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Contenu rédigé par Fritz Langlois
Classement des meilleurs critiques: 1.053
Votes utiles : 1775

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Commentaires écrits par
Fritz Langlois

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The Space Between
The Space Between
Prix : EUR 17,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 The Space Between, 23 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Space Between (CD)
Rob Mazurek : composition audio-visuelle, cornet, électronique, textes
Marianne M. Kim : video, chorégaphie, danse
Todd Carter : enregistrement et mixage, studio et live, manipulation sonore
Damon Locks : voix, électronique, textes
Nicole Mitchell : flute
Matt Bauder : électronique
Jeff Kowalkowski : piano, piano électrique
Carrie Biolo : percussions
Mauricio Takara : cavaquinho électrique
Guilherme Granado : sampler
John Herndon : batterie

Le nom du cornettiste, compositeur et improvisateur Rob Mazurek est désormais incontournable dans le domaine de la free music d'obédience jazz. Parmi ses faits d’armes, citons la réalisation d’un album-choc avec Bill Dixon en 2008 (suivi de concerts dont le tout dernier donné par le trompettiste), et la formation en 2010 de Pharoah and the Underground, autour du ténor de Pharoah Sanders – proposition couronnée de succès sur les scènes internationales (un concert à Lisbonne paraît fin 2014, la musique se partageant sur un vinyle et un CD distincts). L’année 2013 s’est avérée particulièrement faste pour le natif de Chicago, des projets aussi passionnants qu’ambitieux s’étant succédé sans délai pour le plus grand bonheur des auditeurs. Sur le label Cuneiform sont ainsi sortis le quatrième et meilleur album du trio Sao Paulo Underground, Beija Flors Velho E Sujo, ainsi que de stupéfiantes Skull Sessions du Rob Mazurek Octet. Chez Rogue Art est paru un copieux double-album de l’ Exploding Star Orchestra (avec Roscoe Mitchell), Matter Anti-Matter – Sixty-Three Moons of Jupiter & Electronic Works, et sous bannière Delmark ce « The Space between » crédité à l’Exploding Star Electro-Acoustic Ensemble, et dont les quarante minutes du CD sont doublées par un DVD proposant une vidéo se superposant, si on le souhaite, à la musique. Tous ces albums recèlent plus de qualités qu’il n’y a d’adjectifs dans le dictionnaire. L’ombre de Sun Ra innerve tous les recoins d’un projet aux dimensions épiques, du double volet grand ensemble/électronique de l’opus Rogue Art à cette œuvre multimédia (vidéo, peinture, texte, musique), dans laquelle on retrouve logiquement un assortiment de protagonistes des aventures précédentes. Les titres ne démentent pas l’influence du Terrien de Saturne : "Vortex 1-5", "We are all one with the moon and planets", "Illumination drone 17", "Space between"... Idem pour la musique, associant puissantes abstractions électroniques, récitations philosophico-illuminées et embardées abrasives au cornet, en vue de la célébration hallucinée d’un cosmos aussi merveilleux qu’angoissant, à l’organisation largement inaccessible à l’esprit humain. Le résultat fait aussi songer à des albums de free jazz parmi les plus bouillants de la fin des sixties, « Echo » de Dave Burrell en tête. Si votre bourse, votre disponibilité d’écoute et vos voisins vous le permettent, emparez-vous des quatre albums de Mazurek cités ici – vous n’aurez pas à le regretter. Et s’il fallait n’en retenir qu’un, « The Space Between » présente une synthèse convaincante des pistes abordées par l’artiste dans ses divers groupes et projets. Gigantesque.


Traces and Ghosts
Traces and Ghosts

1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Traces and Ghosts, 23 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Traces and Ghosts (CD)
Umberto Petrin : piano

