLD USA renoue avec une veine plus fluide, plus lisible. Mais cela va toujours aussi vite. Aucun temps mort, aucune description inutile, pied au plancher. Rarement un auteur aura su traduire en quelques mots la moiteur d'une chambre d'hôtel, la douleur de recevoir une bastos, l'euphorie procurée par une prise d'amphet, le désir des corps, la fatigue physique, la lassitude de ses personnages qui pataugent dans un univers nauséabond qu'ils ont eux-mêmes créé, parler des cauchemars, fantasmes, délires en tous genres (les trip Vaudous). Il sait orchestrer les coups de théâtre, maintenir la pression, pousser ses créatures jusque dans leurs derniers retranchements, les mettant face à leur contradictions. Comme à l'ordinaire, il mêle le récit principal, aux extraits de journaux intimes, aux extraits de documents classés confidentiels FBI, aux retranscriptions de conversations téléphoniques. Autant de points de vue qui se télescopent, et participent à cette ambiance de suspicion, de paranoïa, d'urgence.

Et le lecteur ne doit pas s'offusquer les injures qui fleurissent à chaque pages sur telle ou telle communauté. Négro, bamboulas, tantouze, coco... Tout le monde en prend pour son garde. Que cela reflète ou non les opinions de l'auteur importe peu. Il traduit à merveille une époque, les tensions et tiraillements d'une société en pleine (r)évolution. Quand les types du KKK lynchaient un Noir, ils ne lui demandaient pas la permission avant. Ellroy ne fait que restituer ce climat de violence, de haine, les affrontements idéologiques.

En résumé.
1) Si vous ne connaissez pas James Ellroy, lisez ses premiers romans, et surtout le quatuor de Los Angeles, dans l'ordre : LE DALHIA NOIR, LE GRAND NULLE PART, L.A. CONFIDENTIAL, WHITE JAZZ. Attention, lecture éprouvante.
2) Si vous connaissez déjà Ellroy, reprenez sa trilogie à partir d'AMERICAN TABLOID.
3) Les autres... inutile de vous convaincre de dévorer cet ultime (?) épisode.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (7) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 13, 2011 11:10 AM MEST


Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu
Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu
DVD ~ Antonio Banderas
Proposé par MEDIA PRO
Prix : EUR 5,90

12 internautes sur 17 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 VOUS ALLEZ VOIR UN BEL ET SOMBRE FILM, 26 octobre 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu (DVD)
Il raconte quoi ce 46ème film de Woody Allen ? Des couples qui ne s'aiment plus, qui se séparent, qui se trompent, qui tentent de refaire leurs vies, qui parient sur l'avenir, qui lorgnent sur le bonheur du voisin, brefs, des gens qui se posent plein de questions, et qui auront un choix à faire... Comme d'habitude, finalement. Woody Allen parle de ce qu'il connaît : l'âme humaine, et ses tourments. Parfois sous forme de comédie (le dernier WHATEVER WORKS était un retour au burlesque, qui m'avait enchanté), parfois sous forme de drame (le très noir REVE DE CASSANDRE ou MATCH POINT, pour ne citer que les plus récents), le plus souvent sous forme de comédie-dramatique, comme ici, où le rire n'est pas le but principal (non, le film n'est pas « hilarant » comme on peut le lire ici et là), mais où on ne peut s'empêcher de sourire, en regardant ces créatures se noyer dans leurs problèmes.

