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Contenu rédigé par Mélopée
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Commentaires écrits par
Mélopée (Amiens)
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Le monde de Charlie
Le monde de Charlie
par Stephen Chbosky
Edition : Broché
Prix : EUR 13,50

3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Dans la tête d'un ado "ordinaire", 26 août 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le monde de Charlie (Broché)
Charlie est un garçon de 16 ans que l'on juge un peu freak (comprenez loser, bouc émissaire) dans sa classe de seconde. Sans amis, il compte les jours jusqu'à la fin du lycée. Son ami, Michael, a décidé de mettre fin à ses jours et il est le petit dernier de trois enfants (un frère aîné puis une sœur) derrière lesquels il a du mal à se situer. Il rase les murs en ce début d'année et pourtant son chemin l'amène à fréquenter Sam et Patrick, deux élèves de Terminale qui décident de le prendre sous leurs ailes. Il intègre une bande, découvre les fêtes, l'amitié, le partage autour de la musique ou d'une cigarette mais surtout les prémisses d'un sentiment amoureux. Lui, l'ado décalé est enfin à sa place et ça fait chaud au cœur de le voir entouré. En cours il sympathise avec son prof de littérature, Monsieur Anderson (qu'il appellera Bill) qui lui prête lectures et attention. Enfin, il est bien dans ses baskets !

C'est assez étrange de ressentir aussi intensément la fragilité d'un adolescent entre deux âges, quêtant l'admiration de ses semblables mais désarmé devant leur cohésion qui se fait exclusion. Alors Sam et Patrick c'est la liberté, la nouveauté et le goût d'un nouvel avenir.
Il m'a touchée Charlie avec ses réflexions un peu naïves mais pleines de bon sens :

- Charlie ?
- Oui, papa ?
(Dans ces moments-là, c'est important de dire "papa". C'est pareil quand ils t'appellent par ton nom et ton prénom, vaut mieux se méfier. Je préfère t'avertir.) (pp. 102-103)

Je me rappelle que j'étais sur le point de dire au revoir à ma tante Helen, quand je me suis mis à pleurer. Et aussi que c'étaient de vraies larmes. Pas du genre nerveux, comme ça m'arrive souvent. Alors, j'ai fait la promesse à tante Helen de pleurer seulement pour les choses importantes ; j'aurais horreur de me dire qu'à cause de mes larmes qui viennent si souvent, pleurer pour tante Helen puisse avoir moins d'importance que ça en a vraiment. (p. 113)

Je crois que j'aurais encore plus adoré lire ce livre en pleine adolescence car Charlie est quelque part un exemple de volonté, de débrouillardise et de franchise. Composé en lettres adressées à un destinataire mystérieux, ce livre restitue une année de vie tout autant apprentissage des codes de la communauté qu'exploration de sa propre identité. Gros plus : play-list des morceaux préférés de Charlie en début de roman (ce que j'écoute d'ailleurs actuellement et il a de fameux bons goûts !) et liste de ses romans préférés, dont ceux prêtés par son prof, en fin d'ouvrage. Voilà de quoi orienter vers d'autres pistes pour qui aurait accroché au personnage. C'est mon cas et, c'est une première, un personnage fictif aura eu raison de ma LAL (liste à lire).

Livre sensass qui donne le goût de lire mais qui est aussi poignant et plein de petits cailloux semés ici ou là. A vous de partir à sa suite car je n'ai dévoilé qu'une infime partie du roman.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Sep 5, 2013 8:01 PM MEST


Une part de ciel
Une part de ciel
par Claudie Gallay
Edition : Broché
Prix : EUR 22,00

22 internautes sur 25 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Un joli cru familial en plein coeur de la Vanoise, 26 août 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Une part de ciel (Broché)
L'histoire débute trois semaines avant Noël au Val-des-Seuls où Carole revient pour y retrouver son frère, Philippe et sa jeune sœur, Gaby. Eux y habitent à l'année et elle est une citadine de Saint-Étienne spécialement rentrée pour un moment particulier, avec la venue annoncée du père, l'insaisissable Curtil.
Carole traduit une version mais s'accorde un temps de recul, elle qui s'est séparée de son conjoint et dont les deux filles sont bien loin. La solitude et la contemplation semblent être une thérapie comme une autre, qu'elle engage, appareil photo au cou et objets du passé tout proches.