En l’espace de quelques mois ont paru trois grandes réussites répondant à l’appellation piano solo : « Life Carries Me This Way » de Myra Melford, « Piano Sutras » de Matthew Shipp, et « Traces and Ghosts » d’Umberto Petrin. Ce dernier n’est pas un novice en la matière, plusieurs occurrences figurant dans son curriculum vitae, la dernière en date étant « A Dawn Will Come » en 2011 et déjà chez Leo. Petrin a brillé dans d’autres formats, du duo (avec le trompettiste Jean-Luc Cappozzo, le saxophoniste Lee Konitz, ou plus récemment le batteur Pheeroan akLaff...), au grand ensemble (Italian Instabile Orchestra) sans omettre des rencontres discographiques avec Tim Berne, Cecil Taylor, Gianluigi Trovesi, Assif Tsahar... L’écoute d’un de ses disques constitue toujours un moment privilégié, un instant hors du temps, et ce nouvel ouvrage ne déroge pas à la règle. La frappe est sûre, galopante, ferme. La netteté est de mise, tout élément superflu banni de la palette expressive. Seule reprise du répertoire, en forme de salut à un glorieux aîné : "Johnny Come Lately" de Billy Strayhorn, magnifique ballade trouvant sa place au sein d’un programme par ailleurs résolument moderniste, dans lequel romantisme et cubisme se mêlent de façon insécable. Autres hommages : au plasticien Joseph Beuys, que l’Italien vénère et chez lequel il trouve en outre un visuel pour la pochette ; à Philip Guston, peintre expressionniste abstrait des Etats-Unis; à "Lolita" que l’on imagine de Nabokov ; à "Lugosi" qui ne peut être que Béla, d’autant que la pièce en question est sertie de saisissants effets noise qui siéent à l’évocation de l’acteur d’origine hongroise et gentleman de la terreur cinématographique, et qu’un "The Ghost is Here" soumis au même traitement lui fait écho plus loin dans la séquence ; mais encore à la divinité Dionysos et au guitariste et compositeur Nile Rodgers – rien de surprenant lorsqu’on connaît le goût du natif de Lombardie pour les créateurs de la musique afro-américaine la plus dansante, dont les transes semblent pourtant éloignées de ses propres préoccupations artistiques. De la première à la dernière note, c’est à une splendide traversée que nous convie le pianiste-poète, dont le lyrisme souvent mouvementé voire accidenté irrigue les compositions, desquelles se dégage enfin un indéniable fumet latin. Avec des musiciens de cette trempe, le jazz est entre de bonnes mains.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (7) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 7, 2016 9:01 AM CET


Whahay
Whahay
Prix : EUR 21,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Whahay, 22 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Whahay (CD)
Paul Rogers : contrebasse 7 cordes
Robin Fincker : saxophone ténor, clarinette
Fabien Duscombs : batterie

Initié par Paul Rogers, le trio Whahay est un projet intègre, non formaté, qui a séduit à juste titre de nombreux spectateurs lors de ses multiples manifestations scéniques. Si l’esprit de Mingus est convoqué lors de ces prestations live, durant lesquelles des trombes de free music se précipitent sur le public toutes vannes ouvertes, avec ce premier album le trio se rapproche quelque peu de la lettre et opte pour la concision, avec neuf titres empruntés au colérique américain. Peut-on parler de reprises ? Tu parles, Charles. Comme l’indique le groupe, il s’agit plutôt d’improvisations prenant pour base ou rejoignant en cours de route quelques-unes des partitions du grand homme ("Better Git It in Your Soul", "Pithecantropus Erectus", "Reincarnation of a Lovebird", "Goodbye Pork Pie Hat"…). Un abord astucieux, les mélodies et structures repérables n’entravant en rien la créativité des instrumentistes. Le contrebassiste britannique manifeste une force de caractère, une fermeté d’intention et une sensibilité lyrique qui ne peuvent manquer d’évoquer la personnalité fervente et sourcilleuse de son modèle. Par ailleurs complice assidu de Paul Dunmall et Mark Sanders, Rogers se produit aussi en solo avec son pittoresque instrument à sept cordes, dont les sonorités parfois proches du violoncelle sont un régal pour l’auditeur. Comme c’est souvent le cas avec les enregistrements en studio, l’album fait montre d’une relative tempérance tandis que les concerts restent dans les mémoires pour leur intensité foudroyante (ici représentée par un bref et véhément "Bird Call"). Faut-il le regretter ? Non, car une fois cette constatation faite, il n’est qu’à savourer cette approche nuancée, qui montre qu’à partir d’un même matériau Robin Fincker, Fabien Duscombs et Rogers sont capables d’emmener la musique dans des directions plurielles. Le disque permettra donc aux néophytes comme aux amateurs de Mingus de rentrer dans l’univers de Whahay sans y perdre leur latin jazzistique, et aux admirateurs du groupe d’apprécier la versatilité des timbres et climats déployés à partir d’un attirail resserré. Même s’il ne goûtait guère les abstractions libertaires des années 60, l’ingéniosité de ces trois-là n’aurait sans doute pas déplu à Mingus !
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Mar 5, 2015 9:40 AM CET


Three Compositions
Three Compositions
Prix : EUR 20,25

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Three Compositions, 5 octobre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Three Compositions (CD)
Roscoe Mitchell : composition, conduction
Nicole Mitchell : flûte, flûte piccolo
David Boykin : saxophone ténor
Robert Griffin : trompette
Renée Baker : violon
Myra Melford : piano
Joshua Abrams : contrebasse
Greg Ward : saxophone alto
Mankwe Ndosi : voix
Tomeka Reid : violoncelle
Maia : harpe
Marcus Evans : batterie

