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Contenu rédigé par Carmen
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Commentaires écrits par
Carmen (Paris, France)
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La Valse dans l'ombre [Édition Collector]
La Valse dans l'ombre [Édition Collector]
DVD ~ Vivien Leigh
Proposé par DVD_EN_STOCK
Prix : EUR 17,99

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Couple de rêve dans un cinéma rêvé., 13 avril 2015
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Valse dans l'ombre [Édition Collector] (DVD)
Ainsi que l'ont très bien dit d'autres commentateurs, ce coffret présente le grand intérêt de nous donner deux versions cinématographiques de la même histoire, avec le même titre original "Waterloo Bridge", la première version réalisée en 1931 par James Whale et la seconde réalisée en 1940 par Mervyn LeRoy.
C'est de celle-ci que j'ai envie de parler.
Pendant la première guerre mondiale, à Londres, une alerte aérienne précipite la foule qui arpente le pont de Waterloo vers un abri situé à son extrémité.
Une histoire d'amour vouée à la perte y naît entre Myra Lester et Roy Cronin.
Myra Lester (Vivien Leigh), née à Birmingham, de condition modeste et orpheline, est ballerine dans une troupe de danse classique menée à la cravache par Madame Olga Kirova (Maria Ouspenskaya).
Roy Cronin (Robert Taylor), capitaine, appartient à une famille écossaise couverte d'honorabilité et de fortune, la bonté de sa mère, Lady Margaret Cronin (Lucile Watson), et de son oncle colonel (C. Aubrey Smith), est guindée par un conformisme social qui ne les prédispose pas à accueillir volontiers le mariage de leur fils et neveu avec une "étrangère" mais la bonté l'emportera sur le conformisme contraint de baisser les armes devant la résolution de Roy et la grâce de Myra, ce n'est donc pas le refus d'une mésalliance qui voue l'histoire à la perte.
Myra a l'intuition de la perte parce qu'elle ne parvient pas à croire au rêve que Roy, avec un enthousiasme et un optimisme inaltérables, lui dépeint comme une réalité accessible, intuition qui baisse pourtant les armes devant son désir, plus fort que tout, que le destin donne raison à Roy.
Mais le destin a d'autres armes pour provoquer la perte.
Une horloge et un journal.
L'horloge qui les empêche de se marier avant que Roy ne parte pour le front parce qu'il est interdit de célébrer un mariage après quinze heures et que, le lendemain, à onze heures, il sera parti.
Le journal qui apprend à Myra que Roy est tombé au champ d'honneur.
Cependant que pour vivre son histoire d'amour avec Roy, Myra a perdu son emploi de danseuse et vit avec son amie Kitty (Virginia Field) qui l'a suivie, après avoir dit son fait à "Madame".
Kitty s'est démenée en vain pour trouver des engagements de danseuse pour Myra et elle dans d'obscurs cabarets, alors elle se résout au seul emploi que l'on ne trouve pas en épluchant les petites annonces, la prostitution, et Myra, désespérée par la mort de Roy, l'y suit.
Mais Roy n'est pas mort et Myra le retrouve soudain dans la salle des pas perdus de la gare Waterloo où elle appâte le client.
Dans la stupéfaction et la joie des retrouvailles, Myra se laisse emporter par un fol espoir, il faut dire que Roy ne lui laisse pas le choix.
La voici emmenée dans la somptueuse demeure écossaise de la famille Cronin et reçue comme une future épouse, sous le regard aigre des rombières locales dont les visées matrimoniales pour leur progéniture s'évanouissent dans le tourbillon de la valse dansée par les héros.
Mais Myra est tourmentée par la culpabilité de la déchéance dont elle fut la proie et elle va avouer à Lady Margaret Cronin comment elle a subsisté après avoir appris la mort de Roy.
Lady Margaret Cronin est sous le choc d'une telle révélation mais elle est prête à "pardonner", elle perçoit ce qu'il y eut de fatal dans cette perdition, ce n'est donc pas sa répulsion morale qui provoquera la perte.
Seulement, Myra ne peut pas affronter le regard de Roy sur la prostituée qu'elle fut et qu'elle ne peut pas lui dévoiler.
Alors, à l'aube, elle s'enfuit, en laissant à Roy une lettre qui ne dit rien, sauf que leur amour est impossible.
C'est sa fuite qui provoquera la perte.
En réalité, tout eût été possible, contre toute attente, si Myra n'avait pas été rongée par la honte de sa chute et la peur du rejet.
La puissance et la beauté du récit de cette histoire d'amour vouée à la perte entre Myra Lester et Roy Cronin sont à couper le souffle.
Mise en scène à l'épure et imagerie en noir et blanc splendide qui sertissent le mélodrame dans un climat onirique dont on ne se défait pas, de la première à la dernière scène.
Le couple formé par Vivien Leigh et Robert Taylor est sublime.
Ils sont radieusement beaux.
Lui, on le sait et il le savait, était plus avantagé par son charisme physique hors du commun que par ses dons d'acteur proprement dits, mais il est totalement engagé et crédible dans le rôle de Roy, avec ce qu'il faut de la naïveté de son personnage qu'un acteur plus complexe n'aurait sans doute pas aussi bien restituée.
Elle, belle comme le jour et surdouée, y compris à raison de ses fêlures psychiques, crève l'écran.
Dans la scène de sa fuite suicidaire sur le pont de Waterloo, magnifiquement filmée, Vivien Leigh est tétanisante de véracité.
Ce film est un chef d'œuvre et la photographie qui illustre ce coffret en dit tout : elle est celle d'un couple de rêve dans un cinéma rêvé.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (7) | Permalien | Remarque la plus récente : Apr 17, 2015 2:42 AM MEST