Je n'avais jamais lu de romans de Claudie Gallay mais j'ai été charmée par ses personnages à la force tranquille, cohabitant bon an, mal an car tous dans l'attente d'un même être - le père -. Quelque part ils sont tous porteurs d'un autre espoir. L'une veut reconquérir sa liberté en s'investissant dans une nouvelle rencontre, l'autre est dans l'attente du conjoint emprisonné, quant au dernier, il rêve de baliser un sentier dans les Alpes. C'est un récit plein d'instantanés, de touches de vie où chacun mène sa barque mais où tous ont à s'apporter. Et il y a surtout ce grand absent de père qui, tel le Père Noël s'annonce, à l'approche de la date fatidique, en envoyant à sa progéniture des boules de neige symbole de l'arrivée imminente.

Belle écriture pleine de sensibilité qui m'a projetée dans une galerie de personnages sympathiques et bons vivants. Entre le vieux Sam, le charmeur Jean, la Baronne et ses chiens, le bar à Francky et la Môme, c'est tout un patelin qui prend place pour quelques semaines dans le froid hivernal propice aux contacts plus chaleureux.

Je n'ai pas toujours été l'enfant du milieu. Je le suis devenue seulement quand Gaby est née. Pendant trois années, j'avais été la petite dernière. Mes parents savaient-ils qu'ils auraient un troisième enfant ? S'ils le savaient, alors j'ai toujours été, pour eux, dans leur esprit, l'enfant du milieu, j'ai toujours eu ce rang contrairement à Philippe qui lui, quelles que soient les pensées de nos parents, a toujours été l'aîné. (p. 236)

J'ai ressenti une sensation étrange. Une pensée méconnue. Mes larmes sont restées en suspens, au bord du vide. En lisière. C'est du faux chagrin, j'ai pensé.
D'un long moment, je n'ai pas bougé pour que les larmes ne débordent pas.
J'ai fini par les ravaler et elles ont rejoint leur lieu. L'endroit de vie des vraies larmes.
"En tout être humain, il y a un lac, a dit ma mère, une tristesse liquide que les oignons aident à vider." (p. 266)

J'aime beaucoup cette dernière phrase et trouve la formulation superbe. Incontestablement, ce livre est à sortir du lot pour cette rentrée littéraire. Même si le ton est mis sur le froid, la neige et les Noël en famille, il est facile d'adhérer à une narration si intemporelle où le sujet est bien plus intime et personnel que saisonnier.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 29, 2013 5:35 PM MEST


La lettre à Helga
La lettre à Helga
par Bergsveinn Birgisson
Edition : Broché
Prix : EUR 16,50

6 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un instantané d'une passion islandaise, 26 août 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : La lettre à Helga (Broché)
Je ne sais même pas par où commencer pour dire à quel point j'ai aimé ce livre. Il avait déjà tout pour me plaire (personnages islandais aux noms improbables, moutons élevés au grand air, plume littéralement envoûtante dès les premières lignes) alors mon billet s'achèvera logiquement sur un immense coup de coeur, premier de la rentrée littéraire.

On dit que ce sont les premières secondes qui déterminent un achat. Ici je crois que j'aurais acheté (c'est un cadeau) ce livre dès l'incipit :

"A Kolkustadir, le 29 août 1997
Chère Helga,

Certains meurent de causes extérieures. D'autres meurent parce que la mort depuis longtemps soudée à leurs veines travaille en eux, de l'intérieur. Tous meurent. Chacun à sa façon. Certains tombent par terre au milieu d'une phrase. D'autres s'en vont paisiblement dans un songe. Est-ce que le rêve s'éteint alors, comme l'écran à la fin du film ? Ou est-ce que le rêve change simplement d'aspect, acquérant une autre clarté et des couleurs nouvelles ? Et celui qui rêve, s'en aperçoit-il tant soit peu ?" (p. 9)

Bjarni Gislason, fermier et pêcheur, écrit à Helga tout au long du livre. Il l'a aimée du plus profond de son être et a vécu avec elle une passion. Elle, vivait dans la ferme voisine avec son mari Hallgrimur et leurs deux enfants. Lui, était en ménage avec Unnur, une femme qui ne pouvait pas avoir d'enfant. Vous comprenez maintenant pourquoi leur amour, bien que passionné et puissant, soit resté un secret.

