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Contenu rédigé par Athanase
Classement des meilleurs critiques: 1.560
Votes utiles : 247
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Commentaires écrits par Athanase (Orléans)
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5.0 étoiles sur 5
"Les consoler de quelque chose d'inexplicable", 14 mai 2013
La femme, le frère, l'amant, le prêtre, la fille ... Pascal Quignard compose un tableau dont l'arrière-plan n'est pas le moindre des témoins : la nature bretonne, omniprésente. Claire investit maisons, bois, champs, falaises et océan au point de se confondre avec eux. C'est son camouflage à elle, d'où elle guette les moindres faits et gestes de Simon, irrémédiablement perdu mais aimé comme un horizon condamné à fuir. Paul, depuis qu'il est orphelin, n'a que sa soeur dont les secrets lui tiennent lieu de famille. Mais il rencontre Jean, le prêtre, homosexuel comme le Dieu qu'il sert, car dit-il, Il l'est lui aussi « au moins à demi de lui-même puisqu'il nous aime tous et qu'il nous a faits tous ». Juliette, la fille abandonnée toute petite ressurgit, simplement pour s'assurer qu'elle n'a pas à regretter la mère qu'elle n'a pas eue. A la suite de Claire, dans son sillage sur la mer, dans ses traces sur la lande, tous ces personnages éprouvent leurs solidarités à tâtons, comme à colin-maillard, maladroits mais obstinés, tâchant au passage de se consoler les uns les autres de leurs vies, inexplicables, folles peut-être aux yeux des hommes, mais non pas insensées.
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4.0 étoiles sur 5
Quand la séparation des parents est insupportable, 13 mai 2013
Un homme quitte sa femme, des parents se séparent, une ado pète les plombs. Marie-Sophie Vermot tisse sur cette trame, hélas banale, un récit original, tout en allers et retours. Danaé - c'est le joli prénom de l'adolescente en question - marche sur un fil fragile, d'hôpital psy en lycée « spécialisé ». Clivée, en proie à des émotions ultra-violentes, elle ruse, avec ses grands-parents qui l'ont recueillie, pour ne pas se retrouver à nouveau attachée sur un lit et bourrée de neuroleptiques, au milieu des fous. Quand « un papa + une maman » ne servent plus à rien, quand on est « grillé » aux yeux de ceux qui sont sensés vous aimer inconditionnellement, quand toute bienveillance masque une surveillance, quand tout remonte et déborde à l'état brut, insomnies, sentiments, envie d'aimer comme de tuer, quel chemin suivre ? Florence offre à Danaé un havre provisoire, une parenthèse, mais rien de plus, alors que le monde des « adultes » alentour semble uniformément et définitivement hostile. Marie-Sophie Vermot nous met dans la peau de Danaé avec beaucoup d'efficacité. Peut-être lâche-t-elle son héroïne (et son lecteur) un peu trop abruptement ?
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4.0 étoiles sur 5
"Une vie, c'est l'ensemble des forces qui résistent au désespoir" (Mauriac), 19 mars 2013
C'est la mise en scène de la lente résilience d'un homme écrivain, avec deux enfants, marié à une femme médecin qui disparaît un beau soir sans laisser de traces, après une petite dispute comme beaucoup de couples peuvent en avoir. Le héros plonge, ses jeunes enfants l'empêchent de couler complètement. Il se réfugie en Bretagne chez son frère, alors qu'il a rompu des années auparavant avec lui et surtout avec son père, qui est mort sans qu'il le revoie. Alors que l'absente continue à obséder le présent, le passé familial remonte par soubresauts, comme autant d'autres deuils inaccomplis. Les deux frères règlent peu à peu leurs comptes, comblant enfin les silences qui les séparaient. Et d'avancer en dépit du drame latent et de tous les vents contraires. C'est à la fois noir et optimiste. Les multiples thèmes entrelacés du film, la disparition d'un être vital et le deuil impossible, le père honni, le fils prodigue, la fraternité nécessaire et difficile, la solidarité face aux coups du sort, l'amour après la mort tissent une trame universelle... Benoît Magimel, en costaud fragile, porte son désarroi, refuse la pitié et se rouvre lentement à la vie.
