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Contenu rédigé par Savinien
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Savinien (Liège, Belgique)
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The Bayreuth Heroine
The Bayreuth Heroine
Proposé par Music-Shop
Prix : EUR 12,88

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 L'une des toutes grandes voix de sa génération, 4 juillet 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : The Bayreuth Heroine (CD)
Née en Suède, Astrid Varnay est fille de chanteurs hongrois réputés. Emigrée en Norvège durant son enfance, ensuite à Buenos Aires, puis aux Etats-Unis, c'est un drame qui va donner l'impulsion à sa vie de chanteuse : son père décède alors qu'il n'a que 35 ans, en 1924 (Astrid a alors 6 ans). Du coup sa mère doit faire bouillir la marmite seule; elle se lance dans des cours de chants, ce qui lui permettra plus tard de faire profiter sa fille d'une solide formation. A 22 ans, avec le soutien de Kirsten Flagstad, elle est prise en charge par son futur mari Hermann Weigert, au Metropolitan, pour parfaire sa formation.

Les débuts de Varnay font partie de l'histoire du Met : la veille de Pearl Harbor elle remplace au pied levé la légendaire Lotte Lehmann, malade, dans une Sieglinde radiodiffusée (avec à ses côtés le Siegmund de Lauritz Melchior). La même semaine, elle remplace Helen Traubel cette fois en Brünnhilde ! Un double exploit, et un double triomphe, qui propulse Astrid Varnay au firmament des grandes wagnériennes pour les deux décennies à venir. Elle sera l'un des piliers du Nouveau Bayreuth, dès la réouverture du Festival en 1951 (à la recommandation de Flagstad).

Cette place de wagnérienne hors pairs donne son titre à ce coffret, ainsi que sa substance principale : les six premiers CDs (et une partie du 10ème) sont exclusivement consacrés à Richard Wagner, avec quelques saucissonnages horripilants, malheureusement courants dans ce type de coffret. Les autres CDs proposent Varnay dans le répertoire italien (ou même français), dans un soupçon de Beethoven, et dans quelques uns de ces rôles straussiens qu'elle défendait remarquablement. Un beau panel donc, pour l'une des toutes grandes voix de sa génération.

Ci-dessous le contenu détaillé du coffret. Abréviation utilisée : OSRB=Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise.

CD01 -- Brünnhilde (Die Walküre)
Extraits des scènes 1 et 2 de l'Acte 2, puis les Scènes 4 et 5, avec les formidables Wotan de Hans Hotter et Siegmund de Ramon Vinay, mais aussi la Sieglinde de Birgit Nilsson et le Hunding de Josef Greindl; capté à Bayreuth en 1957 sous la baguette de Hans Knappertsbusch. Suivent les Scènes 2 et 3 (jusqu'aux Adieux de Wotan) de l'indispensable Acte 3 enregistré par Karajan à Bayreuth en 1951, avec le trop rare Wotan de Sigurd Björling... dont l'amputation des Adieux est ici une frustration insupportable (on ira donc chercher cet Acte indispensable dans sa totalité chez EMI).

CD02 -- Sieglinde (Die Walküre)
Le 1er acte de la Walkyrie (à partir de la première intervention de Sieglinde; pourquoi diable l'éditeur s'amuse-t-il à scalper un acte de la sorte ??), avec Astrid Varnay en Sieglinde pour ses débuts au Metropolitan (et non simplement les "débuts de Varnay" comme indiqué; elle remplaçait ici une Lotte Lehmann indisposée, comme elle le fera à peine une semaine plus tard pour Helen Traubel... en Brünnhilde). Avec le Siegmund légendaire de Lauritz Melchior, et le Hunding non moins fameux d'Alexander Kipnis, le Met étant dirigé par Erich Leinsdorf. Une captation proprement historique (le 6 décembre 1941, veille de l'attaque de Pearl Harbor), dans un son acceptable (même si assourdi et parasité).
Deux captations studios en complément : un extrait de la Scène 3 dirigé par Hermann Weigert en 1951, et ensuite la Scène 4 de l'Acte 2 ("Siegmund, sieh auf mich" (avec Varnay en Brünnhilde bien sûr, même si ce n'est pas indiqué), l'Orchestre de la Radio de Bavière sous la baguette de Leopold Ludwig, en 1956.
Pour Varnay en Sieglinde, on se réfèrera aussi à la captation Keilberth 1955 (avec la Brünnhilde de Martha Mödl, chez Walhall).

