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LD (Paris, France)
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Tchaikovsky : Trio Pour Piano en A Mineur, Op. 50
Tchaikovsky : Trio Pour Piano en A Mineur, Op. 50
Proposé par Fulfillment Express
Prix : EUR 22,91

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Le Trio de Tchaikovsky : notes sur quelques versions récentes, 29 octobre 2015
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Tchaikovsky : Trio Pour Piano en A Mineur, Op. 50 (CD)
Le Trio opus 50 de Tchaikovsky fait partie des œuvres de musique de chambre qui continuent à être enregistrées en relative abondance, y compris par les grands labels - DG en a publié deux versions cette dernière quinzaine d'années, ce qui peut apparaître surprenant étant donné la pauvreté de leur catalogue actuel en matière de musique de chambre. Malgré les sorties successives, je dois avouer que je n'y pas toujours trouvé totalement mon compte. Ni la version pourtant très prisée avec Martha Argerich, Gidon Kremer et Micha Maisky - Chostakovich - Tchaikovsky : Trios - ni celle réunissant Lang Lang, Vadim Repin et à nouveau Maisky - Tchaikovsky - Rachmaninov : Trios avec piano - ne m'avaient absolument comblé. Cela étant, je dois à la vérité d'avouer d'une part que je les ai écoutées plus d'une fois avec plaisir, d'autre part qu'à la réécoute je trouve moins de défauts à ces 'million dollars trios' actuels que je n'en trouvais de prime abord. Il reste que je n'aime pas particulièrement la façon dont sonne le piano, et plus généralement la prise de son, dans la captation d'Argerich-Kremer-Maisky sur le vif au Japon, et que si je passe outre plus volontiers cet aspect aujourd'hui, il reste des passages qui me convainquent moins (le Finale en particulier). Quant à l'autre version DG, je lui trouve également bien des qualités - les trois instrumentistes savent y briller, tour à tour, et parfois même tous ensemble - mais la trouve trop inégale (et singulièrement le pianiste) pour pouvoir l'aimer sans réserves.

Pendant des années, des versions les plus récentes j'ai essentiellement écouté la première version Repin, avec Boris Berezovsky et Dimitri Yablonsky : Tchaïkovski : Trio en la mineur, op. 50 - Chostakovitch : Trio n° 2 en mi mineur, op. 67. Ayant toujours été gêné par les péchés mignons de Berezovsky (l'insistance en certains endroits, le survol de certaines phrases en d'autres), n'étant pas totalement convaincu par le violoncelliste, j'ai fini par leur préférer les versions ci-dessus. Mais pas nettement : là aussi, à la réécoute, malgré des défauts assez aisés à isoler et un côté là aussi trop dépareillé, je reste captivé par bien des moments. Quant à la prestation de Repin, je ne suis pas persuadé que je ne préfère pas finalement sa première à sa deuxième, quand bien même celle-ci bénéficie d'une plus grande assurance encore, ainsi que de la présence d'un violoncelle plus affirmé.

C'est dans ce contexte - trois versions auxquelles je trouvais des vertus, mais devant lesquelles j'avais quelques réticences - que m'était parvenue il y a quelques années la version réunissant Yefim Bronfman, Gil Shaham et Truls Mork : Trio Pour Piano En La Mineur Op.50. Autre déception de prime abord, et là je n'y suis jamais véritablement revenu. Jusqu'à aujourd'hui, et ma perception a sinon radicalement changé, du moins est-elle franchement infléchie.

Bien qu'ayant du respect aussi bien pour le pianiste que pour le violoncelliste, c'est évidemment pour Shaham que j'avais avant tout acquis cette version, parue sur son propre label quelques années après avoir été évincé de DG. La déception était donc venue essentiellement de là : la prestation de Shaham me semblait relativement convenue, presque timorée, et n'arrivait pas à la cheville de celles de Kremer et Repin. Elle était à l'image d'une version qui manquait globalement d'engagement et de fougue (un défaut que l'on ne peut certes pas imputer à la version Argerich-Kremer-Maisky, qui en a à revendre). N'attendant pas cela de Shaham, qui d'ailleurs avait enregistré son concerto de Tchaikovsky trop tôt, sans prendre de risque excessifs (Sibelius - Tchaikovsky : Concertos pour violon), ce qu'il a bien volontiers reconnu, cela m'a surpris. Réécouter ce disque quelques années plus tard ne me conduit pas à réviser mon jugement premier entièrement. Il y a bien un petit manque d'engagement dans cette version, et ni Mork ni Shaham n'arrivent tout à fait à emballer les passages qui le nécessitent. Dans le Pezzo Elegiaco initial ainsi que dans le Finale, il y a quelques moments par trop métronomiques sur lesquels les cordes gratouillent sans grande conviction. Mais deux choses m'ont frappé : certes infiniment moins impétueux qu'une Martha Argerich, Yefim Bronfman s'avère le grand triomphateur de ce disque ; sa prestation, un rien trop tempérée mais d'une finesse bien plus grande que ses concurrents dans les moments où ils ont tendance à passer en force sans trop de nuances, représente bien la prestation de ces trois-là dans l'œuvre au bout du compte. Pas ramenards pour un sou, ils peuvent être blâmés pour leur relatif défaut de passion et d'impétuosité, mais ce qui est perdu d'un côté est largement rattrapé de l'autre. Certaines variations - la valse, la mazurka - sont abordées avec autant de goût que de maestria. Certaines variations, les contrastes entre les variations, coulent dans certains cas plus de source, ne sont pas sur-joués comme dans les versions suscitées. J'arrive à bien comprendre en quoi la déception était à la mesure de l'attente, mais une fois dégagée de ces contingences, l'écoute s'avère bien plus satisfaisante. Ce qui n'empêche pas de reconnaître qu'il y a là aussi quelques défauts et qu'il ne s'agit, à mon sens en tout cas, pas plus d'un idéal que d'autres.

Pour résumer : je ne me vois pas franchement déconseiller une des quatre versions mentionnées ci-dessus. Très réussie, dans son impétuosité même, la version Argerich-Kremer-Maisky tient sans doute la corde. Mais les trois autres ont des qualités à faire valoir, et à tout le moins leurs moments. Le couplage peut s'avérer déterminant : Rachmaninov pour Lang Lang-Repin-Maisky ; Chostakovitch aussi bien pour Argerich-Kremer-Maisky que pour Berezovsky-Repin-Yablonsky (des versions toutes les deux recommandables, même s'il y a sans aucun doute mieux ailleurs - ex. Qt Str 3/4/Trio Pno 2, Quintette pour piano / Trio pour piano n°2, Chostakovitch : The two piano trios, op. 8 & op.67 / Cello Sonata, op.40 - avec une prime en ce qui me concerne pour la deuxième, plus désolée). Le problème de Bronfman-Shaham-Mork étant qu'elle ne propose pas de complément et que le CD n'offre que trois quarts d'heure de musique. Ce n'est à mon avis pas une raison suffisante pour le bouder, et je suis quant à moi assez heureux d'avoir fini par me rendre compte que ce disque en vaut la peine.


Tchaïkovski : Trio en la mineur, op. 50 - Chostakovitch : Trio n° 2 en mi mineur, op. 67
Tchaïkovski : Trio en la mineur, op. 50 - Chostakovitch : Trio n° 2 en mi mineur, op. 67
Prix : EUR 11,99

1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Le Trio de Tchaikovsky : notes sur quelques versions récentes, 29 octobre 2015
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Le Trio opus 50 de Tchaikovsky fait partie des œuvres de musique de chambre qui continuent à être enregistrées en relative abondance, y compris par les grands labels - DG en a publié deux versions cette dernière quinzaine d'années, ce qui peut apparaître surprenant étant donné la pauvreté de leur catalogue actuel en matière de musique de chambre. Malgré les sorties successives, je dois avouer que je n'y pas toujours trouvé totalement mon compte. Ni la version pourtant très prisée avec Martha Argerich, Gidon Kremer et Micha Maisky - Chostakovich - Tchaikovsky : Trios - ni celle réunissant Lang Lang, Vadim Repin et à nouveau Maisky - Tchaikovsky - Rachmaninov : Trios avec piano - ne m'avaient absolument comblé. Cela étant, je dois à la vérité d'avouer d'une part que je les ai écoutées plus d'une fois avec plaisir, d'autre part qu'à la réécoute je trouve moins de défauts à ces 'million dollars trios' actuels que je n'en trouvais de prime abord. Il reste que je n'aime pas particulièrement la façon dont sonne le piano, et plus généralement la prise de son, dans la captation d'Argerich-Kremer-Maisky sur le vif au Japon, et que si je passe outre plus volontiers cet aspect aujourd'hui, il reste des passages qui me convainquent moins (le Finale en particulier). Quant à l'autre version DG, je lui trouve également bien des qualités - les trois instrumentistes savent y briller, tour à tour, et parfois même tous ensemble - mais la trouve trop inégale (et singulièrement le pianiste) pour pouvoir l'aimer sans réserves.

Pendant des années, des versions les plus récentes j'ai essentiellement écouté la première version Repin, avec Boris Berezovsky et Dimitri Yablonsky : Tchaïkovski : Trio en la mineur, op. 50 - Chostakovitch : Trio n° 2 en mi mineur, op. 67. Ayant toujours été gêné par les péchés mignons de Berezovsky (l'insistance en certains endroits, le survol de certaines phrases en d'autres), n'étant pas totalement convaincu par le violoncelliste, j'ai fini par leur préférer les versions ci-dessus. Mais pas nettement : là aussi, à la réécoute, malgré des défauts assez aisés à isoler et un côté là aussi trop dépareillé, je reste captivé par bien des moments. Quant à la prestation de Repin, je ne suis pas persuadé que je ne préfère pas finalement sa première à sa deuxième, quand bien même celle-ci bénéficie d'une plus grande assurance encore, ainsi que de la présence d'un violoncelle plus affirmé.