Mais pourquoi Bjarni écrit-il maintenant ? Âgé et solitaire il livre ses tourments qui, toute sa vie durant, n'ont cessé de l'occuper. A travers des jumelles, des moments volés, ce petit couple de fermiers prend forme dans une terre reculée où les travaux manuels occupent petits et grands. Un autre quotidien s'esquisse, bien éloigné de la fascinante vie citadine de Reykjavik. Nous sommes en effet dans le canton d'Hörgá, situé dans le nord de l'île où la civilisation fait peur et où les bonheurs simples sont dans les champs. Ce sont les animaux qui rassurent à travers l'élevage de moutons et la pêche quotidienne. Toute une poésie de la nature transparait dans cette relation intime : le souffle du vent, les vagues capricieuses, le foin et les odeurs...

Cela tient véritablement du conte que cette histoire transcrite en long monologue bouleversant de sincérité, si proche des ressentis mais aussi agité par la crainte perpétuelle de laisser échapper un bonheur tout à portée.

"J'ai fantasmé pour combler les lacunes de mon existence, compris que l'être humain peut faire de grands rêves sur un petit oreiller." (p. 104)

Tous les ingrédients sont là pour en faire un étonnant coup de cœur en pleine campagne islandaise, en un autre temps, vers d'autres amours. C'est doux et sensible et les mots demeurent, en suspens, dans une valse des émotions.

Livre offert par mon amoureux. Aucun doute, c'est une (super) bonne pioche !


Les perroquets de la place d'Arezzo
Les perroquets de la place d'Arezzo
par Eric-Emmanuel Schmitt
Edition : Broché
Prix : EUR 24,90

27 internautes sur 35 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Chassé-croisé amoureux, 26 août 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les perroquets de la place d'Arezzo (Broché)
Ici, le très médiatique Schmitt nous convie à une partie de dupes où charme et sexualité se disputent les faveurs de protagonistes pris au piège.
Avec Schmitt j'étais habituée aux courts récits, aux nouvelles ou à du théâtre plutôt bref (rien de péjoratif là-dedans). Mais le dernier venu de cette rentrée littéraire tient un peu de tout à la fois et m'a plus d'une fois fait penser à un bon vaudeville bien étoffé quantitativement.

A Bruxelles, autour de la place d'Arezzo, tous les habitants reçoivent une mystérieuse enveloppe avec ce petit mot "Ce mot simplement pour te signaler que je t'aime. Signé : tu sais qui."

Eh bien, je ne sais pas ce que vous en pensez mais moi je trouve le concept brillant car cette déferlante d'amour venue d'un expéditeur inconnu engendre tout un lot de rencontres, malentendus, quiproquos et même trahisons. Tous croient en leur admirateur secret mais, bien sûr, il diffère pour chacun.

Du couple de gays instable à l'homme politique frustré en passant par les fleuristes, jardiniers ou autres familles dé ou recomposées... le quartier se dessine par petites touches. Le déclencheur que constitue ce bout de papier permet des connexions entre ces voisins perpétuels, spectateurs ordinaires d'un "coup monté" bien au-delà de leur seul ressort. Au centre de la place, aras, perroquets et autres volatiles exotiques peuplent de leurs couleurs et de leurs cris la scène commune. Entres humains et volatiles un certain accord se crée : là où une douce folie règne à l'extérieur, cela s'agite aussi dans les ménages.

Le roman est divisé en plusieurs parties : "annonciation", "magnificat", "répons", "dias irae" qui sont autant de tableaux où les diverses histoires évoluent mais où la trame elle-même prend le lecteur à témoin d'une gigantesque machination. Comme dans une pièce de théâtre, on assiste à plusieurs actes où les personnages sont les pantins d'un corbeau anonyme qui ne semble pourtant pas leur vouloir du mal. Mais qui sait...
Comme dans tous les romans de Schmitt, et encore plus avec celui-là, l'intrigue est extrêmement bien construite et l'auteur nous balade avec un entrain tout à fait palpable parmi ce petit peuple des abords d'Arezzo, forcé de communiquer, bousculé par un mot anodin qui trouve en chacun un écho particulier. On s'y laisse prendre à ce roman et, pour ma part, ça a été une lecture ininterrompue des plus plaisantes qui m'a procuré curiosité, jubilation et même "émoustillage" (car cela dévie parfois sur des terrains bien plus érotogènes).

