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LD (Paris, France)
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Dimitri Mitropoulos - Mitropoulos Conducts Tchaikovsky And Mussorgsky [Japan CD] SICC-1516
Dimitri Mitropoulos - Mitropoulos Conducts Tchaikovsky And Mussorgsky [Japan CD] SICC-1516
Proposé par musicjapan
Prix : EUR 10,55

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 La 6ème Symphonie de Piotr Illytch Tchaikovsky par Dimitri Mitropoulos : anti-pathétique, mais pas sans affects, 21 octobre 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Dimitri Mitropoulos, mort en 1960, a très peu enregistré en stéréo. Il est d'autant plus incompréhensible que certains enregistrements stéréo de la fin des années 50 se trouvent à présent encore moins que ceux en mono dans nos contrées!

Notons bien que rien de ce qui se trouve dans le présent disque, enregistré entre avril et novembre 1957, n'est inédit. Aussi bien "Une Nuit sur le mont chauve" que la 6ème Symphonie et les autres pièces de Tchaikovsky ont été éditées en CD au préalable, pour les Tchaikovsky d'abord sous label CBS (Dimitri Mitropoulos Tchaikovsky No.6) puis dans ce couplage sous label Urania (Sym 6).

Heureusement, la providence du mélomane / discophile est que si tout ou presque fait l'objet d'un pressage au Japon, on peut aujourd'hui plus facilement les commander. Pour le marché européen, tout cela ne semble pour l'instant plus trop avoir droit de cité, mais sur le site d'Amazon par exemple on pourra tomber assez aisément, et à l'heure où j'écris à des tarifs tout à fait raisonnables, des pressages de qualité des enregistrements de la dernière période de Mitropoulos, en particulier ce Dimitri Mitropoulos - Mitropoulos Conducts Tchaikovsky And Mussorgsky [Japan CD] SICC-1516, ainsi que Dimitri Mitropoulos - Berlioz: Symphonie Fantastique & Debussy: La Mer [Japan CD] SICC-1600.

Mon souvenir de l'écoute du CD CBS étant lointain, quand bien même elle aurait été répétée pendant un temps, je ne serai pas en mesure de comparer ce pressage japonais avec ce qui a précédé. La stéréo, sans être à la hauteur de ce à quoi un Fritz Reiner avait droit à l'époque, est de toute évidence de très bonne qualité et on pourra à peine noter un souffle de bande et quelques imperfections, qui ne sont en aucun cas réellement gênants. Je ne sais pas si ce pressage est bien supérieur au précédent, mais quoi qu'il en soit j'imagine que l'on ne peut pas faire beaucoup mieux en terme de mise en valeur du matériau de départ.

Je peux adorer des enregistrements mono - pour Mitropoulos, voir par exemple ses enregistrements du Requiem de Berlioz : Ica Legacy: Berlioz Requiem - mais l'entendre faire la "Pathétique" en stéréo est un plaisir tout particulier. A plus forte raison parce que le New York Philharmonic, qui affichait parfois un peu plus ses faiblesses à l'époque, est en ordre de bataille.

Un bel orchestre dans un son un plus flatteur que souvent à l'époque, c'est très bien, mais pour faire quoi? Rien moins qu'une des "Pathétiques" proposant les tempi les plus rapides de toute la discographie! Denis Urval, dans son commentaire sur la récente version de Mikko Franck, comparait le minutage du dernier mouvement de cette version avec celle de Willem Mengelberg et il concluait : "Pour cet Adagio lamentoso, les minutages sont : Willem Mengelberg, avril 1941 Symphonie N°6 Pathétique, 9’20 ; Mikko Franck, début du 21e siècle Tchaikovsky: Symphony No. 6 'Pathétique'; Rautavaara: Apotheosis, 14’15. Etonnant, n’est-ce pas?". Comble d'étonnement, alors, avec MItropoulos en novembre 1957 : 8'23!

Je pense que, si certains ne trouveront pas complètement leur compte dans une version qu'ils estimeront trop rapide, en particulier pour l'Adagio lamentoso, personne ne devrait remettre franchement en question la conjonction des deux facteurs majeurs qui rendent cette interprétation si singulièrement passionnante : l'engagement profond, sans doute affectif, que Mitropoulos semble avoir pour l'oeuvre s'y accompagne d'une volonté que l'on pourra dire toute toscaninienne de ne pas surajouter du pathos et du drame à une musique déjà intrinsèquement pathétique et dramatique. Avec lui, comme dirait Denis, le Tchaikovsky de la fin n'a plus de larmes. Est-ce à dire que cette version se ferait au pas de course sans susciter la moindre émotion? Absolument pas! Les trois premiers mouvements soutiennent de toute façon sans trop de problèmes des tempi assez rapides, et il faut assurer que leurs variations sont admirablement réalisées. Et si "le cataclysme au ralenti" à la fin du développement du 1er mouvement me semble lesté d'un poids extraordinaire dans la version Franck citée ci-dessus, je trouve ce qu'y fait Mitropoulos marquant avec beaucoup moins d'effet. Les deux mouvements médians sont idéalement traités, avec un allant enviable. Il n'y a donc guère que le dernier mouvement qui pourra appeler des réserves, et encore. On peut parfaitement adopter cette vision qui ne cherche ni à émouvoir à tout prix, ni à essorer l'auditeur en fin de parcours. On peut surtout écouter ce voyage pour le parcours différent qu'il nous fait emprunter, sa rigueur n'étant ni dictée par le refus de l'affect ni asséchante.

Ceux qui ne veulent qu'une version de chaque oeuvre s'en tiendront à celle qu'ils ont déjà. Ceux qui ont déjà le pilier absolu de la discographie - Tchaikovsky : Symphonies n° 4, n° 5 et n °6 "Pathétique" - ne souhaiteront pas forcément acquérir une version de plus, fût-elle sous le nom de Dimitri Mitropoulos. Pour tous les autres, je ne puis qu'assurer qu'elle est à la hauteur de la réputation de ce chef admirable, qui propose là une version qui arrive à conjuguer fureur et dignité, ferveur émotionnelle et mise à distance, avec une tenue exceptionnelle.

Pour une version beaucoup plus récente, et ô combien différente, on peut donc vouloir connaître l'interprétation laissée par Mikko Franck avec l'Orchestre de la radio suédoise, pour laquelle j'avoue avoir une affection toute particulière : Tchaikovsky: Symphony No. 6 'Pathétique'; Rautavaara: Apotheosis. Pour une version à la fois plus traditionnelle et à l'approche plus équilibrée, sans être pour autant routinière ou extérieure, on peut se porter sur Vladimir Jurowski avec le London Philharmonic Orchestra (d'autant qu'elle est accompagnée d'une excellente version de la 1ère) : Tchaïkovski : Symphonies n°1 & n°6.

N'étant pas, c'est le moins que je puisse dire, un grand admirateur du Capriccio italien, je ne suis pas le plus qualifié pour parler de ce qu'ils en font. Disons qu'en ce qui me concerne, pour la Marche slave comme pour le Capriccio, les moments les plus intéressants de ces pièces sont parfaitement mis en valeur.

Avec une prise de son faisant que l'orchestre se déploie un peu plus mais aussi avec un peu plus de souffle, Une Nuit sur le Mont chauve ne pourra se comparer complètement favorablement avec l'interprétation laissée par Fritz Reiner par exemple. Le New York Philharmonic, même chauffé à blanc, n'arrive sans doute pas tout à fait à la cheville du Chicago Symphony. Mais il s'agit là d'un complément de choix, avec ses moments formidables, qui achève de rendre l'acquisition de ce CD plus que tentante.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Oct 21, 2014 8:57 PM MEST


Chostakovitch/String Quartets No.14 & 15
Chostakovitch/String Quartets No.14 & 15
Prix : EUR 18,59

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Les Prazak dans les deux derniers Quatuors de Dimitri Chostakovitch : un disque digne d'admiration, peut-être même majeur, 19 octobre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Chostakovitch/String Quartets No.14 & 15 (CD)
Praga doit publier avec cet enregistrement le 3ème ou 4ème sorti sous le nom du Quatuor Prazak cette année. Les amateurs de l'ensemble tchèque, dont je suis, doivent plus que frôler la surdose (j'en ai pour ma part acquis deux sur les cinq derniers). Mais une conclusion s'impose d'emblée : quel disque!

Depuis que Pavel Hula a remplacé Vaclac Remes, la petite baisse de qualité qui avait affecté le Quatuor avec la dystonie de son premier violon n'est plus d'actualité. On pouvait craindre que Remes, personnalité à l'aura très forte et des plus attachantes, soit difficile à remplacer. Or, Pavel Hula, vieux complice du groupe (lui-même ancien primarius des Kocian), n'a non seulement pas eu trop de mal à trouver sa place, semble-t-il, mais son inclusion paraît même avoir redonné du sang neuf à ce Quatuor formé il y a plus de quarante ans.

Alors qu'ils ont déjà donné il y a quelques années un programme Chostakovitch des plus passionnants et réussis - Chostakovitch : Quatuors à cordes n° 7 et n° 8 - Quintette avec piano Op. 57 - les revoici avec les deux derniers quatuors - Chostakovitch/String Quartets No.14 & 15. Le moins que l'on puisse dire est qu'ils font mouche une fois de plus.

