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Contenu rédigé par Stephen John Vogel
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Constellation - Prix de l'Académie Française 2014
Constellation - Prix de l'Académie Française 2014
par Adrien Bosc
Edition : Broché
Prix : EUR 18,00

7 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Roman ou récit?, 8 décembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Constellation - Prix de l'Académie Française 2014 (Broché)
Cette année Adrien Bosc a reçu pour Constellation le Grand Prix du Roman de l'Académie Française. Mais, quels que soient les qualités et les défauts de son livre, je crois qu'on est en droit de se demander s'il ne s'agit pas davantage d'un long reportage plutôt que d'un roman, même si c'est un roman dit “historique.” Aussi, étant donné qu'il nous soit présenté comme un roman au lieu d'un récit, pourquoi ce livre ressemble-t-il davantage à la narration journalistque d'un événement sensationnel, plutôt qu'au déveoppement d'une oeuvre romanesque?

Ce n'est pas pour dénigrer ce livre, qui a ses propres merites, même s'il il ne me semble pas tout à fait satisfaisant, que je pose ces questions. C'est simplement pour qu'on s'intérroge brièvement sur la nature des genres littéraires. Pourquoi, par exemple, est-ce qu'on appelle certains livres basés sur des faits réels des “romans” et d'autres des “récits”? Est-ce parce que ceux-là possèdent plus de prestige que ceux-ci, dans certains milieux littéraires au moins? Et si c'est parce que les romans privilégient la part de l'imaginaire et le récit la part de l'adhésion aux faits, je ne suis pas convaincu que le livre de Bosc apartienne à la première catagorie.

Constellation raconte une histoire véridique, celle du crash d'un avion d'Air France, survenu aux Açores la nuit du 27 octobre, 1949. Cette catastrophe a coûté la vie à plus de quarante personnes dont deux célébrités, le boxeur Marcel Cerdan, connu aussi comme l'amant d'Edith Piaf, et la grande violoniste, Ginette Neveu. Au cours de 31 chapitres, tous assez courts, l'auteur tente de reconstruire le déroulement de cette tragédie aérienne et ses suites, et de nous présenter l'ensemble des victimes, non seulement les deux dont l'histoire, ou la petite histoire, a retenu les noms.

Bosc est scrupuleux dans la présentation des faits et des détails. Il semble qu'il ne se soit pas écarté de la vérité, telle qu'on la connaît, en ce qui concerne les événements avant et après le désastre et les résultats qui en ont découlé. De même, il n'y a aucune raison apparente pour mettre en question ses remarques sur les personnes (j'hésite à les appeler “personnages”) concernées. Toutes ces qualités d'écrivain le rappochent davantage à un bon journaliste qu'à un bon romancier pour qui un excès de scrupule evers la vérité historique n'est pas forcément une chose désirable. Et en bon journaliste, mais contraire à ce que fait habituellement un romancier de talent, Bosc invente ou imagine peu, surtout sur le plan psychologique, quand il s'agit des personnes qu'il nous présente. On ne rentre pas profondément dans leurs esprits ou leurs psychés, ce qui est un privilège réservé surtout à la lecture de grandes oeuvres romanesques. On ne trouve pas non plus ici, ou trop peu, de dialogues pour nous aider à comprendre ce qui se passait entre les victimes, et comment ils pensaient. Egalement, d'autres procédés propres aux romancier, comme le monologue intérieur, sont soit absents de ce livre, soit peu nombreux.

Mais je ne vous déconseille pas de lire Constellation, si le sujet vous intéresse. Pour moi c'est un livre soigneusement documenté, écrit dans un style soutenu, et qui est souvent intéressant sur le plan historique. Je le trouve frustrant, pourtant, par le manque d'au moins deux des qualités que j'associe aux meilleurs romans: une portée universelle et la création des personnages inoubliables. Mais comme récit d'un déastre aérien spécifique et de ses conséquences, Constellation est un livre honorable. Il serait plus juste, cependant, de l'assimiler aux bons reportages plutôt qu'aux grands romans dont il possède trop peu des qualités.


