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M. Cyrille
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Batman Arkham Asylum
Batman Arkham Asylum
par Grant Morrison
Edition : Relié
Prix : EUR 19,00

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Soul asylum, 7 août 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Batman Arkham Asylum (Relié)
Vous vous souvenez sûrement de Jack Nicholson dans le premier blockbuster sur Batman, avec des acteurs bankables (Kim Basinger quoi) et un réalisateur ayant une assise artistique et critique (Tim Burton). Il cabotinait dans son rôle de Joker, il riait sans cesse, faisait des moulinets avec ses bras, ne tenait pas en place et surjouait absolument tout. Si ça se trouve il faisait la fête avec Prince, ça ne devait rien arranger.

Le seul Joker digne de ce nom au cinéma n'est arrivé qu'avec le second Batman de Christopher Nolan, interprété par Heath Ledger, habité, suintant la folie et la saleté, ne respectant rien. C'était en 2008, soit près de vingt ans après le premier Batman avec Nicholson.

Sorti la même année que le Burton (en décembre 1989), Arkham asylum est un one-shot de 128 planches sur le chevalier noir, ne faisant pas partie d'une continuité de la série, mais qui pourrait avoir lieu à différentes époques, une parenthèse universelle, élaborée par deux jeunes auteurs qui allaient exploser après une dizaine d'années de carrière. Il met en scène le joker de 2008 et a révolutionné le monde du Batman. Totalement hors-série, il est le roman graphique original américain le plus vendu (près d'un demi-million d'exemplaires en comptant les traductions).

Son empreinte a marqué durablement l'univers de Batman, l'asile devenant un lieu presque obligé pour les auteurs suivants. Il est la référence directe au jeu vidéo du même titre et de ses suites (depuis 2009), et apparaît dans les films suivants de Batman (Batman Forever, Batman & Robin, et surtout Batman Begins), ce qui donne une idée de la direction désormais suivie par les cinéastes se frottant au mythe de la chauve-souris.

Les auteurs décidèrent de suivre la voie de Watchmen par Alan Moore et Dave Gibbons et de The Dark Knight Returns (ou TDKR) par Frank Miller, deux comics révolutionnaires sur plusieurs points. Tout d'abord, les univers où se déroulent ces bds ne sont pas très éloignées du monde tel qu'il est dans les années 80. Watchmen se passe dans une uchronie, Richard Nixon est toujours président, et seul un être bleu possède des pouvoirs surhumains, les autres costumés étant surtout athlétiques et malins voire riches, descendants de Batman ou de The Question. Quant au Batman de TDKR, il est à la retraite et ne comprend plus le monde qui l'entoure, manipulé par les médias omniprésents, dirigé par la corruption et l'incompétence.

L'âge grim and gritty (noir et réaliste) des comics débutait. Une vision bien pessimiste de l'humanité pèse sur ces deux oeuvres, où l'on n'hésite pas à digresser, raconter des histoires parallèles de personnes désemparées, abruties par la violence dont elles sont les témoins ou les victimes. Les méchants ne sont pas des super-vilains, mais des décisions politiques, la menace de la bombe atomique, la foule enragée, des gamins sans éducation. Moins facile à combattre qu'un énorme Galactus ou un psychopathe extrêmement malin.

Au final, Watchmen et TDKR s'attachent à détourner le sens premier des super-héros. Les comics les représentant avaient souvent été considérés (et non sans raison valable) comme infantiles, de la sous-culture idiote pour jeunes enfants. C'était malheureusement occulter la dimension mythique de ces personnages, qui puisaient eux-mêmes leurs racines dans la religion et les légendes grecques, romaines, celtes, voire de la philosophie (l'übermensch de Nietzsche).

En les remettant au centre du monde réel, Moore et Miller rappellent à tout le monde que non, les super-héros ne sont pas que des histoires pour enfants. Ce sont des hommes qui redonnent espoir au milieu des politiques asociales de Reagan et de Thatcher, des gens droits et foncièrement bons, qui combattent pour la justice et le bien de tous. Des mythes, en somme, des images intemporelles, telles que leurs premières inspirations. Bien sûr, la contrepartie fut violente : les super-héros représentaient soudainement un pouvoir totalitaire, s'habillant de cuir et de bottes qui en rappellent de nombreuses autres (SS ou skinheads, à vous de voir). Mais au moins, on les prenait enfin au sérieux...

Pourtant la trame de ces oeuvres reste tout de même classique : d'abord perdants, les héros grandissent et dévoilent les vérités au fur et à mesure, finissant par triompher. Tous ces personnages ont beau être faillibles et réalistes, ils conservent une intégrité à laquelle le lecteur ne peut qu'adhérer. Ils restent des héros. Il fallait donc d'autres auteurs comme Alan Moore et Dave Gibbons pour une nouvelle génération de comics et de lecteurs. N'étant pas originaires des Etat-Unis d'Amérique (le berceau des super-héros), mais Anglais, on alla donc débaucher de jeunes auteurs d'Angleterre et d'Ecosse, dont Grant Morrison et Dave McKean. Contrairement à ses pairs, Grant Morrison commence par détester le grim and gritty. C'est pour lui une trahison de l'âge d'or et de l'âge d'argent, un avilissement d'êtres purs et positifs. Mais il sait que le public désormais adulte peut aller plus loin et ne pas uniquement se complaire dans une violence graphique toute nouvelle. C'est pourquoi il prend directement le contre-pied de Watchmen et TDKR en imaginant Arkham asylum. Ici, le héros n'est pas visible, il est un concept, souvent représenté comme une ombre informe surmontée d'une autre ombre informe à deux pointes tendues vers le ciel. Il n'est pas un héros que l'on veut suivre. Il est le lapin de Alice qui nous entraîne dans un cauchemar.

