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Contenu rédigé par Luc B.
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Commentaires écrits par
Luc B.
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Crime d'amour
Crime d'amour
DVD ~ Kristin Scott Thomas
Proposé par plusdecinema
Prix : EUR 7,03

14 internautes sur 15 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 CORNEAU NE REUSSIT QU'A MOITIE SON DERNIER OPUS, 2 septembre 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Crime d'amour (DVD)
CRIME D'AMOUR nous plonge dans l'univers glacé des grandes entreprises. Christine (Kristin Scott-Thomas) est la vice-présidente de la filiale française d'une boite d'audit américaine. Mais elle doit beaucoup de son succès à sa collaboratrice Isabelle (Ludivine Sagnier) qui abat tout le boulot, et ne s'en plaint pas, trop heureuse de servir celle qu'elle vénère. Entre les deux femmes s'instaure des relations troubles, de séduction, de manipulation. Lorsque Isabelle fait signer à sa société un très gros contrat, et reçoit enfin les lauriers de son travail, au dépend de Christine, laissée sur la touche, l'heure des comptes et de la vengeance approche...

La première scène est admirable (beau comme du Chabrol !). Christine et Isabelle en train de travailler, atmosphère feutrée, alternance perverse de rapports purement professionnels et personnels, de petites réflexions, de gestes affectueux, de petits cadeaux, léger exhibitionnisme, mise en confiance. Le ton est donné : la valse des faux-derches commence. La suite s'avère aussi intéressante, avec le décryptage des relations dans l'entreprise, lèches-bottes et sourires crispés, condescendants. Les intrigues se nouent, la tension monte entre les personnages qui se dévoilent (sans trop de surprise) que le spectateur aurait aimé ressentir davantage, avec une réalisation plus inventive, moins axée sur les seuls dialogues. Tous les plans de Sagnier à son bureau sont invariablement cadrés de la même manière. Les couleurs restent froides, acier, bleutées, les axes bien frontaux. Le personnage change, mais la façon de le filmer, non.

On pense que Corneau passera la vitesse supérieure dans la seconde partie du récit. Mais le rythme, plutôt pépère reste de mise. D'autant qu'il n'y a pas de musique dans ce film, à part un morceau de saxophone (très beau, par Pharoah Sanders) de quelques minutes, entendu deux fois (mais judicieusement exploité). Et là le film s'empêtre dans des redondances, des faiblesses. L'enquête semble droit sortie d'un épisode de Navarro. Empreintes, ADN, alibi, contre-interrogatoire, la police et le juge ne vérifient rien, ou presque. Juge d'instruction qui instruit uniquement à charge, quand le premier préparateur en pharmacie venu aurait vu que le suspect n'est pas dans un état normal. Quand on base son film sur un crime minutieux, machiavélique, il faut bétonner son scénario. Le spectateur doit être à cran, plutôt que d'attendre mollement la scène suivante. Et je ne suis pas sûr que les fash-back en noir et blanc soient toujours appropriés. Il y avait une construction plus intéressante à trouver.

On pense à Fritz Lang et L'INVRAISEMBLABLE VERITE, autre polar à tiroir sur les indélicatesses de la justice (l'enveloppe !). Corneau est féru de Film Noir, un des personnages féminins finit le film avec une coiffure platine, à la Véronika Lake, en garce parfaite. Mais à la fin. Donc trop tard. Kristin Scott-Thomas est la classe incarnée, elle est parfaite, mais on pourra émettre des réserves sur le jeu de Ludivine Sagnier, pas toujours à son aise, un peu trop cloche dans les premières scènes, ce qui ne cadre pas avec la fonction qu'elle est censée occuper, brave fille mal fagotée (cette robe à pois !).

Du bon cinoche, académique, plus cérébral que viscéral. On aurait aimé qu'Alain Corneau, pour son dernier film, soit plus inspiré, plus vénéneux, sensuel, cynique, nerveux. L'ami Fritz nous aurait bouclé l'affaire en 80 minutes chrono !
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (5) | Permalien | Remarque la plus récente : Sep 6, 2010 10:17 PM MEST


Le Tonneau
Le Tonneau
par Freeman Wills Crofts
Edition : Broché
Prix : EUR 10,65

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 TRAINSPOTTING, 1 septembre 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Tonneau (Broché)
Sur les docks de Sainte Katherine (Londres) on s'affaire à décharger une péniche en provenance de Rouen. Une cargaison de vin. Un des tonneaux intrigue le responsable de la compagnie de transport. Il n'est pas du même modèle que les autres, son poids est différent. Et pour cause : il contient le cadavre d'une jeune femme en robe de soirée.

Dépêché sur les lieux en hélicoptère, Gil Grisom, l'expert de Las Vegas, sort une fiole de sa sacoche, verse trois gouttes bleues sur le tonneau, recueille les résidus avec un coton-tige, trempe le tout dans un flacon, la solution vire au rouge : hop ! Le coupable est désigné, le crime élucidé ! Bon, ça, ce serait vrai aujourd'hui, et à la télé. LE TONNEAU, lui, se passe en 1912, car son auteur, l'irlandais Freeman Wills Crofts, l'a écrit en 1918.

La préface de Claude Chabrol nous apprend que ce grand classique du polar, que Raymond Chandler lui-même qualifiait de chef d'oeuvre inégalé, avait été traduit dans toutes les langues, sauf en français. C'est chose faite. L'enquête peut donc commencer, l'inspecteur Burnley de Scotland Yard s'y attèle avec zèle et talent. Tout d'abord, identifier le destinataire du tonneau grâce au bordereau de réception... qui s'avère être un faux ! Identifier le fabricant du tonneau... qui disparaît mystérieusement des docks. 100 pages plus tard, tonneau, destinataire et cadavre sont enfin identifiés, reste à trouver le coupable. Une enquête en France est diligentée, la Sûreté Parisienne prend le relais...