C'est dans ce contexte - trois versions auxquelles je trouvais des vertus, mais devant lesquelles j'avais quelques réticences - que m'était parvenue il y a quelques années la version réunissant Yefim Bronfman, Gil Shaham et Truls Mork : Trio Pour Piano En La Mineur Op.50. Autre déception de prime abord, et là je n'y suis jamais véritablement revenu. Jusqu'à aujourd'hui, et ma perception a sinon radicalement changé, du moins est-elle franchement infléchie.

Bien qu'ayant du respect aussi bien pour le pianiste que pour le violoncelliste, c'est évidemment pour Shaham que j'avais avant tout acquis cette version, parue sur son propre label quelques années après avoir été évincé de DG. La déception était donc venue essentiellement de là : la prestation de Shaham me semblait relativement convenue, presque timorée, et n'arrivait pas à la cheville de celles de Kremer et Repin. Elle était à l'image d'une version qui manquait globalement d'engagement et de fougue (un défaut que l'on ne peut certes pas imputer à la version Argerich-Kremer-Maisky, qui en a à revendre). N'attendant pas cela de Shaham, qui d'ailleurs avait enregistré son concerto de Tchaikovsky trop tôt, sans prendre de risque excessifs (Sibelius - Tchaikovsky : Concertos pour violon), ce qu'il a bien volontiers reconnu, cela m'a surpris. Réécouter ce disque quelques années plus tard ne me conduit pas à réviser mon jugement premier entièrement. Il y a bien un petit manque d'engagement dans cette version, et ni Mork ni Shaham n'arrivent tout à fait à emballer les passages qui le nécessitent. Dans le Pezzo Elegiaco initial ainsi que dans le Finale, il y a quelques moments par trop métronomiques sur lesquels les cordes gratouillent sans grande conviction. Mais deux choses m'ont frappé : certes infiniment moins impétueux qu'une Martha Argerich, Yefim Bronfman s'avère le grand triomphateur de ce disque ; sa prestation, un rien trop tempérée mais d'une finesse bien plus grande que ses concurrents dans les moments où ils ont tendance à passer en force sans trop de nuances, représente bien la prestation de ces trois-là dans l'œuvre au bout du compte. Pas ramenards pour un sou, ils peuvent être blâmés pour leur relatif défaut de passion et d'impétuosité, mais ce qui est perdu d'un côté est largement rattrapé de l'autre. Certaines variations - la valse, la mazurka - sont abordées avec autant de goût que de maestria. Certaines variations, les contrastes entre les variations, coulent dans certains cas plus de source, ne sont pas sur-joués comme dans les versions suscitées. J'arrive à bien comprendre en quoi la déception était à la mesure de l'attente, mais une fois dégagée de ces contingences, l'écoute s'avère bien plus satisfaisante. Ce qui n'empêche pas de reconnaître qu'il y a là aussi quelques défauts et qu'il ne s'agit, à mon sens en tout cas, pas plus d'un idéal que d'autres.

Pour résumer : je ne me vois pas franchement déconseiller une des quatre versions mentionnées ci-dessus. Très réussie, dans son impétuosité même, la version Argerich-Kremer-Maisky tient sans doute la corde. Mais les trois autres ont des qualités à faire valoir, et à tout le moins leurs moments. Le couplage peut s'avérer déterminant : Rachmaninov pour Lang Lang-Repin-Maisky ; Chostakovitch aussi bien pour Argerich-Kremer-Maisky que pour Berezovsky-Repin-Yablonsky (des versions toutes les deux recommandables, même s'il y a sans aucun doute mieux ailleurs - ex. Qt Str 3/4/Trio Pno 2, Quintette pour piano / Trio pour piano n°2, Chostakovitch : The two piano trios, op. 8 & op.67 / Cello Sonata, op.40 - avec une prime en ce qui me concerne pour la deuxième, plus désolée). Le problème de Bronfman-Shaham-Mork étant qu'elle ne propose pas de complément et que le CD n'offre que trois quarts d'heure de musique. Ce n'est à mon avis pas une raison suffisante pour le bouder, et je suis quant à moi assez heureux d'avoir fini par me rendre compte que ce disque en vaut la peine.


Le magique et le vrai : L'acteur de cinéma, sujet et objet
Le magique et le vrai : L'acteur de cinéma, sujet et objet
par Christian Viviani
Edition : Broché
Prix : EUR 23,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Sur le jeu d'acteur : quelques outils d'analyse et exemples précieux, 27 octobre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le magique et le vrai : L'acteur de cinéma, sujet et objet (Broché)
Le champ des 'études actorales' ne cesse de s'élargir. Après la traduction d'un des ouvrages majeurs sur la question en langue anglaise - Acting in the Cinema / Acteurs : Le jeu de l'acteur de cinéma de James Naremore - voici la contribution d'un de ses meilleurs représentants en France, Christian Viviani (d'ailleurs responsable de la traduction française du livre de Naremore). Contrairement à ses précédents ouvrages consacrés à des acteurs donnés - Pacino/De Niro : Regards croisés), Audrey Hepburn, tous deux avec Michel Cieutat - il s'agit là d'une somme à visée théorique. Ce qui ne signifie pas que Viviani se penche moins sur des cas particuliers, que les exemples ne soient pas aussi circonstanciés que précis. On retrouve en l'espèce toutes les qualités que l'on pouvait noter dans les études portant sur des acteurs en particulier : le Pacino / De Niro est à cet égard un modèle du genre, tant il couvre tout le terrain et arrive à trouver des mots pour qualifier le jeu d'acteur dans toutes ses composantes.

La première partie, intitulée 'Outils et objets' définit et établit une typologie, en particulier pour tout ce qui a trait à la gestuelle de l'acteur (du crédible, du théâtral, de l'ornemental). La deuxième, 'Stars et acteurs, l'exemple américain', étudie la création d'images iconiques (notamment par le gros plan) avant de revenir sur les différentes écoles de jeu / conceptions du jeu (le delsartisme, la Méthode, etc). En troisième partie, 'Recomposer l'acteur', Viviani se penche sur les exemples italien et indien, allant jusqu'à étudier de près l'influence sur la perception du jeu de l'acteur de la post-synchronisation et du doublage.

Tout du long, Viviani ne se contente pas de prendre des exemples dans les périodes relativement récentes, même s'il ne les snobe pas. De Lilian Gish à Lon Chaney, il n'oublie pas d'analyser d'aussi près des exemples tirés du muet que du parlant. S'il a particulièrement choisi de mettre l'accent, pour les cinématographies non anglophones, sur les domaines italien et indien, il paye évidemment sa dette au cinéma français, mais aussi (quoique trop brièvement à mon goût) au cinéma japonais. Relativement au cinéma américain, les exemples qu'il prend sont probants (cf. les analyses des 'pantomimes' de Cary Grant, James Cagney et Fred Astaire, ou bien des sur-jeu de James Dean dans La Fureur de vivre et sous-jeu de Robert Redford dans Jeremiah Johnson). Dans tous les cas, on pourrait imaginer bien d'autres exemples tout aussi significatifs et pertinents évidemment, mais on ne peut guère regretter ce qui a été choisi ; seul le fait que l'ouvrage ne soit pas plus long chagrine un peu.

Comme toujours avec cet éditeur (cf. la trilogie de Pierre Berthomieu sur le cinéma américain par exemple : Hollywood moderne - le temps des voyants pour le tome central), la facture est de très bonne qualité. Rouge Profond ne déroge pas ici à son principe d'illustration : quelques petits photogrammes par page. On peut certes trouver que ces photos sont parfois un peu petites, mais elles permettent en l'occurrence d'illustrer à merveille le propos : un même geste peut être décomposé grâce à plusieurs photogrammes, ou bien des exemples tirés de films différents sont amenés à se répondre parfaitement. Le soin apporté à construire un rapport dynamique et signifiant entre le texte et l'iconographie est un des traits qui caractérisent cet éditeur, qui continue à produire des ouvrages qui sont d'autant plus à saluer que l'édition de livres de cinéma n'est pas particulièrement florissante depuis quelque temps.

Quiconque est un tant soit peu intéressé par les soubassements du jeu d'acteur d'une part, par sa description verbale d'autre part, ferait bien de ne pas rater cet ouvrage.

NB La photographie de couverture telle que présentée actuellement par Amazon (Henry Fonda) n'est pas celle qui a été retenue par l'éditeur au bout du compte : il s'agit à présent d'Ava Gardner dans Pandora.


MARTIN SCORSESE
MARTIN SCORSESE
par COLLECTIF
Edition : Relié
Prix : EUR 39,00

6 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Catalogue de l'exposition Scorsese : essentiel pour les amateurs (même avec ses quelques défauts), 21 octobre 2015
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : MARTIN SCORSESE (Relié)
Si la grande offensive Scorsese à l'occasion de l'exposition et de la rétrospective à la Cinémathèque française (automne-hiver 2015) est également éditoriale, on ne peut pas dire que l'on ait beaucoup de franches nouveautés à se mettre sous la dent. Certes il y a à présent, dans la collection dirigée par Stéphane Lerouge, une anthologie des musiques de ses films : The Cinema of Martin Scorsese. Les coffrets dvd et Blu-ray ne proposent en revanche strictement rien qui n'ait déjà existé dans le même format auparavant, qu'il s'agisse des recueils de films de fiction (Martin Scorsese - Collection 9 Blu-ray Édition Limitée) ou de documentaires (Voyages avec Martin Scorsese à travers les cinémas américain et italien). Du côté de l'édition papier, c'est un peu mieux, la Cinémathèque française coéditant avec Sivana Editoriale le catalogue de l'exposition qu'elle abrite en son sein pendant quelques mois : Martin Scorsese. Il était prévu que Michael Henry Wilson actualise ce qui reste le livre le plus complet publié sur le cinéaste, la 2ème édition duquel date de 2011 - Scorsese par Scorsese (français) / Scorsese on Scorsese (anglais) - mais il n'est hélas plus là pour le faire.

