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Contenu rédigé par sebdoolittle
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sebdoolittle "sebdoolittle"

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It's A Wonderful Life
It's A Wonderful Life
Prix : EUR 11,00

8 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Collection miraculeuse de berceuses faussement naïves., 6 décembre 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : It's A Wonderful Life (CD)
Sparklehorse est un groupe bizarre. On devrait dire plutôt : Mark Linkous est un étrange musicien, puisque Sparklehorse ne semble être que l'extension de sa personnalité. Linkous, habitué des accidents de parcours (une chute dans un escalier l'a collé dans un fauteuil roulant pendant des mois), a été élevé au bluegrass et a échappé un temps aux mines de charbon de Virginie - terre où il a définitivement trouvé sa voie, un country-rock sombre et rafistolé, aux textures aussi délicates que tendues.
Sparklehorse est pourtant l'un des secrets les mieux gardés d'Amérique. On en est certains, quand on a définitivement adopté les douze perles de pop pastorale de « It's a Wonderful Life ».
C'est par le titre éponyme que tout débute : on plonge en apnée, un rythme cotonneux de berceuse apparaît et de vieux crissements de vinyle se font entendre. Sur cet air de comptine légère, où Linkous murmure plus qu'il ne chante, comme dans un mauvais rêve (le chant d'une enfance perdue ?), l'art de Sparklehorse se déploie pour notre plus grand bonheur. La suite n'est qu'une succession de magnifiques ritournelles qu'on a envie de garder pour soi : éthérées, suaves et intimistes, avec de somptueux arrangements de violons et des mélodies spectrales aux odeurs de strawberry-fields-forever (« Gold Day », « Comfort Me »). Ca sent bon les tartines de confiture au réveil, les rayons de soleil irradiant les moissons de fin d'été, le souvenir d'une vieille photo jaunie du grenier. Et puis de temps en temps, uniquement quand c'est nécessaire, on tourne à fond le volume sonore pour mieux imposer les chansons (« Piano Fire », « King Of Nails »). Enfin, des collaborations de luxe sont de la partie : la voix éraillée de conteur éthylique de l'inclassable Tom Waits aboie sur « Dog Door », et les voix de muses bien choisies (dont la voix de PJ Harvey, qui se mêle à merveille avec celle tremblante de Linkous) apportant une touche de délicatesse supplémentaire à cette collection de belles chansons.
La finesse magique de l'écriture et le climat limpide dans lequel les titres progressent, font de « It's A Wonderful Life », malgré son air de ne pas y toucher, un grand disque terriblement humain.


The Velvet Underground & Nico (1996)
The Velvet Underground & Nico (1996)
Prix : EUR 10,42