- En sexualité, le raffinement est féminin.
- Le raffinement ou la perversion ?
- Perversion, c'est le mot bourgeois pour raffinement. Nous, les femmes, nous sommes plus inventives, plus romanesques, plus aventureuses, car nous sommes complexes. Déjà, ne serait-ce que parce que, physiquement, nous avons trois manières de jouir.
- Trois ?
Elle se redressa, nue, lui fourra son pubis sous le nez.
- Devant, milieu, derrière. A cela, tu ajoutes le cerveau. Quatre ! (p. 332)

Qu'il est impertinent et racoleur ce Schmitt ! Il a bien fait de tenter la comédie de mœurs à l'échelle locale car le puzzle amoureux, libertin, enfiévré s'assemble à merveille.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Sep 5, 2013 8:04 PM MEST


La singulière tristesse du gâteau au citron
La singulière tristesse du gâteau au citron
par Aimee Bender
Edition : Broché
Prix : EUR 22,50

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Ma madeleine de Proust à moi, 29 juillet 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : La singulière tristesse du gâteau au citron (Broché)
D'entrée de jeu je dois avouer que je me suis précipitée sur ce livre pour son titre éloquent et, ô combien, intrigant. Quel qu'ait été le contenu, je m'y serais mise car ce titre était un appel du pied à la gourmandise et je ne peux que remercier la traductrice d'avoir conservé l'idée originelle (The particular sadness of lemon cake).

Rose Edelstein a 9 ans lorsqu'elle croque une part du fameux gâteau confectionné par sa mère. L'envahit alors un sentiment confus qui reflète la prédisposition d'esprit de sa mère. C'est le vide et un manque qui s'inscrivent dans chaque bouchée jusqu'à l’écœurement. De ce jour où la cuisinière s'est livrée dans son plat comme à livre ouvert, Rose devine les émois, la colère, l'agacement de ces gens qui la nourrissent.

L'idée de départ m'a beaucoup plue et me laissait penser que la fillette jouerait de son don pour tourner les situations à son avantage. Mais cette espèce de voyeurisme gustatif la maltraite, elle qui devient cobaye de tous les maux du monde à travers les aliments courants. La solitude s'insinue et Rose ruse pour échapper aux repas de la cantine, aux plats de sa mère criant un vide existentiel.

Si c'est la mère qui a déclenché le phénomène avec ce gâteau au citron, c'est aussi elle qui semble la plus désarmée dans la famille. Mariée à un homme peu démonstratif, elle s'exprime aux fourneaux, tâche qu'elle adore. Le père de famille est atypique puisqu'il se fait discret dès le départ (l'anecdote de sa non-venue à la maternité pour les accouchements en est troublante). Comme si l'envie qui sous-tendait était de s'effacer.

Il y a aussi le frère aîné, Joseph, le préféré de la famille car surdoué et précoce en tout. Lui qui n'a jamais bien tenu son rôle de conseiller et d'allié a pourtant désinvesti jusqu'à la dernière portion de ce qui semble être la famille. Et s'ensuit incompréhension, silence et tourments intérieurs...

J'aime vraiment beaucoup la plume de l'auteur qui fait passer mélancolie, douleur ou simplement douceur de vie. De la tendre enfance de Rose à l'âge adulte de l'envol du cocon, on suit ce carré familial hanté par des non-dits, des soubresauts d'instinct de liberté à la volonté farouche de se retrouver.

C'est tout à la fois beau et simple, exagéré et fort juste ! Cela interroge sur sa madeleine de Proust personnelle et sur ce qui fait la richesse de ceux qui nous entourent.


Seuls le ciel et la terre
Seuls le ciel et la terre
par Brian Joseph Leung
Edition : Broché
Prix : EUR 22,50

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Un grand roman d'aventure, 2 juin 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Seuls le ciel et la terre (Broché)
Je dois bien avouer que j'ai succombé à l'appel de ce livre pour quelques raisons assez arbitraires et superficielles. D'une part la couverture me plaisait, car la nature est une échappatoire formidable pour la fiction. Quant au titre, il est mystérieux et poétique (titre original : Take me home) et me plait bien plus en français.