Atrée et Thyeste, tragédie
Atrée et Thyeste, tragédie
par Prosper Jolyot de Crébillon
Edition : Broché
Prix : EUR 7,80

3.0 étoiles sur 5 Thyeste Apprivoisé, 4 octobre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Atrée et Thyeste, tragédie (Broché)
Lire l'Atréé et Thyeste de Crébillon tout de suite après le Thyeste de Sénèque fait penser à l'apprivoisement d'une bête sauvage qu'on aurait suffisamment domestiquée pour qu'elle puisse entrer à la maison, sans poser de danger aux membres de la famille.

Ce n'est pas que cette tragédie française, composée et présentée pendant les dernières années du régne de Louis XIV, n'avait rien de chocant pour son époque. Même de nos jours bien des spectateurs seraient sans doute écoeurés à la vue sur scène d'un homme qui offre à son frère une coupe qu'il dit remplie de vin, en gage de leur tendre amitié, et après que celui-ci en a bu, lui revèle qu'elle contenait le sang du fils de ce frère, égorgé peu avant selon les ordres de ce même homme.

Mais si l'on se souvient de la pièce de Sénèque, qui a inspiré celle de Crébillon, et qui fut écrite au premier siècle de l'ère chrétien, on constate que la version française est relativement édulcoloréé. Par exemple, chez le romain, ce n'est pas une coupe de sang en guise de vin qui est offerte au frère trop crédule, mais un plat de viande fumante qu'il consomme en entier avant d'apprendre avec horreur que cette viande n'est autre que la chair de ses enfants, découpée et rôtie par leur oncle dans un acte d'extrême fureur. (Pour ceux qui ne connaissent pas la légende grecque qui a fourni ce sujet à Sénèque, et plus tard à Crébillon, celui qui tue les enfants de son frère—un seul enfant chez Crébillon—est Atréé, le roi de Mycènes. Son frère, Thyeste, avait autrefois séduit l'épouse d'Atrée et l'avait évincé de son royaume. Revenu au pouvoir, Atréé chasse Thyeste à son tour, pour le rappeler plus tard en lui jurant hypocritement le pardon et l'amitié fraternelle, mais en fait ce n'ést que pour mieux réaliser une vengence aussi sanguinaire que spectaculaire.)

Ce dénouement chez Sénèque est aussi fort que celui de Crébillon est attenué. Mais on ne doit pas oublier que Crébillon vivait dans une société qui se considérait (à tort ou à raison) plus raffinée que celle de Sénèque. Et il est certainement vrai que si on pendait les criminels en pleine vue du public en France au XVIIIième Siècle, au moins on ne les livrait pas aux lions dans un vaste amphithéâtre. Autrement dit, un Sénèque, s'il vivait en 1700, et aussi puissant que soit son génie littéraire, aurait eu du mal à s'imposer dans un théâtre où régnait Crébillion, un auteur qui remportait un vif succès en livrant des frissons aux spectateurs, sans toutefois trop les froisser. Le Thyeste de Sénèque, pris dans l'ensemble, ressemble à un rêve, un bien mauvais rêve qui est par trop hallucinatoire, tout en étant crédible tant que ça dure, une sorte de cauchemar dont on gardera le souvenir longtemps, une fois éveillé. La pièce de Crébillon est un passetemps théâtral, l'oeuvre d'un bon fabricant de divertissments dans le genre Grand Guignol. L'émotion qu'elle produit n'est ni très forte, ni de longue durée.

Pourant Atrée et Thyeste, comme d'autres tragédies de Crébillon, passait pour être plus “crue” et plus violente que celles de ses concurrents dramatiques. Et c'était sans doute vrai, tout étant rélatif. N'a-t-il pas dit lui-même “Corneille a pris le ciel, Racine la terre; il ne me restait plus que l'enfer; je m'y suis jeté à corps perdu."


Oedipe
Oedipe
par Pierre Corneille
Edition : Poche

5.0 étoiles sur 5 Oedipe Revu et Corrigé, 22 septembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Oedipe (Poche)
L'Oidipous Tyrannos de Sophocle est parmi les chefs-d'oeuvres du théâtre grec, peut-être même le plus grand, et cette tragédie a fourni un sujet aux auteurs de divers pays et de diverses époques depuis Sénèque jusqu'à Anouilh. Il n'est donc guère surprenant que le théâtre classique français, si redevable à l'antiquité, en ait aussi produit ses exemplaires, notamment ceux de Corneille (1659) et de Voltaire (1718).