Tout l'intérêt de ce livre tient dans son intrigue, d'une rare complexité, et dans son style. Le crime est ingénieux, et les inspecteurs devront s'arracher les cheveux pour y comprendre quoi que ce soit. Le lecteur aussi, par la même occasion ! Chaque témoignage, déplacement, alibi, doit être vérifié, à une époque ou seul quelques postes de police ont le téléphone. Confronter des témoins exige des déplacements de plusieurs jours. Chaque indice ou portrait robot doit être envoyer à Londres, en train et bateau, avant de recevoir une confirmation par télégramme une semaine plus tard. Le relevé des empreintes de pas, de roues de charrettes se fait à la main, sur une feuille ! Et pourtant, l'enquête avance, avec minutie, détails par détails, des suspects apparaissent, sont blanchis, des complots machiavéliques se trament. Lorsqu'un coupable est désigné, la défense engage un détective pour refaire l'enquête de la police, et tout recommence, avec un soin maniaque ! L'auteur du roman était ingénieur des Chemins de Fer, et une bonne part de la solution de l'énigme tient dans les horaires et allers-venues en train.

Le style est celui des années 20, gentiment désuet, direct, sans digression. Ni humour. Rien de flamboyant. Tout est au service de la mécanique criminelle. Les inspecteurs sont des besogneux, qui s'accordent volontiers un bock entre deux interrogatoires. On sonne poliment aux portes, les témoins accordent toute leur attention aux enquêteurs, trop heureux d'aider notre belle Justice. « Auriez-vous l'amabilité de me dire quel jour monsieur Bidule a dîné dans votre établissement ? Bien sûr, je vais demander au chef de salle, cela ne prendra que deux heures, il est en congé, mais je vais envoyer quelqu'un chez lui... Merci beaucoup de votre aide, nous patientons ». Un régal ! Comme l'intrigue est tortueuse, l'auteur réunit régulièrement les enquêteurs pour faire un point. Et le lecteur, toute les trente pages, bénéficie donc d'un résumé ! Qu'un témoin raconte sa version ? Hop, on reprend tout depuis le début ! L'avocat du suspect reprend le dossier ? On reprend tout encore ! Le détective privé est briefé ? Hop, énième version... Et malgré toutes ces précautions, le lecteur est de plus en plus paumé entre le tonneau n°1 , le n°2, le train de 18h47, la soirée du 12, le restaurant du 13, la seconde lettre du 14, le troisième télégramme du 15... chaque indice étant une preuve irréfutable de culpabilité, autant que d'innocence. Le lecteur reste comme fasciné par cette brillante construction, l'ingéniosité de la chose, mais peut se lasser des redondances, et de cette prose rigoureuse et froide. Vous dire, là, aujourd'hui, comment s'est effectivement déroulé le crime ? J'en serai incapable !

LE TONNEAU est une lecture distrayante (à défaut d'être passionnante), à réserver aux amateurs de romans à énigmes, quand on aime Gaston Leroux, Maurice Leblanc, ou Agatha Christie. J'ai nettement une préférence pour le roman Noir de Chandler et de ses héritiers, mais de temps à autre, un tonneau de crime presque parfait s'avère rafraîchissant !
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Sep 5, 2010 10:26 AM MEST


Les derniers jours du monde
Les derniers jours du monde
DVD ~ Karin Viard
Proposé par PREMIERE
Prix : EUR 39,99

15 internautes sur 15 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 VIVRE LIBRE, 30 août 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les derniers jours du monde (DVD)
Les frères Larrieu ont ce talent pour créer des images lourdes de sens, et qui hantent la rétine. Au début de ce film, nous sommes à Biarritz. La plage, les baigneurs, l'écume blanche des vagues sous un ciel plombé. Et déjà on ressent une inquiétude, un malaise. Les choses ne sont pas comme elles devraient être. Il y a ce plan de Mathieu Amalric et Catherine Frot, à une terrasse de café, et ces cendres grises qui commencent à tomber, dont on se débarrasse comme des pellicules sur une épaule de veston, mais qui commencent à devenir denses, gênantes, préoccupantes. C'est avant de savoir que le pays est au bord du chaos, avant de comprendre qu'un virus décime la population, que la guerre menace, que l'état d'urgence sera établi, que la fin du monde est proche...

Jean Marie Larrieu choisit un thème difficile, et un genre peu abordé dans le cinéma français : l'apocalypse, la fin du monde. Ici, on est très loin de la vision hollywoodienne d'un tel thème, avec ces films catastrophes bourrés d'effets spéciaux, de paranoïa, désignation de l'ennemi, retour des valeurs morales, ensemble, soudés sous un même drapeau. Nous ne sommes pas non plus dans le registre de Robert Merle avec MALEVIL, bien que le parallèle des situations soit très proche. Il ne s'agit pas de réfléchir sur comment réinventer une société après sa destruction. Mais plutôt : comment jouir de nos derniers instants. Dans LES DERNIERS JOURS DU MONDE, Robinson (Mathieu Amalric) poursuit une femme qu'il aime, souhaite vivre ses derniers instants de vie avec elle, en France, en Espagne, au Canada, au Japon... Insensible au chaos ambiant, il parcourt le monde, à pied, à vélo, en scooter, en voiture ou camping-car. Le réalisateur entretient la situation par quelques scènes de barrages militaires, des extraits d'infos, le déménagement du gouvernement à Toulouse. Le propos central n'est pas la catastrophe annoncée, mais les conséquences sur les personnages, et Robinson en particulier. Continuer à vivre. Et chez les frères Larrieu, on aime vivre, manger, boire (Robinson emmène deux bouteilles de vin dans son sac, mais pas de chemise !). Et on aime aimer. Il y a toujours chez ces cinéastes une exaltation de la sexualité. Ca fornique à qui mieux-mieux ! Partout, tout le temps, et avec tout le monde, indépendamment des orientations des uns ou des autres, et incluant les rapports incestueux.. Rêve d'une société où les tabous seraient effacés, retour à l'état de nature. La dernière action des protagonistes (Robinson et Laé) : être nus en plein Paris ! En un mot : être libre, faire ses choix, ne pas suivre le troupeau (images impressionnantes de la feria, qui contraste avec l'épopée solitaire de Robinson, le bien nommé, donc...).