Max et les ferrailleurs
Max et les ferrailleurs
DVD ~ Michel Piccoli
Proposé par PLANETECINE
Prix : EUR 19,99

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Le seul manipulateur qui triomphe, c'est le destin., 22 mars 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Max et les ferrailleurs (DVD)
Max fut juge d'instruction.
Contraint un jour par l'effet strict des règles du Code de procédure pénale de remettre en liberté un malfrat sous le maléfice d'un défaut de preuve, il ne s'en est pas remis.
Max est devenu policier.
Un rôle plus adapté à sa conception mécanique et maniaque de la justice.
Max est un homme solitaire : pas d'épouse ou de compagne, pas d'enfant, pas de foyer.
Max est un policier atypique : il n'a pas besoin de son salaire pour vivre car ce sont les dividendes d'une fortune familiale qui lui procurent des ressources sans proportion avec ce salaire.
Max est un homme au profil psychologique pervers : inhibé, froid, calculateur, sans affects perceptibles.
Max est un policier aliéné : il est obnubilé par le compte qu'il a à régler avec une erreur judiciaire inversée.
Max est prêt à tout pour convoquer la Justice au parloir de son obsession, jusqu'à la transgression.
Son obsession se cristallise sur le flagrant délit, le seul mode opératoire qui puisse aboutir à l'arrestation exemplaire d'individus dangereux pour la société.
Lesquels ?
Encore faut-il les identifier.
À défaut de les identifier, Max va les fabriquer.
Le hasard lui désigne Abel, un ancien camarade de régiment qu'il retrouve fortuitement et qu'il va ferrer sciemment.
Autour d'un double pastis, les confidences d'Abel, ferrailleur à la petite semaine qui fourgue de la camelote volée ou tombée du camion avec une bande de "bras cassés", déclenchent le processus.
Max est méthodique.
Il se renseigne puis examine à la loupe le petit monde de ces ferrailleurs dont le siège social est logé à Nanterre dans un rade tenu par une ancienne mère maquerelle.
Dans cette "photographie de groupe", l'attention de Max se focalise sur une jeune femme allemande, très séduisante, Lily, compagne d'Abel d'un côté, prostituée indépendante de l'autre.
L'entreprise de manipulation est en marche.
Max devient le client de Lily.
Un client qui la paie sans compter mais la prie de ne pas se déshabiller.
Un client qui la paie sans compter pour qu'elle lui tienne compagnie et joue aux cartes avec lui car il n'aime pas être seul, dit-il, et qui la reçoit dans l'appartement qu'il a loué pour les besoins du plan dont Lily sera le fer de lance.
Max lui dit qu'il se prénomme Félix et qu'il est banquier, directeur d'une petite agence à La Villette, récoltant une ou deux fois par mois les recettes des chevillards.
Max manipule Lily.
Manipulée par Max, Lily manipule Abel.
Manipulé par Lily, Abel manipule les ferrailleurs.
L'entreprise de manipulation achevée, le flagrant délit est fin prêt.
Les ferrailleurs braquent l'agence de Max.
Les policiers les attendent à la sortie.
Leur intervention en flagrant délit est bouclée en deux temps et trois mouvements.
Mais Max est devenu la proie de l'imprévu : le choc amoureux.
Max veut protéger Lily.
Quand il réalise que Lily va être inquiétée pour complicité d'un vol en réunion et à main armée avec mort d'homme, Max est envahi par la puissance des sentiments qu'il avait refoulés sous l'empire de son obsession, il ne peut pas supporter que Lily soit inquiétée.
Alors l'ancien juge d'instruction devenu policier se métamorphose en criminel.
Ce n'est pas en tuant le commissaire qui veut faire inculper Lily que Max la protégera, son acte fou n'est rien d'autre que l'allégorie de son propre suicide parce que l'accomplissement de son obsession aura signé sa chute.
L'écriture cinématographique et la mise en scène de Claude Sautet sont comme toujours magistrales, sa plume est un scalpel et son regard sur l'histoire et ses personnages un rayon laser.
L'incarnation de Max par Michel Piccoli est impressionnante de bout en bout.
Parfaitement accordé avec Romy Schneider, dans un rôle qui lui donne à faire briller son art de la composition et à puiser dans sa vie intérieure la part tragique de Lily, entre la prostituée effrontée, habillée et peinte en femme objet au début, et la femme effondrée, en vêtements passe-partout et au visage nu à la fin.
La fin : ce n'est sans doute pas par hasard que Claude Sautet fige la dernière image de son film dans un regard (cf. César et Rosalie, Un cœur en hiver, Nelly et Mr. Arnaud).
Ici, le regard de Max sur Lily, entre deux vitres où perle une pluie fine, la vitre du véhicule de police qui l'embarque et la vitre du commissariat où Lily attend son sort, est d'une éloquence symbolique à couper le souffle.
Dans ce regard final, Claude Sautet nous montre avec un détail vestimentaire (lacet de tissu coloré noué autour du cou) que Max voit Lily comme celle d'avant, celle de leur rencontre vraie sous les masques de la prostituée et du banquier, celle qu'il aurait aimée et qui l'aurait aimé si l'entreprise de manipulation née de l'obsession n'avait pas provoqué la chute.
Un regard introverti et imaginaire qui nous dit que le seul manipulateur qui triomphe, c'est le destin.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (6) | Permalien | Remarque la plus récente : Mar 30, 2015 6:46 AM MEST


César et Rosalie
César et Rosalie
DVD ~ Yves Montand
Proposé par CVRD-Médias
Prix : EUR 7,99