Passons au sujet qui est celui d'un retour dans le Wyoming d'une femme, Adele Maine, après avoir déserté pendant quarante ans. Nous sommes en 1927 et Dire Draw, petite ville minière a connu de multiples évolutions qui se sont parfois faites dans la douleur. Avant, les hommes ont afflué dans le coin pour prendre du travail à l'Ouest, dans les mines ou dans la construction de lignes de chemin de fer. Adele, dite Addie, rejoint son frère Tommy et se trouve confrontée à un paysage aride et difficile. Elle rencontre des groupes de Chinois, importés pour travailler dans des conditions extrêmes au côté de "blancs" (Tommy en fait partie) dans une lutte de chaque instant pour survivre et gagner son pain.
Addie découvre un contexte économique difficile où les femmes n'ont pas leur place. Plus grave, elle observe le dénigrement de ces Chinois, victimes de racisme par les locaux. Surnommés les "Coolies", ils sont considérés comme des bêtes et ne "doivent" être fréquentés que dans un rapport pécunier : les employer, voilà leur seule condition en ce temps-là.

Addie pourtant s'escrime à établir du lien avec ces Chinois déracinés. Ainsi, elle fait la connaissance de Wing Lee, un homme à son service en qui elle gagne un ami. Tommy préfère lui présenter un gars comme il faut, Muuk, quelqu'un d'intégré dans le cercle avec qui il vaut mieux être vu. Addie se laisse embobiner et se marie avec Muuk. L'amour est assez loin des préoccupations et c'est l'environnement, le contexte économique, qui metlent les nerfs à rude épreuve tandis que les conditions de travail sont déplorables. Bien sûr, la catastrophe n'est jamais loin !
Addie se montre héroïque lors de l’effondrement d'une mine où elle vient secourir des Chinois pris au piège. Elle n'hésite pas à se sacrifier pour sauver son prochain et son sens de la justice pourrait bien la perdre. La question est donc, pourquoi a-t-elle fui ? Que cherche-t-elle a résoudre en revenant dans ce Dire Draw qui la réclame ?

L'intérêt de cette histoire est d'une part romanesque car Brian Leung plante un décor qui m'a parachutée dans un grand Ouest plein de tensions, où le racisme est quotidien. J'ignorais qu'il y avait eu des vagues d'immigrations d'étrangers venus chercher du travail dans les mines ou la construction de chemin de fer (on leur garantissait le rêve américain puis, sur place, ils étaient forcés de rester pour rembourser le transport). Mais la méfiance et le rejet latent ont bel et bien abouti à une émeute en 1885 à Rock Springs.
Il y a donc une part historique à cette fiction et ce personnage d'Addie a été le prétexte à un lien entre Chinois et Blancs. Là où les hommes s'évitaient, une femme a pris les devants pour s'intégrer auprès des uns et des autres. C'est courageux et Addie parait bien être héroïque !
Le style est assez prenant même si le rythme est lent et qu'il m'a été difficile de me situer dans les différents allers-retours dans le temps. J'avais parfois du mal à savoir à quel moment se situait l'action (avouez que c'est embêtant !).

Mais la collection Terres d'Amérique est une fois de plus garante d'un bon cru et il ne faudrait pas s'y tromper, Brian Leung nous plonge dans un bon roman américain, où personnages et action ne demandent qu'à changer l'Histoire.


Origami Yoda, Tome 2 : Kraft Vador contre-attaque
Origami Yoda, Tome 2 : Kraft Vador contre-attaque
par Tom Angleberger
Edition : Broché
Prix : EUR 10,90

Aucun internaute (sur 1) n'a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Star Wars à la sauce humour : détonant !, 24 mai 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Origami Yoda, Tome 2 : Kraft Vador contre-attaque (Broché)
Que d'impatience à lire ce second tome ! Je m'étais littéralement accrochée à la marionnette créée par Denis et à ce récit bien sympathique. Dans cette suite, c'est la consternation car Dennis a été renvoyé du collège McQuarrie du fait de ce fameux Origami Yoda, perturbateur du bon fonctionnement des cours. Une lettre de dénonciation a incité Madame Rabbski à prendre les choses en main et à envisager une prise en charge du jeune élève dans un ERS (Etablissement de Réinsertion Scolaire). En attendant le verdict, tous les protagonistes du premier volume se serrent les coudes pour écrire en quoi Dennis n'a rien à se reprocher.

Chaque ami et proche de Dennis et de son Yoda de papier, se mobilise en effet pour écrire à la commission académique pour montrer en quoi Dennis n'a en rien l'image d'un caïd ou d'un asocial. Certes il est un peu bizarre, certes son Yoda dénote des compagnons habituels, mais il n'a pas à se retrouver viré par l'intervention d'un tiers. Qui se cache d'ailleurs derrière la dénonciation? Peut-être est-ce Harvey, unique détracteur de Yoda, qui lui-même a adopté une marionnette de Kraft Vador qui semble bien incarner le côté obscur de la force.