Avant d'en détailler le contenu ci-dessous, je précise dès l'abord que ce livre, sans être destiné aux seuls spécialistes, ne saurait vraiment faire office d'ouvrage de base sur le réalisateur et son œuvre. Une des grands mérites de l'exposition, et partant du livre qui en est le reflet, est de faire entrer un tant soit peu dans l'atelier de Martin Scorsese. Si l'on souhaite avant tout bénéficier d'un tour d'horizon de ses films, il existe plusieurs ouvrages, et pour mentionner l'un de ceux-là n'étant pas encore épuisé, celui de Tom Shone peut faire l'affaire : Martin Scorsese (français) / Martin Scorsese: A Retrospective (anglais). Si l'on veut plutôt se diriger vers un livre d'entretiens, alors celui de Richard Schickel peut être tentant : Conversations avec Martin Scorsese / Conversations with Scorsese. Mais en définitive, le seul ouvrage rassemblant entretiens approfondis, analyses pertinentes de l'œuvre sur (presque) toute la carrière de Scorsese et copieuses illustrations est bien le Scorsese par Scorsese que j'indiquais plus haut. Même non actualisé - et il ne le sera plus, par la force des choses - ce livre restera indispensable pour ce qui concerne ce cinéaste, et je réitère le conseil de plutôt se diriger vers lui si l'on ne compte pas multiplier les ouvrages sur Scorsese.

Cela étant dit, il n'y a pas lieu de bouder le catalogue établi par les équipes des Cinémathèques allemande et française. En ce qui me concerne pour deux raisons principales : 1) ils ont eu le bon goût de s'entretenir avec plusieurs des protagonistes essentiels, pas seulement avec le maître - essentiellement la monteuse Thelma Schoonmaker (également interrogée à deux reprises dans le livre de Wilson), le chef opérateur Michael Ballhaus, la costumière Sandy Powell 2) il propose évidemment des documents inédits, à commencer par des photographies, dont celles prises à New York par le jeune Scorsese, et celles des tournages de la dernière quinzaine d'années réalisées par Brigitte Lacombe.

1) Pour apprécier au mieux la / les méthode(s) d'un cinéaste, on ne peut se passer du témoignage de ses plus fidèles collaborateurs. En l'espèce, on ne peut que regretter l'absence d'un des fidèles parmi les fidèles (avec Thelma Schoonmaker), celle du 'production designer' Dante Ferretti. Il aurait été précieux qu'il puisse entrer dans le détail de leur collaboration, en particulier sur les films qui ont représenté pour lui d'incroyables défis, qu'il a su relever haut la main (The Age of Innocence / Le Temps de l'innocence, Kundun, Gangs of New York, etc). Pour le reste, les entretiens s'avèrent sinon toujours riches d'enseignements, tout au moins constamment intéressants. On trouvera en ouverture un grand entretien d'une dizaine de pages avec Scorsese lui-même, dans lequel il peut revenir non seulement sur sa carrière et ses films - il parle un peu de celui à venir, Silence, un projet qu'il mène enfin à bien après avoir essayé de le monter pendant plus d'une vingtaine d'années - mais aussi sur son statut dans un cinéma américain en pleine évolution (qu'il observe avec une certaine mélancolie). En outre, un autre entretien avec Scorsese concerne sa pratique du storyboard. Tous ces entretiens servent parfaitement la perspective dans laquelle est placée l'exposition, et les documents ayant trait à la fabrication des films eux-mêmes en sont d'autant mieux mis en valeur.
2) A leur propos, je ne peux qu'exprimer une petite déception. Non pas que la qualité de ce qui est présenté dans l'exposition et le catalogue ne soit pas au rendez-vous, mais je ne peux m'empêcher de penser que tout cela a un goût de trop peu. Pour reparler de Dante Ferretti, les maquettes préalables qu'il établit ne sont qu'au nombre de quatre dans l'exposition, et il n'y en a plus que deux qui se trouvent reproduites dans la catalogue (ont disparu en cours de route, me semble-t-il, celles de Kundun et d'Aviator). On pouvait très sincèrement attendre plus, aussi bien sur les cimaises que dans les pages du livre. Si la plupart des documents exposés figurent bien dans le catalogue, certains sont escamotés, ce qui est bien dommage - certains peuvent certes être considérés comme anecdotiques, comme la parodie de l'affiche des Affranchis par Matt Groening, dédicacée par le créateur des Simpson au "réalisateur préféré de Bart", mais pourquoi ne pas l'inclure ? Le livre de Michael Henry Wilson présentait déjà des documents tirés directement des archives de Scorsese (photographies, storyboards, pages de scénarios) et l'on sent que les concepteurs ont eu à cœur d'en reproduire d'autres. Les storyboards en particulier se trouvent en assez grand nombre, et les mordus en seront ravis. Quant à moi, je retiens essentiellement deux types de documents : les productions du Martin des débuts, adolescent et jeune homme, notamment 'The Eternal City' (A Marsco Production), péplum storyboardé à 11 ans (toutefois déjà reproduit dans le Wilson) ; les très remarquables photos de tournage de la photographe Brigitte Lacombe (qui a par ailleurs droit à un entretien elle aussi). Là aussi, on aurait aimé en avoir plus, d'autant qu'elles n'y figurent elles non plus pas toutes. Espérons qu'un jour on pourra les voir en plus grand nombre, qu'un ouvrage entier y sera consacré.

L'intérêt de ce catalogue n'est donc pas douteux. Si l'on ajoute aux documents et entretiens les quatre essais rédigés par les responsables des deux cinémathèques ayant mis en forme l'exposition (d'abord l'allemande, puis la française, qui l'a étoffée), on obtient un bel ensemble. Les contributions des deux Français m'ont semblé dans l'ensemble plus stimulantes que les deux autres, en particulier celle de Bernard Bénoliel, qui revient sur la question des filiations dans l'œuvre, la cinéphilie, la vie de Scorsese (et qui n'oublie pas en cours de route la dette qu'il a envers Elia Kazan, ce qui est tout à fait louable).

La qualité de reproduction des documents, sans être scandaleuse, n'est pas fabuleuse. Le N&B des photographies n'est pas idéalement contrasté (alors qu'on peut par exemple constater dans l'exposition que les tirages des photos de Brigitte Lacombe sont parfaits) ; certaines photos en couleur manquent assez nettement de définition. Si le travail éditorial a de toute évidence été bien mené, le résultat après impression n'est quant à lui pas inoubliable.

Mes 5 étoiles (qui correspondent en fait à 4,5) vont au grand intérêt des entretiens et de certains des textes et documents, pas à la facture assez moyenne de l'ouvrage.


Martin Scorsese : Entretiens avec Michael Henry Wilson
Martin Scorsese : Entretiens avec Michael Henry Wilson
par Michael-Henry Wilson
Edition : Relié

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Entretiens avec Martin Scorsese (1ère édition), 21 octobre 2015
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Martin Scorsese : Entretiens avec Michael Henry Wilson (Relié)
Un des meilleurs ouvrages consacrés à Martin Scorsese, sinon le meilleur.

Il s'agit là de la 1ère édition actualisée de cet ouvrage d'entretiens couvrant presque toute la carrière de Scorsese, les entretiens ayant été réalisés au fur et à mesure, entre 1974 et 2005. Cette édition s'intitulait Martin Scorsese - Entretiens avec Michael Henry Wilson et couvrait presque tous les films jusqu'aux "Infiltrés" (entretien avant montage). La 2ème édition, actualisée en 2011 et rebaptisée Scorsese par Scorsese inclut un entretien sur ce film après montage et va jusqu'à "Boardwalk Empire" (série supervisée par Scorsese, pour laquelle il a réalisé le pilote) et inclut de ce fait également "Shine a Light" et "Shutter Island". Dans la 1ère comme dans la 2ème édition, les entretiens sont précédés et suivis d'analyses de l'œuvre par Wilson, intitulées "Eloge de la folie" et "Toute la mémoire du monde", chacune longue d'une dizaine de pages denses et fort bien rédigées. Celle-ci a été peu remaniée d'une version sur l'autre. La mise en page et les reproductions ont été peu modifiées, ces changements n'étant pas toujours formidablement probants. Un ouvrage toutefois globalement bien réalisé, à l'iconographie riche et variée (des photos des films et de tournage, mais aussi des documents divers - photos personnelles, dessins, extraits des scénarios et storyboards - directement issus des archives du cinéaste), qui donne presque toute sa place aux propos de Scorsese mais ne sacrifie pas pour autant complètement l'analyse de l'œuvre et de l'auteur.

Il faut dire qu'en plus d'être un analyste de qualité - il a écrit deux livres précieux sur Raoul Walsh et Jacques Tourneur (épuisés) et a recueilli certains de ses articles de revue dans un ouvrage qui fait figure de somme essentielle : À la porte du paradis - Cent ans de cinéma américain. Cinquante-huit cinéastes - Wilson est un interviewer hors pair. Co-auteur avec Martin Scorsese du "Voyage à travers le cinéma américain", le documentaire et le livre, Wilson est devenu à force de décortiquer ses films et d'aller s'entretenir avec lui un de ses meilleurs spécialistes mais aussi, donc, un collaborateur et ami. D'où la très grande qualité de ces entretiens réalisés par Wilson avec Scorsese, publiés pour la plupart au fil des ans dans Positif (sauf le dernier) et édités par les Cahiers du cinéma à l'occasion de la rétrospective à Beaubourg il y a quelques années. Il a su également créer un rapport particulier avec Clint Eastwood, qui a donné lieu à un ouvrage d'entretiens du même type, lui aussi de loin un des meilleurs livres sur son auteur : Eastwood par Eastwood.