Il y a une ambiance pesante, presque irréelle, qui plane sur ce film. Grâce aux images, grâce au rythme, grâce à la durée des plans, aux couleurs, aux déplacements de caméra (travelling arrière insensé dans un appartement, dont chaque pièce est peinte de différentes couleurs). Impression de vertige. Des personnages paumés dans les neiges du Canada, ou cette orgie dans un château du Lot, avec cocktail bleu, silhouettes fantomatiques, théâtralisation (apparition surréaliste de Sabine Azéma, comme sortie de Peau d'Ane de Jacques Demy !), qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de EYES WIDE SHUT. Comme Kubrick, les Larrieu ont le sens des images qui diffusent une émotion, des sentiments, sans que les personnages aient recours au dialogue, sans artifice psychologique. Une autre scène rappelle SHINING , dans un hôtel, où derrière chaque porte on trouve des cadavres, et notamment un homme accroupi au bout d'un lit, réplique exacte d'un plan de Kubrick. Il rappelle aussi parfois LA DOLCE VITA de Fellini, dans cette ambiance de malaise, et de mal-être.

Dans son périple, Robinson ne croisera exclusivement que des femmes (l'avenir de l'homme ?). Il partagera du temps avec Ombeline (géniale Catherine Frot) qui fut la maîtresse de son père, et deviendra la sienne. Personnage étrange, largué, dans tous les sens du terme, qui cherche à être vraiment aimée, au moins une fois. L'ex-femme de Robinson (Karin Viard) désirant elle aussi une dernière étreinte, ou la fille de son ami Téo (Sergi Lopez) qui mourra juste après une dernière nuit d'amour avec Robinson. Et tous ces êtres en recherche d'amour, se démènent dans un environnement violent : explosions, saccages, tirs... Panique à bord, mais Robinson semble planer au dessus de ça. Le film se conclut sur une chanson de Léo Ferré, très forte, et plusieurs instrumentaux de Ferré sont utilisés pour la BO.

LES DERNIERS JOURS DU MONDE est un film original, étrange et fascinant. C'est en tout cas du grand cinéma, loin des produits formatés, artistiquement ambitieux par rapport au tout-venant, qui puise sa force et sa beauté dans la mise en forme du récit.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (8) | Permalien | Remarque la plus récente : Sep 1, 2010 5:05 PM MEST


Tendre poulet / On a volé la cuisse de Jupiter
Tendre poulet / On a volé la cuisse de Jupiter
DVD ~ Annie Girardot
Proposé par Neobang
Prix : EUR 14,50

6 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 ODE A CATHERINE, 26 août 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Tendre poulet / On a volé la cuisse de Jupiter (DVD)
Mais pourquoi diable s'intéresser à ce film-là ? Parce qu'il permet à l'auteur de ces lignes de se répandre un peu sur sa prime adolescence, et se remémorer deux souvenirs liés à ce film. A savoir, pour commencer, la délicieuse Catherine Alric, sorte de Deneuve en plus mince (la ressemblance est frappante, non ?), comédienne qui ne rechignait jamais à se balader les fesses à l'air, avec un naturel déconcertant, pour le plus grand bonheur des jeunes spectateurs. Vraiment gironde, la môme ! Et puis qui ne jouait pas les garces inaccessibles, les blondes de marbre, les femmes du monde, mais au contraire la bonne copine à qui on pouvait faire tout et n'importe quoi, ronchonnait au début, mais prompte à remettre le couvert. Elle empruntait aussi son jeu sur les rôles tenus par une autre grande sauterelle pétillante à la descente de reins diabolique : Mireille Darc. Le deuxième souvenir (en revoyant ce film) c'est la source d'angoisse qui émanait de la petite fenêtre au premier étage de l'usine abandonnée, située en face de l'appartement de Catherine Alric. Je ne préciserai pas davantage, mais ceux qui connaissent le film, savent de quoi il retourne. Cette fenêtre mystérieuse fut à l'origine de nuit agitées, tout autant que les allers et venues de Catherine Alric sous sa douche.

TENDRE POULET c'est aussi la prestation de deux comédiens alors au sommet de leur art, Philippe Noiret (aussi à son aise chez DeBroca, Tavernier ou Ferreri, redisons ici l'immense talent de cet acteur) et Annie Girardot, elle aussi passant avec un même bonheur d'un pamphlet féministe, à une pantalonnade avec de Funès. Rôles taillés sur mesure, le gros nounours grincheux et anar pour l'un, et la femme-flic stressée pour l'autre. Classique. Efficace.

TENDRE POULET c'est encore un scénario à suspens pas si mal troussé, une jolie rencontre de deux vieux célibataires, des second rôles (George Wilson éblouissant, mais aussi Paulette Dubost, Simone Renant, Guy marchand, Hubert Deschamps...), et une petite satire du monde politique, avec ces députés qui s'envoient des maîtresses de 40 ans de moins, que Catherine Alric appelle tonton, ou papa, ou parrain ! Ces choses-là, qu'on se rassure, n'existent plus...

Mais ce film - et à vrai-dire, c'est là où je voulais en venir - est surtout l'occasion de redire combien le rythme est primordial dans une comédie. De Broca a été formé à l'Ecole Lumière, mais aussi, a été l'assistant de Chabrol ou Truffaut sur beaucoup de films de la Nouvelle Vague. La Nouvelle Vague qui lorgnait vers le cinéma américain, et le rythme intrépide de ses comédies (Mc Carey, Hawks, Capra, Lubitsch...). Chez De Broca, le tempo ne faiblit pas. Et il permet aussi de passer sur quelques faiblesses de scénario, ou de style. Pour exemple, cette scène où Girardot rencontre Noiret dans un square avant de devoir repartir pour son enquête. Arrivée en taxi, porte qui claquent, trois dialogues, on repart ! Ou encore, lorsqu'elle passe de la voiture de police au fourgon, pour confronter les déclarations d'Alric et de George Wilson, les deux suspects ayant été mis dans des véhicules séparés. Chez De Broca, une voiture ne peut pas se garer, tourner, freiner, sans des crissements de pneus ! Tout est pretexte aux ellipses. Une voiture démarre à Deauville, le plan suivant elle se gare à Paris. Point de ces plans de remplissage, où on voit une bagnole passer, suivie en panoramique, six plans d'affilé ! Pour entretenir la cadence, le débit de parole de Girardot y fait aussi beaucoup. Le metteur en scène veille à l'équilibre général de son film. et mêle au sein d'une même scène, les éléments comiques, sentimentaux, et rebondissements d'intrigues. Il n'y a pas de séparation de genre : la scène drôle/la scène tendre/ la scène à suspens... Qualité que l'on retrouve chez Jean Paul Rappeneau, et plus récemment chez Pierre Salvadori. Remarquez que la gestion du rythme peut être aussi inversée, comme chez Tati, ou l'américain Black Edwards, qui jouaient au contraire sur la lenteur et la répétition des actions.