8 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Disque vénéneux et stimulant pour les sens, transcrivant à merveille l'oppression urbaine et ses bas-fonds., 6 décembre 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Velvet Underground & Nico (1996) (CD)
Chroniquer le fameux album à la banane du Velvet s'avère difficile, tant l'influence de ce disque sur le rock contemporain est grande, presqu'impossible à mesurer.
Au premier abord, ce disque a tout pour être détestable (tout comme paraît-il la réputation de Lou Reed dans le milieu). Le Velvet semble être un groupe monté de toutes pièces par Andy Warhol, les musiciens sonnent comme des débutants, la pochette est tout ce qu'il y a de plus arty, et le propos est de bout en bout hyper malsain, tirant la nouille au maximum de sujets dérangeants qui puissent faire rougir de scandale votre grand-mère (les thèmes abordés vont de la drogue et sa dépendance au sadomasochisme et au bondage)... Bref, tout pour se dire que l'album est inutilement excessif en représentant le summum de la hype new-yorkaise du moment. Pour cela, de nombreux chroniqueurs n'ont tellement pas compris ce qu'on a bien pu trouver à ce disque, qu'ils en viennent à lui attribuer un zéro pointé.
Ici, il n'y a rien à comprendre : tout est subjectif. Pour ma part, je fais pencher la balance complètement de l'autre côté en lui adressant un 20/20 pointé ... pour exactement les mêmes raisons, mais d'un point de vue radicalement différent.
« The Velvet Underground & Nico » m'a obsédé toute une période, et j'en retiens aujourd'hui plusieurs éléments marquants.
Tout d'abord, il s'agit d'un disque courageux, qui bien qu'excessivement engagé comme un manifeste anti-Flower Pop un peu ridicule, va au bout de ses thématiques obsessionnelles en créant une atmosphère musicale totalement en phase avec le propos. Les arrangements minimaux, par exemple, donnent un aspect visuel au squelette du junkie accro à l'héroïne dans « I'm Waiting For The Man ». Les sensations physiques (l'accélération progressive de la batterie représentant le rythme cardiaque pendant la piqûre d'héroïne, l'alto s'occupant de l'afflux de sang au cerveau) recréées par la musique dans « Heroïn » sont indéniables.
Puis, le disque retranscrit à merveille une certaine oppression urbaine et la vie nocturne de New-York, grâce à cette musique filandreuse, ses expérimentations sonores (avant-gardistes), ses rythmes envôutants, et une intensité unique. Le Velvet est « Underground », maître à bord de son royaume souterrain; la face blanche et livide du rock, avec pour épicentre New-York City. Cela ne peut en tout cas pas laisser indifférent.
Et pour finir avec la célèbre formule qu'on lui connaît « il y a eu mille personnes qui ont acheté cet album à sa sortie, mais tous ont formé un groupe », on retiendra le curieux pouvoir de ce disque à avoir inspiré des tas de gens différents (cela n'est plus à démontrer) mais pas seulement. « The Velvet Underground & Nico » semble avoir été pour beaucoup un premier pas vers une soif de connaissance de l'Amérique dans beaucoup de domaines (la littérature urbaine, notamment).
Et tout ça mérite une révérence incontestable.


Le Phare
Le Phare

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Une brise musicale lumineuse venue de l'ouest : délicat, gouailleur et attachant., 6 décembre 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Phare (CD)
Yann Tiersen est inclassable.
Il ne se contente pas d'une simple relecture de son héritage folklorique breton, aussi noble et assumé soit-il (sa musique n'a au final rien à voir avec de la musique « régionnaliste ») mais en virtuose multi-instrumentiste, il cultive un sens de la ritournelle avec audace et subtilité, pour créer de remarquables saynètes intemporelles - jamais ringardes.
Dans son troisième (et meilleur ?) album, « Le Phare », Tiersen n'impose rien, mais suggère. Avec une légère patte cinématographique. « Le Phare » éclaire des mystères de sa lumière éblouissante et met les nôtres en lumière, en filmant des pans de vie entiers, en plan fixe ou zoomés. « Le Phare » réconcilie tous les âges. « Le Phare »nous embarque dans une curieuse traversée : un navire a fait naufrage, une noyée s'y est perdue. A terre, des rires d'enfants à vélo, une poignée de vieux assis sur un banc; en mer, la tempête qui éclate au loin. Le faisceau du phare balaye la mer et la terre, en éclairant quelques fragments de nos vies intimes, photographies de souvenirs poussiéreux mais impérissables, en forme de croissant nostalgique. Tout cela grâce à la toile d'araignée tissée par les innombrables instruments utilisés dans le disque : un violon frénétique et un piano songeur, quelques témoins de notre enfance (le toy piano !) et autres sons symboliques de notre vie quotidienne (bruits de casseroles et de marmites, une machine à écrire), alors que le silence y a aussi toute sa place.
Dans une atmosphère touchante, fragile et délicate, ce disque lumineux nous offre 14 voyages poétiques avec l'habileté d'un artiste méticuleux - qui y invite à l'occasion quelques amis, dont un Dominique A particulièrement habité sur le titre « Monochrome ».
Yann Tiersen est inclassable.
Il est comme « Le Phare » qui brille par sa solitude et son isolement : hors des circuits, des courants de mode et du temps, Tiersen est une comète dans le spectre musical des productions actuelles, et enfermé dans son brillant paysage musical intérieur. Sa musique, définitivement reconnaissable entre mille, saute les frontières, pour mieux respecter ses influences (du rock au classique, en passant par les chants tziganes, la goguenardise de certains textes français) et pour bâtir une combinaison définitivement détachée, personnelle, et terriblement attachante.