J'ai pu écrire il y a peu que dans ce répertoire un ensemble comme le Quatuor Kopelman me semble aujourd'hui constituer une manière d'idéal : Chostakovitch : Quartets Nos. 3 & 7, Prokofiev : Quartet No. 2. En voici une autre, avec cet ensemble au son et à l'homogénéité bien distincts mais pas moins éloquents.

On retrouvera évidemment ici ce qui a toujours fait la force des Prazak, du timbre marqué de chaque instrument - en particulier le violoncelle du si précieux Michal Kanka - à la beauté concentrée de leurs alliages, pour une force d'expression qui ne trouve que peu de commune mesure.

Cela est évident dès les premières notes du 14ème Quatuor, fort bien rendu pour ses différents climats et pour ses passages polyphoniques. Mais le haut point de cet enregistrement est évidemment le 15ème Quatuor, qui trouve ici une interprétation à la hauteur de cette partition à tous égards testamentaire.

Difficile de ne pas être profondément ému par ce 15ème Quatuor, en règle générale s'entend. Cette suite de six adagios ne laisse que peu de répit à l'auditeur dans la façon qu'elle a de regarder la déréliction et la mort en face, certes de façon bien différente selon les mouvements. La version des Prazak bouleverse d'emblée, et son impact sur l'auditeur est durable. L'Elégie s'avère plus saisissante que chez d'autres : il faut dire qu'ils jouent plus fort que certains de leurs confrères, respectant sans doute moins la partition qu'eux sur ce point. La Sérénade, qui se nourrit entre autres des traits profonds du violoncelle de Kanka, les voit se répondre avec une noirceur stupéfiante (mais aucunement trichée). La complainte du Nocturne est restituée avec ce qu'il faut de sentiment, et on se doute que la Marche funèbre aura avec eux un poids sonore considérable. L'Epilogue est respecté pour la manière si particulière qu'il a de traiter le matériau thématique, pour son caractère épisodique et ses décrochages brutaux (triples croches du violon, phrases heurtées du violoncelle) comme pour sa façon d'aller vers sa fin tout à la fois relativement abruptement et sereinement.

En complément, les deux pièces op. 36, composées en 1936, reprennent des airs de son opéra Lady Macbeth de Mzensk et de son ballet L'Age d'or. Quel bonheur d'entendre en particulier le traitement lyrique qu'ils font de l'Elégie liée à l'air de Katerina Ismaïlova dans Lady Macbeth. La Polka tirée de l'Age d'or est quant à elle sautillante et grinçante à souhait.

La prise de son m'a semblé du grand Praga : beaucoup d'espace sans pour autant que les instruments se perdent dans le lointain, aient des contours trop peu nets ou se diluent. Je ne peux qu'imaginer ce que cela peut donner sur un excellent équipement en SACD. En tout cas, même avec un matériel peu performant comme le mien, on entendra un équilibre entre instruments tout à fait enviable et un son chaleureux qui flatte particulièrement le timbre des instruments. Les respirations des instrumentistes, loin d'être trop audibles comme dans certains enregistrements captés de trop près, peuvent ici et là être entendues en fond, sans que cela soit gênant : à vrai dire cela donne encore plus de tension au moment où on les entend.

Ce disque est à mes oreilles intégralement admirable. Je suis prêt à parier qu'il devrait être considéré comme un des tout meilleurs de ce Quatuor, qui reste un des très grands de notre temps et dont on serait bien mal avisé de diminuer l'importance. Voici une preuve éclatante qu'ils continuent à marquer le paysage de façon indélébile.


The Duo Sessions
The Duo Sessions
Prix : EUR 19,51

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5.0 étoiles sur 5 Meet the Skride Sisters, 19 octobre 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Duo Sessions (CD)
Les artistes 'émergents' m'intéressent. Je ne me sens pas pour autant la vocation d'écouter tous les nouveaux venus. Voilà sans doute pourquoi - à l'aide de pochettes pouvant à l'occasion faire fuir - je n'ai longtemps pas prêté attention à Baiba Skride. Il y a après tout bien assez de (relativement) jeunes violonistes talentueux pour que l'on ne veuille pas les écouter tous à tout prix. Bien mal m'en a pris. Mme Skride est de toute évidence une musicienne accomplie, ce que l'écoute de ses seuls albums suffit amplement à prouver. Là où pour d'autres le disque n'est pas toujours très flatteur et où il vaut mieux les écouter sur le vif, dans le cas de la violoniste lettone ils sont des plus convaincants, et donnent d'autant plus envie de l'entendre en concert.

Il faut dire que Baiba Skride n'écume pas particulièrement les scènes françaises, qu'elle n'est plus soutenue par ce qu'il est convenu d'appeler un grand label, que ce n'est pas son partenariat actuel avec Orfeo qui va décider des programmateurs français souvent conservateurs à faire plus appel à elle, etc. Pourtant, dans son coin, elle propose ici un Concerto de Brahms qui vaut infiniment mieux que bien d'autres qui encombrent les bacs - Concerto pour violon op.77. Danses hongroises - là un programme Szymanowski que l'on peut à bon droit qualifier de majeur - Szymanowski: Violin Concertos No. 1 (voir le commentaire de Denis Urval). Sans parler de ses autres contributions, qui ont été reçues très favorablement si j'ai bien compris, comme par exemple son Schumann. Les disques Orfeo, plus récents, ne doivent pas pour autant occulter ceux réalisés chez Sony dans la foulée de sa réussite au concours Reine Elizabeth en 2001. Ainsi, en 2004, elle enregistrait, lors d'une captation de concerts, le 1er Concerto pour violon de Dimitri Chostakovitch en compagnie du Philharmonique de Munich sous la direction de Mikko Franck : Chostakovitch : Concerto Pour Violon Op.77 - Janacek : Concerto Pour Violon. À mon sens, cette version est à présent une de celles qui tiennent le haut du pavé, en tout cas pour les plus récentes.

Si Sony, en toute bonne logique commerciale, lui a essentiellement fait faire des concertos tant qu'elle était chez eux, et si Orfeo continue aujourd'hui dans la foulée - mais avec un répertoire parfois plus un peu plus hardi (cf. les Szymanowski, mais aussi Concertos de Stravinsky & Martin, avec Honegger, Stravinsky : Circus Polka) - elle a tout de même pu montrer ses talents de chambriste grâce au programme enregistré en compagnie de sa jeune soeur Lauma. De ce disque, intitulé The Duo Sessions et qui a certes tout de la carte de visite dans laquelle ont été placées certaines de leurs oeuvres préférées, on aurait bien tort de se priver.

Tout d'abord, la violoniste y montre les éminentes qualités rendues patentes par ses disques de concertos. Richesse du timbre, vivacité des couleurs, jeu enlevé et le plus souvent sans manières. Ensuite, elle trouve en sa soeur une partenaire de choix : une pianiste émérite, dont l'instrument est lui aussi coloré. Nul doute que cet enregistrement de 2006 n'est qu'une étape dans une relation musicale qui a commencé bien avant et ne s'est pas arrêté avec lui : une complicité profonde est en tout cas bien audible. Enfin, elles sont toutes deux superbement captées, l'équilibre entre le piano et le violon s'avérant quasi-parfait.

C'est peu dire que leur Schubert - la Sonatine en ré majeur D 384, soit la part la plus solaire du compositeur - fait entendre tout ce qu'il doit à la Vienne d'avant, à Mozart en particulier. Une légèreté de touche certaine ne les quitte pas pour la Sonate op 12 n°3 de Beethoven. Peut-être n'y mettent-elles pas toute la variété que savent y apporter Alina Ibragimova et Cédric Tiberghien (Intégrale des Sonates pour violon vol.3), peut-être certains épisodes sonnent-ils un peu moins justes, mais leurs échanges savent être aussi vifs que plaisants. Le "Tzigane" de Ravel m'a semblé un brin emprunté, sans pour autant que le résultat déçoive véritablement. La Sonate de Ravel me paraît cependant bien plus réussie. J'en connais sans doute deux ou trois versions plus stylistiquement acérées, mais leur version relativement retenue, qui ne recherche de toute évidence pas à mettre agressivement en avant la modernité de la pièce et à faire saillir tous les angles, ne verse pas pour autant dans la mollesse ou la banalité. Tout au long de ce disque, même dans les passages que l'on pourrait trouver d'une moindre justesse stylistique, le jeu de ces deux-là trouve à s'épanouir en montrant des qualités d'expression déjà parfaitement développées. La beauté des timbres et la prise de son flatteuse font le reste.

4,5 étoiles pour ce programme 'heureux', exécuté de manière enjouée et sans complexe par deux jeunes instrumentistes aussi évidemment talentueuses prises individuellement qu'en étroite complicité lorsqu'elles jouent ensemble. Rappelons qu'elles ont depuis le passage chez Orfeo été à nouveau réunies au disque, le complément du Concerto de Brahms étant les Danses hongroises jouées par les deux soeurs dans la transcription de Joseph Joachim, pour violon et piano : Concerto pour violon op.77. Danses hongroises. Cette rencontre ultérieure, qui a également pour elle d'être un peu moins hétérogène que le programme de ce premier disque de musique de chambre, les montre plus que jamais soudées, pour un résultat des plus probants.

Vivement de nouvelles réunions discographiques! Et pourquoi pas en concert, si possible dans nos contrées?