TENDRE POULET n'est sans doute pas le meilleur film de son auteur, LES MARIES DE L'AN DEUX, CARTOUCHE, L'HOMME DE RIO, LE MAGNIFIQUE, LE DIABLE PAR LA QUEUE étant aussi de très belles réussites. Mais outre le plaisir de retrouver des poursuites en R5 ou R16 (un must dans le cinéma français, les Mustang étaient réservées à BULLITT !) il illustre les qualités requises pour réussir une comédie, recette dont il me semble qu'il serait bon de ressortir des tiroirs...

PS : Pour la cuisse de Jupiter, on reprend les mêmes (donc Catherine Alric cette fois sous le soleil de Grèce...) on gagne au passage le tonitruant Roger Carrel, mais on doit supporter Francis Perrin.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (16) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 30, 2010 4:05 PM MEST


SHORT CUTS [Édition Simple]
SHORT CUTS [Édition Simple]
DVD ~ Matthew Modine
Proposé par SPIDO DVD 100 % Neuf
Prix : EUR 19,99

4 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 UNE OEUVRE MAJEURE DU CINEMA AMERICAIN, 24 août 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : SHORT CUTS [Édition Simple] (DVD)
Et si SHORT CUTS était le film le plus emblématique de Robert Altman ? Il est en tout très célèbre, et c'est tant mieux. Il a redonné un second souffle à la carrière de ce metteur en scène américain, qui a débuté par des documentaires et des courts métrages et des séries TV dès 1950, et fini en beauté avec le prophétique THE LAST SHOW en 2006.

A la manière d'un Jean Renoir, Altman jetait un regard acerbe sur ses contemporains, dans des films chorale. Pour GOSTFORD PARK (2001) il s'inspirait directement de LA REGLE DU JEU. SHORT CUTS est le parfait exemple de la maîtrise d'Altman à mener un récit, de trois heures, mêlant une dizaine d'histoires entremêlées. Le générique annonce la couleur. Extraits d'infos TV parlant de la guerre en Irak, et images d'hélicoptères, au petit matin... Ces mêmes appareils utilisés pendant le guerre du Vietnam, et qu'Altman avait filmé dans MASH (1970). Curieusement éclairés de bleu et de rose, ces hélicos inquiètent, oiseaux de mauvaise augure, et placent de suite le spectateur dans une situation inconfortable. Nous sommes à Los Angeles, dans une Amérique mal dans sa peau, déboussolée, et l'espace de quelques jours, Altman va scruter à loupe les névroses de ses personnages. En chercher les failles.

Le film est traversé par l'idée de la mort. Les cadavres ne sont pas rares. Celui d'une jeune femme retrouvée par des pêcheurs, violée, tuée, flottant sur une rivières. Celui d'un enfant accidenté que les médecins n'arriveront pas à sauver. Celui d'une jeune fille suicidée au gaz, et d'une autre assassinée dans un parc, le crâne défoncé par un des personnages, dépassé par ses démons intérieurs. Et puis il y a les faux-cadavres, peinturlurés par un maquilleur de cinéma d'horreur. Maquillage, théâtre, représentation (thèmes chers encore une fois aussi à Renoir), que l'on décèle aussi dans le rôle de Anne Archer, clown de profession. A partir de ses bribes de vie, Altman va orchestrer un formidable manège, au montage nerveux, jonglant avec ses plans, pour montrer les angoisses, les faiblesses, les reniements, la lâcheté, la solitude, les névroses, le pathétique de ses créatures. On garde en mémoire des scènes et des images fortes. Le long monologue de Jack Lemmon, Tom Waits et Lily Tomlin en chemise hawaïenne, colliers de fleurs au cou, Julianne Moore retirant sa jupe pour la nettoyer (et ne portant pas de culotte) et jouant sa scène frontalement, Jennifer Jason Leigh hôtesse de téléphonie porno débitant des horreurs à ses clients tout en torchant ses mômes, Peter Gallagher découpant à la tronçonneuse l'appartement de son ex (mais la télé reste allumée ! Il y a un nombre impressionnant de téléviseurs dans ce film...), le regard malade et inquiétant de Chris Penn qui ne fait que s'amplifier et trahir un malaise profond, Tim Robbins, son cure-dents et ses ray-ban, ou encore l'échange d'enveloppes de photos, à l'ironie macabre... Et bien sûr, la prestation d'Annie Ross, en chanteuse de jazz alcoolo, dont les thèmes bluezy enveloppent merveilleusement le film. A noter la présence de trois chanteurs/comédiens au générique : Tom Waits, Lyle Lovett et Huey Lewis.

Car la force du film tient évidemment de la qualité du casting, des prestations d'acteurs, tous époustouflants. Et cela tient aussi à la mise en scène de Altman, qui laisse sa caméra tourner, laisse ses comédiens jouer. Altman est aussi un des rares metteurs en scène contemporains à utiliser le zoom. Procédé optique pas toujours du meilleur goût (on lui préfèrera généralement le travelling, donc une caméra montée sur rail), il sert à Altman pour se rapprocher de ses personnages sans être vu. Le spectateur a l'impression de percer les intimités. La caméra reste souvent à l'extérieure d'une maison, pour filmer ce qu'il y a dedans. Là encore, sentiment d'épier. Le zoom a aussi une raison purement pratique. Robert Altman laisse beaucoup de champ à ses comédiens (utilisation fréquente du format scope), dans des espaces réduits, et l'encombrement des sols avec des rails ou des dolly n'est pas des plus simples à gérer. Précisions pour finir que le film est librement inspiré de nouvelles de l'écrivain Raymond Carver, « librement » car Altman a apporté ses propres personnages et digressions. Il semblerait d'ailleurs que les ayant-droit de Carver n'aient pas apprécié cette ré appropriation de l'oeuvre originale.

