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Contenu rédigé par Carmen
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Commentaires écrits par
Carmen (Paris, France)
(TOP 100 COMMENTATEURS)   

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Les Bonnes Causes
Les Bonnes Causes
DVD ~ Marina Vlady
Proposé par ABCINE
Prix : EUR 7,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Les règles de la justice et la loi du cinéma : un couple improbable, ce qui n'empêche pas que son rejeton soit très réussi., 27 octobre 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Bonnes Causes (DVD)
Lecture faite des deux très bons commentaires qui me précèdent, je voudrais tout d'abord apporter une nuance : ce film brillant et palpitant n'est pas un film policier.
Au reste, on n'y voit pas de policiers à l'œuvre, à l'exception de ce modeste inspecteur de quartier menant son enquête dite "de voisinage", sur commission rogatoire du juge d'instruction (autrement dit par délégation de ses pouvoirs de magistrat instructeur et sur son ordre).
Cette nuance que je prends la liberté d'apporter n'est pas purement terminologique et elle n'est pas le fait d'un pointilleux purisme.
Car un film à proprement parler policier nous fait entrer dans un tout autre univers qu'ici, celui des commissariats aux lumières blafardes et à l'ambiance épaisse, sur fond de crépitement des machines à écrire et d'allées et venues incessantes, celui des filatures, des planques, des perquisitions, des interrogatoires "musclés", etc.
Ici, c'est sur les planches du monde judiciaire que la pièce se joue.
Ce film est judiciaire et non policier.
La pièce s'y joue d'emblée puisque, alors que le crime dont on connaîtra en effet très vite l'auteur vient à peine d'être commis, l'avocat de la veuve (présumée éplorée) de la victime foudroyée par une piqûre mortelle que lui a administrée son infirmière file aussitôt chez le procureur de la république, comme dans un salon où l'on cause, pour déposer plainte et lui réclamer "tambour battant" la désignation d'un juge d'instruction.
Peu important que ce traitement soit totalement invraisemblable, il reste qu'il saute par-dessus l'enquête policière à laquelle donne pourtant lieu tout fait criminel ou supposé tel, comme l'on joue à "saute-mouton" : exit la police...
L'explication de ce traitement est évidemment sans mystère en regard du scénario d'un film dont l'enjeu dramatique est de nous montrer - et avec quelle maestria (dialogues, mise en scène) - la confrontation et plus exactement le duel entre un juge d'instruction en quête honnête et anxieuse de vérité et un avocat "sans foi ni loi" qui pactise avec le mensonge comme on pactise avec le Diable.
L'un qui hésite, doute, se remet en question, craint de se tromper, oscille entre des convictions intimes contraires, progresse, recule, réfléchit, soupèse, parce qu'il se veut l'auxiliaire d'une bonne cause - celle de la justice, quel que soit en définitive le "verdict" -, l'autre qui manipule tout, les faits, les preuves, les charges, les décharges, les témoignages, pour que triomphe ce qu'il sait être une mauvaise cause, une mauvaise cause qu'il sert avec des motivations mauvaises, forcément mauvaises mais à ses risques et périls bien sûr.
D'un côté, un juge intelligent et fin mais dont la probité exemplaire le fait vaciller, comme son lacet constamment défait pourrait le faire trébucher, de l'autre, un avocat chevronné, calculateur et cynique qui ne doute de rien et est prêt à tout pour "gagner", pour qui "la fin justifie les moyens", ce qui est tout le contraire de son serment, soit dit incidemment, mais qui nourrit jusqu'à la caricature une certaine vision, heureusement fausse, des avocats, parce que l'arbre ne doit pas cacher la forêt.
Dans ces deux rôles, on l'a excellemment dit avant moi, Bourvil et Pierre Brasseur sont exceptionnels, tant dans l'incarnation propre de leurs personnages que dans la complémentarité qui règle leur duel-duo comme une horloge implacable.
Il reste que la réalité et la véracité en prennent un coup...
Un juge d'instruction qui laisse un avocat (qu'il soit celui de la partie civile ou de la défense) démolir un témoin lors d'un acte de l'information (ici, une reconstitution), au point de battre lui-même en retraite, c'est du cinéma.
Un juge d'instruction qui laisse les avocats entrer dans son cabinet comme dans un moulin et se laisse par eux dicter sa conduite de la procédure, c'est du cinéma.
Un juge d'instruction qui place une personne en détention provisoire pour ne pas être débarqué du dossier à la demande de l'avocat de l'autre partie, c'est du cinéma.
Un juge d'instruction qui demande à être dessaisi de sa mission pare qu'il ne se sent plus de taille à affronter les manœuvres d'un avocat, c'est du cinéma.
Une Cour d'assises qui entend la déposition spontanée de ce juge d'instruction dessaisi venu lui confier ses états d'âme, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire du président (ce qui exclut la prestation de serment de ce "témoin" ne pouvant pas, dans ce cas particulier, jurer de dire "la vérité, toute la vérité, rien que la vérité"), c'est du cinéma.
Un avocat de la défense commis d'office dont c'est la première expérience aux "assiettes"..., démuni, désarmé, vulnérable comme une chair tendre de crustacé aux prises avec un vieux et coriace briscard du Barreau qui va n'en faire qu'une bouchée, c'est du cinéma.
Une Cour d'assises qui écarte la circonstance aggravante de préméditation au bénéfice de l'infirmière cependant déclarée coupable d'avoir volontairement donné la mort à son patient alors qu'elle était sa légataire universelle, c'est du cinéma.
Et la fin du film, dont je ne dirai évidemment rien, c'est encore du cinéma...
De l'excellent cinéma !
Mais un film judiciaire, et non policier.
Du grand art, oui, grâce à toutes ses qualités fort bien vantées avant que je ne m'exprime.
Avec une troupe d'acteurs du plus haut niveau, hors l'époustouflant tandem Bourvil-Brasseur (Marina Vlady, Virna Lisi, etc.).
Mais un film qui, une fois de plus, démontre que les règles de la justice et la loi du cinéma forment un couple improbable, ce qui n'empêche heureusement pas que, comme ici et ici mieux que jamais, il donne naissance à un rejeton très réussi.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Oct 28, 2014 7:32 PM CET


