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Contenu rédigé par Laurent Folliot
Classement des meilleurs critiques: 745.932
Votes utiles : 106

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Commentaires écrits par
Laurent Folliot
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Tago Mago
Tago Mago

32 internautes sur 33 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 ce disque peut changer votre vie (enfin presque), 18 septembre 2006
Ce commentaire fait référence à cette édition : Tago Mago (CD)
Que dire pour décrire un disque aussi incroyable? C'est le chef-d'oeuvre d'un groupe qui ne ressemble à aucun autre. Can télescope rock (tendance dure et sombre à la Velvet, avec une pointe de blues-rock acide façon San Francisco parfois), jazz contemporain, musiques électroacoustiques et électroniques d'avant-garde, funk et musiques bientôt dites "du monde", avec un flair et un sens de l'anticipation inégalables. C'est du rock expérimental qui - souvent - fait danser; un groupe de rock expérimental cité en référence par quasiment tous les acteurs majeurs de la pop des 25 dernières années, de Sonic Youth à l'électro en passant par Radiohead ou Primal Scream ; un groupe "progressif" tellement cool et radical que Johnny Rotten, sortant des Sex Pistols, s'était proposé pour être leur chanteur!

Can est sans doute le meilleur de tous ces groupes allemands qui révolutionnèrent le rock au début des années 70 par une conception novatrice de la répétition et l'accent mis sur le travail des timbres, sur le son lui-même. Le groupe se distingue, au-delà de ça, par une section rythmique absolument hors normes (écoutez, et après vous serez obsédé par un type qui s'appelle Jaki Liebezeit), et plus généralement par sa capacité phénoménale à improviser collectivement - sans solos ostentatoires - comme un seul organisme d'une immense vitalité. "Tago Mago" est une sorte de work in progress de tous les instants, auquel chacun contribue de façon équilibrée - à ceci près que cet album, enregistré sur 2 pistes (!), est aussi le fruit d'un formidable travail de montage, réalisé par le bassiste Holger Czukay à partir des jams dans le studio. Cette formule n'est peut-être nulle part aussi parfaite que dans le double album que voici, qui est aussi l'un des plus sombres et hypnotiques qu'ils aient réalisés (voir "Future Days" pour un opus tout aussi envoûtant mais plus "léger").

Les quatres premiers morceaux sont donc à la fois des chansons (servies par la voix immatérielle et troublante du Japonais Damo Suzuki, un des personnages les plus hauts en couleur de l'histoire du rock), des jams, et des compositions sonores hautement structurées. Signalons sur la première face de magnifiques dialogues survoltés entre les guitares de Michael Karoli et les claviers d'Irmin Schmidt ("Paperhouse", "Oh Yeah"), ainsi que le petit chef-d'oeuvre de minimalisme ténébreux qu'est "Mushroom", qui regarde du côté de Joy Division et au-delà. Ca se complique encore avec "Halleluhwah", groove cyclopéen de dix-huit minutes construit sur une cellule rythmique implacable, sur laquelle viennent se greffer le proto-rap de Suzuki, toutes sortes d'effets d'écho et de guitares dissonantes, de micro-riffs funky et de phrasés blues acides, avant de plonger dans un grand tourbillon de claviers d'avant-garde qui sont au rock ce que "2001" est au cinéma. Après - oui, après ça se corse, parce qu'on en a pour une demi-heure d'expérimentalisme pur et dur avant de retrouver les guitares de "Bring Me Coffee and Tea", un morceau final qui annonce directement Radiohead, en plus aérien). Mais ces deux morceaux d'avant-garde, s'ils sont d'accès difficile, sont néanmoins incroyables. On est en pleine apesanteur, entre silence et hurlements, dans un vaste bain d'échos traversé de sons électroniquement triturés, de percussions orientalisantes, de solos de batterie africanisants, de cyberfunk et de free-jazz. C'est la formule du reste de l'album, poussée à l'extrême: une musique radicale, sans concessions et terriblement aventureuse, mais mue par une pulsation cosmique irrésistible qui la met définitivement à part des groupes d'"avant-garde" anglo-saxons. Toutes les autres tentatives de ce genre font pâle figure en comparaison. Certainement un des 10 meilleurs albums de rock de tous es temps, quels que soient les autres.