CD03 -- Brünnhilde (Siegfried/Götterdämmerung)
La Scène 3 de l'Acte 3 de la Seconde Journée de la Tétralogie nous replonge dans l'irrésistible Siegfried de Karajan l'année de la réouverture à Bayreuth, avec un Bernd Aldenhoff au mieux de sa forme. Une Scène qui ne sera pas laissée complète dans cette captation, mais qui est enchaînée (à partir du duo "Ewig war ich") avec la captation studio de 1954 avec l'Orchestre de la Radio de Bavière sous la baguette de Hermann Weigert (avec Wolfgang Windgassen). Deux captations certes indispensables, mais dont on a finalement ici qu'une moitié à chaque fois !
La Brünnhilde de la Troisième Journée nous offre deux captations studios. D'abord en 1955 le duo du Prologue ("Zu neuen Taten"), avec Windgassen toujours à la Radio de Bavière, cette fois sous la direction de Leopold Ludwig. Puis la scène finale ("Starke Scheite"), issue de ces séances d'enregistrement de 1954 avec le mari de Varnay à la baguette.
Pour ces captations studios 1954 et 1955, on se réfèrera à leur republication complète en un double-cd chez Eloquence.

CD04 -- Isolde (Tristan et Isolde)
Le disque commence par la mort d'Isolde ("Mild und Leise"), de manière sans doute pas très judicieuse, mais dans un formidable studio de 1951 avec le Philharmonia dirigé par le trop rare George Sebastian. Suivent de larges scènes (42 minutes) de la captation Bayreuth 1953, sous la baguette d'Eugen Jochum (avec l'incontournable Tristan de Ramon Vinay, Ira Malaniuk en Brangäne et Gustav Neidlinger en Kurwenal; disponible chez Andromeda). Suivent 23 minutes d'éternité, de la Scène 2 Acte 2 extraite des captations studios avec Ferdinand Leitner en 1959 (avec Wolfgang Windgassen et Hertha Töpper; un indispensable absolu, parus notamment dans le double CD Eloquence déjà cité), et pour finir retour à Jochum 1953 à Bayreuth pour la mort d'Isolde.

CD05 -- Elsa (Lohengrin/Ortrude) et Kundry (Parsifal)
Curieux odonnancement à nouveau pour ces extraits de Lohengrin, puisqu'on commence avec l'air d'Elsa en studio en 1951 (Hermann Weigert dirige le Philharmonia Orchestra), pour enchainer avec des extraits où Varnay incarne Ortrude (Bayreuth 1960 sous la baguette de Lorin Maazel, avec le Telramund de Gustav Neidlinger; puis Bayreuth 1959 avec Elisabeth Grümmer en Elsa et Ernest Blanc en Telramund, sous la direction de Lovro von Matacic). On revient ensuite à Varnay en Elsa, avec des extraits de la légendaire captation Leinsdorf 1943 au Metropolitan (avec Lauritz Melchior, le meilleur finalement d'une production aussi disponible en intégrale dans le coffret Sony du bicentenaire).
Pour compléter, un peu moins de 25 minutes de Varnay en incontournable Kundry, d'abord en studio en 1951 avec Weigert et le Philharmonia, ensuite en live au Metropolitan en 1954 sous la baguette de Fritz Stiedry, avec le Parsifal de Set Svanholm (disponible en entier chez Walhall, une captation qui comprenait aussi George London et Hans Hotter; voilà un Parsifal qui aurait bien complété le coffret Sony du bicentenaire !).