Bizet:Carmen auf Deutsch...
Bizet:Carmen auf Deutsch...
Prix : EUR 13,93

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Quand l'absolu de l'excellence musicale allemande glorifie un absolu chef d'œuvre français., 23 octobre 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Bizet:Carmen auf Deutsch... (CD)
Je dis "excellence" pour ne pas dire "supériorité" parce que ce mot ne peut plus être ingénument associé à ce qui est allemand pour des raisons qui n'ont rien à voir avec l'art, mais c'est ce mot que j'aurais volontiers employé, ne fût cette censure.
Pour qui peut surmonter, immédiatement ou après quelques écoutes, l'inconvénient objectif de la traduction dans une langue étrangère, en l'occurrence l'allemand, d'un livret original en l'occurrence français (et en outre extrêmement connu) - tout le monde ne le peut pas, c'est un simple fait qui ne peut pas être nié par une déclaration péremptoire car on est là dans le "très personnel" -, cet enregistrement de Carmen est indispensable.
Gravée en 1961 dans la collection Electrola, voici une Carmen dont les effets sont à double détente, d'abord les transes de l'admiration, ensuite les nuances de la réflexion.
Aucune hiérarchie à établir dans l'inventaire de l'excellence.
La direction de Horst Stein, l'exécution de l'orchestre symphonique de Berlin, la troupe vocale : tout est au niveau de l'excellence absolue.
Une fois que l'on s'est remis du choc et de la surprise provoqués par la perfection, on peut se risquer à quelques impressions plus détaillées.
La direction de Horst Stein (dont j'ai appris qu'il fut un habitué de Bayreuth) est ensemble la déclaration d'amour et l'hommage qu'adresse un grand chef allemand au chef d'œuvre de Georges Bizet et elle est constamment admirable.
Les forces de l'orchestre symphonique de Berlin sont fascinantes, émouvantes aussi pour le mélomane français qui ne peut pas s'empêcher, petite faiblesse humaine excusable, de se sentir fier qu'une partition orchestrale aux innombrables beautés issue d'un génie français soit ici rendue au degré de l'idéal par une phalange allemande.
La troupe vocale.
Melitta Muszely est une Micaëla on ne peut plus rare, tout de son personnage fragile et désarmé par une adversité qu'elle ne peut vaincre tient dans une voix pure et un chant sobre qui la dignifient comme jamais, elle est la plus belle et la plus noble Micaëla que je connaisse parmi maintes versions, à l'exception notable de Mirella Freni.
Rudolf Schock est un José entier et viril, un brin brutal, il n'est pas à proprement parler émouvant (cpr. Jon Vickers et Jonas Kaufmann) parce que manquent à son interprétation les signes de la déchirure intérieure et de la déréliction inéluctable, mais il "occupe" le rôle, à sa manière, avec une voix superbe et une grande classe.
Hermann Prey est un Escamillo "hors concours"... de l'art et de la manière de donner des lettres de noblesse à un personnage qui ne les possède pas, ce personnage nécessaire à l'accomplissement de la tragédie mais secondaire sinon ordinaire : avec Hermann Prey, l'habit de lumière d'Escamillo n'est pas de pacotille et son "air du toréador" est une leçon de chant, un régal aussi, avec cette voix d'or et de miel qui n'appartenait qu'à lui, Georges Bizet eût sans doute été heureux que ce "tube" par lui récusé lors de sa composition fût si magnifiquement servi.
Christa Ludwig enfin, l'immense Christa Ludwig, notre Carmen.
Inattendue dans ce rôle mais exceptionnelle.
Pour seul exemple, son "les tringles des sistres tintaient" qui, sous une direction et avec un orchestre ayant de concert le feu au corps, est tétanisant.
Et puis, pour en revenir à l'absolu de l'excellence allemande, il y a l'unique et très bref duo d'amour entre Escamillo et Carmen au dernier acte, quand la mort rôde non loin de l'arène.
"Si tu m'aimes, Carmen, tu pourras tout à l'heure être fier de moi (...), oui je t'aime, Escamillo (…)".
Entendre Hermann Prey et Christa Ludwig chanter ces phrases musicales magnifiques en allemand, avec une aristocratie vocale inouïe, cela donne une idée de l'absolu, l'absolu de l'excellence musicale allemande et l'absolue beauté d'un chef d'œuvre français.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Oct 24, 2014 5:35 PM MEST


