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Contenu rédigé par Fritz Langlois
Classement des meilleurs critiques: 605
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Commentaires écrits par
Fritz Langlois
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A Violent Dose of Anything
A Violent Dose of Anything
Prix : EUR 22,00

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 A Violent Dose of Anything, 24 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : A Violent Dose of Anything (CD)
Ivo Perelman : saxophone ténor
Matthew Shipp : piano
Mat Maneri : violon alto

Trio inédit avec cet album, qui, avec des séances restant à paraître (Perelman + Shipp + le quartette Sirius) répond à la demande du réalisateur Gustavo Galvao de pourvoir une musique au road-movie du même nom, qui relate l’errance de deux personnages en quête d’eux-mêmes, évoquant le Kerouac de Sur la Route. L’appellation de bande originale ne doit pas laisser à penser qu’il s’agit-là d’autre chose que d’une nouvelle séance de musique improvisée dont le seul aspect prémédité fut le choix des partenaires et la location du studio à un jour et une heure donnée. Averti que le ténor ne changerait rien à ses méthodes de travail, il ne restait plus au réalisateur qu’à choisir ce qui lui convenait parmi le matériau enregistré. Autrement dit, il ne s’agit pas de composition pensée pour des scènes spécifiques, mais d’improvisations spontanées, telles qu’il pouvait en exister dans les salles au temps du muet, mais ne s’occupant nullement de souligner ce qui se passe à l’écran. Le disque peut en conséquence s’écouter indépendamment de toute dimension visuelle, et s’intègre avec bonheur à la vaste discographie de ses auteurs. Leur propos n’est d’ailleurs guère adouci par l’idée de se superposer à des images. Les stridences qu’on leur connait répondent bel et bien à l’appel, sans courbette à la contemplation qu’aurait pu laisser supposer l’absence de rythmique. Si le tandem Perelman/Shipp est une affaire entendue, et si Mat Maneri et Shipp se sont retrouvés dans plusieurs contextes (en duo ; en trio avec le guitariste Mark O’Leary...), la rencontre Perelman/Maneri est une bonne nouvelle. Le ténor ne tarit pas d’éloges sur le violoniste, dont il admire le phrasé, aux caractéristiques proches des instruments à vent. On ne pourra pas lui donner tort à l’écoute de cet album, ni des autres travaux de Maneri Jr., souvent formidables. Trois musiciens courageux pour une musique dépourvue de tout compromis.

Sonny Rollins lui-même a dit tout le bien qu'il pensait d'Ivo Perelman, à l'occasion d'un blind test réalisé pour le magazine Downbeat: "The saxophone is such a versatile instrument that it can almost re-create any sound, and this is an excellent demonstration of its bountiful sounds. I have no idea of who this is, but he is very good, and he's got his own thing. High marks. The arc of the piece was such that I didn't realize it was as long as it was, and that it was one horn playing all the way through." (Rollins a écouté "Singing the blues", extrait de l'album The Hour Of The Star, 2011)


Enigma
Enigma
Prix : EUR 22,00

3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Enigma, 24 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Enigma (CD)
Retrouvailles avec Ivo Perelman, dont la poésie bouillonnante ne cesse de se régénérer à chaque nouveau projet. La période est faste pour le saxophoniste. Un tel degré d’inspiration ne saurait être cantonné à des livraisons classiques et régulières. Un partenariat de longue date avec Leo Records permet au Brésilien d’explorer plusieurs formats, de varier les angles d’attaque, de ne pas restreindre le champ de ses explorations mais d’en embrasser plusieurs simultanément, avec une égale force, en compagnie de musiciens également très en verve. A l’instar des infatigables chercheurs que sont Anthony Braxton et Evan Parker, les disques sortent par grappes plutôt que par unité. Il faut s’en saisir au vol et se plonger dans leur méandres sans hésitation. Les albums successifs s’inscrivent dans un passionnant continuum, chacun offrant une nouvelle fenêtre sur une œuvre en train de se construire, de s’affiner, de se redéfinir. L’on peut en outre se réjouir qu’une telle façon de procéder trouve encore à s’épanouir sans entraves plutôt que de se lamenter sur la crise du disque ou la médiocrité de telle ou telle vedette au goût du jour, propulsée avec moult encarts publicitaires sur le devant de la scène.

