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Contenu rédigé par Jérôme
Classement des meilleurs critiques: 4.317
Votes utiles : 148

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Commentaires écrits par
Jérôme

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Wilderness
Wilderness
par Lance Weller
Edition : Poche
Prix : EUR 10,60

5.0 étoiles sur 5 Une énième perle de chez Gallmeister, 4 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Wilderness (Poche)
Je suis un peu surpris du peu de commentaires pour ce roman.
Car "Wilderness" fait partie de ces livres qui vous restent en tête, longtemps après avoir tourné la dernière page.
J'ai lu récemment "La dernière frontière" d'Howard Fast est l'effet a été le même: je suis soufflé par la puissance de l'écriture, par l'âpreté, la violence et la crasse qui suintent de ces pages.
Par cette plongée passionnante, vivante et mémorable dans les XIXe et début XXe siècles, époques qui m'intéressent fortement.
J'ai beaucoup aimé la justesse et la gravité dans ces passages où Abel, le personnage principal, évoque cette guerre de Sécession ("Civil War" en V.O.): il parle de sa difficulté à en parler, de la peur qu'il éprouve à l'idée d'horrifier n'importe quelle personne l'écoutant raconter toutes les horreurs auxquelles il a assisté. C'est beau, c'est fort, ça vous prend aux tripes.
Il faut du talent et des c... pour arriver à exprimer ça.
Les Américains parlent de "grand roman américain"; "Wilderness" en fait assurément partie.
Et ne fait que confirmer, en outre, l'excellente estime que j'ai pour la maison Gallmeister.


Long Journey Home (Bof)
Long Journey Home (Bof)
Proposé par thebookcommunity_fr
Prix : EUR 27,34

5.0 étoiles sur 5 A vous donner la chair de poule..., 27 avril 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Long Journey Home (Bof) (CD)
Ce doit facilement être le 2e ou 3e (même) CD que j'achète, ayant rayé les précédents à force de réécoutes...
L'un de mes grands frères -aussi féru que moi de musique irlandaise- me l'avait fait découvrir il y a plus de dix ans, et je ne m'en suis jamais lassé. Et pour cause: en la matière, c'est le plus bel album que j'ai entendu.
D'abord, j'aime la pochette de l'album: j'ai toujours eu un attrait pour les vieilles photographies.
Ensuite, le contenu: on passe de splendides et poignantes ballades ("Main theme" est de toute beauté) à des danses entraînantes (le génial "The Night that Larry was stretched"), sans oublier Mary Black et son superbe "Paddy's lamentation" sur l'immigration irlandaise aux US au XIXe siècle.
Ces précisions au sujet des chansons ne sont pas anodines: l'album est la B.O. d'une série documentaire éponyme réalisée à la fin des années 1990 et diffusée en Grande-Bretagne, série que l'on peut encore voir, je crois, sur internet, en anglais non sous-titré. Elle raconte justement l'histoire des Irlandais en partance pour les Etats-Unis.

Si vous avez des réticences concernant "Lord of the Dance" ou "Riverdance" (j'ai vu deux fois "Lord...": préférez "Irish Celtic", cent fois mieux car le spectacle est plus incarné et il y a une histoire qui n'a rien de niais), vous pouvez sans hésiter écouter ce CD, très loin des CD de piètre qualité vendus dans de grands magasins (comme la F...C), qui ne différencient pas musiques irlandaise et Celte...

P.S. 1) Sur Youtube, regardez les vidéos de Dennis Cahill et Martin Hayes, duo de musiciens au talent stupéfiant.
2) Si vous connaissez (et adorez!) "The Foggy Dew" par Sinéad O'Connor et The Chieftains, je vous conseille aussi l'album "The World Wide Over", avec un morceau superbe -et surprenant- par Mr Gordon Summer alias Sting...


Vol.2-Elly Maze
Vol.2-Elly Maze
Proposé par RAREWAVES USA
Prix : EUR 27,92

4.0 étoiles sur 5 Du très bon!, 27 avril 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Vol.2-Elly Maze (CD)
J'ai découvert ce groupe par hasard, en écoutant leur reprise de "Somewhere South of Macon".
Leur version est géniale! Il y a un côté un peu cinématographique; je la verrais bien au générique d'une série, genre "True Detective" nouvel opus mélangé aux romans de Craig Johnson... ça irait super bien!
D'autres chansons à écouter: "Arkansas" (magnifique), "Highway 55", "Home to you" et "Indiana Moon" (avec le son du vieux disque!).
Les autres se laissent écouter, mais sans plus car peu originales et assez répétitives, d'où mes quatre étoiles.