Après Numbers (2011, même label), Roscoe Mitchell n’abandonne pas la piste contemporaine, qu’il fréquente de temps à autre, avec de plus en plus d’assiduité, depuis plusieurs années. Il prend ici en main le Black Earth Ensemble de Nicole Mitchell, le temps de trois longues pièces pouvant être qualifiées de “conductions” (selon le terme cher à Lawrence D. "Butch" Morris). Onze musiciens liés à la scène de Chicago défendent une esthétique puisant dans les couleurs instrumentales associées à la musique classique d’origine européenne, évidemment sans volonté de mimétisme ni de pousser sous le tapis un héritage afro-américain revendiqué avec force depuis le Roscoe Mitchell Art Ensemble au milieu des années 60. La récitation poétique et les gémissements hauts perchés de Mankwe Ndosi ou les premières minutes de "Quintet # 9 for eleven" sont parmi les éléments attestant du lien avec un free jazz ouvert à tous les possibles. Sur ce dernier titre, qui évolue en un groove répétitif et dissonant, Nicole Mitchell produit un solo d’une stupéfiante énergie. Contrairement à « Numbers », il s’agit d’une captation live (en Sardaigne en 2009, avec une préparation minimale). Parmi les exécutants/improvisateurs tout-terrain, on retrouve avec plaisir Myra Melford et Joshua Abrams. La harpe est très présente. Deux pièces écrites (dont on peut entendre des versions en quintette sur « Turn » - chez Rogue Art toujours) ménageant des fenêtres pour les improvisations, et une autre dont la partition a été distribuée en fragments aux musiciens sous la forme de six cartes « à jouer », impliquant des règles à suivre ainsi que des choix laissés à chacun. On regrette l’absence de la dimension visuelle, à même d’éclairer les dynamiques à l’œuvre dans cette musique, mais ces « Three Compositions » restent en l’état une adjonction bienvenue à la discographie foisonnante de Roscoe Mitchell. Ses œuvres récentes, quelle que soit la forme qu’elles adoptent (les disques ECM avec le pianiste Craig Taborn sont fort dissemblables à celui-ci), sont autant de preuves de l’éloquence intacte d'un artiste-clé de ce siècle comme du précédent.


The Passion According To G.H.
The Passion According To G.H.
Prix : EUR 21,61

4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 The Passion According to G.H., 3 juillet 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Passion According To G.H. (CD)
Ivo Perelman: saxophone ténor

Sirius Quartet:
Gregor Huebner : violon
Fung Chern Hwei : violon
Ron Lawrence : violon alto
Jeremy Harman : violoncelle

Enregistré comme lui en décembre 2011, The Passion according to G.H. est on ne peut plus différent de son prédecesseur. Le fiévreux ténor s'y mêle cette fois à un carré de cordes. Point d'arrangements calibrés cependant : la session est totalement improvisée, violons et violoncelle inclus. Parti-pris peu couru qui résulte en une écoute perturbante pour l'auditeur tant l'oreille tend à vouloir trouver des repères connus, ici mis à mal par une approche anarchique, aventureuse, casse-gueule. Pas un coup d'essai pour Perelman qui avait arpenté cette voie dès 1998 sur The Alexander Suite (avec déjà Ron Lawrence, alors membre du C.T. string quartet de Dominic Duval). Si les intitulés des six pièces donnent dans la sobriété la plus stricte ("part 1 - 6"), l'album emprunte son titre au livre homonyme de Clarice Lispector (1920-1977), auteur de romans et de nouvelles chez qui Perelman a souvent puisé pour nommer ses disques (The Foreign Legion, The Apple In The Dark, The Hour Of The Star, Family Ties, Near to the Wild Heart) ou ses morceaux ("Mute singing, mute dancing", "Sketch of a wardrobe" sur The Foreign Legion), après leur enregistrement, lors de la réécoute. La force expressive de cordes décapantes rejoint celle du saxophone, sonorité rugueuse et sensuelle, entre Ben Webster ou Archie Shepp à leur plus feutré et Marshall Allen à son plus spasmodique, via le prisme d'une sensibilité tropicale. Le quatuor met en valeur le lyrisme abrasif du saxophoniste, et vice-versa. La cohésion (Sirius existe depuis dix ans) et la retenue des archettistes est garante de combinaisons diversifiées et mesurées, d'unissons spontanés - tout se construit dans le feu du moment - dans la douceur comme dans la vigueur. Pas de gras, pas de bavardage : un propos incisif tout du long, pour une électrisante session acoustique. Le site de l'artiste a la bonne idée de proposer une petite vidéo des cinq partenaires en studio, pour qui souhaiterait entendre et voir de quoi il retourne. On peut également y admirer les oeuvres peintes de Perelman, qui ont, ces dernières années, souvent illustré les pochettes de ses albums.