CD06 -- Senta (Der Fliegende Holländer) et Elisabeth (Tannhäuser)
L'intense Senta de Varnay est bien représentée ici avec près de 35 minutes extraites de trois captations très proches à Bayreuth : d'abord 1955 sous la baguette de Joseph Keilberth (avec Rudolf Lustig en Erik), puis Keilberth encore mais en 1956 (avec le faramineux Hollandais de George London, et Arnold van Mill en Daland), puis retour en 1955 mais cette fois avec Knappertsbusch (Erik est Wolfgang Windgassen, le Hollandais est Hermann Uhde). Pour Varnay en Senta, on se réfèrera aussi à l'indispensable Reiner 1950 au Met (avec Hans Hotter et Set Svanholm; dans le coffret du bicentenaire).
Pour compléter, 20 minutes de Varnay en Elisabeth. On retrouve d'abord George Sebastian à la tête du Philharmonia en 1951, ensuite deux extraits du Tannhäuser de Rudolf Kempe en 1955 au Metropolitan, avec Ramon Vinay (mais aussi George London et Blanche Thebom, disponible chez Andromeda).

CD07 -- Opéra italien et français
Ce disque propose un récital enregistré en 1951 avec Hermann Weigert à la tête de l'Orchestre Symphonique de Basse-Autriche. Particularité intéressante : il reprend des airs de l'opéra italien et français chantés en langue originale (au lieu des traductions allemandes, comme c'était encore usuel à l'époque en Allemagne; voir p.ex. le CD suivant). Du coup, ces airs verdiens prennent pour ainsi dire des allures d'indispensables : Aïda, Leonora, Amelia, Lady Macbeth, Eboli; Varnay nous montre ici quelle incroyable tragédienne verdienne elle était. Suivent encore le "Suicido!" de la Gioconda de Ponchielli, et une Santuzza anthologique. Varnay nous surprend alors en Thaïs et en Recha de La Juive de Halévy, des rôles que l'on n'a pas l'habitude d'entendre avec une telle densité vocale. Un récital rare et souvent enthousiasmant, précédé ici, en zakouski de luxe (et toujours avec Weigert), par une Aïda faramineuse aux côtés de l'impressionnant Amonasro de George London (avec l'orchestre de Munich en 1953).

CD 08 -- Giuseppe Verdi (chanté en allemand)
Un CD entièrement consacré à Verdi et chanté en allemand, avec d'abord deux captations studios de 1954 : l'air de Leonore de la Force du Destin, et l'air d'Amelia extrait du Bal Masque (OSRB, Hermann Weigert). Ensuite, une sélection (plus de 40 minutes) de Macbeth, capté à Cologne en 1954 sous la baguette de Richard Kraus, avec le Macbeth de Josef Metternich (un habitué du rôle, qui le donnait notamment quatre ans plus tôt à Berlin sous la baguette de Joseph Keilberth et avec la Lady de... Martha Mödl).

CD 09 -- Richard Strauss
Wagnérienne pour l'éternité, Varnay fut aussi une remarquable straussienne, comme en témoigne ce CD au minutage généreux. Début 1953, elle donne sa première Maréchale au Metropolitan, sous la baguette de Fritz Reiner; elle est captée ici le 28 février (même si ce n'est pas mentionné), dans une qualité de son pas très flatteuse. Si elle ne se montre pas forcément idéale dans le rôle, Varnay y fait tout de même preuve d'une remarquable intensité, aux côtés du vibrant Octavian de Risë Stevens.
Parmi ses rôles straussiens, Varnay fut une redoutable Elektra; on n'en doutera plus après ce monologue issu des séances autrichiennes en 1951 sous la direction de Weigert, et ces deux extraits de l'Elektra studio à Cologne en 1953, (soit au total trente minutes dans le rôle), où Varnay est formidablement entourée de la Chrysothemis de Leonie Rysanek et de l'Oreste de Hans Hotter, sous la baguette de Richard Kraus. Un indispensable straussien, disponible notamment chez Capriccio.
Pour terminer, la scène finale de Salomé, également issue des studios 1951 avec Weigert. Un rôle formidable pour Varnay (qui sera aussi plus tard une incontournable Hérodiade, comme une indispensable Klytemnestre), pour lequel on ira chercher l'intégrale studio réalisée deux ans plus tard, disponible notamment chez Orfeo.