L'Oedipe de Corneille, malgré le succés qu'il a connu à sa création, n'a pas duré dans l'estime des critiques, ni dans celle du public. L'auteur a cru bon d'introduire et parfois même d'inventer des personnages étrangers à l'histoire d'Oedipe, notamment, Dircé, la fille de Laïos et Jocaste, et Thésée, le héros athénien, ici son amoureux. Une grande partie de la pièce est consacrée à la question du mariage éventuel de ces personnages, se fera-t-il on ne se fera-t-il pas? Selon sa propre explication, Corneille s'estimait obligé de donner à sa pièce un côté galant pour plaire au public, et surtout au public féminin. Par conséquent, Oedipe lui-même est reduit presque à un personnage sécondaire et l'aspect tragique de la pièce est beaucoup diminué. La qualité des vers, qui dans certaines des pièces de Corneille compense les faiblesses de sa dramaturgie, ne réussit pas ici le même exploit, dû peut-être au fait que Corneille a composé son Oedipe en seulement deux mois. C'est une chose dont il se vante dans l'examen qu'il a fait de son oeuvre, mais comme dit Voltaire, critique sévère mais pas injuste de Corneille, “Il eût mieux valu que c'eût été l'ouvrage de deux ans, et qu'il ne fût resté presque rien de ce qui fut fait en deux mois.”

Voltaire ne s'est pas contenté seulement de critiquer l'Oedipe de Corneille (et celui de Sophocle, dont il reprochait surtout l'invraisemblance de la trame), il a même composé une tragédie sur le même sujet vers ses vingt ans. Son Oedipe a aussi eu un grand succès à ses débuts, mais s'il a succombé au même sort qu'a connu celui de Corneille, ce n'est peut-être pas un oubli aussi si bien mérité. C'est vrai qu'il n'a pas pu éviter lui-aussi ce “côté galant” que semblait exiger le théâtre français de l'époque, mais il l'a quand même réduit au minimum. Il se croyait obligé de donner à Jocaste un ancien amoureux, dans la personne de Philoctète, qui, de retour à Thèbes, se mêle à l'intrigue et sert en quelque sorte de rivale à Oedipe pour le coeur de sa femme/mère. Voltaire lui-même a été le premier à regreter cet ajout à la trame mais il l'a attribué aux goûts de l'époque, en disant dans l'examen de son oeuvre, que sans cela la pièce n'aurait pas été jouée. Il a quand même souligné que la passion de Philoctète pour Jocaste ne nuit en rien à la tragédie d'Oedipe proprement dite. Ce n'est peut-être pas tout-à-fait vrai, mais c'est certain que l'Oedipe de Voltaire réussit beaucoup mieux que celui de Corneille à récréer le sens de terreur et de pitié qu'on trouve dans la tragédie de Sophocle. Voltaire manie mieux les vers, aussi, dont certains atteignent un niveau de grandeur qui fait regretter qu'ils ne se trouvent pas dans une pièce bien plus digne d'eux.

Mais quels que soient les qualités et les défauts de Voltaire dramaturge, son talent en tant que critique dramatique et littéraire est bien mis en évidence dans ce livre, édité chez les Publications de Saint-Etienne par Denis Reynaud et Laurent Thirouin. Il contient, en plus des pièces elles-mêmes et les examens de celles-ci qu'ont fait leurs auteurs, des lettres écrites par Voltaires au sujet d'Oedipe au théâtre. (Les remarques de l'abbé d'Aubignac sur l'Oedipe de Corneille se trouvent ci-inclues mais elles sont beaucoup moins intéressantes que celles de Voltaire.) Voltaire se révèle un critique scrupuleux et perspicace, même si on ne partage pas toujours ses goûts, par exemple pour la vraisemblance avant presque toute chose au théâtre. Ses commentaires sont remplis de bon sens, et aussi de cet esprit pétillant pour lequel il est justement célèbre. Ne serait-ce que pour les pages où Voltaire s'exprime sur les différents Oedipe au théâtre, ce livre vaudra bien le prix, et peut-être la difficulté, nécessaires pour l'obtenir.


