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Véro

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Les années
Les années
par Annie Ernaux
Edition : Poche
Prix : EUR 7,40

14 internautes sur 16 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Retour sur les soixante dernières années, 14 mars 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les années (Poche)
Le livre largement autobiographique est, selon les propres dires de l'auteure, le fruit de nombreuses années d'écriture impliquant des milliers de notes biographiques qu'elle a consignées dans une sorte de journal dans l'attente de trouver LA forme idéale qui serait «un récit glissant, dans un imparfait continu, absolu, dévorant le présent au fur et à mesure. Une coulée suspendue, cependant, à intervalles réguliers par des photos et des séquences de films qui saisiront les formes corporelles et les positions sociales successives de son être constituant des arrêts sur mémoire »

À mon sens, son choix de aucun «je» dans ce qu'elle voit comme une sorte d'autobiographie impersonnelle, mais «on» et «nous» comme si, à son tour, elle faisait le récit des jours d'avant conduit à une vraie réussite tout à son honneur rendant l'ensemble beaucoup moins nombriliste et pour le moins plus original que bien d'autres ouvrages du même genre.

Bien qu'une vingtaine d'années nous séparent, l'auteure et moi, il est assez surprenant de me retrouver avec autant de précision et de similitudes dans sa mémoire personnelle et ses ressentis du monde qui l'entoure, qui nous entoure.
J'ai donc parcouru ces soixante dernières années en accord parfait avec l'auteure, suivant l'évolution sociale marquée de petits et grands événements (pas toujours des plus réjouissants) en harmonie avec ses diverses interprétations. Loin d'être un ouvrage nostalgique d'un «bon vieux temps» à jamais révolu, force est de reconnaître néanmoins que les vingt dernières années laissent plutôt place à un sentiment dénué d'orientations, de convictions et ainsi d'espoir

J'ai aussi noté une phrase représentative de cette dernière décennie et qui me met largement mal à l'aise tant elle se vérifie inexorablement au quotidien : «Il y avait de nouveau une envie de servitude et d'obéissance à un chef.» Évidemment cette constatation met bien à mal les convictions de l'auteure, militante de la liberté individuelle qu'elle revendiquait avec bien d'autres en 68.


Le vrai est au coffre
Le vrai est au coffre
par Denis Lachaud
Edition : Poche
Prix : EUR 7,00

1 internaute sur 3 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Un peu sur ma faim !, 29 janvier 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le vrai est au coffre (Poche)
Si je n'avais pas entendu dire tant de bien de ce livre, je l'aurais très probablement rendu. J'ai pourtant poursuivi la lecture me languissant par moments dans l'attente de ces révélations annoncées. Je reconnais alors qu'aux deux tiers de l'ouvrage la narration bascule dans une complexité fort déroutante et je n'ai pas trop regretté d'avoir persévéré.

Cette alternance des pronoms "il", "elle" ainsi que ces accords tantôt masculins tantôt féminins ne déstabilisent pourtant pas outre mesure le lecteur qui perçoit bien la dualité identitaire du personnage principal. Solitaire, rejeté par le monde qui l'entoure et n'y trouvant guère de place il se réfugie dans l'imaginaire.

Même si l'histoire et surtout la construction du récit sont finement conçues, l'ensemble me laisse malgré tout un vif sentiment de confusion. Les pistes ont été délibérément brouillées, les esprits aussi.

J'ai pour ma part aussi bien des difficultés à retrouver cette écriture de Denis Lachaud qui m'avait tant plu dans ses tout premiers romans.


Mal de pierres (cc)
Mal de pierres (cc)
par Milena Agus
Edition : Poche
Prix : EUR 5,10

3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 En Sardaigne, 29 janvier 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mal de pierres (cc) (Poche)
L'histoire de "Mal de Pierres" n'est pas sans rappeler « Un amour noir » de Joyce Carol Oates où la narratrice relate les méandres de l'existence parfois singulière de sa grand-mère. Ici aussi, la petite-fille dévoile l'identité plus intime de son aïeule, ce qu'elle n'était pas parvenue à asseoir de son vivant au sein d'une famille convaincue de son aliénation, de cette folie qui éloigne l'amour. Le récit nous conduit en grande partie dans la Sardaigne d'après guerre où sa situation insulaire revêtait peut-être un caractère encore plus communautaire à ces époques. Ainsi, être quelque peu différent pouvait prendre des proportions telles qu'elles conduisaient à une mise en marge du reste de la communauté.
« Dans chaque famille, il y a toujours quelqu'un qui paie son tribut pour que l'équilibre entre ordre et désordre soit respecté et que le monde ne s'arrête pas. »
Ce serait ainsi sa grand-mère qui dans sa famille aurait payé pour les autres car, selon certaines certitudes, le désordre doit s'emparer d'un des membres pour que les autres soient préservés.