NB Gil Shaham a enregistré la Sonatine, dans un disque Schubert qui a pour particularité de ne présenter que des pièces pour violon et guitare, transposées peu après leur composition ou plus tardivement : Schubert For Two - Transcriptions pour guitare et violon / Shaham - Three Classic Albums. Son partenaire étant l'exceptionnel guitariste Goran Söllscher, cette rencontre s'avère une très belle réussite.


Shostakovich: Symphonies Nos. 1 & 6 [Hybrid SACD]
Shostakovich: Symphonies Nos. 1 & 6 [Hybrid SACD]
Prix : EUR 23,99

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5.0 étoiles sur 5 La 6ème Symphonie de Dimitri Chostakovitch : Vladimir Jurowski face à lui-même, 14 octobre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Shostakovich: Symphonies Nos. 1 & 6 [Hybrid SACD] (CD)
A presque dix ans de distance, avec deux orchestres bien différents, Vladimir Jurowski enregistrait la même 6ème Symphonie de Dimitri Chostakovitch : en studio à Moscou avec l'Orchestre national de Russie (2004) - Shostakovich: Symphonies Nos. 1 & 6 - Hybrid SACD - en concert au Royal Festival Hall de Londres avec l'orchestre dont il est le chef principal depuis sept ans, le London Philharmonic Orchestra (2013) - Shostakovich : Symphonies n° 6 & n° 14.

J'ai longtemps eu de nettes préférées parmi les Symphonies de ce compositeur : d'abord (et pour toujours) la 8ème, puis la 10ème, puis la 4ème. Aujourd'hui que je les écoute plus volontiers les unes et les autres et que plus aucune ne tient très franchement la corde, je reviens toujours vers les trois déjà citées, mais aussi vers la 6ème. Je suis entre autres bien plus sensible à son plan non conventionnel, à sa place dans le corpus (à la fin des années 30, coincée qu'elle est entre une 5ème susceptible d'apaiser le courroux des autorités et ses symphonies de guerre), à la façon dont elle brouille les pistes sans pour autant masquer grand-chose de ce qu'elle entend exprimer et de ce à quoi elle répond.

Il y a un certain nombre d'années, j'étais perplexe en constatant le nombre de géants de la direction (Fritz Reiner, Leopold Stokowski, Leonard Bernstein...) qui avaient dirigé cette 6ème qui me semblait un peu anecdotique, alors que j'aurais tant voulu qu'ils choisissent plutôt la 8ème (ou la 4ème, pour ceux qui auraient pu la jouer puisqu'elle n'a finalement été créée qu'en 1961). Aujourd'hui, au-delà de ce qu'ont pu décider les circonstances, cela ne m'étonne plus tant que cela. Si j'ai de toute façon toujours écouté les chefs soviétiques dans ces symphonies, à commencer par Mravinsky et Kondrachine, j'avais adopté l'intégrale de Bernard Haitink (Chostakovitch : Les 15 Symphonies). Dans cet ensemble, il se trouve que la 6ème est particulièrement réussie et qu'elle fait partie de celles que je continue à écouter régulièrement dans la série réalisée par Haitink (ici avec le Concertgebouw).

Alors que la discographie est si riche, de nombreuses nouvelles interprétations nous arrivent, comme pour toutes les autres symphonies de Chostakovitch d'ailleurs. Cette oeuvre est sans doute moins difficile que d'autres à réussir, mais dans les intégrales en cours ou venant juste de se terminer, celle de Vasily Petrenko (Chostakovitch : Symphonies n° 6 et n° 12) et celle de Valery Gergiev (Chostakovitch/Symphonies No.4, 5 & 6), elle fait également partie des points hauts - dans le cas de Petrenko, il faut dire qu'il y a une bonne majorité de points hauts ; dans celui de Gergiev, cet ensemble des symphonies des années 30 est indubitablement un des meilleurs qu'il ait livrés, la 4ème et la 5ème laissant peu à désirer par ailleurs. Mais je n'ai pas résisté à la tentation d'aller écouter dans cette oeuvre les deux contributions de Vladimir Jurowski. Tout d'abord parce que je l'avais entendu la faire en concert avec le LPO au préalable, ensuite parce qu'il vient de donner une formidable 8ème (toujours en concert, pas enregistrée hélas), enfin parce que je suis trop curieux de ce qu'il peut faire en règle générale pour ne pas l'entendre dans une symphonie de Chostakovitch telle que la 6ème.

La conception n'a sans doute pas changé de fond en comble, et la partition ne le permet de toute façon probablement pas tant que cela. Les différences les plus notables tiennent évidemment au son de chaque orchestre, et au fait que si le chef cultivait de toute évidence une certaine massivité avec un orchestre russe en tout état de cause 'naturellement' plus massif, il la joue moins avec un LPO 'naturellement' plus allégé. Comme toujours avec Jurowski, l'orchestre est tenu. Dans le cas de l'Orchestre national de Russie, c'est d'autant plus bienvenu qu'il ne l'a pas toujours été autant qu'avec lui d'après ce que j'ai pu entendre. Même si c'est toujours le cas avec le LPO, je ne suis pas persuadé qu'il recherche autant, quelques années après, une discipline aussi marquée. Il ne faut pas pour autant donner l'impression que cette discipline tournerait à l'exercice métronomique ou au rapport de forces peu productif. Si le Largo sonne avec Jurowski de façon aussi implacable que certaines pages de la 8ème dans la version avec l'Orchestre national de Russie, l'interprétation qu'ils en donnent ne bannit pas plus le lyrisme que le sentiment d'oppression ou d'angoisse.

La version plus récente avec le LPO semble se développer plus naturellement, mais ce n'est évidemment pas pour autant que le chef laisserait beaucoup plus de choses au hasard ou qu'elle manquerait de tenue. Avec un poids global moindre et un son plus ouvert et sans grande chaleur, les cordes sont comme souvent a priori moins marquantes que celles de nombre d'autres orchestres continentaux, mais elles arrivent à lui donner beaucoup plus que ce qu'elles pouvaient lui donner il y a encore quelques années (voir par exemple leur enregistrement Rachmnaninov des débuts de leur collaboration : Rachmaninov : The Isle of the Dead / L'Ile des morts & Symphonic Dances / Danses symphoniques). Je ne regretterai pour ma part que des bois parfois un peu désagréables dans le suraigu (même si ce côté désagréable n'est pas forcément déplacé et a même pu être cultivé par d'autres). Tous ces traits sont de toute façon relativement proches de ce qui peut de temps à autre faire la limite des enregistrements de Petrenko. Mais Jurowski comme Petrenko, chacun à leur manière - Jurowski fait moins ressortir et fourmiller les détails par exemple - savent tirer de leur orchestre anglais une cohérence évidente. S'il y a donc plus impressionnant ailleurs dans le Largo, de Reiner à Haitink à Jurowski première manière ou au récent Gergiev avec le Mariinsky, le RLPO et le LPO servent cette musique avec une patte légère qui fait mouche. Elle fait d'autant plus mouche dans les deux derniers mouvements, et en particulier dans le tout dernier, que Jurowski me semble réussir à merveille avec le LPO. Autant je comprends que l'on puisse trouver plus son compte dans un Largo plus massif et aux timbres plus imposants, autant il me semble aussi bien que l'on s'éloigne de l'excès de massivité et des tempi un petit peu lents dans le Presto - y compris dans l'épisode central, qui les invite plus : il s'avère presque aussi terrifiant que certains passages de la 4ème dans la version Gergiev par exemple! A vrai dire, j'aime bien ces différentes options, y compris l'effet rouleau-compresseur suscité par Gergiev dans l'épisode central du Presto d'ailleurs, mais la très bonne adéquation entre le son de l'orchestre et les choix du chef relativement au tempi et aux travail sur les équilibres me semblent plus à même de rendre pleinement justice à ce 3ème mouvement. Pas étonnant que les bravos fusent immédiatement : le Finale est d'un tel allant - sans jamais tomber dans le débraillé - qu'il remplit parfaitement l'office que lui avait assigné le compositeur (remplir le cahier des charges tout en parodiant la musique attendue par ceux qui lui imposaient les charges en question).

Au final, j'aime les deux versions Jurowski... ainsi que beaucoup d'autres. Si je suis globalement convaincu par ce que fait le chef avec son orchestre attitré, si leur collaboration produit des fruits aujourd'hui plus mûrs, il reste que les petites limites intrinsèques de l'orchestre font que ce ne sont pas des interprétations aussi imposantes que d'autres, ou qu'elles pourraient l'être si ce chef travaillait avec un orchestre au son plus plein et chaleureux. Cela étant, pour une oeuvre telle que celle-ci, ce qu'on perd d'un côté on le gagne de l'autre, et ces options et résultats se défendent à mon avis à part presque égale.