La Culasse de l'enfer
La Culasse de l'enfer
par Tom Franklin
Edition : Broché
Prix : EUR 22,30

5.0 étoiles sur 5 Une claque, 26 avril 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Culasse de l'enfer (Broché)
Il y a des romans qui vous remuent, vous prennent aux tripes.
Des romans dont les toutes dernières pages ne vous laissent ensuite que le temps de refermer le livre, de le poser et de dire: "nom de d..."
Des livres que les âmes (lecteurs) sensibles ne liront sans doute pas, car tout le monde n'est pas client d'un tel "voyage": si la poésie (dont je ne suis pourtant pas fan), l'amour des espaces et du terroir américains, une enquête policière et la chaleur humaine sont présents, la brutalité et la violence aussi, parfois au-delà du soutenable.
Mais la littérature doit-elle édulcorer?
Sûrement pas, car comme l'a écrit Denis Robert dans "La domination du monde": "Les livres sont des barrages, et la réalité c'est quand on se cogne". Et Cormac McCarthy n'aurait jamais pu publier "Méridien de sang".

Alors plongez-vous dans "La Culasse de l'enfer" de Tom Franklin, dont j'ai achevé la lecture il y a 48 heures et qui a rejoint tous ces livres que je range là, précieusement, dans un coin, avec des petites fiches pleines d'annotations, en sachant très bien que, pour ce qui est de cette "Culasse...", je m'y replongerai forcément un jour...

« Il savait que cette guerre était finie pour lui, mais que pour les autres, elle fumerait encore au siècle prochain. L’enfer de la Culasse s’était ouvert, et sa fermeture, quand elle viendrait, serait très lente. Dans les années à venir, les commerçants de Grove Hill et de Coffeeville considéreraient les arbres et les ombres dessinées entre les arbres comme des lieux où des hommes embusqués se tiendraient à l’affût, et dans une époque plus lointaine que Waite n’aurait pas l’occasion de connaître, on avertirait les enfants de Mitcham Beat, Si jamais vous entendez des sabots et le crissement d’un cuir de selle de qualité, vous aurez intérêt à prendre vos jambes à votre cou, car la meute est de retour.

King, conscient qu’il se dirigeait vers Grove Hill, se mit spontanément au trot, les champs bordant la route étant du même gris que le ciel. Tandis qu’il chevauchait, Waite espéra que Sue Alma serait à la maison quand il y arriverait, qu’elle écouterait tout ce qu’il aurait à lui dire. Qu’elle aurait du café prêt. Il espéra que Johnny-Earl ferait la cour à l’infirmière qui lui avait remis le bras en place et l’épouserait et qu’ils viendraient leur rendre visite à Noël. Bientôt, il se mit à somnoler en selle, avec pour dernière pensée lucide le souhait que l’avenir lui permettrait de tenir dans ses bras un nouveau-né du nom de Billy Waite, qui en grandissant deviendrait un homme adulte, respecterait et subirait les lois de l’humanité, et pourrait survivre au monde que le monde était en passe de devenir. »


Histoire d'un Allemand : Souvenirs 1914-1933
Histoire d'un Allemand : Souvenirs 1914-1933
par Sebastian Haffner
Edition : Broché
Prix : EUR 9,70

5.0 étoiles sur 5 Passionnant et plein d'humour, 16 avril 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Histoire d'un Allemand : Souvenirs 1914-1933 (Broché)
Je ne peux que souscrire aux commentaires précédents: j'ai dévoré ce livre en seulement quelques jours.
Je riais même à certains moment, car c'est bien l'une des qualités de l'auteur: l'humour décalé, genre pour lequel j'ai beaucoup d'affection.
C'est excellemment écrit, très vivant.
Je ne peux m'empêcher de recommander en complément l' "Histoire" d'un autre Allemand, Maxim Leo, chez le même éditeur.

Ayant lu cela à 32 ans, me reste cette question destinée à l'Education Nationale: pourquoi ne m'/nous a-t-on pas appris l'Histoire de cette manière, en lieu et place de pages absconses, froides et insipides?


