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Contenu rédigé par Jean for Joel
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Commentaires écrits par
Jean for Joel "J.V Omri" (Suisse)
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Dans l'ombre du soleil grec
Dans l'ombre du soleil grec
par Lawrence Durrell
Edition : Broché
Prix : EUR 28,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 "... un Grec d'adoption", 30 août 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Dans l'ombre du soleil grec (Broché)
ce très bel ouvrage aux textes passionnants nous relate tout le parcours de Lawrence Durrell depuis sa naissance aux Indes-Britanniques en 1912 et ses dix premières années passées dans le soleil du sous-continent, de ses années d'exil en Angleterre dès ses 11ans où à partir de ses 18ans il vivra d'expédient à Londres pendant cinq années avant de débarquer enfin en Grèce, à Corfou, il y restera jusqu'en 1940, puis il passera toute la guerre en Egypte "Ainsi Durrell va transformer par l'écriture un espace dans lequel il a été terriblement malheureux en une ville fascinante, enchanteresse et démoniaque, une ville solaire, étourdissante de vie, et une ville d'ombre, torturée et secrète, terriblement datée mais totalement universelle, complexe et intrigante comme Justine, la figure de l'énigme de l'amour, ambigüe, inscrite dans un entre-deux anonyme fluctuant comme le terrain duquel a pu jaillir la ville, terre alluviale, portée par l'eau douce du Nil à la rencontre des eaux marines de la Méditerranée, terre mouvante entre deux eaux, hybride." p127 retournera en Grèce, passera en Argentine "Vous nous enviez ? L'Argentine est un vaste pays plat et mélancolique, d'aspect assez frappant, où l'air est vicié, les sierras imprécises, et où les hommes d'affaires boivent du coca-cola. On y mange du boeuf sans arrêt, et l'on s'y ennuie à hurler.(...) mais je donnerais une vie entière en Argentine pour une semaine en Grèce, fasciste ou non."p155, vivra trois ans à Belgrade, reviendra encore en Grèce pour environ quatre ans avant de se fixer à Sommières en Provence pour les trente dernières années de sa vie, jusqu'en 1990 "Durrell a vraiment retrouvé la Grèce à en Provence : le voilà à nouveau entouré d'oliviers et de pierraille, dans l'aridité d'une terre qui lui est familière, dans la simplicité d'un quotidien dans lequel il est bien." p239. Chaque chapitre de sa vie commence avec une peinture de Durrell -enfin d'Oscar Epfs son pseudonyme choisi- et se termine souvent par un de ses poèmes ; le texte se nourrit de ses récits de voyage et de sa correspondance -entre autre avec Henry Miller (un échange de quarante-cinq ans)- Et ce volume s'achève sur seize reproductions de ses peintures si colorées entre réalisme et surréalisme. Pour tous les amoureux de ce conteur si rare.

"Echo

Rien n'est perdu ma douce,
Rien n'est jamais perdu,
Les non-dits
ne s'envolent pas, tu peux encore les entendre.
Les couleurs de la musique
Et le silence demeurent
Oh ! Oh ! L'écho est partout, oiseau insaisissable." p112 petit poème anniversaire qu'il avait écrit pour une amie après deux ans hors de Grèce.


La Route sanglante du jardinier Blott
La Route sanglante du jardinier Blott
par Tom Sharpe
Edition : Poche
Prix : EUR 8,40

4.0 étoiles sur 5 une guerre totale !!!, 28 août 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Route sanglante du jardinier Blott (Poche)
une guerre où tous les coups sont permis entre une lady Maud obèse et Sir Giles son mari profondément masochiste -lui l'a épousé pour son château Elle pour son argent et pour qu'il lui donne un héritier- autour d'une autoroute qui "devrait" traverser leur propriété... le mari fait comme si il était contre mais par derrière fait absolument tout pour qu'il reçoive les indemnités qui vont avec l'expropriation de leurs terres Elle lutte véritablement pour sauver le domaine de ses ancêtres avec une hargne sans pareille, une hystérie effrayante, une mauvaise fois incroyable Et elle trouvera en son jardinier Blott -un allemand passant pour italien devenu prisonnier de guerre et très attaché à la famille de sa lady- un allier de premier ordre des plus efficace... je me suis bien amusé mais un peu moins que dans La grande poursuite bien que l'auteur manie toujours avec autant de talent cette humour caustique et pince-sans-rire typiquement britannique, l'histoire m'a peut-être moins touché et les rebondissements finalement un peu redondants ont finis par me lasser car je n'étais plus dans la découverte comme dans La grande poursuite mais cela reste bon.