Requiem (Live NY, 1959)
Requiem (Live NY, 1959)
Prix : EUR 13,77

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Le Requiem de Giuseppe Verdi : une œuvre qui n'aura laissé aucun grand chef indifférent, c'est heureux., 21 octobre 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Requiem (Live NY, 1959) (CD)
New-York, Metropolitan Opera, 29 mars 1959, en public.
Ce sont deux noms qui m'ont attirée quand j'ai découvert l'existence de cet enregistrement du Requiem de Giuseppe Verdi et cela grâce à - à cause de - la disparition récente (25 juillet 2014) d'un artiste lyrique immense que je chéris : Carlo Bergonzi.
Deux noms, donc : Carlo Bergonzi, ténor, et Bruno Walter, chef d'orchestre.
Bruno Walter : un chef qu'un mélomane aimé de ma famille révérait dans son répertoire "généalogique" et c'est ainsi que j'éprouvais pour lui une admiration sentimentale mais ignorante parce que ce répertoire n'était pas celui de mes dilections, trop germanique qu'il était pour moi.
Cependant, je l'ai découvert, adulte, dans une version exceptionnelle du Requiem de Mozart (1956) :
http://www.amazon.fr/Requiem-Wolfgang-Amadeus-Mozart/dp/B00004UHNY/ref=sr_1_5?s=music&ie=UTF8&qid=1414061284&sr=1-5&keywords=mozart+requiem+bruno+walter
J'en suis restée marquée.
Marquée par un mélange sans nom de maîtrise et de profondeur, de gravité et de clarté, des mots approximatifs pour désigner une indéfinissable supériorité.
Et puis voici que je rencontre Bruno Walter, en 1959, dans cet enregistrement public du Requiem de Giuseppe Verdi, qui n'appartient pas à son territoire natif mais qui appartient à son territoire de musicien universel.
Et j'y retrouve ce qui m'a tant marquée dans son Requiem de Mozart, des qualités suprêmes transcendant les différences radicales entre ces deux œuvres.
La musique est sans frontières.
Et j'y rencontre Carlo Bergonzi dont l'Ingemisco (puisqu'il faut bien évoquer cet "aria" pour ténor qui est l'un des sommets de l'œuvre) est anthologique : une voix, un chant, un art, une retenue extraordinaire de tous ses dons qui nous donne l'impression proprement magique qu'il s'en tient, à peu près, à la moitié de ses moyens, là où tant d'autres "crient" dans l'expansion finale de cette séquence brève mais sublime que tant et tant de ténors ont inscrite au programme de leurs récitals, par avance assurés des applaudissements effrénés du public, alors qu'il s'agit d'une pièce intimiste, tendre et d'un extrême raffinement musical et vocal.
Comme toujours mais plus que jamais, Carlo Bergonzi est ici un seigneur.
Qui chante sous la baguette d'un seigneur.
Pour le reste de la distribution : Zinka Milanov (soprano) dont on apprend qu'elle fut remplacée en cours de représentation par Heidi Krall (idem), Rosalind Elias (alto) et Giorgio Tozzi (basse).
Tous magnifiques.
Le Requiem de Giuseppe Verdi est donc une œuvre qui n'aura laissé aucun grand chef indifférent, c'est heureux.


Brahms : Un Requiem Allemand
Brahms : Un Requiem Allemand
Prix : EUR 14,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Intériorité, gravité, recueillement et apaisement : une eau forte et limpide., 17 octobre 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Brahms : Un Requiem Allemand (CD)
Les commentaires qui me précèdent disent tout ce que cet enregistrement du Requiem allemand de Johannes Brahms peut inspirer et ils le disent excellemment, je ne les paraphraserai pas.
La notice qui l'accompagne nous explique que le compositeur a bu à trois sources dans la composition de ce chef d'œuvre : Schütz, Bach et Haëndel.
Elle nous explique aussi (et surtout) le travail de Sir John Eliot Gardiner sur les instruments, ce qui est son immuable et admirable signature dans tout ce qu'il a réalisé avec son fameux "orchestre révolutionnaire et romantique", et j'évoquerai ce que j'en connais à peu près bien dans un répertoire qui m'est proche et cher (Giuseppe Verdi : le Requiem et les quatre pièces sacrées, Falstaff).
En tout cas, c'est magnifique.
Et ainsi que le dit parfaitement un commentateur, "Charlotte Margiono et Rodney Gilfry, sensibles et attachants, ne sauraient effacer le souvenir des prestigieux solistes qui les ont devancés, mais s'apparient adroitement à ce projet".
Pour le reste, je ne sais ici que dire, d'autres que moi le savent.
Mais ce que je sais, c'est ce que j'entends.
Et ce que j'entends, ce sont l'intériorité, la gravité, le recueillement et l'apaisement qui coulent comme une eau forte et limpide du Requiem allemand de Johannes Brahms, l'une, parmi d'autres, de ces eaux qui nous lavent de la laideur du chagrin.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Oct 21, 2014 3:35 AM MEST