Car devenus inquiétants et symboliques, les super-vilains présents dépassent les cadres, terrifient le lecteur, telles des entités toutes puissantes du rêve. L'intemporalité et l'universalité de Arkham asylum se base sur l'oeuvre de Lewis Caroll. Il commence et termine avec une citation de Alice au pays des merveilles, sur des fonds imaginés par Dave McKean, montages photographiques de détails mécaniques, de sols craquelés, de fossile. Et sans s'en rendre compte, le lecteur entre dans le cauchemar. Il en sortira de la même façon.

L'histoire est simple : tous les super-vilains que Batman a fait enfermer dans l'asile d'Arkham se sont rebellés et ont pris le personnel en otage. Ils ne les relâcheront que si le chevalier noir les rejoint, pour une partie de chasse vengeresse. En parallèle, Arkham lui-même nous raconte son histoire, car tout n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît. Le destin tragique d'Arkham finalise la personnalité de l'asile, château labyrinthique effrayant, maison d'horreur. Nous sommes déjà loin d'un danger à arrêter, d'une menace mondiale, nous sommes dans un théâtre bien délimité, une attraction de fête foraine horrifique. L'asile d'Arkham condense toute l'ambiance gothique et sombre de Gotham où les fous sont lâchés. C'est dès le début que l'on comprend le sujet : Batman ne serait-il pas aussi fou que ces super-vilains ?

Nous sommes donc face à une oeuvre psychanalytique, qui va pousser Batman (mais jamais Bruce Wayne; le Joker refuse qu'on lui enlève son masque, puisque c'est son vrai visage) dans ses retranchements. Représenté comme une ombre, Batman n'est pas un héros, mais un être acculé, ne se battant que contre ses démons pour survivre, n'hésitant pas à pousser la chaise roulante du Docteur Destin dans les escaliers, horrifié d'être approché par la maladie représentée par Gueule d'argile. Le lecteur n'a pas peur pour Batman, le héros infaillible. Il a peur de lui, de l'animal apeuré mais puissant qui tente d'échapper à sa prison de fous. Après avoir ainsi démythifié Batman, l'autre facette de ce cauchemar devait également se différencier de Watchmen et de TDKR dans son traitement graphique. Il fallait oublier les cases, la narration linéaire par planche, il fallait draper le tout dans une véritable toile de Bosch.

Cette nouvelle édition de Urban comics reprend la version "25th anniversary" avec une centaine de pages de bonus, où le scénario original est annoté par Grant Morrison lui-même. Si on y découvre des anecdotes toujours bienvenues (Neil Gaiman posant pour Dave McKean lorsque Batman se transperce la main, le refus de Dave McKean de dessiner Robin, la volonté de dessiner des tests de Rorschach comme de vraies tâches d'encre et non des symboles symétriques comme dans Watchmen), on comprend surtout combien cette bd est l'oeuvre de deux visions.

Dans le scénario original, Grant Morrison déroule l'action comme une bd classique. Si un autre dessinateur l'avait pris en main, il aurait sans doute donné un clone de The Killing Joke, autre one-shot sur Batman par Alan Moore (encore lui !) et le non moins talentueux Brian Bolland (je suis fou du trait de Bolland) qui confronte encore une fois le Joker et Batman sur le thème de la folie. Mais Dave McKean est un illustrateur, il sort des beaux-arts, et le scénario rempli de références psychanalytiques, religieuses, mystiques, mythiques, ésotériques et artistiques de Morrison est pour lui l'occasion d'en faire une interprétation. Supprimant des passages complets d'actions secondaires ou trop classiques, il s'approprie le script, suggère souvent plus qu'il ne montre, et transforme ce qui devait être une bd en fresque contemporaine. D'ailleurs Morrison sait avec qui il collabore, découpe son scénario en séquences et non en planches, et donne toute liberté au dessinateur. Celui-ci s'en donne à coeur joie, mélange les dessins à des collages, des photos, superpose les éléments du décor plutôt que de représenter le décor lui-même, et efface toute humanité des personnages.

