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Contenu rédigé par Carmen
Classement des meilleurs critiques: 155
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Commentaires écrits par
Carmen (Paris, France)
(TOP 500 COMMENTATEURS)   

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Le divorce de lady X
Le divorce de lady X
DVD ~ Laurence Olivier
Proposé par DIRECT_DVD_EU
Prix : EUR 14,17

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Jubilatoire !, 24 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le divorce de lady X (DVD)
Très souvent en plein accord avec les commentaires toujours bien balancés de l'ami Ashley, je suis beaucoup moins restrictive que lui à propos de ce film dont je me suis délectée pour la quatrième fois il y a peu, et je ne pense pas que mon esprit critique soit aveuglé par mon admiration totale pour Laurence Olivier...
Dans l'un de ses rares rôles légers, je trouve que son élégance, sa distinction et sa palette de nuances, ici déployées sur le registre d'une histoire charmante et drôle, font merveille.
Cet acteur aux multiples charismes pouvait tout jouer et d'après ce que l'on sait de l'homme qu'il fut dans la vraie vie, une personnalité qui n'avait rien de monolithique, il n'est pas étonnant qu'il donne l'impression de s'être beaucoup amusé à tourner aux côtés de la ravissante Merle Oberon cette comédie romantique et pétillante réalisée en 1938 par l'anglais Tim Whelan, avant leur impérissable rencontre dans le chef d'œuvre américain signé par William Wyler en 1939, "Les hauts de hurlevent".
C'est cet amusement de Laurence Olivier que j'ai perçu, sans cabotinage, dans sa manière classieuse et facétieuse de camper Everard Logan, avocat ("barristor") spécialisé dans les divorces de la bonne société londonienne et habitué à plaider avec succès contre l'inconséquence et la fourberie des femmes infidèles, jusqu'au jour où il tombe éperdument amoureux d'une femme qui pourrait bien être l'épouse infidèle de son client, Lord Mere...
Une femme, en réalité une jeune fille vivant avec son excellent grand-père, Leslie Steele, qu'il a rencontrée contre son gré dans un hôtel où il a échoué pour cause de brouillard envahissant Londres et qui le contraint, par la ruse..., à l'héberger dans sa suite quand d'autres seront réduits à dormir sur la table de billard ou dans un fauteuil de la réception.
Après un petit déjeuner quasiment conjugal dans cette suite luxueuse - scène... savoureuse -, elle s'esbigne en lui laissant un message peint au rouge à lèvres sur la glace de la salle de bains : "au revoir, Lady X".
Lord Mere est convaincu que son épouse l'a trompé dans ce même hôtel transformé en refuge et pendant cette même nuit recroquevillée dans le brouillard, alors Everard Logan est convaincu que "Lady X" n'est autre que Lady Mere, situation des plus perturbantes pour notre avocat tiraillé entre la défense des intérêts de son client et celle de ses propres sentiments !
Ce quiproquo est instrumentalisé par "Lady X", pareillement amoureuse bien sûr mais bien décidée à donner une leçon à son soupirant coiffé d'une perruque dans l'exercice de son art et empêtré dans les fils de sa confusion sentimentale, elle le laisse croire qu'à l'instar de Lady Mere, elle a un passé chargé de plusieurs maris outre quelques amants... (ce que fera plus tard l'Ariane d'Audrey Hepburn dans "Love in the afternoon" de Billy Wilder).
L'épilogue est sans mystère, le faux divorce se résoudra en vrai mariage, avec en point d'orgue une plaidoirie d'Everard Logan célébrant les vertus des épouses injustement soupçonnées d'infidélité, sous le regard satisfait et malicieux de... Mrs. Logan.
Cette comédie anglaise placée sous le double signe de la beauté et de la séduction d'un couple d'acteurs épatant est jubilatoire.


Le défroqué
Le défroqué
DVD ~ Pierre Fresnay
Prix : EUR 12,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Le "fou de Dieu"., 29 juin 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le défroqué (DVD)
Pierre Fresnay est admirable dans ce rôle de prêtre qui a jeté sa soutane aux orties, révolté, hors de lui, torturé, souffrant, provocateur, apostate.
Pierre Fresnay est admirable dans ce rôle ainsi qu'il le fut dans à peu près tous ses rôles, jusques et y compris quelques caricatures qu'on lui fit jouer pour cette simple raison qu'il s'y prêtait, sans le vouloir : sa manière d'occuper entièrement l'espace, sa stature petite mais ferme et dense voire rigide, ultra virile et pourtant friable, son regard d'acier translucide, son sourire contant fleurette à la dérision et au défi, sa voix, ah sa voix... ce timbre, cette diction, ce mélange de bronze et de sable, Pierre Fresnay quoi...
Mais son rôle dans ce film est horrible, outrancier et, dirait un psy, délirant.
Délirant, oui.
Avant de basculer dans la folie, l'histoire commence tranquillement : dans un camp de prisonniers de guerre en Allemagne, Maurice (Pierre Fresnay), un prêtre défroqué qui s'applique avec un soin maniaque à masquer sa condition religieuse reniée, va donner l'absolution à un aumônier mourant parce que personne ne peut le faire à sa place, il le fait sous les yeux de Gérard (Pierre Trabaud), un jeune homme entier et naïf, pour ne pas dire pur, qui a la vocation du "ravi de la crèche" et n'attend qu'une raison de plus de l'avoir davantage, le voici servi.
Les camps sont libérés, chacun retourne dans le lit de son existence mais les vies croisées derrière les barbelés allemands vont se tricoter à nouveau dans une France qui a retrouvé la paix.
Revenus à la vie ordinaire et dans leurs pénates respectives, Maurice et Gérard se retrouvent, Maurice va aider Gérard à devenir séminariste sous la houlette de l'un de ses vieux amis en religion, un prêtre indéfectiblement attaché à ses vœux mais ouvert et bienveillant.
La folie s'approche.
Gérard a été ordonné prêtre et il s'est assigné pour mission sacrée de ramener Maurice au bercail.
Maurice ne l'entend pas ainsi.
Au fur et à mesure que l'histoire avance, Maurice n'est plus seulement ce croyant à l'âme déchirée qui a mis son "Notre Père" au feu, il devient sous nos yeux dérangés le brûlot d'une guerre intime qui explose dans les excès de la fureur.
Sous l'empire de la folie, est aussi délirante l'obsession de Gérard s'érigeant en sauveur de Maurice qu'est délirante la réaction de Maurice voyant en lui un agresseur.
Une telle histoire se termine mal, forcément mal, et vous n'imaginez pas à quel point elle se termine mal si vous n'avez pas vu ce film, mais la question est : quel est son sens ?
S'il s'agit, dans un film réalisé en 1954, de désigner le "lien à Dieu" (le mot "lien" est contenu dans le mot "religion") comme l'un des plus forts marqueurs de la névrose collective et individuelle, jusqu'à la folie, ce film est alors on ne peut plus actuel, sinon moderne.
Ceci ne suffirait pas à en faire un grand film et ce n'est pas un grand film à mon avis parce que "ce qui est excessif est insignifiant" et parce qu'un tel sujet ne se fond pas dans la plasticité inhérente au récit cinématographique.
Il reste que le "fou de Dieu" est incarné par Pierre Fresnay, ce qui n'est pas peu dire.