Carmen
Carmen
DVD ~ Jonas Kaufmann
Prix : EUR 22,00

8 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Au diable les préjugés ! j'applaudis sans réserves cette Carmen "apatride"., 7 octobre 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Carmen (DVD)
C'est pantelante que je suis sortie de cette représentation zurichoise de Carmen alors que j'éprouvais des craintes : la mise en scène "moderne" et la Carmen de Vesselina Kasarova dont je me demandais, en dépit de ses dons immenses, comment elle pouvait être une Carmen crédible, simplement crédible.
Mais ce spectacle fut pour moi un festival d'heureuses surprises.
Une mise en scène discutable bien sûr mais dans un sens constructif, car elle se défend bien et s'assume bien dans son choix de "déhispaniser" l'histoire et l'hagiographie de l'histoire, de la dépayser, de l'universaliser, de la symboliser, n'en conservant que des signes picturaux - le plateau circulaire évoquant une arène sous des éclairages solaires et fauves, le chien andalou exposé sur le devant de la scène au premier acte, le témoin lumineux, comme une enseigne de bar interlope, du cigare, le vaste disque bleuté évoquant une nuit lunaire dans le troisième acte, celui des contrebandiers oeuvrant dans une nuit noire que seule la lune peut éclairer, l'olivier dressé dans une lumière crue et nue dans le dernier acte, celui de la mort, avec l'image métaphorique du taureau remplaçant celle du chien.
Tout cela qui "interpelle" mais qui ne fait pas souffrir d'un sentiment d'offense à l'intégrité de l'œuvre du génial Georges Bizet.
On oublie alors les costumes sans charme ni grâce, notamment cette "robe à fleurs" de Carmen, qui pourrait être ridicule mais qui ne l'est pas, pourquoi ?
Et puis, dans ce choix de détacher ce chef d’œuvre de son "folklore" traditionnel (décors et costumes), il n'y a aucune laideur ni aucune vulgarité, autrement dit, on peut certes préférer une autre vision, celle de Londres par exemple, richement espagnole (et superbe esthétiquement), mais celle-ci inspire une réelle et forte réflexion sur ce qu'a voulu faire et dire le metteur en scène (Matthias Hartmann), et il n'est pas honnêtement possible de la décrier sans avoir d'abord réfléchi.
J'évoquerai ensuite la direction musicale absolument admirable de Franz Welser-Möst.
Voici encore un chef qui fait comprendre après tant d'autres qu'il adore cette partition (ils sont légion) mais avec quelle rigueur, quelle précision et quelle clarté il en donne la richesse rythmique et mélodique, les fulgurances, la transparence, la fluidité et, par-dessus tout, les innombrables détails instrumentaux que je n’avais jamais entendus aussi bellement rendus, sa direction, avec un superbe orchestre le suivant "comme un seul homme", m'a fait frissonner d'admiration depuis l'ouverture jusqu'à la phrase finale, cette fameuse phrase dont Claude Debussy a dit qu'il "donnait tout Wagner pour elle" (alors qu'il était un grand admirateur de Wagner...), la restitution d'une musique splendide par ce chef est au dessus de tout éloge, enfin, c'est ce que je dis pour l'avoir ressenti.
Et, par exemple (par exemple seulement), je citerai un "air des cartes" exceptionnellement donné, avec un tempo un peu plus lent qu'à l'accoutumée, qui distend et approfondit la gravité de ce thème magnifique.
D'une manière générale, j'ai trouvé que tout ici était musicalement enthousiasmant.
Les chanteurs maintenant.
Isabel Rey est une honnête Micaëla, un peu trop histrionique pour incarner authentiquement Micaëla m'a-t-il semblé, cette jeune fille vulnérable et battue d'avance dans le jeu biaisé des sentiments de l'amoureuse issue de la pure enfance et promise à un José qui ne pouvait pas se savoir voué à un autre destin, mais elle a une belle voix et elle chante bien (surtout dans le premier acte).
Michele Pertusi est un Escamillo primaire et ne doutant de rien comme il se doit, on se demande seulement, soit dit pour sourire, comment Carmen peut le préférer au José de Jonas Kaufmann...
La Carmen de Vesselina Kasarova, parlons-en.
Sa voix est absolument somptueuse et c'est une artiste qui montre ici qu'elle n'a vraiment pas que cela, elle est certes une Carmen inattendue mais la beauté de sa voix, de son timbre, et son aisance confondante dans les passages les plus difficiles de sa partition, outre son intelligence de jeu, en font une très grande Carmen, on ne s'interroge plus sur sa crédibilité en bohémienne qui danse la séguedille en buvant du manzanilla, elle est tout simplement extraordinaire.
Et puis, oui, je termine avec lui, il y a le José de Jonas Kaufmann.
Son seul défaut dans ce rôle, donc, c’est de rendre difficile à comprendre que Carmen puisse lui préférer Escamillo...
Je plaisante bien sûr, il joue le rôle du livret et plus encore celui de la musique de Bizet mais il le façonne, le sculpte, le nuance et le transcende avec un tel talent d'acteur, une telle réflexion sur l'évolution psychologique du personnage passant du benêt guindé au héros déchiré et une telle intériorité que l'on est complètement par terre d'admiration et d'émotion, d’ailleurs, j’ai joint le geste à la parole, en quittant spontanément mon canapé pour m’asseoir par terre au dernier acte..., là où Jonas montre ce que le mot génie veut dire chez un artiste lyrique, pantelante je fus, oui, et je le dis.
Son José est bel et bien insurpassable, avec en outre ce que ne possédait pas Jon Vickers que je révère pourtant dans son incarnation anthologique du rôle : un charisme physique et corporel dont il ne joue pas narcissiquement mais qu'il met au service de tous ses autres dons.
En conclusion : au diable les préjugés ! même si des réserves critiques peuvent être parfaitement justifiées d'un autre point de vue que le mien dont la subjectivité est assumée (et je salue ici un commentaire divergent très bien argumenté), c'est sans réserves que j'applaudis cette Carmen apatride.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (9) | Permalien | Remarque la plus récente : Oct 27, 2014 9:51 PM CET