Yves Saint Laurent
Yves Saint Laurent
DVD ~ Pierre Niney
Proposé par Neobang
Prix : EUR 6,80

1 internaute sur 3 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Un Homme et un Homme, 16 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Yves Saint Laurent (DVD)
Si ce biopic sur la vie du célèbre couturier Yves Saint Laurent n'atteint pas le même degré de succès artistique que, disons, La Môme, sur Edith Piaf, il ne faut surtout pas en vouloir au principal intérprète, Pierre Niney, extraordinaire dans son rôle de génie susceptible et fragile, malgré une tenacité professionnelle hors pair. Egalement exempt de blâme est Guillaume Gallienne qui joue le rôle de Pierre Bergé, celui qui a fourni à Saint Laurent le côté matériel qui a facilité l'éclosion de son talent prodigieux.

Ce qui rend décevant ce film c'est tout simplement qu'on a vite compris, en tant que spectateur, ce qui nous attend dans cette histoire, et qu'on doit se contenter de regarder de belles images se dérouler devant nos yeux, ce qui n'est pas en fait la pire des choses, mais qui nous laisse un peu sur notre faim.

On sait, dès le début, que rien ne va arrêter la montée de ce jeune pied noir (dont on aimerait savoir davantage sur l'importance que tenaient pour lui ses origines algériennes) et que son succès dans le milieu de la haute couture est assuré, presque tout de suite. Quand il fait la connaissance de Pierre Bergé, celui qu'il qualifiera plus tard de "l'homme de ma vie," on peut être tout à fait certain qu'ils s'aimeront pour toujours, malgré bien des conflits et des amours contingents. On peut être sûr également qu'il y aura des revers professionnels et des écueils personnels (des drogues et des petits amis y sont pour beaucoup). La seule question c'est de savoir où finira cette histoire: en 2008 avec la mort de Saint Laurent ou bien avant, au temps de son apogée professionnelle. Je ne dévoilerai pas ici cette fin, car elle fait partie du petit nombre de surprises que nous réserve ce film si beau à voir et si plat comme histoire. Remarque, pour ceux qui aiment le travail de Saint Laurent, couturier, le manque de surprises dans ce film est un prix bien raisonnable à payer pour voir en défilé une grande quantité des belles robes que YSL a créées au cours de sa carrière. Et le côté visuel de ce film est vraiment spectaculaire, tout comme le jeu des interprètes principaux, dont j'ai déjà cité les noms.

Une dernière remarque: ce film est l'un des premiers, autant que je sache, destinés à un grand public où la grande love story est celle d'un homme pour un autre homme. La banalisation de ce concept, s'il ne nuit pas au succès de ces films, marque un pas en avant pour notre société actuelle et prouve que le progrès social se note parfois même dans les divertissements les plus ordinaires.


Quartet
Quartet
DVD ~ Maggie Smith
Prix : EUR 10,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Que Les Vieilles Gens Ne Sont Point Ennuyeux, 14 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Quartet (DVD)
Dans un cours de français, il y a bien longtemps, j'ai appris une phrase mnémotechnique pour aider à se rappeler le genre des adjectifs qui précèdent ou qui suivent le mot “gens.” La voici: “Que les vieilles gens sont ennuyeux.” Cette phrase m'est revenue à l'esprit en regardant le film Quartet, tout comme elle m'est revenue après avoir vu un autre film, il y trois ou quatre ans, Indian Palace. Ces films semblent tous les deux avoir été faits pour contredire cette petite phrase, aussi utile comme rappel grammatical que ridicule comme constatation d'un fait humain.

Dans Quartet comme dans Indian Palace, que j'ai déjà commenté sur amazon, on voit un groupe de personnes âgées, brittaniques en l'occurance, qui s'assemblent dans un lieu insolite (une maison de retraite pour musiciens en pleine campagne anglaise dans Quartet, un hôtel délabré et incommode au nord de l'Inde dans Indian Palace). Dans chaque groupe il va y avoir au cours du film des conflits et des ententes, des amitiés qui se nouent ou se dénouent, des amours qui s'allument ou s'éteignent. L'âge avancé de ces personnes n'empêche en rien le développement de leurs histoires personnelles, et ne nuit point à l'intérêt qu'on puisse trouver en tant que spectateur en regardant comment ces personnes se comportent entre eux et avec les gens, forcément plus jeunes, qui les entourent.