Revoici un tome bourré d'humour où deux marionnettes se font face : Yoda et ses éternels (bons) conseils ainsi que Kraft Vador et ses intimidations. Les témoignages compilés par l'ami Tommy (qui avait déjà tenu le même rôle dans le premier tome) sont toujours drôles et imagés. Ça se lit avec autant de délectation que le premier opus même si Kraft Vador a bien du mal à s'imposer comme marionnette maîtresse du récit.
Mais là encore, réjouissez-vous, vous pourrez aussi, grâce au mode d'emploi en fin de volume, vous fabriquer votre propre Kraft Vador en origami ! C'est du bonus !


La Sélection - T1
La Sélection - T1
par Kiera CASS
Edition : Broché
Prix : EUR 16,90

5.0 étoiles sur 5 L'occasion de vivre un conte de fées, 24 mai 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Sélection - T1 (Broché)
Quelquefois je me sens comme une adolescente lorsque j'engloutis en une poignée de jours ou d'heures un roman jeunesse. C'est exactement ce qui s'est passé avec ce premier tome d'une trilogie qui s'annonce totalement addictive. D'ailleurs, le deuxième tome, "L'Élite", est sorti tout récemment et je compte bien poursuivre sans trop d'interruption.

Trois cents ans ont passé et les États-Unis ont sombré dans l'oubli. De leurs ruines est née Illeà, une monarchie de castes. Mais un jeu de téléréalité pourrait bien changer la donne.

America Singer a seize ans et fait partie de la caste 5. 1 étant la caste de la famille royale et 8 la caste la plus pauvre des SDF et sans-papiers, 5 fait partie des classes les moins bien loties. L'opportunité d'améliorer ses conditions de vie, à elle et sa famille, se présente lorsque le Prince héritier recherche la femme de sa vie par l'intermédiaire d'une émission télévisée. Toutes les jeunes en âge (16 ans et plus) sont invitées à candidater puis un tirage au sort désignera 35 jeunes filles qui partageront la vie de château jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'une.
Toutes les castes sont mises à contribution mais il est évident que les castes les plus hautes sont sans doute favorisées de par leur éducation et niveau social à se formaliser au protocole royal.
America malgré tout a cette chance formidable de prendre part à l'aventure. Belle et atypique (elle est rousse et l'une des uniques 5), elle gagne le château le cœur en peine car son histoire amoureuse avec Aspen, un 6, vient juste de se terminer.

Ce premier tome est celui qui plante les bases d'un décor incroyable et grandiose, où le conte de fées peut devenir réalité pour qui saura saisir l'opportunité de se distinguer. Même si le personnage d'America ne m'a pas pleinement convaincue (tour à tour colérique, asociale puis extravertie et expansive), cette histoire originale m'a fait passer un excellent moment. Car lorsque l'amour est le but suprême, c'est toujours plein de promesses et de désillusions. De plus j'ai trouvé que ça s'apparentait assez à un Hunger Games à la sauce fairy tail, de quoi appâter toutes les fleurs bleues du coin. Et puis avec une couverture pareille, comment résister? Superbe, tout simplement ! (Pour anecdote, je l'avais pris avec moi aux renseignements au boulot et une lectrice m'a demandé de le regarder alors qu'il était posé sur le bureau)

Bon par contre les noms des personnages font un peu papier mâché car s'appeler America Singer alors que les États-Unis ne sont plus et qu'on a un talent de chanteuse, c'est un peu gros. Quant au Prince, il s'appelle Maxon (est-ce que ça se prononce comme "klaxon" ?) et ça aussi c'est la loose. Heureusement c'est accessoire et on oublie vite les détails.
Avec la découverte de la vie de château, des autres candidates, commence à apparaitre une facette bien moins rutilante dans le quotidien avec des menaces et intrusions dans le palais. Les castes connaissent de grands fossés où misère et richesse se côtoient dans la douleur. Voilà qui demande à être approfondi !

Mais le livre a bien plus de points positifs que de bémols et je n'ai qu'une envie c'est d'enchainer sur les tomes 2 et 3 très, très vite. Voilà une trilogie à mettre entre les mains d'adolescentes récalcitrantes à la lecture...