Garde à vue
Garde à vue
DVD ~ Lino Ventura
Prix : EUR 14,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Un film admirable et captivant, jusqu'à nous prendre à la gorge., 4 octobre 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Garde à vue (DVD)
Maître Jérôme Martinaud, notaire provincial et notable bourgeois, est soupçonné d'être l'auteur de deux crimes ignobles, l'assassinat par strangulation suivi du viol de deux fillettes.
Pendant une nuit de la Saint-Sylvestre, Maître Jérôme Martinaud est d'abord entendu de manière informelle par les enquêteurs avant d'être placé en garde à vue, avec le rituel qui découle de cette procédure spéciale : le gardé à vue doit vider ses poches, enlever ses lacets, s'entendre notifier le dispositif légal qui encadre une telle rétention et, pour les enquêteurs, l'horloge commence à tourner dès la première minute, le temps dont ils disposent dans leur recherche de la vérité est compté.
Dans le huis-clos du bureau n°24 d'un commissariat de police situé dans une province maritime - un phare à proximité du lieu où gisait l'une des victimes, une corne de brume brisant le silence de la nuit -, Maître Jérôme Martinaud affronte un commissaire principal et son adjoint par avance enclins à voir en lui le coupable puis tellement auto-convaincus qu'il l'est qu'ils en perdront la circonspection qui pourtant leur incombe.
Deux policiers obnubilés par l'horreur des crimes, exhibant les photographies de l'insoutenable à Maître Jérôme Martinaud pour le faire craquer, une obnubilation qui exacerbe leur désir d'élucidation, en toute irrationalité.
Dans leur conviction partagée mais impulsive de la culpabilité de Maître Jérôme Martinaud, le commissaire principal est acharné mais intelligent et fin, son adjoint est acharné mais vulgaire et brutal.
Lino Ventura et Guy Marchand les campent.
En face d'eux, Michel Serrault est le notaire suspect en tenue de soirée.
Dans le huis-clos de la garde à vue, bien des choses se disent, vraies et fausses, hurlées, arrachées ou lâchées dans la tension ambiante.
Fait irruption dans ce huis-clos l'épouse de Maître Jérôme Martinaud - superbe et vénéneuse Romy Schneider - dont on croit d'abord qu'elle vient là pour protéger son mari alors qu'elle n'y vient que pour l'enfoncer, avec une haine froide et perverse qui fait frémir, le commissaire principal qui l'écoute la perçoit et il en est perturbé.
On aura compris dans le récit de Maître Jérôme Martinaud que l'histoire conjugale entre cette femme et lui est un sinistre fiasco, avec l'évocation de ce couloir de quinze mètres qui depuis dix ans sépare leurs deux chambres...
Chantal Martinaud, en instrumentalisant à des fins destructrices l'histoire d'amour qui a uni son mari à Camille, une fillette de la famille, a instillé dans l'esprit du commissaire principal le poison calomnieux mais redoutablement toxique des pulsions pédophiles dont le notaire serait la proie.
Le récit de Chantal Martinaud, magistralement mis en scène, est nauséeux.
Il est difficile (et inutile ici : le spectateur découvrant ce film parfait le verra par lui-même) de décrire le climat suffocant qui règne dans ce bureau n°24 du commissariat et plus encore l'intensité de l'affrontement entre ces deux acteurs d'exception que furent Lino Ventura et Michel Serrault, parfaitement complémentaires, l'un usant de ses dons naturels, de son absence entière de sophistication, de son charisme inné, l'autre usant d'une palette mêlant l'intelligence intériorisée, l'éloquence dramatique dans l'éphémère - un regard, un mot, une intonation, un rire goguenard, un instant de désarroi ou de révolte -, et une subtilité de jeu qui laisse constamment pantois.
Poussé à bout et broyé, Maître Jérôme Martinaud finit par avouer, il se déclare l'auteur de ces deux crimes ignobles, il n'y a plus qu'à prendre sa déposition et, pendant ce temps, le commissaire principal savoure ensemble sa victoire et les compliments de son divisionnaire en fumant une cigarette dans une bouffée d'air hivernal.
Mais alors que les aveux du notaire sont consignés par une machine à écrire servile, la machine judiciaire dérape parce qu'un fait nouveau la fait soudain déraper.
L'intime conviction des policiers obnubilés par leur désir d'obtenir les aveux d'un suspect pour en faire un coupable n'a pas un statut de vérité, c'est certain et pas seulement au cinéma.
Je n'évoquerai bien sûr pas ici la fin de ce film parfait.
Mais je préciserai qu'un tel film ne pourrait plus être tourné aujourd'hui.
Parce que désormais (depuis 2011), l'avocat a sa place dans une garde à vue, contrairement à ce que disait cyniquement mais justement le commissaire principal au notaire placé en garde à vue : "vous avez le droit de téléphoner à votre avocat mais votre avocat n'a pas le droit de venir !".
L'avocat a maintenant sa place en garde à vue, pas seulement pour s'assurer que les droits humanitaires du gardé à vue sont respectés (soins, nourriture, repos) et qu'il n'est pas violenté, mais pour être le contre-pouvoir de méthodes policières souvent génératrices d'aveux extorqués, dans l'étouffoir d'un huis-clos.
Les policiers ont d'abord regimbé contre la présence de l'avocat en garde à vue, celui-ci étant considéré comme un "empêcheur de garder à vue en rond"... mais ils ont fini par admettre, à l'épreuve des faits, que cette révérence aux droits de la défense issue de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'était pas si bête ni si inutile et puis, aujourd'hui, c'est entré dans les mœurs, les policiers respectent la présence des avocats qui assurent les permanences de garde à vue parce que si, d'un côté, ils protègent le gardé à vue contre les déviances bien connues d'un tel huis-clos et sont à cet égard des "cerbères", de l'autre, ils rationalisent et font progresser l'enquête en incitant le gardé à vue à ne pas dire n'importe quoi (qui se retournerait contre lui inévitablement) lors des auditions et confrontations : "le philosophe a démontré le mouvement en marchant"...
Pour en revenir à ce film écrit et réalisé trente ans plus tôt : il est admirable et captivant, jusqu'à nous prendre à la gorge.