The Foreign Legion
The Foreign Legion
Prix : EUR 21,61

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 The Foreign Legion, 3 juillet 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Foreign Legion (CD)
Ivo Perelman: saxophone ténor
Matthew Shipp: piano
Gerald Cleaver: batterie

A la base de cette formation, le quartette Perelman/Shipp/Morris/Cleaver, auquel le saxophoniste retranche un membre pour explorer plusieurs relations triangulaires, débutant avec Family Ties (Perelman/Morris/Cleaver). C'est Joe Morris qui reste sur la touche cette fois, et Matthew Shipp - partenaire fréquent de Perelman depuis 1996 - qui revient. Quel que soit le contexte dans lequel il s'exprime (solo introspectif, free jazz bouillant avec ou sans David S. Ware, escapades électro-binaires...), c'est toujours un plaisir de retrouver le pianiste, et tout particulièrement en cette auguste compagnie. Comme l'on pouvait s'y attendre, nous voilà précipités en plein déferlement free, toutes les phases et nuances du genre abordées frontalement par trois artistes aguerris à ce type d'équilibrisme sans filet. Ce n'est pas de tout repos pour l'auditeur, qui doit faire preuve d'une attention de tous les instants (mais c'est vrai de toute musique...) s'il veut profiter de la beauté farouche et éphémère, au présent absolument, dispensée par ces généreux accros au risque. Les titres nous parlent d'anges inquiets, de danses muettes, de Paul Klee, de portes abstraites et de penderies esquissées. Si le jeu de chaque musicien est plein de sève et mérite que l'on s'y attarde, c'est Gerald Cleaver qui semble servir de locomotive à la session, par la constance de sa ressource, l'énergie débordante et la conviction communicative qu'il insuffle à l'ensemble. Les excellents disques de free jazz ne sont pas légion, ne restez pas étrangers à celui-ci.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Oct 6, 2012 11:26 AM MEST


Ten Freedom Summers
Ten Freedom Summers
Prix : EUR 45,02

15 internautes sur 16 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Summer time, 21 juin 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Ten Freedom Summers (CD)
Depuis son association avec Cuneiform en 2004, Wadada Leo Smith a publié un simple (Tabligh, 2008), quatre doubles (Sky Garden, 2004 ; upriver, 2005 ; Spiritual Dimensions, 2009 ; Heart's reflection, 2011), et maintenant ce quadruple album, enregistré en novembre 2011, dont la générosité (4 heures et 27 minutes d'écoute), voire l'apparente démesure - en ces temps où l'on dit le support physique menacé d'extinction - est totalement justifiée, conceptuellement et musicalement. Enregistré en trois jours, l'album recèle dix-neuf compositions toutes signées de Smith et conçues de 1977 à aujourd'hui. Chacune de ces compositions est une oeuvre à part entière, aucune n'est destinée à faire partie d'une « suite » au sens où l'entendait Duke Ellington. Sur une idée de Leroy Jenkins, Smith a entrepris voici 35 ans la rédaction d'un corpus de pièces conçues pour célébrer la mémoire de divers héros et événements ayant suscité des changements importants dans la société Etats-Unienne des années 50-60, les revendications progressistes de la communauté afro-américaine y occupant la part du lion. La photo de Warren K. Leffler qui illustre la pochette représente la Marche pour les droits Civiques du 28 août 1963 à Washington, dont le retentissement a permis l'adoption du Civil Rights Act (1964) et du Voting Rights Act (1965). Les morceaux, aux titres à rallonge pour la plupart, référencent les noms de John F. Kennedy, Lyndon B. Johnson, Fannie Lou Hammer, Emmett Till, Malik Al Shabazz, Medgar Evers, Rosa Parks et Martin Luther King, tandis que défile une succession de moments historiques : conquête spatiale et 11 septembre 2001, avancées de la Justice et bataille pour l'égalité entre les peuples, brutalités policières et démocratie, liberté de la presse et errements politiques, progrès dans l'éducation et mise en valeur de diverses étapes dans la reconstruction de la dignité des opprimés. D'autres artistes de la même trempe ont consacré des disques aux luttes de leurs pairs : Max Roach (plusieurs albums aux titres explicites, tels We Insist! Freedom Now Suite), John Coltrane ("Alabama"), Sonny Rollins (Freedom suite) James Brown ("Say it loud", "Hell", "King heroin"), Archie Shepp ("Malcolm, Malcolm, semper Malcolm"...), Billie Holiday ("Strange fruit"), The Impressions ("We're a winner"...), Curtis Mayfield (There'S No Place Like America Today à la pochette d'une ironie mordante...), Syl Johnson ("Is it because I'm black?")... Dans le jazz, la soul et au-delà, des musiciens ont élevé la voix, entretenu la flamme, éveillé les consciences et relayé des revendications sociales et politiques légitimes face à de flagrantes inégalités et mauvais traitements réservés aux minorités.