La narration, à grands coups de retours sur le passé, couvre la vie d'une famille sarde sur trois générations depuis la seconde guerre mondiale.
Avec son mal de pierres (qui désigne les calculs rénaux), la personnalité « atypique » de la grand-mère conduit son entourage à considérer qu'elle doit venir de la Lune car ses aspirations, ses comportements se distinguent un tant soit peu du commun des habitants de l'île. Mariée contre son gré, elle a vécu toute sa vie de couple sans amour aux côtés d'un mari à qui elle consacrait toutefois des moments de sexe exaltés, histoire de lui faire économiser un peu de ce qu'il dépensait chez les prostituées. Cependant, dans cette vie de vide affectif, elle fit la rencontre du Rescapé avec lequel elle découvrit de réels émois amoureux qui agrémentèrent ses souvenirs tout au long du reste de sa vie.

J'avoue que j'ai vraiment été emportée par le ton, le style et la grâce de l'écriture de cette auteure qui m'a bien bluffée durant tout le récit. Car le tout dernier et très court chapitre renverse littéralement l'interprétation, totalement envoûtée jusque-là par l'influence manipulatrice de l'auteure.
Cet ouvrage est un bien subtil témoignage du pouvoir de l'écriture sur la fabulation de tout lecteur.
Un très beau livre, vraiment.


Ecrivain (en 10 leçons)
Ecrivain (en 10 leçons)
par Philippe Ségur
Edition : Poche
Prix : EUR 6,10

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Le parcours d'un écrivain, 8 novembre 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : Ecrivain (en 10 leçons) (Poche)
Phil Dechine, le narrateur, étale en toute vanité, son long et laborieux parcours d'écrivain bien mal reconnu depuis les premiers mots griffonnés de sa jeunesse jusqu'à la publication (quand même !) de son roman à succès « la métaphysique du dog ». Dans cet exposé, découpé scrupuleusement en dix parties (ou dix leçons), beaucoup de détails ne sont pas sans allusions au vécu propre de l'auteur même s'il en a grossi caricaturalement les traits (enfin, peut-être pas tant que ça). Ainsi a-t-il veillé à ne modifier que quelques minimes éléments afin que le lecteur perçoive aussitôt ces insinuations.

De ce cheminement semé de bien des embûches, l'auteur en fait donc une facétie plus ou moins satirique aux limites de la bouffonnerie mais qui n'en égratigne pas moins le milieu du livre, par moments.
Sous couvert d'une dérision sans concession (autodérision aussi sans doute), Philippe Ségur pointe avec malice ces passages incontournables voire obligés que sont les rouages de la promotion : les foires aux livres, les interviews de la presse écrite et de la télévision, les séances de dédicaces, et cerise sur le gâteau, les prix littéraires.
Mais avant d'être un objet de marketing et une personne publique, il ne faut pas oublier qu'un écrivain (surtout ce héros-ci) est au quotidien un « artiste » avec ses manies, ses lubies et ses déviances. Ici, le narrateur en est ridiculement prisonnier. Sa création littéraire l'isole bien souvent de son entourage et des réalités. De son côté, il ne doute absolument pas de son immense talent dans un monde qui rechigne à le reconnaître. Sa suffisance excessive dégouline à chaque page et contribue largement à rendre le contenu plutôt guignolesque.

En définitive, quels enseignements tirer de ces dix leçons autour de la vie de Phil Dechine ? Tout d'abord qu'un écrivain est avant tout impulsé par une vocation qui remonterait bien sûr à son plus jeune âge. Puis, dans ce monde d'ingrats qui tarde toujours à reconnaître son immense potentiel littéraire, il lui faut braver le regard de son propre entourage qui le juge bien souvent comme quelqu'un de bizarre. Certes, il est capable de rester enfermé dix heures par jour pour noircir des pages et ne même pas être capable de commenter les programmes de la télé, mais de là à le considérer comme un asocial ! Après tout, écrire n'est-ce pas une activité de dilettante qui s'amuse tout le temps dimanches et congés compris, non ? À côté, c'est sûr, il y a les autres, tous les autres qui eux ont au moins une utilité dans la société.

C'est décalé, caricatural et plutôt efficace. Je me suis réjouie souvent avec quelques bouffées de rires authentiques alors que certains passages m'ont semblé parfois en quête de souffle dans l'intention de dérision.
Un livre qui ne prend en tout cas pas au sérieux l'inestimable (et souvent mésestimé) métier d'écrivain.