Une histoire simple
Une histoire simple
DVD ~ Romy Schneider
Prix : EUR 11,70

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Les enfants de la rupture., 3 octobre 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Une histoire simple (DVD)
Ce film commence avec un avortement caché et s'achève avec une grossesse affichée.
Dans les deux cas, l'enfant qui ne naîtra pas et celui qui naîtra sont les enfants de la rupture et des enfants sans père, ils ont seulement des géniteurs tenus dans l'ignorance de leur paternité, hélas : une éviction qui ne fait pas honneur à la cause de la femme émancipée car aucun enfant ne se construit harmonieusement sans une figure maternelle et une figure paternelle, pourquoi ne pas le dire ?
Marie (Romy Schneider) est une femme quadragénaire divisée qui ne sait pas bien où elle va.
Elle n'a pas résolu l'impasse de sa rupture avec Georges (Bruno Cremer), le père de son fils adolescent, avec lequel elle renouera une relation vouée à l'impasse, et elle ne résout pas l'impasse de sa rupture avec un homme qui l'aime mal parce qu'il ne se sent pas à la hauteur de ses exigences (Claude Brasseur), Serge boit et s'oublie à force de ne pas se sentir à la hauteur, jusqu'à l'impasse, c'est d'une femme plus simple qu'il a besoin.
Marie fait passer sa déception et son espoir par le filtre de l'enfant considéré comme un salut, celui qui ne naîtra pas et celui qui naîtra.
Elle n'est pas égocentriquement repliée dans ses amours chaotiques, elle a des collègues de travail, des ami(e)s, des engagements syndicaux et humains, une implication dans le réel et un goût des autres : une femme vivante et vibrante.
Mais une femme dont l'histoire n'est pas simple.
0n en vient à se demander si Claude Sautet l'a qualifiée de "simple" pour ne pas se risquer au mot "banale".
Banale, oui, parce que tout ce que l'on voit dans cette histoire est puissamment banal, je n'ai pas dit ordinaire.
Séparation, solitude, détresse, confusion des sentiments, relations écorchées de l'après-divorce - celui qui rôde autour de l'école (Jean-François Garreaud) où son ex-épouse (Eva Darlan) vient chercher leurs enfants, et lui remet le chèque mensuel de la pension alimentaire, "daté et signé" précise-t-il, en essayant pathétiquement de faire vibrer des cordes mortes (brève mais superbe scène) -, plaidoyer pour l'union conjugale durable et protectrice si même frustrée (Francine Bergé), facéties de la femme enfant qui fait le clown pour ne pas pleurer (Sophie Daumier), sagesse ironique de la femme très mûre qui n'a plus rien à gagner ni à perdre dans ces méandres de la vie, la mère de Marie (Madeleine Robinson).
Et puis l'amitié entre deux femmes, entre deux sœurs de cœur, Marie et Gabrielle (Arlette Bonnard), qui essaient de sauver celui qui ne veut pas être sauvé, le mari de Gabrielle, Jérôme, jeté au placard des archives, broyé par la machine de l'entreprise qui se débarrasse comme d'un mouchoir de celui qui n'est plus "rentable", et qui n'y survivra pas (Roger Pigaut).
Tout cela est montré et dépeint par un Claude Sautet plus virtuose que jamais, incisif, subtil, suggestif, doué d'un coup de patte narratif magnifié par la rigueur tranchante du scalpel, dans ces ambiances qui n'appartiennent qu'à lui, un bistrot bruyant et enfumé où les solitudes se collent dans la promiscuité, une maison de campagne où les solitudes se réchauffent sans se fondre, et les lieux improbables du désarroi - une route où un couple lutte contre une crevaison sous une pluie battante - et, plus généralement... la pluie, si chère à Claude Sautet, pour tous les symboles qu'elle porte.
Ce film est très intelligent, très sensible et très beau.
Très sombre aussi.
Tous les acteurs, Romy Schneider au premier plan (dont on sait qu'elle l'a "commandé" à Claude Sautet qui ne savait rien refuser à son actrice fétiche et qui lui a écrit sur mesure une "histoire de femmes"), sont magnifiques.
Il reste que rien n'est simple dans cette histoire.
Parce que rien n'est simple quand une histoire nous parle de deux enfants de la rupture, voulus par une femme mais sans père.


Le Cave se rebiffe
Le Cave se rebiffe
DVD ~ Jean Gabin
Proposé par plusdecinema
Prix : EUR 6,34