L'Histoire de Melody Nelson
L'Histoire de Melody Nelson
Prix : EUR 6,99

4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Concept musical novateur, moderne, frais et envoûtant, aux arrangements de haute volée, 5 décembre 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Histoire de Melody Nelson (CD)
Gainsbourg, le vieux monsieur cochon et cradingue de la chanson française, grand consommateur d'alcool et de tabac, amateur de femmes et de provocation en tous genres, était aussi un compositeur prolixe et génial. Et l'un des rares français à avoir eu l'audace d'explorer de nouveaux territoires musicaux, et le courage d'aller au bout de ses thématiques obsessionnelles.
Album-concept novateur conté sous forte influence nabokovienne, « Histoire de Melody Nelson » raconte l'histoire d'un homme (un beauf névrosé ou un vieux pervers friqué, au choix) au volant de sa Rolls. Il renversera une jeune nymphette de 15 ans, Melody, avec qui il fera un long voyage galant quelque peu ecstasié (inspiré d'un rêve érotique ?) jusqu'au crash tragique du dernier avion pris par Melody (« Cargo Culte »), qui coïncidera avec la reprise de nos esprits.
Ce qui frappe d'emblée à l'écoute de cet OVNI de la musique populaire française, trente-cinq ans après sa sortie, c'est l'extraordinaire modernité de ces singulières compositions. Evidemment, on ne peut que saluer la performance de Jean-Claude Vannier qui a donné à l'ensemble une couleur majestueuse et envoûtante, grâce à ses arrangements de cordes de haute facture. Gainsbourg, lui, s'amuse à superposer à l'orchestration symphonique de Mr Vannier des rythmiques funk, une basse bondissante, juste ce qu'il faut (et quand il faut) de guitare électrique, d'étranges samples et ce qui deviendra ensuite sa marque de fabrique, le fameux talk-over (l'art de surligner la rythmique avec les mots) avec une étourdissante originalité (notamment pour l'extraordinaire « Melody »).
Ensuite, c'est le format de l'album qui interpelle et séduit. Seulement 28 minutes, dont deux titres de plus de 7 minutes, qui passés en boucle, grâce à l'enchevêtrement et la récurrence de certains thèmes musicaux jamais boursouflés, créent une unité de corps surprenante, alors que l'on n'a jamais le temps de s'ennuyer !
Et puis, c'est ce cycle de chansons sombres, complexes et sulfureuses qu'on écoute comme un pêché, comme on lirait un recueil d'historiettes interdites, qui fascine. Comme si nous étions complices des vieux fantasmes « lolitesques » et autres troubles obsessionnels du narrateur.
C'est probablement son côté cinématographique (et donc visuel), véritable road-trip musical, qui ajoute une grande saveur à cet album donnant mine de rien un sacré coup de vieux à la musique française.
La qualité de cet artéfact musical n'est plus à vanter aujourd'hui, l'album ayant connu une étonnante gloire posthume, grâce notamment aux louanges d'artistes aussi divers que Beck, Sonic Youth, Air ou Blonde Redhead.