Ivo Perelman : saxophone ténor
Matthew Shipp : piano
Whit Dickey : batterie
Gerald Cleaver : batterie

Les disques nommés « Enigma » ne manquent pas, mais aucun ne sonne comme celui-là. Ce quartette sans bassiste mais avec deux batteurs n’est pas sans rappeler le dernier Coltrane, celui de 1966-67, avec lequel Ivo partage quelques points communs : une intensité propulsive, un abandon à la muse lui permettant de quitter au plus vite le giron de la forme pour plonger dans l’abstraction, une quête perpétuelle de nouveaux paliers créatifs, une envie de jouer que les lois du marché ne peuvent contraindre, et un recours constant à un petit noyau de fidèles, organisés selon diverses permutations en fonction du projet et de l’occasion. Entre 2010 et la mi-2013, Perelman a donc enregistré pas moins de quinze albums. Ceux qui ont paru (Serendipity, The Gift, The Clairvoyant, The Passion According To G.H....) comptent parmi les meilleurs d’un parcours déjà imposant. Pour le reste, la manière de Perelman (qui compare le Hongrois Balazs Pandi, batteur du troisième opus dont il va s’agir ici, à Elvin Jones) est toute personnelle, la référence à Coltrane - et cela vaut pour Ayler et Barbieri, auxquels il est parfois comparé – ne rendant pas justice à une sonorité unique et à un jeu à la fois saccadé et lyrique, qui réunit dans un même souffle une véhémence plus biophile que destructrice, plus Eros que Thanatos (on n’est pas chez Brötzmann), et élans célestes plus veloutés. On se trouve enfin dans ce cas dans la poursuite de la tradition nommée free jazz plutôt que dans celle de la musique improvisée au sens européen du terme (Joe Morris reliant dans son livre « Perpetual Frontier » (Riti, 2012) ces différentes approches sous le terme free music), bien que la stricte improvisation occupe une place tout à fait essentielle dans l’esthétique Perelmanienne. On entre dans une jungle dense dès le début du morceau-titre. Des écoutes multiples sont requises pour appréhender la musique dans son ensemble comme dans le détail, chaque membre émettant des propositions, relances et contre-propositions stimulantes, des accords maussades et lancinants du pianiste au babil des batteurs réussissant à ne pas se marcher sur les cymbales. L’album fait alterner lyrisme farouche ("Irresistible Incarnation", "Return to Nature") et trombes free-sonnantes. "Annunciation" et "Gentle as a Fawn" sont des duos piano/ténor qui font écho à ceux de The Art of the Duet Vol. 1 (Leo, 2013) et de Bendito of Santa Cruz (CJR, 1996). Les batteurs sont remarquables sur Supernatural Life et un Ritual-fleuve, l’association éprouvée Perelman/Shipp produisant des étincelles tout au long de cette session pleinement satisfaisante.


Cicada Music
Cicada Music
Proposé par Fulfillment Express
Prix : EUR 20,23

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Cicada Music, 23 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Cicada Music (CD)
James Falzone : clarinette
Jason Stein : clarinette basse
Keefe Jackson : saxophone ténor, clarinettes basse et contrebasse
Jason Adasiewicz : vibraphone
Jason Roebke : contrebasse, “cracklebox”
Frank Rosaly : batterie, percussion, piano, machines