Après avoir observer les failles psychologiques de ses personnages, le film se conclut sur une autre faille, terrestre celle-ci : une secousse sismique (pathétique Tim Robbins, mégaphone en main !). Une manière de détruire une bonne fois pour toute cette société dont Altman ne veut rien sauver, ou un simple avertissement et le moyen de rebâtir sur du neuf, du meilleur ? Car même s'il sont lâches ou névrosés, tous ses personnages nous sont attachants. Autre talent d'Altman de pouvoir en deux plans, poser un personnage, nous le faire aimer ou détester, les faire évoluer, et pas toujours vers là où on s'y attendrait. Toutes les classes sociales sont réunies, star télé, médecin, artiste, comédien, mère de famille, flic, ouvrier...

SHORT CUTS est un film qui voit grand, par sa durée, son casting, ses croisements d'intrigues, mais qui reste à hauteur des yeux, car du registre de l'intime. Aucune emphase, aucune faute goût, aucune longueur. Mais du talent, de la justesse, de la matière. Un film d'une grande richesse, prenant de la première à la dernière image.

Concernant l'aspect technique de ce DVD, l'image est correcte, VOST, aucun bonus. Le film, et c'est tout. Donc, l'essentiel !
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (10) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 29, 2010 5:56 PM MEST


Dans ses yeux
Dans ses yeux
DVD ~ Soledad Villamil
Proposé par [mediapromo]
Prix : EUR 5,92

46 internautes sur 46 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 MELO, BURLESQUE, POLAR, DRAME PSYCHOLOGIQUE ?, 21 août 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Dans ses yeux (DVD)
Une perle. Il y a des films, qui, on ne sait trop pourquoi, touchent en plein coeur. DANS SES YEUX en fait partie. Un bon film, c'est une alchimie entre une histoire, des comédiens, une mise en scène, mais souvent cela ne suffit pas. Il y a l'élément clé, appelons cela : le talent.

Dans ce thriller sentimental, le réalisateur Juan José Campanella réussit tout ce qu'il touche : une magnifique et poignante histoire d'amour contrariée, et une enquête policière, mais aussi la mise en forme de son récit, sur deux époques, qui se répondent et se complètent sans cesse, creusant un peu plus à chaque scène le profil de ses personnages. De nos jours, un enquêteur à la retraite, se met à l'écriture d'un roman. En fait, c'est une partie de sa vie qu'il réécrit. Pour cela, il se replonge dans le souvenir d'un meurtre sordide, à demi élucidé, et retrouve la femme qu'il a aimée 25 ans plus tôt, sans jamais oser le lui dire.

Dans une Argentine encore sous le joug de la dictature, Campanella dresse le portrait d'un enquêteur, Benjamin Esposito, qui ne veut pas renoncer à trouver son coupable, protégé par une hiérarchie cynique et corrompue. On y croise des personnages humains et sensibles, comme le mari de la victime, accablé de douleur, qui tous les jours se rend dans une gare, espérant croiser l'assassin de sa jeune épouse. Il y a aussi l'adjoint d'Esposito, Sandoval, un type seul, alcoolique, à qui Esposito sert d'alibi soirs après soirs lorsque Sandoval trop saoul, ne peut plus rentrer chez lui. Et puis il y a la chef d'Esposito, Irène, promise à un riche mariage, conformiste, coincée entre sa hiérarchie rigide, et son désir de satisfaire son enquêteur.

Campanella a beaucoup tourné de séries télé aux Etas Unis (Dr House, NY Unité spéciale, au rythme survolté) mais ici, il opte pour un rythme fluide, une réalisation assez académique, tout en nous offrant des morceaux de bravoure inoubliables. Les enquêteurs savent que leur suspect supporte une équipe de foot, et se rendra à un match. Pour traduire la difficulté à retrouver cet homme, Campanella commence par un plan de nuit, survol de la ville, et la caméra se rapproche d'un stade, s'attarde un instant sur les joueurs avant de bifurquer vers les tribunes, et se rapprocher encore jusqu'à ce qu'on identifie Esposito et Sandoval parmi la foule, la caméra semble se poser à leur côté, quand éclate une course poursuite hallucinante dans les tribunes puis dans les couloirs du stade. Le tout en un seul plan séquence. Admirable tour de force technique, mais au delà de cela, un grand moment de mise en scène. Campanella est aussi à l'aise dans les scènes intimistes. Il capte les détails, comme ce bouton de chemisier arraché, qui aura des répercutions inattendues. Le film oscille entre le lyrisme sentimental, la comédie, l'enquête policière, et l'horreur. L'horreur de la douleur, du deuil impossible, de la vengeance froide, des victimes qui se font bourreaux, l'horreur du sacrifice (celui de Sandoval, restera dans les annales, par sa force dramatique). Et la beauté aussi, la beauté d'une femme, les regards, les espoirs, l'amitié, les gestes (les portes de bureau qu'on ferme selon que l'entretien est privé ou professionnel, gimmick amusant qui prend tout son sens sur l'ultime plan du film). Les comédiens sont tous fabuleux, notamment Ricardo Darin, vu dans LES NEUF REINES.

Le réalisateur va au bout de ses idées, de ses intentions. Scènes violentes quand il le faut, ou franchement burlesques, ou lacrymales avec violons et kleenex en prime. Il ose. Et ça marche. DANS SES YEUX a obtenu l'Oscar du meilleur film étranger en 2009. Est-ce un polar romantique, ou un grand mélodrame Noir ? C'est en tout cas un très grand film, non exempt de petits défauts, mais dont le souffle, la profondeur et la beauté emportent tout sur leurs passages.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (18) | Permalien | Remarque la plus récente : Mar 14, 2013 7:20 AM CET


Intacto [Import anglais]
Intacto [Import anglais]
DVD ~ Max von Sydow
Prix : EUR 9,73

1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 MA LIGNE DE CHANCE, CHERI, QU'EST CE QUE T'EN PENSES ?, 18 août 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Intacto [Import anglais] (DVD)
Voilà un film étrange. Réalisé en 2001 par l'espagnol Juan Carlos Fresnadillo, et qui avait obtenu de belles récompenses à sa sortie. Laissez-moi vous raconter le début.