Martin Scorsese, certes connu pour être volubile et prolixe en entretien, s'est sans doute rarement autant livré qu'avec Michael Henry Wilson. Du premier entretien, qui date de 1974 et fait suite à la découverte éblouie de "Mean Streets" à celui de 2011 sur "Shutter Island" (pour la 2ème édition), en passant par les entretiens fouillés sur "Taxi Driver", "Raging Bull" ou "Casino" mais aussi sur "After Hours", "La dernière tentation du Christ" ou "Kundun", on peut voir leur relation s'approfondir et la plupart des entretiens sur les films majeurs des années 70 à 2000 bénéficier de cette complicité. Un des aspects qui ressort particulièrement de ces entretiens publiés sur plus de 35 ans, c'est bien sûr à quel point Scorsese a toute sa carrière lutté avec ses obsessions, que celles-ci nourrissent ses films au plus profond, ou qu'elles finissent par être travaillées pour elles-mêmes, jusqu'à la caricature. Ainsi, même si l'on est moins convaincu par certains de ses films - pour beaucoup, tous les derniers - on ne saurait dénier au cinéaste la passion avec laquelle il continue à mener un combat intérieur pour leur donner forme : à cet égard, l'entretien sur "Shutter Island" s'avère passionnant, et il n'est pas surprenant d'apprendre que la réalisation du film l'a laissé sur le carreau, tant la façon qu'il a de fouiller tous ses thèmes (voire leur extériorisation quelque peu forcée), si elle peut finalement sembler passablement vaine au spectateur, n'a pas dû être si simple pour lui. En outre, les entretiens permettent de revenir au fur et à mesure sur la tentation qu'a presque toujours eue Scorsese d'appartenir pleinement au système hollywoodien, tout en s'en démarquant et en conquérant en son sein, et de haute lutte, une place privilégiée - soit d'être, pour la période suivant la reprise en mains de la création par les studios dans les années 80, une sorte de super-"contrebandier" (pour reprendre sa typologie du "Voyage à travers le cinéma américain").

Si l'édition de cinéma ne se porte pas très bien, les livres sur Martin Scorsese, comme ceux sur Clint Eastwood - parmi les seuls cinéastes susceptibles de faire vendre des livres sur leur nom en quantité suffisante - abondent. On ne peut que vous conseiller de vous procurer ceux-ci en priorité. Ils allient le grand intérêt qu'il y a à lire les propos de l'intéressé au côté plaisant de l'album richement illustré, en passant par une analyse de l'œuvre relativement brève mais qui arrive à en faire le tour de façon assez pénétrante. Bref, sur Scorsese comme sur Eastwood, un des tout meilleurs beaux livres sur un grand cinéaste encore en activité. Même si l'on a été déçu par certains de ses films, en particulier les plus récents, on trouvera à la fois du plaisir et de l'intérêt à lire ce qu'il a à en dire, sans compter sur la façon qu'a Wilson de l'amener à éclairer les sources de sa création.

C'est précisément ce qui manque dans les Conversations With Scorsese de Richard Schickel, long entretien réalisé récemment qui revient sur toute la carrière de l'auteur, qui parfois reste à la surface et quelque peu anecdotique car il tient plus de la conversation à bâtons rompus et éclaire des références sans toujours les mettre en perspective - les éditions Sonatine en sortent la version française en novembre 2011 : Conversations avec Martin Scorsese. Entendons-nous : si vous êtes amateur de Scorsese, ces ouvrages valent tous deux l'achat car ils se complètent parfaitement, mais s'il ne faut en choisir qu'un, je vous conseille en priorité celui de Michael Henry Wilson. Le seul défaut de ce livre étant, hélas, son prix. En voilà un à faire mettre au pied du sapin...

Les amateurs auront en outre à cœur de se procurer le catalogue édité à l'occasion de l'exposition Scorsese à la Cinémathèque française, riche de documents en tout genre et d'entretiens (avec Scorsese comme avec ses collaborateurs les plus proches). Cela étant, même non actualisé récemment, je pense toujours que si l'on doit acquérir un seul ouvrage sur le cinéaste, c'est bien le livre de Michael Henry Wilson qui s'impose au bout du compte.

P.-S. Ceux qui préféreraient lire ces entretiens dans la langue originale doivent savoir que Phaidon, désormais éditeur des Cahiers du cinéma, les publie simultanément en anglais : Scorsese on Scorsese. Idem pour le Eastwood on Eastwood.

C'est avec tristesse que je clos ce commentaire par l'annonce de la disparition, fin juin 2014, de Michael Henry Wilson. Ce cinéphile hors pair, passionné et pour ce que j'ai pu en voir des plus affables, nous manquera. On ne peut que regretter amèrement qu'il n'ait pas eu le temps de mener à bien le travail d'actualisation de ses livres d'entretiens, qui était apparemment prévue pour 2015. Même en l'état, toutefois, ils resteront indispensables. Je signale par ailleurs que le documentaire (bien plus qu'un simple making-of) réalisé par Wilson pendant le tournage de Kundun est inclus dans le blu-ray du film, qui n'a pour l'instant pas été édité en France mais se trouve en import allemand (avec des sous-titres français) : Kundun [Blu-ray] - Import allemand.


La Mort viendra petite
La Mort viendra petite
par Jim Thompson
Edition : Poche
Prix : EUR 8,15

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 "Collins est aimable, poli, patient, mais peut se révéler très dangereux s'il est provoqué", 19 août 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Mort viendra petite (Poche)
NB Jim Thompson fait partie de ces artistes américains qui doivent beaucoup à la France pour leur renommée. Remercions sans plus tarder Pierre Rissient qui, non content d'avoir contribué à faire connaître nombre de cinéastes du monde entier, a littéralement sauvé les romans de Thompson après sa mort en 1977, alors que sa veuve pensait que la place de ses manuscrits était dans une benne à ordures. Remercions également la Série noire, la collection française qui a mis en valeur les romans de Thompson pendant des années. Il faut cependant reconnaître qu'elle ne l'a pas servi au mieux, pas plus d'ailleurs que la plupart des auteurs de romans noirs pendant ses premières décennies d'existence, de textes tronqués en traductions douteuses. Alors que Gallimard a fini par faire amende honorable depuis quelques années, en restituant des versions intégrales retraduites des ouvrages de ses auteurs phares tels que Dashiell Hammett et Raymond Chandler, c'est Rivages qui a fini par récupérer les droits des romans de Jim Thompson et rétablir les textes dans leur intégrité et avec des traductions nettement moins fantaisistes. Pour l'heure, ce sont 4 romans qui ont été ainsi re-proposés au lectorat français. Afin que cela soit le plus clair possible, j'indique avec des liens le titre original et le nouveau titre, et entre parenthèses l'ancien titre. Toutes ces éditions étant encore disponibles, j'invite vivement à se diriger vers les ouvrages Rivages quand ils existent, les Série noire et Folio ne faisant que sempiternellement reprendre les anciennes éditions tronquées et parfois abominablement traduites (ce qui était notamment le cas d'un des chefs-d'œuvre de l'auteur, The Killer Inside Me, qui avait été charcuté de près d'un quart du texte, traduit de façon innommable). En espérant que Rivages ne va pas s'arrêter en si bon chemin - le génial Pop. 1280, traduit en français sous le titre 1275 âmes (sic), est épuisé en Folio depuis quelque temps et il faut absolument qu'il soit rendu au lectorat français dans les meilleures conditions - voici les 4 pour l'instant retraduits : Nothing More than Murder / Un meurtre et rien d'autre (Cent mètres de silence), The Killer Inside Me / L'assassin qui est en moi (Le démon dans ma peau), A Hell of a Woman / Une femme d'enfer (Des cliques et des cloaques), The Getaway / L'échappée (Le lien conjugal).

After Dark, My Sweet a été publié en 1955, soit après deux années qui s'étaient avérées fastes pour Thompson. The Killer Inside Me (1952) avait fermement établi tous les traits qui définissent la plupart des grands Thompson des années 50-60, par-delà certains des archétypes du roman noir (la femme fatale, les pigeons, etc) : la narration à la première personne, le type qui joue toujours au plus fin avec tout le monde et finit par être pris à ses propres pièges, et surtout - contrairement à la tradition des Hammett et Chandler, qu'il poursuit par ailleurs jusqu'à un certain point - le choix de personnages qui ne sont pas des citadins relativement sophistiqués, à commencer par la figure du privé à la Sam Spade ou Philip Marlowe, mais des habitants de petites villes plus ou moins malins, qui prennent tout d'abord leurs aises avec la loi (surtout lorsqu'ils sont censés la faire respecter), puis de grandes libertés avec elle, avant de s'engluer dans des zones grises entre vérité et mensonge, humanité et inhumanité.

