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Contenu rédigé par Hubert Guillaud
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Commentaires écrits par
Hubert Guillaud "Hubert Guillaud" (Lyon, France)
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SONOS PLAY:3 - Enceinte Hi-Fi sans fil - Noir
SONOS PLAY:3 - Enceinte Hi-Fi sans fil - Noir
Prix : EUR 319,91

26 internautes sur 26 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Sonos : encore un effort à faire sur le logiciel !, 4 janvier 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : SONOS PLAY:3 - Enceinte Hi-Fi sans fil - Noir (Accessoire)
Rien à dire sur la qualité des enceintes ou leur facilité d'usage. Sonos fabrique un bon produit dont le principal défaut est de ne pas marcher si l'internet ne marche pas ou de ne pas pouvoir écouter le son d'un film ou d'une vidéo sur ses enceintes (ce qui est tout de même dommage). Le logiciel permettant de régler les enceintes, de les associer ou les dissocier est également assez bien conçu. Là où cela se complique, c'est dans l'interfaçage avec vos autres systèmes d'écoute. Et là, on se rend compte que le point faible de Sonos demeure son logiciel. Sonos est assez fort pour retrouver vos bibliothèques musicales sur vos autres appareils (ordinateurs). Mais, il peine à s'interfacer avec d'autres systèmes d'écoutes, notamment parce que son logiciel est moins évolué que les services tiers que vous pouvez utilisez (comme Deezer ou Spotify). Pour écouter sa musique sur Spotify, il faut en effet passer désormais par le système logiciel de Sonos. Outre la nécessité d'un abonnement Spotify Premium, vous allez devoir oublier la plupart des évolutions logicielles de Spotify : plus d'accès aux fonctionnalités sociales, plus d'accès aux applications Spotify depuis le logiciel Sonos (impossible par exemple de profiter de la fonction karaoké de MusiXmatch). Si l'on peut faire des recherches sur le catalogue Spotify, les capacités de classements sont peu évoluées et la présentation des résultats de recherche fastidieux par rapport à la fluidité de l'interface logicielle de Spotify. L'écoute de radios en direct depuis l'internet n'est pas aussi fluide que cela devrait depuis les difficultés entre Sonos et TuneIn et nécessite un peu de dextérité. Quant aux podcasts, plusieurs solutions sont possibles, mais visiblement, celle consistant à passer par iTunes semble encore la plus fonctionnelle (et là encore, les défaut de descriptions des podcasts - notamment ceux de Radio-France - est une catastrophe à mesure que les systèmes de diffusion se démultiplient). Bref, on espère que Sonos va finir par embaucher le designer du logiciel de Spotify et penser plus avant l'intégration des API de multiples systèmes d'écoutes pour qu'on puisse en profiter aussi bien, voir mieux, que si on devait passer directement par chaque système. Vite. Avant que Spotify, Deezer et autres se mettent à proposer d'écouter leurs systèmes via des interfaces sonores de notre choix, ce qui pourrait être une solution plus efficace et certainement plus rapide.

Ce qu'on voudrait surtout ? C'est un logiciel qui accepte le simple glissé-déposé. Un logiciel qui permette de balancer sur ses enceintes Sonos le son d'une vidéo qu'on écoute sur le web ou d'un film, ou de n'importe quel morceau de musique qu'on écoute depuis n'importe quel autre logiciel. Bref, que Sonos soit vraiment l'enceinte de nos ordinateurs et tablettes domestique. C'est loin d'être le cas !

[...]


Western Digital Elements Desktop Disque dur externe de bureau 3,5" USB 2.0 3 To Noir
Western Digital Elements Desktop Disque dur externe de bureau 3,5" USB 2.0 3 To Noir

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
1.0 étoiles sur 5 Ne résiste pas au choc, 21 janvier 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
C'est le deuxième disque dur Western Digital qui me lâche en deux ans. A chaque fois à cause d'un choc (le premier très violent, le second pas du tout, de seulement quelques centimètres). Un matériel à déconseiller si vous souhaitez le déplacer souvent, s'il y a des enfants dans la maison, etc.

Mon prochain sera assurément un disque dur externe antichoc.


C'était: De la vie salariée en openspace (et la quitter).
C'était: De la vie salariée en openspace (et la quitter).
Prix : EUR 2,99

5.0 étoiles sur 5 « C’était » un abîme sous les pas du lecteur, 25 janvier 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : C'était: De la vie salariée en openspace (et la quitter). (Format Kindle)
« C’était » est un livre à contrainte. Chaque paragraphe commence par ce verbe, inlassablement répété, comme pour tenter un décompte impossible du temps d’avant.

« C’était s’apercevoir qu’il était onze heures et qu’on avait encore rien fait, deux heures perdues dont on avait du mal, l’heure suivante en faisant tourner la souris au hasard de son écran, à se souvenir. »

« C’était, une fois de plus, le restau du vendredi entre collègues, sans les chefs restés entre chefs, ce restau là, bien connu, sûr, et les impressions de déjà-vu qui allaient avec. »

La contrainte formelle qui structure le livre de Joachim Séné fait écho bien sûr au « Je me souviens » de Georges Perec, mais en circonvenant ses souvenirs au monde du travail, Joachim Séné brandit au lecteur un miroir particulièrement réflexif sur notre ordinaire. Ce petit monde du travail, du quotidien, des écrans, de la vacuité des rapports humains, des faux-semblants dont le système nous persuade (et dont on se persuade également pour supporter le système) ouvre un abîme sous les pas du lecteur. De souvenirs en oublis, Joachim Séné parle de chacun d’entre nous, de notre rapport au monde et de ce que nous en faisons.