Car il s'agit également d'onirisme, les contours ne peuvent pas être clairement définis. Les thèmes doivent être ressentis, perdus dans un maëlstrom de traits et de couleurs. Grant Morrison a beau, comme ses pairs Neil Gaiman et Alan Moore, être très verbeux dans son scénario, il s'oppose à leurs diatribes à rallonge en épurant le texte. Les dialogues et les textes de pensées de Batman ou de Arkham brillent par leur concision. Ils vont droit à l'essentiel, mais cachent également toute la volonté référentielle de cette histoire, qui fait notamment appel à Aleister Crowley, Carl Jung, le christianisme et les croyances médiévales, parsemant de symboles chaque image. Je vous rassure : je n'en connais pas le quart de la moitié, mais j'ai tout de même saisi l'ambiance voulue. En conclusion, un choix cornélien : faut-il faire face au miroir ou le traverser ?
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 8, 2014 9:08 PM MEST


Les Chansons de l'Innocence Retrouvée
Les Chansons de l'Innocence Retrouvée
Prix : EUR 9,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Saint Lunaire sunday morning, 21 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Chansons de l'Innocence Retrouvée (CD)
Voyage en Italie, classe de quatrième. J'ai une cassette compilant les tubes du moment, surtout en Français. Notamment la terrible Thaï Na Na de Kazero. Mais deux titres retiendront mon attention : C'est comme ça des Rita Mitsouko et Duel au soleil d'Etienne Daho.

N'ayant malheureusement pas, à l'époque, la culture de l'album, j'ai perdu l'occasion de m'offrir Pop Satori. C'est-à-dire beaucoup de temps perdu, de discussions ratées et de situations qui auraient pu changer mon histoire. J'en ai presque des regrets, à bien y penser. Et puis les Rita étaient plus rentre-dedans, quand même (et leur clip de C'est comme ça est toujours super).

Alors qu'en fait, sa musique marie la pop anglaise à la variété française, mais une variété constante de bon goût. Daho, c'est à la fois le Bowie et le Springsteen français : un dandy élégant d'abord et avant tout fan de rock, et un fer de lance national qui ne veut jamais se répéter d'album en album, tout en gardant une intégrité.

Daho a commencé avec l'électronique, le son des années 80. Mais pour y placer des chansons pop mélancoliques aux mélodies inédites. Avec la sortie de La notte, La notte..., son second album, la critique a été visionnaire : "Daho est de la trempe des grands, le genre d'oiseau au-dessus de la mêlée, de ceux qui font une carrière et accompagnent une vie." (dans Best) / "Un succès qui vient casser les cloisons imbéciles." (dans Rock and Folk).

Car ses chansons, une fois remixées, deviennent des tubes hédonistes de discothèques, étrange destin pour des ritournelles censées traduire un certain désarroi de la jeunesse (il faut souligner que les lignes de basse sonnent toujours bien, c'est plus simple pour la transition). "Pour te voir, cinq minutes encore, à Sable d'Or près des dunes" (Tombé pour la France) : le tableau est parlant mais concis, il en cache beaucoup mais l'ambiance est saisie dès le stade de l'adolescence. Forcément, ça touche. Il joue moins avec les mots comme pouvaient le faire Bashung et Gainsbourg, mais ils deviennent tous poétiques dans sa voix discrète et douce.

Puis Daho a suivi les modes des productions sans jamais se départir de ses visions, et aboutit trente ans après La notte... aux Chansons de l'innocence retrouvée. De deux choses l'une : soit l'innocence a été perdue il y a bien longtemps, avant même d'écrire des chansons, soit elle n'est jamais partie, tant le disque semble couler de source. Le single La peau dure et son entêtant riff de guitare sur trois cordes rappelle les La's et la pop "twee" anglaise de Belle & Sebastian. Mais ici, une fois encore, les paroles n'ont rien de naïf.

Aucun titre ne démérite, tous se disputent la première place. Evidemment, la participation de Dominique A. boucle le sujet, ces chansons sonnent méchamment rock. Mais globalement un rock noir et blanc de chez Stax, comme Bowie voulait le copier dans Young Americans. Avec des cordes, aussi (cf. Spector, Françoise Hardy, Swinging 60s, Blur, To The End).

Ce disque n'a pas de genre, il les mélange tous, et tous peuvent l'écouter en y prenant plaisir, le fan de Goldman comme celui de Bowie, celui de NTM comme celui de Metallica. A condition de retrouver l'innocence qui abat les murs de l'enfermement volontaire.


Featuring Birds
Featuring Birds
Prix : EUR 16,97

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 I'm singing in the rain, 26 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Featuring Birds (CD)
En musique, il ne faut jamais rester sur des a priori. Lorsque j'ai découvert Featuring "Birds", c'est un album que j'ai trouvé très sympa. Puis je suis passé à autre chose.

Je n'ai donc aucune explication satisfaisante pour l'amour que je porte désormais à ce disque. Il ne m'a pas fallu beaucoup d'efforts, une simple réécoute a changé mon fusil d'épaule. Peut-être était-il mieux tombé, peut-être que son ambiance joyeusement pessimiste me parlait plus.

Quasi est un pur produit de rock indie, formé par un ancien couple à la ville, Janet Weiss (batteuse des furieuses Sleater-Kinney) et Sam Coomes (guitares et claviers de Heatmiser, où sévissait également Elliott Smith), débutant dès 1993 dans leur banlieue de Portland. Featuring "Birds" est leur second disque pour le label indépendant Up Records de leur ville, enregistré et diffusé en 1998.

Oui, ça remonte, mais il n'est jamais trop tard pour la découverte. Imaginez, je suis nul en Megadeth, en Creedence Clearwater Revival, en Charlie Mingus et j'en passe.