Le compositeur natif du Mississippi, membre fondateur de l'Association for the Advancement of Creative Musicians (avec Henry Threadgill, Joseph Jarman etc.), pionnier de la production indépendante (documentée dans l'indispensable coffret The Kabell Years 1971-1979), fasciné par les spiritualités orientales et rasta comme par la période électrique de Miles Davis, celui enfin que John Zorn qualifie de « trésor national » (dans son discours pour les 70 ans du trompettiste) s'exprime ici sans contrainte aucune, livrant ce qu'il considère comme lui-même comme l'une des oeuvres-clé de sa vie. On ne le contredira pas. "Ten freedom summers" est un disque-fleuve, touffu mais accessible, riche et minimaliste à la fois, qui ne peut s'appréhender d'un seul tenant. Compagnon de la première heure d'Anthony Braxton, Smith est le créateur d'un système musical et philosophique qui lui permet d'imbriquer la part de la composition et celle de l'improvisation (il enseigne cette dernière dans une université californienne) en veillant à ne pas laisser les coutures apparaître aux oreilles de l'auditeur. A l'instar d'Ornette Coleman avec ses "harmolodics", de Butch Morris avec ses "conductions" ou de Zorn avec ses "file card pieces", il n'ignore pas le rôle primordial du casting dans cette affaire et s'échine à mettre ses musiciens sur la bonne voie pour faire advenir sur scène comme en studio sa musique intérieure. Rien de révolutionnaire là-dedans, il s'agit finalement d'une approche traditionnelle dans le free jazz de ces 50 dernières années, chaque leader/créateur y allant de sa sensibilité propre, remaniant quelque peu les règles en fonction de ce qui convient le mieux à l'obtention du résultat souhaité.

Deux formations (et demi) sont ainsi de la partie, avec plusieurs traversées du miroir au programme, les membres du Golden Quartet/Quintet pouvant devenir solistes sur telle ou telle plage interprétée par le Southwest Chamber Music, ensemble « contemporain ». Instrumentations jazz et classique une fois de plus confrontées-combinées-réconciliées, sous l'impulsion d'un Smith radical et bienveillant, et déjà auteur d'un America en duo avec Jack DeJohnette (le titre est repris ici, sous les baguettes de Pheeroan akLaff, dont la délicatesse et la sonorité cristalline se muent parfois en glissements de terrain à la Ronald Shannon Jackson, autre remarquable batteur Smithien). Si ses interventions sont foudroyantes, Leo le soufflant laisse volontiers le piano au centre des opérations. S'il retrouve ici son vieux complice Anthony Davis, il s'est depuis attaché les talents d'Angelica Sanchez, succédant à Vijay Iyer.

La musique se déploie avec une ampleur majestueuse et une absence d'empressement qui accorde une large place aux solistes (souvent sans accompagnement). Peu de rythmes marqués, remplacés par une abstraction de bon aloi. Si les amateurs de swing ont déjà quitté le navire, ceux qui n'avaient apprécié que les albums de funk avant-gardiste du monsieur et qui se tâteraient devant ledit objet en seront également pour leurs frais. C'est pourtant du Leo Smith pur jus, synthèse des différentes préoccupations de son auteur, qui convoque ici toutes les facettes de son travail, depuis son opus « à cordes » paru chez Nessa en 1979 (trois harpes et déjà, akLaff aux cymbales) jusqu'aux épures ultérieures (Kulture Jazz, 1993 ; Red Sulphur Sky, 2001 ; Luminous Axis, 2002...). Et, tapi là quelque part, ce blues dont il ne s'est jamais départi.

Le livret contient des photos des musiciens et des liner notes signées du musicologue Matthew Sumera.

Southwest Chamber Music :
Jeff von der Schmidt (direction), Alison Bjorkedal (harpe), Jim Foschia (clarinette), Lorenz Gamma & Shalini Vijayan (violon), Peter Jacobson (violoncelle), Larry Kaplan (flûte), Jan Karlin (violon alto), Tom Peters (contrebasse), Lynn Vartan (percussions).

