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Contenu rédigé par Luc B.
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Luc B.
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Naked kiss (Version Pocket)
Naked kiss (Version Pocket)
DVD ~ Constance Towers
Proposé par aweiss75
Prix : EUR 19,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 SAMUEL FULLER, PROFESSION : FRANC-TIREUR, 7 juillet 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Naked kiss (Version Pocket) (DVD)
" Un film est un champ de bataille : amour, haine, violence, action, mort, en un mot émotion ».

Voilà ce que répond Samuel Fuller à Jean Paul Belmondo, dans PIERROT LE FOU de Godard. La haine, la violence, la mort, Fuller connaît bien, lui qui débuta comme reporter criminel, et s'engagea ensuite dans la « Big Red One » une division d'infanterie qui débarqua en Normandie en 1944, ratissa l'Europe, et libérera le camp de Falkanau. Les films de Samuel Fuller (qu'il écrit, dialogue, produit et dirige) sont tous emprunts de cette folie meurtrière, de dérèglements, de violence, filmée frontalement. A Hollywood, Fuller ne se contente pas d'apporter du réalisme à ses histoires, il dynamite les codes. QUARANTE TUEURS est un western atypique, BIG RED ONE est un film de guerre qui déroge aussi aux règles. THE NAKED KISS (1964) s'apparente au genre Film Noir, mais dont les contours sont mal définis. Ce n'est pas un hasard si Fuller s'est retrouvé chez Godard, autre maître dynamiteur de la grammaire cinématographique.

La scène d'ouverture laisse sous le choc. Dans une piaule striée d'ombres (le directeur photo Stanley Cortez travailla pour notamment Welles, Lang, et Charles Laugthon) une femme - Kelly - tabasse un type à coup d'escarpin. Fuller a accroché sa caméra aux acteurs. Succession de champs/contre-champs subjectifs. Elle frappe si fort, qu'elle arrache son chemisier, perd sa perruque brune, sous laquelle son crâne est chauve(*). Elle reprend dans le portefeuille du type l'argent qu'il lui devait, puis s'arrête devant un miroir. Gros plan. Elle se remaquille, remet sa perruque, se rhabille. La furie se transforme en une superbe femme fatale. Générique. Deux ans plus tard, dans une petite ville de province, cette même femme descend d'un bus. Elle est blonde, habillée d'une robe claire, souriante, affable. Elle marche dans la rue à la recherche d'une chambre, passe devant un cinéma au fronton duquel on peut lire « Schock Corridor » (précédent film de Fuller). Se prétendant VRP, elle se fait rapidement embaucher comme infirmière dans une clinique pour enfants estropiés, séduit les habitants, mais n'arrive pas à tromper Griff, un policier, sur son passé de prostituée...

La mise en scène de Fuller, ses créations visuelles, est l'atout majeur de ce film. Outre les cadrages très étudiés, Fuller et son chef op' jouent sur les teintes claires et obscures, les teintes de vêtements (pour tabasser la taulière Candy, Kelly est de nouveau en noir). Fuller n'hésite pas à donner dans le lyrisme échevelé, l'onirisme (le film sur Venise), les pauses sentimentales (la chorale des enfants), ou le final franchement mélodramatique (les femmes de la ville réunies devant la prison), autant de scènes qui pourraient friser le ridicule, mais qui indéniablement ont du style. Lorsque Kelly découvre les pulsions pédophiles d'un personnage, la scène est traitée en trois plans brefs, serrés, terribles. Mais c'est ce qui précède qui rend cette suite odieuse. Opposition de valeur de plan, long travelling suivant Kelly dans la rue, sous le soleil, les sourires, les saluts, puis Kelly dans la maison, en plan large, l'espace vide, silencieux, angoissant, et l'enregistrement des chants d'enfants. Avant même de voir, le spectateur a compris. Admirable. Fuller joue sur les non-dits. Comme ce dialogue, entre Griff et Kelly, qui se peigne les cheveux, en soupirant : « merveilleux, merveilleux... ». Griff, vautré sur un canapé, flatté, prend la remarque pour lui, et la remercie, l'oeil graveleux. Mais Kelly lui réplique : « je ne parlais pas de ta prestation, mais du plaisir de se brosser les cheveux, les miens viennent juste de repousser... ». Où l'on apprend, d'un coup, qu'ils viennent de coucher ensemble ! A plusieurs reprises, Fuller fait des ellipses de temps, dont on ne sait pas si elles sont volontaires, ou résultent de la perte d'un bout de pellicule !

L'actrice Constance Towers (vue dans LES CAVALIERS, SCHOCK CORRIDOR) interprète Kelly. Imaginez le port de Lauren Bacall, et le visage de Vanessa Redgrave. Elle est magnifique, d'une douceur infinie, mais ses éclats de violence rappellent un Lee Marvin ! Son personnage est résolument moderne, dans son rapport au homme, son indépendance, et pourtant, on apprend qu'elle paye une femme enceinte pour ne pas avorter. Elle n'explique pas ses motifs. Le spectateur ne fait que constater, et se dit que cela ne cadre pas avec le rôle. Samuel Fuller, souvent traité de facho (qu'il n'était pas) n'a jamais caché ses prises de positions politiques conservatrices. Les autres acteurs sont formidables, et encore une fois, jouent des personnages qui ne cadrent pas tout à faits aux codes du polar, à l'image du flic Griff, veule, vulgaire, antipathique, qui frise l'erreur judiciaire par bêtise et préjugés.