La contrainte dont use Joachim Séné a de nombreuses vertus. Celle d’une forme neutre qui nous plonge dans un passé qui semble être devenu indistinct, qui peut-être autant celui du lecteur que celui de l’auteur. Celle de nous plonger dans une espèce de conte ou de cauchemar chaque jour recommencé, miroir de notre propre quotidien, qui interroge profondément ce qui nous motive, mais aussi souligne ce qui nous blesse. ‘C’était » offre une plongée lucide et désabusée sur ce qui occupe ou fait semblant de nous occuper. Dans ce défilé des jours et des semaines, où ne submerge que quelques souvenirs, Séné éprouve notre propre mémoire, notre propre décompte du temps, et souligne combien il se ramène a peu de choses. Derrière la légerté de l’oeuvre, se glisse un propos éminemment critique sur le monde du travail et la manière dont il nous persécute mentalement, physiquement, socialement…

« C’était » nous rappelle à la lamentation des jours. Il s’inscrit dans la longue lignée de la description littéraire du monde du travail, où l’on retrouve, parmi les meilleurs, « l »établi » de Robert Linhart, les »Chroniques des années d’usine » de Robert Piccamiglio, « Daewoo » et »Sortie d’usine » de François Bon, ou « Négociation », de François Rosset, voire même l’aventure des « Perpendiculaires » à la veille des années 2000 – ce qui n’est pas la pire des compagnies. Ici aussi, la forme rejoint le fond. Joachim Séné structure son texte comme le code informatique que construit son personnage, sans cesse ressassé, dans une forme proche d’un poème qui n’a plus rien d’épique ou d’un récit documentaire qui n’a plus rien d’un document. Ce monde du travail sans visage que regarde Joachim Séné c’est le nôtre en reflet. Il est effrayant, c’est pour cela qu’il est essentiel.

« C’était aller à cette journée de conférences et prendre plaisir à être là, loin du bureau, avec un badge au nom de notre société autour du cou, être là pour un petit déjeuner offert et puis s’asseoir dans les fauteuils de cinéma et écouter, noter pour noter tout en faisant sortir par une oreille ce qui était entré par l’autre, attendre patiemment la fin de la conférence, noter les questions du public, sans écouter, avoir le corps au repos et noter pour réfléchir plus tard ; se dire qu’il fallait profiter au mieux de cette journée bruyante, passée sur l’épaisseur molletonnée de sièges bleus.

C’était passer la matinée à trier un nombre anormalement élevé d’emails, en lire quelques uns, répondre à encore moins, en mettre beaucoup de côté puis, le midi, manger trop lourd, un couscous et, les heures de l’après-midi qui suivaient, grasses, buter sur ces lignes de code qui paraissaient pourtant évidentes il y a seulement quelques jours. »


Le Je-sais-pas-pantoute: La grande ville et ses corps, le volume 2 du célèbre blog "Les Fourchettes"
Le Je-sais-pas-pantoute: La grande ville et ses corps, le volume 2 du célèbre blog "Les Fourchettes"

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Une langue, une voix, 25 janvier 2013
Il serait facile de classer les deux recueils de nouvelles de Sarah-Maude Beauchesne que publie Publie.net dans une la rubrique « québec-itude », cette zone littéraire mouvante et mal identifiée qui ramène parfois jusqu’en France quelques jeunes auteurs de cette lointaine francophonie. On se souvient notamment de l’exilé Alain Turgeonou de Maxime-Olivier Moutier par exemple. Mais à trop la circonscrire à une origine géographique, ce serait mal rendre compte d’où s’invente la langue française désormais : le Québec n’étant qu’une parcelle du village global.
Moutier et Turgeon portaient dans leur langue une étrangeté, un ailleurs, qui, s’ils avaient une origine québecoise, interrogeait la langue elle-même. C’est la même chose de Sarah-Maude Beauchesne, hormis qu’elle la porte encore un peu plus loin.

« Le deuxième étage est trop loin on s’araignée les deux bassins dans l’escalier. » (…) Tes filles insécures font retrousser les sommets de mes seins je sais pas. »

Pour nous, lecteurs du continent, Sarah-Maude Beauchesne semble parler une langue qu’on ne comprend pas toujours. Mais l’étrange mélange de parlé local et de franglais ne suffit pas à expliquer la déroutante inventivité qui a cours ici, qui semble déconstruire toute la langue pour la faire entrer dans une nouvelle dimension, à la confluence d’une jeunesse d’aujourd’hui et d’une diversité qui aspire tout azimut tout ce qu’elle touche. L’écriture de Sarah-Maude, par sa liberté, son inventivité, inscrit dans la langue une étonnante fraicheur, qui renouvelle le fond immémorial de la littérature contemporaine : le sexe, l’amour, la musique, les fringues… On hésite à comparer cela à un Bret Easton Ellis qui aurait oublié son maniérisme ou à un Foster Wallace qui aurait oublié de construire une histoire.