Sur la forme, c'est forcément un peu brouillon, un peu vaporeux, un peu bruyant ; on est chez les indés. Mais cela n'a pas d'importance, c'est sans doute même l'objectif. Surtout qu'avant les guitares, c'est le clavier qui prédomine. Un clavier qui sonnerait comme un clavecin des années 60 et épaulé par une batterie virtuose. Le jeu de batterie de Weiss me ravit, et c'est sans doute une des raisons pour laquelle j'aime autant ce disque (pour d'autres batteuses ravissantes, voir Prince, Lenny Kravitz et Helms Alee, entre autres).

Le tout est résolument pop et enjoué. La marque de fabrique de Quasi, c'est peut-être de ne jamais commencer un morceau tel qu'il finit, mettant toujours en danger les idées développées, ne cédant rarement qu'au couplet-refrain. La voix de Coomes transpire l'humilité, reste un poil nasillarde et toujours dans les hauteurs, mais pas autant que Sting ou Daniel Balavoine.

Sur le fond, c'est très drôle. Car très déprimé. L'exemple le plus flagrant de cette scission antinomique apparaît au début de la chanson California : quelques lents accords de clavier accompagnent l'assertion "La vie est idiote et grise, au mieux elle est à peine correcte, mais je me réjouis de vous annoncer que la vie est également courte" avant d'exploser en hymne de terrain de basket, limite foire (mais on est pas chez les Dresden Dolls quand même), où il est question d'être content d'être en Californie et de déconner avec les touristes.

Toutes les paroles sont de cet acabit. Il suffit de lire les titres. On commence avec "Notre bonheur est garanti" pour terminer par "Seul le succès pourrait maintenant me faire échouer". Mais dans la joie, on valse même en chantant "You F***ed Yourself", on croone sur l'abandon total de "I Gave Up", qui se clôt trop abruptement pour ne pas faire sourire. Ce bonheur aliéné n'est interrompu que par deux minutes de réels chants d'oiseaux, le "Birds" du titre de l'album.

Par contre je m'interroge toujours sur la nature de cette pochette, de son but final. Une timbale chinoise cérémoniale destinée à contenir du vin (jusqu'à la lie ?). Quasi semble en tout cas avoir trouvé la solution à la frustration quotidienne et aux grands obstacles de la vie (rupture, maladie...) : la transcender par de la musique rythmée et des chants communicatifs. Comme dans une comédie musicale.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 6, 2014 2:58 PM MEST


Entre la plèbe et l'élite
Entre la plèbe et l'élite
par Jean-Noël Lafargue
Edition : Broché
Prix : EUR 25,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Du 9 avec du vieux, 26 juin 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Entre la plèbe et l'élite (Broché)
J'ai longtemps abandonné la bande dessinée. Je ne me reconnaissais plus dans ces grands formats devenus trop chers et qui n'apportaient rien de neuf, mes idoles se répétaient ou ne dessinaient plus, les comics étaient devenus vulgaires (j'ai tenté Gen 13 et Witchblade, pas de bol).

L'intérêt est revenu avec la nouvelle vague, avec Larcenet surtout. Puis les fondateurs de l'Association, et au fur et à mesure, je me suis retrouvé à lire des comics en anglais. Tellement j'avais perdu de temps.

Avec l'âge, les envies et les désirs s'affinent, je ne voulais plus être pris pour un enfant, pas après Watchmen. Il me fallait du sérieux.

C'est à ce moment que je me rendis compte que la bande dessinée était perçue soit comme un art rétrograde et infantile, où seuls Astérix et Largo Winch était citées, soit comme hermétique et obscur, ressemblant plus à des tableaux compliqués, telle l'Ascension du Haut-Mal de David B.

Il fallait se rendre à l'évidence : la bd n'était plus un art populaire et anodin. Il devint un mode d'expression aux diverses castes, tout comme le cinéma qui semble scindé en deux depuis longtemps : celui des blockbusters et celui d'auteur.

Jean-Noël Lafargue est maître de conférences en école d'art. Il s'intéresse à de nombreux sujets, de l'informatique à sa représentation cinématographique, de tout ce qui traite de l'image en général, mais également à la politique, aux croyances, aux rapports entre machines et hommes, aux médias, à l'espace public architectural et social.

Il tient de nombreux blogs très intéressants et a participé à nombre d'émissions de télévision et de radio lorsque son livre Les fins du monde est sorti.

Dans cet essai très justement nommé "Entre la plèbe et l'élite, les ambitions contraires de la bande dessinée", il s'attelle à faire un historique assez complet (mais succinct) de la bande dessinée à travers l'histoire, puis à travers deux prismes concurrents : l'histoire de son rejet puis celui de sa légitimation.

Les recherches documentaires sont conséquentes (mais peu illustrées), ce qui favorise l'appréhension de ces pionniers des siècles passés qui ont eu un succès quasi mondial avant de disparaître avec les formats des journaux et la guerre de 1939-45.

Il y est question de Comics Code, des premiers clubs de bande dessinée, des premiers geeks, et d'exemples frappants de représentants prestigieux de la bd, sur tous les continents.