Si l'on est a priori interessé par une des versions Jurowski et que l'on hésite entre les deux, c'est bien entendu l'autre oeuvre présente qui pourra éventuellement aider à décider. Dans le disque Pentatone, la 1ère Symphonie s'avère des plus impressionnantes, en particulier son Finale échevelé. On ne se trompera pas avec cette version, là aussi imposante mais ô combien respectueuse de tous les contrastes et couleurs d'une partition qui en est riche. Dans le disque LPO la 14ème, elle aussi très peu conventionnelle (quand bien même elle serait en descendance de Mahler aussi bien que de Britten, à qui elle est dédiée), est elle aussi une réussite. Evidemment, même tout à fait adéquats, Tatiana Monogarova et Sergei Leiferkus ne pourront faire oublier un couple tel que Julia Varady & Dietrich Fischer-Dieskau chez Haitink (mais eux chantent la version, autorisée par Chostakovitch, dans les langues d'origine des poèmes, alors que la version choisie ici est la première, tout en russe). Pour citer une autre influence évidente du compositeur, les Chants et danses de la mort de Moussorgsky (qu'il avait orchestrés peu avant), on pourra regretter ici la profondeur de la voix d'un Evgueni Nesterenko, qui a laissé une version très marquante de ce cycle exceptionnel et chanté le rôle masculin de la 14ème pour Kondrachine. Mais reste que Monogarova et Leiferkus, accompagnés avec attention, ne déméritent pas. Je n'ai pour le coup pas encore entendu la 14ème dans la version de Petrenko, mais l'écho de ce concert plus ancien (2006), où les voix sont bien captées, vaut d'être entendu.

Deux 6ème de choix, une 1ère écrasante ou une 14ème bien chantée. Deux disques qui ne seront peut-être jamais cités tout en haut des listes des indispensables dans ces oeuvres, mais qu'on aurait à mon sens tort de bouder. 4,5 étoiles tous comptes faits.


Shostakovich : Symphonies n° 6 & n° 14
Shostakovich : Symphonies n° 6 & n° 14
Prix : EUR 14,34

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5.0 étoiles sur 5 La 6ème Symphonie de Dimitri Chostakovitch : Vladimir Jurowski face à lui-même, 14 octobre 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Shostakovich : Symphonies n° 6 & n° 14 (CD)
A presque dix ans de distance, avec deux orchestres bien différents, Vladimir Jurowski enregistrait la même 6ème Symphonie de Dimitri Chostakovitch : en studio à Moscou avec l'Orchestre national de Russie (2004) - Shostakovich: Symphonies Nos. 1 & 6 - Hybrid SACD - en concert au Royal Festival Hall de Londres avec l'orchestre dont il est le chef principal depuis sept ans, le London Philharmonic Orchestra (2013) - Shostakovich : Symphonies n° 6 & n° 14.

J'ai longtemps eu de nettes préférées parmi les Symphonies de ce compositeur : d'abord (et pour toujours) la 8ème, puis la 10ème, puis la 4ème. Aujourd'hui que je les écoute plus volontiers les unes et les autres et que plus aucune ne tient très franchement la corde, je reviens toujours vers les trois déjà citées, mais aussi vers la 6ème. Je suis entre autres bien plus sensible à son plan non conventionnel, à sa place dans le corpus (à la fin des années 30, coincée qu'elle est entre une 5ème susceptible d'apaiser le courroux des autorités et ses symphonies de guerre), à la façon dont elle brouille les pistes sans pour autant masquer grand-chose de ce qu'elle entend exprimer et de ce à quoi elle répond.

Il y a un certain nombre d'années, j'étais perplexe en constatant le nombre de géants de la direction (Fritz Reiner, Leopold Stokowski, Leonard Bernstein...) qui avaient dirigé cette 6ème qui me semblait un peu anecdotique, alors que j'aurais tant voulu qu'ils choisissent plutôt la 8ème (ou la 4ème, pour ceux qui auraient pu la jouer puisqu'elle n'a finalement été créée qu'en 1961). Aujourd'hui, au-delà de ce qu'ont pu décider les circonstances, cela ne m'étonne plus tant que cela. Si j'ai de toute façon toujours écouté les chefs soviétiques dans ces symphonies, à commencer par Mravinsky et Kondrachine, j'avais adopté l'intégrale de Bernard Haitink (Chostakovitch : Les 15 Symphonies). Dans cet ensemble, il se trouve que la 6ème est particulièrement réussie et qu'elle fait partie de celles que je continue à écouter régulièrement dans la série réalisée par Haitink (ici avec le Concertgebouw).

Alors que la discographie est si riche, de nombreuses nouvelles interprétations nous arrivent, comme pour toutes les autres symphonies de Chostakovitch d'ailleurs. Cette oeuvre est sans doute moins difficile que d'autres à réussir, mais dans les intégrales en cours ou venant juste de se terminer, celle de Vasily Petrenko (Chostakovitch : Symphonies n° 6 et n° 12) et celle de Valery Gergiev (Chostakovitch/Symphonies No.4, 5 & 6), elle fait également partie des points hauts - dans le cas de Petrenko, il faut dire qu'il y a une bonne majorité de points hauts ; dans celui de Gergiev, cet ensemble des symphonies des années 30 est indubitablement un des meilleurs qu'il ait livrés, la 4ème et la 5ème laissant peu à désirer par ailleurs. Mais je n'ai pas résisté à la tentation d'aller écouter dans cette oeuvre les deux contributions de Vladimir Jurowski. Tout d'abord parce que je l'avais entendu la faire en concert avec le LPO au préalable, ensuite parce qu'il vient de donner une formidable 8ème (toujours en concert, pas enregistrée hélas), enfin parce que je suis trop curieux de ce qu'il peut faire en règle générale pour ne pas l'entendre dans une symphonie de Chostakovitch telle que la 6ème.

La conception n'a sans doute pas changé de fond en comble, et la partition ne le permet de toute façon probablement pas tant que cela. Les différences les plus notables tiennent évidemment au son de chaque orchestre, et au fait que si le chef cultivait de toute évidence une certaine massivité avec un orchestre russe en tout état de cause 'naturellement' plus massif, il la joue moins avec un LPO 'naturellement' plus allégé. Comme toujours avec Jurowski, l'orchestre est tenu. Dans le cas de l'Orchestre national de Russie, c'est d'autant plus bienvenu qu'il ne l'a pas toujours été autant qu'avec lui d'après ce que j'ai pu entendre. Même si c'est toujours le cas avec le LPO, je ne suis pas persuadé qu'il recherche autant, quelques années après, une discipline aussi marquée. Il ne faut pas pour autant donner l'impression que cette discipline tournerait à l'exercice métronomique ou au rapport de forces peu productif. Si le Largo sonne avec Jurowski de façon aussi implacable que certaines pages de la 8ème dans la version avec l'Orchestre national de Russie, l'interprétation qu'ils en donnent ne bannit pas plus le lyrisme que le sentiment d'oppression ou d'angoisse.

La version plus récente avec le LPO semble se développer plus naturellement, mais ce n'est évidemment pas pour autant que le chef laisserait beaucoup plus de choses au hasard ou qu'elle manquerait de tenue. Avec un poids global moindre et un son plus ouvert et sans grande chaleur, les cordes sont comme souvent a priori moins marquantes que celles de nombre d'autres orchestres continentaux, mais elles arrivent à lui donner beaucoup plus que ce qu'elles pouvaient lui donner il y a encore quelques années (voir par exemple leur enregistrement Rachmnaninov des débuts de leur collaboration : Rachmaninov : The Isle of the Dead / L'Ile des morts & Symphonic Dances / Danses symphoniques). Je ne regretterai pour ma part que des bois parfois un peu désagréables dans le suraigu (même si ce côté désagréable n'est pas forcément déplacé et a même pu être cultivé par d'autres). Tous ces traits sont de toute façon relativement proches de ce qui peut de temps à autre faire la limite des enregistrements de Petrenko. Mais Jurowski comme Petrenko, chacun à leur manière - Jurowski fait moins ressortir et fourmiller les détails par exemple - savent tirer de leur orchestre anglais une cohérence évidente. S'il y a donc plus impressionnant ailleurs dans le Largo, de Reiner à Haitink à Jurowski première manière ou au récent Gergiev avec le Mariinsky, le RLPO et le LPO servent cette musique avec une patte légère qui fait mouche. Elle fait d'autant plus mouche dans les deux derniers mouvements, et en particulier dans le tout dernier, que Jurowski me semble réussir à merveille avec le LPO. Autant je comprends que l'on puisse trouver plus son compte dans un Largo plus massif et aux timbres plus imposants, autant il me semble aussi bien que l'on s'éloigne de l'excès de massivité et des tempi un petit peu lents dans le Presto - y compris dans l'épisode central, qui les invite plus : il s'avère presque aussi terrifiant que certains passages de la 4ème dans la version Gergiev par exemple! A vrai dire, j'aime bien ces différentes options, y compris l'effet rouleau-compresseur suscité par Gergiev dans l'épisode central du Presto d'ailleurs, mais la très bonne adéquation entre le son de l'orchestre et les choix du chef relativement au tempi et aux travail sur les équilibres me semblent plus à même de rendre pleinement justice à ce 3ème mouvement. Pas étonnant que les bravos fusent immédiatement : le Finale est d'un tel allant - sans jamais tomber dans le débraillé - qu'il remplit parfaitement l'office que lui avait assigné le compositeur (remplir le cahier des charges tout en parodiant la musique attendue par ceux qui lui imposaient les charges en question).

Au final, j'aime les deux versions Jurowski... ainsi que beaucoup d'autres. Si je suis globalement convaincu par ce que fait le chef avec son orchestre attitré, si leur collaboration produit des fruits aujourd'hui plus mûrs, il reste que les petites limites intrinsèques de l'orchestre font que ce ne sont pas des interprétations aussi imposantes que d'autres, ou qu'elles pourraient l'être si ce chef travaillait avec un orchestre au son plus plein et chaleureux. Cela étant, pour une oeuvre telle que celle-ci, ce qu'on perd d'un côté on le gagne de l'autre, et ces options et résultats se défendent à mon avis à part presque égale.