« J’avais conduit jusqu’à pas d’endroit c’était loin tellement que ça m’endort tellement loin que ça m’angoisse. »

Sarah-Maude Beauchesne semble offrir un espace pour exprimer la jeunesse d’aujourd’hui, une jeunesse globale, sociale et surtout connectée à ses propres sentiments, en lui donnant, dans l’espace même de l’écriture, une originalité dont nous sommes tant dépourvus de ce côté-ci de l’Atlantique, où, bien souvent on cherche à écrire de vieilles phrases pour parler de la modernité.

« Tes nuits c’est comme des couèffeuses qui te bigoudinent la couette sans te réveiller. »

Ici, il faut reconnaître parfois qu’on n’entend rien, qu’on ne sait pas du tout de ce dont il est question, hormis de courts portraits, de sexe, de désirs, de larmes, de relations toujours excessives… Mais c’est justement parce que la langue nous échappe qu’on s’échappe à notre tour.

« Moi j’avais envie de te donner mes bras, je les aurais emballé dans du papier de cadeau de fête dans du papier assez souple pour que tu devines la forme de mes bras à travers les motifs de papier de cadeau de fête.
J’aurais jeté aux poubelles mes deux mains parce qu’elles ne servent pas à grand-chose depuis qu’on dit qu’on s’aime parce qu’elles sont trop gênées en plus de mes doigts qui perdent leur sang froid tout le temps même su je fais des efforts. »
(…)
Et puis finalement j’aurais aimé t’offrir mes seins mais tu ne sais pas encore si tu les trouves beaux ou si tu les trouves trop comme ceux d’une ado avec les bouts qui retroussent et qui se cachent des fois quand ça leur tente pas.
Alors là je sais plus quoi te donner. »

Après avoir été décontenancé par ces deux recueils, on n’a qu’une envie : que Sarah-Maude s’attelle à une histoire, qu’elle use de la langue qu’elle invente pour nous faire entrer un peu plus avant dans son univers. Avec l’espoir de s’y perdre autant que dans celle qu’on a entrevue dans les deux étonnants recueils que vient de publier Publie.net.


Makers : La nouvelle révolution industrielle
Makers : La nouvelle révolution industrielle
par Chris Anderson
Edition : Broché
Prix : EUR 25,00

4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un nouveau modèle économique de la fabriation, 25 janvier 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Makers : La nouvelle révolution industrielle (Broché)
On se souvient de la Longue Traîne et de sa critique (qui depuis, étude après étude, montre que ses effets demeurent extrêmement limités – voir par exemple celle publiée dans le dernier numéro de la revue Réseaux). Cela n’a pas empêché le concept de demeurer l’un des plus stimulants de la nouvelle économie.

On se souvient également de Free qui s’intéressait à l’économie de la gratuité en proposant une intéressante taxonomie des modèles économiques du gratuit.

Makers aura probablement un succès comparable. D’abord parce qu’Anderson demeure un formidable raconteur d’histoire, qui sait à la fois trouver des exemples parlant et conceptualiser son propos. Dans Makers, il mêle habilement histoire personnelle et storytelling pour décrire comment appliquer le modèle de l’innovation distribuée du web au monde réel. “Dans les 10 dernières années, on a cherché de nouvelles manières de créer, d’inventer et de travailler ensemble sur le web. Dans les 10 prochaines années, on appliquera ces leçons au monde réel.”. Il endosse sans complexe son costume d’acteur et de gourou du mouvement qu’il décrit : “Le mouvement maker en est là où en était la révolution de la micro-informatique en 1985 : un phénomène qui voyait de simples bricoleurs contester l’ordre existant d’une époque”.

Car ce qu’il annonce n’est rien de moins qu’une révolution, comme le clame le sous-titre de son ouvrage. Ce n’est pas tant celle de bricoleurs qui subvertiraient le monde entrepreneurial, que celle d’un nouveau modèle économique de la fabrication qui se met en place, que la façon dont nous fabriquons le monde. Car la transformation qu’il annonce n’est pas sans tensions. Le changement à venir n’est pas tant dans la manière de fabriquer les choses que dans l’identité de ceux qui les font. “La révolution de la fabrication permet désormais à chacun de mettre des usines en marche d’un simple clic de souris”. Ce n’est pas tant les processus de fabrication qui se transforment, que la manière dont celle-ci est conçue : une fabrication libre et ouverte qui génère des effets de réseaux massifs. La concurrence avec les acteurs économiques établis s’annonce dure. Des entreprises vont fermer, insiste-t-il. Des produits plus ouverts, moins chers, plus personnalisés vont venir désormais concurrencer la production de masse. Les objets deviennent du code et le code des objets. Pire, souligne-t-il, ce n’est plus tant le code ou même le matériel qu’on échangera (celui-ci sera accessible gratuitement et en ligne, offert aux remixages et améliorations itératives de la communauté) que des services, que des kits personnalisés qui vont transformer les biens communs matériels et logiciels en produits finis (ou à finir).

C’est assurément là que la démonstration est encore fragile. Peut-on croire à la fin de la production de masse alors que celle-ci n’a jamais été aussi développée, alors que notre paresse y est si habituée ? Peut-on croire que la révolution va venir de l’intérieure, plutôt que poussée par les contraintes du pic de la production que nous avons certainement déjà atteints ?

Si la force de la production distribuée est de faire entrer la variabilité et la personnalisation… dans la fabrication, est-elle appliquée à tous les objets que nous consommons ? Rien n’est moins sûr. Pour l’instant, aucune idée radicalement transformatrice n’est sortie des FabLabs (hormis les FabLabs eux-mêmes). Les produits de masse ne vont pas disparaître, tempère Anderson, mais la révolution des makers pourrait bien ouvrir un espace d’innovation nouveau, qui s’appuie sur un modèle de production industrielle créatif, collaboratif et ouvert dont la principale vertu est de reposer la question de la possession et de la consommation. Reste à savoir si sa part de marché, demain, sera aussi conséquente que l’espère Anderson.