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 "Garder le calme devant la dissonance"., 17 mars 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : César et Rosalie (DVD)
Cette épitaphe inscrite sur la tombe de Claude Sautet (cimetière du Montparnasse) peut évoquer tous les films du capteur mutique de la comédie humaine que fut Claude Sautet mais selon moi, ce film spécialement.
Car le joli masque et les fards irisés d'une comédie au charme grisant ne dissimulent jamais l'inquiétude, la solitude ni la gravité, et moins encore, précisément, parce que l'inquiétude, la solitude et la gravité virevoltent dans un tourbillon d'émotions vives et légères, souriantes mais crispées.
Maintes fois revu depuis sa sortie et suscitant toujours mon admiration pour les dons d'orfèvre de l'implicite que fut Claude Sautet, ce film continue de m'apparaître comme le plus fin, le plus subtil, le plus profond mais surtout le plus sombre de son génial auteur, en inverse proportion de ses apparences qui tendraient à dire le contraire : une fausse comédie ou un "drame gai", ces derniers mots ayant été appliqués au cinéma de Jean Renoir avec lequel celui de Claude Sautet a bien des correspondances, en filigrane.
Rosalie (radieuse Romy Schneider) est une femme ravissante, désirable, désirée, aimée, passionnée mais divisée et incertaine, une femme inconsciente de la "confusion des sentiments" dont elle est la proie facile.
Elle fut mariée avec Antoine (le père de sa fille) dont elle n'est plus amoureuse.
Elle vit avec César dont elle est amoureuse.
Elle retrouve David dont elle fut amoureuse, avant de découvrir qu'elle l'est encore.
Mais c'est bien plus compliqué…
Puisqu'il faut un fait générateur symbolique pour que l'histoire s'écrive, c'est une fête de mariage, celui de… la mère de Rosalie, qui allume la mèche, Rosalie y retrouve David, invité, alors qu'elle est au bras de César, "son homme".
César (Yves Montand dans l'un de ses meilleurs rôles sinon le meilleur, à mon avis) est une caricature "taille royale" de personnage pagnolesque.
Ferrailleur prospère (faire fortune avec des dépouilles métalliques, un "régal de psy" !), il fait valser l'argent, il est exubérant, truculent, ramenard, il porte des chaussures jaunes d'un outrageant mauvais goût mais qui lui ont sûrement coûté assez cher pour qu'il soit fier de les exhiber, il ne supporte pas qu'une automobile le dépasse sur une route de campagne alors que la sienne est bien sûr la plus puissante, et tant pis si son besoin puéril de compétition l'envoie dans le décor, et il ne sait que faire pour séduire Rosalie, entre talents de société (son impayable mime chantonné d'une célèbre pièce de Jean Sébastien Bach…) et pitreries dont il n'est jamais en reste.
Séduire Rosalie ou bien garder Rosalie ?
La peur de perdre fait faire tant de choses erronées et/ou intempestives, et la mélancolie anxieuse qui voile subrepticement le regard de César dit tellement qu'il a peur de la perdre.
Parce qu'il y a toujours des ambiances confinées et enfumées chez Claude Sautet, César organise à la maison des parties de cartes nocturnes envahies par le tabac, cependant que Rosalie emplit d'alcool les verres des joueurs avant d'échouer dans le sommeil.
Mais David (idéal Samy Frey dans ce rôle), retrouvé à l'occasion d'une fête de mariage animée tambour battant par César, est dans les parages.
David est un artiste dessinateur, il est raffiné, discret, élégant : tout le contraire de César, forcément.
Rosalie, confrontée à l'ambivalence de ses sentiments et à sa dualité propre, n'a pas envie de choisir.
Intransigeante d'un côté, ambiguë de l'autre, elle joue dangereusement avec l'amour maladroit mais inconditionnel de César et l'amour courtois mais désinvolte de David, elle veut tout et l'on sait bien où cela mène que de vouloir tout quand "choisir, c'est renoncer".
À défaut de choisir dans l'acception vraie de ce mot car vouloir être aimée par l'un et par l'autre, c'est la négation du choix, elle quitte l'un puis elle quitte l'autre, avant de partir sans l'un ni l'autre.
"On ne badine pas avec l'amour" : l'un et l'autre couleront dans la rivalité masculine creusée par Rosalie le ciment d'une amitié fraternelle, après le combat de fauves qu'elle aura non sans inconséquence ni frivolité provoqué entre eux.
Et puis un jour, Rosalie revient.
Vers qui revient-elle ?
La dernière scène de "César et Rosalie" est pour moi l'une des plus poignantes et des plus douces-amères du cinéma de Claude Sautet, "une fenêtre ouverte sur l'inconscient" (selon les mots de Pascal Jardin), scène dont je ne dirai rien pour qui ne connaîtrait pas ce film, à supposer que cela fût possible.
Dans ce joyau du grand cinéma français, Claude Sautet garde le calme devant la dissonance.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Mar 23, 2015 5:40 AM CET