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4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
Pour la Bible, avec ou sans Dieu, 1 février 2013
« Autrement la Bible », qu'est-ce à dire ? Voici plus d'un demi-siècle qu'André Paul se tient avec passion sur ce qu'il nomma en 1974, dans L'impertinence biblique, la « brèche accouchante », littéraire et vitale, d'où le Livre n'en finit pas de naître, et nous avec lui. Pour la première fois, il livre ici quelques clés de l'itinéraire personnel qui l'a mené d'un catholicisme sans Bible, celui de son enfance, à sa vision neuve d'une Bible, patrimoine de l'humanité avec ou sans Dieu. En cours de route, il jette quelques lumières, parfois crues, sur l'évolution de l'Église dans son rapport aux Écritures. L'historien qu'il n'a jamais cessé d'être nous fait bénéficier des connaissances les plus récentes tant sur les manuscrits de Qumrân que sur le judaïsme ancien. De ce qu'il appelle les « modèles acquis », il assure la critique rigoureuse et la relève novatrice. En remontant avec lui dans l'Histoire aux conditions de production les plus lointaines de la Bible, le lecteur participe à la déconstruction - qui n'est pas destruction - des mythes fondateurs d'Israël. Puis, au retour, il parcourt jusqu'à nous les chemins, balisés par lui, des deux Alliances, l'ancienne toujours vivante et la nouvelle, qui l'accomplira un jour. Et la Bible de renaître autrement sous nos yeux.
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5.0 étoiles sur 5
Un classique dépoussiéré, 24 décembre 2012
C’est dans sa septième année que Pip, jeune orphelin élevé à la dure par une sœur acariâtre, eut la peur de sa vie, dans le cimetière où il rendait visite à ses parents et frères et soeurs morts et enterrés. Pip, tremblant, rentre chez lui, s’exécute sans rien dire à personne et enfouit ce terrible secret dans son cœur de petit garçon. A tout jamais, du moins le croit-il… C’est encore contraint et forcé qu’on l’envoie distraire Miss Havisham, une folle qui vit enfermée depuis des années, au milieu des cafards et des toiles d’araignée. Mais Pip croise aussi chez elle une jeune fille aussi belle que méprisante, Estella. Il tombe définitivement amoureux de la protégée de Miss Havisham, pour son plus grand malheur. Mais il ne le sait pas encore. Qu’est-il arrivé à Miss Havisham et qui est vraiment Estella ? Comment Pip pourrait-il se faire aimer de cette jeune aristocrate qui se moque de lui, alors qu’il est voué à devenir l’apprenti-forgeron de Joe, son frère de misère ? Le pauvre destin de Pip semble tout tracé lorsqu’entre en scène Jaggers, un homme de loi qu’il a croisé chez la vieille toquée. Jaggers lui apprend qu’un bienfaiteur anonyme a décidé de lui offrir, à lui, Pip, les moyens de devenir un vrai gentleman. Du jour au lendemain, le jeune homme simple et sans éducation se retrouve projeté à Londres, riche et plein des « grandes espérances » qu’un inconnu a mises en lui. Que va-t-il faire de cette vie qui s’offre à lui sans lui appartenir vraiment, de son secret d’enfant, de ce nouveau mystère, de son amour impossible pour Estella, de ses anciennes amitiés et des amis tout neufs que son argent attire ? C’est ce que raconte ce grand roman de Charles Dickens, né en Angleterre il y a deux cents ans et revisité par Marie-Aude Murail, avec la complicité de Philippe Dumas, dont les aquarelles et les dessins à la plume illuminent presque chaque page.