L'ouvrage est intéressant pour plusieurs raisons. La somme d'informations historiques contenues, même si elle ne doit pas être exempte d'erreurs, est un premier atout. Voir l'évolution de dessins accompagnée de texte reste fascinant et résume également l'histoire des médias et l'évolution de leur perception.

Le second atout tient dans cette dichotomie entre acceptation et rejet, comment de grands artistes venus d'horizons divers (cinéma, littérature, philosophie) vont devenir de fervents défenseurs tandis qu'ailleurs, la crainte et la peur vont se cristalliser autour d'un média pourtant varié, comme le sont de nos jours les jeux vidéos : rappelez-vous des premières frondes contre les mangas, de la censure de Lug dans les années 80.

Car contrairement au cinéma ou à la littérature, la bande dessinée ne semble pas encore complètement acceptée comme un media de masse à plusieurs facettes, malgré sa production énorme.

Aujourd'hui encore, les malentendus perdurent : nouvelle économie florissante mais paupérisation des auteurs, titres nombreux mais répétitifs, et amalgames entre comics forcément de super-héros et mangas forcément violents ou obscènes.

Les conclusions de Jean-Noël Lafargue soulèvent bien des questions et ses remarques sont foncièrement pertinentes ; elles sont le troisième atout de cet essai. Par exemple, l'auteur met en parallèle la bd avec d'autres moyens d'expression, ce qui ouvre ainsi d'autres perspectives dans une approche globale de la transmission des histoires, des sensations, de l'art en général.

Enfin, de nombreuses pistes et conseils apparaissent en fin d'ouvrage afin de parfaire sa culture bédéistique. Je connaissais beaucoup d'oeuvres citées, mais n'avais jamais entendu parler de nombreuses autres, ce qui prouve encore une fois la richesse de ce media.

L'objet lui-même ne manque pas de défauts car certaines coquilles s'y trouvent (deux notes de fin d'ouvrage n'apparaissent jamais dans le texte) et le nombre peu élevé d'illustrations reste frustrant. Mais la maquette est belle et le format très agréable.

Comme la plupart des ouvrages de ce type, les lecteurs plus ou moins aguerris pourront s'y replonger souvent, que ce soit pour la chronologie ou le mouvement particulier de tel ou tel auteur, ou retrouver des questions qui peuvent survenir en relisant une bande dessinée.

Pour finir, il faut que je salue la couverture que je trouve très réussie et qui résume bien l'idée du livre : on y voit un banc de musée devant un cadre. Ce cadre ne contient pas de tableau de maître, mais une planche de bd noire et blanche tirée d'un reportage bd de Blutch et Menu édité à l'Association, La présidente.

Blutch condense à lui seul plusieurs points de vue de la bd : découvert par Fluide Glacial, il raconte des histoires humoristiques absurdes avant de devenir une sorte de dieu du dessin qui s'amuse à détourner les codes de la bd pour faire des oeuvres de plus en plus obscures, de plus en plus axées sur le rapport entre le dessin et l'action de dessiner, en multipliant les moyens ou les réduisant (un album uniquement fait au stylo, un autre uniquement avec deux fusains de couleurs différentes...).

Entre la plèbe et l'élite parle de l'évolution de la bd dans son ensemble. Soit un média tiraillé entre la culture populaire et la culture érudite, entre l'enfance et l'état adulte, entre ses premiers objectifs de divertissement et son statut d'art créatif à part entière, de son amateurisme à sa professionnalisation.


Hissing Fauna, Are You the Destroyer
Hissing Fauna, Are You the Destroyer
Prix : EUR 14,00

5.0 étoiles sur 5 X Factor, 23 juin 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Hissing Fauna, Are You the Destroyer (CD)
Ils ont toujours existé, mais j'ai l'impression qu'ils sont de plus en plus nombreux : les artistes multi-instrumentistes seuls maîtres à bord et auto-producteurs ont pas mal percé dans les années 2000. Avant, il y avait Elliott Smith, Prince, Beck, même Stevie Wonder. Et puis sont arrivés les Conor Oberst (plus connu avec son groupe Bright Eyes), Andrew Bird, Sufjan Stevens et Kevin Barnes de Of Montreal. Il doit y en avoir moult autres.

Notez bien que ce n'est pas un groupe canadien, mais de Athens en Géorgie, berceau des romantiques R.E.M. Tout comme ses collègues cités plus haut (jetez donc une oreille à Illinoise de Sufjan Stevens, c'est un excellent disque), Of Montreal partage cette pop alambiquée et musicalement riche, que ce soit en nombre d'instruments ou en arrangements, cherchant sans cesse à ajouter des couches partout, à rallonger les titres des chansons (exemple : le premier single s'appelle "Heimdalsgate Like a Promethean Curse", mais son refrain qui enchaîne le même mot 'chemicals' est plus facile à retenir ; oui, cela parle de médicaments), à enchaîner les morceaux sans bouffée d'air possible.

Et pas seulement les titres, mais également les albums. Hissing Fauna, are you the destroyer ? est le huitième album de Of Montreal, et il date de 2007. Depuis, ils en ont sorti cinq autres ainsi qu'un recueil de premiers titres. Pour illustrer cette foisonnante activité, les pochettes et les présentations des disques suivent le mouvement : dessins baroques surchargés de détails, colorés, rappelant les hippies, le psychédélisme des années 60, le rococo. Bref, ça déborde à tous les niveaux.