La Tête en friche
La Tête en friche
DVD ~ Gérard Depardieu
Prix : EUR 9,99

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 La force du vrai., 14 mars 2015
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Tête en friche (DVD)
Il y a bien sûr deux regards possibles sur ce film.
Chacun légitime.
Celui, illustré par des points de vue sévèrement critiques, minoritaires mais très respectables, selon lequel cette histoire d’amour "sans je t’aime" née entre un vieil enfant flingué par les mauvais traitements et le manque d'amour devenu un adulte primaire et obtus en quête éperdue de reconnaissance et d'affection, et une vieille dame exquisément cultivée et raffinée mais au bord du gouffre, serait ridicule, sans compter quelques détails (les personnages secondaires notamment) qui achèveraient le propos, comme on achève un cheval.
Celui, illustré par la majorité des commentaires et qui est le mien, selon lequel cette histoire (inspirée d'un livre que je n'ai pas lu) est une coupe pleine à ras bords de fraîcheur, d'humanité, d'émotion et d'optimisme qu'il est bien doux de déguster et de savourer.
Il est possible que, sans le couple magnifique et radieux formé par Gérard Depardieu et Gisèle Casadesus, ce film eût donné raison à ses détracteurs.
Mais il y a ce couple qui transcende l'histoire racontée.
Une histoire crédible.
Parce que la vie regorge de belles rencontres et que c'est ce qui console de "l'inconvénient d'être né".
Deux êtres qui n'auraient pas dû se rencontrer mais qui se sont rencontrés, ici dans un parc habité par des pigeons, qui se sont parlé, se sont regardés, écoutés et ont cousu un lien.
Deux êtres qui s'aident et se fortifient dans le croisement de leurs différences, multiples différences.
MargueriTTe défriche la tête du vieil enfant mal aimé et illettré, cependant que Germain donne un bain de jouvence au cœur inquiet et solitaire, sous le masque de la gaîté primesautière, de la vieille dame qui ne compte pour personne, sauf pour lui.
Elle lui apprend à lire, lui offre un dictionnaire et lui donne l'estime de soi dont il a toujours été frustré, enfant mal né et persécuté ; il lui offre des marguerites et il fabrique pour elle une canne, comme un orfèvre fabrique un bijou, pour accompagner sa cécité annoncée.
C'est une histoire d'amour "sans je t'aime" écrite par deux êtres qui ne devaient pas se rencontrer mais qui se sont rencontrés.
À côté du couple magnifique et radieux formé par Gérard Depardieu et Gisèle Casadesus, il faut mentionner l'incarnation magistrale de Claire Maurier dans le rôle de la mère de Germain, un "monstre excusable".
Il y a dans ce film, et c'est sans doute ce qui explique la majorité des avis élogieux auxquels je m'associe, la force du vrai.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (11) | Permalien | Remarque la plus récente : Mar 31, 2015 12:31 AM MEST


Du bist die Welt für mich - Canzoni per tenore
Du bist die Welt für mich - Canzoni per tenore
DVD ~ Jonas Kaufmann
Prix : EUR 22,00

4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Jonas Kaufmann, artiste allemand, feuillète l'album musical de son enfance, pages roses et pages noires., 22 février 2015
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Du bist die Welt für mich - Canzoni per tenore (DVD)
Interrogé sur le public auquel est destiné son récital au disque "Du bist die Welt für mich", Jonas Kaufmann répond qu'il s'adresse "à tous ceux qui aiment écouter de la bonne musique et qui n'ont aucun préjugé contre la "musique légère" ou la musique de divertissement. Ces opérettes pourraient être taxées de "musique facile à écouter" mais elles ne sont certainement pas faciles à interpréter. Et les chansons sont de grande qualité, tant sur le plan de la musique que du texte".
Interrogé sur les liens avec son enfance ou son adolescence de ces chansons d'opérette, Jonas Kaufmann répond : "mon grand-père était étudiant à Berlin lors de la première de la plupart de ces opérettes et ma grand-mère chantait ces chansons quand j'étais enfant, j'ai vu mes grands-parents danser sur cette musique".
Grâce à mes précieux Amis d'ici, j'avais découvert ce répertoire longtemps inconnu et négligé avec le récital consacré par Piotr Beczala à Richard Tauber et avec le disque de Francisco Araiza intitulé "The romantic ténor" qui en offre quelques airs et, précisément, le fameux "Du bist die Welt für mich".
J'hésitais à me procurer le récital de Jonas en dépit de ma kaufmannia notoire ☺ et en dépit des commentaires admiratifs voire enthousiastes qu'il a suscités car, assez bêtement il faut le dire, je craignais d'être décontenancée ou tenue à distance par la prestation dans ce répertoire "léger" d'un artiste lyrique d'exception qui a pour moi les visages inaltérables de Werther, José, Carlo, Alvaro, Maurizio, etc., en attendant-espérant Otello.
Si je n'ai pas regretté mon hésitation pusillanime, c'est qu'après le disque, est parue cette représentation publique d'un concert à Berlin (avec sous-titres en français) dont le programme est à peu de chose près le même que celui du disque, mais plus riche encore.
Et là, point d'hésitation possible parce que la perspective de voir Jonas Kaufmann sur scène outre que l'entendre était la certitude par avance acquise d'un grand moment de bonheur.
Certitude non démentie, ô combien non, par la vision de ce concert.
En me les appropriant entièrement, je vous communique les mots de Monsieur André Tubeuf qui signe une critique de ce spectacle dans la dernière livraison de la revue Classica (numéro 169, page 121) :
"(…) Simplement épatant et exemplaire aussi (…). Indéniablement, dans ce "live" de Berlin, l'image visible de Kaufmann, son engagement de comédien et de séducteur, son intelligence scénique hors du commun ou bien font oublier ou bien légitiment, expliquent et justifient les pailles vocales qui, au disque, peuvent inquiéter, irriter. Ici, la performance tout court est fantastique, la forme vocale irréprochable (…). Quelle pêche ! Quel talent de se mettre dans la peau du personnage, de bouger avec lui ! Quelle mimique supérieure, gagnante sans être m'as-tu-vu pour accompagner son chant ! Et quel naturel, permis par l'acoustique de la salle (naguère encore Berlin-Est) ! (…)".
Puisque c'est Monsieur André Tubeuf qui le dit, me voici plus à l'aise pour le dire aussi… sans rien y ajouter.
Au programme, Franz Lehar, Emmerich Kalman, Robert Stolz, Hans May, Ralph Benatzky, Richard Tauber, Mischa Spoliansky, Werner Richard Heymann, Erich Wolfgang Korngold, Paul Abraham.
Certains airs sont chantés en duo avec la soprano Julia Kleiter, dont le dernier qui est le clou du spectacle, tout de charme et de malice, accompagné par des guitares hawaïennes ("Diwanpüppchen" de Paul Abraham).
Officie l'orchestre Rundfunk-Sinfonie de Berlin sous la baguette de Jochen Rieder.
En complément du spectacle, le passionnant documentaire intitulé "Berlin 1930", dans lequel Jonas Kaufmann nous parle de ses recherches et nous montre son travail, avec sa modestie coutumière, documentaire émaillé d'archives (images filmées des interprètes emblématiques de l'époque), d'anecdotes et de témoignages (la fille de Emmerich Kalman et l'épouse centenaire de Jan Kiepura), ainsi que d'explications sur le contexte historique et culturel dans lequel ces opérettes sont nées Outre-Rhin, entre le chaos d'après 1918 et l'apocalypse en germe.
Impossible alors, tout en se régalant d'un tel spectacle, de ne pas penser aux nuages funestes qui vont bientôt blinder de plomb le ciel de Berlin puis du monde en ces années-là.
Et c'est comme en écho à cette pensée que Jonas Kaufmann achève le documentaire ainsi qu'il le fallait, avec sobriété et justesse, par l'évocation de la destinée de tous ces compositeurs, librettistes et chanteurs juifs qui, victimes de la purge culturelle et raciale nazie, furent contraints à l'exil, avec plus ou moins de chance.
Le ténor Joseph Schmidt, fuyant la France et muni d'un visa pour l'Amérique où il n'arrivera jamais, est mort en 1942, "réfugié illégal", dans le camp d'internement de Girenbad en Suisse.
Fritz Löhner-Beda, l'un des librettistes de Franz Lehar, est mort en 1942, assassiné à Auschwitz.
En feuilletant l'album musical de son enfance, Jonas Kaufmann nous en chante les pages roses mais n'en saute pas les pages noires.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 27, 2015 2:47 AM CET