La Mauvaise étoile
La Mauvaise étoile
par Georges Simenon
Edition : Poche
Prix : EUR 3,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 "N'ai-je pas prévenu que je parlerais des ratés et d'eux seuls, des pires de tous,(...)" p79, 25 août 2012
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Mauvaise étoile (Poche)
ce qui m'a fasciné dans ce petit recueil de souvenirs sur les ratés de l'aventure écrit en 1936 c'est surtout l'involontaire témoignage historique sur l'évidente supériorité de la race blanche et avec l'écriture laconique du grand Simenon qui a toujours appelé un chat un chat -on est forcément à mille lieux du politiquement correcte qui émascule notre société actuelle- cela donne ceci :

"Un célibataire a besoin d'une domestique. Dans le pays, toutes les domestiques sont des Indiennes. Elles sont horribles. (...) Voilà pourquoi la petit Indienne camuse et malpropre, un soir passe de sa chambre dans la chambre de son maître... Et ce qui serait un jeu ailleurs est ici le commencement de la dégringolade."

"Et quels nègres ! Les plus laids, les plus bêtes du monde avec ceux de la Nouvelle-Guinée qu'on ne connaît pas très bien. Des types au regard fuyant, avec qui il n'est pas possible de s'entendre."

"Vous ne comprenez peut-être pas. Que ce soit dans des régions peuplées de nègres, d'Indiens ou de Canaques, je ne connais rien de plus écoeurant que de voir un Blanc, un homme de chez nous, réduit à un état plus misérable que le plus misérables des indigènes."

"Quelle volonté ne faut-il pas à un Anglais pour avouer ainsi qu'il entretenait des relations avec une négresse plus semblable à une guenon qu'à une femme !"

il défend une thèse à travers sa panoplie de ratés des Tropiques c'est que pour un aventurier qui parvient à trouver richesse et gloire, mille autres sombrent définitivement dans un enfer total -par les maladies, l'alcoolisme, la compromission avec les sous-races etc- bref un petit récit inattendu et tout à fait rafraîchissant. Sur le sujet je ne peux que vous conseiller deux de ses romans Touriste de bananes et Le Coup de lune sur son expérience du colonialisme en Afrique Et là il est férocement cinglant avec tous les petits blancs qui se pensent supérieurs aux indigènes.


Botchan
Botchan
par Natsumé Sôseki
Edition : Poche

4.0 étoiles sur 5 "Dans cette retraite rustique, la corruption morale me guettait" p198, 25 août 2012
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Botchan (Poche)
je fus peut-être un peu déçu par ce pilier de la littérature japonaise mais j'ai tout de même passé de bons moments avec ce "Botchan" ; la partie principale de ce roman se passe en 1905 alors que notre héros arrive dans une petite ville de province (depuis Tokyo où il a passé son enfance et ses études -quelques pages nous content les 400 coups qu'il a fait entant que gosse, son père et sa mère qui ne l'aime pas, son frère aîné insupportable et sa bonne qui l'adore-) afin d'enseigner les mathématiques dans un lycée de bouseux Et il nous conte ses aventures pimentées ou nom avec ses élèves qui se moquent de lui et le bizutent ainsi qu'avec ses collègues "Aujourd'hui je suis allé à l'école, et j'ai donné des surnoms à tout le monde. Le directeur, c'est le blaireau, le sous-directeur : Chemise-Rouge, le professeur d'anglais : Courge-Verte, celui de mathématiques : Porc-Epic, celui de dessin : Le Bouffon." p49 qui ont souvent en double langage, qui ne sont pas francs au contraire de notre héros, et dont la moralité est souvent que pour la galerie, très prompts à voir la paille dans l'oeil de l'autre sans jamais parler de la poutre qui est dans le leur. Botchan est un peu un Don Quichotte. Intéressant et souvent amusant.


L'Homme de Londres
L'Homme de Londres
par Georges Simenon
Edition : Poche
Prix : EUR 5,60

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Louis Maloin, aiguilleur à la gare maritime, 21 août 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Homme de Londres (Poche)
comme souvent chez Simenon un être ordinaire -là Maloin, brut de décoffrage, bourru, fier et pauvre- voit sa vie basculer à cause d'un fait extraordinaire... dans le premier chapitre Maloin aperçoit depuis son poste d'observation un homme (L'homme de Londres) en tuant un autre qui tombe dans la mer (l'action se déroule à Dieppe) avec une valise qui semble la raison de la bagarre, l'homme de Londres s'en fuit et Maloin récupérera la valise plus tard dans la nuit et en l'ouvrant y découvrira une fortune... là le roman psychologique est lancé, on suit les angoisses, les rêves, l'orgueil de devenir riche d'un coup, son rapport à l'homme de Londres qui semble le pister, à sa femme et à sa fille, mais évidemment la fin qui tombera comme un couperet ne sera pas celle à laquelle on n'aurait pu s'attendre. Toujours ce non-style si vivant, laconique, sans fioritures inutiles, qui décoche toujours juste, en quelques mots il crée une atmosphère, un personnage, une ambiance...