THE NAKED KISS dérange et fascine. Il fascine par son aspect visuel, son audace, par son histoire, par les thèmes abordés, et par sa liberté de ton. Cette dernière qualité peut être aussi un reproche. Le film intrigue, dérange, parce qu'il ne correspond pas à l'idée qu'on se fait d'un tel film, par ces changements de styles, de rythmes. Film inconfortable, comme la plupart de son auteur, et qui apparaît encore aujourd'hui d'une grande modernité.

* Comment Kelly perd-elle son chemisier et sa perruque dans la bagarre de la première scène ? Cela m'intriguais, car elle ne reçoit pas les coups, elle les donne. En visionnant au ralenti, dix fois, le plan, on aperçoit furtivement deux bras qui lui arrachent ses accessoires. On voit aussi un visage, qui me semble être celui de Fuller. Hallucinant ! En vitesse réelle, on ne se rend compte de (presque) rien. Exemple de l'invention de Fuller. Le réalisateur apparaît dans un plan, et le garde au montage. L'effet dramatique prime sur la bienséance, et le respect des règles.

1h30, N&B, 1:1/37
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 16, 2010 6:05 PM MEST


Jeux de pouvoir
Jeux de pouvoir
DVD ~ Russell Crowe
Proposé par plusdecinema
Prix : EUR 6,29

7 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 JEUX DE POUVOIR (in french), 29 juin 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Jeux de pouvoir (DVD)
On ne va pas y aller par quatre chemins... STATE OF PLAY est un excellent film, réalisé par Kevin McDonald en 2009. McDonald est le petit-fils de d'Emeric Pressburger, qui forma avec Michael Powell dans les années 40 et 50, le plus fameux duos de réalisateurs américains. Carrière atypique pour McDonald, qui réalise plusieurs documentaires (notamment sur Klaus Barbie) avant de se lancer avec succès dans la fiction, en tournant LE DERNIER ROI D'ECOSSE.

Les américains, toujours à l'affût de bonnes idées, reprennent ici la série britannique éponyme, créée par Paul Abbot, d'ailleurs producteur exécutif de ce film. Produite pour la BBC, STATE OF PLAY version télé faisait six heures. Le film américain n'en fait que deux. Il a donc fallu tailler à coups de serpes dans cet excellent scénario, un modèle du genre, et recentrer l'intrigue sur l'enquête journalistique, plutôt que sur l'étude des milieux politiques, et les relations houleuses entre politiques, communicants et journalistes. L'approche des relations privées entre McCaffrey/Collins/leurs ex, a été aussi considérablement réduite.

L'histoire n'est pas simple à résumer, et il serait stupide d'en dire de trop. On y voit le journaliste Cal McCaffrey (à noter que les noms de personnages sont les mêmes d'une version à l'autre) enquêter sur un double meurtre, à priori un règlement de compte entre dealers. Mais en fouinant davantage, McCaffrey découvre que ce sordide fait divers pourrait avoir un lien avec un dossier militaro-politique brûlant, dont s'occupe le député Stephan Collins. Or, Collins et McCaffrey se connaissent depuis 20 ans...

Et c'est parti pour deux heures haletantes d'enquête sur les connexions entre les sphères para-militaires et politiques, et son lots de complots, suspens et révélations. Le spectateur replonge dans cette veine des thrillers politiques des années 70 (LES TROIS JOURS DU CONDOR, LES HOMMES DU PRESIDENT), qui n'hésitaient pas à dénoncer la main mise de certains lobbies sur la vie politique. Russel Crowe (et sa tignasse improbable) est parfait un journaliste obstiné, adepte du papier-crayon. Il ne se la joue pas héroïque à la Bruce Willis, il est pro mais humain, avec son cortège de faiblesses et de doute, et ses rapports avec Collins (et sa femme) sont assez ambigus compte tenu de la déontologie de la presse. Tous les seconds rôles sont impeccables, la grande Helen Mirren en rédac'chef sévère et âpre au gain, Ben Affleck, la mâchoire carrée, en député droit dans ses bottes, Jeff Daniels, Robin Wright Penn, et la délicieuse Rachel McAdams en débutante scribouillarde effrontée. Le réalisateur nous évite d'ailleurs l'inhérente amourette entre elle et Crowe, trop occupé à gérer les fils tortueux de son intrigue. Sans avoir l'acuité d'un Sidney Lumet (ou sans en avoir le temps) il maîtrise parfaitement son film, sans temps mort, intelligemment, réussissant aussi bien les scènes d'actions que les discussions entre quatre murs, sans jamais que la tension ne retombe.

Du vrai, du bon, du grand cinoche à l'américaine.

(et procurez-vous rapidement la version anglaise, absolument remarquable)
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (11) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 7, 2010 9:13 AM MEST


Springsteen, Bruce & The E Street Band - London Calling : Live in Hyde Park
Springsteen, Bruce & The E Street Band - London Calling : Live in Hyde Park
DVD ~ Bruce Springsteen & The E Street Band
Prix : EUR 20,38