Nouveau dictionnaire des gauchers
Nouveau dictionnaire des gauchers
par Pierre-Michel Bertrand
Edition : Broché
Prix : EUR 22,50

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Les arcanes et les symboles de la "main senestre"…, 10 février 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Nouveau dictionnaire des gauchers (Broché)
Ce "Nouveau dictionnaire des gauchers" m'a été offert par une correspondante professionnelle qui, lors d'un premier rendez-vous de travail, a immédiatement remarqué que je plaçais mes feuilles blanches en diagonale sur le bureau, ce qui n'est pas le fait d'un droitier, et y traçais mes notes de la main gauche, ceci expliquant cela.
"Ah vous êtes gauchère ! moi aussi !"
Il y avait là de sa part un signe immédiat de reconnaissance entre deux marginales...
Lors de l'un de nos rendez-vous suivants, elle m'a apporté en cadeau cet ouvrage ainsi dédicacé : "Un petit clin d'œil amical et complice d'une gauchère à une autre gauchère !".
Ce "Nouveau dictionnaire des gauchers" est signé Pierre-Michel Bertrand, dont on nous dit qu'il est le spécialiste français de la "question gauchère", sous ses aspects historique et sociétal, ayant déjà publié (traduit en sept langues) "Histoire des gauchers" et "Dictionnaire des gauchers".
Il s'agit donc ici du "Nouveau" dictionnaire des gauchers...
Élaboré selon le principe immuable d'un dictionnaire, quel qu'en soit l'objet, qui suit un fil conducteur de "A" à "Z".
De "A" comme "Adam et Ève" à "Z" comme "Zoologie".
L'avant-propos rappelle que "les gauchers demeurent plus ou moins ces "phénomènes" dont la façon de faire, parfois la façon d'être, déconcerte l'entourage... autant que la communauté scientifique. Songeons en effet qu'à l'aube du troisième millénaire, on est toujours incapable d'expliquer précisément pourquoi, au mépris de la loi de la génétique et de la sélection naturelle, certains vivent ainsi à "contre-courant" : il faut croire que, contrairement aux petits pois de Mendel, les gauchers ne rentrent pas facilement dans les boîtes"...
J'observe que le défaut inhérent à un tel ouvrage peut se trouver dans une certaine superficialité : tout est abordé, rien n'est approfondi, les connaissances et les références sont multiples et riches mais égrenées comme les olives d'un chapelet.
Il reste que le propos est ensemble instructif et divertissant, et surtout incitatif à une plus ample recherche pour qui le voudra.
Quelques accroches :
"Tout, vous saurez tout sur les gauchers : les savants, les criminels, les sportifs, les rois, les peintres, les écrivains, les musiciens, les militaires, les comédiens, les politiques"...
"Vous verrez passer Léonard de Vinci, Freud, Obama, les Beatles, Michel-Ange, Nicole Kidman, Beethoven, Nadal, Hitchcock, Céline, Maradona, Madame de Sévigné, Verlaine, Chopin et des dizaines d'autres personnages hauts en couleur"... (visez un peu l'hétéroclisme de cette liste !).
"Vous apprendrez comment bien choisir votre violon si vous êtes gaucher ; comment savoir si votre œil directeur est le gauche plutôt que le droit ; comment distinguer un bébé gaucher d'un bébé droitier ; comment tenir votre fourchette ou faire votre signe de croix"...
"Vous comprendrez pourquoi il faut prêter serment de la main droite mais mettre l'alliance à la main gauche ; pourquoi les champions d'escrime sont presque tous gauchers ; pourquoi les trains roulent à gauche dans tous les pays du monde ; pourquoi les hommes sont plus souvent gauchers que les femmes, et pourquoi l'on compte cinq gauchers sur les sept derniers présidents des Etats-Unis"...
Seule gauchère dans une fratrie de cinq enfants (dont trois garçons), sans ascendant gaucher connu, ni paternel ni maternel, auquel on aurait pu relier ma "différence" (mais peut-être fut-il ou fut-elle victime de la dictature de l'ordre établi contraignant un gaucher à écrire "comme tout le monde", le bras gauche ligoté dans le dos, cela a existé), née dans une société "dextrocrate" (avant 1968...), j'ai connu le sort malmené et brocardé du "petit gaucher" peinant à trouver sa place dans un monde lui refusant le droit à la "variété", sinon à la différence, pour reprendre les mots justes de Pierre-Michel Bertrand.
Bon, j'en ai un peu bavé mais je m'en suis sortie !
Quand mon fils était tout petit, j'ai guetté chez lui les premiers gestes révélateurs de l'usage inné de la "bonne main" ou de la "mauvaise main"...
Lorsque j'ai eu la révélation promptement muée en certitude que j'avais mis au monde un "bébé gaucher" (il est maintenant un charmant jeune homme gaucher...), cela m'a réjouie !
Et nous nous entendons comme "gauchers en foire", complices dans les arcanes et les symboles de la "main senestre"...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (6) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 12, 2015 1:37 AM CET