La fausse maîtresse
La fausse maîtresse
DVD ~ Danielle Darrieux
Prix : EUR 12,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Sous une signature inattendue, le charme absolu d'un elfe nommé Danielle Darrieux., 28 juin 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : La fausse maîtresse (DVD)
Ce film peu connu d'André Cayatte sorti en 1942 présente plusieurs particularités.
D'abord, c'est son premier film, il en faut bien un...
Ensuite, c'est l'une de ses rares comédies, légère en outre, sinon la seule, rien à voir avec les histoires lourdes (je n'ai pas dit épaisses) et graves que lui ont soufflées le thème de la "justice injuste", issues de son expérience d'avocat profondément marqué par les errements et/ou les dysfonctionnements de la "machine judiciaire".
Encore, l'argument de cette comédie est inspiré (de loin) par un roman d'Honoré de Balzac, excusez du peu...
Un argument tout simple et "extrêmement français" dans l'histoire de la littérature, tant il baigne dans le marivaudage au sens littéraire de ce mot qui n'existe qu'en français, et pour cause.
L'argument, donc, c'est qu'un homme séduisant et séducteur se trouve confronté à la nécessité de faire croire à son entourage à une fausse aventure amoureuse avec une ingénue afin de dissimuler une véritable liaison, coupable, forcément coupable, parce que la dame est mariée avec l'un de ses proches amis.
Mais, c'est sans mystère, il se prendra au jeu, tombera amoureux pour de bon de l'ingénue qui ne lui résistera pas après lui avoir tenu la dragée haute, et caetera !
Enfin, et là est la substantifique moelle de ce film, l'ingénue est incarnée par Danielle Darrieux, perchée comme sur des talons aiguille sur la grâce exquise et adorable de ses vingt-cinq ans, ravissante, primesautière, drôle, facétieuse, fine et racée comme pas permis, y allant de son joli filet de voix dans une chanson réaliste "extrêmement française" de ces années-là et jouant de tous ses dons, innombrables, allant du numéro de trapéziste (dans l'histoire, elle est née dans un cirque) à des scènes dignes d'une pensionnaire de la Comédie Française qui en remontre à des dinosaures, un pur régal.
Autour d'elle, une belle troupe d'acteurs (Lise Delamare, Gabrielle Fontan, Jacques Dumesnil, etc.) qui incarne un beau temps du cinéma français.
Au-delà de la curiosité qu'a suscitée pour moi la signature inattendue d'André Cayatte sur un tel film, j'en retiens le charme absolu d'un elfe nommé Danielle Darrieux.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 28, 2016 10:45 PM MEST


La Belle équipe [Combo Collector Blu-ray + DVD]
La Belle équipe [Combo Collector Blu-ray + DVD]
DVD ~ Jean Gabin
Prix : EUR 19,99