Si l'on est a priori interessé par une des versions Jurowski et que l'on hésite entre les deux, c'est bien entendu l'autre oeuvre présente qui pourra éventuellement aider à décider. Dans le disque Pentatone, la 1ère Symphonie s'avère des plus impressionnantes, en particulier son Finale échevelé. On ne se trompera pas avec cette version, là aussi imposante mais ô combien respectueuse de tous les contrastes et couleurs d'une partition qui en est riche. Dans le disque LPO la 14ème, elle aussi très peu conventionnelle (quand bien même elle serait en descendance de Mahler aussi bien que de Britten, à qui elle est dédiée), est elle aussi une réussite. Evidemment, même tout à fait adéquats, Tatiana Monogarova et Sergei Leiferkus ne pourront faire oublier un couple tel que Julia Varady & Dietrich Fischer-Dieskau chez Haitink (mais eux chantent la version, autorisée par Chostakovitch, dans les langues d'origine des poèmes, alors que la version choisie ici est la première, tout en russe). Pour citer une autre influence évidente du compositeur, les Chants et danses de la mort de Moussorgsky (qu'il avait orchestrés peu avant), on pourra regretter ici la profondeur de la voix d'un Evgueni Nesterenko, qui a laissé une version très marquante de ce cycle exceptionnel et chanté le rôle masculin de la 14ème pour Kondrachine. Mais reste que Monogarova et Leiferkus, accompagnés avec attention, ne déméritent pas. Je n'ai pour le coup pas encore entendu la 14ème dans la version de Petrenko, mais l'écho de ce concert plus ancien (2006), où les voix sont bien captées, vaut d'être entendu.

Deux 6ème de choix, une 1ère écrasante ou une 14ème bien chantée. Deux disques qui ne seront peut-être jamais cités tout en haut des listes des indispensables dans ces oeuvres, mais qu'on aurait à mon sens tort de bouder. 4,5 étoiles tous comptes faits.


Shostakovich : Violin Concertos 1 & 2  (Concertos pour violon 1 & 2)
Shostakovich : Violin Concertos 1 & 2 (Concertos pour violon 1 & 2)
Prix : EUR 16,15

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Les concertos pour violon de Dimitri Chostakovitch : Steinbacher/Nelsons v. Tetzlaff/Storgards, 12 octobre 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Shostakovich : Violin Concertos 1 & 2 (Concertos pour violon 1 & 2) (CD)
A sept ans de distance, deux violonistes ont enregistré un couplage des deux concertos pour violon de Dimitri Chostakovitch : Arabella Steinbacher avec l'Orchestre de la Radio bavaroise sous la direction d'Andris Nelsons en 2006 (Schostakowitsch: Violinkonzerte No. 1 & 2) et Christian Tetzlaff avec l'Orchestre philharmonique d'Helsinki sous la direction de John Storgards en 2013 (Violin Concertos 1 & 2). J'en ai pris connaissance à peu près en même temps, raison pour laquelle j'entreprends de les traiter ensemble. Si Baiba Skride avait enregistré les deux concertos en même temps, cela aurait mis tout le monde d'accord, je pense. En attendant, on aura à mon sens tout intérêt à ne pas négliger le témoignage qu'elle a laissé dans le seul 1er Concerto, avec Mikko Franck à la baguette : Chostakovitch : Concerto Pour Violon Op.77 - Janacek : Concerto Pour Violon. Un disque que j'ai découvert tardivement là aussi, et que je trouve enthousiasmant.

Le 2ème Concerto étant moins joué et enregistré que le 1er, c'est toujours une bonne chose de disposer des deux dans un même couplage. Ces deux disques ont pour eux de proposer de belles versions des deux concertos, dans l'ensemble plus assurées et 'propres' pour Steinbacher, plus fébriles pour Tetzlaff. L'accompagnement orchestral est plus qu'adéquat dans les deux cas, même si dans le 1er j'ai une toute petite préférence pour le troisième larron que je viens de mentionner, Mikko Franck (Nelsons est pas loin d'être idéal dans trois mouvements sur quatre, mais Franck n'a pas son pareil dans le dernier). Dans les deux cas, on n'aura pas tout à fait son comptant pour ce qui est de l'angoisse qu'est censé exprimer l'instrument soliste (je ne parle pas des orchestres, qui font plutôt bien ce qu'il y a à faire derrière).

N'étant pas un grand fanatique d'Arabella Steinbacher, c'est sans espoirs démesurés que j'ai acquis ce disque. Je dois dire que j'ai été pleinement convaincu par sa prestation. Son Stradivarius au son bien projeté (cependant parfois un peu couvert par l'orchestre) n'est pas ici par trop placide comme cela lui arrive de l'être - je précise que je n'ai pas entendu son disque Prokofiev avec Petrenko, mais l'écoute de ce disque-là me pousserait plutôt à le faire : Prokofiev : les 2 Concertos pour violon - Sonate pour violon seul op. 115. Si la violence des coups d'une Baiba Skride peut me manquer ici et là, si Steinbacher et Nelsons me semblent être un peu loin de capturer toute la frénésie du Finale du 1er Concerto (avec un violon parfois un peu gratouillant et nettement moins imposant que celui de Skride), il reste que le manque d'intensité que je redoutais n'est pas d'actualité. Avec derrière elle une houle orchestrale aussi puissante que compacte, elle s'exprime dans la Passacaille sur un mode lyrique de plus en plus tendu qui la conduit avec sûreté vers une cadence d'une grande maîtrise, de conception comme de réalisation. Dans le 2ème Concerto, le manque occasionnel de mordant et de sens du sarcasme ne porte quoi qu'il en soit pas autant à conséquence, et le lyrisme grave et l'ironie légère l'emportent sans porter préjudice aux autres dimensions de la pièce.

Le cas Tetzlaff est un peu plus complexe en ce qui me concerne. Je sais que d'aucuns - le critique de Libération, Eric Dahan, par exemple - lui reprochent bien des choses, de sa technique faillible à des effets et expédients qu'ils estiment tellement audibles qu'ils en deviennent vulgaires. C'est à mon sens ne pas reconnaître qu'il a changé au fil des ans et qu'il est devenu beaucoup plus aventureux qu'il ne l'était par le passé. Ce qu'il tente aujourd'hui, le plus souvent en bonne entente avec orchestres et chefs, force le respect. Mais qui dit prise de risques (multiples, le plus généralement) dit aussi possibilité plus grande de chuter. Pour l'avoir entendu faire un Concerto de Sibelius à hauts risques avec le Philharmonique de Vienne et Riccardo Chailly l'année dernière, je dois dire que j'ai pour ma part été fasciné par sa façon d'y aller franco, quitte à se planter à plus d'un tournant. Ce qu'il fait dans ces Chostakovitch n'est pas tout à fait à l'avenant, mais l'on retrouve, pour le meilleur et pour le moins bon, une volonté de se mettre en danger qui est devenue sa nouvelle façon de produire de la musique sur l'instant, fût-elle captée pour être écoutée à plus long terme. Ce préambule pour expliquer à la fois ma petite déception à l'écoute du 1er Concerto en particulier, et le fait qu'à la réécoute je n'ai finalement pas trop de mal à l'adopter. Le Nocturne a beau me sembler manquer quelque peu de mystère, et son vibrato être déjà un peu trop présent, il ne comporte pas de problème fondamental. Le Scherzo manque là aussi un peu de mordant, mais la direction orchestrale y est probablement pour quelque chose - Storgards n'est ni Nelsons ni Franck, qui savent faire jaillir plus sûrement les couleurs et les traits incisifs, mais il n'a pas que des mauvais côtés et sait accompagner avec retenue un violoniste qui souhaite sans doute que ce soit le cas, tout en étant capable de lâcher les coups à bon escient. Reste que Tetzlaff trace son chemin sans coup férir. C'est dans la Passacaille que je trouverais le plus à redire, dans ce 3ème mouvement qui m'a de prime abord fait tiquer sur cette interprétation. Que le mode lyrique qu'il adopte soit plus effusif que chez d'autres ne me semble en soi pas pendable. Il n'en est pas moins vrai que ce que ses détracteurs pointent, d'un vibrato trop prononcé à une tendance à malmener la ligne, est ici bien présent. Les risques dont je parlais, il les prend avant et après le début de la cadence, en étant sur le fil et presque trop fébrile. A la réécoute cependant, je me suis moins focalisé là-dessus et finalement ce mouvement me semble à l'image d'une interprétation sollicitant probablement un peu trop l'émotion et montrant en plusieurs endroits qu'elle est menacée par la panne sèche, mais elle redémarre toujours et convainc globalement. Le 2ème Concerto lui convient également un peu mieux, mais il lui manque toujours quelque chose pour arriver à lui rendre pleinement justice, me semble-t-il. Ses options font que les 2ème et 3ème mouvements s'avèrent, de façon peu surprenante, plus constamment réussis que le 1er. L'orchestre est en outre idoine pour ces deux mouvements. J'ai cru entendre que la prise de son lui était légèrement plus favorable dans le 1er Concerto que dans le 2ème, où il est plus facilement couvert, en tout cas dans certains passages critiques du 1er mouvement.