Trop de films de nos jours, quelque soit leur genre, semblent bien porter une étiquette: “Ici c'est la jeunesse qui prime.” L'on pourrait donc croire qu'à partir de soixante ans, la vie d'une personne, quelles que soient ses expériences, ne mérite pas qu'on l'examine de près, et que les personnes âgées, s'ils se voient sur l'écran, ne sont là que pour provoquer soit de la pitié à cause de leurs infirmités soit des sourires dûs à leurs maladresses.

Quartet, que d'autres sur ce site, comme marialicia, ont bien décrit dans leurs commentaires, et Indian Palace font partie de ce que j'espère sera un nouveau genre, ou en tout cas un genre à renouveler: l'étude cinématographique des personnes, seules ou en groupe, qui ont dépassé la soixantaine et qui en ressentent les effets physiques, mais qui n'ont rien perdu de leur vitalité et de leur capacité de mener une vie passionnante et digne de notre intérêt.


Les Poissons rouges
Les Poissons rouges
par Jean Anouilh
Edition : Poche
Prix : EUR 4,60

4.0 étoiles sur 5 Anouilh Se Défend (Bien), 8 juillet 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Poissons rouges (Poche)
Cette pièce, présentée pour la première fois en 1970, semble en quelque sorte un autoportrait de son auteur. Le personnage principal, Antoine de Saint-Flour, est un écrivain dramatique d'une certaine renommée, mais tout comme Anouilh à la fin des années '60, il commence à passer de mode, étant trop “classique” pour plaire au public lorsque la tendance est à la hausse pour le théâtre de l'absurde. Comme dit Charlotte, la femme d'Antoine, vers le début de la pièce “Tes plaisanteries ne font même plus rire ton public . . . Popescu [c.-à-d., Ionesco], lui, fait rire par l'absurde. Ton comique à toi est dépassé . . . Tu ne pourrais pas te pénétrer un peu du tragique et de l'absurdité de la condition humaine, non? . . . Toi, tu mets ton point d'honneur à ne pas être dans le vent!” Et Antoine de répondre “J'ai peur de m'enrhumer.”

Pendant tout le rest du premier acte et les trois autres qui le suivent, Anouilh fait en quelque sorte le plaidoyer pour son auteur (et peut-être bien pour lui-même), accusé par divers personnages d'une légèreté excessive tant dans sa vie personnelle que dans ses oeuvres dramatiques. Comme dit Antoine au dernier acte, en prenant sa défense, “Je m'éfforcais de [prendre les choses au sérieux] lorsque je sentais quelque chose de sérieux. Mais l'abominable sérieux de mes contemporains, particulièrement de ceux qui se disait progressiste—le talmudisme scrupuleux où les plongeait le moindre réflexe naturel de l'homme; leurs hautes méditations sur la condition humaine, pour le moindre pet en travers—m'avaient en effet amené, par réaction, à prendre légèrement les choses, et à les tourner parfois en dérision . . . avec une gaillardise affectée et un certain mauvais goût, je le reconnais.”