After Dark, My Sweet, toutefois, n'entre pas tout à fait dans cette série de livres. Ou plutôt, dans ses narrations à la première personne, il correspond à une variante : celle du personnage relativement jeune et innocent et/ou souffrant de (plus ou moins légers) troubles mentaux - en l'espèce, 'Kid' Collins, ancien boxeur échappé d'une institution, auquel s'intéressent Fay, une belle alcoolique, et son 'Uncle Bud'. Le plus souvent choisi pour pigeon au début du roman, le cave finit par se rebiffer, même s'il accepte parfois jusqu'au bout le rôle qu'on lui a assigné. On pourrait de prime abord croire que ce livre ne va pas être tout à fait au niveau des Thompson majeurs et sans doute ne fait-il partie des tout meilleurs. Et pourtant, la mécanique est ici aussi de précision. L'auteur ménage comme souvent ses effets, pas seulement en termes de révélations mais aussi dans la façon qu'il a d'installer le lecteur dans la voix du personnage pour petit à petit l'amener à épouser son point de vue. Lorsque les hypothèses paranoïaques du personnage se multiplient, le lecteur les accepte comme autant de pistes possibles. La fin, comme souvent avec Thompson, engage bien plus qu'une simple résolution et permet d'ouvrir sur des gouffres existentiels dont on comprend qu'ils ont été patiemment ouverts par le narrateur, parfois partiellement à l'insu du lecteur ou sans avoir l'air d'y toucher. On peut donc considérer que c'est avec une certaine maestria que Thompson fait défiler son histoire resserrée, avec son style apparemment moins relevé que dans d'autres livres. Bien sûr, les dialogues sont à l'occasion piquants, à l'image du personnage féminin qui les profère, mais après un début tonitruant de ce point de vue, on peut également se dire que la source se tarit un peu. En définitive, là aussi comme souvent avec les romans de Thompson que l'on peut de prime abord penser mineurs, on sort de la lecture de l'ouvrage avec une bien meilleure impression globale que ce que tel ou tel moment plus faible pouvait laisser espérer. En outre, si Thompson ne se départit jamais de son regard quelque peu narquois, il est véhiculé dans ce livre-là par d'autres moyens, montrant s'il en était encore besoin que cet auteur ne peut être résumé à ses deux ou trois titres les plus connus et qu'il avait décidément plus d'une corde à son arc.

Si Thompson jouit depuis longtemps d'une renommée certaine - aux États-Unis, Stephen King et James Ellroy ont chanté ses louanges à plusieurs reprises, ce qui ne lui a pas fait de mal - je ne suis pas persuadé qu'elle soit actuellement au plus haut. Après les adaptations cinématographiques l'ayant mis en valeur en France (outre Série noire, Coup de torchon de Bertrand Tavernier, d'après 1275 âmes) et dans les pays anglophones (Guet-apens de Sam Peckinpah, d'après L'Echappée ; Les Arnaqueurs de Stephen Frears ; The Killer Inside Me de Michael Winterbottom), son étoile semble pâlir quelque peu ces temps-ci. On ne peut que trouver cela bien dommage : le temps passe, certes, mais pas plus que Hammett, Cain, Chandler ou Goodis (liste non limitative), Thompson ne mérite d'être délaissé. L'alliage entre la plongée dans la conscience de ses personnages, la noirceur et l'empathie avec laquelle il contemple une humanité passablement grotesque se débattre avec son destin, le tout dans une langue relevée, voilà certaines des raisons pour lesquelles il faut continuer à aller à la découverte de cet auteur. Espérons que les nouvelles éditions de chez Rivages contribueront à faire qu'il ne sombrera pas peu à peu dans l'oubli dans nos contrées.

Si l'on peut comprendre les expressions familières américaines, la lecture en anglais de ce roman-là sera relativement aisée. La traduction chez Rivages, sous le titre moyen de "La mort viendra, petite", n'est pas mal du tout. Elle ne rend pas tout le sel de la langue d'origine, tant s'en faut, mais outre que c'est probablement impossible, la version de Luc Chomarat a au moins pour elle de ne pas récrire le texte de façon indue (la traduction, qui date de 1988, faisait partie des premiers Thompson à être publiés par Rivages). Les romans noirs font partie de ces livres qui perdent inévitablement beaucoup à la traduction, mais il était plus que temps que Thompson, et d'autres grandes figures avec lui, soient considérés comme les auteurs qu'ils sont, dont le texte ne peut être malmené ou adapté au gré des fantaisies d'un traducteur ou d'un directeur de collection.

Notons pour finir que Rivages semble avoir suspendu sa politique de retraduction / reparution depuis une bonne année. J'ose espérer que ce n'est pas définitif et qu'ils ne laisseront pas cet auteur majeur tomber en rase campagne.


After Dark, My Sweet
After Dark, My Sweet
par Jim Thompson
Edition : Broché
Prix : EUR 13,46

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 "Collins is amiable, polite, patient, but may be very dangerous if aroused", 19 août 2015
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : After Dark, My Sweet (Broché)
NB Jim Thompson fait partie de ces artistes américains qui doivent beaucoup à la France pour leur renommée. Remercions sans plus tarder Pierre Rissient qui, non content d'avoir contribué à faire connaître nombre de cinéastes du monde entier, a littéralement sauvé les romans de Thompson après sa mort en 1977, alors que sa veuve pensait que la place de ses manuscrits était dans une benne à ordures. Remercions également la Série noire, la collection française qui a mis en valeur les romans de Thompson pendant des années. Il faut cependant reconnaître qu'elle ne l'a pas servi au mieux, pas plus d'ailleurs que la plupart des auteurs de romans noirs pendant ses premières décennies d'existence, de textes tronqués en traductions douteuses. Alors que Gallimard a fini par faire amende honorable depuis quelques années, en restituant des versions intégrales retraduites des ouvrages de ses auteurs phares tels que Dashiell Hammett et Raymond Chandler, c'est Rivages qui a fini par récupérer les droits des romans de Jim Thompson et rétablir les textes dans leur intégrité et avec des traductions nettement moins fantaisistes. Pour l'heure, ce sont 4 romans qui ont été ainsi re-proposés au lectorat français. Afin que cela soit le plus clair possible, j'indique avec des liens le titre original et le nouveau titre, et entre parenthèses l'ancien titre. Toutes ces éditions étant encore disponibles, j'invite vivement à se diriger vers les ouvrages Rivages quand ils existent, les Série noire et Folio ne faisant que sempiternellement reprendre les anciennes éditions tronquées et parfois abominablement traduites (ce qui était notamment le cas d'un des chefs-d'œuvre de l'auteur, The Killer Inside Me, qui avait été charcuté de près d'un quart du texte, traduit de façon innommable). En espérant que Rivages ne va pas s'arrêter en si bon chemin - le génial Pop. 1280, traduit en français sous le titre 1275 âmes (sic), est épuisé en Folio depuis quelque temps et il faut absolument qu'il soit rendu au lectorat français dans les meilleures conditions - voici les 4 pour l'instant retraduits : Nothing More than Murder / Un meurtre et rien d'autre (Cent mètres de silence), The Killer Inside Me / L'assassin qui est en moi (Le démon dans ma peau), A Hell of a Woman / Une femme d'enfer (Des cliques et des cloaques), The Getaway / L'échappée (Le lien conjugal).

After Dark, My Sweet a été publié en 1955, soit après deux années qui s'étaient avérées fastes pour Thompson. The Killer Inside Me (1952) avait fermement établi tous les traits qui définissent la plupart des grands Thompson des années 50-60, par-delà certains des archétypes du roman noir (la femme fatale, les pigeons, etc) : la narration à la première personne, le type qui joue toujours au plus fin avec tout le monde et finit par être pris à ses propres pièges, et surtout - contrairement à la tradition des Hammett et Chandler, qu'il poursuit par ailleurs jusqu'à un certain point - le choix de personnages qui ne sont pas des citadins relativement sophistiqués, à commencer par la figure du privé à la Sam Spade ou Philip Marlowe, mais des habitants de petites villes plus ou moins malins, qui prennent tout d'abord leurs aises avec la loi (surtout lorsqu'ils sont censés la faire respecter), puis de grandes libertés avec elle, avant de s'engluer dans des zones grises entre vérité et mensonge, humanité et inhumanité.

After Dark, My Sweet, toutefois, n'entre pas tout à fait dans cette série de livres. Ou plutôt, dans ses narrations à la première personne, il correspond à une variante : celle du personnage relativement jeune et innocent et/ou souffrant de (plus ou moins légers) troubles mentaux - en l'espèce, 'Kid' Collins, ancien boxeur échappé d'une institution, auquel s'intéressent Fay, une belle alcoolique, et son 'Uncle Bud'. Le plus souvent choisi pour pigeon au début du roman, le cave finit par se rebiffer, même s'il accepte parfois jusqu'au bout le rôle qu'on lui a assigné. On pourrait de prime abord croire que ce livre ne va pas être tout à fait au niveau des Thompson majeurs et sans doute ne fait-il partie des tout meilleurs. Et pourtant, la mécanique est ici aussi de précision. L'auteur ménage comme souvent ses effets, pas seulement en termes de révélations mais aussi dans la façon qu'il a d'installer le lecteur dans la voix du personnage pour petit à petit l'amener à épouser son point de vue. Lorsque les hypothèses paranoïaques du personnage se multiplient, le lecteur les accepte comme autant de pistes possibles. La fin, comme souvent avec Thompson, engage bien plus qu'une simple résolution et permet d'ouvrir sur des gouffres existentiels dont on comprend qu'ils ont été patiemment ouverts par le narrateur, parfois partiellement à l'insu du lecteur ou sans avoir l'air d'y toucher. On peut donc considérer que c'est avec une certaine maestria que Thompson fait défiler son histoire resserrée, avec son style apparemment moins relevé que dans d'autres livres. Bien sûr, les dialogues sont à l'occasion piquants, à l'image du personnage féminin qui les profère, mais après un début tonitruant de ce point de vue, on peut également se dire que la source se tarit un peu. En définitive, là aussi comme souvent avec les romans de Thompson que l'on peut de prime abord penser mineurs, on sort de la lecture de l'ouvrage avec une bien meilleure impression globale que ce que tel ou tel moment plus faible pouvait laisser espérer. En outre, si Thompson ne se départit jamais de son regard quelque peu narquois, il est véhiculé dans ce livre-là par d'autres moyens, montrant s'il en était encore besoin que cet auteur ne peut être résumé à ses deux ou trois titres les plus connus et qu'il avait décidément plus d'une corde à son arc.