Samuel, directeur d'un casino, s'inquiète de voir un joueur amasser les gains. Il fait intervenir un collaborateur, Fédérico, pour faire passer la chance de ce joueur. Fédérico s'approche de la table, pose sa main sur celle du joueur, qui perdra sa mise suivante... Puis Fédérico explique à son patron qu'il souhaite le quitter. Samuel n'apprécie pas, mais obtempère qu'après l'avoir menacer de lui retirer son « don ». Samuel touche Fédérico. Ce dernier, démuni, privé de ce « don » quitte l'établissement. On le retrouve sept plus tard, agent d'assurance, et ruminant sa vengeance...

De quel « don » s'agit-il ? La chance. Le principe du film étant le suivant : la chance est un don, qui se reçoit, et qui augmente d'autant plus qu'on en prive les autres. La chance s'acquière aux dépens des malchanceux... Fédérico va essayer de retrouver un « chanceux », former un tamdem, parier sur lui, gagner bien sûr, lui faire gravir les échelons jusqu'à l'affrontement avec Samuel, son ancien mentor. Ce chanceux, il le trouve en la personne de Tomàs, seul rescapé d'un crash aérien.

Voilà au moins un scénario qui ne manque pas d'originalité. Il est aussi parfois ambigu. Et pas toujours très clair, mais cet aspect participe pleinement au climat d'étrangeté qui règne sur le film. Car la mise en scène, maîtrisée, sophistiquée, cérébrale, entretient le mystère, avec des plans longs, lents, des éclairages étranges, labyrinthe de couloirs lugubres. L'univers d'un David Lynch n'est pas éloigné. Peu de dialogue, des pièces de puzzle que le spectateur assemblera lui-même. Spectateur dont le cinéaste requiert toute l'attention. Le plus réussi dans le film, ce sont les duels, les paris, entre « chanceux ». Trois joueurs autour d'une table, les cheveux peints de mélasse, un insecte qui vole dans la pièce : sur quelle tête se posera-t-il ? Et le clou du film : une course dans les bois, les yeux bandés. Qui arrivera au bout sans se prendre un tronc, une branche en pleine figure ? Je ne dirai rien de la confrontation finale, prenante et tragique. Il y a des idées très belles dans ce film. Comme le toucher de la main qui retire la chance, où ces polaroïds de malchanceux que l'on garde sur soi, comme des trophées, et que l'on remet sur le tapis la partie suivante. Et puis s'immisce une autre idée, qui m'amenait à parler d'ambiguïté.

L'idée d'élite, de sur-homme, de sélection naturelle... D'autant que Samuel, est un juif survivant des camps de la mort. Il estime avoir été chanceux. Le récit qu'il fait de son expérience est saisissante (le réalisateur cite volontiers Primo Lévi comme source d'inspiration). Comment continuer à vivre quand tous les autres sont morts ? Ce titre de « chanceux » malgré lui, il le remet sur la table, régulièrement. Mais gagne toujours. Cette idée de chance issu des camps, de club de surhommes qui se permettent par jeu, par appât du gain, de retirer leur chance à d'autres, jugés comme des loosers que l'on peut sacrifier, renvoie à une idéologie malsaine. Ce qui gêne, c'est l'absence de jugement sur les personnages, l'auteur ne dit pas son point de vue. Pourtant, je ne pense pas qu'il faille l'accabler ou le soupçonner. Cela participe aussi à ce climat, à ce malaise diffus.

Juan Carlos Fresnadillo a choisi la forme du thriller, pour cette fable fantastique Le rythme n'est pas frénétique, mais l'intérêt constant. Tomàs étant recherché pour braquage, l'intrigue se double d'une enquête policière, qui se marie habilement avec l'ensemble. Il y a un petit côté 13 TZAMETI, ce film étrange de Gela Babluani. Je ne connaissais pas les acteurs espagnols, mais Samuel est joué par Max Von Sydow. INTACTO est donc un film original, réfléchi, et on pourrait facilement imaginer Hollywood en faire un remake musclé avec Di Caprio, ou Casey Affleck. C'est même curieux que cela n'ait pas déjà été fait !
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Caught
Caught
DVD ~ James Mason
Proposé par Meganet France
Prix : EUR 19,96

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 MAX OPHULS / JAMES MASON : PREMIERE RENCONTRE, 17 août 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Caught (DVD)
CAUGHT (« PRIS AU PIEGE » en VF) est l'avant dernière réalisation de Max Ophüls en exil aux Etats-Unis. Il réalisera la même année, 1949, A RECKLESS MOMENT, de nouveau avec James Mason.

L'histoire est celle de Leonora Eames, jeune fille qui dans sa petite chambre, feuillette des magazines de mode, et rêve d'être mannequin. Elle prend des cours dans une école de maintien, trouve un travail dans un grand magasin, où un homme la repère et l'invite à une somptueuse fête sur le yacht d'un milliardaire. Elle s'y rend à contre coeur, et croise un homme frustre, qui lui propose plutôt de l'accompagner chez lui. Cet homme est Smith Olhrig, le milliardaire en question, que Léonora épousera rapidement, ravie de sa nouvelle condition sociale. Elle déchantera tout aussi rapidement...

Disons le tout net, ce film n'est pas une réalisation majeure d'Ophüls, faute à un scénario et des ressorts dramatiques quelques peu manichéens. L'argent ne fait pas le bonheur, voire pire... Petites gens de coeur / riches pervertis. D'ailleurs, les amis d'Ophüls aux Etats-Unis se plaignaient souvent qu'on ne lui confît pas de projet à la mesure de son talent. Et pourtant, le film se suit avec un intérêt constant. Il rappelle des oeuvres comme REBECCA, ou NOTORIOUS de Hitchcock, avec ces personnages féminins prisonniers d'une demeure devenue source de cauchemars. Il rappelle aussi CITIZEN KANE, en mettant en scène un milliardaire qui se paye une femme, et contrôle tous ses faits et gestes, la couvre davantage de richesse que d'affection. Olhrig est joué par Robert Ryan, grand échalas dont la silhouette rugueuse rappelle celle d'Howard Hugues (Orson Welles s'attaquait, lui, à Hearst). Ophüls s'obstine à faire de Olhrig un être froid, désagréable, et tyrannique. Rappelons que le réalisateur avait été viré de la RKO, dont le propriétaire était Howard Hugues ! Mais les comparaisons s'arrêtent là, car Charles Foster Kane développait pour sa femme des projets de grandeur, dans l'opéra, pour atteindre une reconnaissance sociale. Smith Olhrig, lui, épouse par défi, par jeu, et contraint sa femme de rester à demeure. La scène dans la salle de projection est odieuse. Léonora est traitée comme une salariée. Olhrig déclare à ce propos : « dans mes entreprises, chacun reste à sa place, et personne ne se plaint, car je paie bien ».