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5.0 étoiles sur 5 Les millions, ça se divise..., 2 octobre 2014
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... mais les années de placard, ça s'additionne !
Ce film sans prétention et somme toute très conventionnel dans le genre de son époque est jubilatoire.
Grâce à ses brillants acteurs et aux succulents dialogues de Michel Audiard.
On est ici dans une tradition du film de divertissement "à la française".
Un vieux truand qui coule une retraite paisible et confortable en Amérique du Sud, l'inénarrable Jean Gabin dit "le Dabe", est approché par un chef de "bras cassés", l'impayable Bernard Blier, époux d'une ex-prostituée (Ginette Leclerc) qui fait cuire le gigot dominical dans la cuisine d'un "claque" déguisé en maison bourgeoise.
On compte sur "Le Dabe" pour mener à bien l'une de ces juteuses opérations de "fausse monnaie" dont il eut le secret avant de se retirer du monde des truands.
La monnaie contrefaite sera hollandaise.
Parce que "Le Dabe" a achevé sa carrière de faux-monnayeur avec un fiasco hollandais (une royale démonétisation avait mis ses billets flambant neufs à la corbeille !), il accepte de reprendre du service, histoire de régler un vieux compte avec une vieille frustration...
Le voici qui débarque à Paris chez les "bras cassés".
Impérial...
Il dicte ses conditions, impose ses exigences et tout le monde s'écrase, parce que sans lui, rien n'est possible.
Mais il n'est point de fausse monnaie sans un graveur d'élite.
Et ici, le graveur d'élite, c'est "le Cave" (l'un des meilleurs rôles du sous-estimé et regretté Maurice Biraud).
Un graveur d'élite au chômage, marié à une "pétasse", osons le mot (excellente Martine Carol, dans le genre), un homme frustré et méprisé dans sa vie privée qui découvre, bien malgré lui, ses dons de "Rubens du faux talbin"...
C'est "Le Dabe" qui les lui reconnaîtra !
La fin de ce film jubilatoire est immorale...
Mais la fin de ce film jubilatoire est morale...
Avec un humoristique rappel des sanctions pénales applicables au trafic de fausse monnaie...
Comme quoi "Le Dabe" avait raison : les millions, ça se divise, mais les années de placard, ça s'additionne !
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Les Granges brulées
Les Granges brulées
DVD ~ Alain Delon
Proposé par ___the_best_on_dvd____
Prix : EUR 8,29

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4.0 étoiles sur 5 Un juge d'instruction sans son greffier..., 1 octobre 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Granges brulées (DVD)
Il n'est pas rare, euphémisme, que la représentation cinématographique des grilles et des codes judiciaires prenne des libertés narratives, comme on dirait des "licences poétiques", avec l'orthodoxie du réel, ainsi voit-on dans cet excellent film des années 1970 un juge d'instruction urbain mener son enquête criminelle dans un Haut-Doubs rural, pauvre et enneigé en l'absence permanente du greffier sans lequel pourtant sa recherche de la vérité, à charge et à décharge, si fructueuse soit-elle, ne sera qu'un chiffon de papier : ceci soit dit en souriant (cela n'a bien sûr pas d'importance) mais juste pour ordre, car le cinéma n'est jamais exact quand il s'intéresse à "Dame Justice", comme si ses traits par trop figés voire austères n'étaient pas photogéniques...
Oubliée l'absence du greffier qui devrait pourtant suivre son juge d'instruction comme son double et muni de tous ses outils de scribe légal, reste l'histoire racontée par le film.
Un crime de sang hivernal commis en rase campagne montagneuse sur la personne d'une jeune femme dont on ne sait pourquoi elle est là.
Une ferme à proximité de la scène de crime.
Une ferme occupée par trois générations d'une famille - parents, enfants, petits-enfants - qui vit à la dure, sa production laitière procure tout juste deux mille francs par mois à cette petite communauté.
Une famille fédérée et dominée par une femme, ensemble épouse, mère et grand-mère.
Simone Signoret l'incarne, elle s'appelle Rose.
Elle dirige, surveille, morigène et protège, elle dit la loi dans le huis-clos familial et elle camoufle les transgressions face à la Loi : elle règne.
Admirable Simone Signoret qui, à l'instar de Jean Gabin, n'a pas besoin de beaucoup de mots quand un regard clair et pénétrant fusant d'un visage aux traits lourds mais harmonieusement modelés, une silhouette dense mais racée, une démarche ferme mais élégante, sont plus éloquents que n'importe quel discours.
Ses deux fils, l'un surtout, sont suspects mais c'est avec elle que le juge d'instruction devra se colleter : elle est omniprésente sur son chemin, mur et bouclier.
Alain Delon est le juge d'instruction, il s'appelle Pierre Larcher.
Alain Delon le donne avec une belle palette de nuances, ce que je dis d'autant plus volontiers que je n'aime pas cet acteur, pour mille raisons, qui a cependant été capable du meilleur pourvu qu'il fût intelligemment et strictement dirigé, ce qui est bien le cas ici.
Pierre Larcher est un juge d'instruction sûr de son autorité institutionnelle, de ses pouvoirs d'investigation et de son intuition de limier, sauf qu'il n'a pas prévu l'imprévu : être subjugué par la personnalité charismatique de Rose qui règne avec une économie de langage n'ayant pas cours en ville, ni ne se calcule à l'école nationale de la magistrature.
Il est divisé entre son besoin d'élucider une affaire criminelle sordide - une femme jeune et belle a été massacrée et il dit, de manière totalement irréaliste (voir plus haut) qu'il ne le supporte pas - et son désir d'épargner Rose, mère de deux suspects qui le laissent froid et femme hors du commun qui l'émeut.
Le "couple" Signoret-Delon est remarquable de justesse et de sobriété.
Tous les autres acteurs sont bons (Paul Crauchet, Christian Barbier, Fernand Ledoux, Jean Bouise, Miou-Miou et Bernard Lecoq à leurs débuts, etc.), et la réalisation de Jean Chapot est bien digne de cette fameuse "qualité française" regrettablement moquée par les cinéastes de la nouvelle vague.
Excellent film, donc, si ne c'est que notre juge d'instruction a oublié qu'il n'est rien sans son greffier...
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Falstaff
Falstaff
DVD ~ Giuseppe Verdi