Comment voler un million de dollars
Comment voler un million de dollars
DVD ~ Audrey Hepburn
Proposé par plusdecinema
Prix : EUR 5,43

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Le charme absolu., 27 janvier 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Comment voler un million de dollars (DVD)
Cette comédie américaine signée en 1966 par William Wyler, un cinéaste dont on ne louera jamais assez les multiples talents, dans tous les genres car il les a tous investis, ni l'excellence de sa mise en scène toujours adaptée au ton et à l'ambiance du film qu'il compose, est un exemple emblématique du charme absolu d'un grand cinéma fait pour plaire au plus vaste public, avec tous les égards qui lui sont dus.
Du grand cinéma.
L'action se passe à Paris (ainsi que ce fut souvent le cas dans le cinéma américain d'il y a quelques lustres, puissamment et bellement inspiré par Paris, ville réelle et rêvée dans le regard des plus grands cinéastes américains, les exemples sont légion).
Nicole Bonnet, incarnée par l'exquise et ravissante Audrey Hepburn, habillée par Givenchy... of course !, est la fille d'un génial faussaire et tendre père qui, avec ses grands dons de peintre raté, alimente dans son atelier planqué derrière une armoire dotée d'une porte secrète, une collection d'œuvres contrefaites auxquelles il doit sa prospérité, au grand dam de sa fille inquiète des conséquences d'une activité illicite fort risquée.
Il détient aussi une statuette prétendument quadri-centenaire mais en réalité due au génie de faussaire de son aïeul... car on est faussaire de père en fils dans cette famille !
Statuette qu'il va confier en toute pompe républicaine à un musée parisien fier de l'exposer.
Tout va bien jusqu'à ce que l'assureur de cette œuvre qui vaut, au bas mot, un million de dollars, exige qu'elle soit passée au crible de tests sophistiqués propres à certifier son authenticité...
Panique !
Nicole veut protéger son père contre la découverte de la contrefaçon et comme elle a croisé dans des circonstances burlesques le chemin d'un certain Simon Dermott qui s'intéresse nuitamment aux œuvres d'art empilées dans l'hôtel particulier où elle vit avec son père - il est bien sûr instantanément tombé amoureux d'elle… -, elle demande à ce "gentleman cambrioleur" de l'aider à "voler un million de dollars", histoire de rendre impossible, par la disparition de l'objet, l'expertise qui accablera Papa...
Il accepte, en la laissant à sa conviction qu'il est un as de la cambriole, et il met au point un plan aussi imparable que désopilant pour soustraire la statuette aux protections dont elle est blindée, les gardiens du musée frôleront la crise de nerfs !
Pour les besoins de ce plan auquel elle est activement associée, Nicole délaisse ses vêtements haute couture pour endosser le costume d'une femme de ménage préposée à briquer le musée…
Je ne livre pas plus de détails sur cette entreprise délinquante et/mais sentimentale, parce que le faire serait un péché contre le plaisir de la découverte appartenant à qui ne connaît pas cette exquise comédie.
Les acteurs sont épatants.
Audrey Hepburn : rien à dire d'elle que l'on ne sache déjà, elle est merveilleuse de naturel, de joliesse et de grâce.
Peter O'Toole, son complice amoureux, "very handsome", maniant aussi bien un anglais raffiné avec une diction parfaite que l'argot des faubourgs (la version originale sous-titrée disponible est indispensable pour ne rien en perdre), et d'une classe folle, est impérial.
Le couple facétieux formé par Audrey et Peter est tout simplement craquant.
Tous les seconds rôles, y compris bien sûr les acteurs français que l'on retrouve régulièrement dans ces comédies américaines "made in Paris" (Charles Boyer, Marcel Dalio, Jacques Marin, Moustache, etc.) sont parfaits, William Wyler ayant eu le bon goût, comme tous ses compatriotes, de ne pas les faire doubler dans la version originale : leur savoureux accent français fait totalement partie du charme.
En résumé : un grand moment de divertissement intelligent, drôle et revigorant, construit par un metteur en scène comme toujours virtuose, et "mis en musique" par une troupe d'acteurs impayable.
Le charme absolu.
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Lacombe Lucien
Lacombe Lucien
DVD ~ Pierre Blaise
Proposé par kifran95
Prix : EUR 14,50