Ce que décrit Makers n’est pas tant une nouvelle étape de la croissance industrielle que son adaptation aux contraintes de demain, qu’un appel à la fin de ses excès. Finalement, là où Anderson est le plus convaincant, c’est quand il explique, plus modestement, son désir de parvenir à vivre de ce qu’il fait et de transformer son rapport au monde, pour fabriquer des choses qui nous soient plus adaptées. Si on entend cela comme une philosophie de vie, à lire ce livre, on comprend pourquoi Anderson a décidé de quitter la rédaction de Wired pour se lancer dans cette aventure. Après avoir accompagné celle du web, l’avoir nourri de concepts et de réflexions passionnantes, il ne pouvait pas ne pas se lancer dans la révolution de la fabrication qu’il annonce. Son départ pour sa start-up, 3D Robotics est la preuve qu’il y croit. Il incarne les Makers qu’il décrit. Ceux qu’Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee appellent de leurs voeux dans Rage against the machine, ceux qui vont inventer de nouvelles façons d’être productifs, se servir de leurs connaissances technologiques pour “développer des niches entrepreneuriales insoupçonnées”, ceux qui vont utiliser l’automatisation matérielle et logicielle du monde… pour la subvertir.

[...]


Saison brune
Saison brune
par Philippe Squarzoni
Edition : Album
Prix : EUR 29,95

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Le constat glacé de Philippe Squarzoni, 25 janvier 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Saison brune (Album)
Il faut lire Saison Brune. L'incroyable essai graphique de Philippe Squarzoni. C'est certainement l'une des meilleures synthèse qui soit sur le réchauffement climatique. Simple, claire, pédagogique, progressive... Elle dresse d'une manière très accessible et sans concession l'avenir auquel nous sommes confrontés. Il dresse un constat sans ambiguïtés sur notre avenir, plus lucide finalement que bien des livres d'experts sur le sujet, qui terminent leurs ouvrages en chantant les vertus de la modération et de la sobriété ou des réformes que nos sociétés doivent prendre sans voir pourquoi elles en sont incapables.

Squarzoni est lucide. "Nous n'emprunterons pas le chemin de la sobriété. Ni volontairement. Ni à temps." Nous l'accomplirons trop tard et dans de mauvaises conditions.

La question de fond n'est pas la question climatique, explique-t-il, mais bien une question de société, qui pour changer est incapable de petites mesures, de petites concessions... Nous n'échapperons pas au changement climatique. Il est déjà en cours. La seule chose que nous pouvons préparer, c'est d'être capable de répondre aux violences économiques et sociales qu'il va engendrer.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 4, 2013 9:02 AM CET


La troisième révolution industrielle
La troisième révolution industrielle
par Jeremy Rifkin
Edition : Broché
Prix : EUR 24,00

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Nous avons à nouveau un futur, 25 janvier 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : La troisième révolution industrielle (Broché)
Le prospectiviste Jeremy Rifkin (Wikipédia, @jeremyrifkin), directeur de la Fondation des tendances économiques est un penseur important de notre modernité. Nombre de ses livres se sont révélés prophétiques comme La fin du travail (1996) ou L’âge de l’accès (2000). Son dernier livre, la Troisième révolution industrielle (voir également le site dédié), est certainement l’un de ses plus ambitieux, car il nous livre – rien de moins – qu’un futur de rechange par rapport à celui qu’on abandonne.

La seconde révolution industrielle (1880-2006) n’est plus notre futur
Rifkin dresse un double constat. D’une part, celui de la fin de la seconde révolution industrielle, fondée sur le pétrole et les énergies fossiles. Plus que le pic pétrolier, nous avons atteint “le pic de la mondialisation”, estime-t-il. Nous ne pouvons plus fonder notre croissance sur un système qui va générer par définition des crises à mesure que les énergies fossiles vont se raréfier. Même la perspective de trouver de nouveaux secteurs d’extractions ne suffira pas à combler notre appétit insatiable d’énergie. Pour lui, “la crise c’est le pétrole !” et les conséquences organisationnelles que notre pétrodépendance a eues sur la société tout entière. “Les régimes énergétiques déterminent la nature des civilisations – leur façon de s’organiser, de répartir les fruits de l’activité économique et des échanges, d’exercer le pouvoir politique et de structurer les relations sociales.”

L’autre constat repose bien sûr sur les conséquences dramatiques qu’a engendrées cette seconde révolution industrielle sur la santé de notre biosphère. Les pages qu’égraine Rifkin sur le sujet ressemblent aux constats alarmants et déprimants qu’on retrouve dans tous les livres d’écologistes atterrés. “Depuis 450 millions d’années, la Terre a connu cinq vagues d’extinction biologique. Après chacun de ces coups d’éponge, il a fallu environ dix millions d’années pour retrouver la biodiversité perdue.”