Ege Bamyasi
Ege Bamyasi
Proposé par EliteDigital FR
Prix : EUR 31,95

19 internautes sur 20 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 un chef d'oeuvre de puissance et d'éclectisme, 18 septembre 2006
Ce commentaire fait référence à cette édition : Ege Bamyasi (CD)
Moins abrupt, sombre et impitoyable que "Tago Mago", moins éthéré et apaisé que "Future Days", "Ege Bamyasi" est un chef d'oeuvre en même temps qu'un album de transition, comme d'ailleurs tous les disques de Can - qui sont des albums de transition entre des albums géniaux et d'autres albums géniaux. Celui-ci est par ailleurs le plus éclectique, sans pour autant verser dans l'hétéroclite comme certains albums plus tardifs. Ca commence par une longue éruption de - comment dire? - de funk avant-gardiste, oui c'est ça: dix minutes où le batteur Jaki Liebezeit montre comment aller encore plus loin que la rythmique de James Brown dans la version longue de "Cold Sweat", sur fond de guitares distordues et de grognements agressifs (mais ne vous y trompez pas, tout ça groove monstrueusement). "Sing Swan Song" est une très belle ballade d'outre-monde, agrémentée de claviers cristallins et d'effets électroniques. "One More Night" est absolument incroyable: cinq minutes de groove midtempo imparable, avec des riffs de claviers jazz-funk entrelacés d'un bon goût tout simplement renversant. Il y a "Soup", qui commence comme si les Stones jouaient tout d'un coup avec un virtuose de la batterie - oui, je me répète, mais ce batteur est vraiment extraordinaire - avant de virer au collage électroacoustique hurlant. Il y a même des chansons pop de trois minutes, comme "Vitamin C" et "I'm So Green" (mélodies simples et envoûtantes sur fond de batterie diabolique; c'est la rencontre de l'indie avec le meilleur du jazz-rock) et "Spoon", qui ajoute ses harmonies insinuantes à une rythmique électronique annonçant avec cinq ans d'avance les réussites de Kraftwerk et de la période berlinoise de Bowie ("Low" surtout). Bref, un must, et sans doute un des plus accessibles pour ceux qui découvrent ce "genre" de musique.


Future Days [Remastered]
Future Days [Remastered]

16 internautes sur 17 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 leur chef-d'oeuvre planant, 18 septembre 2006
Ce commentaire fait référence à cette édition : Future Days [Remastered] (CD)
Avec "Future Days", les Can s'éloignent franchement du funk-rock ultra-énergique des deux albums précédents (encore que "funk-rock" soit évidemment infiniment réducteur). Ce qui s'affirme ici, c'est un talent hors pair pour les ambiances musicales plus légères et les textures aériennes, servies par une rythmique toujours aussi efficace mais plus discrète et franchement plus latine. "Future Days" n'est pas du rock planant au sens de Pink Floyd: c'est un album de jazz-rock atmosphérique, si l'on veut, mais avec toute l'insistance rythmique de Can, un album entièrement analogique mais qui sonne déjà comme de l'électro ambient à tendances world. C'est presque de la musique des années 90. Il faut se plonger dans le morceau titre, avec sa mélodie enchanteresse et lointaine (c'est le dernier album de Can avec Damo Suzuki, qui sur ce disque chante rarement mais toujours merveilleusement), ses guitares et ses claviers à l'interaction extraordinaire, le bruissement rythmique du synthé qui monte à la fin comme un satellite mis sur orbite; et puis cette batterie brésilianisante, presque inaudible au début, puis swinguante et chaloupée comme jamais, jusqu'à l'explosion centrale où, en quelques coups de cymbale infiniment bien placés, Jaki Liebezeit nous rappelle qu'il a joué du jazz d'avant-garde. Une bossa des étoiles absolument magique, la musique des croisières interstellaires - un des meilleurs morceaux de Can.

La suite n'est pas mal non plus. "Spray" est un fabuleux exercice de tension irrésolue, quatre minutes de percussions hypnotiques ponctuées d'orgue électrique atonal et lacérées d'une guitare jazzy qui rappelle le John Mc Laughlin d'"In A Silent Way", suivies de quatre autres construites autour de la répétition d'un noyau mélodique exalté et apaisé à la fois. Le bref "Moonshake" est un pur joyau pop-funk qui sonne encore en avance trente ans après; et le long finale "Bel-Air" est la réplique de Can au "Echoes" de Pink Floyd. Progressif, planant, si l'on veut - c'est ici que Can se rapproche le plus de groupes comme Tangerine Dream - mais il y a encore une fois cette section rythmique volcanique, brutalité rock et tension jazz, qui pendant les dix dernières minutes va vous rendre absolument dingue devant votre chaîne. Jouez-le quand les voisins ne sont pas là!