Premier album sous son nom de Frank Rosaly, apprécié chez Nicole Mitchell (Aquarius), Josh Berman, Jason Stein (ici présent) et dans la formation Fast Citizens. On est au cœur de Chicago, réservoir inépuisable de talents pour le jazz. Les disques trouvant leur origine dans cette ville ont un « son », des caractéristiques communes qui les relient entre eux et les distinguent des autres ; on ne peut les confondre, par exemple, avec ce qui se trame à New York, qu’il s’agisse de jazz mainstream ou d’avant-garde, et encore moins avec leurs homologues européens. L’auteur de « Cicada Music » appartient donc à la famille des Fred Lonberg-Holm, Josh Berman et autres Aram Shelton. Une scène vivace, qui succède à la génération des Michael Zerang, Ken Vandermark et Kahil El’ Zabar, propose une musique ne prolongeant pas la veine revendicatrice de l’A.A.C.M. ni ne se soumettant aux formes plus traditionnelles également prégnantes sur le terrain (le ténor à sonorité charnue et imprégné de blues, dont Von Freeman était une incarnation emblématique). Certains parmi les plus révolutionnaires de ces aînés qualifient d’ailleurs la scène d’aujourd’hui de « conservatrice ». C’est sans doute vrai de leur point de vue, mais n’exagérons rien. Les audacieuses entreprises de Rob Mazurek, Keefe Jackson ou Frank Rosaly n’ont en effet pas grand-chose de conventionnel ! Le batteur nous propose ici un album bruissant de mille trouvailles, aidé par une équipe d’incontournables locaux. Phénomène rarissime : 50 % des membres du sextette se prénomment Jason ! Le doublé "Typophile/Apples" est l’un des meilleurs moments d’un opus engageant, à la répartition instrumentale initialement surprenante (trois clarinettes ; un vibraphone au centre des débats : Jason Adasiewicz, qui signe une partie des arrangements, est l’héritier paradoxal de Bobby Hutcherson et de Walt Dickerson) mais dont le bien-fondé se révèle peu à peu. "Yards", "Adrian", "Bedbugs" sont des pièces courtes en solo, ayant fonction d’interludes. "Wet feet splashing" évoque certaines cuvées Blue Note de la première moitié des sixties (Evolution de Grachan Moncur III, Destination Out de Jackie McLean, tous deux avec Hutcherson). Une pincée d’électronique associée à une solide charpente acoustique résulte en des pistes aussi grisantes qu’inextricables. Chaque participant est digne d’éloges, individuellement comme dans le jeu collectif, la sonorité de chaque instrument bien mise en valeur par le mixage - autant d’éléments aptes à restituer la vision du leader, lequel joue aussi du piano sur une dernière plage aux atours énigmatiques.


Continuous Beat
Continuous Beat
Proposé par Meganet France
Prix : EUR 15,29

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Continuous Beat, 23 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Continuous Beat (CD)
Rez Abbasi : guitares
John Hébert : contrebasse
Satoshi Takeishi : batterie

Déjà le neuvième album pour Rez Abbasi, guitariste américain d’origine indo-pakistanaise, que l’on a retrouvé avec plaisir auprès de son complice de toujours John Hébert dans le groupe du pianiste Aruan Ortiz à l'automne 2013. Abbasi délaisse ici les rythmes indiens et l’inspiration Qawwali de son opus précédent, « Suno Suno » (2011), pour une session plus jazz, et dont les compositions originales ont été écrites avec Paul Motian en tête. Le batteur devait faire partie de cette aventure, mais fut contraint de se porter pâle quelques jours avant le concert inaugural, exprimant ses regrets de ne pouvoir honorer l’invitation. Il décéda peu de temps après. Pour la tournée, puis l’enregistrement du disque, Abbasi garda John Hébert près de lui et se tourna vers l’un de ses plus proches collaborateurs au fil des ans : Satoshi Takeishi, qui était de son premier album, « Third Ear ». Outre les originaux, des reprises épatantes complètent le programme : "Major Major" de Gary Peacock, "Off Minor" de Thelonious Monk et "The Cure" de Keith Jarrett. L’ensemble se signale par son côté homogène, alors même que le guitariste aborde chaque morceau avec une sonorité changeante. Séquencé avec soin, l’album est conçu pour une écoute en intégralité. Il se termine comme il avait commencé : en solo. Le dernier titre est une reprise de l’hymne américain "Star Spangled Banner", à mille lieux de la version brûlante de Jimi Hendrix ; Rez Abbasi en propose une harmonisation alternative d’une douceur élégiaque, à la guitare acoustique. Si vous êtes amateurs de Bill Frisell, John Abercrombie, Mark O’Leary ou Allan Holdsworth, Rez Abbasi est un artiste à découvrir et « Continuous Beat » un album à écouter.