11 internautes sur 12 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un film magnifique aux quatre-vingts printemps., 1 juin 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : La Belle équipe [Combo Collector Blu-ray + DVD] (Blu-ray)
Comme de nombreux cinéphiles, j'ai guetté sans trop d'espoir mais avec obstination la parution de ce film mythique dans une version restaurée, aux lieu et place d'une cassette VHS antédiluvienne ayant seulement le mérite d'exister et pourtant revue si souvent, faute de mieux.
Patience et longueur de temps... cette version restaurée a surgi il y a quelques semaines dans l'écran de mes recherches, je l'ai pré-commandée et je viens de la découvrir.
Commentaires objectifs d'abord : il s'agit d'un coffret contenant le film en dvd et en blu-ray, chacun y trouvera donc son compte ; les qualités esthétiques de la restauration sont exceptionnelles, c'est le moment de se rappeler que ce film mythique sorti à l'automne 1936 fête en 2016 ses quatre-vingts printemps... enfin, un supplément très intéressant est proposé, intitulé "au fil de l'eau", qui nous donne quelques clés, romancées ou réelles, sur l'histoire de ce film mythique.
Romancées peut-être : en 1936 sort un autre film mythique, ô combien mythique, du cinéma français, "La grande illusion", et il se pourrait nous dit-on que le sujet de ce film eût été proposé à Julien Duvivier tandis que le sujet de "La belle équipe" aurait été proposé à Jean Renoir, ainsi eût-il été possible que Julien Duvivier signât "La grande illusion" tandis que Jean Renoir aurait signé "La belle équipe"...
Peu important la véracité factuelle de cette interversion, elle accroche l'attention car sur une toile historique, culturelle et sociale commune, celle du Front Populaire, ces deux grands réalisateurs français ont imprimé les différences caractérisant leur personnalité et leur regard sur la condition humaine, l'un (Jean Renoir) inspiré par une vision politique et humaniste, l'autre (Julien Duvivier) inspiré par une vision individualiste et existentialiste, l'un optimiste, l'autre pessimiste.
Le film "La belle équipe" sort en 1936 mais a été conçu avant l'avènement du Front Populaire et cette notation chronologique n'est pas sans importance parce qu'elle interdit de voir dans ce film un quelconque message de ralliement à cet épisode majeur de notre Histoire, d'autant moins que Julien Duvivier n'était pas un cinéaste militant, de quelque bord que ce fût, il se trouve toutefois que l'histoire racontée s'inscrit dans ce contexte historique et social et est trempée dans ses couleurs, sa tonalité, son "climat", au sens littéraire et psychologique qu'André Maurois donnait à ce mot.
Totalement apolitique contrairement à ce qu'aurait pu être celui d'un Jean Renoir sur la même substance narrative, le film de Julien Duvivier est d'autant plus éloquent qu'il baigne dans une eau forte de poésie et de sentiments à fleur de peau où les destins individuels suivent inexorablement leur course, dans une histoire collective qu'ils ignorent mais qui les porte.
Dans ce film magnifique, ce sont l'âme, l'esprit et le charisme du Front Populaire qui constituent "le fil de l'eau", tandis que les personnages croisent au large.
Le thème est simple et beau : cinq copains chômeurs liés comme les doigts d'une main partagent une vie de misère dans un taudis jusqu'au jour où un gain à la loterie nationale leur ouvre la porte des rêves, ils décident d'utiliser cette manne providentielle pour construire sur des ruines une pimpante guinguette au bord de la Marne, dans la joie et la fraternité, tous pour un, un pour tous.
Mais chacun avec son histoire et ses tourments.
L'histoire et les tourments de l'un d'entre eux, "Charlot" (Charles Vanel), sèmeront le trouble, la dissonance et le drame, en la personne d'une fieffée garce (Viviane Romance).
"Jeannot" (Jean Gabin) est le capitaine du navire de l'amitié constructive et solidaire, il anime, il fédère, il écope et il veille au grain parce que ce projet, c'est une "belle idée".
Mais il défaille aussi.
La version restaurée de ce film nous donne (c'est inédit) sa vraie fin, celle voulue par Julien Duvivier, tragique plus encore que "pessimiste", une fin qui heurte les spectateurs sentimentaux que nous sommes tous mais qui est absolument cohérente avec le récit de la déconstruction d'un idéal, sinon d'une utopie.
Il est important d'apprendre que c'est le fils de Julien Duvivier qui a obtenu de haute lutte (procédurale***) et à titre posthume que l'œuvre de son père fût rendue à son intégrité, celui-ci ayant en son vivant gueulé sa colère contre l'injonction commerciale qui lui fut faite de tourner une fin "optimiste" parce que le public, et donc les producteurs, n'ont pas accepté qu'une telle histoire s'achevât sombrement.
Cette fin "optimiste", c'est la seule que je connaissais jusqu'à présent et pour cause puisqu'elle fut la seule adoubée pendant des lustres et, dans ce coffret dont j'applaudis la parution, elle est montrée dans le supplément, "pour mémoire", mais seulement dans le supplément, soit dit pour une parfaite information des futurs spectateurs qui, peut-être, découvriront ce film magnifique aux quatre-vingts printemps.
-------
***
"La belle équipe" a donné lieu à un contentieux engagé en 2006 par Christian Duvivier, fils du cinéaste, ainsi qu'Agnès et Catherine Spaak, héritières de Charles Spaak (coscénariste) contre l'éditeur René Château Vidéo.
Par arrêt du 23 février 2011, la cour d'appel de Paris a reconnu les droits des héritiers et interdit (sous astreinte de 15.000 euros par infraction constatée) à René Château d'exploiter "La belle équipe", ce qu'il faisait depuis 1991 mais en violation du droit moral de l'auteur.
Les juges ont rappelé que Julien Duvivier, en 1936, ne pouvait pas imaginer l'invention ultérieure de la vidéo.
Il n'avait donc à l'époque cédé que les droits d'exploitation cinématographique, prorogés au bout de trente ans par un nouvel accord donné en 1966.
Mais Julien Duvivier avait alors posé une condition sine qua non à cette prorogation de la cession de ses droits d'exploitation : à partir de 1966 (un an avant sa mort), "La belle équipe" ne devait être exploitée QUE dans sa version tragique et non plus la version comportant une fin heureuse, comme à l'époque de sa sortie en salle.
Or cette volonté de l'auteur a été méconnue par René Château qui a commercialisé, sans en avoir les droits, la version achevée par une fin heureuse.
Une fin heureuse définitivement bannie de la commercialisation en vertu de cet arrêt de la cour d'appel de Paris.
Concernant les bobines du film (copies et négatifs) présentant la fin heureuse, toujours reniée par Julien Duvivier et Charles Spaak, la cour d'appel a ordonné leur remise aux héritiers et dit qu'elles seraient déposées aux archives du film du CNC aux fins de conservation.
La fin heureuse de "La belle équipe" n'a donc pas été jetée à la corbeille, elle peut être consultée aux archives et à titre documentaire (comme c'est le cas dans le supplément du présent coffret).
Mais elle ne peut plus être diffusée dans une version commerciale du film.
Ainsi, en 2011, soixante-cinq ans après sa sortie, "La belle équipe" a-t-elle retrouvé son intégrité, conformément au droit moral de l'auteur, inaliénable et sacré, et cela grâce à l'autorité de la chose jugée.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 2, 2016 3:41 PM MEST