MOI MICHEL G MILLIARDAIRE MAITRE du MONDE
MOI MICHEL G MILLIARDAIRE MAITRE du MONDE
DVD ~ François-Xavier Demaison
Proposé par MEDIA PRO
Prix : EUR 5,97

5.0 étoiles sur 5 Le "loup de Wall Street" à la française!, 12 novembre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : MOI MICHEL G MILLIARDAIRE MAITRE du MONDE (DVD)
Je suis tombé sur ce film totalement par hasard...et j'ai été mort de rire tout le long.
Les acteurs (FX Demaison, que j'adore) et Laffitte s'en donnent à coeur joie.
C'est un peu comme si Charlie Hebdo faisait un film satirique sur un gros c... comme le personnage joué par Demaison.
Plus simple et moins ambitieux sur la forme que "99 francs" (l'un de mes films cultes), mais on prend quand même son pied!
Je kiffe!!


La quête de Wynne
La quête de Wynne
par Aaron Gwyn
Edition : Broché
Prix : EUR 22,90

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 "Il expliqua à Russell que, là où ils étaient, ce n'était pas le Vietnam.", 8 octobre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : La quête de Wynne (Broché)
"La quête de Wynne" ("Wynne’s War"), d’Aaron Gwyn, apporte une fraîcheur bienvenue au lot de publications consacrées à l’Afghanistan. Les uns, amoureux de littérature américaine et de « nature writing », comme les autres, lassés des austères ficelles de la géopolitique, se délecteront de la plume aiguisée de Gwyn.

Au cœur de cette "Quête…", Elijah Russell, petit-fils d’un « ranger » dont il a hérité l’amour des chevaux et la loyauté, sauve in extremis un cheval lors d’une fusillade en Irak. Pour cet acte aussi brave qu’insensé, Russell est recruté par le mystérieux capitaine Wynne – qui donne son titre au roman – pour une mission en Afghanistan dont il ignore l’enjeu… si ce n’est que ses compétences en équitation sont requises pour dresser les chevaux destinés aux hommes de Wynne.

Raconté comme un western « à l’ancienne », le roman évoque avec justesse l’affection qui naît entre l’homme et l’animal (« Il prit son temps avec elle. Il fallait voir comment il parlait à la pouliche, comment il s’arrêtait pour lui passer la main sur l’encolure, il fallait voir comment elle s’apaisait sous ses caresses. A aucun moment, il ne donnait l’impression de s’énerver. Si elle faisait ce qu’il attendait de lui, il la caressait et la frictionnait, et dans le cas contraire, il la faisait travailler jusqu’à ce qu’il y parvienne ») comme il dépeint avec tendresse les liens familiaux (« Il dit que tout ça n’avait pas vraiment d’importance, parce qu’il avait toujours su que Russell se débrouillerait bien. Depuis que Russell était petit garçon, son grand-père l’avait toujours su »). Des instants de grâce, tandis qu’ici ou là surgit la violence des hommes, tels le traitement infligé par les éclaireurs Afghans à un Taleb (« On lui avait expliqué ce qui arriverait s’il était capturé par les talibans, ce qu’ils appelaient « la manière afghane » : castration ou éviscération, suivie d’une décapitation »), ou le sort réservé par les soldats américains à un combattant tchétchène…

Empli de sincérité et de poésie, brutal et sans concession dans sa description des atrocités commises de part et d’autre, rythmé et parsemé de dialogues savoureux propres au roman noir, "La quête de Wynne" est un magnifique roman d’aventures qui raconte la folie de l’Homme et questionne le sens de la guerre, thèmes auxquels font écho les réflexions philosophiques de Russell, qui rappellent le chef d’œuvre "La ligne rouge" de Terrence Malick. Imprégnée d’une nature aussi majestueuse qu’inhospitalière, l’écriture d’Aaron Gwyn, auteur originaire des plaines de l’Oklahoma et professeur de littérature en Caroline du Nord, porte clairement (et dignement) l’héritage de Cormac McCarthy, l’une des plus belles plumes américaines contemporaines; c’est d’ailleurs à l’auteur de "De si jolis chevaux" – cité en exergue –, de "La Route" et "No Country For Old Men" (adapté au cinéma par les frères Coen), que Gwyn est volontiers comparé.

« Il avait entendu des gens parler du « brouillard de la guerre », la confusion du feu de l’action, mais ces gens semblaient ne pas comprendre qu’il y avait quelque chose au-delà de cette confusion, au-delà du gris : des circonstances où l’univers se réduisait à du noir et blanc, à un soit/soit, et où les équations que vous parveniez à résoudre étaient à somme nulle. Reconnaître ces circonstances, c’était cela le véritable défi, et Russell se dit que, pour le capitaine, de telles alternatives se résumaient à opter en faveur des principes ou en faveur des individus. »
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Oct 9, 2015 10:10 AM MEST


Le Bureau des légendes - Saison 1
Le Bureau des légendes - Saison 1
DVD ~ Mathieu Kassovitz
Prix : EUR 17,99

10 internautes sur 12 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 "L'école John le Carré", 26 juin 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Bureau des légendes - Saison 1 (DVD)
Ces mots sont du réalisateur Eric Rochant ("Les patriotes", "Mafiosa", "Moëbius"), interviewé par Canal Plus peu avant la diffusion du premier épisode de la série. Une référence qui m'a sérieusement emballé car, j'imagine ne pas être le seul ici, c'est l'un de mes romanciers préférés.