31 internautes sur 36 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 THE BOSS COME OUT TONIGHT, 24 juin 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Springsteen, Bruce & The E Street Band - London Calling : Live in Hyde Park (DVD)
Ca y est , les jeux sont faits. C'est le concert de Hyde Park, à Londres, du 28 juin 2009 qui a été choisi pour sortir en DVD, et témoigner de la dernière tournée en date de Bruce Springsteen. Ceux qui étaient à Milan, Barcelone, Chicago, ou aux Vieilles Charrues, espéraient avoir en DVD le concert auquel ils avaient assisté. Normal. Le syndrome du « j'y étais ! ». Et de se lancer dans des comparaisons : chez nous il avait joué celle-ci, et celle-là, la version de « Johnny 99 » était meilleure ici, la version de « Glory days » était plus longue... Ce ne sont pas tant les chansons « classiques » qui changent d'un concert à l'autre, mais les demandes du public, écrites sur des bouts de cartons récoltés par le Boss dans la foule, ce mini-programme sur mesure, incroyablement convivial. Et puis les rappels où Springsteen ressort des vieilleries rythm'n'blues à rallonge , comme « Twist and Shout » (mémorable version aux Vieilles Charrues) ou le «Detroy Meddley » ou « Kitty's back in town »... A Londres ce soir-là c'était cette bonne vieille Rosie qui était de sortie. Bon, version un peu courte tout de même, en comparaison des prestations d'il y a quelques années, où le pont était prétexte à des citations diverses et chevauchées épiques... Et oui, contrairement à ce qu'on voit écrit ici ou là, « Rosalita » est bien présente sur ce DVD.

Penchons-nous sur ce concert filmé du E Street Band, présenté par son chef de meute ainsi : « the hard-rocking, Viagra-taking, heart-stopping and history-making E Street Band »... Que nous apprend-t-il de neuf ? Il confirme que le bonhomme est toujours aussi enthousiaste et généreux sur scène, plus juvénile que jamais malgré ses 60 balais. Quoique... On l'entend se plaindre à l'issu de "Out in the street" que les escaliers montant à la scène sont trop longs, et conclut : "Gimme an elevator, I'm fucking 60!". Springsteen enchaîne toujours ses morceaux à la suite, nous laissant jamais reprendre notre souffle (et le sien !), les chansons tirées des diverses époques se marient bien entre elles, il ne rechigne jamais à réadapter ses classiques (énorme « Johnny 99 » en rock'n'roll pur jus, comme il l'avait fait de plusieurs titres de NEBRASKA, souvenons-nous du « Reason to believe » bluezy à souhait), Max Weinberg martèle toujours aussi bien le tempo, sans esbroufe et toujours attentif aux indications du patron, le E Street Band est toujours aussi compact, solide, cohérent, enjoué, dévoué à la cause Rock'n'Rollienne, et dont les membres sont pétris depuis le plus jeune âge de musique soul, blues ou country. Notons ce soir-là un Little Stevie tout en sourire. Et inversement, un Gary Tallent, fidèle à la charte des bassistes : maîtrise totale des émotions, comme ses illustres confrères Entwistle, Wyman ou Jones !

Les reprises sont légions dans ce concert, à commencer par l'entame « London Calling » (à Carhaix il n'a pas osé « Ils ont des chapeaux ronds, vive les... »), ou « Trapped » ou encore « Good Lovin'». Il fait plaisir de constater qu'avec le temps des morceaux plus récents deviennent des incontournables, comme « Radio Nowhere » ou « Waiting on a sunny day » (heureux bambin à qui Springsteen tend le micro, il s'en souviendra longtemps ce petit gâté !), qu'il est bon de réentendre « Seeds » ou « Racing in the street » au long et magnifique crescendo final. L'intérêt d'un Springsteen's show, c'est que les concerts ne se ressemblent pas d'un soir à l'autre. La machine n'est pas figée, comme chez ses confrères qui déroulent une set-list impeccablement répétée (Stones, U2...). On pourra tout de même remarquer que la voix de Springsteen semble se voiler au bout d'une heure, usure du temps, coup de pompe, quand à Carhaix elle était restée à plein volume pendant trois heures. Mais l'énergie, elle, est là dès la première mesure, et ne fait jamais défaut. On pourrait objecter aussi que « Born to run » ou « Badlands » sont un peu trop systématiquement présentes sur les derniers enregistrements... Par contre on a droit à un "No surrender" survolté et en duo avec Brian Fallon.

Côté image, rien de révolutionnaire, à l'image de la mise en scène : sobre. Une scène, des musiciens, point barre. (et que de monde à l'arrière, les veinards...). Côté son, du bon travail aussi, clair, les instruments sont tous bien présents, bon mixage, le groupe alignant jusqu'à quatre guitares parfois ! Peu de bonus hélas, deux titres dont « The River », il y avait la place de nous en remettre cinq ou six. Et rien d'autre que le seul concert. Un détail par contre, le (petit) livret annonce : le E Street Band, sans Patti Scialfa, et ensuite "musiciens additionnels" : Soozie Tyrell (d'ordinaire admise dans le cercle) et Charles Giordano, organiste qui remplace le regretté Danny Federici décédé en 2008.

La prestation est bien meilleure que le dernier DVD à Barcelone, sans doute même le meilleur témoignage live de Springsteen depuis des lustres. Tout y est, le prêcheur humaniste, les déhanchements à la Presley, les morceaux de bravoures, les pitreries, et cette musique ROCK exécutée par le meilleur backing band qui soit. Ce DVD convaincra les derniers indécis du talent d'auteur et de performer de Springsteen. Les années passent, pas sûr qu'on reverra le groupe jouer du rock pieds au plancher encore longtemps, alors profitez-en.

One, two... One, two, three, four !
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (37) | Permalien | Remarque la plus récente : Dec 1, 2010 12:49 PM CET


Les Noces rouges
Les Noces rouges
DVD ~ Stéphane Audran

7 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 UN PETIT CHABROL, CUVEE 73, 21 juin 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Noces rouges (DVD)
Même un p'tit Chabrol, ça ne se refuse pas. Claude Chabrol, 80 balais aux prunes cette année, a souvent déclaré qu'il n'avait réussi que cinq ou six films dans sa carrière. Modeste le monsieur, car, même s'il y a du bon et du moins bon en 50 ans de cinéma, ce boulimique nous a copieusement gâté, ne serait-ce qu'avec ses collaborations avec Isabelle Huppert, Jean Poiret, Jean Yann, ou dans ses pamphlets anti-bourgeois des années 70.