Léonora se supporte plus cette vie, et avec l'accord de son mari, part s'installer seule, dans une petite ville, où elle trouve une place de secrétaire médicale. Elle travaille avec le docteur Quinada (James Mason), et retrouve les joies d'une vie simple. Ophüls se plait à opposer ces deux mondes. Petite chambre, petit bureau, gens simples, dancing de banlieue, face à la démesure des résidences de Smith Olhrig, magnifiées par le grand angle et la profondeur de champs. Opposition entre imperméable miteux et vison rutilant. Quinada et Olhrig ne tarderont pas à se rencontrer, le second voyant évidemment le danger se profiler. Léonora est intelligente, et choisira une petite vie modeste et libre, plutôt que les fastes d'un industriel dérangé. Olhrig aura recours à un chantage particulièrement odieux et sadique pour garder l'avantage...

Car Olhrig semble être malade. Il soigne une dépression, voit un psy, qui décèle en lui le besoin de diriger, contrôler son entourage. Il désapprouve la relation avec Léonora. Olhrig, par contraction perverse, s'empresse donc de l'épouser. Dans ses temps libres, Olhrig joue au flipper. Heureuse idée pour décrire la psyché de cet homme, qui se joue de son entourage, lance ses billes, les fait rebondir, jusqu'au tilt final !

Le ton du film pourrait tenir du Film Noir, du drame psychologique. Pourtant, Ophüls, ne fait pas preuve de la même flamboyance que dans ses réalisations françaises. Bridé par le budget, ses producteurs ? La caméra semble plus sage, point de fulgurance, à part quelques travellings latéraux qui traversent les murs (on ne se refait pas !) et de longs plans séquences, comme celui du début, dans la chambre de Léonora, avec sa colocataire, dotés d'une profondeur de champs admirable, qui accentue l'exiguïté (paradoxalement) des lieux. Mais les cadres sont toujours riches, striés, inquiétants. James Mason est évidemment superbe, je tiens cet homme-là comme un des plus grands comédiens qui soit, Robert Ryan fait aussi une très belle composition, méprisable à souhait. Par contre, on peut s'interroger sur le choix de Barbara Bel Gebbes dans le rôle de Léonora. Censée être mannequin, l'actrice n'a pas la grâce d'une Joan Fontaine (LETTRE A UNE INCONNUE). On la reverra dans FENETRE SUR COUR, et elle finira sa carrière en interprétant la maman de Jr Ewing dans la série DALLAS !

CAUGHT, sur l'échelle d'Ophüls, n'est donc pas une oeuvre de référence, mais reste un grand et beau film dramatique, rythmé, prenant. Léonora rappelle les grandes figures féminines d'Ophüls, femmes indépendantes, conduites par besoin d'être aimée, et qui savent aussi utiliser les hommes pour atteindre leur liberté. Pour finir, j'ai dégotté ces quelques vers écrits par James Mason, et dédiés à son metteur en scène (« crane » et « dolly » étant des grues de cinéma dont on se sert pour les travellings ascendants, "shot" est un plan de cinéma, et "tracks" étant du matériel) :

A shot that does not call for tracks
Is agony for poor old Max,
Who, separated from his dolly,
Is wrapped in deepest melancholy.
Once, when they took away his crane,
I thought he'd never smile again.

Cet homme-là avait décidément tous les talents.
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Double Tour [Import USA Zone 1]
Double Tour [Import USA Zone 1]
DVD ~ Madeleine Robinson
Proposé par RAREWAVES USA
Prix : EUR 28,63

8 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 TROISIEME OPUS DE CLAUDE CHABROL : TOUT Y EST DEJA., 16 août 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Double Tour [Import USA Zone 1] (DVD)
Par principe, un Chabrol ne se refuse pas. Un Chabrol des premières années encore moins. C'est le cas de A DOUBLE TOUR, troisième réalisation du cinéaste, tourné en 1959. Tout Chabrol se trouve déjà dans ce film : la province, les bourgeois, la famille, les perversions, le meurtre, le sexe, et ... Hitchcock.

Et comme d'habitude, l'intrigue en elle-même est très secondaire : les Marcoux, bourgeois richement installés, ne se supportent plus depuis des années, mais la bienséance interdit de trop le montrer. Lorsque que monsieur prend la nouvelle voisine comme maîtresse, le vernis commence à craquer. Et lorsque cette voisine amène avec elle Laszlo, électron libre, provocateur, qui séduit la fille de la famille, l'implosion est proche...

Il faut une bonne heure à Chabrol pour installer ses personnages, leur donner corps. Mais bien davantage que d'identifier un meurtrier, c'est bien l'étude de ses personnages qui passionne le metteur en scène. Sa caméra ne rate rien des petits gestes, des soupirs, des regards. Chabrol oppose bien sûr cette famille engoncée dans des principes moraux d'un autre âge, au comportement outrancier de Laszlo, qui dynamite à chaque réplique les codes de vie des Marcoux, et engage le père à vivre sa passion au grand jour. Laszlo est joué par Jean Paul Belmondo. Il est prodigieux. Quelques mois avant A BOUT DE SOUFFLE, il affiche un naturel et une insolence rarement atteinte. Face à lui, Madeleine Robinson (Mme Marcoux), tailleur cintré sombre, chapeau à voilette, qui tentera de se défaire du parasite Laszlo qui menace son univers et sa réputation. Elle est magnifique. Et vénérée par son fils, grand dadais un peu mou, désireux lui aussi de garder les apparences sauves, et visiblement déchiré par des penchants inavouables... Avec des profils pareils, Chabrol se délecte ! Le reste de la distribution est sans doute un ton en dessous, à l'exception de Bernadette Lafont, la domestique, délurée, sensuelle, libre, comme dans cette remarquable scène où elle aguiche le jardinier en petite tenue, du haut de sa fenêtre. L'ensemble est remarquablement mis en scène, et découpé. Le travelling arrière de Chabrol sur les reins de son actrice... oh bon sang !