"Le Bureau Des Légendes", énième perle de la case "Création Originale", tient ses promesses: mise en scène au cordeau, acteurs excellents (Darroussin, Zaccaï, etc.), dialogues très justes (et parfois hilarants, comme chez le Carré), sans parler de la tension maintenue tout du long (à cet égard, le dernier épisode est un must!).

Une série tout sauf assommante et qui prend son temps (comme chez le Carré-bis), où ça n'explose pas à chaque plan pour justifier un budget honteusement colossal; où l'on sent, grâce à la "patte" d'Eric Rochant, qu'elle est intelligemment documentée, en phase avec l'actualité géopolitique (Syrie, Algérie notamment).

Un dernier point, côté casting: Mathieu Kassovitz. Avant la diffusion de la série, j'avais une sérieuse appréhension le concernant (surtout qu'il y tient le premier rôle!), ne l'ayant jamais trouvé convaincant comme acteur. Appréhension disparue dès le premier épisode: il est bluffant de justesse.

Si vous aimez la fiction qui ne vous prend pas pour une bille (pour rester poli...), cette série est à voir.


L'homme provisoire
L'homme provisoire
par Sebastian Barry
Edition : Broché
Prix : EUR 19,50

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 « Il y aurait beaucoup à dire sur le fait d’écrire », 12 mai 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'homme provisoire (Broché)
J’ai découvert l’œuvre de Sebastian Barry grâce à Simon McDonnell, musicien franco-irlandais membre du « Trio McDonnell », trio qu’il forme avec son père et son frère et avec lequel il a monté une pièce de théâtre musicale consacrée à l’engagement des Irlandais durant la Grande Guerre. M’intéressant à l’Irlande, à sa littérature et aux prémisses du XXème siècle, Sebastian Barry est le premier romancier vers lequel Simon m’a orienté, et je ne l’en remercierai jamais assez. Sans résumer une nouvelle fois l’histoire de cet « Homme provisoire » car un commentaire précédent s’en est déjà chargé, je dirais simplement que c’est sans nul doute l’un des meilleurs de Barry, entre « Un long long chemin » et « Le testament caché » (je déconseille "Annie Dunne", à mon sens tout à fait dispensable car il n'apporte rien): écriture poétique (un comble pour quelqu’un comme moi que la poésie a toujours emm…dé !) mais jamais ampoulée ou inutilement tarabiscotée, juste, hypersensible, des pointes d’humour décalé ici et là que j’affectionne grandement (la première fois que j'en lis chez ce romancier), une narration qui vous prend aux tripes et qui sait, à point nommé, prendre le rythme trépidant du thriller pour décrire, comme peu d’excellents écrivains savent le faire, un bateau torpillé (début du roman) ou une explosion dans un bar où se trouvent des officiers de l’armée en pleine guerre de 1939-45; ce passage est aussi étourdissant et prenant par son rythme qu’il est époustouflant de maîtrise.

Et vous ne risquez pas d’oublier de sitôt le métier de démineur…

Sebastian Barry me fait un peu penser, côté français, à des auteurs talentueux comme Olivier Adam, Laurent Gaudé ou au cinéaste Philippe Lioret.

Il confirme en tout cas cette chose propre à son œuvre et, de manière générale, aux romanciers Irlandais que j’adore (Colum McCann, Paul Lynch, Dermot Bolger entre autres…): leur écriture est si magnifique et profonde qu’elle vous prend aux tripes et ne vous lâche plus.

Certes, la chronologie n'est pas toujours rectiligne, mais la tonalité du roman, des scènes déchirantes et son écriture splendide font que ces détails de forme n'entament en rien le régal que constitue cette lecture. Pour preuve, j'ai lu ce roman en moins de deux jours!