Passage du gué
Passage du gué
par Jean-Philippe Blondel
Edition : Poche

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Une histoire à trois voix, 21 septembre 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : Passage du gué (Poche)
Dans cet ouvrage, l'auteur nous sert une histoire par les voix de trois personnages : Fred, Myriam et Thomas. Plus précisément, ce sont trois monologues qui se complètent et se succèdent pour dessiner, à l'image d'un puzzle, une histoire à trois voix. On y retrouve ainsi un peu cette construction faite d'assemblages récurrente et chère à Jean-Philippe Blondel.
Toutefois, ce livre diffère des précédents dans le sens où cette fois l'auteur pénètre les âmes et le domaine ultra-privé des pensées intimes, secrètes et parfois défendues. Il procède à un décorticage minutieux de l'intimité de ses personnages qui marmonnent leurs ressentis sur les événements qu'ils ont en commun. Leurs mots intérieurs se laissent souvent emporter dans une dérive de pensées, de divagations, de rêveries et d'associations d'idées. Les esprits finissent par fantasmer et certaines élucubrations les éloignent quelquefois de la réalité.

Dès leur toute première rencontre, une relation ambiguë d'amour-amitié s'établit entre Fred et Myriam alors enceinte de Thomas. Relation bilatérale plus ou moins clandestine au départ qui basculera dans une interdépendance triangulaire dans la deuxième partie du livre.
En effet, l'histoire se renverse pile à la moitié du livre où les vies des trois protagonistes périclitent pour devenir mutuellement indispensables. Ensemble, ils vont affronter les remous de la rivière du drame. C'est à Fred, d'ailleurs, que revient le rôle d'aider Myriam et Thomas à passer le gué et franchir l'autre rive, celle de la reconstruction.
Dans ce prétendu ménage à trois, les relations qu'ils entretiennent les uns les autres reposent sur l'ambivalence de leurs sentiments qui pourtant s'avèrent réciproquement incontournables voire vitaux.

Un livre fort, profond et courageux d'une histoire pas tout à fait ordinaire sur les sentiments complexes entre les individus. Le style d'écriture est flexible et s'adapte avec justesse aux tourments qui habitent les différents personnages.
Avec ce cinquième ouvrage, l'auteur ouvre avec beaucoup de grâce un genre quelque peu différent mais qui lui va bien.


Mal de pierres
Mal de pierres
par Milena Agus
Edition : Broché

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 En Sardaigne, 21 septembre 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mal de pierres (Broché)
L'histoire n'est pas sans rappeler « Un amour noir » de Joyce Carol Oates où la narratrice relate les méandres de l'existence parfois singulière de sa grand-mère. Ici aussi, la petite-fille dévoile l'identité plus intime de son aïeule, ce qu'elle n'était pas parvenue à asseoir de son vivant au sein d'une famille convaincue de son aliénation, de cette folie qui éloigne l'amour. Le récit nous conduit en grande partie dans la Sardaigne d'après guerre où sa situation insulaire revêtait peut-être un caractère encore plus communautaire à ces époques. Ainsi, être quelque peu différent pouvait prendre des proportions telles qu'elles conduisaient à une mise en marge du reste de la communauté.
« Dans chaque famille, il y a toujours quelqu'un qui paie son tribut pour que l'équilibre entre ordre et désordre soit respecté et que le monde ne s'arrête pas. »
Ce serait ainsi sa grand-mère qui dans sa famille aurait payé pour les autres car, selon certaines certitudes, le désordre doit s'emparer d'un des membres pour que les autres soient préservés.

La narration, à grands coups de retours sur le passé, couvre la vie d'une famille sarde sur trois générations depuis la seconde guerre mondiale.
Avec son mal de pierres (qui désigne les calculs rénaux), la personnalité « atypique » de la grand-mère conduit son entourage à considérer qu'elle doit venir de la Lune car ses aspirations, ses comportements se distinguent un tant soit peu du commun des habitants de l'île. Mariée contre son gré, elle a vécu toute sa vie de couple sans amour aux côtés d'un mari à qui elle consacrait toutefois des moments de sexe exaltés, histoire de lui faire économiser un peu de ce qu'il dépensait chez les prostituées. Cependant, dans cette vie de vide affectif, elle fit la rencontre du Rescapé avec lequel elle découvrit de réels émois amoureux qui agrémentèrent ses souvenirs tout au long du reste de sa vie.