Trio Improvisations
Trio Improvisations
Prix : EUR 35,90

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Trio Improvisations, 23 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Trio Improvisations (CD)
Reg Schwager : guitare
Michel Lambert : batterie

Et, selon les plages :

Misha Mengelberg : piano
Kenny Wheeler : trompette
Michael Stuart : saxophone

(3 X 3) + 1 nouvelles du Canada. Michel Lambert, fidèle complice du saxophoniste François Carrier - mais aussi partenaire occasionnel de Raoul Björkenheim, Bob Moses et Ellery Eskelin, et le guitariste de jazz Reg Schwager, né aux Pays-Bas mais tôt émigré au Canada, où il anime la scène locale depuis de longues années, tournant aussi à l’étranger avec George Shearing & Mel Tormé, Junior Mance, Gary Burton, Diana Krall et Peter Appleyard, ont convié Misha Mengelberg, Kenny Wheeler et Michael Stuart (il est inutile de présenter ici les deux premiers, mais pas de signaler que Stuart a fait partie de l’Elvin Jones’ Jazz Machine à la fin des années 70) à trois séances distinctes de musique improvisée, en 2001 et 2002, à Toronto et Amsterdam. Le programme fait alterner les invités de même que les passages en éclats vivaces empreints selon le cas de lyrisme ou d’humour ("Cross Talk" et "Sense Less" avec Wheeler, "Hamlet" avec Stuart) et d’autres plus contemplatifs ("Gander" avec Wheeler, "In Sight" avec Stuart, "Dysfunctional Harmony" avec Mengelberg), résultant en un enchaînement aéré et équilibré, pour tout dire très plaisant. Si les styles des trois intervenants sont on ne peut plus distincts, la continuité est assurée par des hôtes bien inspirés, qui parviennent à mettre en valeur des artistes aimés que l’on n’entend pas tous les jours dans un tel contexte (le trio avec batterie et guitare, donc) sans leur laisser pour autant le monopole de la prise de parole, de l’invention et de l’écoute. Point n’est besoin de concepts ésotériques et soi-disant profonds pour faire advenir une musique d’une grande richesse : une poignée de créateurs dédiés à l’art de la spontanéité sur une scène ou dans un studio peuvent très bien, comme c’est le cas ici, offrir à l’auditeur une expérience heureuse autant que directe. Lambert a publié sur le même label un album personnel, titré « Journal des épisodes », avec Alexandre Grogg au piano et Guillaume Bouchard à la contrebasse.


The Space Between
The Space Between
Prix : EUR 19,40

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 The Space Between, 23 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Space Between (CD)
Rob Mazurek : composition audio-visuelle, cornet, électronique, textes
Marianne M. Kim : video, chorégaphie, danse
Todd Carter : enregistrement et mixage, studio et live, manipulation sonore
Damon Locks : voix, électronique, textes
Nicole Mitchell : flute
Matt Bauder : électronique
Jeff Kowalkowski : piano, piano électrique
Carrie Biolo : percussions
Mauricio Takara : cavaquinho électrique
Guilherme Granado : sampler
John Herndon : batterie

Le nom du cornettiste, compositeur et improvisateur Rob Mazurek est désormais incontournable dans le domaine de la free music d'obédience jazz. Parmi ses faits d’armes, citons la réalisation d’un album-choc avec Bill Dixon en 2008 (suivi de concerts dont le tout dernier donné par le trompettiste), et la formation en 2010 de Pharoah and the Underground, autour du ténor de Pharoah Sanders – proposition couronnée de succès sur les scènes internationales (un concert à Lisbonne paraît fin 2014, la musique se partageant sur un vinyle et un CD distincts). L’année 2013 s’est avérée particulièrement faste pour le natif de Chicago, des projets aussi passionnants qu’ambitieux s’étant succédé sans délai pour le plus grand bonheur des auditeurs. Sur le label Cuneiform sont ainsi sortis le quatrième et meilleur album du trio Sao Paulo Underground, Beija Flors Velho E Sujo, ainsi que de stupéfiantes Skull Sessions du Rob Mazurek Octet. Chez Rogue Art est paru un copieux double-album de l’ Exploding Star Orchestra (avec Roscoe Mitchell), Matter Anti-Matter – Sixty-Three Moons of Jupiter & Electronic Works, et sous bannière Delmark ce « The Space between » crédité à l’Exploding Star Electro-Acoustic Ensemble, et dont les quarante minutes du CD sont doublées par un DVD proposant une vidéo se superposant, si on le souhaite, à la musique. Tous ces albums recèlent plus de qualités qu’il n’y a d’adjectifs dans le dictionnaire. L’ombre de Sun Ra innerve tous les recoins d’un projet aux dimensions épiques, du double volet grand ensemble/électronique de l’opus Rogue Art à cette œuvre multimédia (vidéo, peinture, texte, musique), dans laquelle on retrouve logiquement un assortiment de protagonistes des aventures précédentes. Les titres ne démentent pas l’influence du Terrien de Saturne : "Vortex 1-5", "We are all one with the moon and planets", "Illumination drone 17", "Space between"... Idem pour la musique, associant puissantes abstractions électroniques, récitations philosophico-illuminées et embardées abrasives au cornet, en vue de la célébration hallucinée d’un cosmos aussi merveilleux qu’angoissant, à l’organisation largement inaccessible à l’esprit humain. Le résultat fait aussi songer à des albums de free jazz parmi les plus bouillants de la fin des sixties, « Echo » de Dave Burrell en tête. Si votre bourse, votre disponibilité d’écoute et vos voisins vous le permettent, emparez-vous des quatre albums de Mazurek cités ici – vous n’aurez pas à le regretter. Et s’il fallait n’en retenir qu’un, « The Space Between » présente une synthèse convaincante des pistes abordées par l’artiste dans ses divers groupes et projets. Gigantesque.