C'est à cette dernière veine qu'appartiennent LES NOCES ROUGES, sorti en 1973. L'action se situe en province. Paul est député-maire, mariée à Lucienne, qui entretient une liaison avec Pierre, un notable respecté, marié lui aussi, bientôt nommé adjoint au maire. Les deux amants, frustrés de ne pas pouvoir vivre leur amour au grand jour, fomentent un plan...

L'intrigue vous rappelle LE FACTEUR SONNE TOUJOURS DEUX FOIS ? Ce n'est sans doute pas un hasard, d'autant qu'une scène nous montrant Lucienne (Stéphane Audran) toute vêtue de noir, spectrale, nous rappelle furieusement Lana Turner, inversement habillée de blanc dans le film de Tay Garnett Le Facteur sonne toujours deux fois. Le propos de ce film est donc classique, et très simple. Voire simpliste. D'autant que Chabrol, comme très souvent, se contrefiche de son intrigue criminelle, bâclée, improbable dans la réalisation du crime et de l'enquête qui suit. Ce qui intéresse Chabrol, c'est le couple d'amants, admirablement joué par Stéphane Audran (quelle beauté ! quelle paire de jambes !) et le génialissime Michel Piccoli. Ils sont comme des gamins, sans gêne. Ils s'envoient en l'air dans un château, entre deux visites de touristes, laissant un lit défait, des mégots, du champagne, ce qui conduit le conseil municipal à renforcer la sécurité des lieux pour empêcher des hordes supposées de jeunes voyous de s'attaquer au patrimoine de la commune ! Irrésistible scène ! Bien entendu, Piccoli fait partie du conseil municipal... Le film est truculent, trivial, osé. Il faut des acteurs de la trempe de Piccoli/Audran, dotés de ce grain de folie, de ces yeux pétillants, vicieux, pour oser jouer l'outrance sans être ridicule. Ils s'opposent bien sûr à Claude Piéplu (Paul, le maire) tout en retenu, drapé dans sa dignité de façade bourgeoise, dindon de cette farce très relevée.

Chabrol réussit quelques beaux moments de mise en scène, comme ce plan séquence où les trois protagonistes se rencontrent sur les rives désertes d'un fleuve, ballet machiavélique avec entrée et sortie de champs millimétrées. Où cette scène où Piccoli lit une lettre de Stéphane Audran lui annonçant « demain à 11h je passerai sous tes fenêtres, et je sais que tu me regarderas derrière tes rideaux », et Piccoli se lève, gagne la fenêtre, la caméra le suit puis épouse son point de vue, cadre la rue, où on voit Stéphane Audran approchait en marchant : sublime. Car Chabrol fait fi du temps réel, pour faire coïncider la lecture du message et le passage d'Audran, presque simultanément. C'est bien simple : c'est beau comme du Truffaut ! On peut reprocher par contre une utilisation abusive des effets de zoom, très en vogue à l'époque, qui vieillissent le film, et surtout, donc, cet aspect bâclé du scénario, peu consistant, et quelques incohérences sur la fin.

Un film bancal, donc, sauvé par son trio de comédiens, et la verve satirique de son auteur.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (13) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 27, 2010 7:05 PM MEST


The rolling stones/stones in exile (The French Connection)
The rolling stones/stones in exile (The French Connection)
DVD ~ The Rolling Stones
Prix : EUR 20,00

29 internautes sur 31 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 MES (BELLES) PHOTOS DE VACANCES AVEC DE LA (TRES BONNE) MUSIQUE DESSUS, 18 juin 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : The rolling stones/stones in exile (The French Connection) (DVD)
L'histoire de l'enregistrement d'EXILE ON MAIN STREET était connue. Imaginé à Londres, enregistré dans le sud de la France, réalisé à Los Angeles, cet album sorti en 1972 fait aujourd'hui figure de classique. Harcelé par le fisc et les stups, les Stones s'expatrient sur la Côte d'Azur, à Villefranche sur Mer, dans la villa louée par Keith Richard. Ne trouvant de lieu adapté pour enregistrer, les Stones finissent par aménager la cave de la Villa Nellcote, et pendant près de six mois, y enregistrent des kilomètres de bandes.

L'annonce que des archives audio et visuelles avaient donné naissance à un documentaire (majoritairement des photos de Dominique Tarlé, magnifisues, le tout réalisé par Stephen Kijak) faisait saliver de joie les fans que nous sommes. Voilà donc EXILE ON MAIN STREET, le film. Et on allait en voir des choses ! Il y a des choses passionnantes dans ce film. L'aspect logistique de l'enregistrement regorge d'anecdotes. L'humidité des lieux qui fait sauter les plombs sans arrêts, les kilomètres de câbles qui serpentent jusqu'au camion régie, la maîtrise de l'acoustique (les sax dans un couloir, telle guitare dans une salle de bain...). On y voit le producteur commençait à s'inquiéter des retards, pendu au téléphone avec la maison de disque. On y entend aussi (parfois) les Stones parler entre eux, chercher, réfléchir, essayer, recommencer... Bref, travailler ! Le tout accompagné de témoignages d'époque, ou contemporains, sur leur escapade azuréenne.