J'avoue que j'ai vraiment été emportée par le ton, le style et la grâce de l'écriture de cette auteure qui m'a bien bluffée durant tout le récit. Car le tout dernier et très court chapitre renverse littéralement l'interprétation, totalement envoûtée jusque-là par l'influence manipulatrice de l'auteure.
Cet ouvrage est un bien subtil témoignage du pouvoir de l'écriture sur la fabulation de tout lecteur.
Un très beau livre, vraiment.


Dans le scriptorium
Dans le scriptorium
par Paul Auster
Edition : Poche
Prix : EUR 6,60

4.0 étoiles sur 5 Multiples mises en abîme, 21 septembre 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : Dans le scriptorium (Poche)
Je ne suis pas une grande connaisseuse de l'œuvre de Paul Auster, puisque ce dernier livre n'est que le quatrième que je lis de l'auteur. Pourtant, j'ai quand même eu la sensation que celui-ci diffère des précédents.
En commençant la lecture, j'ai d'abord cru pénétrer un univers de SF, un monde parallèle et en tout cas surréaliste. Les informations assez troubles sont distillées progressivement tout en entretenant une part bien mystérieuse dans la narration.
Qui est donc ce vieil homme, Monsieur Blank, confiné dans une chambre où ses moindres gestes sont filmés ? Est-il prisonnier, interné ? Quel est donc ce personnage central dont la mémoire, sous l'emprise de tous les médicaments qu'il avale, semble lui faire défaut ? Il ne sait plus qui il est, quelle a été sa vie, qui sont ces visiteurs qui pourtant lui certifient avoir été, par le passé, à la merci de ses décisions ? Pourquoi ces photographies, vraisemblablement témoins de son passé mais qui lui paraissent inconnues, sont placées en évidence sur son bureau aux côtés de deux manuscrits et d'un stylo ? Comment est-il arrivé là et en sortira-t-il ?

Ce sont certains noms, qui, au fil des pages, ont déclenché dans mon esprit de piètre austerfan une sorte de révélation quant au contenu de l'ouvrage. Les grands connaisseurs auront sans aucun doute compris bien avant moi où veut nous mener l'auteur. D'autres allusions ont certainement dû m'échapper mais l'auteur a joué de tant de subtilités que quel que soit le niveau de connaissances de chaque lecteur, l'interprétation peut assurément être variable.
Puis, cette mise en abîme de ce manuscrit inachevé qui pointe implicitement certaines dérives historiques et humanitaires du pays, s'imbrique avec perspicacité dans le puzzle de la compréhension du livre.

Il s'agit en tout cas d'un univers trouble, qui peut paraître déstabilisant par moments, où la fiction manipule inévitablement l'esprit tant de celui qui écrit que de celui qui lit. Et la mise en abîme s'étend bien au-delà de ce livre dans le livre pour se révéler multiple incluant, dans un jeu de miroir, l'auteur lui-même dans sa propre projection.


Le Monde sans les enfants : Et autres histoires
Le Monde sans les enfants : Et autres histoires
par Philippe Claudel
Edition : Poche
Prix : EUR 5,60

4.0 étoiles sur 5 À partager grands et petits, 21 septembre 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Monde sans les enfants : Et autres histoires (Poche)
Peut-on imaginer un monde sans bruit, sans rire, sans gazouillis, un monde sans rêves, sans joies, sans espoirs ? Ce monde-là serait alors d 'une insupportable tristesse car dépourvu de ceux qui incarnent cette candeur mêlée de vivacité parfois tellement lucide : les enfants.

Telle est la projection, catastrophe, dont Philippe Claudel tire la première histoire de cet ouvrage tout en fraîcheur, en poésie et en perspicacité.

S'ensuivent alors dix-neuf autres nouvelles illustrées par Pierre Koppe où l 'auteur s' immisce dans le monde fantastique de l 'enfance faisant ressurgir aussi bien des démons intérieurs. Aux côtés de l' insouciance des joies, des rires et de l 'espoir cohabite aussi un univers fabuleux peuplé de cauchemars, de créatures extraordinaires, d 'angoisses, de complexes, de guerre et de mort. Car l'enfance, c'est tout cela.

Il arrive de temps à autre qu' un livre jeunesse puisse s 'adresser à un public bien plus large. Ici, ce serait l'inverse. Ces textes sont au départ à destination des adultes et pourtant ils sont tout à fait recevables par les enfants qui comprennent fort bien certaines ruptures de ton et changements de registre. Quelques histoires sont de surcroît colorées d' un humour qui leur permet largement de prendre de la distance par rapport au récit.