Rifkin tient un propos véhément. Il faut arrêter de tergiverser et prendre acte que nous ne pouvons plus faire reposer la croissance, le progrès, notre avenir sur les énergies fossiles. Il faut clore la parenthèse prédatrice de la seconde révolution industrielle et nous engager dans une autre voie, celle de la “Troisième révolution industrielle” comme il l’a baptisé. Notre avenir doit changer de perspective et pour l’idéaliste constructif américain, cette nouvelle perspective doit nous montrer un futur accessible à tous. “Il devient de plus en plus clair qu’il nous faut une nouvelle logique économique capable de nous faire entrer dans un futur plus équitable et plus durable.”

Image : Coucher de soleil sur un champ pétrolier, photographié par Fábio Pinheiro.

Notre futur, c’est d’appliquer le modèle distribué de l’internet à l’énergie – et à la société tout entière
“Nous sommes aujourd’hui à la veille d’une nouvelle convergence entre technologie des communications et régime énergétique. La jonction de la communication par Internet et des énergies renouvelables engendre une troisième révolution industrielle. Au XXIe siècle, des centaines de millions d’êtres humains vont produire leur propre énergie verte dans leurs maisons, leurs bureaux et leurs usines et la partager entre eux sur des réseaux intelligents d’électricité distribuée, exactement comme ils créent aujourd’hui leur propre information et la partagent sur Internet.”
Rifkin s’appuie sur sa connaissance des caractéristiques de la révolution des nouvelles technos et sur celle des énergies renouvelables pour nous proposer un nouveau défi : celui de l’énergie distribuée. “Le partage entre les gens d’une énergie distribuée dans un espace commun ouvert aura des conséquences encore plus vastes [que celles du partage de l'information].”

Pour Rifkin, la stratégie pour y parvenir est assez simple. Le plan de bataille repose sur 5 grands principes :

1. Le passage aux énergies renouvelables : nous n’avons pas le choix, l’épuisement des énergies fossiles nous conduit à terme à devoir faire entièrement reposer notre économie sur les énergies renouvelables (dont il exclut le nucléaire, qu’il considère comme trop dangereux et trop centralisé et qui, rappelons-le, pour l’instant ne produit que 6 % de l’énergie mondiale avec 440 centrales de par le monde).
2. La transformation du parc immobilier de tous les continents en ensemble de microcentrales énergétiques qui collectent sur site des énergies renouvelables ; c’est-à-dire passer d’une production d’énergie centralisée à une production totalement distribuée, que se soit en utilisant des éoliennes personnelles, le biogaz, le solaire voir même l’action de la force humaine, comme le montre notamment les plans stratégiques établis par ses équipes pour quatre villes européennes afin de les accompagner dans cette évolution. Le modèle énergétique que combat Rifkin n’est pas tant celui des énergies fossiles, que le modèle centralisé qui en découle. En insistant sur une stratégie de production d’électricité distribuée et diversifiée, Rifkin prône un autre modèle d’organisation économique qui fonde la nature même de sa stratégie.
3. Le déploiement de la technologie de l’hydrogène et d’autres techniques de stockage dans chaque immeuble et dans l’ensemble de l’infrastructure, pour stocker les énergies intermittentes. C’est certainement à ce jour l’un des points faibles du modèle proposé par Rifkin : notre incapacité à stocker l’électricité doit devenir un enjeu de recherche majeur, explique l’économiste, qui avait déjà consacré un livre en 2002 à ce sujet L’économie hydrogène.
4. L’utilisation de la technologie d’internet pour transformer le réseau électrique de tous les continents en inter-réseau de partage de l’énergie fonctionnant exactement comme internet (quand des millions d’immeubles produisent localement, sur site, une petite quantité d’énergie, ils peuvent vendre leurs excédents au réseau et partager de l’électricité avec leurs voisins continentaux). Rifkin critique ici vivement la stratégie des acteurs de l’électricité, qui imaginent trop souvent un réseau intelligent du futur centralisé, plutôt que distribué. C’est l’inverse que nous devons faire, explique le prospectiviste. L’énergie distribuée permettrait notamment de nous faire faire un bond en avant dans le taux d’efficacité de production et de transmission électrique, qui demeure très bas depuis les années 60. Une grande part de l’énergie que nous produisons étant dépensée durant son acheminement même.
5. Le changement de moyens de transport par le passage aux véhicules électriques branchables ou à pile à combustible, capables d’acheter et de vendre de l’électricité sur un réseau électrique interactif continental intelligent.
Cette transition, selon Rifkin, porte en elle l’opportunité d’un nouveau développement économique.

Limites et critiques
Bien sûr, les critiques ne manqueront pas de se déchaîner contre cette vision parfois un peu rapide, pas si simple à organiser ou qui paraîtront à beaucoup irréaliste. On connaît les débats, dont il est difficile de démêler les arguments, sur la possibilité ou l’impossibilité de remplacer notre production électrique actuelle par des alternatives renouvelables, sur nos difficultés à stocker de l’énergie, sur les limites d’un futur des transports tout électrique… Aux chiffres avancés par Rifkin, d’autres avanceront d’autres chiffres. Bien sûr. Les décroissants le taxeront de croissantiste (ce qu’il reconnaît être). Les tenants du nucléaire et du pétrole, d’affabulateur (“Ces dernières années, les grands groupes pétroliers ont largement consacré leurs efforts à un seul objectif : semer le doute et le scepticisme dans l’opinion publique sur le changement climatique. Dans la brève période 2009-2010, les secteurs du pétrole, du charbon et de la distribution d’électricité ont dépensé 500 millions de dollars en lobbyisme pour empêcher le vote d’une législation sur le réchauffement de la planète.”).