P.S. Je conseille vivement à celles et ceux qui voudraient se plonger dans l’œuvre de Barry de commencer, hormis celui-ci, par « Un long long chemin », magnifique (mais terrible) roman qui se déroule en 1916 et suit le chemin de Willie Dunne, fils d’un policier de Dublin et qui part au front. Le lecteur est ainsi plongé au cœur de deux guerres : la "Grande Guerre" et la guerre civile irlandaise. Peut-être le meilleur roman de Barry, et aussi l'un des meilleurs que j'ai lus sur la "Grande Boucherie"...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : May 24, 2015 12:49 PM MEST


Le directeur de nuit
Le directeur de nuit
par John Le Carré
Edition : Broché
Prix : EUR 8,80

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Au sommet de son art, 31 mars 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le directeur de nuit (Broché)
« La première chose qu’on apprend sur les marchands d’armes, c’est qu’ils sont toujours des gentils. Les méchants sont à l’autre bout du monde, et les gentils ne les toucheraient même pas avec des pincettes » : l’introduction donne le ton.

Verbe malicieusement piquant et savoureusement assassin, intrigue labyrinthique, humour british à plein régime, conscience aigüe des « affaires du monde » et des êtres, Le directeur de nuit (1) (The Night Manager) publié en 2003 par John le Carré, le Cinq Etoiles du roman d’espionnage britannique, anti-James Bond par excellence, est… une tuerie.

Résumons : Jonathan Pyne ne se remet pas de la mort de sa compagne Sophie, assassinée dans un hôtel en Egypte. Ancien militaire, Pyne décide de raccrocher, de tourner cette page sanglante et de refaire sa vie en Suisse, dans un hôtel fort chic dont il prend la direction (de nuit, d’où le titre). Or Roper, commanditaire du meurtre susmentionné, refait surface, étant de passage – le hasard fait bien ou mal les choses, question de point de vue – à l’hôtel où travaille désormais Pyne. Et ledit Roper de confier une mission spéciale à Pyne, impliquant une plongée dans le trafic d’armes et de drogue… pour le compte des Services Secrets de Sa Majesté. Charmant programme en perspective…

« J’ai vécu avec eux, menti avec eux. Je les connais. […] Je connais leurs villas de Marbella, leur deuxième Porsche dans le garage, et leur attachement inconditionnel à une économie de marché libre, pourvu que ce soit leur liberté et l’économie de quelqu’un d’autre ».

A l’image du cinéaste Andrew Niccol et de son génial Lord of War, avec Nicolas Cage en vendeur d’armes blindé de cynisme – Il y a 1 homme sur 12 qui est armé sur cette planète. La seule question c’est… comment armer les 11 autres ? (2) –, et dans la veine d’Une amitié absolue, Un traître à notre goût et d’Une vérité si délicate (3) –, John le Carré, alias David Cornwell, choisit, pour traiter un sujet d’une telle gravité, la voie « sévèrement burnée » et diablement efficace de l’humour anglais (et grinçant). Il prend ainsi un malin plaisir à « allumer » de ses mots tous ces joyeux lurons que sont trafiquants d’armes et de drogues, intermédiaires multiples, blanchisseurs d’argent sale et autres facilitateurs d’optimisation fiscale (4)…

Sa signature ? Une narration qui, grâce à une traduction française brillantissime, atteint des sommets, une intrigue qui prend son temps (pour mieux enfoncer le clou) et, comme ici, un humour mordant au 48e degré. Si son écriture, qui n’est pas sans rappeler Les Misérables de Victor Hugo, n’était pas inutilement réputée austère et inaccessible, le nombre de lecteurs du romancier s’en trouverait sérieusement augmenté.

Mais, peut-être les raisons de ce « succès d’estime assez confidentiel », pour reprendre les mots d’Alain Chouet (5), sont-elles à chercher ailleurs : sujets trop polémiques ? Trop graves ? Sensibles ? Sérieux ? Compliqués ? Politiques ? Engagés ? Rentre-dedans ? Dommage, car c’est à peu près tout ce qui donne à la littérature ses raisons d’être, comme le formule l’un des personnages de Denis Robert dans La domination du monde : « Les livres sont des barrages. Et le réel, c’est quand on se cogne » (6).

« Tout se passe comme ils l’ont prévu. La came, les armes, l’argent, tout ça gentiment acheminé à destination. C’est l’art de l’impossible porté à la perfection, Rob. Tous les bons moyens sont illégaux, et la seule marche à suivre est pourrie ».

Le politiquement correct ? La diplomatie ? La bienséance ? Le phrasé lisse et policé ? Les cours magistraux de Sciences-Po et de l’ENA ? Les leçons de Nadine de Rothschild ? Eh bien, l’écrivain so british s’assoit sur ces considérations de forme, sort les griffes et, avec une aisance narrative désarmante, envoie des saillies incendiaires et des répliques jubilatoires – Je me suis fait baiser tant de fois et de tellement de façons que je suis devenu expert – qu’aucun journal télévisé n’aura l’audace de citer (7), pas plus d’ailleurs que la moindre conférence internationale sur le sujet.