Les thèmes sont connus, les figures chères au metteur en scène aussi, comme ce personnage d'Alfie (Anthony Hopkins) qui reprend le genre de rôle que Woody Allen interprétait encore il y a quelques années. Agé, séparé de sa femme, qui se maque avec une jeunette. Du déjà-vu, mais là, ça surpasse tout ! Une bimbo siliconée, actrice (elle a joué « la femme d'un empereur venu d'une autre planète », dans une série SF !) deux neurones en état de marche, et surtout... un peu pute sur les bords ! Il l'honore après avoir pris son Viagra, l'oeil sur sa montre, en attendant les premiers effets ! Il y a l'écrivain raté, qui laisse sa vie en friche, et lorgne sa jeune et jolie voisine, et qui au lieu de construire une oeuvre, détruit sa vie. Il y a Hélena, séparée de Alfie, paumée (mais riche !) qui a le don de débarquer chez sa fille Sally en balançant des vannes à son gendre, et qui soigne son angoisse à coup de bourbon (plus elle boit plus elle croit à la réincarnation !) et de séances chez une voyante qui préfère le cash aux chèques... Woody Allen remet le couvert sur le thème de l'ésotérisme, la magie, l'occultisme, thèmes déjà abordés dans ALICE, OMBRES ET BROUILLARD, SCOOP... On pourrait reprocher à Woody Allen de ne pas développer avec autant d'intérêt tous ses personnages. Concernant l'histoire de Dia, Woody Allen en dit trop peu. Mais, d'un autre côté, qui y-a-il à dire de plus ? Elle est belle et fait tourner la tête de son voisin, voilà la seule fonction du personnage. Si ce n'est que Woody Allen nous présente son fiancé, sa famille, autant de personnages rapidement survolés.

Je trouve pourtant ce scénario est assez exemplaire. Woody Allen prend des personnages en route (ce n'est pas un film basée sur la psychologie), il les accompagne, et les laissent un peu plus loin. Entre ces deux points, les personnages ont du faire un choix. Et à chaque fois, la situation d'arrivée est pire. Tous (sauf une) se trompent. Et tous le savent. Et à chaque fois, cela se fait - ironie de l'auteur - au travers d'une scène drôle (le coma du copain de Brolin, l'aveu de la grossesse, la déclaration foirée de Watts à son patron). Le film peut s'arrêter, le principal est dit. Une fois encore, la mise en scène de Woody Allen est alerte, sans fioriture, précise, lisible. Et les dialogues sont particulièrement inspirés. Il y a des scènes superbes, notamment entre Naomi Watts et Banderas, des non dits, des espoirs déçus (à la bijouterie, dans la voiture, et à la toute fin). Les personnages de ce film sont dans l'ensemble assez pathétiques, Hopkins en premier lieu, duquel on rit, mais qui vit finalement des moments douloureux et tragiques (le fils décédé).

Ce dernier opus ne se hisse sans doute pas à la hauteur des grandes réussites de notre joueur de clarinette newyorkais préféré, mais admirons encore une fois le talent de cet auteur, son intelligence du récit, sa manière de définir un caractère en deux plans, sa capacité à viser juste, la finesse de son propos, l'acuité de son regard, la légèreté apparente dont il fait preuve pour décrire des situations dramatiques. Car le constat final est tout de même assez sombre. Le bonheur est à portée de main, encore faut-il regarder dans la bonne direction.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (8) | Permalien | Remarque la plus récente : Dec 1, 2011 10:38 AM CET


Exterieur, nuit
Exterieur, nuit
DVD ~ Christine Boisson
Proposé par Loki_Rises
Prix : EUR 14,95

11 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 LE TRES BEAU FILM DE L'ENIGMATIQUE JACQUES BRAL, 6 octobre 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Exterieur, nuit (DVD)
Quel beau titre ! Et si évocateur. Collant parfaitement au contenu du film, réalisé par Jacques Bral en 1980. En trente ans, Jacques Bral n'aura écrit, tourné, monté et produit que quatre films, dont POLAR d'après Jean Patrick Manchette. Sa société de production s'appelle Les Films Noirs. Tout un programme...