21 jours ensemble
21 jours ensemble
DVD ~ Vivien Leigh
Proposé par DIRECT_DVD_EU
Prix : EUR 9,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 De l'éphémère à l'éternité..., 25 mai 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : 21 jours ensemble (DVD)
Ce film anglais sorti en 1940, produit par Alexander Korda et réalisé par Basil Dean sur un scénario coécrit par Graham Greene (d'après une pièce de théâtre de John Galsworthy), ne serait peut-être qu'une aimable curiosité, en dépit des qualités indéniables de sa mise en scène, s'il n'était irradié par le couple sublime, absolument sublime, formé par Laurence Olivier et Vivien Leigh alors cueillis à l'orée du grand amour qui les unira dans la vie.
Ce couple est en effet ici à couper le souffle tant sa beauté, sa grâce, son élégance, son charisme, la plénitude de ses dons en osmose et son aura crèvent l'écran.
Arrêt sur images : les voir marcher ensemble dans la rue le visage aux nues, d'un pas léger et presque dansant, enchante le regard, et les quelques plans captant leurs yeux siamois, des eaux limpides où gît une pierre dense, touchent l'âme.
Servis par une superbe photographie en noir et blanc, Laurence Olivier et Vivien Leigh n'auront sans doute jamais été aussi beaux, lumineux et bénis par les dieux que dans ce film qui déploie autour d'eux un halo de perfection laissant songeur.
"Ô temps suspends ton vol..." : c'est le thème de l'histoire, comme une coïncidence exacte avec l'image d'éternité que nous projette une telle perfection.
L'histoire : Larry et Wanda s'aiment au point d'être tout l'un pour l'autre, ils sont pauvres, joyeux, insouciants, fantasques, quand Larry a épuisé sa pension de vilain petit canard issu d'une famille huppée, Wanda met une babiole au clou pour payer leur dîner transformé en festin par la baguette magique de l'amour, ils ont des ailes.
Mais leurs ailes sont plombées quand Larry, en état de légitime défense, tue un homme venu du passé de Wanda, homicide fortuit dont un pauvre hère qui a dépouillé le cadavre va être le suspect désigné.
Larry se confie à son frère aîné (Leslie Banks), chef de famille protecteur allongeant les billets de banque et campant sur sa condescendance, avocat en passe de devenir juge, qui va inciter le cadet qu'il méprise à fuir sa responsabilité, à ses frais, dans le seul but de préserver son honorabilité et sa carrière en plein essor, tandis que Larry, vulnérable mais scrupuleux, ne veut pas qu'un innocent soit condamné à sa place et refuse une immunité injuste.
Le procès du pauvre hère s'ouvrira trois semaines après sa mise en accusation : cela fait 21 jours.
21 jours : un sursis que Larry et Wanda, soudés par l'accord secret entre les êtres dont l'amour est la flamme, décident de vivre comme une éternité, en attendant que leur sort soit scellé.
Trois heures, trois jours, trois semaines, trois ans, trente ans...
21 jours : la juste mesure du bonheur, à saisir et à savourer, "demain est un autre jour".
Constellé d'étoiles solaires et lunaires par un couple sublime, ce film qui nous parle de l'alliance mystérieuse entre l'éphémère et l'éternité est vraiment beaucoup plus qu'une aimable curiosité et, à lui seul, le couple sublime formé par Laurence Olivier et Vivien Leigh le grave dans l'histoire d'un cinéma d'hier mais intemporel.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 19, 2016 6:58 PM MEST


Jugement à Nuremberg
Jugement à Nuremberg
DVD ~ Spencer Tracy
Prix : EUR 13,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Les juges jugés., 1 mai 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Jugement à Nuremberg (DVD)
Ce film passionnant de Stanley Kramer, sorti en 1961, c'est-à-dire presque quinze ans après le procès dont il s'inspire, est une fiction réaliste.
Fiction parce qu'il ne s'agit nullement d'un documentaire, même si quelques images d'archives y sont introduites, mais d'un authentique travail de reconstruction et de mise en perspective du réel.
Réaliste parce que la narration n'invente rien, elle puise sa matière factuelle dans la glaise dense de la seconde guerre mondiale.
L'action se passe à Nuremberg en 1947 : après le procès des criminels nazis, il y eut celui des juges du IIIème Reich et c'est ce procès qui est reconstitué et mis en scène, admirablement, soit dit d'emblée.
Les questions que le film pose, sans aucun propos didactique ni partisan de son réalisateur, sont absolument modernes, au-delà du temps historique.
La question essentielle : des juges investis de la fonction étatique d'appliquer leur loi nationale peuvent-ils être jugés pour avoir appliqué des lois scélérates ?
"Lois scélérates" : hors contexte mais pour son éloquence sémantique, j'emprunte cette terminologie à l'histoire de notre IIIème République qui, dans les années 1890, fit voter des lois répressives et arbitraires en réaction à des attentats anarchistes, lois que, notamment, Léon Blum a pourfendues.
À noter que cette question a un pendant dans la notion (présente dans notre droit pénal) de désobéissance légitime, celle d'un fonctionnaire qui s'oppose à ses supérieurs hiérarchiques en refusant d'exécuter un ordre dit "manifestement illégal", échappant alors à des sanctions disciplinaires.
La question essentielle est ainsi celle de la responsabilité pénale encourue par des juges qui n'ont rien fait d'autre que d'exercer leurs fonctions, fût-ce en appliquant des lois scélérates.
Pourquoi sont-ils jugés dès lors qu'ils officiaient dans l'exercice d'une fonction inscrite dans un lien de subordination incompatible avec la reconnaissance de leur libre arbitre, à supposer même que leur libre arbitre leur eût dicté une intime réprobation ?