Le modèle de l’internet distribué et coopératif qu’il tente d’appliquer à l’énergie et au fonctionnement économique tout entier n’est pas lui-même aussi distribué et coopératif qu’il le dessine. A ce jour, l’internet demeure une innovation largement récupérée par la centralisation et la compétition, qui porte, dans son infrastructure même, un modèle bien peu efficace énergétiquement.

Mais l’essentiel n’est certainement pas là en fait.

Malgré toutes les critiques qu’on peut faire à ce plan, Rifkin propose un récit puissant, capable de raconter l’histoire d’une nouvelle révolution économique et d’expliquer comment toutes ces initiatives technologiques et commerciales apparemment aléatoires pourraient s’inscrire dans un vaste plan stratégique. Rifkin propose bien un plan de développement économique qui fera naître des milliers d’entreprises distribuées et pas seulement un plan de dépenses publiques. Il propose un avenir, quand les crises actuelles (économiques, écologiques, sociales…) et les perspectives d’avenir de notre économie fossile n’en proposent plus aucun, autre qu’une crise qui s’annonce plus grave encore que celle que l’on connaît. La force de Rifkin est de proposer une vision, là où les autres n’en ont plus, là où la crise les détruit toutes. Et c’est en cela que la perspective qu’il dessine est stimulante : il nous propose un avenir, un avenir où les écosystèmes doivent succéder au marché, où la distribution et la coopération doivent supplanter la centralisation et la compétition. Comment peut-on ne pas désirer y adhérer ?

La collaboration plutôt que la compétition, la cocréation plutôt que le caporalisme
Pour Rifkin, notre avenir repose sur la coopération et la cocréation. Et c’est cette vision-là, trop rapidement esquissée dans le livre, que nous pouvons avoir envie de développer. Rifkin nous invite à faire de l’innovation sociale partout, à développer la participation effective de chacun à cet avenir. A refuser la centralisation. Il repousse ainsi les projets de réseaux intelligents centralisés, comme le développent les grands acteurs de l’électricité – mais sa critique pourrait certainement s’étendre aux projets du même type que l’on peut avoir pour l’avenir de la ville, des transports, etc. Notre avenir repose sur des réseaux intelligents distribués. L’électricité ne doit pas aller du producteur aux consommateurs, mais de tous à chacun, comme les mailles d’un réseau pair à pair.

Image : Une fleur solaire, un robot solaire photographié dans les environs de Rio par Trey Ratcliff.

“La relation antagonique entre vendeurs et acheteurs cède la place à une relation coopérative entre fournisseurs et usagers. L’intérêt personnel est subsumé par l’intérêt commun. La propriété intellectuelle de l’information est éclipsée par un nouvel accent sur l’ouverture et la confiance collective. Si l’on préfère aujourd’hui la transparence au secret, c’est pour une raison simple : quand on accroît la valeur du réseau, on ne s’appauvrit pas personnellement ; on enrichit tout le monde, car les acquis de tous sont des nœuds égaux dans l’effort commun. (…) Par conséquent, l’accès aux vastes réseaux mondiaux devient une valeur aussi importante que les droits de propriété privée aux XIXe et XXe siècles.”

Cela n’est pas sans conséquence, bien sûr. Nous avons à réaffirmer le rôle de nouveaux biens communs, insiste Rifkin. “Nos idées sur la propriété sont si indissociables des notions traditionnelles de possession et d’exclusion qu’on a du mal à imaginer qu’il existait un droit de propriété plus ancien dont les gens ont joui pendant des siècles : le droit d’accéder à une propriété détenue en commun – par exemple celui de naviguer sur un fleuve, de fourrager dans une forêt locale, de marcher sur un sentier de campagne, de pêcher dans un cours d’eau voisin et de se réunir sur la place publique. Cette idée plus ancienne de la propriété comme droit d’accès et d’inclusion a été progressivement marginalisée à l’époque moderne, où les relations de marché ont dominé la vie et où la propriété privée a été définie comme « la mesure de l’homme ». (…) Lorsqu’une grande partie de la vie économique et sociale se déroule dans des communaux en source ouverte, la propriété intellectuelle devient, à toutes fins pratiques, une convention démodée qui ne sert à rien.”

C’est notre modèle de société que nous devons changer
Au-delà de la transition économique et énergétique qu’il propose, le propos de Rifkin est éminemment politique. Pour lui, il nous faut réformer nos structures et nos modes de pensée. Ce n’est pas tant un défi économique que nous devons réussir, qu’une transition civilisationnelle. Nous devons passer d’une société centralisée à une société collaborative. Changer de régime énergétique suppose de changer la structure même de l’organisation politique et sociale de nos sociétés.

Sans le dire aussi clairement (ce sera peut-être le sujet de son prochain livre ?), Rifkin distille l’idée qu’il nous faut changer les formes de représentation et de participation des citoyens. A le lire, on a plutôt envie de nourrir la vision que nous propose Rifkin, en exemples stimulants qui reposent sur la coopération et la cocréation de notre futur, plutôt que sur le fait d’attendre des solutions venues d’en haut.