Lucky Prime
Lucky Prime
Prix : EUR 20,53

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Lucky Prime, 23 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Lucky Prime (CD)
Pascal Niggenkemper : contrebasse, composition
Frank Gratkowski : clarinette basse, saxophone alto
Emilie Lesbros : voix
Eve Risser : piano, piano préparé
Frantz Loriot : violon alto
Els Vandeweyer : vibraphone, marimba
Christian Lillinger : batterie

Tout est permis! Tant mieux. Surtout quand la liberté porte de si beaux fruits. Cet album très « européen » (Belgique-Allemagne-France ; les titres ajoutant encore les langues espagnoles et anglaises à l’équation) est l’une des meilleures surprises de la fin 2013. La surprise ne vient pas du talent des musiciens présents, qui ne fait plus mystère, du vétéran Frank Gratkowski à un aréopage de la relève la plus pertinente en matière de musiques prospectrices actuelles, ni de l’édition de cette galette sous bannière Clean Feed, qui publie mois après mois merveille sur merveille. On retrouve dans la formation Vision7 deux membres du trio Baloni, dont le premier album, Fremdenzimmer était déjà sorti sur le label portugais voici deux ans. Le leader Pascal Niggenkemper ne s‘est pas précipité pour enregistrer le groupe, choisissant de ne le faire qu’après une période de « rodage » qui a donné aux musiciens le temps de faire connaissance et de trouver leur place au sein de l’ensemble. Bien lui en a pris. Cet album résulte de deux sessions rapprochées, l’une en concert et l’autre en studio, au Loft de Cologne. Une vitalité considérable, un appétit manifeste. Pour la qualité du son, on peut compter sur Walter Quintus, qui a élevé l’ingénierie acoustique au rang d’art. Les compositions sont du leader, pensées de sorte que l’improvisation individuelle et collective puisse s’y épanouir sans entraves ; les textes, lorsqu’il y en a, sont d’Emilie Lesbros, dont les interventions vocales tiennent autant de l’art dramatique que du chant. Agile sur carnet plein d’histoires (le titre a tout de la note d’intention), hilarante sur "I don’t know why, but this morning" (après le jazz libre, le jazz ivre ! Une pièce d’anthologie, toute en claudications expertes), lyrique sur un "ke belle" élégiaque ET mutin à la fois, batracienne puis romanesque sur sortir de la colère, Lesbros exprime ici bien des facettes de sa personnalité... Citons encore le plaisir de retrouver Frantz Loriot à son plus abrasif sur "Feuertreppe"... Quant à la vibraphoniste Els Vandeweyer, elle est la révélation de cet opus ("en urgence"). La musique se réalise dans une étonnante aporie : l’exécution, le jeu y sont d’une souplesse unanime, tandis que les structures et arrangements sont assez syncopés pour paraître de guingois. Tout ceci est absolument délicieux, d’une créativité à toute épreuve, l’utopie de Niggenkemper abordée avec le plus grand sérieux. Un vent révolutionnaire souffle sur la zone impro. Puisse ce « Lucky Prime » porter bonheur à tous ses membres, et à ceux qui lui prêteront une oreille.