Ce qui fascine en premier lieu, c'est ce sentiment d'être là en invité, de participer à la fête, de regarder ces « monstres » au travail, avec cette ribambelle d'invités, femmes, enfants, copains, journalistes, venus pour quelques jours, qui sont restés des mois, partageant séances d'enregistrement et banquets copieusement arrosés. C'est de découvrir des Stones sereins, un Keith Richard avec sa guitare greffée aux mains, torse nu, qui se ballade au soleil, Charlie Watts qui préfère son hôtel, loin de la pagaille ambiante, mais trop éloigné justement, avec ses allers-retours quotidiens.

Une fois heureux de voir ses images, on commence à se dire que le temps passe, et qu'on aimerait en arriver à l'essentiel : la musique. Le savoir-faire de ces anglais à reproduire si merveilleusement le son du vieux blues du Sud, les secrets de composition. (Il y a bien l'explication de l'origine de « Tumbling dice » du à une femme de chambre accro au jeu). Mais le film va trop vite pour cela. Et pointe un sentiment d'agacement devant ces images trop courtes, sans cesse coupées, sans suite, devant ces bribes de conversation juxtaposées. Il n'y a pas une chanson entière. Quand on entend un titre, il est tirée de l'album achevé, mais pas issu des séances de Nellcote. On n'entend pas de chanson se construire, évoluer, depuis l'ébauche d'un riff à la production finale. (Pourquoi des cuivres ici ? Un harmonica là-bas ? Pourquoi ce tempo ? Pourquoi ces accords ?) Comme si les fameux kilomètres de bandes, mythiques, n'étaient en fait que quelques centimètres filmés un peu chaque soir, sans logique, et sans possible continuité au montage. Et tout simplement aussi parce que ce film est avant tout un montage de photographies. Et les photos, ça ne bouge pas, et c'est muet ! Les photos, c'est très bien dans un livre, mais ça passe moins bien à la télé... Le documentaire ne se concentre pas sur l'enregistrement de EXILE, mais raconte six mois de la vie des Stones, pendant lesquels ils ont enregistré cet album. Nuance.

Six mois d'enregistrement de son, d'images, de photographies, finalement collées les uns aux autres, comme un film souvenir, un diaporama, que l'on regarde émerveillé parce qu'ils témoignent du Rock'n'Roll way of life dans toute sa splendeur. Parce que ces gars-là, on les adore, parce qu'il sont libres, beaux, sauvages, géniaux, et pour ce qu'ils ont fait, créé, pour la joie et l'excitation qu'ils nous ont apportée. Et particulièrement pour ce disque-là. Un film que l'on feuillette avidement comme un magazine people, avec stars en bikini se gavant sur un yacht de luxe, avec clichés volés de quelques mannequins sniffant une ligne entre deux rasades de Cognac. Mais un film qui ne témoigne pas, à mon sens, du réel travail de musiciens des Stones. C'est cet aspect-là aussi que j'attendais, et qui est peu montré, faute à un matériel (finalement défaillant?) ou mal exploité.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (7) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 25, 2010 12:44 PM MEST


La mission du commandant Lex
La mission du commandant Lex
DVD ~ Gary Cooper
Prix : EUR 10,00

5 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 LES INFILTRES, 16 juin 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : La mission du commandant Lex (DVD)
LA MISSION DU COMMANDANT LEX est un des nombreux westerns tournés par le cinquième ??? d'Hollywood, André de Toth. (grand concours : le cinquième quoi ? et qui sont les quatre autres ? réponse en fin de chronique...). De Toth a été marié à Véronika Lake, la plus platinée des blondes hollywoodiennes, et on lui doit toute une série de westerns avec Randolph Scott.

L'histoire se situe en pleine guerre de Sécession, qui a cessé c'est sûr, alors que l'armée Nordiste se voit voler ses chevaux par une bande de pillards, fort bien renseignée, qui les revend aux Sudistes... L'Etat major décide d'infiltrer le commandant Lex Kearney, pour découvrir la taupe...

Le scénario revient sur des faits plutôt originaux dans le western, et multiplie les rebondissements, et les moments de suspens. Le films tient donc à la fois du western et du film d'espionnage. Le rôle de Lex Kearney est tenu par un Gary Cooper monolithique. Il incarne le héros dans toute sa splendeur, honnête, dévoué à la cause. Le film entier est d'ailleurs un hommage vibrant au courage des Nordistes, à l'efficacité de l'armée américaine, et au fusil Springsfield (le titre original est « Springfield Rifle »). C'est ce qui fait sans doute les limites de ce film. La glorification de l'armée est un sujet en soi peu alléchant pour moi... John Ford donna dans ce genre-là (comme beaucoup de westerns) mais les mises en scènes de Ford s'attachaient davantage aux personnages, et aboutissaient à des films plus lyriques et truculents. André de Toth reste très terre à terre, et son savoir-faire s'illustre surtout dans de belles scènes d'action, comme la tentative d'abattre McCool (le chef des pillards) ou l'attaque finale, originale, dans de splendides décors qui mêlent dans le même plan le désert, les montagnes enneigées, et les plaines boisées, ainsi que l'ultime poursuite sur les rochers.

Gary Cooper campe un commandant Lex très à cheval sur ses principes et droit dans ses bottes (sic !) que rien ne détourne de sa mission. Contraint de se taire, il doit faire face au doute de sa femme, à la honte de son fils. Malheureusement, point d'ambiguïté chez cet homme-là (on serait en droit de préférer le Cooper de VERA CRUZ), dont les tiraillements psychologiques sont finalement peu exploités.