Il faut donc un certain temps pour s'habituer à cet univers chamarré, mais Hissing Fauna fait un peu exception : l'album est plutôt sombre malgré ses refrains endiablés et son rythme trépidant que rien n'arrête (quasi impossible de couper le disque une fois lancé, tout s'enchaîne trop vite), arrivant dans une période de dépression de Kevin Barnes, sa pochette est surtout noire, et le titre pivot de onze minutes rappelle Kraftwerk, de l'electro martiale et répétitive. Malgré tout, la voix ne peut pas se transformer à ce point, et la chaleur et la détresse qui en suintent n'ont jamais la noirceur de la cold-wave. La suite ressemble par moments à du Prince. J'adorerai mettre certains passages pour faire danser les foules.

Comme toujours lorsque je me sens blasé de tout, un objet unique apparaît, et même s'il appartient à un monde nouveau et déjà fourni qui m'est totalement inconnu, il ouvre des perspectives, comble des creux, ose les influences passées sans honte. Le rock est vieux et je me dis presque quotidiennement qu'il est mort, mais il renaît trop souvent pour qu'il ne continue pas malgré tout. Peu importe sa simplicité, il peut se métisser à l'envi. Il mute, il évolue, comme toute forme de vie.


Peeping Tom
Peeping Tom
Proposé par Doremi Musique France
Prix : EUR 7,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 J'aime regarder les filles qui marchent sur la plage, 17 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Peeping Tom (CD)
Tous les ans c'est la même chose : qu'est-ce qu'on prend comme disques pour les vacances ? Ayant depuis longtemps perdu l'habitude d'être au fait des nouveautés et des nouveaux groupes, c'est souvent l'occasion de redécouvrir un vieux disque oublié et/ou de reprendre des valeurs sûres qui accompagneront les longues heures coincées dans le traffic routier, les gares bondées, les aéroports non climatisés et autres joyeusetés du trajet. C'est qu'il faut aussi tenir les bêtes des sièges arrières, les intéresser et les détendre. Dur.

Comme beaucoup d'autres, Mike Patton a rythmé ma vie (souvenirs émus de l'achat de Angel Dust à sa sortie) et comme c'est un boulimique qui ne s'arrête à aucun style musical ni défi (chanter avec Björk, ah, bonne chance !), il ne cesse de produire des projets divers, de multiplier les collaborations, d'ouvrir les champs d'investigation de ses chants.

Car Patton veut tester la voix dans toutes ses limites. De l'extrême Fantômas au rap des X-ecutioners, du chant italien de Mondo Cane à la bande originale de Crank, ce qui forcément rayonne entre le très bon et le bof.

Peeping Tom (qui signifie "voyeur" en langue anglaise, j'ai du mal à comprendre l'origine de ce mot, en tout cas je le trouve nettement plus réussi que son homologue français) est tout à la fois un disque, un groupe et un projet. Sorti par son propre label Ipecac (le nom d'un puissant médicament vomitif), Patton pousse la présentation même du compact-disc dans une forme inédite, où la languette à droite ouvre un tiroir à gauche pour nous dévoiler un oeil masculin au centre du trou de la serrure.

A part son nombre de titres (onze) et sa durée (courte), Peeping Tom ressemble beaucoup à un disque de rap des années 2000 : uniquement des collaborations à chaque titre, des invités prestigieux (Massive Attack, Norah Jones, et même Bebel Gilberto pour une bossa nova torride), une ambiance de fête, de grosses basses, des insultes et des insanités (sussurées par Norah Jones, c'est encore meilleur), des titres courts faits pour le dance-floor des boîtes de nuit d'Ibiza.

Sauf qu'évidemment, je suis presque absolument certain qu'aucun titre sous cette pochette ensoleillée soit passé à Ibiza. Il faut dire que tout le milieu du disque est joyeux et drôle, chanté, plein de gimmicks de DJ. Mais le premier et le dernier titres ont de fortes reminiscences de Faith No More, et derrière une basse funky pointent soudainement des guitares branchées sur des amplis à lampe de 300 Watts.

Peeping Tom a un frère jumeau, un disque qui m'a très longtemps obsédé, et qui est lui-même un disque d'été, un disque solaire, langoureux ou enfiévré : California de Mr Bungle, autre groupe phare de Mike Patton. Finalement, pour les prochaines vacances, je vais prendre les deux.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 17, 2014 9:54 PM MEST


Yeah
Yeah
Proposé par Funkingdom
Prix : EUR 29,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Histoire des noms, 6 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Yeah (CD)
Toutes les boîtes de communication vous le diront : tout produit doit avoir une identité et une personnalité. Comme chacun de nous. Alors que Nirvana, Pixies et Noir Désir étaient nos groupes fétiches de jeunes rebelles, nous avons aussi adoré nous enticher d'un groupe de pop naïf, français, au nom ridicule : les petits lapins.