Si EXTERIEUR NUIT appartient à la veine de Film Noir à la française, c'est aussi et surtout un film d'errance (un genre en soi, sorte de road-movie en petit périmètre !). L'histoire est celle de Léo (Gérard Lanvin) un musicien de jazz, qui squatte chez son pote Bony (André Dussolier) et qui va rencontrer Cora (Christine Boisson) chauffeuse de taxi, la nuit (De Niro en R16 !). Léo et Cora deviennent amants, et trimbalent leur misère affective dans les rues de Paris. Ce film ne représente pas les années 80, mais plutôt les années post-68. Léo et Bony s'y sont rencontrés, et 10 ans plus tard, les idéaux vacillent. Sans boulot, prétentions artistes au point mort (Léo au sax, Bony tente d'écrire). Désabusés par la vie, ils traînent leurs basques de troquets en troquets, vaguement persuadés que le grand jour viendra. Cora, elle, circule de nuit au volant de son taxi, se forge un personnage dur, blouson de cuir, c'est une écorchée, une bouée à la dérive qui ne sait plus trop comment se rattacher à la vie. Ses relations avec Léo sont tumultueuses, entre coïts fiévreux sur une banquette arrière, disputes et incompréhensions.

Si le film fonctionne à merveille, c'est que Jacques Bral sait filmer les errances (images signées Pierre William Glenn, qui travailla avec Truffaut, Pialat, Corneau, Tavernier), sans pathos ni esthétique outrancière, les bars (aussi bien que Claude Sautet !). Et il nous évite les scènes inhérentes au genre, vous savez, les crises d'hystérie (nominables aux César...), les copains qui se fâchent... mais pour de faux, ou les courses échevelées dans la nuit suivies en travelling latéraux... Jacques Bral orchestre aussi de belles rencontres. Comme celle de Dussolier et de Jean Pierre Sentier, SDF, le long du canal St Martin. Sentier demande une clope à Dussolier. Avant il attendait qu'on lui en offre, mais comme on passe devant lui sans le voir, il préfère demander. Et puis le film tient aussi sur l'interprétation des acteurs. Dussolier est fidèle à lui-même, sobre, juste, excellent, le ton badin. Lanvin marchait alors sur les traces de Deweare ou Depardieu, en moins sanguin, le regard jamais droit, chien triste, perdu, baudruche qui se dégonfle au fur et à mesure. Et Christine Boisson... Permettez que je prenne un peu de temps, car Christine Boisson est une fabuleuse comédienne. Elle m'avait émoustillé dans EMMANUELLE (souvenez-vous, le petit short en jean, et la main dedans...). Femme très belle, forte, et intimidante. Et ce regard. Des yeux qui sourient, flirtent, séduisent, brillent, et la seconde suivante, inquiètent, effraient, et vous glacent le sang. Elle est impériale. Passionnante à observer. Il y a une longue scène entre elle et Dussolier, dans une salle de bain. Elle, dans la baignoire, lui, assis à côté, qui la drague outrageusement. Il faut avoir vu les mille sentiments passer sur son visage, pour comprendre en quoi consiste le travail d'acteur. Une scène cocasse, drôle, où elle rejette violemment Dussolier, parce qu'elle couche avec qui elle veut, et quand elle le veut. Elle sort de la baignoire, se retourne vers Dussolier, et lui lance : « maintenant j'ai envie ». Quelle scène ! Et quels dialogues !

Puis arrive le temps des projets, des rêves, l'Argentine, le soleil... Pour cela il faut du fric, et ça manque. Cora en trouvera, par la manière forte, elle semble plus que les deux garçons décidée à vraiment changer sa vie. Le dernier plan est de toute beauté. Plan fixe, de nuit, le long du canal. Un homme s'approche, venu du fond du champ. On entend une voix off. En fait, c'est Dussolier qui s'avance, il raconte ce que sont devenus les protagonistes de l'histoire, jusqu'à ce qu'il se retrouve en gros plan, nous regardant dans les yeux. Cut.

Un film plus désenchanté que véritablement noir, bercé de sax bluezy et d'accordéon argentin, servi par trois comédiens inspirés, et un metteur en scène sensible et précis.

Le film ressort actuellement dans une édition restaurée (image et son), ce qui n'est pas le cas de la version 2003.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (5) | Permalien | Remarque la plus récente : Oct 23, 2010 2:20 PM MEST


The Expendables : Unité spéciale
The Expendables : Unité spéciale
DVD ~ Sylvester Stallone
Prix : EUR 14,70

14 internautes sur 23 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 LE CHOC DES GENERATIONS : BRUTAL !, 29 septembre 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Expendables : Unité spéciale (DVD)
Je ne souhaitais pas spécialement écrire à propos de ce film, mais lorsque je lis les commentaires qui s'y rapportent, entre « nanar de l'année » et « jouissif réussite », je me suis senti obligé de la ramener...