Les Marquises - Collection l'original
Les Marquises - Collection l'original

9 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Magie de la poésie et de la tendresse d'un homme qui se savait condamné, 5 décembre 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Marquises - Collection l'original (CD)
Que reste-t-il aujourd'hui des « Marquises », le dernier album de Brel ?
Tout d'abord le testament d'une des personnalités les plus volcaniques de la chanson francophone, un marathonien des spectacles (le « galérien des galas ») qui enflammait les salles en habitant les personnages de façon aussi théâtrale qu'intense, en transpirant comme une hyène et en gesticulant comme un clown triste. Le constat est simple : rarement un chanteur n'aura exprimé ses états d'âme avec autant de sincérité, de foi et de gravité que le grand Jacques. Brel a embrassé son art en le transcendant sur scène d'une façon tellement humaine qu'il est même presque difficile d'en parler sans émotion.
Ensuite, un goût pour l'écriture intact, avec une collection de douze chansons, dont les textes n'ont rien perdu de leur saveur et de leur mordant, trente ans après. Brel touche juste une dernière fois, avec énergie et humour. Le vieil esprit anti-clérical et méfiant envers les préceptes religieux veille toujours au grain, sa critique sans complaisance mais mêlée à une indéfectible tendresse envers ses personnages toujours présente. Brel signe dans les Marquises quelques sommets terriblement attachants (« Jaurès », « Orly », « La Ville S'endormait », « Les Marquises ») avec une orchestration variée (guitare, piano, batterie, mais aussi saxophone, trompette, accordéon) et une production donnant au son une aération surprenante, qui fait que « Les Marquises » résiste mieux au temps que d'autres productions plus datées.
Et Puis, il y a cette île, Les Marquises, où le temps s'est arrêté. L'homme se sait condamné à une issue fatale. Et pourtant, l'énergie et l'enthousiasme, mais aussi la lucidité qu'il insuffle dans ce dernier disque lui donnent un je-ne-sais-quoi de plus bouleversant et poignant que ses autres disques. On restera marqué longtemps des derniers vers des « Marquises » : « Veux-tu que je te dise / Gémir n'est pas de mise / Aux Marquises », pour lesquels il n'y eut d'ailleurs qu'une seule prise lors des sessions d'enregistrement .
« Les Marquises » sont là pour nous rappeler combien Brel a tenu jusqu'au bout le même regard attentif et vigilant sur ses pairs, sans méchanceté aucune, ni cynisme, mais avec toujours une soif de justice presque déraisonnable et une tendresse d'une humanité infinie.


Mellon Collie And The Infinite Sadness
Mellon Collie And The Infinite Sadness
Proposé par thebookcommunity_fr
Prix : EUR 35,99

13 internautes sur 13 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Oeuvre ambitieuse, complète, et particulièrement inspirée, loin des conventions du mouvement grunge, 5 décembre 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mellon Collie And The Infinite Sadness (CD)
Je me souviens très bien de la première fois où j'ai vu le clip de « Bullet With Butterfly Wings » à la télévision. Je m'étais dit « C'est pas possible, encore un pseudo groupe grunge qui ne propose rien de neuf ! ». Il faut dire qu'à l'époque, les radios s'emparaient d'insipides grossoyeurs du fameux son de Seattle à la chaîne... Et puis, comment s'intéresser aux Smashing Pumpkins alors que Pavement venait de sortir « Wowee Zowee » ?
C'est tout de même la curiosité qui m'a poussé à écouter d'une oreille plus attentive ce double album, écoute qui s'est révélée au bout du compte extrêmement admirative. Bien sûr, au départ, on se dit qu'il s'agit d'un mix plus ou moins avoué de trois piliers fondamentaux du rock (le côté hard-rock de Black Sabbath - voire des premiers Led Zeppelin, la versatilité de la pop psychédélique et des mélodies parfois inspirées des Beatles, et les soubresauts gothiques des années Cure, Bauhaus et autres Bunnymen). Et puis, en fin de compte, la magie opère incontestablement. On se dit non seulement que cette oeuvre est importante (variété de styles étourdissante), que Billy Corgan a un timbre de voix non pas agaçant mais devenant LE point fort du disque, mais aussi que ces citrouilles ont finalement leur propre son (leurs fameuses distorsions de guitare présentes sur ZERO, reconnaissables entre mille ! ainsi que les roulements de batterie mémorables de Chamberlain qui décidément n'est par un stagiaire manchot dans sa spécialité), leur propre combinaison des genres, leur propre appréhension des émotions (et pas seulement une classique alternance entre gros son gras et ballades sirupeuses), bref, leur propre identité. Et de surcroît, qu'ils se sont totalement affranchis du mouvement grunge.
Et puis, il y a cette créativité stupéfiante (plus ahurissante encore si l'on considère le grand cortège de faces B écrites à l'époque, avec peu à jeter) et cette inspiration sans faille.
Mellon Collie, avec ses singles efficaces (où une certaine urgence se fait notamment ressentir sur Tonight, Tonight, et ZERO), ses brûlots métalleux et cathartiques (au son désormais pumpkinien, donc), ses majestueuses entrée et sortie au piano, ses ballades crève-coeur et ses morceaux épiques (dont les monuments complexes d'opéra-rock « Thru The Eyes Of Ruby » et « Porcelina Of The Vast Oceans ») est une oeuvre ambitieuse et complète, au final pas si grandiloquente que ça, qui se suffit à elle-même et dont la musique peut bien se suffir finalement pour quelques temps (nombreux sont ceux dont Mellon Collie est resté cloué au fond de leur chaîne pendant des semaines...).
Depuis, j'ai réécouté tous les albums des Smashing Pumpkins avec déléctation et en les usant jusqu'à la peau (euh... sauf Machina), mais je n'ai jamais réécouté « Bullet With Butterfly Wings »...