La mise en scène est à la fois précise, presque sophistiquée dans la composition des cadres, des mouvements de caméra, et un peu brouillonne. Chabrol, désireux de rendre hommage à son maître Hitchcock, nous distille des plans remarquables de suggestions, découpe et utilise toutes les possibilités de ses décors. La photographie couleur est très belle, réglée par Henri Decaë, qui travailla aussi avec Melville, Malle, Truffaut, Clément... et Sydney Pollack. Mais parfois Chabrol se perd un peu. Elève trop appliqué, pas assez naturel, perdant le fil de son histoire. Autant l'annonce de la mort de la jeune voisine pendant un repas est fabuleuse, faite de travellings ascendants et descendants sur fond de carrelage noir et blanc, découpage minutieux (qu'il faudrait décrypter au ralenti) autant la superposition des points de vue de certaines scènes peut surprendre. Pourquoi donc ces retours en arrière qui n'en sont pas vraiment, sorte de kaléidoscope qui brouille la dimension temporelle, alors que le scénario n'avait nul besoin de cette figure de style ? On a parfois l'impression que Chabrol a mis dans un seul film, tout ce qu'il savait faire, tout ce qu'un bon metteur en scène se doit de faire. On lui pardonnera volontiers ces petites prétentions de jeunesse... Quant à l'intrigue criminelle, elle est comme à l'accoutumée légèrement bâclée, Belmondo en détective amateur dénichera tout de même le coupable.

Voici un Chabrol moins connu que LES COUSINS, LE BEAU SERGE, LES BONNES FEMMES, non exempt de petits défauts, ou de baisse de régime. Mais encore une fois, l'ingéniosité de la réalisation, le regard acéré de l'auteur sur ces créatures, et surtout, la prestation Belmondo/Robinson, ne peuvent laisser indifférent.

Je rédige ce commentaire sur une version zone 1, n'ayant pas d'autre choix !
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Un tueur sur la route
Un tueur sur la route
par James Ellroy
Edition : Poche
Prix : EUR 9,65

21 internautes sur 24 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 RADIOGRAPHIE D'UN MEURTRIER EN SERIE., 14 août 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Un tueur sur la route (Poche)
Ceux qui connaissent un peu le parcours de James Ellroy, n'ignorent pas les traumatismes qui ont marqués sa jeunesse. Parents divorcés, et surtout une mère sauvagement assassinée en 1958 à Los Angeles, sans que l'auteur du crime ne soit retrouvé. Le DAHLIA NOIR sera directement inspiré de ce drame, autant que du fait divers. Dans BROWN'S REQUIEM, c'est encore son expérience de caddie de golf qui lui servira pour l'intrigue de son roman.

Ellroy passe son enfance dans des familles d'accueil, boit, se drogue, cambriole à tout va, refourgue des cartes de crédit. Il ne bascule pas dans le crime, mais n'en est pas loin. Pas comme le héros de son livre, UN TUEUR SUR LA ROUTE. Les parallèles entre Ellroy et son personnage Martin Plunkett sont saisissants. Plunkett est un tueur, arrêté par la police pour quatre meurtres, et qui s'enferme dans un mutisme maladif. Il préfère écrire. Il se fait livrer en prison toute la documentation nécessaire, et entreprend de rédiger son parcours de criminel, de serial killer, auteur de plus d'une trentaine de meurtres...

Ecrit en 1986, avant le Quatuor de Los Angeles, UN TUEUR SUR LA ROUTE est un récit à la première personne. Une remarquable et terrifiante étude de ce qui se passe dans la tête d'un tueur en série. Toutes les thématiques d'Ellroy sont présentes : enfance corrompue, racisme, homophobie, culte de la beauté, perfection des corps, délectation de la mort, de la violence. Dans les années soixante, Plunkett commence par des petits larcins, s'obstine à maîtriser l'art de la cambriole, se créer un univers parallèle inspiré d'une BD de jeunesse « Super Saigneur », il s'organise, prévoit, calcule, se projette. Il appelle cela son « cinéma intérieur ». Cartographie de son univers physique et mental. Super saigneur lui dicte ses faits et gestes. Et puis tout bascule dans le sang, un soir. Scène hallucinante qui glace autant Plunkett que le lecteur. Désormais, il a trouvé sa voie : tuer. Encore, toujours plus, pour voler, fuir, devenir plus fort, plus beau, plus libre.

Ellroy dissèque l'esprit malade de son personnage avec une précision qui fait frémir. Le roman est émaillé de coupures de presse relatant la découverte de cadavres. Plunkett lit les journaux, et les noms de Ted Bundy, du Zodiac, de Charles Manson défilent sous ses yeux. Pitoyables individus à ses yeux, piètres « héros » qui se sont fait prendre, qui clament soit leur innocence, soit leur génie derrière les barreaux. La rencontre Plunkett/Manson dans le livre est un passage inoubliable. Plunkett, lui, n'a que faire des médias, de la célébrité. Il oeuvre pour lui-même. Puis Ellroy introduit un nouveau personnage, Anderson, un flic, qui arrête Plunkett pour l'interroger, et qui semble deviner qui se cache derrière ce globe-trotter. Instinct du flic, ou instinct jumeau du tueur ?

Je ne dirai évidemment rien de la seconde partie de l'intrigue. La folie monte d'un cran, le lecteur fait corps avec Plunkett. Un comble ! L'homme nous devient presque symphatique. Qu'on le laisse besogner en paix, tout de même ! L'épilogue est un paroxysme de rage. La fin, le lecteur la connaît. Puisque le récit est un long flashback. Enfin presque. Car il reste à comprendre les motivations, à connaître le pourquoi. Et savoir comment Plunkett se fait appréhender, lui qui maîtrisait si bien son élément.

UN TUEUR SUR LA ROUTE est un livre éprouvant, sans recul, froid, qui bénéficie du talent d'écriture de James Ellroy, qui sait si bien trouver les mots, les images, pour nous faire comprendre la face sombre de l'Homme. Un livre qui souffre aussi de quelques longueurs, de quelques facilités, inhérentes à son auteur. Mais un livre qu'on aura du mal à oublier.
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