Golden Quartet/Quintet :
Wadada Leo Smith (composition, trompette), Anthony Davis (piano), John Lindberg (contrebasse), Pheeroan akLaff & Susie Ibarra (batterie).
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Anarchist Republic of Bzzz
Anarchist Republic of Bzzz

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Spoken world, 8 mai 2012
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Anarchist Republic of Bzzz (CD)
Seb El Zin, Arto Lindsay, Marc Ribot : guitares
Mike Ladd, Sensational: textes & voix
+ divers remixeurs

Interzone fantasmée entre Paris et New York par le guitariste Stambouliote Seb El Zin (du groupe Ithak), qui a convié pour cette uchronie ethno-techno une assemblée de dynamiteurs musicaux en tous genres. Défilent donc en rangs serrés le toujours "out there" Sensational (dont l'indescriptible Speaks for itself reste une borne du hip-hop de ces dernières années) en Ministre de la Défense dûment paranoïaque, les inamovibles guérilleros de l'Internationale Downtown Marc Ribot et Arto Lindsay respectivement bombardés Ministres des Finances (Lindsay est coproducteur) et de la Recherche, qui ont remplacé pour l'occasion leurs cordes par du fil barbelé, le wordsmith Mike Ladd, collaborateur occasionnel de Vijay Iyer, assumant quant à lui la fonction de Ministre de la Justice, la Propagande étant laissée à l'expertise de Kiki Picasso (pseudo parfait, Burroughsien à souhait), auteur d'un Osama bariolé, sur le point de partir à la prêche remettre quelques Rolex à l'heure. Les autres dessins sont du même baril, mais vous devrez acheter ce disque pour en savoir plus (vous avez le choix, il existe en vinyle et en cédé). La formation à géométrie variable complote donc un mélange indus-noisy granuleux à souhait, atmosphères menaçantes sur lesquelles pérorent en freestyle des rappeurs allumés du vocal. Bienvenue dans la République Anarchiste de Bzzz. Riffs apocalyptiques, improvisations orientalo-futuristes, le tout haché menu par une ingénierie de fortune bricolée dans les profondeurs de quelque grotte afghane...

Les dix morceaux originaux, aussi brefs que cinglants, sont suivis de cinq remixes signés Ithak (François Sabin au saxophone et Erick Borelva à la cymbale), Baba Zula (Murat Ertel aux mange-disques, Levent Akman aux cuillères, Bahar Sarah aux cordes vocales, Hasan & Cosar Kamei aux percussions), David Fenech (qui sort début 2012 un Superdisque en compagnie de Jac Berrocal et Ghédalia Tazartès), DJ DNA et enfin l'électro-cutie Bérengère Maximin (depuis un superbe premier album Tant Que Les Heures Passent en 2008, elle a croisé le fer avec Fred Frith, Bob Ostertag, Rhys Chatham, Christian Fennesz, Richard Pinhas et publié No One Is An Island (Framework Volume 11) chez Sub Rosa), qui superpose plusieurs couches de voix, crépitements de mitraillettes et grattes lancinantes pour un résultat hypnotique. Les titres sont de purs moments de poésie (« Fascist », « Neural highways », « Body plastic sandles », « CIA spy dub »...), mais, à l'image de sa pochette, cet O.V.N.I. a le bon goût de ne pas se prendre au sérieux et semble surtout mû par un solide sens de l'humour contestataire. De quoi sauter de joie au lieu de faire la mine.
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Three Views
Three Views

3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Trilogisme, 8 mai 2012
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Three Views (CD)
Triple dose de Dave Douglas, dont la variété des projets et l'indépendance des moyens de production nous valent la sortie de ce joli coffret cartonné composé de trois disques dans leur pochette individuelle et de huit cartes postales en lieu et place de livret explicatif (hormis un bref paragraphe général au dos du boîtier, aucune précision n'est donnée sur les choix esthétiques ici opérés par le compositeur et instrumentiste), représentant des photos de ces sessions datées de 2011. Sur le label de l'artiste (qui s'est sans doute inspiré de John Zorn pour ce qui est de ne pas négliger l'aspect « marketing » de ses parutions - l'emballage est soigné et la musique aventureuse, largement de quoi inciter l'auditeur à un achat matériel), cette boîte se présente comme le premier volet d'une collection nommée « Greenleaf Portable Series », qui a vocation à nous faire entendre le résultat de séances en studio promptement organisées et exécutées.

GPS volume 1 : RARE METALS (31 janvier 2011 - Dave Douglas : trompette, Vincent Chancey : cor, Luis Bonilla : trombone, Marcus Rojas : tuba, Nasheet Waits : batterie)