Ce qui est intéressant ici, c'est de constater que, malgré ses protestatons au contraire, Anouilh se montre prêt à se servir de certains éléments du théâtre de l'absurde pour étayer son argument et pimenter l'humour de sa pièce. Par exemple, il y a le personnage du meilleur ami d'Antoine, La Surette, qui, à un moment donné, saute d'une époque à une autre, trainaint Antoine avec lui, de sorte que ni Antoine, ni le public peut être tout à fait certain au cours de certaines scènes à quelle époque l'histoire se déroule. Et un autre personnage, un médecin bossu (appelé simplement le Bossu), qui agit comme un personnage plutôt comique au troisième acte, réapparaît dans le quatrième dans la guise d'un grand inquisiteur qui accable Antoine d'accusations en nom de la “société nouvelle,” erigéé contre tous ceux qui—come Antoine—parlent et pensent “légèrement.” Ces non-sens, ces virevoltes du comique au sérieux et vice-versa donnent à la pièce des allures du théâtre de l'absurde sans lui enlever complètement son côté traditionnel. On reconnaît ici l'auteur de tant d'autres pièces à succès, d'Antigone à Cher Antoine, où l'humour farfois grançant s'allie à la fantaisie pour nous fournir un théâtre qui ne peut être que celui d'Anouilh. Le titre, Les Poissons rouges, fait allusion à un incident dans la jeunesse d'Antoine où il pisse dans un bocal de poissons rouges qui appartient à sa grand-mère, une femme sévère et moralisatice, montrant ainsi son profond désir de narger les personnes dites “bien pensantes.” Personne d'autre qu'Anouilh n'aurait pu écrire Les Poissons rouges et pour ceux ou celles qui sont sensibles aux dons de cet auteur, cette pièce sera un vrai régal.


Indian Palace [Blu-ray]
Indian Palace [Blu-ray]
DVD ~ Judi Dench
Proposé par BIKIN
Prix : EUR 11,75

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Un Hôtel Pas Comme Les Autres, 23 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Indian Palace [Blu-ray] (Blu-ray)
Il y a sans doute d'autres films qui donnent une idée plus exacte de ce que c'est la vie actuelle en Inde, tout comme il y a d'autres qui sont plus réalistes quant à la déscription de la vieillesse et ses déboires. Mais je doute fort qu'on puisse trouver un film autre qu'Indian Palace qui parle des deux thèmes d'une manière si charmante et agréable. Sans quitter tout à fait les réalités de nos jours, ce film de John Madden, ralisateur de Shakespeare in Love, possède les qualités d'un bon conte de fée.

Indian Palace (The Best Exotic Marigold Hotel en anglais), nous présentent sept britanniques “middle class,” hommes et femmes, mariés ou non, qui, étant arrivés au troisième âge, veulent trouver un peu d'exotisme à prix réduit. Ils deviennent donc la première clientèle d'un vieux palace indien, à peine réouvert après être tombé à l'abandon et encore bien délabré. Pourtant le jeune et idéaliste “manager” de cet hôtel rêve de bientôt le transformer en résidence hôtelière luxueuse pour des occidentaux à la retraite aux revenues modestes. Bien entendu, comme c'est souvent le cas, entre le rêve et la réalité il y a un grand pas à faire.

Je laisse à d'autres le soin de raconter en détail la trame de ce gentil film, de nommer les acteurs et de tracer le profil de leurs personnages, dont il y a une bonne dixaine en tout. Je me contenterai seulement de faire remarquer que ce film n'est pas surchargé de détails malgré le grand nombre de personnages et qu'on suit facilement son déroulement narratif. Des acteurs britanniques et indiens de premère qualité jouent leurs rôles à merveille, et on prend plaisir à voir comment ils rendent crédibles certaines situations dans le scénario qui pourraient sembler trop romanesques ou sentimentales sans le renfort de leur talent.

En somme, ce film fait vraiment plaisir et on comprend pourquoi le réalisateur, Madden, et son scénariste, accompagnés d'un bon nombre des acteurs qui ont crée leurs rôles, veulent en faire une suite. Je leur souhaite tous bon courage pour ce projet, The Best Exotic Marigold Hotel 2, prévue pour l'année prochaine, mais je crains qu'ils auront fort à faire pour atteindre le niveau de succès, à la fois artistique et populaire, du premier film.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 14, 2014 8:52 PM MEST


PYJAMA POUR DEUX
PYJAMA POUR DEUX
DVD ~ Rock Hudson
Proposé par vdalban
Prix : EUR 6,60

5.0 étoiles sur 5 Une "Rom-Com" à la Mad Men, 20 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : PYJAMA POUR DEUX (DVD)
Sorti en 1961, Pyjama Pour Deux (en anglais, Lover Come Back) a connu un succès éclatant, somme toute bien mérité. Après leur première "romantic comedy" (ou plus familèrement "rom-com") faite ensemble, Confidence sur l'Oreiller, Doris Day et Rock Hudson se sont réunis pour en faire une autre, en se servant du même scènariste à succès, Stanley Shapiro. Pour ceux ou celles qui affectionnent cette sorte de comédie légère, le résultat ne laisse rien à désirer.