Sur le papier, THE EXPENDABLES était une bonne idée. Sur l'écran, ce n'est qu'un film de série, conforme à ce que produit Hollywood tous les deux jours. Si la première partie est rondement menée, drôle, peuplée de numéro d'acteurs qui cabotinent (mention spéciale à Rourke, effectivement émouvant dans une scène), la suite est une accumulation de poncifs. Côté scénario, Stallone ne s'est pas foulé. Rebondissement zéro. La trahison de Lundgren aurait pu être bien mieux orchestrée que cela. Dommage, car les repérages sur l'Ile donnent de bonnes scènes, de suspens, et ce morceau de bravoure définitif, lorsque Statham flingue à tout va le ponton du port, à l'avant de l'hydravion (comme le Baron Rouge en 17 !) chaussé de ses lunettes de soleil hyper stylée !

Le boulot de ces acteurs de films d'action, c'est de se battre, dans des combats chorégraphiés, millimétrés, chacun dans un style différent. Or que voit-on ici ? Rien. Impossible de distinguer quoi que ce soit, de distinguer qui est qui, on ne perçoit que des silhouettes en noir, de nuit, filmées en gros plan de moins de trois secondes, quatorze angles de vue différents juste pour une mandale. Qui frappe qui, qui poursuit qui, qui lance quoi ? Mystère...

On pouvait s'attendre à un film plus personnel de la part de Stallone, allant dans le sens de son thème : les vieux et leur méthodes ont encore de beaux jours devant eux. Sauf qu'il a choisi une mise en scène ultra speedé à la Jason Bourne, festival pyrotechnique, cédant aux ficelles et artifices du clip, plutôt que de faire du bon vieux cinéma. L'humour est présent, mais peu. Stallone ne se moque pas de lui même, de son âge, jamais fatigué, jamais usé, il est de toutes les bastons. L'auto dérision à ses limites. L'utilisation de chansons rock 60's et 70's est une bonne idée (Creedence, Mountain, Thin Lizzy...)... mais rapidement remplacée par une orchestration classique de musique.

Un moment à retenir, très bref : l'ignoble et sanguinaire général devant une toile, un pinceau à la main. Stallone est amateur d'art contemporain, on le sait, ce clin d'oeil est habile. On peut jouer les bourins et avoir une sensibilité artistique... Mais c'est trop peu. Alors bien sûr, la rencontre Stallone, Willis, Schwarzzeneger est un bon moment, à tel point si on se demande si le film n'aurait pas été bâti autour de cette unique et courte scène. Pourquoi Arnold décline-t-il la mission qu'on lui propose ? Car il est trop occupé, il veut être président... Quand Sly et Arnold pourraient-ils manger ensemble ? Dans mille ans propose l'un, un peu trop tôt, répond l'autre... Les meilleures scènes sont comme celle-ci, des acteurs qui jouent ensemble, se taquinent, s'amusent, se jaugent, du genre c'est moi qui est la plus grosse... Les scènes d'action, paradoxalement, sont très secondaires, et ne sont là que pour répondre au cahier des charges des 150 producteurs exécutifs qui ont investi dans le projet.

Un film ni pire ni meilleur que ses clones abondants, ni pire ni meilleur que la suite qui sera evidemment tournée en cas de succès financier.
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Gideon's Day
Gideon's Day
DVD ~ Jack Hawkins

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 BIG BEN, LA TAMISE, SCOTLAND YARD... ET JOHN FORD !, 14 septembre 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Gideon's Day (DVD)
Voici un film policier ultra classique, une enquête de l'inspecteur Gideon de Scotland Yard, du labellisé 100% british, réalisé par... John Ford.