Le plus grand défi de la vision de Rifkin, n’est pas que la société ne la partage pas, n’est pas de ne pas obtenir un large consensus sur les objectifs et les finalités de sa vision, mais que nos représentants politiques et économiques ne cessent de s’en défendre au nom de leurs intérêts. Et c’est finalement ce qu’il raconte en évoquant, longuement, ses discussions avec les grands de ce monde et ses difficultés à convaincre certains de nos gouvernants de changer de modèle. Or passer de la centralité qui leur profite à une répartition plus “latérale”, déportée, acentrée… est une perspective qui n’enchante pas tous les dirigeants de ce monde, tant s’en faut. Comme il le souligne longuement : “ceux qui se sont nourris au robinet de l’énergie fossile” sont prédisposés à fonctionner de manière centralisée. “Si l’ère industrielle mettait l’accent sur les valeurs de discipline et de travail acharné, l’autorité hiérarchique, l’importance du capital financier, les mécanismes du marché et les rapports de propriété privée, l’ère coopérative privilégie le jeu créatif, l’interactivité pair-à-pair, le capital social, la participation à des communaux ouverts et l’accès à des réseaux mondiaux.” Autant dire qu’il y a un monde pour passer de l’un à l’autre.

D’ailleurs, ce qui surprendra certainement le plus un lecteur français de ce livre, c’est l’absence de nos représentants politiques et industriels de ce débat. Alors que Rifkin dresse une apologie de l’Europe, le seul français évoqué dans les 300 pages de l’essai de Rifkin est Claude Lenglet, qui était directeur de recherche pour les programmes européens de Bouygues immobilier, et qui a visiblement depuis quitté la société. Où sont les dirigeants d’EDF ? De Renault ? De Total ? De France Télécom ? … Où sont les hommes politiques français ? Au contraire des Allemands, aucun n’était représenté aux tours de tables des grands de ce monde qu’évoque Rifkin. Aucun n’a adhéré à la Troisième révolution industrielle proposée par Rifkin. Pourquoi ?

Comme il le dit lui-même, très sobrement, dans une interview au Figaro : “La France est un pays centralisé. Cet atout du passé se retourne contre elle au moment d’aborder la troisième révolution industrielle : il lui faut passer au modèle collaboratif nécessaire pour réussir la transition. L’Allemagne est beaucoup mieux outillée : c’est un pays décentralisé, une fédération de régions. Ce serait paradoxal que la France, qui a créé l’échelle pertinente pour la troisième révolution industrielle, à savoir l’Union européenne, échoue. Mais un basculement de la réflexion politique est nécessaire.”

Une évolution d’autant plus difficile si on regarde de plus près le “côté burlesque dans l’infâme système du « tourniquet », où cadres supérieurs des entreprises privées de l’énergie et hauts fonctionnaires de l’État changent de chapeau et de bureau dans une sorte de tourbillon”, ironise Rifkin. L’avenir n’est plus tant à la compétition, au caporalisme d’Etat qu’à la collaboration et à la cocréation. Il y défend une “société latérale”, c’est-à-dire une société où le pouvoir est partagé entre tous ses membres et pas au seulement au profit de quelques-uns.

Bien sûr, Rifkin va peut-être un peu loin quand il évoque, un peu béatement, l’empathie (qui était le thème de son précédent livre Une nouvelle conscience pour un monde en crise). Il a quelques envolées lyriques un peu faciles sur l’amour que nous avons à nous porter les uns les autres. Comme si d’un coup la société latérale allait tous nous jeter dans les bras les uns des autres dans un vaste élan de générosité désintéressée.

“La lutte entre les vieux intérêts du pouvoir hiérarchique de la deuxième révolution industrielle et les intérêts naissants du pouvoir latéral de la troisième crée un nouveau clivage politique, reflet des forces rivales qui se disputent la maîtrise de l’économie. Un nouveau récit s’écrit sous nos yeux, et, lorsque nous pénétrerons plus avant dans l’ère nouvelle, il va refondre l’idée même que nous nous faisons de la politique”, avance le prospectiviste en opposant “les personnes et institutions qui pensent en termes de hiérarchie, de barrières et de propriété, et celles qui pensent en termes de latéralité, de transparence et d’ouverture.”

La pensée organisationnelle et hiérarchique n’est pas adaptée à la transformation nécessaire. C’est pour cela qu’elle échoue depuis plusieurs années à apporter des solutions aux crises que nous vivons et à celles qui s’annoncent.

Cela signifie que ce futur, c’est à nous tous de le défendre, de le porter. Sortir d’une position de consommateur et de spectateur de la politique, pour aller vers une position d’acteur. Et Rifkin a raison, l’internet nous en donne certainement les moyens, mais il ne se suffit pas.

Nous avons à nouveau un futur, mais, à en voir les déclarations des candidats a l’élection présidentielle, personne pour le défendre. Personne, parce que ce futur remet en cause la raison même de leur candidature. Ce futur ne cherche pas tant un président figure tutélaire du fonctionnement hiérarchique de notre société, qu’une organisation plus latérale, où toute action publique serait enfin plus partagée, pour être mieux portée et plus acceptée par la société tout entière. Rifkin nous redonne bel et bien un futur, mais un futur qui, comme tous les futurs, nécessite une révolution des mentalités pour devenir un projet de société.

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Les Cinq Conteurs de Bagdad - tome 26 - Cinq Conteurs de Bagdad (Les)
Les Cinq Conteurs de Bagdad - tome 26 - Cinq Conteurs de Bagdad (Les)
par Fabien Vehlmann
Edition : Album
Prix : EUR 14,99

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Ensorcelant, 19 décembre 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Cinq Conteurs de Bagdad - tome 26 - Cinq Conteurs de Bagdad (Les) (Album)
Une succession d'histoires qui met le conte et la narration en abime. Un album de voyage, une invitation au merveilleux, à la rencontre de récits hostiles ou bienveillants où l'on apprend que l'essentiel n'est pas la chute dans une histoire, mais bien le chemin qui nous y a mené. Un scénario profond servi par un trait stylé. Epatant.