In Utero
In Utero
Proposé par produXa FR
Prix : EUR 12,83

10 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Âpre, saignant, décapant jusqu'à l'os... et déchirant., 5 décembre 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : In Utero (CD)
« In Utero » est l'album de Nirvana qui rassemble probablement toutes les qualités qui nous ont amenées à aimer le groupe de Seattle.
Tout d'abord « In Utero » renoue avec le côté viscéral du rock (et qui nous ramène à « Bleach ») grâce à une production remarquable (le désormais célèbre Steve Albini aux manettes) qui réussit à faire sonner Nirvana exactement comme en live : rageur, hargneux, puissant. La batterie sonne encore plus comme un fracas de tonnerre, le son crade des guitares se fait encore plus tranchant que pour « In Bloom », et les textes sont encore plus affligés (il est question d'anatomie, de chair, de famille éclatée, de viol - enfin, d'anti-viol...).
Puis « In Utero » contient ces fameux titres pop (si caractéristiques au fantastique « Nevermind ») dont le son (on y revient encore) a sans doute un peu mieux vieilli que son prédecesseur (« Rape Me » en tête). On ne dit jamais assez que la plupart des compositions de Kurt avaient une structure plutôt pop et que Nirvana avait finalement plus de similitudes avec les Beatles qu'avec Bush ou Soundgarden (bon, et ceux qui les comparaient à l'époque avec les Guns'n'Roses n'avaient définitivement rien compris...).
Et enfin, il ya quelques ballades sublimes, comme au bon vieux temps de « Polly » et « Something In The Way » (« Dumb », « All Apologies »), où la voix d'angelot fragile de Kurt prend toute sa dimension : une voix d'écorché vif trop sensible, aux épaules trop frêles.
Bon, en somme, les mêmes qualités que pour Nevermind ? Pas tout à fait. Il ressort de ce disque, certainement dû à ce que tout le monde sait déjà (un Kurt Cobain incapable d'intégrer le succès énorme de Nevermind, en pleine dépression, et accro à l'héroïne), à la fois une liberté et une sincérité plus évidentes et plus émouvantes que pour Nevermind. « In Utero » est dénué d'artifices, mais il prend aux tripes. C'est à tout le corps que l'album s'adresse. Même les défouloirs du disque (le fabuleux « Tourette's » !) ont ce supplément de sincérité, de mise à nu, qui élevent Nirvana au-dessus de pas mal de ses congénères de l'époque.
Et puis, il y a ce titre incroyable « Heart-Shaped Box » (dont le clip - aux accents macabres - colle tellement bien au propos et à l'atmosphère du titre, et contient des images tellement saisissantes qu'on s'en souvient encore) qui reste à mes yeux la quintessence de la musique de Kurt : cru, âpre, saignant, mais tellement sincère et déchirant...
Alors bien sûr, les détracteurs s'attaqueront aux limites techniques et musicales du groupe : « Nirvana ? Ils savent jouer trois accords ! ». Et pourtant, beaucoup d'oreilles musicales averties encensent Nirvana.
Charmer avec aussi peu de technique relève soit de la magie, soit du talent. Tout dépend de votre niveau de mysticisme.