Rideau !
Rideau !
par Ludovic Zekian
Edition : Broché
Prix : EUR 11,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 La fin d'un monde, 5 mai 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Rideau ! (Broché)
A La Tour du Pin, la mère de Ludovic Zékian a tenu une maison de la presse où elle a investi temps et argent et y a mêlé son fils. L'histoire commence sur le début du commerce qui est, somme toutes, florissant avec de multiples projets et de belles vitrines appâtant la clientèle.
Mais les années passent et la crise se fait sentir partout. Les livres ne sont pas le défouloir tant espéré et les clients désertent peu à peu. On assiste donc, après l'ouverture pleine de promesses, l'ascension, les clients fidèles, puis la désertion progressive et le temps qui passe plus lentement avant une fin inexorable.

Portrait triste mais juste d'un lieu qui esquisse lui-même deux vies (celle d'une mère et de son fils, qui lui aussi tire le rideau). La mère paraît bien être seule contre tous, alors que son fils obtient son concours sur Paris alors qu'elle, en province, est obligée de vivre dans l'insécurité, ne sachant jamais si le mois sera bon, si les ventes décolleront. On compatit à cette vie de dingue où les dimanches n'en sont pas vraiment, où les horaires se font à rallonge.

Mais la vie n'est pas que morose et la maison de la presse passe aussi par des périodes d'effervescence et de joie :

"Le brouhaha des gens qui se rencontraient par hasard entre deux rayons ou à proximité de la caisse, les cris d'enfants, les remarques impatientes de certains, les apartés entre vieilles connaissances perdues de vue qui privatisaient un coin du magasin à l'écart de la foule pour prendre des nouvelles et rattraper en quelques minutes le temps perdu, les landaus encombrants, les chiens qui aboient après s'être reniflés, toute cette vie je l'ai connue, je l'ai vécue.
Mes dimanches." (p. 97)

L'auteur a une jolie plume qui retranscrit parfaitement l'ambiance d'un lieu que, moi, j'affectionne comme une seconde maison (ex-aequo avec la bibliothèque). Et c'est rageant de voir ces passionnés qui ont cru en leur projet lentement se faire une raison. Si la crise ébranle les foyers, pourquoi épargnerait-elle les petits commerces? Que de regrets de laisser filer ces lieux de culture à taille humaine !


Un jour, nous nous raconterons tout
Un jour, nous nous raconterons tout
par Daniela Krien
Edition : Broché
Prix : EUR 19,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Histoire d'amour de l'ombre, 5 mai 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Un jour, nous nous raconterons tout (Broché)
Nous sommes en Saxe, en ex-Allemagne de l'Est au lendemain de la réunification. Maria Bergmann a seize ans et a quitté sa mère pour s'installer avec son petit-ami dans sa famille. Elle est logée à l'étage avec Johannes Brendel, un jeune garçon de son âge. Toute la famille vit dans une promiscuité forcée avec Frieda, la grand-mère, le vieil Alfred, Siegfried le père, Marianne la mère et les frères Johannes et Lukas. Même si elle n'est pas une réelle charge, Maria est intégrée au ménage et tente de se rendre utile. Mais la motivation fluctue et elle quitte finalement le lycée et passe ses journées à trainer autour de la ferme.

C'est comme ça qu'elle est amenée à rencontrer Henner, un fermier un peu bourru et habitué des bars. De vingt ans son aîné, il est brutal mais non moins cultivé. Avec lui Maria entame une relation torride et tombe éperdument amoureuse. Voisins et aux tempéraments diamétralement opposés, ces deux-là cultivent le mystère et entretiennent un jardin secret insoupçonnable même à leurs proches.

J'ai aimé cette histoire d'amour improbable qui trouve son parallèle avec l'intrigue des "Frères Karamazov" de Dostoïevski. Sachant que les Karamazov est un de mes bouquins préférés, j'ai aimé ce livre à tiroirs où dans l'histoire seconde se joue aussi le nœud de l'intrigue. Dommage néanmoins que le personnage de Maria, bien que conscient du mal de la situation, n'évolue pas dans un cheminement intérieur. Même si elle se laisse guider par l'amour, elle est beaucoup trop objet des désirs de son environnement immédiat. J'aurais voulu un personnage avec plus de poigne et de violence, capable d'indépendance et d'initiatives. Je m’énerve toujours un peu lorsque je me retrouve avec un narrateur trop passif que j'aurais envie de secouer pour lui dire d'assumer, quel que soit son choix de vie.

Mais pour la période évoquée, pour le lieu de l'action et pour cette belle histoire d'amour, le livre vaut le coup d'être ouvert !


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