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Riccardo Muti dans les pas d'Arturo Toscanini., 29 septembre 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Falstaff (DVD)
10 avril 2001.
C'est l'année du centenaire de la mort de Giuseppe Verdi.
Nous sommes à Busseto, sa terre natale, et les premières images du DVD nous donnent un aperçu de la belle place où trône une statue monumentale du Maestro assis.
Nous entrons dans le "Théâtre Verdi" où va être donnée cette représentation de Falstaff, un théâtre construit du vivant du compositeur et dont le projet, à l'époque, avait fait gronder sa colère (il entretenait des rapports fort houleux avec les édiles de Busseto), le récit de cette colère est savoureux mais c'est du passé et, aujourd'hui, on est heureux de voir Verdi chez lui et sur ses planches, dans ce très joli mais minuscule théâtre qui compte moins de quatre-cents places.
Cette même année 2001 et dans ce même théâtre, fut donnée une insolite mais magnifique représentation d'Aïda, dans la mise en scène de Franco Zeffirelli et sous la direction musicale de Carlo Bergonzi.
Cette représentation de Falstaff est passionnante et enchanteresse.
Passionnante parce que, donnée pour le centenaire de la mort de Verdi sous la baguette de Riccardo Muti, elle s'inspire trait pour trait de celle qui, dans le même lieu, avait été donnée en 1913 pour le centenaire de sa naissance, sous la baguette d'Arturo Toscanini.
Ainsi le choix de reprendre à l'identique la mise en scène, les décors, les lumières et les costumes de 1913 a-t-il a été fait.
Un choix particulièrement heureux, étant rappelé que l'action de cette comédie lyrique shakespearienne se situe à Windsor sous le règne d'Henri IV d'Angleterre (début du XVème siècle), et que Sir John Falstaff s'enivre et se goinfre dans la pittoresque auberge de la Jarretière.
Participent de la truculence, de l'exubérance et de l'humour burlesque de cette comédie lyrique une mise en scène conçue pour faire entrer de plain-pied le spectateur dans le petit monde de Windsor qui nous est montré "dans son jus" ; des lumières chaudes, fauves ou bleutées mais nous faisant oublier que l'électricité existe ; des costumes dont la surcharge est théâtralement éloquente, aux couleurs outrées, jaune d'or, rouge rubis, bleu turquoise, vert claquant, sauf bien sûr pour l'exquis couple d'amoureux formé par Fenton et Nanetta, dont la fraîcheur et la grâce juvénile requièrent des tons pastel.
Le tout est un régal pour l'œil dans une ambiance joyeuse.
Mise en scène de 1913 mais mise en scène moderne pour un opéra moderne créé en 1893, dont on a dit qu'il était le premier opéra du XXème siècle.
Passionnante parce que l'exiguïté du "Théâtre Verdi" a conduit Riccardo Muti, comme l'avait fait Arturo Toscanini, à donner Falstaff dans sa version "opéra de chambre", avec un effectif orchestral réduit (les cordes se replient devant les instruments à vent), ce qui est la version initialement voulue par Giuseppe Verdi qui avait déclaré que son Falstaff était destiné à être représenté dans sa villa Sant'Agata, dans l'intimité donc.
La postérité en décidera certes autrement mais il est passionnant d'entendre Falstaff dans cette version conforme aux souhaits de son génial inventeur et de constater à quel point "cela va de soi" alors même que l'on a en tête toutes les superbes versions "grand format".
Représentation enchanteresse.
La direction de Riccardo Muti à la tête de son orchestre de la Scala en formation restreinte est merveilleuse, tant dans le rythme, la fièvre, les bondissements, la maîtrise du discours continu, la parodie - le "hi-han" instrumental qui ponctue le "oui, je suis un âne..." de Falstaff, un exemple parmi tant d'autres - que dans les infinis raffinements d'une partition se faisant dentelle incrustée de perles et de diamants.
Comme pour celle précitée d'Aïda, ce sont de jeunes chanteurs encore peu connus qui ont été choisis - ils feront leur chemin -.
Dans le rôle titre, Ambrogio Maestri, alors âgé de trente et un ans seulement, est époustouflant, en voix et en interprétation : il possède son rôle comme s'il en avait une très grande expérience et sans qu'à aucun moment sa jeunesse, qui n'est pas celle de "l'énorme bedaine sur laquelle on fait des farandoles", lui donne un défaut de crédibilité, lequel aurait pu ne pas être entièrement masqué par les talents du costumier, du maquilleur et du perruquier.
Roberto Frontali est parfait en Ford.
Les femmes sont toutes excellentes, Barbara Frittoli en Mrs. Alice Ford, Bernadette Manca di Nissa en Mrs. Quickly, Anna Caterina Antonacci en Mrs. Meg Page.
Notre couple d'amoureux maintenant.
C'est avec ce couple lyrique mozartien que je termine parce que j'ai été subjuguée par le Fenton de Juan Diego Florez et la Nanetta d'Inva Mula.
Tous deux également merveilleux et au même niveau exactement : voix, timbre, chant et grâce, ils ont tout.
Oui, cette représentation de Falstaff est passionnante et enchanteresse, dans une mise en scène moderne d'un opéra moderne et, à qui ne connaîtrait pas ce chef d'œuvre, c'est elle que je recommanderais pour une découverte, Falstaff ne devant bien sûr pas être découvert au seul disque car c'est "le" spectacle total, par excellence, dans l'histoire de l'art lyrique.
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