Come On Die Young
Come On Die Young
Proposé par BOUQUIN SHOP
Prix : EUR 9,00

7 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Sensations nouvelles pour probablement l'album le plus réussi de Mogwaï, 5 décembre 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : Come On Die Young (CD)
« CODY » est probablement le meilleur album de Mogwaï. C'est en tout cas celui qui définit le mieux la musique du groupe, son essence et son pouvoir, celui qui correspond le mieux à sa propre identité et qui justifie à lui seul la légitimité de Mogwaï à occuper cette place si spéciale sur l'échiquier du rock indie actuel.
Les premiers efforts des écossais (les stupéfiants « Young Team » et « Ten Rapid »), aussi impressionnants soient-ils, se contentaient allègrement de poursuivre les explorations des formations happées par ce qu'on avait coutume de nommer à l'époque le post-rock (ce fameux genre musical où les guitares sont utilisées pour en extraire des textures sonores plutôt que des riffs), formations souvent dignes héritières des guitares sauvages de Sonic Youth ou My Bloody Valentine.
Les albums suivants (de « Rock Action » à « Mr Beast ») sont de haute volée, méritent tous au moins 4 étoiles, mais s'éloignent légèrement de la qualité homogène de « CODY » et de l'identité première du groupe.
Avec « CODY », Mogwaï ne se contente plus d'alterner ambiances atmosphériques stagnantes et déluges soniques au sein d'un morceau, mais livre avec merveille un long crescendo sur la durée de l'album, montée progressive qui aboutit au morceau de bravoure Christmas Steps, où les guitares se font caressantes au début, rageuses et insoumises ensuite. Puis le calme revient, la boucle est bouclée, et elle est magnifique !
Et puis, tout au long de l'album, c'est la définition d'un propre style musical, jamais entendu auparavant : on est complètement perdus, et on ne fait plus confiance à nos sens. On ne sait plus si les guitares sont lourdes ou légères, si la musique est un murmure au creux de l'oreille ou une vive colère qui éclate au bout de tant de tension accumulée, si l'on ressent le doux souffle de la neige ou un malaise presque cauchemardesque... Comme si nous étions en pleine phase de sommeil paradoxal : au calme et en même temps très agités.
A la fin de l'album, on va jusqu'à se demander si ce que propose Mogwaï ne tient pas plutôt du post-punk (ce qui vient après la révolte, c'est-à-dire la désillusion), car finalement rien n'explosera vraiment. Mogwaï est peut-être tout simplement le seul groupe de post-punk-rock qui existe au monde.


Magical Mystery Tour
Magical Mystery Tour
Proposé par thebookcommunity_fr
Prix : EUR 57,59

8 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Tour de manège sous acide contenant quatre morceaux intouchables de perfection, 4 décembre 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : Magical Mystery Tour (CD)
Difficile de choisir un album des Beatles, surtout quand on a comme choix six ou sept pièces maîtresses tout aussi consistantes les unes que les autres (en gros, de « Rubber Soul » à « Abbey Road »). Les admirateurs du groupe se répartissent en général en trois catégories : ceux qui vantent les mérites de son premier véritable album expérimental aux paradis artificiels (« Revolver »), ceux qui restent à genoux devant la poussée contagieuse de psychédélisme de « Sgt Pepper's... », et ceux qui préfèrent s'ennivrer dans la variété foisonnante de styles proposée par le « White Album ».
Je dérogerai à la règle : s'il fallait en choisir un seul, ce serait probablement « Magical Mystery Tour », et ce pour deux raisons essentielles.
La première est qu'il s'agit à mon sens de l'assortiment de titres le plus fou et le plus psychédélique que les Beatles aient jamais produit. Une sorte de voyage azimuté, de tour de manège sous acide, où l'on ne s'ennuie jamais. Succédant à l'été de l'amour, et le Flower Pop tournant à plein régime (souvenez-vous des chemises à fleur du clip de « All You Need Is Love » !), les onze titres du « Magical Mystery Tour » forment avec « Revolver » et « Sgt Pepper's... » une trilogie lysergique remarquablement démentielle et jouissive.
La seconde est qu'il contient quelques-unes des meilleures chansons du groupe en terme de songwriting (et celles-ci, je ne voudrais absolument pas m'en séparer s'il fallait choisir un seul album des scarabées !). D'un côté, Paul à son sommet d'écriture et d'efficacité mélodique avec « Penny Lane » (la vie quotidienne de Liverpool décrite de façon tellement poétique qu'elle émeut aux larmes) et « The Fool On The Hill » (dont le solo de flûte semble s'envoler si loin qu'il plane encore quelquepart dans ma mémoire !). De l'autre, John à son zénith artistique dans la recherche sonore avec les mémorables « Strawberry Fields Forever » (sorte de stupéfiant rêve semi-éveillé rythmé par ce son unique de mellotron !) et surtout « I Am The Walrus », totalement décomplexée et tellement avant-gardiste, presque futuriste, qu'il me semble qu'on ne finira jamais d'en être fascinés, même dans quelques siècles.
Ces quatre chansons sont si bonnes qu'elles excusent totalement les quelques plantages du disque (« Flying » en tête) et l'assemblage quelque peu compilatoire du disque.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Apr 30, 2010 11:14 PM MEST