"L'hôtel était signalé par deux boules en verre dépoli qui flottaient dans le brouillard comme des lunes. A gauche, dans le noir absolu, on sentait l'haleine de la mer."

"Il pleuvait toute la journée. La mer, d'un vert perfide, était rayée de crêtes blanches."


La Mort difficile
La Mort difficile
par René Crevel
Edition : Poche

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 le roman d'un jeune bourgeois en désespoir, 20 août 2012
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Ce commentaire fait référence à cette édition : La Mort difficile (Poche)
Pierre, fils d'un colonel complétement à l'ouest et d'une mère castratrice qui l'asphyxie, déchiré entre son homosexualité évidente -il vivra une passion charnelle avec un jeune américain mais Pierre veut Tout pas son amant- et un flirt "normal" avec une jeune bourgeoise, fille de la meilleure amie de sa mère, absolu en tout, douloureux, coupable de son "vice", même si il ne l'avoue pas, si personne ne le dit mais on sent que tout le monde le pense très fort dont ceux qui en sont atteints... -une forme classique avec de nombreuses images surréelles, un narrateur omniscient qui passe sans avertissements aux pensées intimes de l'un ou l'autre des protagonistes- roman de 1926 qui annonce en quelque sorte le suicide de l'auteur 9 ans plus tard, lui qui fut le prince des surréalistes, souffrant affreusement de la condamnation implacable de l'homosexualité par son gourou André Breton -on dit que c'est à la suite d'une gifle de ce dernier qu'il aurait décidé de passer à l'acte- son roman le plus connu ; c'est une poésie du désespoir, tout y est pesant et douloureux, on sent le besoin de cette jeunesse de l'entre-deux-guerres de ruer dans les brancards en s'inventant un futur totalement régénéré des poncifs de la génération précédente.

Je n'aime guère le mouvement surréaliste -et surtout pas Breton- même si j'ai toujours su apprécier le côté jeux et iconoclaste du mouvement -plus encore chez les dadaïste chez qui Crevel a commencé- Mais le personnage de René Crevel m'a toujours fasciné, ainsi que son génie précoce et son mal de vivre qui le poussera à mettre fin à ses jours à 35 ans. Un roman qui a certes un peu vieilli mais qui restera comme emblématique de son auteur et du mouvement qu'il représente.


L'Amie de Madame Maigret
L'Amie de Madame Maigret
par Georges Simenon
Edition : Poche
Prix : EUR 5,60

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 une enquête étrange et un fait fortuit ..., 19 août 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Amie de Madame Maigret (Poche)
un billet anonyme dénonciateur, deux dents retrouvées dans le calorifère d'un relieur renommé d'une honnêteté sans tâches, un jeune avocat qui est prêt à tout pour se faire un nom, un Maigret intuitif, bonasse, qui comme d'habitude ne voit rien puis à coups de hasard va tout comprendre et nous éclairer à la toute fin de ce roman... et le fait fortuit implique la femme du commissaire qui s'avérera déclencheur de la résolution de son enquête... on voit bien la méthode Maigret dans ce polar et sa grande humanité envers les êtres coupables ou non, un Paris souvent pluvieux comme l'adore Simenon, le quartier du Marais où l'immense auteur avait vécu, son style percutant et laconique, en quelques mots tout est dit.