Des chansons de camp de vacances, en français, anglais ou italien, à chanter à tue-tête autour de trois accords. Ca tombait bien, on commençait à peine la guitare. Complètement opposés au bruit de nos punks chéris, The Little Rabbits profitaient de la vie et chantaient le bonheur des fêtes de campagnes où la bière coulait à flot, ambiance de fêtes foraines. A la campagne, il n'y a ni de bar branché ni de salle de concert.

Et puis, tout comme les Welcome To Julian avec lesquels ils ont dû partager quelques affiches, The Little Rabbits partent aux Etats-Unis, mais en Arizona, une autre campagne. Leur troisième album (Grand public) sonne soudainement très lo-fi, le chant se fait plus indistinct, parfois plus intime. Les formes restent presque les mêmes, mais l'enrobage est différent. Direction un son sale et torturé, plus de petits lapins, mais des petits coyotes.

Yeah !, leur quatrième album, est également un quatrième changement de cap. On remélange le français à l'anglais, mais cette fois ils lorgnent du côté psychédélique des années 60, des musiques de film d'espionnage kitsch, ils ont un DJ metteur en son qui habillent leurs titres de filles en robes de plastique, de cordes un peu disco, de funk molle, de theremin, de jingles radios. Ils reprennent un titre obscur de Gainsbourg (Roller Girl, exactemennt la même ligne de basse que le Devil's Haircut de Beck, enfin, le contraire), on les imagine en costume sur un plateau de télé en noir et blanc entourés de danseuses brindilles. Ou en Beastie Boys frenchies. Quel revirement.

On y trouve Jon Spencer Blues Explosion, Angie Bowie en choriste, Gainsbourg, du hip-hop, des titres hurlés dans un mégaphone, des synthés vintage. Et tout marche miraculeusement. Et presque sans m'étonner, j'ai rapidement ingéré qu'il s'agissait du même groupe qu'à ses débuts. Il faut dire qu'ils ont grandi avec moi, qu'ils m'ont toujours accompagné. Leur nom n'a plus rien de ridicule après quelques écoutes de leurs disques.

A chaque album, leur personnalité a évolué, mais pas leur identité. Il suffit d'écouter leur compilation Radio pour s'en rendre compte : des premiers titres en acoustique de Des faux puits rouges et gris côtoient les chansons parlées en français du très arty La grande musique sans former d'incohérence.


Horizons
Horizons
Prix : EUR 15,32

3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 En concert à la Rockhal, 20 mai 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Horizons (CD)
Je ne savais pas trop à quoi m'attendre du concert de Détroit, le nouveau groupe de Bertrand Cantat, ancien chanteur et parolier poétique de Noir Désir. J'avais un peu peur que l'ambiance soit trop feutrée, que la reprise électronique de Avec le temps de Léo Ferré n'arrive pas à égaler Push The Sky Away de Nick Cave & The Bad Seeds vus sur la même scène quelques mois auparavant. Je craignais un public en manque de Noir Désir qui serait trop pressant pour laisser un nouveau groupe s'exprimer. Mais au final rien de tout ça.

Il suffit de regarder la setlist pour comprendre à quel point je me fourvoyais. Plus de la moitié des titres furent des reprises de Noir Désir. Et même d'un peu toutes les périodes. Et même parfois un peu arrangées différemment, comme le passage disco dans Tostaky.

Car le public était finalement là pour ça. Pour Bertrand, pour revivre leurs jeunes années de fans de Noir Désir, après douze ans d'absence et autant de déconfitures (Skip The Use, Shaka Ponk, BB Brunes), le public voulait ce retour, cette flamboyance inégalée. Pas que les groupes que j'ai citées soient mauvais ou malhonnêtes, pas du tout. Ils ne s'élèvent pas dans les mêmes sphères, c'est tout.

L'arrivée sur scène fut pratiquement une ovation, un immense "enfin" sifflé et applaudi par trois mille impatientes et impatients. Cantat est clairement cet atout supplémentaire, même si bien évidemment ses textes ne rivalisent pas avec ceux des écrivains rock que sont Gainsbourg ou Bashung, ils s'approchent de la meilleure chimie entre poésie et rock : du rock de bayou, qui doit tant à Nick Cave et au Gun Club, qui sonne enfin avec cette intraitable langue française.

"C'est cool de vous voir." nous lance-t-il au bout de deux ou trois titres.

Il était en super forme, le poète maudit, sans problème de voix, joyeux, l'envie d'en découdre. Et le groupe aussi, des musiciens carrés, incapables de faire une erreur, qui connaissent aussi bien leurs larsens que leur gammes. Mais qui n'ont rien à voir avec les membres de Noir Désir. De façon flagrante, Serge Teyssot-Gay manquait. Son jeu piqué à Marc Ribot et aux bluesmen était la deuxième couche qui faisait la spécificité de Noir Désir. Ajoutez Bertrand Cantat qui fait des blagues pas drôles entre les morceaux, j'ai un sale arrière-goût de rock allégé, qui disparaît dès que le chant reprend.