The Queen Is Dead
The Queen Is Dead
Prix : EUR 10,99

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Source de pop anglaise absolue : la reine est morte, mais le disque semble immortel, 4 décembre 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Queen Is Dead (CD)
Album marquant l'apogée du groupe mancunien, d'un courant (la pop anglaise à guitares), et d'une esthétique particulière, « The Queen Is Dead » est bien le chef d'oeuvre de la bande à Morrissey livrant dix saynètes à la délicatesse troublante, bijoux de pop ciselés au doux spleen, et truffé de textes écrits au vitriol allant du cynisme absolu au romantisme exacerbé.
Les Smiths, c'était avant tout l'alliance entre deux personnalités assez différentes : le technicien Johnny Marr et le fantasque, flamboyant et parano Morrissey (nourri au dandysme d'Oscar Wilde et de David Bowie, et de l'oeuvre littéraire de Shelagh Delaney). Ils ont toutefois quelques points communs : ils sont tous deux issus de la classe ouvrière de Manchester et donc concernés par la politique ultralibérale de l'époque, et expriment un goût assez prononcé pour la provocation.
Premier constat majeur à propos de « The Queen Is Dead » : l'album est presqu'un best of à lui tout seul, tant les perles se succèdent (avec surtout « There Is A Light That Never Goes Out », qui n'a jamais exprimé aussi bien le sentiment d'angoisse et le besoin d'être aimé de n'importe quel adolescent).
Second constat : l'album vieillit bien, et on est encore émerveillé face à ce combo qui a toujours évité l'écueil des clichés machos et des stars défoncées du sacro-saint mythe Sex Drugs & Rock'N'Roll.
Troisième constat : cet album, encore plus que les autres, est hyper « anglo-centré », balançant de furieuses charges contre la monarchie, l'administration thatchérienne et l'éducation traditionnelle en Angleterre. En ce sens, « The Queen Is Dead » est un témoignage lumineux des années 80 au Royaume-Uni.
Dernier constat : les Smiths ont marqué l'histoire de la pop music avec pourtant une esthétique précieuse et tellement particulière qui aurait pu lui faire défaut, une ambigüité sexuelle et des pochettes d'album homo-érotiques, d'étranges inflexions de Morrissey en concert (quand il arborait des glaïeuls glissés dans ses poches et qu'il jetait en public ou avec lesquels il se fouettait (!)), et des textes consternants (Morrissey chantait des choses parfois épouvantables avec un détachement olympien, à l'intérieur de mélodies pop sucrées...). Cela est probablement dû, comme le disait Morrissey lui-même en 1984 au fait que « l'image des Smiths est si forte qu'elle déclenche l'adoration totale comme la haine la plus féroce ».
A mille lieux du rock made in USA, « The Queen Is Dead » est donc un album incontournable à la classe intacte : on y retournera longtemps s'abreuver comme à une source de pop anglaise absolue.


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