Si Thompson jouit depuis longtemps d'une renommée certaine - aux États-Unis, Stephen King et James Ellroy ont chanté ses louanges à plusieurs reprises, ce qui ne lui a pas fait de mal - je ne suis pas persuadé qu'elle soit actuellement au plus haut. Après les adaptations cinématographiques l'ayant mis en valeur en France (outre Série noire, Coup de torchon de Bertrand Tavernier, d'après 1275 âmes) et dans les pays anglophones (Guet-apens de Sam Peckinpah, d'après L'Echappée ; Les Arnaqueurs de Stephen Frears ; The Killer Inside Me de Michael Winterbottom), son étoile semble pâlir quelque peu ces temps-ci. On ne peut que trouver cela bien dommage : le temps passe, certes, mais pas plus que Hammett, Cain, Chandler ou Goodis (liste non limitative), Thompson ne mérite d'être délaissé. L'alliage entre la plongée dans la conscience de ses personnages, la noirceur et l'empathie avec laquelle il contemple une humanité passablement grotesque se débattre avec son destin, le tout dans une langue relevée, voilà certaines des raisons pour lesquelles il faut continuer à aller à la découverte de cet auteur. Espérons que les nouvelles éditions de chez Rivages contribueront à faire qu'il ne sombrera pas peu à peu dans l'oubli dans nos contrées.

Si l'on peut comprendre les expressions familières américaines, la lecture en anglais de ce roman-là sera relativement aisée. La traduction chez Rivages - La Mort viendra petite - n'est pas mal du tout. Elle ne rend pas tout le sel de la langue d'origine, tant s'en faut, mais outre que c'est probablement impossible, la version de Luc Chomarat a au moins pour elle de ne pas récrire le texte de façon indue (la traduction, qui date de 1988, faisait partie des premiers Thompson à être publiés par Rivages). Les romans noirs font partie de ces livres qui perdent inévitablement beaucoup à la traduction, mais il était plus que temps que Thompson, et d'autres grandes figures avec lui, soient considérés comme les auteurs qu'ils sont, dont le texte ne peut être malmené ou adapté au gré des fantaisies d'un traducteur ou d'un directeur de collection.

Notons pour finir que Rivages semble avoir suspendu sa politique de retraduction / reparution depuis une bonne année. J'ose espérer que ce n'est pas définitif et qu'ils ne laisseront pas cet auteur majeur tomber en rase campagne.


La bête au ventre
La bête au ventre
par Edward Bunker
Edition : Poche
Prix : EUR 10,65

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 "Dieu, qu'il les haïssait, tous autant qu'ils étaient...", 17 août 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : La bête au ventre (Poche)
Publié en 1981, Little Boy Blue / La bête au ventre clôt la soi-disant 'trilogie de la bête', faisant suite à No Beast So Fierce / Aucune bête aussi féroce (1973) et The Animal Factory / La Bête contre les murs (1977). De famille d'accueil en institutions pour jeunes délinquants au milieu carcéral, le parcours d'Edward Bunker a souvent été détaillé, et pour cause : ils sont rares les écrivains à avoir une telle connaissance de première main du monde du crime et de la prison ! Placé à 5 ans, déjà endurci à 12 après être passé par toutes sortes de maisons de redressement et même d'aliénés, plus jeune détenu de San Quentin à 17 ans : au bout du compte, Bunker a passé près de vingt ans dans les diverses institutions dans lesquelles il a été enfermé. Alors qu'il était encouragé à faire fructifier ses talents d'écrivain, Bunker écrivit assez tôt des nouvelles et le premier jet de No Beast so Fierce, tout d'abord jugé impubliable - il le remania par la suite en y injectant pas mal de ce qui lui était arrivé entre-temps, après avoir été libéré en conditionnelle et arrêté de nouveau. On connaît la suite : jugeant que les conditions avaient radicalement changé, Bunker put abandonner sa carrière de criminel et se consacrer à sa nouvelle vie plus rangée, devint écrivain à succès, scénariste - il participa aux adaptations de No Beast so Fierce, Straight Time / Le Récidiviste d'Ulu Grosbard, et Animal factory de Steve Buscemi, et signa le script de Runaway Train d'Andrei Konchalovsky - et même acteur à l'occasion - son autobiographie finira d'ailleurs par avoir pour titre le nom de son personnage dans le Reservoir Dogs de Quentin Tarantino, Mr Blue (L'Education d'un malfrat).

On le constatera sans difficulté en regardant le nombre de commentaires sur les pages des éditions en français des trois romans : No Beast so Fierce et The Animal Factory sont les romans de Bunker les plus lus et appréciés. Mais dans la trilogie, il ne faudrait vraiment pas négliger le troisième tome, tout aussi impressionnant. Certes, le sujet peut sembler moins immédiatement attirant pour les amateurs de romans noirs : là où le premier roman se penche sur la sortie de prison et la tentative vite avortée de rentrer dans le rang, là où le deuxième se focalise sur la vie en prison et la ligne de mire de l'évasion, le troisième revient aux sources et détaille l'engrenage menant un jeune garçon à une vie de délinquance. Ce serait pourtant bien dommage de le délaisser, tant Bunker y a mis de lui en faisant plus que jamais œuvre d'écrivain.

Car Little Boy Blue, autant et peut-être encore plus que les deux romans précédents, suit les grandes lignes de ce qui est arrivé au jeune Edward dans les années 30 et 40. En choisissant de se replacer dans l'époque et de reprendre toutes les grandes étapes par lesquelles il était lui-même passé, Bunker ne cherche que modérément à brouiller les pistes. Pour autant, il ne faut pas croire qu'il renonce ici plus qu'ailleurs à la transposition littéraire. Comme le changement de nom l'indique dès le départ, Alex Hammond n'est pas Edward Bunker - le choix du prénom serait-il un clin d'œil à Anthony Burgess et à son A Clockwork Orange / Orange mécanique ? Si dans Little Boy Blue la distance semble plus grande que dans les romans précédents, cela est d'abord dû au fait qu'il est écrit à la 3ème personne (No Beast so Fierce était à la 1ère), mais aussi à la distance installée par le narrateur. Il ne fait aucun doute qu'en nous faisant suivre de si près son jeune héros, l'auteur souhaite nous faire comprendre en profondeur sa trajectoire. Il explicite souvent ses réactions et sentiments ainsi que les effets de ses actes et de ceux des adultes et adolescents qu'il côtoie, donnant ainsi au lecteur toutes les clés lui permettant de saisir chaque rouage de l'engrenage par lequel passe Alex. Si le décryptage permanent des causes et des effets peut à l'occasion sembler un peu fastidieux, cette stratégie est globalement très payante. Dès la première scène dans laquelle Alex, littéralement enragé, refuse de quitter son père, ce mélange de proximité avec le personnage et de mise à distance frappe par sa pertinence. Bunker en dit beaucoup, qu'il s'agisse des sentiments agitant Alex à un moment donné, des raisons ou des conséquences ; pourtant, à aucun moment le roman ne devient trop franchement didactique ou sèchement analytique. Cela est dû non seulement à la progression du récit et à toutes ses péripéties mais aussi à la très grande maîtrise stylistique à laquelle était parvenu Bunker. Car il faut y insister : dès No Beast so Fierce, Bunker faisait preuve de qualités d'écriture qu'on ne lui reconnaît pas toujours, comme si le sentiment que cela sent le vécu suffisait. Si cela sent bel et bien le vécu, c'est aussi parce qu'il a su trouver la voix et la posture adéquates dans des romans différents : celles, données directement, de Max Dembo dans No Beast so Fierce, et le regard du narrateur sur le jeune Alex, à la fois encore très proche de lui mais qu'il est capable d'analyser a posteriori dans Little Boy Blue.

On ne sera pas étonné de vérifier ici ce que rien ne venait masquer dans les deux romans précédents : les institutions y sont largement tenues pour responsables de fabriquer de la criminalité, voire de la bestialité - rappelons que le titre original du 2ème roman est bien plus éloquent que le titre français : la prison y est très littéralement vue comme une 'fabrique à animaux'. Bunker passe beaucoup de temps à disséquer en particulier tout ce qui crée ou nourrit la peur et la rage, qui vont de pair, la première cédant au fil du temps de plus en plus le pas devant la deuxième. Bête traquée et enragée, Alex n'est pour autant pas complètement exempté de responsabilité pour ses actes, quand bien même l'auteur nous donnerait toutes les clés pour faire preuve de compréhension. Quant aux personnes faisant fonctionner les institutions en question, elles peuvent aussi bien être mues par la volonté de bien faire que la stupidité bestiale (Bunker a lui-même reconnu que les choses avaient indéniablement changé entre les années 40 et le moment où il écrivait le roman). "God, he hated them..." / "Dieu, qu'il les haïssait, tous autant qu'ils étaient..." : ainsi se clôt un chapitre où Alex subit une punition aussi violente qu'injuste. Cette haine tournée contre "eux", celle-là même sur laquelle réfléchissait Max Dembo dans No Beast so Fierce, est un effet induit, pas un point de départ : la force du livre de Bunker est qu'elle n'est pas vague ; si elle est créée et nourrie, alors il faut donner à voir comment dans les moindres détails, ce qu'il fait admirablement.