« Il y a des sphères d’intérêt qu’il ne peut pas et ne doit pas connaître, des questions de politique de haut vol, de hautes personnalités de tout premier plan impliquées, bref, la merde habituelle ».

« Excusez-moi, je suis lent à la détente, aujourd’hui. Vous êtes en train de me menacer de me tuer si je n’accepte pas votre pot-de-vin, c’est ça ? ».

Ultrafin observateur des comportements humains, des cynismes étatiques et autres bassesses, John le Carré en fait la brillante démonstration : un sujet grave ne nécessite pas forcément qu’on l’aborde ou l’attaque avec gravité pour être efficace. Et parce qu’il est John le Carré et qu’il n’y en a qu’un comme lui sur Terre, il y va, il rentre dedans, met les pieds dans le plat, remue la m… et sort la grosse artillerie – un moindre mal pour affronter ce qu’il y a en face, à savoir des « marchands de canon », pour reprendre le sous-titre de l’excellent livre de Jean Guisnel (8) –, nous offrant une cascade de passages mémorables :

« Mais les armes, c’est son grand amour. Il les appelle ses joujoux. Si vous aimez le pouvoir, rien de tel que les joujoux pour vous faire planer. N’allez jamais croire les foutaises du genre une denrée comme une autre, l’industrie des services. Les armes sont une drogue et Roper est accro ».

« On ne pouvait compter que sur nos couilles et notre intuition. On filait des pots-de-vin à tout le monde. Pas étonnant que certains aient choisi la voie de l’illégalité. C’est le seul moyen de faire des affaires ».

Passé par les services de renseignement et les Affaires Etrangères (9) britanniques avant de s’installer, au calme, dans Les Cornouailles (où se déroule une partie de l’histoire, l’occasion de fort belles pages dignes de la trilogie écossaise de Peter May), l’indécrottable romancier met à nu, tel qu’il s’y est toujours adonné et avec un brio qui laisse pantois, la complicité silencieusement coupable des chancelleries, la servilité des élites et des « puissants » – « cet à peu près du peuple » comme les appelait Victor Hugo dans Les Misérables (10) – aux lois du marché de l’armement, ou du marché tout court, de même que les mensonges avancés pour justifier l’injustifiable.

« Les hommes comme lui sont les imposteurs secrets de notre société. Ils vendraient leur propre mère tout en se prenant pour Dieu ».

« Il était redevenu un espion, sans principes et sans scrupules. La vérité était le dernier de ses soucis ».

Sans jamais tomber dans le pamphlet, mais avec la force, le piquant et la profondeur communs à son œuvre (et à toute littérature contestataire digne de ce nom), l’auteur fustige les faussetés érigées en état d’esprit (La soif du pouvoir élevée au rang de langue de bois constitutionnelle), déversées jusqu’à l’indigestion par la voie d’une presse, sauf rares exceptions, raccord avec cette partition (Les politiciens mentent à la presse, ils voient leurs mensonges imprimés et ils appellent ça l’opinion publique, écrit-il dans Une amitié absolue), et destinées à une population tenue à l’écart, sommée de rester spectatrice d’enjeux pourtant colossaux – Il y a des choses trop dangereuses à savoir, avertit l’un de ses personnages dans La constance du jardinier (11).

Dans Le directeur de nuit, dont la lecture devrait être obligatoire dans le monde entier (universités incluses), armes et drogues sont les composantes d’un jeu d’échecs planétaire et criminel, opaque mais bien réel, où les pions sont des vies humaines, les bénéfices himalayens (12) et les relents salement mafieux mêlent arrogance, conflits d’intérêt, « esprit de corruption » (13), impunité absolue et… commerce de la mort.

En s’attaquant aux « sous-branches » du crime organisé, à ses acteurs et à leurs accointances diverses (milieux d’affaires, sphères politiques, institutionnelles, judiciaires…), ce roman entre en résonnance avec, côté anglo-saxon, le magistral La griffe du chien de Don Winslow (14), et Cobra de Frederick Forsyth – N’importe qui peut forger de faux relevés de compte du moment qu’on ne pourra jamais vérifier leur authenticité (15).