LA MISSION DU COMMANDANT LEX est un bon western de série, finalement assez original, divertissant sans être passionnant.

Réponse du concours : André de Toth était borgne, comme Ford, Walsh, Ray et Lang. Borgnes, certes, mais pas manchots les bougres !
(les dix premiers gagnent une évaluation de l'oeil gauche dans une boutique Afflelou, offre disponible jusqu'au 31/07/2011, par autorisation préfectorale, et visée par Lee J. Cobb)
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (11) | Permalien | Remarque la plus récente : May 2, 2011 1:32 AM MEST


Dick Tracy Vs. Cueball
Dick Tracy Vs. Cueball
DVD ~ Morgan Conway
Proposé par LMLR
Prix : EUR 3,99

5 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 CRIMES EN SERIE (B)., 15 juin 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Dick Tracy Vs. Cueball (DVD)
A partir des années trente, à Hollywood, appairassent des doubles séances de cinéma (« double feature ») avec un premier film à petit budget (dit « série B ») puis le second grand film à vedettes (« série A »). Les séries B étaient des produits bons marchés, tournées rapidement, et sur lesquelles les studios ne dépensaient pas d'argent en publicité. Elles étaient parfois vendues par pack aux exploitants de salles. Réalisées par des metteurs en scène de seconde catégorie, ou par des débutants, certains de ces sérials ont pourtant connu avec le temps de grands succès, et sont devenus des classiques, comme LA FELINE de Jacques Tourneur, ou DETOUR du Edgar Ulmer. Le western était généralement le type de films le plus représentés (John Wayne y fit ses débuts), comme les films d'horreur, ou les films de gangsters. D'une durée n'excédant pas 70 minutes, les séries B permettaient aussi de développer des épisodes autour d'un héros récurent, comme Dick Tracy.

Dick Tracy est un détective né de l'imagination de Chester Gould, en bande dessinée. A partir de 1945, plusieurs adaptations cinéma ont été tournées avec Ralph Byrd (pour la télé, puis le cinéma) ou Morgan Conway dans le rôle titre. (et repris par Warren Beatty en 1990). Si le premier épisode est assez mollasson (Tracy sur les traces d'un tueur en série psychopathe...), le second épisode DICK TRACY CONTRE CUEBALL est tout à fait réjouissant. Notre brillant détective enquête sur la mort d'un diamantaire, dont le précieux chargement a été dérobé. Le tueur, Cueball, se rend compte que les 10 000 dollars qu'on lui promettait pour faire le coup, ne sont rien par rapport à la valeur exacte de son butin. Il décide de doubler ses commanditaires, et de revendre par lui même les diamants...

L'intérêt (relatif) de ce type de production, réside essentiellement dans le rythme de l'intrigue. Le film dure 65 minutes, et les scènes s'enchaînent rapidement, sans se préoccuper de psychologie, ou de construire des personnages. Ici tout est de l'ordre de l'archétype ! Le héros est forcément affable et courageux (on est très loin des privés cyniques et désabusés à la Marlowe), sa femme est forcément une déesse du foyer, son adjoint est forcément gentil, dévoué et un peu bête, la hiérarchie policière est forcément dépassée par les évènements, et bien sûr, le méchant est forcément une immonde crapule. A noter que, mis à part le méchant, tous les personnages semblent vivre sous le même toit, partagent leurs repas, fêtent l'anniversaire du gamin, ambiance american way of life, troublée par des coups de téléphone du QG de la police, et cette réplique afférente de Tracy : « Très bien... j'arrive tout de suite ! Vite, mon chapeau ! » ... Recherche d'indices, poursuites, bagarres, coup de flingues, tout est dûment mentionné dans le cahier des charges, il ne reste plus qu'à tourner ! Parfois, cela donne un bon résultat, comme ici, avec des trognes bien senties, comme cette harpie alcoolo qui tient un bar louche, des personnages patibulaires et exubérants, et les ambiances nocturnes sont plutôt réussies, et quelques bonnes idées comme le modus-operandi de Cueball qui étrangle ses victimes avec le bourdalou tressé de son chapeau...

Réalisée par Gordon Douglas (à qui on doit DETECTIVE avec Sinatra en 1967, mais qui s'est illustré essentiellement dans la série B, réalisant onze films dans la seule année 1937 !) cette aventure de Dick Tracy ne possède évidemment pas la noirceur et la complexité qu'un Tourneur, Dassin ou Lang aurait pu lui conférer. Quant à l'interprète, Morgan Conway, il possède autant de charisme qu'un étal de courgettes sur le marché de Saint Pierre des Corps. Bref, un aimable divertissement, forcément caricatural, mais bien troussé.


Le Démon de la chair
Le Démon de la chair
DVD ~ Hedy Lamarr
Proposé par [mediapromo]
Prix : EUR 29,99

3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 PETITE PESTE DEVIENDRA GRANDE..., 14 juin 2010
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Edgar G. Ulmer débarque à Hollywood en 1926, pour travailler avec Murnau. Il restera aux Etats Unis, et y écrira et réalisera pléthore de films, dits de série B. En 1945, il signe le prototype même du petit Film Noir fauché Détour ce qui lui vaut la reconnaissance éternelle de tous les cinéphiles du monde ! Ulmer est aussi décorateur, et directeur photo. Caractéristiques qui imprègnent ses mises en scène, extrêmement travaillées et inventives, compte tenu des petits budgets impartis. Il semblerait que Ulmer ait été « black listé » pour de sombres histoires de moeurs, le brave Edgar ayant piqué la femme d'un puissant producteur, qui ne lui pardonnera pas...