À ces dépositaires d'un statut dépersonnalisé, ce sont en effet les exigences de la conscience morale individuelle qui sont opposées a posteriori comme critère de leur aptitude à répondre de leurs actes juridictionnels : il suffit de l'énoncer pour identifier l'ambiguïté d'un tel postulat.
Une ambiguïté que Stanley Kramer, à l'opposé de tout manichéisme, décline brillamment sur tous ses registres.
Par dérivation et dilution : l'avocat allemand Hans Rolfe (Maximilian Schell) déplace et délave la notion de culpabilité en disant que le procès de ces quatre juges, c'est le procès de l'Allemagne, que le procès de l'Allemagne, c'est le procès de la communauté internationale, celui de la lâcheté, de l'aveuglement volontaire et des compromissions politiques sans lesquels le monstre Hitler serait resté larve, et il renvoie les américains à leurs propres crimes contre l'humanité, Nagasaki et Hiroshima.
Par manipulation et rétorsion : le colonel Ted Lawson (Richard Widmark), procureur américain, fait projeter dans la salle d'audience les images insoutenables mais hors sujet ici de la libération des camps de Dachau et Bergen-Belsen.
Par temporisation : le juge américain Dan Haywood (Spencer Tracy), quels que soient sa conviction ou ses doutes, s'applique à démontrer ses égards aux droits de la défense dans son contrôle de la "cross examination" qui expose tous les protagonistes du procès aux questions croisées de la défense et de l'accusation : dans une attitude visiblement composée, il admet presque toutes les objections de l'avocat allemand ("sustained") et rejette presque toutes celles du procureur américain ("overruled").
Par provocation, intimidation, voire humiliation : l'avocat allemand ne concède rien dans sa défense "non guilty", il va jusqu'à user de cruauté et de perversion aux fétides relents nazis dans son interrogatoire des témoins incarnant les victimes des lois scélérates, ce sont deux moments suffocants du film.
Quand il soumet Rudolph Petersen (Montgomery Clift) à un test minable pour démontrer la réalité de la déficience mentale qui entraîna sa condamnation à être stérilisé - faire une phrase avec les mots "lapin", "chasseur" et "champ" - et s'acharne sur son hérédité familiale : cet ouvrier communiste est l'un des dix enfants mis au monde par une mère prétendument arriérée qui aurait infesté la race pure avec sa progéniture.
Quand il lamine Irène Hoffmann (Judy Garland) pour tenter de la faire craquer et de lui extorquer l'aveu d'une relation sexuelle prohibée avec le vieil ami juif qu'elle aimait comme un père (épisode inspiré de l'histoire vraie d'un juif âgé condamné à mort en 1942 au motif qu'il aurait eu une liaison avec une jeune aryenne).
Par transformation sinon métamorphose : l'un des quatre juges accusés, Ernst Janning (Burt Lancaster), le plus titré et le plus référent des quatre, exerce d'abord une défense de rupture en récusant la légitimité du tribunal auquel il dénie le droit de le juger et en choisissant de se taire puis, au fur et à mesure de l'avancement des débats, affleure jusqu'à l'explosion la culpabilité dont il est en réalité pétri, il sort brusquement de son silence, interrompt l'avocat de la défense et prend la parole dans un discours diamétralement opposé.
Ce travail constant sur l'ambiguïté n'est pas seulement en soi suprêmement intelligent, il a pour vertu de permettre au spectateur de ne rien éluder des questions posées mais d'élaborer sa propre compréhension, sans préjugé ni idée reçue, d'un procès hors normes illustrant, dans un contexte hors normes, une vérité banale : rien de plus complexe, sensible, crucial mais de plus imparfait et aléatoire que la justice.
Et tout est à louer dans ce film : l'écriture du scénario (à laquelle Montgomery Clift a participé, ce dont il est crédité) et des textes (les discours de l'avocat allemand, de l'accusé Ernst Janning puis du juge américain sont étincelants), le brio de la mise en scène, entre plans serrés dans la salle d'audience et séquences extérieures qui cassent le huis-clos et nous donnent un point de vue sur les conditions de vie de la population allemande après le chaos - ville en ruines, dénuement, désarroi, quête d'un regard bienveillant -.
Tout ce qui concourt à l'aboutissement d'un film sans le moindre temps mort en dépit de sa durée (trois heures), d'une intensité et d'une puissance rares.
L'interprétation est magistrale, le rôle ambigu donné à Marlène Dietrich, veuve d'un général pendu, venant compléter une distribution de haut vol.
Une mention particulière pour ceux qui incarnent les victimes des lois scélérates puisqu'elles sont la chair, le cœur et l'âme du procès.
Judy Garland, fragile, craintive mais résolue et vaillante dans sa résistance à la violence de l'avocat allemand qui traîne dans la boue sa belle histoire d'affection avec un vieil homme juif est bouleversante de sincérité et de sobriété.
Montgomery Clift est sidérant, je ne trouve pas d'autre mot ; tout ce qui caractérise le jeu de cet acteur ayant toujours, précisément, fait oublier le mot "jeu" tant il était surdoué pour donner à son travail venu de loin la parure de l'évidence est ici concentré, magnifié, sublimé, et je ne déflorerai pas la manière brève mais anthologique dont il répond à la perversion de l'avocat allemand, un fracas lumineux.
Au total, et avec tout ce qu'il y a encore à en dire, ce film passionnant sur les "juges jugés" est une réussite absolue.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (6) | Permalien | Remarque la plus récente : May 11, 2016 9:09 PM MEST