Bunker reste un écrivain à lire, et pas seulement parce qu'il aurait eu le passé de délinquant et de détenu qu'il a eu, mais également et sans doute avant tout parce qu'il a su dompter une matière très riche pour en faire œuvre littéraire. Je ne peux que conseiller de ne délaisser aucun des trois tomes de cette trilogie exceptionnelle. Si l'on aime le genre, on peut évidemment la compléter par son autobiographie.

Dans les éditions françaises de chez Rivages Noir, les traductions sont dues à Freddy Michalski. Comme souvent, Michalski fait du bon boulot, même si le sens de certains mots ou expressions idiomatiques lui échappe et s''il fait parfois plus que friser le contresens (ex. un détenu noir explique à Alex qu'il a beau être blanc de peau, il est en fait noir comme lui : "you can pass", lui dit-il, renvoyant au phénomène selon lequel certains Noirs assez blancs de peau pouvaient se faire passer pour des Blancs, changeant ainsi leur condition - la traduction par "tu peux passer à l'as" est évidemment totalement hors de propos).


Little Boy Blue
Little Boy Blue
par Edward Bunker
Edition : Broché
Prix : EUR 11,47

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 "God, he hated them...", 17 août 2015
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Little Boy Blue (Broché)
Publié en 1981, Little Boy Blue / La bête au ventre clôt la soi-disant 'trilogie de la bête', faisant suite à No Beast So Fierce / Aucune bête aussi féroce (1973) et The Animal Factory / La Bête contre les murs (1977). De famille d'accueil en institutions pour jeunes délinquants au milieu carcéral, le parcours d'Edward Bunker a souvent été détaillé, et pour cause : ils sont rares les écrivains à avoir une telle connaissance de première main du monde du crime et de la prison ! Placé à 5 ans, déjà endurci à 12 après être passé par toutes sortes de maisons de redressement et même d'aliénés, plus jeune détenu de San Quentin à 17 ans : au bout du compte, Bunker a passé près de vingt ans dans les diverses institutions dans lesquelles il a été enfermé. Alors qu'il était encouragé à faire fructifier ses talents d'écrivain, Bunker écrivit assez tôt des nouvelles et le premier jet de No Beast so Fierce, tout d'abord jugé impubliable - il le remania par la suite en y injectant pas mal de ce qui lui était arrivé entre-temps, après avoir été libéré en conditionnelle et arrêté de nouveau. On connaît la suite : jugeant que les conditions avaient radicalement changé, Bunker put abandonner sa carrière de criminel et se consacrer à sa nouvelle vie plus rangée, devint écrivain à succès, scénariste - il participa aux adaptations de No Beast so Fierce, Straight Time / Le Récidiviste d'Ulu Grosbard, et Animal factory de Steve Buscemi, et signa le script de Runaway Train d'Andrei Konchalovsky - et même acteur à l'occasion - son autobiographie finira d'ailleurs par avoir pour titre le nom de son personnage dans le Reservoir Dogs de Quentin Tarantino, Mr Blue (L'Education d'un malfrat).

On le constatera sans difficulté en regardant le nombre de commentaires sur les pages des éditions en français des trois romans : No Beast so Fierce et The Animal Factory sont les romans de Bunker les plus lus et appréciés. Mais dans la trilogie, il ne faudrait vraiment pas négliger le troisième tome, tout aussi impressionnant. Certes, le sujet peut sembler moins immédiatement attirant pour les amateurs de romans noirs : là où le premier roman se penche sur la sortie de prison et la tentative vite avortée de rentrer dans le rang, là où le deuxième se focalise sur la vie en prison et la ligne de mire de l'évasion, le troisième revient aux sources et détaille l'engrenage menant un jeune garçon à une vie de délinquance. Ce serait pourtant bien dommage de le délaisser, tant Bunker y a mis de lui en faisant plus que jamais œuvre d'écrivain.

Car Little Boy Blue, autant et peut-être encore plus que les deux romans précédents, suit les grandes lignes de ce qui est arrivé au jeune Edward dans les années 30 et 40. En choisissant de se replacer dans l'époque et de reprendre toutes les grandes étapes par lesquelles il était lui-même passé, Bunker ne cherche que modérément à brouiller les pistes. Pour autant, il ne faut pas croire qu'il renonce ici plus qu'ailleurs à la transposition littéraire. Comme le changement de nom l'indique dès le départ, Alex Hammond n'est pas Edward Bunker - le choix du prénom serait-il un clin d'œil à Anthony Burgess et à son A Clockwork Orange / Orange mécanique ? Si dans Little Boy Blue la distance semble plus grande que dans les romans précédents, cela est d'abord dû au fait qu'il est écrit à la 3ème personne (No Beast so Fierce était à la 1ère), mais aussi à la distance installée par le narrateur. Il ne fait aucun doute qu'en nous faisant suivre de si près son jeune héros, l'auteur souhaite nous faire comprendre en profondeur sa trajectoire. Il explicite souvent ses réactions et sentiments ainsi que les effets de ses actes et de ceux des adultes et adolescents qu'il côtoie, donnant ainsi au lecteur toutes les clés lui permettant de saisir chaque rouage de l'engrenage par lequel passe Alex. Si le décryptage permanent des causes et des effets peut à l'occasion sembler un peu fastidieux, cette stratégie est globalement très payante. Dès la première scène dans laquelle Alex, littéralement enragé, refuse de quitter son père, ce mélange de proximité avec le personnage et de mise à distance frappe par sa pertinence. Bunker en dit beaucoup, qu'il s'agisse des sentiments agitant Alex à un moment donné, des raisons ou des conséquences ; pourtant, à aucun moment le roman ne devient trop franchement didactique ou sèchement analytique. Cela est dû non seulement à la progression du récit et à toutes ses péripéties mais aussi à la très grande maîtrise stylistique à laquelle était parvenu Bunker. Car il faut y insister : dès No Beast so Fierce, Bunker faisait preuve de qualités d'écriture qu'on ne lui reconnaît pas toujours, comme si le sentiment que cela sent le vécu suffisait. Si cela sent bel et bien le vécu, c'est aussi parce qu'il a su trouver la voix et la posture adéquates dans des romans différents : celles, données directement, de Max Dembo dans No Beast so Fierce, et le regard du narrateur sur le jeune Alex, à la fois encore très proche de lui mais qu'il est capable d'analyser a posteriori dans Little Boy Blue.

On ne sera pas étonné de vérifier ici ce que rien ne venait masquer dans les deux romans précédents : les institutions y sont largement tenues pour responsables de fabriquer de la criminalité, voire de la bestialité - rappelons que le titre original du 2ème roman est bien plus éloquent que le titre français : la prison y est très littéralement vue comme une 'fabrique à animaux'. Bunker passe beaucoup de temps à disséquer en particulier tout ce qui crée ou nourrit la peur et la rage, qui vont de pair, la première cédant au fil du temps de plus en plus le pas devant la deuxième. Bête traquée et enragée, Alex n'est pour autant pas complètement exempté de responsabilité pour ses actes, quand bien même l'auteur nous donnerait toutes les clés pour faire preuve de compréhension. Quant aux personnes faisant fonctionner les institutions en question, elles peuvent aussi bien être mues par la volonté de bien faire que la stupidité bestiale (Bunker a lui-même reconnu que les choses avaient indéniablement changé entre les années 40 et le moment où il écrivait le roman). "God, he hated them..." / "Dieu, qu'il les haïssait, tous autant qu'ils étaient..." : ainsi se clôt un chapitre où Alex subit une punition aussi violente qu'injuste. Cette haine tournée contre "eux", celle-là même sur laquelle réfléchissait Max Dembo dans No Beast so Fierce, est un effet induit, pas un point de départ : la force du livre de Bunker est qu'elle n'est pas vague ; si elle est créée et nourrie, alors il faut donner à voir comment dans les moindres détails, ce qu'il fait admirablement.

Bunker reste un écrivain à lire, et pas seulement parce qu'il aurait eu le passé de délinquant et de détenu qu'il a eu, mais également et sans doute avant tout parce qu'il a su dompter une matière très riche pour en faire œuvre littéraire. Je ne peux que conseiller de ne délaisser aucun des trois tomes de cette trilogie exceptionnelle. Si l'on aime le genre, on peut évidemment la compléter par son autobiographie.

Dans les éditions françaises de chez Rivages Noir, les traductions sont dues à Freddy Michalski. Comme souvent, Michalski fait du bon boulot, même si le sens de certains mots ou expressions idiomatiques lui échappe et s''il fait parfois plus que friser le contresens (ex. un détenu noir explique à Alex qu'il a beau être blanc de peau, il est en fait noir comme lui : "you can pass", lui dit-il, renvoyant au phénomène selon lequel certains Noirs assez blancs de peau pouvaient se faire passer pour des Blancs, changeant ainsi leur condition - la traduction par "tu peux passer à l'as" est évidemment totalement hors de propos).