L'année qui suit la sortie de DETOUR, Ulmer signe cet autre fleuron du Film Noir : LE DEMON DANS LA CHAIR, avec Hedy Lamarr et Georges Sanders (dont il faut absolument lire les mémoires, MEMOIRES D'UNE FRIPOUILLE, cyniques et truculentes...).

Jenny, jeune peste qui tyrannise ces camarades, affublée d'un père alcoolique et violent, se fait la promesse de devenir riche, puissante, et belle. Elle a douze ans, et regarde son reflet dans une rivière. Derrière elle, son père écluse une bouteille de whisky, et la dernière goutte absorbée, jette la bouteille à l'eau. Le reflet de sa fille est troublée, et lorsque la surface de l'eau redevient lisse, c'est le reflet de Jenny adulte qui apparaît. Elle est devenue belle, très belle. Admirable ellipse de temps. Jenny cherche maintenant un homme fortuné à épouser, et jettera son machiavélique dévolu sur Isaiah Poster, veuf, propriétaire de commerces, qui la connaît depuis sa naissance. Le but étant d'épouser Isaiah pour mieux séduire son fils, Ephraïm, étudiant en architecture de retour d'Europe...

Le Film Noir regorge de garces, mais cette Jenny est un modèle du genre. La manière dont elle trouve refuge, en pleur, un soir, chez Poster, pour finalement lui passer la bague au doigt le lendemain, est un sommet ! Rien ne doit freiner Jenny dans sa quête de pouvoir. Elle écoute, épie, observe, et chaque conversation entendue, est immédiatement passée à la moulinette de son cerveau pervers pour en tirer profit. Lorsqu'elle rencontre le contremaître de son mari John Evered (George Sanders), et comprend que ce dernier est amoureux de Meg (une amie d'enfance) on sait immédiatement qu'elle n'aura de cesse de briser cet amour, et prendre possession de John. Elle manipule, avance ses pions, lâche des petites phrases anodines qui ont des résonances terrifiantes.

La mise en scène de Ulmer est d'une précision diabolique. Il filme les regards, les réactions en chaîne, comme une boule de billard judicieusement frappée qui rébondit mollement sur les bandes, mais finit par envoyer les autres au fond des poches. Précise, et sombre, beaucoup de scènes nocturnes, des pièces peu éclairées, des personnages dans l'ombre. Il faut voir Jenny descendre un escalier, un chandelier à la main, et éteindre deux bougies sur trois, avec les doigts, sans ciller, pour mieux s'enrober de pénombre, puis se glisser près de Ephraïm, et lui déclarer, lasse : « combien de temps encore ton père restera-t-il entre nous ? »... Jenny est interprétée par Hedy Lamarr, actrice moyenne, mais d'une beauté renversante. Elle possède un air de Vivian Leigh, et son personnage n'est pas sans rappeler Scarlett O'Hara, surtout lorsqu'elle fait fasse aux hordes d'ouvriers saouls et déchaînés qui envahissent la ville, et que son mari est cloué au lit suite à un malaise. Le mari est joué par Gene Lockhart, qui nous rappelle un peu Thomas Mitchell, acteur qui joue le père de Scarlett dans GONE WITH THE WIND. On regrettera tout de fois l'interprétation mollassonne de Louis Hayward (Ephraïm) et cette erreur de casting : Georges Sanders était un acteur prodigieux, habitué aux rôles de crapules notoires (REBECCA, MAN HUNT, DORIAN GRAY, MADAME MUIR, IVANHOE, CORRESPONDANT 17...) mais franchement, en honnête contremaître-bûcheron à rouflaquettes, désolé, ça ne passe pas !

Avec comme toile de fond l'industrialisation du commerce, et les conséquences économiques sur les populations, quelques piques bien senties contre l'hypocrisie bourgeoise, les carcans religieux, ce film vaut essentiellement le détour pour sa mécanique vénéneuse, son héroïne jusqu'au-boutiste. A noter, comme le rappelle l'autre (excellente) chronique, que LE DEMON DANS LA CHAIR s'apparente au genre Film Noir, tout en se déroulant au XIXè siècle. Mélange des genres tout à fait réussi.

N & B, 1/1:33, 100 mn.
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Le Rouge et le Noir
Le Rouge et le Noir
par Stendhal
Edition : Poche
Prix : EUR 4,60

12 internautes sur 18 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 ON VEUT DU CONCRET !, 12 juin 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Rouge et le Noir (Poche)
Témoin d'une tendance récente sur Amazon, concernant les chroniques, de désirer davantage de descriptif produit, j'ai souhaité me plier à la demande quasi générale. Vox Amazoni, vox Déi.

J'ai acquis ce livre, dont j'ai apprécié les caractéristiques, et je souhaite faire partager mon enthousiasme aux alentours. Commençons par la couverture, superbe, cartonnée (350 gr, pelliculée, mate, donc pas de traces de doigts gras), en couleurs, avec une photo (enfin, une peinture, de qui, on ne sait pas) et le nom de l'auteur (il n'a pas de prénom... un oubli sans doute, l'édition qui sortira à Noël y remédiera). Passons à l'essentiel, le contenu...