Bilan des courses : je noterais 4,5 pour Steinbacher/Nelsons et 4 pour Tetzlaff/Storgards. Si l'on veut un couplage des deux Concertos pour violon dans un enregistrement récent, il me semble que l'on peut se porter sur l'un ou sur l'autre. Tetzlaff est sans doute plus imaginatif mais, outre que certains peuvent être moins sensibles à sa sonorité, il lui arrive d'être menacé par les risques qu'il prend. Je répète que pour le 1er Concerto, on peut vouloir préférer Baiba Skride. En dvd, on peut également vouloir voir ce que fait Hilary Hahn avec le Philharmonique de Berlin et Mariss Jansons : Berliner Philarmoniker / Berliner Philharmoniker in Tokyo: Concert at the Suntory Hall. Il est évident que je ne peux terminer ce commentaire sans mentionner qu'une bonne chose à faire est de toute façon d'aller écouter David Oïstrakh dans ces oeuvres.


Schostakowitsch: Violinkonzerte No. 1 & 2 / Shostakovich : Violin Concertos n° 1 & 2
Schostakowitsch: Violinkonzerte No. 1 & 2 / Shostakovich : Violin Concertos n° 1 & 2
Prix : EUR 22,96

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5.0 étoiles sur 5 Les concertos pour violon de Dimitri Chostakovitch : Steinbacher/Nelsons v. Tetzlaff/Storgards, 12 octobre 2014
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A sept ans de distance, deux violonistes ont enregistré un couplage des deux concertos pour violon de Dimitri Chostakovitch : Arabella Steinbacher avec l'Orchestre de la Radio bavaroise sous la direction d'Andris Nelsons en 2006 (Schostakowitsch: Violinkonzerte No. 1 & 2) et Christian Tetzlaff avec l'Orchestre philharmonique d'Helsinki sous la direction de John Storgards en 2013 (Violin Concertos 1 & 2). J'en ai pris connaissance à peu près en même temps, raison pour laquelle j'entreprends de les traiter ensemble. Si Baiba Skride avait enregistré les deux concertos en même temps, cela aurait mis tout le monde d'accord, je pense. En attendant, on aura à mon sens tout intérêt à ne pas négliger le témoignage qu'elle a laissé dans le seul 1er Concerto, avec Mikko Franck à la baguette : Chostakovitch : Concerto Pour Violon Op.77 - Janacek : Concerto Pour Violon. Un disque que j'ai découvert tardivement là aussi, et que je trouve enthousiasmant.

Le 2ème Concerto étant moins joué et enregistré que le 1er, c'est toujours une bonne chose de disposer des deux dans un même couplage. Ces deux disques ont pour eux de proposer de belles versions des deux concertos, dans l'ensemble plus assurées et 'propres' pour Steinbacher, plus fébriles pour Tetzlaff. L'accompagnement orchestral est plus qu'adéquat dans les deux cas, même si dans le 1er j'ai une toute petite préférence pour le troisième larron que je viens de mentionner, Mikko Franck (Nelsons est pas loin d'être idéal dans trois mouvements sur quatre, mais Franck n'a pas son pareil dans le dernier). Dans les deux cas, on n'aura pas tout à fait son comptant pour ce qui est de l'angoisse qu'est censé exprimer l'instrument soliste (je ne parle pas des orchestres, qui font plutôt bien ce qu'il y a à faire derrière).

N'étant pas un grand fanatique d'Arabella Steinbacher, c'est sans espoirs démesurés que j'ai acquis ce disque. Je dois dire que j'ai été pleinement convaincu par sa prestation. Son Stradivarius au son bien projeté (cependant parfois un peu couvert par l'orchestre) n'est pas ici par trop placide comme cela lui arrive de l'être - je précise que je n'ai pas entendu son disque Prokofiev avec Petrenko, mais l'écoute de ce disque-là me pousserait plutôt à le faire : Prokofiev : les 2 Concertos pour violon - Sonate pour violon seul op. 115. Si la violence des coups d'une Baiba Skride peut me manquer ici et là, si Steinbacher et Nelsons me semblent être un peu loin de capturer toute la frénésie du Finale du 1er Concerto (avec un violon parfois un peu gratouillant et nettement moins imposant que celui de Skride), il reste que le manque d'intensité que je redoutais n'est pas d'actualité. Avec derrière elle une houle orchestrale aussi puissante que compacte, elle s'exprime dans la Passacaille sur un mode lyrique de plus en plus tendu qui la conduit avec sûreté vers une cadence d'une grande maîtrise, de conception comme de réalisation. Dans le 2ème Concerto, le manque occasionnel de mordant et de sens du sarcasme ne porte quoi qu'il en soit pas autant à conséquence, et le lyrisme grave et l'ironie légère l'emportent sans porter préjudice aux autres dimensions de la pièce.

Le cas Tetzlaff est un peu plus complexe en ce qui me concerne. Je sais que d'aucuns - le critique de Libération, Eric Dahan, par exemple - lui reprochent bien des choses, de sa technique faillible à des effets et expédients qu'ils estiment tellement audibles qu'ils en deviennent vulgaires. C'est à mon sens ne pas reconnaître qu'il a changé au fil des ans et qu'il est devenu beaucoup plus aventureux qu'il ne l'était par le passé. Ce qu'il tente aujourd'hui, le plus souvent en bonne entente avec orchestres et chefs, force le respect. Mais qui dit prise de risques (multiples, le plus généralement) dit aussi possibilité plus grande de chuter. Pour l'avoir entendu faire un Concerto de Sibelius à hauts risques avec le Philharmonique de Vienne et Riccardo Chailly l'année dernière, je dois dire que j'ai pour ma part été fasciné par sa façon d'y aller franco, quitte à se planter à plus d'un tournant. Ce qu'il fait dans ces Chostakovitch n'est pas tout à fait à l'avenant, mais l'on retrouve, pour le meilleur et pour le moins bon, une volonté de se mettre en danger qui est devenue sa nouvelle façon de produire de la musique sur l'instant, fût-elle captée pour être écoutée à plus long terme. Ce préambule pour expliquer à la fois ma petite déception à l'écoute du 1er Concerto en particulier, et le fait qu'à la réécoute je n'ai finalement pas trop de mal à l'adopter. Le Nocturne a beau me sembler manquer quelque peu de mystère, et son vibrato être déjà un peu trop présent, il ne comporte pas de problème fondamental. Le Scherzo manque là aussi un peu de mordant, mais la direction orchestrale y est probablement pour quelque chose - Storgards n'est ni Nelsons ni Franck, qui savent faire jaillir plus sûrement les couleurs et les traits incisifs, mais il n'a pas que des mauvais côtés et sait accompagner avec retenue un violoniste qui souhaite sans doute que ce soit le cas, tout en étant capable de lâcher les coups à bon escient. Reste que Tetzlaff trace son chemin sans coup férir. C'est dans la Passacaille que je trouverais le plus à redire, dans ce 3ème mouvement qui m'a de prime abord fait tiquer sur cette interprétation. Que le mode lyrique qu'il adopte soit plus effusif que chez d'autres ne me semble en soi pas pendable. Il n'en est pas moins vrai que ce que ses détracteurs pointent, d'un vibrato trop prononcé à une tendance à malmener la ligne, est ici bien présent. Les risques dont je parlais, il les prend avant et après le début de la cadence, en étant sur le fil et presque trop fébrile. A la réécoute cependant, je me suis moins focalisé là-dessus et finalement ce mouvement me semble à l'image d'une interprétation sollicitant probablement un peu trop l'émotion et montrant en plusieurs endroits qu'elle est menacée par la panne sèche, mais elle redémarre toujours et convainc globalement. Le 2ème Concerto lui convient également un peu mieux, mais il lui manque toujours quelque chose pour arriver à lui rendre pleinement justice, me semble-t-il. Ses options font que les 2ème et 3ème mouvements s'avèrent, de façon peu surprenante, plus constamment réussis que le 1er. L'orchestre est en outre idoine pour ces deux mouvements. J'ai cru entendre que la prise de son lui était légèrement plus favorable dans le 1er Concerto que dans le 2ème, où il est plus facilement couvert, en tout cas dans certains passages critiques du 1er mouvement.

Bilan des courses : je noterais 4,5 pour Steinbacher/Nelsons et 4 pour Tetzlaff/Storgards. Si l'on veut un couplage des deux Concertos pour violon dans un enregistrement récent, il me semble que l'on peut se porter sur l'un ou sur l'autre. Tetzlaff est sans doute plus imaginatif mais, outre que certains peuvent être moins sensibles à sa sonorité, il lui arrive d'être menacé par les risques qu'il prend. Je répète que pour le 1er Concerto, on peut vouloir préférer Baiba Skride. En dvd, on peut également vouloir voir ce que fait Hilary Hahn avec le Philharmonique de Berlin et Mariss Jansons : Berliner Philarmoniker / Berliner Philharmoniker in Tokyo: Concert at the Suntory Hall. Il est évident que je ne peux terminer ce commentaire sans mentionner qu'une bonne chose à faire est de toute façon d'aller écouter David Oïstrakh dans ces oeuvres.
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Brahms:the Violin Sonatas
Brahms:the Violin Sonatas
Prix : EUR 31,52

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Corey Cerovsek et Paavali Jumppanen : merveilleux de finesse et d'équilibre dans Brahms, 12 octobre 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Brahms:the Violin Sonatas (CD)
Je ne connaissais que de nom le violoniste canadien Corey Cerovsek. Ex-enfant prodige, devenu à 12 ans l'élève de Josef Gingold, ayant poursuivi à parité des études de mathématiques et de musique, il avait tout pour courir la planète en phénomène de foire. Je ne sais pas trop pourquoi cela ne s'est pas passé comme cela et pourquoi il a aujourd'hui, à 40 ans passés, une notoriété toute relative. Sur la foi de ce disque Brahms - je ne connais pas le disque des sonates de Beethoven, réalisé avec le même pianiste en 2006 : Beethoven: Les 10 Sonates Pour Violon - on peut tout de même se dire que c'est bien dommage qu'il ne soit pas un peu plus connu, quand bien même ce serait lui qui aurait souhaité une vie différente de celle du super-soliste international.