CD 10 -- Beethoven et Wagner
Dans la série de captations autrichiennes de 1951 avec à la baguette son mari Hermann Weigert, Varnay nous donne ici deux prestations beethovéniennes : l'air de Léonore extrait de Fidelio, et l'air "Ah, perfido" op.65. Et pour terminer ce coffret en beauté (même si c'est avec le disque le plus court; 40 minutes à peine), on trouvera un incontournable discographique : les Wesendonck-lieder de Wagner, en studio en 1954 (et non 1955 comme indiqué), avec l'Orchestre de la Radio de Bavière sous la direction de Léopold Ludwig (disponible notamment chez Eloquence).


20th Century Classics : Enescu (2 CD)
20th Century Classics : Enescu (2 CD)
Prix : EUR 6,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Un compositeur encore en quête de reconnaissance, 27 juin 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : 20th Century Classics : Enescu (2 CD) (CD)
Véritable enfant prodige, élève de Massenet, Fauré ou encore Thomas, remarquable chef d'orchestre, pianiste et violoniste virtuose, pédagogue d'exception, considéré comme le plus grand compositeur roumain, George Enescu (françisé en Georges Enesco, le compositeur ayant en outre vécu alternativement en Roumanie et en France) a baigné dès son enfance dans la musique des orchestres tziganes, ce qui sera l'une des influences majeure de sa musique (à commencer par sa célébrissime Rhapsodie Roumaine n°1, pièce emblématique s'il en est).

Même s'il brilla surtout de son aura de virtuose, Enesco a laissé une bonne trentaine d'opus, qui n'ont toutefois guère reçu les honneurs du répertoire, mais que l'on redécouvre peu à peu. Exception notable bien entendu de sa très courue 3ème Sonate pour violon (présente sur cet album), ou encore de la réhabilitation de son unique opéra Oedipe, considéré aujourd'hui comme l'un des grands chefs d'oeuvre lyrique du XXème siècle.

Ainsi ses trois symphonies (comme du reste ses trois Suites Symphoniques) sont assez rarement jouées , et encore moins enregistrées. Il est vrai que les deux premières sont des oeuvres "de jeunesse", d'un compositeur encore relativement académique à la recherche de son langage musical; en outre l'influence tzigane aux sonorités si grisantes ne s'y retrouve guère (ou en tout cas pas de manière aussi immédiatement rafraichissante que dans d'autres pièces). De plus, cette musique tonale ne se décide pas à choisir un langage ouvertement moderne; défaut certes très relatif, mais néanmoins pénalisant pour la défense des oeuvres dans les "milieux autorisés", ainsi que l'ont douloureusement expérimenté d'autres compositeurs, Rachmaninov en tête. Enfin, autre point commun avec le compositeur russe, l'aura de virtuose hors pairs d'Enesco a largement contribué à éclipser pour longtemps ses qualités de compositeur...

Les trois symphonies (toutes en trois mouvements) ont en commun une véritable esprit de liberté rhapsodique (ce qui peut d'ailleurs avoir parfois un côté déroutant), et une forte connotation post-romantique, qui se traduit à travers une remarquable panoplie de textures sonores dans une grande profusion mélodique, qui s'abreuve régulièrement aux sources de la musique populaire roumaine.

Ecrite en 1905 (Enesco a donc 24 ans; il a cependant déjà écrit une Symphonie concertante quatre ans plus tôt), la 1ère Symphonie est déjà riche et complexe, directement placée sous l'influence des grands compositeurs de la fin du XIXème siècle; une sorte d'impulsion brahmsienne mêlée de Tchaikovsky et Saint-Saens, avec des accents de Busoni, et une référence wagnérienne à peine voilée dans le mouvement central.