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Le prénom précède le nom., 13 janvier 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Lacombe Lucien (DVD)
Une évidence linguistique pourtant démentie par les listes électorales, les nomenclatures administratives et les répertoires scolaires, dans lesquels le nom précède le prénom.
"Lacombe Lucien".
Hors cette méthode d'identification et de recensement de la foule humaine, nécessaire et utilitaire, la précession du nom sur le prénom veut dire autre chose et c'est ce que, d'emblée, Louis Malle nous dit avec ce titre infiniment éloquent et subtil : "Lacombe Lucien".
Une identité inversée qu'il place dans la bouche de son jeune héros fruste, intellectuellement obtus mais émotionnellement ouvert.
Quand il doit se présenter, il se nomme, avec son accent du sud-ouest à couper au couteau : "Lacombe Lucien".
Pourtant, il se (pré)nomme Lucien, ce prénom qui est crié dans la scène poignante achevant ce film poignant, que je vous laisse découvrir.
Un film sorti en 1974, dont on se demande aujourd'hui, quarante ans plus tard, pourquoi il a alors soulevé une polémique : le conformisme, l'hypocrisie et les préjugés ont la peau dure, surtout quand ils confrontent le public français à un chapitre douloureux et trouble de son histoire sous le regard humaniste mais sans concession d'un esprit fort.
De quoi s'agit-il ?
"Lacombe Lucien" est un jeune paysan d'à peine vingt ans en 1944, il brosse les sols pavés et vide les pots d'urine d'un hospice pour rapporter quelques billets à la maison, son père est prisonnier en Allemagne, sa mère, une brave fermière au cœur doux, trompe sa solitude avec un non moins brave voisin, cela ne lui plaît pas mais il se tait, et elle lui sert sans mot dire la soupe qu'il avale goulûment.
Pas plus fait pour les tâches ancillaires que pour les nobles prouesses, il assouvit ses pulsions primaires en dégommant un oiseau avec sa fronde, en décapitant une poule de ses mains ou en tirant des lapins dans la campagne, avec une frénésie brutale qui annonce la suite.
"Lacombe Lucien" désire s'émanciper, il veut exister.
Ainsi fait-il acte de candidature pour entrer dans le maquis.
Mais on l'éjecte.
Parce qu'il n'inspire pas confiance à la Résistance locale, "Lacombe Lucien".
Alors - c'est bête... -, il sera recruté par les collabos du cru, à la "faveur" d'une cuite dont il n'avait pas l'habitude, et le tour sera joué.
"Lacombe Lucien" aurait fait un valeureux maquisard si l'on avait bien voulu de lui mais on n'a pas voulu de lui : il sera donc un "valeureux milicien".
Là est l'infinie subtilité de Louis Malle qui ne juge pas.
Il montre seulement comment un être sensible mais primitif et en quête de reconnaissance peut donner son énergie vitale et son besoin d'engagement à un camp ou au camp opposé, selon l'image qu'on lui renvoie de lui.
Devenu milicien armé jusqu'aux dents et blindé des pouvoirs immondes que lui donnent ses accointances avec la police allemande, "Lacombe Lucien" a pourtant rendez-vous avec son destin : il tombe fou amoureux de France, une jeune femme juive, la fille du tailleur sommé par ses "protecteurs collabos", qui lui vendent l'espoir d'un passage en Espagne, de lui confectionner un habit digne de son nouveau statut, incompatible avec ses loques de paysan.
Bardé de ses atours urbains et de ses privilèges scélérats, "Lacombe Lucien" s'installe chez eux, il y apporte du vin de Champagne tiède et il y impose sa présence équivoque.
Le génie de Louis Malle : mettre en perspective et en harmonie ces êtres humains que tout sépare - origines, culture, esprit, éducation, goûts, manières, points de vue sur la vie, regards sur ce que l'Histoire écrit alors.
Il y a des sentiments, des émotions, des explosions, de la violence, de la colère, du dégoût, de la tendresse, de l'incommunicabilité, des moments doux, des engagements silencieux.
"Lacombe Lucien" ira jusqu'au bout de la passion que lui inspire France.
Il transgressera son engagement aveugle pour la sauver, ainsi que sa grand-mère impotente qui passe son temps à faire des réussites, quand elle ne fait pas la cuisine, en attendant que le monde ait fini de s'écrouler.
Une grand-mère mutique et maussade, fermée et hostile qui, pourtant, répondra par un goguenard mais malicieux "bonsoir", en français dans le texte, au bourru mais tendre "güte nacht" de "Lacombe Lucien", en allemand dans le texte...
Elle sait qu'il l'a sauvée parce qu'il aime sa petite-fille, et qu'il a sauvé France.
Et elle se moque du reste.
On est dans l'histoire humaine.
C'est ce que nous dit ce magnifique film de Louis Malle.
Et non de "Malle Louis".
Le prénom précède le nom.
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Verdi: Falstaff (New York -- February 26, 1949, Warren, Resnik, Valdengo, Elmo, Lipton, Albanese, DiStefano, Reiner) (UK Import)
Verdi: Falstaff (New York -- February 26, 1949, Warren, Resnik, Valdengo, Elmo, Lipton, Albanese, DiStefano, Reiner) (UK Import)
Proposé par thebookcommunity_fr
Prix : EUR 58,90