Le label Milanollo, adossé à la fondation du même nom, permet à un violoniste de jouer sur le Stradivarius de 1728 qui a eu pour prestigieux propriétaires, à part Teresa Milanollo qui lui a laissé son nom, Niccolo Paganini et Christian Ferras. C'est à présent Corey Cerovsek qui le joue et on ne peut que s'en féliciter.

Certes, la sonorité du violon y fait toujours plus qu'un peu, mais l'on sent qu'il est en des mains particulièrement adroites. Si l'on pense à une version qui s'est imposée au fil des décennies, celle de Josef Suk avec Julius Katchen (Brahms : Les trois Sonates pour violon et piano), on ne peut qu'être frappé par le fait que, aussi flatteur soit-il, le son de Cerovsek est beaucoup plus restreint. Faut-il prendre cette moindre ampleur pour un manque de plénitude, synonyme de son petit et faiblard? Absolument pas, mais il reste vrai que pour apprécier pleinement ce disque il faudra aimer des sonorités moins immédiatement saisissantes que d'autres.

Cette limite n'en est de toute façon pas vraiment une, car les nuances qu'il tire de son instrument sont légion. Capable de traits incisifs parfaitement décochés lorsqu'ils sont requis, il excelle dans les longues phrases, qu'il tient sans peine, dans les traits nets comme dans les demi-teintes. Il a beau savoir faire preuve d'une finesse admirable, il n'a pas besoin de se forcer outre mesure pour conférer à certains passages du volume ou de l'intensité. Considérablement aidé en cela par les relances de son partenaire Paavali Jumppanen, il donne des impulsions qui n'ont rien de brutal mais ne laissent pas le dialogue retomber, comme cela est trop souvent le cas dans les interprétations de ces oeuvres. Le pianiste doit d'ailleurs prendre entièrement sa part de la réussite de cet échange. Son piano, aux couleurs certes un peu riches, n'est pas épais et n'englue jamais le violon. A l'inverse, il lui permet de décoller à plus d'une reprise, et s'impose lorsqu'il le faut. Avec une telle vivacité de part et d'autre, mais aussi avec la volonté de ne pas en remettre et de ne pas passer en force en dépit du bon sens, rien d'étonnant à ce que l'impression qui domine au final soit celle de finesse et d'équilibre - une finesse et un équilibre qui n'arasent pas pour autant les oeuvres, notons-le bien, ne rabotent pas leurs coins les plus saillants.

Pas la peine de distinguer telle Sonate plutôt que telle autre. S'il y a une unité de conception évidente, ils respectent comme il se doit les climats divers des œuvres et des mouvements. Je me bornerai à noter que ma petite préférence va à leur prestation dans l'Op. 100, magistrale à bien des égards. Cela dit, l'Op. 108 ne laisse pas grand-chose à désirer lui non plus! Le Presto agitato montre bien ce que j'avançais au paragraphe précédent : ils se jouent des changements de rythme avec une incroyable maestria, et délivrent les passages agités avec une furia étonnante.

Alors qu'aucune des versions récentes de ces oeuvres ne m'avait totalement convaincu, y compris celles venant de musiciens que j'apprécie beaucoup - cf. la version Leonidas Kavakos - Yuja Wang : Brahms: the Violin Sonatas - c'est de ce duo que je n'attendais aucunement que vient la merveilleuse surprise. Ils ont signé un ensemble absolument cohérent et finement varié, d'une incroyable distinction. C'est peu dire que j'y reviendrai d'une part, que j'espère pouvoir les entendre en concert dans l'Hexagone d'autre part.

La prise de son est pour beaucoup dans l'impression d'équilibre qui se dégage de la prestation de ces deux-là. Beau livret bilingue (français-anglais) avec des notes éclairantes de Jean-Michel Molkhou sur les oeuvres.

En ce qui me concerne, même compte tenu du fait que l'immensité de la production fait que je n'ai écouté que très peu du volume des propositions de l'année, voilà un des tout meilleurs disques de 2014.


Brahms / Sonatas for Clarinet and Piano
Brahms / Sonatas for Clarinet and Piano
Prix : EUR 15,99

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Trois jeunes chambristes français, bien au service de la musique avec clarinette de Brahms, 12 octobre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Brahms / Sonatas for Clarinet and Piano (CD)
Les oeuvres pour clarinette de Brahms ne sont pas précisément sous-enregistrées. Mais autant le Quintette menace quant à lui d'être sur-enregistré, autant c'est moins le cas pour les Sonates et le Trio, en particulier lorsqu'ils sont ainsi rassemblés.

Plus n'est vraiment besoin de présenter le pianiste Adam Laloum, tant il est devenu une coqueluche du public français ces dernières années. C'est d'ailleurs son disque Brahms (Variations Op.21 N° 1. Klavierstucke Op.76 Rhapsodies Op.79. Intermezzi Op.117) qui a contribué à l'imposer, à bon droit. Victor Julien-Laferrière fait partie des tout jeunes violoncellistes (avec Christian-Pierre La Marca, Edgar Moreau, etc) dont on dit qu'ils prolongent l'école du violoncelle français avec panache. Il est à noter que Laloum et Julien-Laferrière forment un trio à présent bien installé avec la violoniste Mi-sa Yang, le Trio Les Esprits, dont j'ai bien aimé le disque (Beethoven-Schumann / Piano Trios) mais que j'ai encore préféré entendre en concert et que je ré-entendrai avec plaisir. Je ne connaissais en revanche que de nom le clarinettiste Raphaël Sévère, pour lequel la notice m'apprend qu'il a gagné le Concours de Tokyo à l'âge de 12 ans et qu'il semble déjà avoir fait son trou. Ce disque me convainc que ces musiciens sont capables du meilleur.

Pour ce qui est du Trio, une rapide comparaison de leur version avec celle de Martin Fröst (à la clarinette, en compagnie de Roland Pöntinen au piano et de Torleif Thedéen au violoncelle), récemment republiée chez Bis avec une très réussie nouvelle version du Quintette (Clarinet Quintet & Trio), joue toutefois en leur défaveur. Non seulement le son de Fröst est plus ample et chaleureux, mais sa technique est aussi plus sûre (les bruits de clés de la clarinette de Sévère sont parfois un peu gênants). Le violoncelle plus profond de Thedéen donne une assise plus grande et sert mieux l'esprit de l'oeuvre. Cela étant, je suis pleinement en accord avec le commentaire de brissaud lorsqu'il écrit que "l'atmosphère confinée et grave des deux premiers temps leur échappe un peu" et lorsqu'il blâme le pianiste pour le petit manque de cohésion de l'ensemble. A l'inverse, le disque des trois Français - comme dans les diverses formations de musique de chambre auxquelles ils participent d'ailleurs - les montre particulièrement soudés. Cette entente évidente, et le liant qu'apporte un pianiste sur lequel on peut compter mais jamais trop présent, permet de pallier quelque peu le manque de poids et la sonorité parfois un peu légère du violoncelle et de la clarinette, et quelques traits un peu ternes.

Plus simples à capter sans doute, les Sonates ne donnent pas la même impression pour ce qui est du son de la clarinette, et Sévère me semble globalement plus à l'aise que dans le Trio. Laloum trouve également plus à s'épanouir, et l'on entend mieux aussi bien la netteté que la légèreté qui caractérisent généralement son jeu de soliste. Il est évident qu'il valait mieux prendre les oeuvres dans l'ordre chronologique, et ne surtout pas dissocier les deux Sonates, composées d'un seul élan après le Trio et le Quintette. Déroulant ainsi les 7 mouvements dont Gilles Cantagrel rappelle dans ses très bonnes notes de pochette qu'ils "semblent se suivre, comme les sept mouvements d'une unique sonate menant d'une sombre passion à une lumière apaisée", Sévère et Laloum semblent plus aisément trouver comment aborder les oeuvres. Si le premier mouvement de la première Sonate convainc d'emblée plus, c'est bien le si merveilleux Andante qui achève de persuader qu'ils ont tous les moyens pour leur faire honneur. Ils le prennent dans un tempo assez lent et arrivent néanmoins à le tenir, les interventions de Laloum étant assez fermement placées et délicatement dosées pour que Sévère puisse venir poser des phrases bien tournées. Les deux autres mouvements de la première Sonate, mais tout aussi bien les trois de la deuxième, leur permettent d'afficher les mêmes qualités, l'écoute de l'un par l'autre n'étant jamais prise en défaut. Le Vivace de la première Sonate accuse les quelques petits défauts du clarinettiste mais prouve que, moyennant les quelques progrès techniques qu'il a sans doute encore à accomplir, il devrait assez vite pouvoir rendre justice à tous les climats et sentiments. Pour ce qui est de la deuxième Sonate, on notera particulièrement un Allegro appassionato parfaitement mené et galbé.