Une Place au soleil [Import belge]
Une Place au soleil [Import belge]
DVD ~ Montgomery Clift
Proposé par __The_Best_on_DVD__
Prix : EUR 7,29

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 George s'appelle Eastman mais il n'est pas un Eastman., 16 avril 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Une Place au soleil [Import belge] (DVD)
Le 30 mars 1908, Chester Gillette fut exécuté, condamné pour l'assassinat de Grace Brown, son journal tenu en prison laissait entendre une conversion religieuse qui l'aurait amené à affronter la mort avec une résignation sereine.
Grace Brown avait rencontré Chester Gillette dans une usine de jupes possédée par son oncle. Chester Gillette était le fils de missionnaires de l'armée du salut, une famille dont il s'était éloigné, l'histoire le dépeint comme un arriviste indolent et désinvolte. Après une brève idylle, Grace Brown, enceinte, le supplia de l'épouser, en vain.
En juillet 1906, le couple faisait une excursion dans les montagnes d'Adirondack, Grace Brown espérant toujours une demande en mariage. Chester Gillette la convia à une promenade en bateau sur le lac Big Moose, les procureurs diront qu'il l'a frappée à la tête avec une raquette de tennis, provoquant sa chute et sa noyade dans le lac. Il n'y eut aucun témoin oculaire, Chester Gillette a été condamné sur la base de preuves indirectes et nonobstant ses dénégations selon lesquelles Grace Brown s'était noyée accidentellement, qu'il avait paniqué et s'était enfui.
C'est cette affaire criminelle, retentissante à l'époque, qui inspira le roman de Théodore Dreiser intitulé "Une tragédie américaine" dont George Stevens a tiré son film sorti en 1951 et couvert de récompenses en 1952 : "Une place au soleil".
Le soleil, c'est le rêve américain, un soleil noir quand le rêve vire au cauchemar.
George Eastman (Montgomery Clift) fait du stop sur une route poussiéreuse, on le voit de dos dans le premier plan.
Au bord de la route, sur un vaste panneau publicitaire, une femme arbore une tenue vestimentaire conquérante, avec ce slogan : "c'est une Eastman".
George Eastman se tourne vers ce panneau et le regarde en souriant, il est le neveu pauvre de Charles Eastman, industriel prospère : "il est un Eastman".
Offerts au spectateur, le visage et le regard de Montgomery Clift crèvent l'écran.
L'oncle Charles donne un emploi subalterne à George, en bas de l'échelle, dans une chaîne de manutention peuplée d'ouvrières que sa beauté ténébreuse fait chanceler, il est prévenu toutefois que le règlement intérieur de la firme lui interdit d'avoir une liaison avec une employée.
C'est là qu'il rencontre Alice Tripp (Shelley Winters), elle ne veut ni ne peut s'évader de sa chaîne mais elle ne quitte pas George des yeux et quand il lui sourit, il est déjà trop tard.
George n'a pas encore rencontré Angela Vickers (Elisabeth Taylor) parce qu'il l'a vue sans qu'elle le voie.
C'était la première visite de George chez son oncle, timide et gauche, osant à peine s'asseoir et refusant le cocktail qu'on lui offrait ; Angela Vickers, belle comme le jour et fille d'une famille huppée, fait irruption dans la maison Eastman, George, assis le dos à la porte d'entrée, se tourne vers cette apparition et il la contemple, elle l'ignore, tout est dit dans cette contemplation muette mais éloquente, scène picturale d'une beauté sublime, et il est déjà trop tard.
Le visage et le regard de Montgomery Clift crèvent l'écran.
George est promu par son oncle car il a fait ses preuves à la chaîne, il mérite mieux, et il est invité dans la maison Eastman à un grand raout mondain, un 15 avril, c'est le jour de son anniversaire.
Sa rencontre avec Angela a lieu dans la salle de billard où George s'est replié, il ne se sent pas à sa place dans ce salon doré et bruissant de frivolité décomplexée, George tourne le dos à Angela quand elle y fait irruption, curieuse de savoir qui est cet invité inconnu, puis il lui tourne le dos quand son oncle lui suggère avec une bienveillance paternaliste de téléphoner à sa mère pour lui donner des nouvelles.
Quand George regarde Angela et lui sourit, elle est subjuguée, elle masque son trouble sous un trait ironique, elle appelle George "blue boy" et l'entraîne vivement dans le salon qu'il avait fui.
George et Angela dansent, la beauté et la grâce du couple formé par Monty et Liz sont d'une perfection insurpassable, on assiste, bouleversé par tant de beauté et de grâce, à la naissance d'une passion intense, sensuelle et innocente à la fois, sur laquelle rôdent déjà les ombres et les grimaces de l'impasse tragique, une passion qui n'est pas à sa place.
Il est plus de minuit quand George retrouve Alice chez sa logeuse dans sa petite chambre d'ouvrière, avec un repas refroidi, un cadeau d'anniversaire caché sous la serviette de table et la révélation fatale : "we are in trouble", Alice est enceinte.
La radio parle des intempéries, des risques de noyades qu'elles engendrent, l'idée de la mort d'Alice traverse l'esprit de George, il la refoule avec effroi, il sait depuis leur première conversation qu'elle ne sait pas nager.
George est à nouveau promu par son oncle qui lui offre une place à la direction, après la chaîne et le service comptabilité.
Alice plaide alors pour le salut de l'ombre : "tu finiras par être content de ce que tu as"...
Mais George est aspiré par le soleil de la beauté et de l'amour d'Angela, par le mirage de l'ascension sociale dans un monde où seul son patronyme de parent pauvre lui alloue une place en forme de strapontin, il rêve du fauteuil mais pas sans Angela à ses côtés.
Les parents d'Angela considèrent l'amour de leur fille pour George avec circonspection, le père d'Angela s'isole avec lui pour l'interroger sur ses "backgrounds".
George raconte : l'omniprésence de la religion dans cette mission où sa mère rigoriste règne, visage emblématique de l'amour austère et réglementé par les devoirs de la foi, la pauvreté chronique et amoindrissante, ses petits emplois à trois sous pour vivoter.
Le père d'Angela est conquis : "la franchise est une vertu cardinale".
La tragédie s'est accomplie cependant.
Alice a sommé George de l'épouser, l'enfant qu'elle porte doit naître, la prohibition de l'avortement est telle que le mot ne peut pas être prononcé, même allusivement, dans le cabinet du médecin qu'elle est allée consulter en lui mentant sur sa situation.
Alice menace George de venir faire un esclandre dans la maison de vacances des Vickers où Angela l'a invité, il la retrouve là où elle l'a convoqué : une salle d'attente de bus glauque et sinistre, image inversée de la vedette pétaradante des enfants gâtés sur laquelle Angela a embarqué George dans un tourbillon d'insouciance.
George emmène Alice faire une promenade sur le lac, elle a emporté leur pique-nique, elle est soulagée sinon heureuse, George lui est revenu.
C'est sur la barque que la vérité éclate, George ne l'aime pas, elle se lève et gesticule, elle tombe.
L'enquête policière commence.
La pluie, la nuit, les lumières artificielles blafardes, les échanges radio, les policiers disent que le suspect a "une faible carrure", tandis que le procureur Marlowe (Raymond Burr) a une carrure de colosse.
George est arrêté et l'oncle Eastman dit : "s'il est innocent, je paierai 100.000 dollars pour sa défense, mais s'il est coupable, je ne donnerai pas un centime pour lui épargner la chaise électrique".
George explique que la mort d'Alice est accidentelle mais le verdict est sans mystère.
Comme dans l'affaire Gillette, l'accusé est peut-être juridiquement innocent mais il est moralement coupable : "le meurtre était en toi, George", lui dira le pasteur venu le visiter dans sa cellule, en compagnie de la mère missionnaire.
L'une des forces de ce film somptueusement mis en scène, mis en images et photographié, c'est l'absence de manichéisme présidant au récit et à la caractérisation des personnages, mus par leurs désirs et leurs aspirations mais oscillant dans un mouvement duel entre l'euphorie et le désespoir.
L'un des talents du réalisateur est de traduire cette dualité dans l'utilisation des décors.
La modeste chambre d'Alice, toujours filmée de nuit, est d'abord le nid d'une amourette interdite mais signe d'une première conquête sur le chemin de l'émancipation pour George, puis représente la prison sociale dont il veut briser les barreaux.
Le "lac aux huards" autour duquel la famille Vickers passe ses vacances est un lieu de divertissement oisif et joyeux, un lieu bucolique où George et Angela s'aiment, avant de devenir celui de l'accomplissement de la tragédie.
Les huards dont les cris écorchent le silence dans un ciel d'une pureté lapidaire y tiennent le rôle d'oiseaux de mauvais augure.
L'une des forces de ce film, enfin, c'est le jeu de Montgomery Clift qui substitue l'inéluctable du destin et du déterminisme au doute sur sa culpabilité, qui fait de George un antihéros, jouet du fatum.
Son incarnation saisissante de la première à la dernière image, de son premier regard sur ce panneau publicitaire "c'est une Eastman" jusqu'au dernier, dans le couloir de la mort, porté sur un autre condamné qui attend son tour, crâne rasé et visage transfiguré, son incarnation est géniale d'intelligence, de subtilité, de sensibilité et d'intériorité.
D'après une histoire vraie, ce film cruel, poétique et poignant est porté par un concours de talents et par l'interprétation supérieure de Montgomery Clift.
Sous ses traits et dans son regard, George s'appelle Eastman mais il n'est pas un Eastman.
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La Troupe de l'Opéra de Paris
La Troupe de l'Opéra de Paris
Prix : EUR 13,00