A ma décharge
A ma décharge
par François Rosset
Edition : Broché
Prix : EUR 12,17

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Loghorée politique pour anlalyse, 4 septembre 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : A ma décharge (Broché)
La loghorée politique dont nous avons été abreuvé ces derniers mois a certainement du inspirer François Rosset, puisque son dernier livre, A ma décharge, qui paraît cette rentrée aux éditions Michalon, est tout entier consacré à l'artifice de cette parole, bue pour elle-même. Ce long monologue d'un président de la République, qui cherche à justifier son inaction, son désir, sa personne, ses failles comme ses faux-semblants est un étrange objet, dont l'ironie aiguise chaque paragraphe. Point de volonté de véracité dans ce roman, contrairement à d'autres auteurs qui ont connus les feux de l'actualité pour avoir évoqué les confidences de vrais hommes politiques, mais un travail sur la langue et l'esprit bien plus révélateur que les confidences à deux balles que nous servent tous les commentateurs avisés.

"La forme particulière de ma surdité se combine magnifiquement avec l'ouverture au monde qui est pour la laideur une nécessité. Un chef d'Etat en exercice est un homme doué de plusieurs avatars dont les identités sont connues du grand public, qui sont en place pour des raisons que son corps est le seul à maîtriser. Leurs moues sont les siennes, ses maniérismes sont les leurs. Voici le seul train de vie de l'Etat qui mérite d'être mentionné. Train, c'est-à-dire entrelacs de postures et de gestes issus d'organismes séparés qui se fondent en une manifestation unique, laquelle produit en s'ébaudissant une rumeur mystérieuse comme celle qui indique au héros de la mythologie grecque l'approche d'un monstre. La vie au sommet de l'Etat, raréfiée, cénobitique, sécrète cette créature au faciès changeant, dont le langage demeure inaudible et la gestuelle difficile à analyser, car elle est enfantée par un petit nombre de systèmes nerveux, dont chacun est à soi seul remarquable."

Dans ce délire sans queue ni tête, perce une psalmodie étrange et fascinante de la parole pour elle-même. Cette "tête de l'Etat" qui semble se confier à nous sur le ton de l'intimité et ne fait que parler, parler et parler encore - à elle, bien plus qu'à nous - et qui ne s'écoute pas plus que nous n'en sommes capables, semble une tête folle. C'est là la force de ce court roman, donner à entendre l'autre côté du cerveau. Un roman qui entre dans les circonvolutions du cerveau des malades qui nous gouvernent pour mieux montrer la folie dont ils sont le siège.

"Demain, je dois visiter l'escadre, rencontrer les amiraux. A un moment ils se plaindront, je sais cela. Ils parleront des budgets de l'Etat, comme on fait allusion au voisin que l'on exècre parce que son train de vie éclipse le nôtre - à mots couverts pour ne pas trahir une mesquinerie accablante. Les militaires tiennent le Budget pour un Moloch qui détourne au moyen de son bras articulé cette manne financière dont ils devraient bénéficier au premier chef. J'apprécie les cadres de la marine, bien davantage que les alter ego de l'armée de terre. Au moins, ils ne prétendent pas être des hommes de terrain. L'apparat leur est naturel. La navigation, à les en croire, ne se déroule pas sur mer, pas même devant les cartes, mais en milieu fermé. Ce sont des gens de bureau. Tellement mieux vêtus que je ne le serai jamais... Cependant, on parlera de la flotte ; et elle se porte mal."

Dans ces propos, qui ligne à ligne, cherchent sans cesse, comme en proie à un délire ou à une angoisse maladive, à justifier le moindre de leurs actes ou plutôt de leurs mots, l'homme politique devient, sous ce prisme, rien de moins qu'un névropathe, plongé dans une faconde sans fin, pour le seul plaisir de parler, de s'expliquer, de chercher à se faire aimer tout en sachant n'être que détesté. Dans cette terrible introspection, dont le lecteur/auditeur est le psychanaliste, il reste à savoir qui est le plus à soigner : nous, électeurs, qui confions notre pouvoir aux mains de ces malades, ou lui, la personne public, qui en vie et en meurt.

"Quand l'idée me vient d'une loi, ou lorsque je me représente une décision qu'il serait bon de prendre, je suis dans l'obligation de parler à l'oreille de mes ministres. A force de ne plus oser penser, ils s'effraient d'entendre."

Encore une fois, François Rosset défile le tramage des folies qui nous gouvernent. En nous plongeant dans la schizophrénie politique, dans ce jeu incessant entre paraître et être, dans cette bouillie de mots qui cherchent, lettre après lettre, à justifier de leur existence, il nous dévoile un pan de la nature humaine. Un livre qui tient plus du récit d'aliéné comme les mémoires d'un névropathe de Daniel Paul Schreber que des mémoires d'un De Gaulle, VGE ou Mitterrand. A moins qu'elles n'aient été, d'un coup, débarrassées de la gangue dont elles sont recouvertes par des armées de nègres. A ma décharge est un objet assurément étrange, parfaitement aliéné, donc parfaitement réussi.


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