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4.0 étoiles sur 5
En terre franche, 4 novembre 2012
A la fin d'Afirik, premier volume de la trilogie des Cornes d'ivoire, nous avions laissé Mari, jeune esclave affranchie au seuil d'une aventure lointaine. Nous la retrouvons embarquée sur le Yumna, navire affrété par Birayma Penda, pour une longue navigation vers Septentrion, la terre des ancêtres blancs. Premier mystère, à bord : un jeune savant, blanc lui aussi, dont Penda s'est attaché les services, reste invisible. Mari comprendra au détour d'une tempête le secret terrible qu'Eloi gardait enfermé dans sa cabine. Lorsqu'ils accostent enfin, Mari découvre que c'est une véritable expédition ethnographique que veut entreprendre le Peul. L'aventure n'est pas sans danger, dans les Territoires qui furent ravagés par la peste et où l'ancienne civilisation franche semble avoir basculé dans la misère et la barbarie. Pour Mari, pourtant chaque découverte est une source d'émotions. Elle qui rêvait d'avoir froid rencontre bien vite la neige et le gel. Elle qui se savait porter le prénom de la mère du dieu blanc découvre les traces encore vives par endroits de l'ancienne religion. Sans cartes, guidée par la seule boussole du capitaine Diaker, l'expédition progresse, non loin du fleuve Louar. Elle n'a pas d'autre cap que celui fixé par les rêveries de Penda autour des précieux écrits qu'il emporte avec lui et qu'Eloi lui déchiffre peu à peu. La petite caravane doit affronter mille périls, la peste prête à ressurgir, les brigands, les chausse-trappes d'une nature inhospitalière. Arrivera-t-elle au but que seul Penda semble connaître ? Dans Septentrion, comme il l'avait fait dans Afirik en y inversant les codes de l'esclavage négrier, Lorris Murail s'amuse à travestir un pays dont nous connaissons bien l'histoire et la géographie : la France, jamais nommée. Et nous nous amusons nous aussi, grâce à lui, à reconnaître quelles vérités se tiennent derrière les miroirs déformants du temps et de l'espace livrés à la fiction romanesque. Mari est plus que jamais l'héroïne et l'instrument nécessaire du conteur, double fonction qui la rend miraculeusement invulnérable alors même que tout va sombrer autour d'elle. Sauf l'amour grandissant qu'elle porte à Birayma Penda : cet amour suffira-t-il à les sauver tous les deux ?
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2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Sang, secte and signes, 18 octobre 2012
Passée aux éditions Play Bac, Moka a réuni dans La prophétie de Venise tous les ingrédients d'un thriller pour ados efficace, du genre qu'on n'abandonne qu'à la dernière page. Pourquoi Maxime Dancourt, après avoir refusé catégoriquement, s'engage-t-il dans une enquête sans doute vouée à l'échec puisque seize années ont passé depuis ce massacre au cours duquel douze garçons et filles ont trouvé la mort dans un cimetière vénitien, selon un rituel atroce dont personne n'a jamais trouvé le sens? Est-ce uniquement parce qu'il reçoit de cet étrange vieillard un (très) gros chèque à titre, « d'avance sur frais » ? Pourquoi accepte-t-il aussi de s'encombrer de son rejeton, plus-ado-tu-meurs ? Est-ce parce que son métier solitaire commence à lui peser et que Lubin se met à avoir de bonnes intuitions qui titillent avec bonheur ses propres raisonnements ? Toujours est-il que le tandem nouvellement formé, Dancourt et fils, va s'avérer rudement efficace pour piéger des psychologues aux pratiques bizarres ou se faufiler dans les ruelles (et les portes) de Venise au temps du carnaval. De tueur psychopathe en secte millénariste, de parents aveuglés en néo-nazis allumés, ils vont pourtant avoir affaire à forte partie. Dans un style sec et sans fioritures, Moka noue tous les fils de son intrigue en une trame tendue qui ne laisse aucun répit au lecteur.
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Mon Amérique
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par Alice de Poncheville Edition : Poche |
| Prix : EUR 8,07 |
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3.0 étoiles sur 5
On dirait le Sud, 14 octobre 2012
Beaucoup d'ingrédients usuels des romans ados de l'école de loisirs dans la mayonnaise allégée de ce roman au « je » : des parents gentils, la copine un peu zarb, le p'tit frère, les vacances forcées chez la grand-mère qui vaudront quand même à l'héroïne son premier vrai baiser de garçon, un brin de fantastique avec ces plumes qui viennent se coller sur son crâne par on ne sait quelle magie (celle de la déception ?), des femmes un peu seules (mais pas tant que ça) dans la montagne mon Dieu qu'elle est belle, l'été, les baignades sauvages, les premières règles, la nature... On dirait le Sud. Dans cette vie, pas d'excès : on ne pleure pas, on ne rit pas vraiment non plus. Lisa y passe, légère comme une plume, attendant que la vie réponde à son mouvement, comme le lui a conseillé son papa.