3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 L'art d'une étoile au feu pâle., 14 février 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : La Troupe de l'Opéra de Paris (CD)
Dans la collection "La troupe de l'Opéra de Paris", non négligeable pour les témoignages artistiques qu'elle préserve, voici une compilation consacrée à Andréa Guiot.
Cette soprano française méridionale née en 1928 aux confins des Cévennes et de la Camargue et coulant une retraite paisible dans son mas natal, fut une très grande cantatrice française.
Sans doute quelque peu oubliée, oubli relatif bien sûr car les connaisseurs en art lyrique n'ignorent pas ce qui la place sur la marche haute de l'escalier des grandes voix, mais sa modestie et sa discrétion ne lui donnaient pas le profil d'une diva.
Singulièrement, avec sa personnalité studieuse et sérieuse, elle a un petit quelque chose de Micaëla dont elle fut une admirable interprète voire parmi les toutes meilleures dans ce rôle pour lequel Georges Bizet a composé des pages sublimes mais qui est difficile à restituer dans son authenticité, sans le faire chavirer dans la niaiserie, il est si tentant de voir en Micaëla la godiche qu'elle n'est pas.
Aux côtés de la controversée mais fascinante Carmen composée par Maria Callas (EMI, 1964, direction Georges Prêtre), André Guiot est une Micaëla idéale et dans ce disque, son grand air "Je dis que rien ne m'épouvante" en est la parfaite démonstration.
Avec sa voix de soprano lyrique pure et ample sur toute l'étendue de sa tessiture, au timbre clair et chaud à la fois, un soin du texte et des mots, un beau phrasé, le sens des nuances et une grande sensibilité musicale, Andréa Guiot a conquis tous les rôles où elle pouvait exprimer ses talents, y compris, c'est sans doute moins connu, une incursion chez Wagner (Parsifal, où elle a été l'une des "filles-fleur", et La Walkyrie, où elle a été Helmwige).
Sur les sentiers plus battus du répertoire, Andréa Guiot a chanté Antonia (Les contes d'Hoffman), Elvire (Don Giovanni), Marguerite (Faust), Mireille (Mireille), Fiordiligi (Cosi fan tutte), Louise (Louise), Suor Angelica (Suor Angelica), Élisabeth de Valois (Don Carlo), Liu (Turandot), Desdémone (Otello), liste non exhaustive.
À propos de sa Desdémone, je dis avec frustration et regret que l'Air du saule et l'Ave Maria qui en sont proposés dans ce disque (captation en direct à Strasbourg) sont quasiment inaudibles tant la prise de son est exécrable, je n'ai pas pu écouter cette treizième et dernière plage du disque jusqu'au bout bien que je ne sois pas une audiophile exacerbée.
Pour le reste, outre des extraits de quelques unes des œuvres précitées, on a la Salomé de Jules Massenet (Hérodiade), la Mathilde de Gioachino Rossini (Guillaume Tell) et la Brunehilde de Ernest Reyer (Sigurd), cette dernière œuvre étant une totale découverte pour moi, les deux airs chantés par Andréa Guiot sont absolument superbes.
Un programme qui donne un bien bel aperçu de l'art d'une étoile au feu pâle.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (6) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 23, 2016 6:09 PM CET


Les prisonniers du passé
Les prisonniers du passé
DVD ~ Ronald Colman
Proposé par plusdecinema
Prix : EUR 6,68

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Connaissance de l'oubli., 12 janvier 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Les prisonniers du passé (DVD)
Mélodrame, conte de fées, "romance hollywoodienne dans toute sa splendeur" (cf. ce qui est écrit au dos du boîtier), ce n'est pas ce que je retiens de ce superbe film après l'avoir découvert grâce à l'astucieux robot local qui suit mes goûts à la trace ! ce dont je ne me plains pas au cas particulier...
Superbe film signé Mervin LeRoy en 1942, dans une très belle imagerie en noir et blanc.
Oui, bien sûr, il y a quelque chose du mélodrame, quelque chose du conte de fées et quelque chose de la romance dans cette histoire mais surtout, à mon avis, quelque chose de beaucoup plus subtil et de très bien vu car les qualités du scénario, du récit et de la mise en scène excèdent notablement toute étiquette catégorique.
Ce que nous dit cette histoire, c'est que l'inconscient n'oublie rien, encore que la mémoire puisse s'effacer, dans les (au moins) deux acceptions de ce mot, sous l'empire d'un choc traumatique, ici une blessure crânienne, là un fracas psychique.
Fait banal, un soldat anglais terré dans les tranchées d'Arras en prend plein la tête sous le feu ennemi et devient amnésique, on fait sa connaissance dans un asile qui héberge et soigne tant bien que mal, sous la protection bienveillante de son médecin chef, des rescapés du chaos rapatriés dans leur pays natal, nous sommes en 1917.
Il a oublié qui il était avant et, de fait, qui il est.
L'explosion de liesse populaire qui accompagne la proclamation de l'armistice ne le bouleverse pas mais l'angoisse, il ne sait pas ce que l'on fête et il s'enfuit.
Dans une épicerie factotum de la bourgade où il baguenaude, il croise une jeune femme belle et vive, artiste de cabaret, qui saisit son désarroi, vole vers lui et le prend sous son aile : il entame avec elle une nouvelle tranche de vie, libre et ardente, neuve et plus exactement vierge car aucun pont avec son passé ne lui permet de l'inscrire dans une continuité de son histoire.
Mais la vie est aussi faite de contingences et c'est une contingence - une providentielle perspective d'emploi - qui va lui faire quitter, brièvement croit-il, le cottage où il est devenu époux comblé de Paula et père attendri d'un nourrisson, et le projeter dans ce passé que seul son inconscient n'a pas oublié.
La vie étant également faite d'accidents, c'est un accident qui va lui restituer la mémoire, l'identité et l'héritage de ce passé mais, ce faisant, effacer symétriquement la "parenthèse enchantée" de son retour dans le monde des vivants incarné par Paula parce qu'il n'y était pas "lui", il s'y appelait John Smith, nom attribué à un anonyme par les médecins ou "Smithy", petit nom affectueux donné à un inconnu par la généreuse Paula : des noms valises de voyageur sans bagages.
Découvrant qu'il se nomme Charles Raines, il oublie qu'il a été pour quelque temps John Smith et "Smithy", il oublie ce qu'ont vécu John Smith et "Smithy".
Il entame alors une nouvelle tranche de vie, cossue et conformiste, datée et codifiée car tous les ponts avec son passé lui permettent de l'inscrire dans une continuité de son histoire, Charles Raines il est né, Charles Raines il disparut, Charles Raines il est.
Sauf que lui manque ce qu'il a oublié.
La "parenthèse enchantée".
Sa mémoire l'a oubliée mais pas son inconscient, alors il la cherche.
Et l'inconscient est plus fort que la mémoire.
Soit dit incidemment mais non sans irritation, le titre français est lourdement stupide en regard du sujet et de l'histoire, c'est hélas fréquent, rien à voir avec le titre original désignant suggestivement et poétiquement un lieu où l'inconscient court après la mémoire mais... passons.
Porté par deux acteurs magnifiques de charisme, de justesse et d'élégance - Ronald Colman et Greer Garson -, ce superbe film, très émouvant mais bien plus que cela, et bien au-dessus du mélodrame, du conte de fées ou de la romance, nous parle de ce que nous possédons tous au fond mais parfois... sans le savoir : la connaissance de l'oubli.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (7) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 10, 2016 7:18 PM CET