Kundun [Blu-ray] [Import allemand]
Kundun [Blu-ray] [Import allemand]
DVD ~ Tashi Dhondup
Prix : EUR 12,82

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Kundun : une édition blu-ray enfin convenable, 15 août 2015
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Kundun [Blu-ray] [Import allemand] (Blu-ray)
Commercialement sacrifié par Disney sur l'autel des relations sino-américaines, assez mal reçu à sa sortie, Kundun n'est pas précisément un film universellement mal considéré comme on peut le constater en regardant les commentaires élogieux ci-contre. Choisissant quant à moi de ne pas me poser ici sur le terrain philosophico-religieux mais plutôt cinématographique, j'estime qu'on peut voir ce film comme une œuvre à part entière, avec ses qualités et ses défauts, nombreux dans les deux cas. On a pu reprocher à Kundun bien des choses, la première étant de ne ressembler que modérément à un film de son auteur. C'est à mon sens une idée assez fausse, de la même façon qu'il me semble déplacé de croire que The Age of Innocence / Le Temps de l'innocence serait loin de lui. Non seulement on peut comprendre que Martin Scorsese ait ressenti le besoin de ne pas se laisser enfermer dans un style donné, même s'il a largement contribué à le définir (cf. Goodfellas / Les Affranchis), mais il faut se rappeler que ce n'est pas seulement le catholicisme qui l'a toujours travaillé mais plus largement le rapport à la spiritualité. En outre, lorsque l'on sait que parmi ses films préférés on compte Les onze fioretti de François d'Assise de Roberto Rossellini, il apparaît encore plus clairement que sa relation à la religion (catholique) n'est pas que névrotique, et que la matière de Kundun n'est pas forcément si éloignée de ses préoccupations qu'on a parfois pu le prétendre. L'autre accusation majeure revient à dire qu'il a livré un film hagiographique. Il me semble difficile de la réfuter entièrement, tant le script de Melissa Mathison et le regard de Scorsese sont en sympathie avec le Dalai Lama, sans que rien ne vienne véritablement questionner les aspects potentiellement plus discutables de l'organisation sociale tibétaine, en particulier telle qu'elle existait au moment de l'enfance de l'actuel Dalai Lama, il y a plus de soixante-dix ans. Plus généralement, ce script a sans doute plus d'un défaut, que viennent renforcer les aspects les plus conventionnels de l'œuvre, de quelques-uns des traits distinctifs du film biographique au fait que tous les Tibétains y parlent anglais. Quelques passages en sont plus faibles, et la représentation des Chinois laisse sans doute à désirer - quant à la façon dont Mao glisse d'un air suave à l'oreille du Dalai Lama "religion is poison", reconnaissons que ce n'est pas ce qu'il y a de mieux.

Ce n'est pas un film parfait, tant s'en faut, mais ce n'est pas pour autant le ratage absolu que d'aucuns ont fustigé. Tout d'abord parce que Scorsese n'a pas perdu son talent visuel pour l'occasion. Et ce d'autant moins que ses collaborateurs artistiques étaient en l'occurrence tous au sommet de leur jeu. Qu'il s'agisse de Dante Ferretti, responsable du 'look' du film (décors, costumes) ou du chef opérateur Roger Deakins, leur travail est ici totalement exemplaire. Même si le film a coûté cher, il est évident que Scorsese a manqué d'argent - pour s'en persuader, il n'y a qu'à voir dans le documentaire livré en supplément comment il est obligé de grimer et faire repasser les quelques mêmes dizaines de figurants pour figurer l'armée chinoise ! - et les efforts conjugués de Ferretti et Deakins notamment rendent le film visuellement glorieux. A plus forte raison car le montage opéré par Scorsese avec l'aide toujours ô combien précieuse de Thelma Schoonmaker est largement aussi audacieux que dans ses autres films, sinon plus. Ils auront rarement poussé aussi loin un montage de type musical, d'autant qu'en l'espèce ils ont le plus souvent rythmé le montage image sur la musique de Philip Glass, composée après lecture du scénario : dans un entretien passionnant figurant dans l'indispensable Scorsese par Scorsese de Michael Henry Wilson, Thelma Schoonmaker explique que c'était une expérience nouvelle pour eux, et que cela a été un casse-tête étant donné les principes de composition de Glass : la plupart du temps, on ne pouvait pas faire de coupe avant quatre mesures, ce qui leur compliquait grandement la tâche. La conception onirique voulue par Scorsese, renforcée par ce montage dynamique tour à tour fluide et heurté, est au bout du compte un des aspects les plus passionnants du film. D'ailleurs, si j'ai une relation assez ambivalente à la musique de Philip Glass, si sa quasi-omniprésence et la cataracte musicale de la fin (mixée de plus en plus fort qui plus est) peut franchement lasser, je dois dire que je n'imagine plus le film sans cette musique-là tant elle lui est consubstantielle.

Si Scorsese est évidemment en sympathie aussi bien avec la personne du Dalai Lama qu'avec l'évolution spirituelle de son personnage, c'est de toute évidence sa relation au monde qui l'intéresse au plus haut degré. Ou bien, mettons que si son évolution spirituelle le concerne, c'est aussi et peut-être avant tout en tant qu'elle est largement conditionnée par le fait qu'il lui est impossible de vivre pleinement dans le monde. Si dès le départ, Scorsese insiste sur les yeux et les jeux de regards, ce n'est pas seulement parce que c'est la perception de l'enfant qui l'emporte ou parce qu'il serait question de vision (même si tout cela a son importance), mais bien parce que l'enfant (puis l'adolescent, le jeune homme) ne va pouvoir avoir accès au monde que par son regard. Si l'enfant demande à ses conseillers qu'ils lui expliquent la situation géopolitique, s'il écrit des lettres naïves à Mao ou à Truman comme on jette des bouteilles à la mer, c'est grâce à sa longue vue et à son projecteur qu'il se construit son rapport au monde et peut franchir les murs de sa prison dorée. Plus scorsesien comme thème, il n'y a pas vraiment, et l'on sent que c'est dans la curiosité et l'enfermement de son personnage en son palais, ainsi que dans ce rapport médié au monde qui l'entoure, que Scorsese a trouvé l'ancrage qui lui était nécessaire pour ne pas rester extérieur au sujet. Cet aspect qui marque le film comme profondément scorsesien n'est pas pour rien dans ce qui le rend attachant, par-delà ce qu'il raconte du destin de cet homme et ce qu'il montre de ce peuple et de sa culture, par-delà sa beauté visuelle.

EDITION BLU-RAY ARTHAUS : Kundun - Blu-ray, Import allemand

Il est assez incompréhensible que Studio Canal n'ait jamais sorti ce film en Blu-ray en France. Alors que le dvd, moyen, est le même depuis sa sortie (Kundun ou Kundun, l'épopée du quatorzième Dalaï-Lama), il existe plusieurs éditions Blu-ray depuis plusieurs années mais aucune française. Il se trouve que les premières éditions européennes (puis coréenne) étaient loin de donner satisfaction, car comme cela avait été noté dans plusieurs recensions et forums, l'usage beaucoup trop fort du filtre avait en grande partie laminé les détails, en particulier dans le premier tiers du film. Ayant lu cela, puis pu le constater en regardant le Blu-ray allemand d'un ami, j'avais reculé devant l'achat. Etant tombé sur un tarif intéressant, j'ai fini par l'acquérir tout de même et... j'ai eu la surprise de voir que je n'avais pas du tout la même impression avec le Blu-ray allemand à présent en ma possession ! Il est possible que ce soit mon regard qui ait changé ; il est également envisageable que Studio Canal / Arthaus ait fini par régler ce problème à l'occasion d'un nouveau pressage du Blu-ray. Entre-temps, un Blu-ray japonais était sorti - référencé sur le site américain d'Amazon mais pas sur le site français - et il est probable qu'ils ont pu récupérer ce master bien mieux réalisé que le précédent pour un nouveau pressage du Blu-ray allemand. En tout cas, l'édition Arthaus telle que je l'ai à présent me semble tout à fait convenable, ce qui n'était franchement pas le cas avec ce que j'avais vu auparavant. J'imagine que l'édition précédente circule encore, notamment chez des vendeurs tiers, mais en tout cas il existe bien une édition à la qualité d'image améliorée. Il vaut en outre mieux éviter de se porter sur d'autres éditions que l'allemande, car à part dans l'édition japonaise plus récente l'image souffrait au départ du même défaut.

Ce Blu-ray Arthaus propose une VO (en 5.1) et une VF (en 2.0). Il y a bien des sous-titres français pour le film (également allemands et espagnols, mais pas anglais). Le format est respecté et la qualité de l'image est donc globalement très bonne, stable et avec des couleurs qui passent bien, y compris le noir, le rouge et le jaune, évidemment très présents. Le son est lui aussi bien restitué.

Il n'y a qu'un supplément mais il est de choix. Il s'agit d'un documentaire d'1h30, largement réalisé au moment du tournage. A la recherche de Kundun est dû à celui qui était devenu un ami du cinéaste - et même son collaborateur, à l'occasion d'Un voyage avec Martin Scorsese à travers le cinéma américain - Michael Henry Wilson. Auteur également du meilleur livre sur Scorsese, avec des entretiens fouillés qui ont bénéficié non seulement de sa connaissance fine de l'œuvre mais aussi du fait qu'ils ont appris à se connaître au fil des décennies, Wilson signe un documentaire classique mais éclairant, aussi bien sur le projet de Scorsese ou sur l'arrière-plan que sur le tournage lui-même. Comme souvent avec Studio Canal, on n'a pas le choix des langues, ce qui est bien irritant. Si l'on a opté pour 'France' au début de la lecture du disque, on aura droit au documentaire doublé en français (après les trois premières minutes sous-titrées : du grand n'importe quoi). Si en revanche on a opté pour 'Australia', on pourra écouter la piste son en anglais, mais à ce moment-là sans sous-titres. Toujours est-il que, doublé en français ou en anglais non sous-titré, il ne faut pas passer à côté de ce qui est un documentaire assez riche et pas un simple 'making-of' promotionnel. Le fait que ces entretiens aient été au relativement long cours exlique que la partie consacrée à Kundun dans le livre Scorsese par Scorsese (qui existe aussi en version anglaise : Scorsese on Scorsese) couvre une vingtaine de pages, en incluant la conversation avec la monteuse indiquée ci-dessus.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Sep 15, 2015 1:41 PM MEST


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