Au bout du compte, en dépit d'un Trio pas tout à fait abouti et des quelques petites limites du clarinettiste, ce disque me semble tout à fait recommandable. On y entendra trois jeunes instrumentistes déjà capables du meilleur : à n'en pas douter des chambristes de coeur, ce qui fait toujours plaisir à entendre. Ceux qui choisiront d'acquérir ce disque essentiellement pour Adam Laloum ne se tromperont pas : sans jamais se mettre en avant, il est le plus souvent complètement à son affaire dans cette musique, et fait figure de partenaire rêvé. Je rappelle toutefois le disque de Martin Fröst si l'on préfère se porter sur le Trio plutôt que sur les Sonates, ou si l'on souhaite opter plutôt pour le couplage avec le Quintette, dans une version d'une grande beauté : Clarinet Quintet & Trio. Comme c'est plutôt pour les Sonates qu'il faut choisir le disque des Français, on peut également aller écouter les deux, qui s'avèrent finalement complémentaires et servent globalement très bien les partitions pour clarinette de ce bon Johannes.

NB Il est à noter, pour ceux qui préféreraient Martin Fröst précisément dans ce programme, que le Trio avait été publié une première fois chez Bis en compagnie des deux Sonates : Brahms: Clarinet Sonatas & Trio, Hybrid SACD.

Brissaud indique dans son commentaire des versions du Trio que je ne connais pas. Je renvoie bien volontiers à lui pour ceux que cela intéresserait d'avoir des références de versions qui semblent donner plus entière satisfaction que ces deux-là.

Pour un autre disque de musique de chambre de Brahms sorti cette année, pour le coup intégralement réussi à mon sens, voir la version par Corey Cerovsek et Paavali Jumppanen des Sonates pour violon et piano : Brahms:the Violin Sonatas. Un disque qui, quoi qu'on voudra bien en penser, mérite de toute façon infiniment mieux que le purgatoire dans lequel il est plongé depuis sa sortie.


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4.0 étoiles sur 5 Vienne en une poignée de lieder (1888-1933), par Renée Fleming, 11 octobre 2014
En décembre 2012, Renée Fleming faisait une tournée avec le pianiste Maciej Pikulski pour un récital de lieder intitulé "Vienne au tournant du siècle", incluant outre les Rückert-lieder de Mahler, 5 lieder de Wolf sur des poèmes de Goethe, 5 de Zemlinsky sur des poèmes de Richard Dehmel, 7 de Korngold et 2 de Schoenberg (avec 3 rappels, dont le Summertime de Gershwin, viennois s'il en fût). Qu'une cantatrice de renommée internationale choisisse un tel programme plutôt que le énième récital d'arias où elle sait qu'elle fera salle comble et ne manquera pas de casser la baraque ne va hélas plus de soi aujourd'hui. Il n'est pas si loin le temps où des chanteurs célébrés pouvaient proposer sans avoir à trop batailler un programme tout Wolf ou Zemlinsky, mais nous n'en sommes de toute évidence plus là. C'est donc l'entreprise qu'il faut saluer, d'autant que le programme - que des puristes trouveront peut-être trop hétérogène, je ne sais - a largement autant de classe que l'interprète.

Enregistrés au Musikverein de Vienne, Fleming et Pikulski reprenaient là très exactement le programme qu'ils avait donné à Pleyel une dizaine de jours auparavant : A recital with Renée Fleming : Vienna at the turn of the 20th Century (dvd) / A recital with Renée Fleming : Vienna at the turn of the 20th Century (blu-ray). Dans mon souvenir, leur prestation de Pleyel était un cran au-dessus, ne serait-ce qu'à cause du nombre d'anicroches que l'on peut noter dans ce concert viennois, du souffle trop court à la voix qui blanchit ici et là à des respirations mal négociées, sans parler des trop nombreux moments où le pianiste met à côté. Cela ne m'avait pas frappé à ce point lors du concert parisien, et je ne sais pas trop si cela est essentiellement dû à l'enthousiasme du moment, si l'enregistrement audio et vidéo ne pardonne rien, ou si tout simplement il n'ont pas été captés dans leur meilleur soir. J'ai bien peur que les trois facteurs soient à prendre en considération. Quoi qu'il en soit, malgré la petite déception ressentie à l'écoute de cette captation, j'engage ceux qui ne connaîtraient que peu ce répertoire à se lancer. Même avec leurs défauts, ces interprétations restent une très bonne façon de s'y frotter. D'autant que pour les récitals de lieder, le fait d'avoir les sous-titres en même temps est une des façons les plus simples de se familiariser avec eux.

Renée Fleming n'est pas connue pour avoir chanté beaucoup de lieder, en dehors de ceux dans lesquels on peut l'attendre : Richard Strauss: Quatre derniers Lieder (Vier letzte Lieder). C'est bien dommage, car sans avoir tout à fait ce qu'il faut pour s'illustrer dans un tel répertoire et même en se révélant parfois stylistiquement discutable, elle n'a pas laissé de mauvais souvenirs à l'occasion de ses prestations passées : Schubert - Lieder : Ave Maria - Die Forelle - Heidenroslein - Gretchen Am Spinnrade....

A l'image, son jeu un brin triché pourra ne pas contribuer à convaincre qu'elle est une grande chanteuse de lieder. Pendant les Rückert de Mahler, sans avoir des airs aussi pénétrés et autant rouler les yeux qu'une Magdalena Kozena, elle manque sans doute parfois de sobriété (qui n'empêcherait en rien l'expression des sentiments par d'autres moyens). Ce n'est de toute façon pas principalement là que le bât blesse. Car en dehors des difficultés techniques que je notais plus haut, avec un Pikulski étonnamment peu à son affaire alors que je l'ai déjà entendu donner entière satisfaction (et que la suite le montre globalement plus en forme), les lieder de Mahler peinent à marquer. Ce n'est pas seulement que Fleming ne peut pas égaler le souvenir de tant d'immenses interprètes de ce cycle merveilleux. Si elle ne réussit pas beaucoup plus à émouvoir qu'à convaincre, c'est probablement parce que ses interprétations semblent faites de morceaux. Soyons juste : son timbre est toujours enjôleur et elle a de très beaux restes, mais précisément l'on entend surtout des belles phrases et de beaux traits, sans tout à fait obtenir une interprétation parfaitement cohérente qui allierait une intelligence du texte de tous les instants et une réalisation en adéquation avec elle. "Um Mitternacht" et "Ich bin der Welt abhanden gekommen" comportent ainsi leurs moments réussis, mais au bout du compte l'on perd un peu de vue à la fois le sens du lied et celui du cycle. Tout le contraire à mon sens d'une Anne Sofie von Otter qui, pourtant dotée d'un organe moins opulent, a toujours réussi dans ce cycle à compenser ses quelques limites vocales par une conception sans faille (voir en particulier sa version avec orchestre, pour un disque magnifique qui comporte également des lieder de Zemlinsky : Mahler / Zemlinsky / Lieder : Lieder eines fahrenden Gesellen, Rückert-Lieder).

Ce n'est d'ailleurs pas que pour Mahler qu'il faudrait citer Anne Sofie von Otter, car celle-ci a laissé des disques Zemlinsky (Alexander von Zemlinsky lieder) et Korngold (Rendez vous with Korngold) de très bon aloi. Les versions de Renée Fleming pâtissent par endroits un peu de la comparaison. Cela dit, alors que ses Wolf et ses Mahler ne m'ont pas impressionné plus que cela, je n'en dirais pas autant de ses Zemlinsky et de ses Korngold. Peut-être parce que les souvenirs y sont moins nombreux, parce qu'elle cherche moins à faire de l'effet (et à rivaliser?), ou parce que les textes trouvent plus d'échos en elle, elle émeut plus simplement et l'on retrouve ce que l'on a toujours aimé chez elle, au-delà même de son timbre voluptueux et en dépit de ses défauts réels et supposés. Rien que pour eux, l'acquisition de cette captation vaut le coup.

Alors que l'on va vers la clôture du concert, avec des airs plus manifestement viennois - signés Korngold ou Johann Strauss II, en anglais - elle peut susciter l'enthousiasme du public beaucoup plus aisément. Quelques notes tenues avec vaillance, du meilleur effet, et le tour est joué. Au milieu des rappels vient s'insérer la chanson de Marietta, tirée de "La ville morte" de Korngold, interprétée pour le coup avec une émotion non feinte par une chanteuse à qui ce genre d'air convient tout particulièrement, qui ne trouve aucun mal à toucher au coeur et s'avère être une des toutes meilleures prestations de ce récital. Le "Summertime" n'est pas mal non plus à vrai dire, même avec quelques simagrées et la fatigue de fin de parcours.

Si rien de tout cela n'est inoubliable sans doute, on aura néanmoins assisté à un beau récital de lieder, composé de façon intéressante. Si la notoriété de la cantatrice pouvait attirer un peu plus d'auditeurs vers ce répertoire, le pari serait alors intégralement gagné, au-delà des petites faiblesses du concert (surtout dans sa première partie d'ailleurs : il aurait mieux valu placer les Mahler dans la deuxième, après le tour de chauffe).

Image et son de très bonne qualité, rien à dire de ce côté-là. Les sous-titres sont en français, en allemand ou en anglais. Le livret, trilingue lui aussi, propose la note d'intention de Renée Fleming et une présentation succincte de chaque compositeur.


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