Rare Metals est la première d'entre elles et nous permet de retrouver la formation Brass Ecstasy, dont l'album studio Spirit Moves (2008) et le Live at Newport (2010) m'avaient enthousiasmé. Ce sont les mêmes protagonistes ici, à savoir un groupe tout en cuivres à l'exception du batteur Nasheet Waits. Une telle instrumentation est peu fréquente et c'est l'esprit de Lester Bowie qui a présidé à la mise en place de ce « brass band » aussi extatique que celui de feu le trompettiste de l'Art Ensemble. Douglas fait pour le coup une rare infidélité à son credo, qui est de bannir les reprises et autres standards en faveur de seuls originaux de sa plume, mais c'est bien l'exception qui confirme la règle. La vieille scie « Lush Life » de Billy Strayhorn se voit ainsi relue avec douceur, sans manquer toutefois de la fraîcheur piquante qui caractérise la plupart des travaux de DD. Les compositions sont rythmiquement variées, les orchestrations dignes d'intérêt et porteuses d'ambiances contrastées, de la nostalgie à l'euphorie, de dissonances intraitables à une ritournelle mélodissime. Diverses combinaisons de cuivres soutiennent quelques échappées de solistes, mais sans systématisme, et jamais pour longtemps. Les structures sont ouvertes, et d'une concision remarquable (l'album ne dépasse pas les 35 minutes). Le tuba occupe souvent un rôle de bassiste, mais pas toujours - il est ainsi le principal animateur du morceau d'ouverture, « Town Hall » et participe pleinement au dépoussiérage du standard déjà cité. L'ensemble est à la fois accessible et savant - cette musique s'écoute avec un bonheur immédiat mais propose tout de même une écriture très pensée. On pourra y revenir de nombreuses fois sans en saisir tous les rouages, toutes les nuances.

GPS volume 2 : ORANGE AFTERNOONS (17 mars 2011 - Dave Douglas : trompette, Ravi Coltrane : saxophone ténor, Vijay Iyer : piano, Linda Oh : contrebasse, Marcus Gilmore : batterie)

Line-up plus classiquement jazz sur le papier pour ce nouveau groupe qui voit Ravi Coltrane et Vijay Iyer rejoindre momentanément l'univers du trompettiste New Yorkais. Mais ne comptez pas sur lui pour proposer du déjà entendu. L'instrumentation convenue est ici plus que partiellement détournée par une écriture davantage tournée vers l'espace et l'expression des individualités en présence que vers la mélodie ou la tenue de rythme bien défini. Dave Douglas a exploré bien des formes et des contextes de jeu en deux décennies bien remplies (duos avec Han Bennink et Martial Solal, trio avec Tiny Bell, quartette avec Masada, sextette électrisant avec Keystone, grand orchestre avec le NDR big band, entre autres) et semble aujourd'hui avoir trouvé une certaine forme de sérénité en même temps qu'une structure lui permettant de laisser sa créativité s'exprimer au gré de ses inspirations multiples, au sein de projets qui, pour divers qu'ils soient, portent toujours sa patte. Six compositions qui évoluent sans but apparent et lors desquelles la part de l'improvisation et la référence à la partition est bien difficile à départager; de nombreux espaces d'abstraction et de liberté sont dégagés tandis que les thèmes, s'ils ne semblent pas forcément absents, ne sont pas d'une évidence folle. Il vaut mieux donc n'avoir rien contre l'égarement pour apprécier une esthétique de la dérive qui semblera aux autres manquer de mordant et de fil conducteur. Ce refus de céder à la facilité ou de recourir à des formes connues et reconnues est évidemment une démarche louable, qui amène l'auditeur à se gratter le menton en se creusant les méninges, ce qui ne peut pas faire de mal. Dans ce contexte, le morceau qui donne son titre à l'album et son successeur, « Frontier Justice », sont ceux qui se rapprochent in fine le plus d'un jazz sophistiqué, lyrique et oblique à la Wayne Shorter période Blue Note, tandis que le ténor de Ravi Coltrane évoque, avec une moindre intensité, celui de Joe Lovano.

GPS volume 3 : BAD MANGO (27 juin 2011 - Dave Douglas : trompette, « So percussion » quartet : Josh Quillen, Adam Sliwinski, Jason Treuting, Eric Beach)