Gowanus Canal
Gowanus Canal
Proposé par dodax-online-fr
Prix : EUR 16,25

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Gowanus Canal, 23 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Gowanus Canal (CD)
Christoph Irniger : saxophone ténor, clarinette basse
Raffaele Bossard : contrebasse
Ziv Ravitz : batterie

Disque après disque, Intakt corrobore avec discrétion une ligne éditoriale exemplaire, accueillant les démarches de personnalités marquantes du jazz et autres représentants des musiques composées et improvisées parmi les plus passionnants qui se puissent trouver : Aki Takase, Pierre Favre, Günter Baby Sommer, Fred Frith, Ingrid Laubrock & Tom Rainey, Sylvie Courvoisier & Mark Feldman, Oliver Lake, Reggie Workman & Andrew Cyrille... Ce ne sont-là que quelques-uns des artistes liés au label par une union libre durable et porteuse de beaux fruits. La firme de Zürich œuvre aussi à l’éclosion de jeunes talents, tels le pianiste Yves Theiler récemment et le trio de Christof Irniger aujourd’hui. Ses membres, nés entre 1976 et 1982, se sont rencontrés à New York. Le titre de l’album fait référence au cours d’eau qui traverse la zone de Brooklyn et dont le très haut niveau de pollution menace sérieusement la santé des riverains – un intitulé surprenant pour une session penchant plus volontiers du côté de la modération et de l’absence d’ironie. Objectif commun aux différentes pièces: l’intrication de mélodies accessibles et de structures complexes. La remarquable unité du trio n’empêche pas que s’expriment le caractère et les idées de chacun. Concision et retenue sont également au programme, contrepied bienvenu à l’approche volontiers pétaradante de nombreux nouveaux venus. La sonorité caressante du ténor et le jeu finaud de Raffaele Bossard et Ziv Ravitz tirent en outre parti d’une captation appropriée évoquant l’atmosphère à la coule de quelque cave accueillante. Si seulement tous les disques de jazz étaient de ce tonneau...


I Hear the Sound
I Hear the Sound
Proposé par nagiry
Prix : EUR 14,64

1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 I Hear the Sound, 23 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : I Hear the Sound (CD)
Archie Shepp : saxophones tenor, soprano, voix
Amina Claudine Myers : piano, voix
Cécile McLorin Salvant, Marion Rampal : voix
Tom McClung : piano
Famoudou Don Moye : congas, batterie
Reggie Washington: contrebasse et basse électrique
Pierre Durand : guitare
Stéphane Belmondo, Izidor Leitinger, Christophe Leloil, Olivier Miconi : trompettes
Sébastien Llado, Simon Sieger, Romain Morello, Michaël Ballue : trombones
Raphaël Imbert, Olivier Chaussade : saxophones alto
François Théberge, Virgile Lefebvre : saxophones ténor
Jean-Philippe Scali : saxophone baryton
Manon Tenoudji, Steve Duong : violons
Antoine Carlier : violon alto
Louise Rosbach : violoncelle
Chef d’orchestre : Jimmy Owens

Sur "The Cry of my people" :
Ambrose Akinmusire: trompette
Darryl Hall: basse électrique
Chef d’orchestre : Jean-Claude André