Quelle merveille ! D'abord, il faut dire que le livre s'ouvre facilement. Il bénéficie d'une compression qui permet l'impression jusqu'à 1750 caractères par page, sans qu'il y ait de gêne pour la lecture, chaque lettre se distingue de sa voisine, n'empiète pas sur la suivante, l'encre noire est profonde, précise, la ponctuation lisible. Pas de souci pour distinguer les virgules ou les points d'interrogation. Vraiment, une très belle réalisation. La marge autour du texte est calculée pour permettre de tenir le livre, feuilleter les pages, sans cacher le texte avec ses doigts. Les éditeurs ont vraiment fait un beau travail. Les caractères (times, corps 10) permettent une lecture immédiate des mots, et même de phrases entières, sans que l'ont ait à revenir en arrière. Bien que cette option soit disponible, ainsi que de sauter une page, plusieurs, voire des chapitres entiers. Une pagination a été prévue, et je constate que les nombres se suivent dans le bon ordre, très pratique pour s'y retrouver, et le chapitrage respecte l'ordre chronologique de l'intrigue, ce qui permet aux lecteurs non munis de marque-page, de faire des pauses dans la lecture du récit. L'option « cornage de page » est aussi disponible, car le papier est un 70 gr, et se plie facilement.

Pour une fois, les bonus n'ont pas été oubliés. Des chronologies, vie de l'auteur, commentaires de spécialistes... Peu de détail par contre sur la manière dont l'auteur a réalisé son livre (références de l'encre, type d'impression, écriture sur Mac ou PC...), et surtout, ce livre n'est disponible qu'en version française. On aurait apprécié avoir le choix entre plusieurs langues, et surtout des sous titres, voire la version braille pour les malvoyants. Franchement, en presque 600 pages, on ne me fera pas croire que ces compléments étaient difficiles à placer ! Encore les effets du marketing, le même livre ressortira prochainement en deux tomes, ou en coffret, et cette fois complété de ce qui manque ici.

La lecture terminée, le livre se range aisément, il tient presque debout tout seul. Je dis presque, car, pour avoir essayé, je peux vous dire qu'il lui arrive de tomber. Mieux vaut le ranger entre deux autres volumes, si toutefois le lecteur possède d'autres livres chez-lui. Heureusement, c'est mon cas, un ami m'en a passé quelqu'un uns pour faire joli dans mon salon.

Voilà. Je suis vraiment enthousiasmé par cet achat, que je ne regrette pas, malgré les petits défauts mentionnés.
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La Mystère de la chambre close
La Mystère de la chambre close
DVD ~ William Powell
Proposé par cd_detector
Prix : EUR 9,97

3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 MICHAEL CURTIZ AU SERVICE D'UN "WHO DONE IT" CLASSIQUE ET REUSSI, 1 juin 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Mystère de la chambre close (DVD)
Ce MYSTERE DE LA CHAMBRE CLOSE, aussi appelé MEURTRE AU CHENIL, et THE KENNEL MURDER CASE en anglais, et le cinquième film réalisé par Michael Curtiz dans la seule année 1933 ! C'est dire si à l'usine à rêves d'Hollywood, on ne se dorait pas la pilule sur les plages de Malibu !

Un petit mot sur ce metteur en scène d'origine hongroise (1886-1962), à qui on doit quelques unes des plus belles réussites hollywoodiennes : CAPTAIN BLOOD, ROBIN DES BOIS, L'AIGLE DES MERS, et son chef d'oeuvre : CASABLANCA... On lui doit aussi PASSAGE TO MARSEILLE avec Bogart, et KING CREOLE avec Elvis Presley ! Il clôt sa carrière en 1961 avec LES COMANCHEROS. Curtiz n'émigre pas à Hollywood dans les années trente, fuyant le nazisme, mais dix ans plus tôt, fuyant les persécutions juives dans son pays d'origine. Son style cinématographique est très classique, la mise en scène est là pour servir l'action, et non pour des démonstrations esthétiques. Visuellement, les films de Curtiz sont sans doute moins forts que ceux qu'un Ford, d'un Lang, ou d'un Preminger. Mais en bon artisan, il maîtrise tous les genres : polar, western, cape et épée, romance, fantastique...

Cette petite série B est tout à fait réjouissante, et repose sur le concept du « who done it ? ». Le titre rappelle évidemment le roman de Gaston Leroux LE MYSTERE DE LA CHAMBRE JAUNE, ainsi qu'Edgar Allan Poe. Archer Coe, riche collectionneur, et participant à un concours de chiens (d'où le "chenil" du titre, et précisons que la première victime du film est un cleps...) est retrouvé suicidé dans sa chambre, verrouillée de l'intérieur. Philo Vance, détective, ayant parlé à Coe la veille, ne croit pas à la thèse du suicide, et l'autopsie confirmera qu'il s'agit bien d'un meurtre. Reste à trouver comment, qui, et pourquoi ?

L'action se déroule pratiquement en huit clos, avec recherches d'indices, découvertes de cadavres, suspects toujours plus nombreux, cogitations entre le flegmatique Vance, l'inspecteur de police ronchon et à la ramasse, et l'attorney qui ne pige pas trop non plus les tenants et aboutissants de l'affaire. Michael Curtiz parvient à rendre cette tortueuse intrigue parfaitement lisible à l'écran, à insuffler le bon rythme, distiller les coups de théâtre quand il faut, et lorsque tout semble perdu... faire éclater l'odieuse vérité !

Certainement pas une oeuvre maîtresse de Curtiz, mais un divertissement rondement mené, avec la star des années trente William Powell (qui interprètera quatre fois de Philo Vance, gros succès) , Mary Astor (« LE FAUCON MALTAIS ») et le tonitruant Eugene PALLETTE, un habitué de chez Franck Capra, et Frère Tuck au côté d'Errol Flyn.

1933
1h15
N&B
1/1.33
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