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Audiophiles s'abstenir… Amoureux se précipiter !, 7 janvier 2015
Voici un achat qui ne sera certes pas vérifié par Amazon...
Car j'ai découvert ce coffret pour un prix qui a l'air d'une blague dans une brocante italienne déguisée en malle aux trésors, une brocante gênoise, plus précisément.
Gênes : la ville méridionale où Giuseppe Verdi séjournait chaque hiver pour échapper au climat de Milan, mauvais pour sa gorge et hostile à son moral, et où il avait ses douces habitudes.
Ainsi y fréquentait-il un café qui existe depuis 1828 et où il a laissé sa trace.
Les propriétaires contemporains du "Gran Vecchio" y ont inventé en son honneur une pâtisserie nommée "Falstaff" : trône au dessus du comptoir un portrait de notre Maestro, revêtu de cette dédicace manuscrite de mes yeux lue :
"Merci pour votre délicieux Falstaff, bien meilleur que le mien !".
C'est donc à Gênes que j'ai déniché cette rareté discographique.
Une représentation de Falstaff captée le 26 février 1949 au Metropolitan de New York.
Sous la direction d'acier, de feu et de soie de Fritz Reiner.
Une fois encore (les exemples sont légion), frappant est l'enthousiasme qui inspire la direction d'un grand chef pour la partition orchestrale de ce chef d'œuvre, un enthousiasme constamment palpable mais dénué de complaisance : Fritz Reiner fait jaillir mille éclats d'un corset serré, le plus bel hommage qui puisse être rendu à cette partition dont le rythme, la dynamique, les inventions et les raffinements sont une perpétuelle surprise.
Avec une troupe vocale grandiose : Leonard Warren (Falstaff), Regina Resnik (Mrs. Ford), Giuseppe Valdengo (Mr. Ford), Cloe Elmo (Mrs. Quickly), Martha Lipton (Mrs. Page), Lucia Albanese (Nanetta) et Giuseppe Di Stefano (Fenton).
À propos de ce dernier, il faut dire qu'il était alors à ses débuts et qu'il avait à la date de cet enregistrement la voix idéale du ténor pour ce rôle juvénile, fougueux et poétique de l'amoureux béni des fées.
Quant aux rôles principaux, ils sont exceptionnellement tenus.
Au total : une superbe représentation de Falstaff.
Captée en public le 26 février 1949 : c'est dire que les audiophiles n'y trouveront pas leur compte parce que, même avec le travail des ingénieurs du son sur la bande originale, il y a du souffle et des bruits de fond…
Mais dans cette captation en public du 26 février 1949, les amoureux trouveront leur compte car l'on n'y entend pas seulement le génie, admirablement servi, d'une œuvre époustouflante d'énergie et de grâce.
On y entend aussi les explosions de joie rieuse du public à chaque moment clé de cette œuvre qui est un monument de la comédie lyrique - et il y en a beaucoup -.
On perçoit ainsi un bonheur intensément partagé, celui du chef, de l'orchestre et des chanteurs, et celui de l'auditoire, ce qui nous donne l'émouvante impression d'y être, il y a plus de soixante ans.
Alors ?
Audiophiles s'abstenir mais amoureux se précipiter !
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Le Samouraï [Édition Simple]
Le Samouraï [Édition Simple]
DVD ~ Alain Delon
Prix : EUR 7,36

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 La puissance du rien., 16 décembre 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Samouraï [Édition Simple] (DVD)
Un tueur à gages qui accomplit méthodiquement et froidement sa mission mortifère, comme si infliger la mort à autrui n'était rien.
Un tueur à gages qui, au moment d'encaisser sa prime, est suspecté par ses commanditaires d'avoir failli parce qu'il a été repéré à moins que, simplement, il ne vaille rien à leurs yeux une fois qu'il a exécuté le contrat, un rien qu'il paiera d'une méchante blessure qu'il soignera seul.
Un tueur à gages qui vit dans le rien de ses habitudes ritualisées et autistes : une foule de gestes mécaniques qui l'exilent du monde extérieur, que ces gestes soient vestimentaires ou domestiques, sa manière de visser son chapeau sur sa tête et d'en soigner le pli ou de nourrir l'oiseau piaillant dans sa cage chaque fois qu'il ferme la porte de sa cambuse, cet oiseau solitaire qui "parle" à un être solitaire dans un univers clos.
Un tueur à gages qui n'ignore rien du rien de sa vie sentimentale incarnée par une femme n'ayant rien d'autre à lui offrir qu'une improbable présence et un bienveillant alibi : on ne sait rien de leur histoire.
Un tueur à gages qui croise une autre femme, pianiste et chanteuse dans le bar interlope qu'il ne peut pas éviter de fréquenter parce que tout s'y joue, une femme à laquelle il ne dit rien et qui ne lui dit rien, c'est une histoire de regards entre deux êtres sans lien, deux êtres ancrés dans le rien.
Un tueur à gages qui, chargé de tuer pour rien, sera tué pour rien.
Parce qu'il a aperçu l'éventuel amour sans en avoir rien vécu.
La conduite du récit et la mise en scène de Jean-Pierre Melville sont à couper le souffle.
L'interprétation d'Alain Delon, physique et psychologique, tarit toute discussion sur ce qui chez lui est sujet à discussion car il est admirable, avec ce mélange d'instinct et de maîtrise qui est sa signature dans ses meilleurs rôles, au sommet ici.
Ciselé et poli comme un camée, ce film magistral nous captive avec la seule mais invasive puissance du rien.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (11) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 28, 2015 2:25 AM CET


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