Copieux programme que ces soixante-dix-sept minutes live - en trois lieux : Jazz à la Villette le 9 septembre 2012, Châteauvallon le 14 juin 2013 et Les Nuits de Fourvière le 17 juin 2013. Archie Shepp revisite son album « Attica Blues » (Impulse !, 1972) en y ajoutant deux titres de « The Cry of my People » réalisé la même année – deux disques qui laissaient la direction free de côté et embrassaient d’autres formes de la musique afro-américaine : gospel, blues, funk, soul. Il faudrait alors parler de Great Black Music, telles que la définirent les membres de l’Art Ensemble of Chicago dont le batteur Famoudou Don Moye est logiquement présent ici, plutôt que de jazz. Premier constat : la teneur des textes et leur scansion n’ont pas toujours bien vieilli. Les slaps de basse de Darryl Hall en ouverture de programme semblent issus de quelque bulle temporelle égarée. Mais c’est la convention de la relecture que de composer avec les partitions existantes. Soit. Avec aussi ce paradoxe, déjà patent en 1972, que le recours aux cordes telles qu’elles sont utilisées ici renvoie nécessairement à la musique de chambre européenne, ce qui peut surprendre dans une ambiance manifestement afrocentrique. Après tout Duke Ellington, dont le "Come Sunday" est inclus, n’a lui-même pas rejeté l’influence des compositeurs du Vieux Continent sous prétexte de négritude, et donna de savoureuses versions d’œuvres de Grieg ou Tchaikovsky avec ses formations. Belle preuve d’ouverture. Pour Shepp, le projet s’inscrit dans une perspective historique. Outre les albums cités plus haut il y eut en 1979 le double « Live at the Palais des Glaces » de l’Attica Blues Band, qui comprenait une trentaine de participants à l’instar de ce nouvel opus et « big bandisait » déjà le répertoire en question. Cette réactualisation 21e siècle de l’œuvre quadragénaire retranche quelques titres de la cuvée précédente et y adjoint une composition/narration d’Amina Claudine Myers - dont la voix n’est pas le meilleur atout de ce concert - et une paire de classiques de Shepp : "Déjà Vu" et "Mama Too Tight", ce dernier demeurant un sympathique hommage à la musique de James Brown et notamment "Papa’s got a Brand New Bag". La durée maximale étant atteinte, deux titres supplémentaires sont proposés en téléchargement aux acquéreurs du CD : "The stars are in your eyes" et "Ujaama", compositions du leader respectivement arrangées par François Théberge et Charles Greenlee. Les morceaux les plus convaincants sont les ballades du cœur de l’album : "The Cry of my people", "Quiet Dawn", "Déjà vu". Leurs arrangements font mouche, les interprétations vocales féminines « à l’ancienne » sont électrisantes, Shepp le soliste s’y montre inspiré, de même que ses partenaires en embouchures. Le tout dans un bel objet cartonné illustré par le fidèle Wozniak, avec photos et livret instructif dans lequel interviennent Shepp, Raphaël Imbert et Martin Sarrazac. Il faut enfin rappeler les événements qui ont donné lieu à la mise en branle à chaud de l’« Attica Blues » original, cette musique n’étant pas sortie de nulle part et résultant d’un contexte particulier et de l’engagement libertaire de leur concepteur. A l’automne 1971 une révolte de prisonniers de couleur détenus dans des conditions inhumaines se heurta à une répression féroce qui fit trente-neuf morts ; tragédie précédée de peu par le décès dans des conditions troubles, en prison également, de George Jackson, membre des Black Panthers et auquel Shepp consacra une composition. Au final, ce nouvel éclairage sur un répertoire prisé par le saxophoniste et chanteur soutient favorablement la comparaison avec ses prédécesseurs.


Heart of the Sun
Heart of the Sun
Prix : EUR 35,54

1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Heart of the Sun, 23 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Heart of the Sun (CD)
William Hooker : batterie
David Soldier : violon, banjo, guitare
Roy Campbell : trompette, trompette de poche, flute

Roy Campbell a cassé sa pipe en janvier dernier, privant les amateurs de free jazz de l’un de ses meilleurs avocats. Sous son nom ou aux côtés de Matthew Shipp, Marc Ribot, Billy Bang, Marilyn Crispell ou Jemeel Moondoc, ce musicien parti trop tôt laisse de nombreux témoignages de son art. Cet album, enregistré à Brooklyn au club Roulette en février 2013 et paru en octobre de la même année, lui permet de briller dans le cadre d’un trio inhabituel et très libre, qui permet en outre d’entendre le rare Dave Soldier, par ailleurs leader du Soldier quartet, groupe ayant notamment servi la musique écrite d’Elliott Sharp. Le violoniste ajoute pour l’occasion quelques cordes à son arc en employant aussi la guitare et le banjo, sans se préoccuper d’orthodoxie. William Hooker défend quant à lui une free music parfois mâtinée de rock, multipliant les séances en duo et trio avec Elliott Sharp et Billy Bang déjà cités, et Thurston Moore, Lee Ranaldo, Jason Hwang, Lewis Barnes, Sabir Mateen... Hooker fit plusieurs fois appel à Campbell au fil du temps, dès 1988 au sein du William Hooker Orchestra, jusqu’au présent album, en passant par « The Gift » en 2005. « Heart of the sun » reflète toutes les raisons de notre adhésion aux musiques improvisées : exaltations fertiles, dispositions changeantes, appas fortuits. "Bike Lane" renvoie aux hymnes éperdus d’Albert Ayler. Un yodel non crédité émerge de "Snowflakes" et de "For Leroy 1". Sus à la demi-mesure ! Une grande fraîcheur émane de cette session. Une musique hors du temps, conjointement antique et expectative, séculaire et avant-gardiste. En un mot : essentielle.


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