Plusieurs enquêtes se chevauchent, entre un détroussement de convoyeur, un flic corrompu retrouvé assassiné, un tueur sadique, un hold-up... Evidemment, les affaires seront en réalité reliées entre elles, mise à part celle du psychopathe (joué par Laurence Naismith, le juge Fulton d'AMICALEMENT VOTRE).

Le film est dominé par l'interprétation de Jack Hawkins, grande star du cinéma britannique, vu dans LA TERRE DES PHARAONS, BEN HUR, LE PONT DE LA RIVIERE KWAI, LORD JIM... Mâchoire carrée, pipe au bec, tout en gueule, il est parfait dans le rôle de l'inspecteur Gideon, hurlant au moindre prétexte, et notamment lorsqu'un coup de fil impromptu l'empêche de finir sa bière. Le personnage rappelle ces sergents irlandais irritables et gouailleurs, habitués des westerns du Maître. La mise en scène est au service du récit, on sent que Ford n'a pas spécialement forcé son talent. Mais dans un style peu abordé par le metteur en scène, on retrouve tout de même sa patte, notamment sur les scènes de comédie, qui ne sont pas sans rappeler le Hitchcock période anglaise. Je pense aux scènes entre Gideon et un jeune flic blanc-bec, Simon, qui lui aligne des contraventions faisant fi du grade de Gideon. Ce même Simon qui fréquentera la fille de Gideon, ce qui n'arrangera pas l'humeur du futur beau-papa ! On découvrira plus tard que Simon a collé des amendes à la moitié de Scotland Yard, et notamment le grand patron, pour avoir laissé son chien poser un étron sur un trottoir ! On retrouve aussi le conformisme de Ford, comme le regard porté sur la famille, maman en tablier devant la planche à repasser, ou aux fourneaux, pendant que les hommes descendent des pintes...

Au générique aussi la belle Diane Foster que Ford retrouvera l'année suivante dans LA DERNIERE FANFARE, et une excellente actrice, Grizelda Harvey, qui interprète la veuve du policier corrompu, dans deux scènes émotionnellement très fortes. Ford réussit quelques belles images, comme ces femmes réunies autour d'une table de cuisine, pleurant une jeune fille assassinée. Chagrin et recueillement, sans un mot de trop, juste un « merci » lancé à Gidéon, qui vient d'appréhender le coupable. Les scènes d'action n'ont pas l'efficacité d'une charge de cavaliers dans Monument Valley, certes, mais l'humour est omniprésent (lors du hold-up, les gangsters sont cernés par la police : « messieurs, vous m'en voyez désolé, mais je vais devoir vous demander d'avoir l'obligeance de sortir les mains levées, s'il vous plait... »), et l'ensemble se laisse voir avec plaisir.

INSPECTEUR DE SERVICE (en français) n'est pas une oeuvre majeure de John Ford, mais le réalisateur possède suffisamment de savoir-faire pour capter le spectateur, ne pas relâcher son récit, et finalement, nous faire passer un bon moment.
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50 ans de cinéma américain
50 ans de cinéma américain
par Jean-Pierre Coursodon
Edition : Poche

6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 PAR LE REALISATEUR DE "THE BAIT" ET "LET'S THE PARTY BEGINS", 13 septembre 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : 50 ans de cinéma américain (Poche)
Comme le souligne les autres commentaires, 50 ANS DE CINEMA AMERICAIN rédigé par Jean Pierre Coursodon et Bertrand Tavernier, fait figure de bible absolue. C'est d'abord une somme incroyable, avec 1200 pages, et une mine d'informations. D'abord sorti sous le titre 30 ANS DE... en 1970, une réédition complétée est parue en 1995. Au menu (copieux) : un rapide panorama du cinéma américain, ses évolutions, ses studios, ses genres, puis deux parties consacrées respectivement aux réalisateurs, et aux scénaristes. Pour chaque nom, une bio, et un commentaire de chaque film (ou presque) réalisés, parfois en deux lignes, parfois en trois pages. Le classement est alphabétique, et tient compte uniquement de la nationalité du metteur en scène. Pas d'européens exilés à Hollywood, ou ayant simplement travaillés là-bas quelques temps.