Comme tout recueil de nouvelles, la diversité des textes permet à chacun d'établir ses préférences et si en plus il est possible de partager ses sensations, l'ouvrage prend alors davantage de valeur.

De bons moments de lecture, assurément, qui combinent avec grâce l' humour, certaines réalités difficiles (comme la maladie, la maltraitance, la guerre) et des réflexions citoyennes sur certaines dérives de la société.


Allumer le chat
Allumer le chat
par Barbara Constantine
Edition : Poche

4.0 étoiles sur 5 Un vrai plaisir !, 21 septembre 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : Allumer le chat (Poche)
Il est des livres comme celui-ci qui tombent à pic, dans ces moments où le moral a besoin d'une éclaircie et l'entrain réclame un peu de peps.

Daniel Picouly a qualifié l'ouvrage de « feu d'artifice » et cette image est, à mon sens, fort judicieuse. En effet, ça fuse de tous côtés, de toutes les couleurs, au grand enchantement du lecteur en quête d'allégresse.

Bien que je réalise qu'il est difficile d'en faire un condensé, je tiens pourtant à tenter de faire partager ce délice de lecture qui met au rancart toute morosité et tous coups de blues passagers.

Comme un ballon d'oxygène chargé de surcroît d'humour, de tendresse, de poésie, de légers sarcasmes, de pincements au cœur, l'histoire réunit les ingrédients ordinaires de plusieurs vies sans fioriture avec leurs joies et leurs tourments mais contés avec une véritable vivacité et un enjouement jubilatoire.

Avant tout, je crois que ce livre est un style, une structure singulière dans la narration qui mêle langue orale et drôlerie ravageuse pour dissimuler pudiquement certaines affres de la vie des personnages. C'est pourquoi, ce livre ne se raconte pas vraiment, il se lit, voilà tout.

Toute l'histoire, ou plutôt toutes les histoires car elles sont multiples et s'entremêlent, tournent autour de Raymond (qui veut allumer le chat) et Mine, son épouse. Il est tour à tour question de certains membres de leur famille, de leurs amis et connaissances, de voisins, et même du chat qui ne manque pas l'occasion de s'exprimer aussi. Un méli-mélo d'existences qui frisent la cocasserie mais d'une telle humanité pour certaines qu'elles en sont touchantes.

Un livre pour le plaisir et pour mettre du baume au cœur durant les jours maussades. Une friandise à sucer lentement pour faire durer le plaisir.


Les années
Les années
par Annie Ernaux
Edition : Broché
Prix : EUR 18,50

10 internautes sur 13 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Retour sur les soixante dernières années, 15 juin 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les années (Broché)
Le livre largement autobiographique est, selon les propres dires de l''auteure, le fruit de nombreuses années d''écriture impliquant des milliers de notes biographiques qu''elle a consignées dans une sorte de journal dans l''attente de trouver LA forme idéale qui serait «un récit glissant, dans un imparfait continu, absolu, dévorant le présent au fur et à mesure'. Une coulée suspendue, cependant, à intervalles réguliers par des photos et des séquences de films qui saisiront les formes corporelles et les positions sociales successives de son être 'constituant des arrêts sur mémoire' »

À mon sens, son choix de aucun «je» dans ce qu''elle voit comme une sorte d''autobiographie impersonnelle, ' mais «on» et «nous» ' comme si, à son tour, elle faisait le récit des jours d''avant conduit à une vraie réussite tout à son honneur rendant l'ensemble beaucoup moins nombriliste et pour le moins plus original que bien d'autres ouvrages du même genre.

Bien qu''une vingtaine d''années nous séparent, l''auteure et moi, il est assez surprenant de me retrouver avec autant de précision et de similitudes dans sa mémoire personnelle et ses ressentis du monde qui l''entoure, qui nous entoure.
J''ai donc parcouru ces soixante dernières années en accord parfait avec l''auteure, suivant l''évolution sociale marquée de petits et grands événements (pas toujours des plus réjouissants) en harmonie avec ses diverses interprétations. Loin d''être un ouvrage nostalgique d''un «bon vieux temps» à jamais révolu, force est de reconnaître néanmoins que les vingt dernières années laissent plutôt place à un sentiment dénué d'orientations, de convictions et ainsi d'espoir

J''ai aussi noté une phrase représentative de cette dernière décennie et qui me met largement mal à l''aise tant elle se vérifie inexorablement au quotidien : «Il y avait de nouveau une envie de servitude et d'obéissance à un chef.» Évidemment cette constatation met bien à mal les convictions de l''auteure, militante de la liberté individuelle qu''elle revendiquait avec bien d'autres en 68.


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