Soundtracks
Soundtracks
Prix : EUR 18,52

18 internautes sur 20 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Groove, mélancolie et la section rythmique la plus méchante du monde, 18 septembre 2006
Ce commentaire fait référence à cette édition : Soundtracks (CD)
Soundtracks n'est pas vraiment un album. C'est l'agrégat de divers morceaux composés pour des films d'avant-garde, et publiés en LP pour satisfaire la maison de disques après le succès (très) underground de Monster Movie. C'est l'adieu au groupe du chanteur Malcolm Mooney, sérieusement dépressif à ce moment-là, et qui chante encore sur deux morceaux (le blues flippé "Soul Desert" et la ballade jazzy curieusement apaisée "She Brings The Rain"). Au-delà, le son classique du groupe se met en place avec l'arrivée de l'exentrique Japonais Damo Suzuki, qui se fait ici, la plupart du temps, caressant, étrangement nostalgique et bougrement insinuant. Une jolie poignée de chansons: le mid-tempo strident "Deadlock" et sa guitare hurlante, et des mélodies imparables, discrètement ténébreuses, servies par les accompagnements les plus cools de l'époque, mélange de groove implacable et d'ambiances désenchantées (Tango Whiskyman, Don't Turn The Light Leave Me Alone: ici notamment, l'influence sur Radiohead est évidente, avec en plus la grâce de très grands musiciens). Et surtout, le long "Mother Sky", la jam ultime avec son beat inhumain, ses solos hyperviolents et décalés à la fois, ses harmonies vocales impondérables. Et CE SON DE LA SECTION RYTHMIQUE!


Monster Movie
Monster Movie
Prix : EUR 18,52

18 internautes sur 18 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 un ovni bien prometteur, 17 septembre 2006
Ce commentaire fait référence à cette édition : Monster Movie (CD)
Can, un groupe pas comme les autres. Formé à Cologne en 1968 par un bassiste et un clavier issus de la musique expérimentale, un batteur de free-jazz et un guitariste de rock. Et, sur ce premier album, un chanteur noir américain, sculpteur et dépressif. On n'est pas encore dans le funk planant des albums ultérieurs, mais on est face à ce qui est peut-être le premier album de rock indie de tous les temps. "Father Cannot Yell" est un chef-d'oeuvre dans la lignée directe du "White Light/White Heat" du Velvet, en plus accompli sans doute: lyrics frénétiques à moitié rappés du chanteur Malcolm Mooney, rythme endiablé (Jaki Liebezeit est l'un des meilleurs batteurs de l'histoire du rock), basses répétitives et inquiétantes de type proto-industriel, distortion énorme, hideuse, et pourtant incroyablement envoûtante. "Mary, Mary" est une très belle ballade blues psychotique (Can invente des genres à chaque morceau) avec des guitares stridentes et expressionnistes; "Outside My Door" est du rhythm'n blues garage mâtiné de noirceur, un peu à la Doors; et "Yoo Doo Right", avec ses vingt minutes hypnotiques basées sur deux accords, est l'alliance unique de l'approche funk de Mooney et de la virtuosité inquiétante de Liebezeit, idéalement sertie par les accords et les riffs qu'échangent le clavier et la guitare. Un des albums les plus sombres des années 60, un des plus puissants aussi, servi par des musiciens déjà hors pair à l'approche totalement radicale.


Small Faces [K2hd Mastering]
Small Faces [K2hd Mastering]

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 un des groupes anglais les plus séduisants des années 60, 17 septembre 2006
Ce commentaire fait référence à cette édition : Small Faces [K2hd Mastering] (CD)
Les Small Faces, peu connus du public français aujourd'hui, sont à redécouvrir. Ils sont un peu au Swinging London ce qu'est Supergrass à la Britpop des 90s : juvéniles, fun, sans la moindre prétention, et surtout débordants d'une énergie irrésistible. Steve Marriott est par ailleurs l'un des tout meilleurs chanteurs de R'n'B anglais avec Eric Burdon des Animals; il n'y a presque que lui pour imiter James Brown de façon crédible. Cet album-ci est une collection de courtes pépites imparables, qui juste avant l'explosion psychédélique trouve l'équilibre parfait entre énergie rhythm'n blues, humour anglais et fraîcheur pop: voir le côté music-hall défoncé de "All Of Our Yesterdays" avec ses cuivres, le côté swinguant et menaçant à la fois de "Something I Want To Tell You", la flûte jazzy et les percus latino pour le finale "Eddie's Dreaming", et on en passe. Attention aussi aux singles, dont deux monstrueux: "Itchycoo Park" qui allie le narcotisme du "Summer Of Love" à une ironie cockney digne de Damon Albarn, et le R'n'B ultime de "Tin Soldier" (un des dix meilleurs singles de la décennie dans le genre suradrénaliné). On comprend pourquoi Marriott et ses Small Faces ont autant influencé les Jam, Blur ou (encore une fois) Supergrass.


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