Day et Hudson jouent des publicitaires newyorkais qui travaillent pour des agences rivaux. (Le milieu, tout comme l'époque où se déroule la trame, est identique à celui qu'on voit dans la série télévisée Mad Men.) Se connaissant seulement de nom et de réputation, chaqu'un prend l'autre en haine pour des raisons liées surtout à des rivalités professionnelles. Mais lorsqu'ils se font enfin connaissance l'un de l'autre, il se produit une méprise sur l'identité de l'un des deux qui mènent à des situations hautement burlesques.

Autour des stars, il y a des acteurs de qualité dans des rôles sécondaires qui ajoutent du piquant au film. Parmi eux, il y a Tony Randell, acteur comique qu'on trouve souvent dans les films de Day et de Hudson. Dans Pyjama pour Deux il joue le rôle du "boss" de Hudson, fanfaron mais fainéant, et ridicule à souhait. De tels figurants contribuent à faire de ce film un vrai délice.

Mais c'est surtout pour voir les deux grosses vedettes que ce film est à voir: Doris Day, charmante et sympathique, et Rock Hudson, beau comme un dieu et pourtant drôle et non moin charmant que son parténaire. Ensemble ils nous fournissent une bonne excuse, s'il en faudrait une, pour consacrer deux heures de nos vies à regarder cette comédie frivole, sans importance, mais vraiment très agréable.


Corneille. La Mort de Pompée : Tragédie. Avec une notice biographique... des notes... par Sylvain Menant
Corneille. La Mort de Pompée : Tragédie. Avec une notice biographique... des notes... par Sylvain Menant
par Pierre Corneille
Edition : Reliure inconnue

3.0 étoiles sur 5 Même Cléopâtre Doit Céder le Pas Ici, 19 juin 2014
Pour celui qui lira cette pièce après celles de Shakespeare (Antony and Cleopatra) et G. B. Shaw (Caesar and Cleopatra), la façon dont Corneille dépeint ici la célèbre Reine du Nil aura de quoi surprendre.

Cette Cléopâtre du début du règne de Louis XIV, à la différence de ces vérsions d'Outre-Manche, n'a rien d'une séductrice, et encore moins d'une enchanteresse légendaire. Elle est plutôt une jeune princesse bien élévée et très comme il faut. Surtout elle se fait beaucoup de soucis pour sa virtu, dont elle parle et se vante à mainte reprises.

Lorsqu'elle parle dans l'intimité de César avec sa confidante Charmion c'est toujours avec un maximun de respect, comme s'il s'agissait d'un père bien-aimé et non pas d'un prétendant glorieux avec le monde à ses pieds. Ses entretiens avec lui, à vrai dire peu fréquents dans cette pièce, la montre non moins soumise et respectuese, même lorqu'il lui offre la couronne d'Egypte et lui indique la possibilité d'un mariage eventuel. Sa reconnaissance polie envers lui serait plus crédible s'il s'agissait d'une jeune fille de province recevant une jolie boîte de chocolats de la part de son tonton préféré.

Mais il faut se rendre à l'évidence: même si pour un lecteur ordinaire le personnage de Cléopâtre est celui qui serait le plus intéressant à suivre dans une pièce historique qui parle de l'Egypte à son époque, pour Corneille elle n'était qu'une figurante, un de plusieurs personnages dont il traite dans cette pièce qui, comme l'a remarqué un écrivaint américain, L. Auchincloss, relève plutôt d'une fresque historique que d'une tragédie. Et contraire à ce que laisse croire le titre, le personnage de Pompée est seulement évoqué au cours de la pièce. Sa mort, ou plutôt son assassinat, dû à la pérfidie du frère de Cléopatre, le roi Ptolomée, et de ses ministres, déclenche le drame qui ne commence en réalité qu'avec l'arrivée sur scène de César et de la veuve de Pompée, Cornélie.