La grande poursuite
La grande poursuite
par Tom Sharpe
Edition : Poche
Prix : EUR 8,90

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 un roman hilarant !!!, 18 août 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : La grande poursuite (Poche)
il y a longtemps que je n'avais pas autant souri et même ri à la lecture d'un roman ; c'est un roman en poupée-russe qui part d'une idée simple, celle de publier un livre philosophiquo-pornographique qui décrit les amours entre en garçon de 17ans et une vielle femme de 80 qui ne peut que ravir le très grand publique sous un faux nom -car le véritable auteur fait absolument tout pour que l'on ignore qui il est- et donc le grassouillet Frensic, un agent littéraire qui a du nez, trouve un écrivain jeune mais vieux jeu -Piper- Et impupliable qui contre la promesse de publier enfin son premier livre autobiographique qu'il n'a cessé de réécrire depuis une dizaine d'année sous l'égide des grands auteurs du passé, de l'argent et l'ignorance de la teneur du roman auquel il prête son nom, se prête au jeu et s'en va défendre "son" futur best-seller en Amérique -selon une exigence de l'éditeur qui la acheté à pris d'or-.... évidemment rien ne se produira comme prévu Et nous voilà embarqué dans les récits picaresques et délirants de nos protagonistes : le paranoïaque Fransec, Piper celui qui prête son nom, Sonia la collègue obèse de Fransec, l'éditeur américain un margoulin hors-norme et sa femme toute refaite chirurgicalement, un peu l'éditeur vielle-Angleterre qui accepte par un tour de passe de publier ce livre scandaleux et quelques autres. Nous allons de surprise en surprise, et celui qui croyait prendre se ferra prendre à son tour ! Je l'ai dévoré et se fut un grand plaisir de lecture.

Petit extrait d'un dialogue entre Piper et la collègue de Fransec en partance pour l'Amérique :

"(...)- Les sens ? dit Sonia avec espoir.
- L'essence, dit Piper. E.S.S.E.N.C.E.
- Oh !
- Oui, l'essence, l'essence de l'individu. DASEIN.
- Vous voulez dire design ? dit Sonia.
- Non, dit Piper. Dasein. D.A.S.E.I.N.
- Vous m'en direz tant, dit Sonia. Enfin. si c'est vous qui le dites...
- Et si le roman doit se justifier en tant qu'art d'expression intercommunicative, il doit ne traiter que de la réalité vécue. L'utilisation facile de l'imagination au-delà du paramètre de notre existence personnelle dénonce une superficialité qui peut avoir pour résultat que la non-réalisation de nos potentialités individuelles.
- Est-ce que ce n'est pas un peu simpliste ? dit Sonia. Ce que je veux dire, c'est que si tout ce que l'on a le droit d'écrire c'est ce qui nous est arrivé, on ne finira par ne plus décrire que notre réveil, notre petit-déjeuner et notre départ au travail...
- Eh bien ! c'est important aussi, dit Piper, dont les écrits du matin avaient consisté en la description de son réveil, de son petit-déjeuner et son départ à l'école. Ces événements sont investis de l'interprétation intrinsèque de l'écrivain.
- Mais peut-être les gens ne veulent-ils pas lire ce genre de trucs. Ce qu'ils veulent, c'est de l'amour, du sexe et de l'aventure. Ils veulent l'extraordinaire. C'est ça qui se vend.
- C'est possible, dit Piper, mais est-ce important ? etc etc (...)"

loufoque, outrecuidant, brocardant l'évidente réalité de notre société sensationnaliste avec cet humour "so british"...


La laisse
La laisse
par Francoise Sagan
Edition : Poche
Prix : EUR 5,80

5.0 étoiles sur 5 "(...)En sept ans j'avais perdu le goût du hasard et gagné sans doute celui de la laisse ;(...)", 17 août 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : La laisse (Poche)
c'est Vincent -le héros de ce délectable roman- qui parle (une sorte de double fantasmé de Françoise Sagan) ; nous allons vivre une semaine avec lui, une semaine charnière après sept ans d'une sorte de bonheur plat où il a laissé sa femme Laurence -fille d'un odieux banquier, richissime, belle et froide, bourgeoise jusqu'au bout des ongles- le traiter comme un jouet, payer pour lui, lui donner son argent-de-poche-, l'habillant, le faisant coiffer chez Son coiffeur, lui offrant une voiture de sport, une montre de marque... car lui est pauvre, se destinant lorsqu'il la rencontrée à une carrière de virtuose -bien vite abandonnée face aux premières déconvenues et à la vie émolliente qui l'étouffe sans déplaisir- il ne l'aime pas, mais elle si -du moins le prétend-t-elle- donc elle veut l'épouser et il accepte ainsi sans trop réfléchir... il est assez veule, toujours enthousiaste et positif, il renonce passivement à tous ses amis que Laurence n'aime pas -sauf un Coriolan le dernier des Mohicans-, il se laisse façonner, pétrir, il apprécie cette sorte d'esclavage volontaire tapissée d'or... mais voilà cette semaine de bouleversement est due au fait qu'il a composé un peu par hasard une musique de film qui a un succès incroyable, fou, démesuré Et tout va changer avec les millions qui lui tombent dessus et la renommée qui va avec Et d'abord le regard de tous ceux qui le voyaient comme un gigolo joli mais méprisable... bref je vous laisserai découvrir tous les changements et surtout ce qui va changé entre Vincent et Laurence.