Heureusement que Détroit passe par moments. Avec une contrebasse, un violoncelle, des boucles electro, un violon, de la vidéo montée au millimètre, l'ambiance bascule. Elle rappelle que leur disque est réussi. Peut-être pas abouti, la faute aux textes trop abscons pour s'y attacher, mais il n'est ni une parodie de rock ni un changement radical. Il est une suite logique. Pas de reprise de Avec le temps, mais elle aurait été bienvenue, juste avant le premier rappel, histoire de faire encore mieux cohabiter les deux mondes dont l'un restera un souvenir.

Autant dire qu'avec deux concerts en un, des musiciens enthousiastes et un public ravi, l'ennui n'a jamais pointé. Le spectacle est rôdé. Des années de scènes les précèdent, même dix ans d'absence n'en auront raison. Cantat a raison. C'était cool de voir son nouveau groupe.
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Méchant garçon
Méchant garçon
par Jack Vance
Edition : Broché

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 American Horror Story, 12 mai 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Méchant garçon (Broché)
De Jack Vance, je ne connaissais qu'un seul roman, de SF, puisqu'il est surtout connu pour avoir inondé cette branche de la littérature. Et un ami m'apprend qu'il a également écrit de nombreux polars, dont ce Méchant garçon (Bad Ronald en version originale), qui semble être un de ses plus réussis.

Comme l'édition qu'on m'a prêtée est assez vieille, de nombreuses notes parsèment le livre, et peuvent paraître incongrues : oui, nous savons ce qu'est un cheese-burger et la fête de Halloween, désormais. La traduction de l'époque abîme peut-être le texte car il faut avouer que j'ai trouvé la plupart des dialogues empruntés, sonnant faux, artificiels. Ou alors les gens parlaient vraiment de cette façon à cette époque (le début des années 70), aux Etats-Unis.

Fantastiques Etats-Unis, bien croquées ici par Jack Vance : très religieuses, vouant un culte à l'effort et au travail, détestant les hippies, mais abritant des monstres tels que Ronald. Méchant garçon constitue un polar très original et très éloigné des productions récentes. Pas de course-poursuite, pas d'action échevelée, ni même d'enquête trépidante, délivrant ses secrets au fur et à mesure et nous tenant en haleine.

Mais de la vraie horreur. Devenant intime d'un jeune garçon lent d'esprit et totalement dépourvu de morale, le lecteur est face à un roman angoissant, déplaisant, horrifiant. Tout ce que je craignais arrive, et l'espoir n'a pas lieu d'être, pour tous les personnages - ceux qui s'en tirent n'ont pas forcément un avenir radieux. Les situations peuvent sembler un peu irréalistes, mais l'idée seule méritait l'écriture d'un roman.

Dérangeant, et ce sur plusieurs niveaux, Méchant garçon pousse à la réflexion. En passant outre la traduction vieillotte et le style parfois pompeux, sa lecture n'est pas du temps perdu.
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Luther Strode T2 - La Légende
Luther Strode T2 - La Légende
par Justin Jordan
Edition : Cartonné
Prix : EUR 15,95

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 De la plume et de l'épée, 4 avril 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Luther Strode T2 - La Légende (Cartonné)
Le premier tome de Luther Strode était original et percutant. Sur une base classique de découvertes de pouvoir extraordinaires par un ado malmené, l'histoire se développait pour un polar assez sombre et extrêmement violent. Nous sommes dans le gore sanglant et brutal : démembrements, geysers de sang, tout y passait pour finir sur une note bien sombre.

Le ton change radicalement dans ce second tome, mais également le dessin. Pour tout dire, il me rappelle désormais celui de Andréas, tout en angle et en mouvements étirés, suivant des courbes impossibles et infinies. Mais essaie également de verser dans la démesure, sans parvenir à devenir le nouveau Geoff Darrow (ce qui est impossible, c'est vrai). Quant à l'histoire, elle se réduit malheureusement à une suite de combats épiques, Luther Strode rappelant bizarrement Sangoku adulte : un super Sayen. Mais sanglant, encore plus sanglant, encore plus dévastateur. Les doubles planches réussissent leur pari de grandeur et d'exagération, mais je suis un peu resté sur ma faim : qu'en est-il de ces montagnes de muscles qui portent des noms du métier du livre (le Bibliothécaire, le Relieur) ? Où est la légende ? Aucun résumé ou flashback n'est présent, oubliant ainsi de donner un statut historique à Luther, qui nous aiderait à comprendre les intentions de chaque personnage.

Et surtout, le personnage de la petite amie de Luther, Petra, aussi sympathique soit-il et rassemblant les nouveaux critères d'attraits (dure, masculine, drôle et sexy), a un comportement un peu trop aléatoire, comme si il se pliait aux volontés du scénariste et non de l'histoire. L'album file à la vitesse d'un jet de couteau et tranche dans tous les sens, sans faire avancer l'intrigue, uniquement le décor et le monde ultra-violent de Luther Strode. Espérons que cela ne soit qu'un album de transition car la qualité est là (la couverture est éloquente et iconique comme rarement dans les comics de ce genre), mais tout le sel du premier tome qui faisait des clins d'oeil plus ou moins érudits (tel le All Star Superman de Grant Morrison et Frank Quitely placardé dans la chambre de lycéens de Luther) a disparu pour une suite extravagante sans finesse, tout en expansion, sans limite : la crédibilité de ce monde en pâtit...
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