Les avis des auteurs sont éminemment subjectifs. Ce qui expliquent que certains films que l'on apprécie soit balayés d'un revers de main, expédiés en deux lignes, ou certaines sorties un peu violentes sur quelques monstres sacrés, tel Chaplin ou Kubrick. Tavernier a été attaché de presse avant d'être réalisateur, et il a travaillé avec Kubrick. Collaboration dont il ne garde pas un souvenir mémorable, ceci pouvant expliquer cela... cependant, les auteurs savent aussi reconnaître leurs erreurs, ou jugements hâtifs, en laissant le texte de 1970, et en publiant la nouvelle version de 1995, dans laquelle ils reviennent sur un film, rectifient, remettent en perspective.

Il faut cependant signaler une chose, qui m'a toujours insupportée, dont je ne saisi toujours pas l'intérêt... Tous les films dont il est question, dans les articles, sont en VO. On a beau aimer le cinéma, il est difficile de connaître par choeur les titres originaux des oeuvres. TAXI DRIVER, ça va... 2OO1 A SPACE ODYSSEY ou CITY LIGHTS, on peut deviner... mais dans 90% des cas, surtout chez les metteurs en scène moins célèbres, ou anciens, la lecture de l'article s'avère quasiment inutile si on ne sait pas de quel film on parle... Tout le monde ne sait pas que THE SEARCHERS est LA PRISONNIERE DU DESERT, ou que MY DARLING CLEMENTINE est LA POURSUITE INFERNALE, ou que SHE WEARS A YELLOW RIBBON est LA CHARGE HEROÏQUE ! Vous remarquerez le grand écart entre le titre original et la traduction française ! Et là, on parle de John Ford, qui n'est pas un obscur réalisateur de série B ! Pour avoir la traduction des titres, il faut se référer au lexique (une bonne centaine de pages !) situé à la fin de tome 2 ! Or la partie sur les réalisateurs commencent sur le tome 1. Lexique alphabétique, français/américain, et américain/français mélangés !

Alors, que Tavernier, grand cinéphile devant l'éternel, ait souhaité respecter scrupuleusement les oeuvres commentées, se la jouer dogmatique, en gardant le titre original, soit. Mais que cela se fasse aux dépens de la compréhension du texte, je ne vois pas l'intérêt. Que le titre français apparaisse dans la chronologie présentée à la fin de chaque article, ou même dans le texte lui-même, entre paranthèse, ou en bas de page... mais pas à la fin du second bouquin ! On aurait pu penser que la réédition de 1995 (que je possède) fût aussi l'occasion de remédier à ce problème. Mais non !

A part ce désagrément, qui est loin d'être un détail, cette anthologie est quasiment indispensable, dans laquelle on replonge régulièrement, glaner une info, ou confronter un avis. En attendant l'édition 2015, 70 ANS DE CINEMA AMERICAIN, avec les petits nouveaux, et des titles in french, please.
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Alphaville
Alphaville
DVD ~ Eddie Constantine
Prix : EUR 11,70

6 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 JEAN LUKE, QUE LA FORCE SOIT AVEC TOI..., 8 septembre 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Alphaville (DVD)
Ah la science fiction ! Les vaisseaux intergalactiques, les confins de l'univers, les sabres laser, les bestioles extraterrestres, les effets spéciaux... Dépaysement total, imaginaire des créateurs... 2OO1, ALIEN, STAR TREK, LA PLANETE DES SINGES, STAR WARS, RENCONTRE DU TROISIEME TYPE, AVATAR... Bien avant Luc Besson et le CINQUIEME ELEMENT, le cinéma français s'était illustré dans la SF. A ceci près que les confins nébuleux de l'espace sont ici des vues du périphérique parisien la nuit, que l'Etoile Noire ressemble étrangement à la Maison de la Radio, alors en construction, et que les astronefs ont des allures de Cadillac... Et que Luke Skywalker chargé de ramener la paix dans notre monde, débarque en trench-coat et borsalino, clope au bec, sous les traits de Lemmy Caution !