Verdi:Macbeth
Verdi:Macbeth
Prix : EUR 11,07

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 La Lady Macbeth de Maria Callas, idéale, anthologique et insurpassée., 10 janvier 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Verdi:Macbeth (CD)
Voici ce qu'a écrit Christophe Capacci à propos de cette Lady Macbeth de Maria Callas saisie à la Scala en 1952 sous la direction de Victor de Sabata.
"Bien sûr, les drogués du DDD ne regarderont même pas le coffret, le souffle de la bande et les bruits parasites constituant pour l'oreille non avertie un obstacle majeur mais les amateurs savent, eux, que d'autres enregistrements "live" de la divine sont inaudibles...
En tout cas, qui voudra rencontrer Lady Macbeth devra entendre cette représentation scaligère : car si Verdi était désespéré par l'angélisme d'une Tadolini, il faut reconnaître à Maria Callas une rage démoniaque qui, d'emblée, en fait le personnage rêvé par le compositeur.
L'incarnation vocale est tout bonnement indescriptible : comment expliquer cette tenue instrumentale, faite de légèreté, de virtuosité et, en même temps, cette malignité terrible du timbre, de l'émission, du phrasé enfin ?
Le miracle de la rencontre avec Victor de Sabata opère dès la première scène dans un andantino incantatoire, dans un maestoso au crescendo sauvage, Maria Callas convoquant les "ministri infernali" dans un mystérieux silence de la voix, puis laissant enfler la transe jusqu'à la strette, impeccable, d'un aplomb renversant.
Ensuite, les dialogues avec Macbeth lui donnent l'intuition du sotto voce, du quasi parlato qui glace son Cawdor et fait frémir le public d'une joie cathartique.
Le brindisi expose, à nu, la raucité d'attaques gutturales, l'étendue stupéfiante des registres, le grave abyssal, l'aigu inépuisable et une agilité avant tout, dans l'immascheramento* autant que dans le son di petto, que l'on ne reconnaissait pas à ce genre d'instrument plutôt lourd, et d'habitude plutôt lent.
Évoquons encore ce génie de la voyelle, ce "u" italien que Maria Callas laisse résonner dans "Una macchia è qui tuttora" avec le même désespoir lancinant que dans le "Alfin son tUa" de Lucia.
Autour d'elle, le désert, malgré le métier d'un Italo Tajo abonné au rôle de Banquo.
Mais dans la fosse, c'est un meneur de sabbat qui fouette cette course éperdue vers le pouvoir et nous dévoile à chaque moment les ravages de la folie".
Dans cette description lapidaire mais achevée de la surnaturelle Lady Macbeth de Maria Callas, tout est dit, et si bien dit que je choisis de m'en tenir à une citation dont il n'y a pas à changer un mot.
J'ajouterai seulement que la direction de Victor de Sabata est fabuleuse dès le prélude et le premier chœur de sorcières, ricanant et trivial à souhait, et qu'elle témoigne de bout en bout d'une compréhension supérieure de l'œuvre : pas un seul contresens, pas un seul faux sens à déplorer dans la lecture ni sous la baguette de ce grand chef italien ici en osmose avec son incandescente interprète.
Nous ne savons pas si la Lady Macbeth rêvée par Giuseppe Verdi exista avant Maria Callas, d'autant moins que quand elle s'empara du rôle, l'œuvre n'était quasiment plus jouée, mais nous savons que Maria Callas n'a pas (encore) d'héritière dans ce rôle "imprenable" sauf par les armes du génie, dont elle était entièrement pourvue, ce qui est autre chose que le talent, serait-il immense.
Les défauts sonores de cet enregistrement sont très tolérables en regard du choc que procure une telle rencontre avec LA Lady Macbeth de Maria Callas, idéale, anthologique et insurpassée.
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* dans mon dictionnaire italo-français qui n'a rien d'encyclopédique (euphémisme !), j'ai cherché en vain la traduction de ce mot mais son antonyme est explicite : "mascheramento" signifie "le phénomène du masque", de sorte que "immascheramento" signifierait (logiquement en tout cas) "le phénomène de l'absence de masque", ici rapporté au contexte de l'instrument vocal et de l'art du chant (toute explication contraire ou plus ample est bienvenue...).
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : May 7, 2016 2:32 PM MEST


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