Une toute autre affaire que ce Bad Mango, emmené par une formation aussi inédite que la précédente. Nous voici plongés dans un déferlement de percussions urbaines et groovy, sur lesquelles caracole un Douglas énergisé (ce dernier a bien titillé le funk ici et là du bout de l'orteil, sur les albums Freak In, Strange Liberation et Sanctuary, sans s'attarder). Percussions non nommées et manifestement multiples, dont certaines sont utilisées comme instruments mélodiques - pièces de métal, éventuels ustensiles de cuisine, scie musicale, xylophone, effets électroniques, et ce qui ressemble diablement à un accordéon - on y entend aussi des voix humaines, passées à la moulinette de quelque synthétiseur. Tout n'est pas binaire, loin s'en faut. L'album se mue rapidement en une entité nettement plus avant-gardiste : les rythmes se délient, les formes se déforment, et nous voilà à la croisée des musiques contemporaine, électronique et concrète. On ne s'étonnera pas dès lors d'apprendre que So Percussion s'est spécialisé dans la performance d'oeuvres de John Cage et Steve Reich, tout en participant aux créations d'artistes moins sacralisés tels que Glenn Kotche (du groupe de rock américain Wilco). Parmi sept compositions de son cru, Douglas y reprend « Witness », paru sur l'album du même nom en 2001. L'engagement des protagonistes est total et donne envie de voir s'ébrouer en concert cette assemblée au fonctionnement organique, aux ambiances radicalement différentes de celles défendues par le quintette commenté ci-dessus. Et justement, des concerts ont eu lieu dans la Grosse Pomme. Vite, un DVD ! Le disque le plus stimulant du coffret, et une nouvelle piste à l'actif d'un touche-à-tout de génie dont le plaisir de jouer et une curiosité avoisinant les 360° ne lui permet pas de stagner bien longtemps là où l'on aurait tort de l'attendre.
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Solo: Spinning Songs of Herbie Nichols
Solo: Spinning Songs of Herbie Nichols
Prix : EUR 22,00

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5.0 étoiles sur 5 A new spin, 7 mai 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Solo: Spinning Songs of Herbie Nichols (CD)
Le nouveau Simon Nabatov est un hommage au pianiste et compositeur Herbie Nichols (1919-1963), auteur de thèmes appréciés par les improvisateurs et jazzmen de tout poil. Le guitariste Duck Baker y allait de l'album Spinning Song en 1996 (sur Avant), tandis que le tromboniste Roswell Rudd se faisait au fil du temps le plus ardent défenseur de la musique de Nichols avec pas moins de trois albums consacrés à l'oeuvre du maître (Regeneration chez Soul Note, en l'auguste compagnie de Steve Lacy, Han Bennink, Misha Mengelberg et Kent Carter, qui octroyait une face chacun à Nichols et Thelonious Monk, mettant ainsi d'égal à égal, jusque sur la pochette, les deux artistes) en 1982, suivi quinze ans plus tard de The Unheard Herbie Nichols, Vol. 1 et 2 en trio. Rudd avait déjà tâté du Nichols dès 1966 chez Archie Shepp (Live in San Francisco, Impulse !) avec une version de « Lady sings the blues », thème ralenti et transformé en chanson par Billie Holiday en 1956 (et immédiatement repris par Ella Fitzgerald et d'innombrables chanteurs soul et jazz au cours des décennies suivantes). Bennink, Lacy et Mengelberg ne désarment pas et s'adjoignent les services de George Lewis et Harjen Gorter pour Change of Season (Soul Note, 1984) entièrement centré sur notre homme. Frank Kimbrough se fend à son tour de trois albums Nicholsiens, Love Is Proximity et Dr. Cyclops' Dream sur Soul Note toujours et Strange City (Palmetto) bien entouré de Ben Allison, Ted Nash, Michael Blake, Ron Horton. Le saxophoniste et producteur Marty Krystall et le batteur Jimmy Bennington (avec Michael Bisio) consacrent un album chacun aux compos de Nichols, et Geri Allen picore elle aussi de ce côté-là.

Nabatov livre donc lors de ce concert à Cologne des improvisations personnelles à partir du matériau à sa disposition. Chaque titre est abordé selon un angle différent, les ambiances passant de la contemplation à la bousculade en un tournemain. Dans « The third world », Nabatov entrevoit les prémisses du « Giant Steps » de Coltrane ; il envisage ici des connections entre la musique de Nichols et celle de György Ligeti; ailleurs il s'inspire de l'approche ludique et impertinente d'un Misha Mengelberg. « The spinning song » est une pièce-fleuve d'un quart d'heure qui se divise en une première partie toute en miroitements impressionnistes dans les hauteurs avant que la brise ne vire brusquement à l'orage dans les basses. Seuls les swinguants « Lady sings the Blues » et « Twelve bars » sont traités avec quelques égards, mais tout est relatif dans ce contexte. L'album est riche (et se prête à de nombreuses réécoutes, justifiant l'édition en CD), et l'un des mérites de Nabatov, en écho à la démarche de ses éminents prédécesseurs, est de mettre en évidence l'éternelle modernité des compositions, qui constituent sous ses doigts une matière inépuisable à partir de laquelle faire surgir la musique. Cerise sur le piano, pour dense et généreux qu'il soit, l'album ne donne pas l'impression que le sujet est épuisé ! A noter qu'un autre concert donné par Nabatov deux ans plus tard autour du même programme est paru en DVD chez PanRec. Il se caractérise par une approche plus classiquement jazz que les improvisations cadrées à savourer sur ce Spinning songs of Herbie Nichols, 13e album du pianiste chez Leo.
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