A ces quelques détails près, ALPHAVILLE est bel et bien un film de science fiction. La preuve : par rapport à sa date de tournage (1965), l'histoire se passe vingt plus tard. Et l'intrigue le confirme : les responsables politiques des « planètes extérieures » envoient un agent secret sur Alphaville, pour neutraliser les dérives fascistes de son chef, le professeur Von Braun. Il serait bon de préciser tout de suite, que le réalisateur est Jean Luc Godard...

Godard avait repris le mythe Bardot dans LE MEPRIS, il s'attaque maintenant à celui de Lemmy Caution, personnage crée par Eddie Constantine dans une série de films d'espionnage à base de whisky, cigarettes et petites pépées... Le titre exact du film est : ALPHAVILLE UNE ETRANGE AVENTURE DE LEMMY CAUTION. Dire que ce film peut désappointer est un euphémisme. C'est pourtant du grand Godard, subversif et poétique. Le rythme est effréné, sur le mode du Film Noir, dont on retrouve toutes les figures visuelles. Lemmy Caution donne du flingue et des baffes ! La première scène est admirable, lorsque Caution est conduit dans sa chambre d'hôtel par une hôtesse lui demandant mécaniquement s'il n'a besoin de rien, lui faisant couler un bain, se déshabillant pour se joindre à lui, avant qu'un type surgisse arme au point, descendu illico par notre super espion ! Puis l'enquête commence, par une visite chez un truand patibulaire entouré de ses sbires et d'une blonde au décolleté vertigineux. Le film est traversé par une série de blondes potiches en blouse, amorphes, et délicieusement érotiques. Contraste saisissant quand apparaît la fille de Von Braun, la brune Natacha.

Natacha est interprétée par Anna Karina, alors compagne de Godard. La passion et l'amour que lui porte le metteur en scène transpire à chaque plan. Car ALPHAVILLE est une superbe histoire d'amour, de solitude, les dernières scènes sont touchantes et sublimes. Mais avant de fuir vers un avenir plus radieux, Lemmy et Natacha devront échapper à Von Braun et son ordinateur Alpha 60, qui traque les habitants, et a banni l'utilisation du mot « pourquoi ». Ne plus essayer de comprendre, ne pas poser de question, se laisser porter par le mouvement, tel un mouton vers l'abattoir. Société vidée aussi de tous sentiments. Tout cela n'est pas sans évoquer METROPOLIS de Lang, et il est même curieux de voir des similitudes avec 2OO1 (et l'ordinateur Hal 9000, mais aussi l'utilisation de la musique, et l'impression de vertige face au vide sentimental) que Kubrick ne sortira que trois ans plus tard. Godard avant-gardiste de la SF !

Malgré un manque de moyen évident, et le strict respect du style Nouvelle Vague, les images de Godard sont fascinantes. Jeux de lumières, travellings dans des couloirs sans fin, montage en puzzle à base d'enseignes lumineuses, pictogrammes. Avec son chef op' Raoul Coutard, Godard parvient à créer un monde intrigant, suffoquant, inquiétant. Le discours philosophique est très présent, un peu lourd, complexe, requière une attention de tous les instants, d'autant que Alpha 60 déclame des sentences définitives parfois incompréhensibles, faute à une voix caverneuse tout à fait énervante. Dommage. Cela fait partie des choses qui ont vieilli dans ce film. Mais sur le plan du discours, et de la mise en forme, c'est éblouissant. Il y a une idée géniale par minute, jusque cette scène mythique où Caution ouvre des portes à tour de bras, ou ces hommes collés aux murs des couloirs, comme des larves lobotomisées.

ALPHAVILLE n'est certainement pas le film de Jean Luc Godard le plus aisé (si tant est qu'il y en ait !). Mais c'est un des plus fascinants, par le mélange des genres, son hommage au Film Noir, un film illuminée par la grâce et la beauté d'Anna Karina, et traversé par l'anachronique Eddy Constantine, engoncé dans son imper. Et notons la réjouissante apparition de Jean Pierre Léaud.
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