Côté français, citons La domination du monde, explosif roman de Denis Robert – Personne ne doit mettre le nez dans leurs affaires, sinon, tout s’écroule… Evidemment, ces hommes se croient intouchables (16), et Les yeux de Lira, polar coécrit par l’ancienne juge d’instruction Eva Joly et la journaliste Judith Perrignon (17). Enfin, en Russie, la journaliste et romancière Julia Latynina, alter-ego féminin et russe de John le Carré (en plus jeune…), incarne la relève littéraire de la très regrettée Anna Politkovskaïa. Auteure de chroniques économiques pour différents journaux dont Novaya Gazeta, elle a publié en 2008 La chasse au renne de Sibérie, trépidant (et hilarant) roman noir doublé d’une fresque sociale vivante et fouillée, mettant en avant les liens entre économie et criminalité dans la Russie contemporaine (18).

En outre, face à ce bras d’honneur des marchands de mort à la notion même d’humanité, des initiatives citoyennes offrent des lueurs d’espoir. La preuve en est ControlArms, campagne mondiale née en 2003 et défendue par des organisations telles qu’Oxfam et Amnesty International, en faveur de la ratification d’un traité international pour le contrôle du commerce des armes, mouvement auquel s’est joint l’acteur principal de Lord of War, Nicolas Cage (19). Le site de ControlArms fait savoir qu’en 2006 « 153 gouvernements de l’ONU [avaient] finalement voté la création d’un traité international et que la dynamique qui s’[était] créée n’[avait] cessé de s’amplifier », atteignant, côté citoyens, la millionième signature en 2012 (20). Mais il aura fallu attendre fin 2014 pour que le Traité entre en vigueur aux Nations Unies, où il a été ratifié par cinq des dix plus importants exportateurs d’armes au monde (21). Ratification qui ne rime pas avec application, machine onusienne oblige…

Arguties juridiques, lenteurs procédurales, arrangements en bonne et due forme, cela conjugué à un cirque diplomatique frisant le (mauvais) théâtre de boulevard et à une presse au mieux ignare, au pire désintéressée : le cocktail idéal pour laisser aux vendeurs d’armes le soin de poursuivre leur commerce mortel, affuter leurs arguments (aidés de juristes payés rubis sur l’ongle) en vue de la prochaine plaidoirie, et échapper à la justice… Tous les éléments dont se sert l’auteur pour donner du mordant à ce roman.

« Continuez à arranger nos affaires. Le citoyen honnête en sait déjà trop, Ed. Toute information supplémentaire nuirait à sa santé. C’est comme à la télé : cinq secondes sur n’importe quel sujet, c’est déjà trop, pour les gens. Ils doivent être standardisés, Ed, pas déstabilisés ».

Après le poignant et rageur – bref, magnifique – The Constant Gardener en 2006 sous la caméra de Fernando Meirelles – et les basses œuvres de l’industrie pharmaceutique au Kenya (22) –, La taupe en 2011 réalisé par Tomas Alfredson, Un homme très recherché (23) filmé par Anton Corbjin en 2013 et racontant le périple d’un Tchétchène se réfugiant dans une Allemagne en « guerre contre le terrorisme », Un traître à notre goût sur un couple de britanniques baladé entre les services secrets et la mafia russe (24), et prévu au cinéma pour le premier semestre 2015 (25), Le Directeur de Nuit est, lui aussi, sur les rails d’une adaptation, qui prendra la forme d’une mini-série produite par la BBC (26). Le rôle du trafiquant d’armes, Roper, sera en principe tenu par Hugh Laurie, plus connu de nombreux téléspectateurs sous le nom de « Dr. House ».

Deux choses : 1) espérons que ces adaptations permettent de faire connaître plus largement l’œuvre de John le Carré, souvent cité (avec admiration) mais plus rarement lu (par appréhension) ; 2) grâce aux scénaristes et producteurs (27), et par respect à l’égard du roman, gageons que les personnages du roman enverront à l’écran des répliques du même acabit, à l’image du nommé Corkoran, mémorable à tous points de vue. Aussi mémorable, d’ailleurs, que cette réponse faite par les « marchands de canons » à l’écrivain, évoquant l’hypothèse d’un échange moyennant finances « armes contre drogue » : Enfin, quand même, on vend des armes, nous, pas de la drogue. C’est vrai, quoi. Comment on se débarrasserait de la camelote, d’abord ? C’est illégal, ça (28).

Jérôme Diaz

L'auteur de cet article tient à remercier la romancière Dominique Manotti et Isabelle Perrin, traductrice officielle de John le Carré, pour leurs relectures et remarques avisées.

(1) Publié au Seuil en 2003, traduit par Mimi et Isabelle Perrin.