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3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Ni blanc ni noir, 4 octobre 2012
C'est un livre à la fois passionné et nuancé que nous offre Sophie Chérer. Elle l'a rapporté d'un voyage effectué en 1997 à l'île de la Réunion et longuement mûri depuis. Dans ce qu'on sait de l'histoire vraie d'Edmond, dans ce qu'on ignore aussi, l'auteur s'est taillé un espace romanesque où s'épanouit avec vigueur et lyrisme, poésie parfois, son art de raconter et de décrire la Nature et les hommes. Si Edmond, orphelin noir promis à l'esclavage, devient l'inventeur de la pollinisation manuelle du vanillier, il le doit sans doute à l'homme blanc qui l'a protégé à sa naissance et l'a initié, via la magie des mots grecs, aux mystères de la botanique : Ferréol Bellier Beaumont. Le récit de cette adoption improbable, enchantée et finalement inachevée - Edmond n'apprendra jamais à lire ou à écrire car c'étaient choses interdites aux esclaves - occupe un bonne part du livre jusqu'au tournant de la découverte. Edmond cèlera toujours à son maître le secret d'enfant qui fut le ressort de son geste, inspiré par « la chose qu'il ne devait pas voir ». C'est du moins l'hypothèse que met en scène Sophie Chérer, nous en proposant une relecture qui doit autant à la Psychanalyse du feu de Bachelard qu'à La pensée sauvage de Lévi-Strauss. Les moeurs coloniales sont décrites telles qu'elles étaient. Mélange de paternalisme et de cruauté, elles ont reposé sur l'exploitation intensive des esclaves, jusqu'à la seconde abolition, la bonne, celle de 1848. Celle-ci ne procura pas à Edmond un meilleur destin social ni la reconnaissance qu'il aurait pu avoir comme véritable bienfaiteur de l'île Bourbon et dont il fut spolié. Méconnu et oublié, Edmond Albius, avec cette biographie romancée, doit en revanche à Sophie Chérer une plus belle mort et, peut-être, ce qui serait mieux encore, une nouvelle naissance.
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2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Course sans handicap, 15 avril 2012
Les histoires de cheval, on pense généralement que c'est pour les filles, qui ont toutes commencé par parfumer leurs poneys chéris avec l'eau de toilette de maman, avant de dévorer les nombreuses séries consacrées aux canassons. Avec Tempête au haras, Chris Donner revirilise sérieusement la thématique. A la question : pourquoi les hommes adorent-ils les chevaux ? il répond : « à cause de la vitesse. » Quant à savoir ce que les chevaux ont en commun avec les humains, c'est simple : « l'envie de gagner. » Jean-Philippe est né dans un haras. Plus exactement dans le box d'une pouliche en train de mettre bas. Alors si Jean-Philippe n'est pas un poulain, il vit depuis sa naissance dans une communion extrême avec la gent équine. Cette communion ne va même pas être entamée ce soir d'orage épouvantable où la dernière-née de Belle Intrigante lui sectionne la moelle épinière d'un coup de sabot affolé. C'est l'année des T pour les pur-sang. La fille coupable ne sera pas abattue : « c'est peut-être un crack » plaide Jean-Philippe sur son lit d'hôpital. Elle ne s'appellera pas non plus Tétraplégique comme le propose avec humour sa jeune victime mais Tempête. Merci, Dédé. « Très bien, Tempête, très approprié ». Oui, car Tempête va aller très vite et sera la vengeance de Jean-Philippe, une vengeance d'amour intense, sans larmes, sans pathos, qui fait refermer le livre d'un « Chapeau, Donner ! »
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