François Sagan s'en donne à coeur joie pour épingler cette bourgeoisie imbuvable et hypocrite, dirigiste et intolérante, saupoudrée d'une inculture cultivée, basse et avide d'argent et de "bonne" renommée, grâce à son style entraînant et enthousiaste, simple et percutant. C'est un plaisir.

extrait où on sent le vécu de Françoise (c'est Vincent qui parle)

"Par malheur, autant j'avais été sûr de gagner en y arrivant aujourd'hui, autant j'étais sûr de tout perdre finalement, n'importe où un jour ou l'autre. J'étais un joueur de bon sens, comme beaucoup, contrairement à l'opinion de ces étranges tribus qui ne jouent pas ; et dont le conformisme imagine invariablement le joueur devant un gazon hippique ou un tapis vert, tel un naufragé volontaire à mille lieux de la terre ferme. En quoi ces sages infirmes se trompent, car personne n'est au départ aussi sévère et inquiet sur lui-même qu'un vrai joueur, tant il se sent en danger. Au début seulement, car la terre ferme lui apparaît de plus en plus détachée de tout vrai continent, comme la vie quotidienne de toute douceur ; jusqu'au jour où, par un retournement compréhensible, la seule terre fiable, puisque la seule incertaine, se trouve placée sous les pieds d'un cheval, et la vraie vie sous les jetons d'un casino, rien ne s'étant révélé finalement plus ardu et plus féroce que la vie quotidienne.(...)"


Crime impuni
Crime impuni
par Georges Simenon
Edition : Poche
Prix : EUR 5,10

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 une jalousie douloureuse et destructive, 15 août 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Crime impuni (Poche)
la première partie de ce roman commence dans la pension de famille de madame Lange à Liège dans les années 30, où notre "héros" Elie un juif polonais d'une laideur repoussante (madame Lange dit à sa fille "Fais attention de ne pas le regarder trop fixement. Il est tellement laid ! Il pourrait devenir ce que tu penses."), pauvre et d'un orgeuil démesuré, vit relativement heureux dans son train-train quotidien fait de privations, traité avec une brusquerie tendre presque maternelle par sa logeuse et admirant Louise la fille de madame Lange avec une dévotion sacrée ET arrive dans ce bonheur tout relatif mais tellement précieux pour le pauvre Elie un autre juif Michel mais roumain, extrêmement beau, irrésistible, d'une aisance rare, issu d'une famille riche qui s'installe dans la plus grande chambre et tente de faire ami-ami avec Elie qui lui sert de traducteur (il ne parle pas un mot de français mais couramment le polonais) mais ce dernier repousse ces avances... "Il n'avait jamais été donné à Elie de contempler un homme totalement heureux, heureux en tout, toujours, à chaque moment de la journée, et qui se servait avec innocence de tout ce qui l'entourait pour ajouter à son plaisir." il est jaloux sans se l'avouer de ce Michel si angélique qui lui vole sa quiétude reposante, il deviendra haineux lorsqu'il le surprendra entrain de besogner Louise sans amour mais avec beaucoup de concupiscence vicieuse, et il voudra rendre justice en éliminant ce bel ange tellement diabolique...

"L'important, en somme, c'était Elie et les autres, Elie et le monde, Elie et le destin. D'un côté il y avait lui, avec ses cheveux roux et sa tête de crapaud, ses deux oeufs par jour, sa théière d'émail bleu et son pardessus qui faisait se retourner les gamins dans la rue, Elie qui s'était demandé pendant des années s'il existait une place pour lui quelque part et qui, et qui quand il avait cru la trouver enfin, se voyait pousser dehors. De l'autre côté il y avait le reste, et c'était Michel qui jouait ce rôle-là."

la première partie se termine sur un coup de feu qu'il lui tire en plein visage... la seconde partie plus courte se passe en Amérique vingt ans plus tard alors que Elie qui a encore enlaidit travaille dans un grand hôtel qui a été racheté par ce Michel qui a survécu Et c'est le récit de leur confrontation qui ne peut être que mortifère.

Un très bon Simenon poisseux à souhait où rien n'est noir ou blanc : Michel qui a tout s'avère non dépourvu d'un sadisme volontaire et Elie d'un masochisme évident se repaissant de son humiliation permanente. Style non-style laconique, directe qui touche toujours juste.


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