Ce sont ces personnages-ci qui forment le vrai centre d'intérêt de la pièce. Leurs rapports sont les plus dynamiques et les plus intéressants. César ayant battu Pompée à la bataille de Pharsale, le poursuit en Egypte. Découvrant, dés son arrivée que son rival a été lâchement assassiné par le roi et ses ministres qui espéraient ainsi lui plaire, César se montre chagriné (peut-être hypocritement) par cette lâcheté et se dit résolu à honorer la mémoire de Pompée. Cornélie, qui a témoigné de près l'assassinat de son mari, demande à César la mort de ceux qui l'ont causé. Il l'accèpte, et de surcroît déclare son grand respect pour la noble veuve de Pompée, dont la virtu a toujours été irréprochable, lui promettant une libérté inconditionnelle, malgré l'ancienne rivalité avec son mari. Cornélie, cependant n'est point touchée par cette magnanimité; bien au contraire, tout en reconnaissant la générosité de César et sa gentillesse avec elle, elle ne cache pas sa haine pour celui qu'elle considère comme un tyran et la cause originelle de son veuvage.

Les scènes entre César et Cornélie sont les plus mémorables de la pièce et même si de point de vue psychologique leurs personnages manque parfois d'épaisseur, le côté dramatique de leurs affrontements n'est pas négligé.

Si cette pièce vaut aujourd'hui, c'est surtout à cause de quelques beaux vers (même Voltaire, pourtant très sévère sur les mérites de cette pièce, a reconnu la beauté de certains passages), et pour les personnages de César et de Cornélie. Pauvre Cléopâtre ne fait que pitre figure ici par rapport à eux, même si elle a eu sa ravanche ailleur, sur la scène londonienne.


Une mort très douce
Une mort très douce
par Simone de Beauvoir
Edition : Poche
Prix : EUR 5,20

5.0 étoiles sur 5 Une Autre Cérémonie des Adieux, 8 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Une mort très douce (Poche)
Presque vingt ans avant son livre sur la mort de Sartre, La Cérémonie des adieux, Simone de Beauvoir en a écrit un autre sur les derniers jours de sa mère, Françoise, morte à l'âge de 78 ans. Leurs rapports n'ont jamais été faciles, comme temoigne cette remarque: "Car si [ma mère] a empoisonné plusieurs années de ma vie, sans l'avoir concerté je le lui ai bien rendu." Il a fallu une maladie mortelle pour les réunir, sinon les rapprocher complètement.

Pendant un mois, de Beauvoir, aidée par sa soeur, s'est consacrée à apporter autant de confort et de soulagement qu'elle pouvait à leur mère, hôpitalisée à la suite d'un accident. Au cours de son traitement, les medecins ont découvert que la vieille dame souffrait d'un cancer qui s'avérait incurable. Une opération pour l'enlever n'a fait que prolonger un peu la durée, mais non pas la qualité, de sa vie.

Au cours de ce livre, l'auteur nous fait suivre, pas à pas, la déscente progressive qui mène à la mort. Il y a également ici une espèce de biographie en raccourci de Françoise de Beauvoir, où, malgré un effort apparent pour ne pas être injuste, on sent que de Beauvoir a de la peine à ne pas juger trop sévèrement le comportement de sa mère, et de son père, vis-à-vis d'eux-mêmes et de leurs enfants. De même que ce n'était pas facile pour de Beauvoir et sa soeur de suivre le déclin si brusque de leur mère, y compris les affres qu'elle éprouvait au cours des semaines passées dans un hôpital parisien, de même les lecteurs de ce livre éloquent, concis et bouleversant doivent se préparer à affronter des descriptions qui font de la peine. Toute personne ayant vu un parent souffrir au seuil de la mort comprendra la part du vrai dans ce récit de Simone de Beauvoir. Elle évite toute emphase, comme elle évite toute sentimentalité lorsqu'elle fait le bilan de ses rapports avec sa mère après la mort de celle-ci.

Ce livre n'est pas conseillé à des âmes trop sensibles, car il est parfois dur à supporter, mais c'est parce qu'il dit vrai en parlant de la vie et de la mort, et du passage, souvent pénible, de l'une à l'autre. Dans son genre, c'est peut-être un chef-d'oeuvre.


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