(2) Extrait de la scène d’introduction du film, visible ici :

[...]

(3) Publiés au Seuil, Une amitié absolue (Absolute Friends) publié en 2004 et traduit par Mimi et Isabelle Perrin, Un traître à notre goût (Our Kind of Traitor) et Une vérité si délicate (A Delicate Truth) publiés en 2011 et 2013, traduits par Isabelle Perrin.

(4) Sur l’aspect fiscal, voir Evasion fiscale. Le hold-up du siècle, documentaire de Xavier Harel avec la collaboration de Rémy Burkel, diffusé sur France 5 :

[...])

Documentaire édifiant, d’autant plus qu’il y est question de Viktor Bout, tristement célèbre trafiquant d’armes qui a inspiré le personnage principal du film Lord of War.

(5) Cette expression d’Alain Chouet, ancien Directeur du Service Renseignement de Sécurité de la DGSE, est extraite de son ouvrage La sagesse de l’espion, publié en 2011 aux éditions L’œil Neuf.

(6) La domination du monde, publié aux éditions Cercle Points en 2006.

(7) L’auteur de ces lignes recommande aux lecteurs et lectrices de visionner l’excellente émissionDemocracy Now !, à laquelle le romancier était convié en 2011, au moment de la publication d’Un traître à notre goût. Entretien-fleuve (en anglais non sous-titré) franc et vivant dont la vidéo est à cette adresse :

[...].

(8) Armes de corruption massive. Secrets et combines des marchands de canon, Jean Guisnel, La Découverte, 2011.

(9) Pour plus d’informations à ce sujet, voir son entretien pour l’émission Democracy Now ! (Note n°7).

(10) Les Misérables, de Victor Hugo, publié pour la première fois en 1862, texte intégral réédité en un seul volume chez Pocket en 2013. Critique de l’auteur ici :

[...]

(11) Publié au Seuil en 2001, traduit par Mimi et Isabelle Perrin.

(12) 1200 milliards de dollars par an est le chiffre mentionné dans Armes, trafic et raison d’Etat, documentaire de Paul Moreira et David André, diffusé en 2009 sur Arte. Présentation sur le site d’Arte ici :

[...]

le film est visible là : https:[...]

(13) Formule empruntée au titre du livre L’esprit de corruption des magistrats français Eric Alt et Irène Luc, spécialistes de la lutte contre la délinquance financière et économique.

(14) La griffe du chien (The Power Of The Dog) raconte vingt-cinq années de guerre – perdue – contre la drogue entre les Etats-Unis et le Mexique. Roman publié en 2007 aux éditions Le Cercle Points, traduit par Freddy Michalski.

(15) Cobra, de Frederick Forsyth, publié en 2011 chez Albin Michel, traduit par Pierre Girard.

(16) Voir note n°5.

(17) Publié aux Editions des Arènes en 2011.

(18) Traduit par Yves Gauthier, publié chez Actes Sud, coll. Babel Noir.

(19) La campagne de sensibilisation par Nicolas Cage auprès d’Amnesty est visible ici :

[...]

Outre le film Lord of War, l’excellent documentaire Armes, trafic et raison d’Etat (cf. note n°12) traite précisément de la campagne « ControlArms ».

(20) Informations disponibles sur le site de ControlArms ici :

[...]

(21) La France est au nombre des pays signataires, la Russie et la Chine ont refusé de ratifier le Traité :

[...]
(22) Adapté du roman La constance du jardinier, publié en 2001 au Seuil et traduit par Mimi et Isabelle Perrin.

(23) Un homme très recherché (A Most Wanted Man), publié au Seuil en 2008, traduit par Mimi et Isabelle Perrin.

(24) A propos de la mafia russe à Londres, l’auteur de ces lignes recommande le film Les promesses de l’ombre (Eastern Promises) réalisé par David Cronenberg.

(25) Long-métrage réalisé par Susanna White, avec Ewan McGregor, Naomie Harris, Stellan Skarsgard et Damian Lewis (Nicholas Brody dans la série Homeland), d’après un scénario adapté par Hussein Amini (Drive) :

[...]

(26) Article ici :

[...]
(27) A l’heure où ces lignes sont écrites, hormis la société de production Ink Factory déjà à l’œuvre surUn homme très recherché et le nom de David Farr, scénariste de la série MI-5,

(informations ici : [...])

impossible de savoir si le romancier sera associé à cette adaptation. A noter que deux de ses enfants sont producteurs d’Un homme très recherché et d’Un traître à notre goût.

(28) Extrait de l’introduction du roman.


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