La 2ème Symphonie viendra dix ans plus tard; plus complexe et plus imposante (en effectif mais aussi en longueur; c'est d'ailleurs la plus longue des oeuvres symphoniques d'Enesco), d'une écriture proprement luxuriante, elle sera pourtant totalement boudée dès sa publication (et donnée une seule fois du vivant du compositeur !). L'évolution de ton y est immédiatement perceptible; certes toujours post-romantique dans l'âme, on est toutefois entré ici clairement dans le XXème siècle, avec un éclairage qui prend plus généralement une coloration straussienne (en outre la parenté du début avec Une Vie de Héros paraît limpide), mais aussi sibélienne. Le jeu des mélodies entrelacées et la complexité des textures montrent en outre une remarquable maîtrise de l'écriture orchestrale.

Composée durant la Grande Guerre, achevée en 1919 et révisée deux ans pus tard, la 3ème Symphonie est une évolution des deux premières qui affiche encore un tout autre calibre, avec une grande unité intrinsèque et une cohérence aboutie qui en font certainement une œuvre symphonique majeure. Enesco y trouve aussi un ton plus mûr, plus immédiat, utilisant avec plus de liberté ce style et ces sonorités propres qu'il cherchera inlassablement à développer. L'orchestration luxuriante requiert un effectif orchestral très imposant, augmenté d'un piano soliste, d'un orgue et d'un chœur (sans paroles) pour le finale en forme de lente évocation paradisiaque (certains rapprochent d'ailleurs la construction de l'oeuvre des trois épisode de Faust, un rapprochement qui, à mon sens, n'est finalement guère évident en dehors des couleurs de ce finale).

Lawrence Foster est à la tête de l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo (pour les deux premières Symphonies, en 1991 et 1992) et de l'Orchestre National de Lyon (pour la 3ème, en 2004). Le chef américain, d'origine roumaine, s'est inscrit comme l'un des porte-drapeaux majeurs de la musique d'Enesco. Avec ses musiciens français, il se montre très rigoureux et sensible, mais toujours très sobre, et en définitive (relativement) peu passionné. On pourra donc, par moment, lui reprocher un certain manque d'engagement, finalement presque paradoxal; mais peut-être faut-il y voir avant tout la manifestation d'un grand respect envers cette musique...

En complément (à la place du rare et superbe Vox Maris sur l'album original, pourtant un prolongement naturel de la 3ème Symphonie), on aura droit ici à la Sonate pour violon et piano n°3 op.25 "dans le caractère populaire roumain", qui constitue incontestablement le chef d'œuvre chambriste d'Enesco (et un chef d'œuvre tout court dans le répertoire des violonistes). Pour Enesco, il ne s'agit pas cette fois de s'inspirer de thèmes populaires existants, mais d'en réaliser une sorte de synthèse pour produire une oeuvre qui serait le reflet d'un esprit véritablement roumain (comme son titre l'indique). Débordante de lyrisme, il y souffle une réelle lumière mélodique dont la saveur authentique est préservée jusque dans l'impression d'une certaine improvisation. Enregistrée à Monaco en 2008, les interprêtes en sont Valery Sokolov au violon, et Svetlana Kosenko au piano, deux jeunes musiciens tous deux excellents de sonorités et de complicité enthousiaste (le jeune ukrainien s'était d'ailleurs particulièrement illustré en 2005 avec cette Sonate au Concours Enescu de Budapest).

Un excellent double album donc, pour découvrir l'univers coloré et imaginatif d'un compositeur encore en quête de reconnaissance. On pourra d'ailleurs compléter à peu de frais cet éventail symphonique, avec le double album Apex reprenant les 2 Rhapsodies, les 3 Suites, le Poème Roumain et la Symphonie concertante.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 30, 2014 10:18 AM MEST


Goldberg Variations Bwv 988 - The Historic 1955 Debut Recordings
Goldberg Variations Bwv 988 - The Historic 1955 Debut Recordings
Prix : EUR 6,99

3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Superlatives et fascinantes, 19 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Goldberg Variations Bwv 988 - The Historic 1955 Debut Recordings (CD)
Enièmes rééditions des enregistrements légendaires des Goldberg par Gould, ce double album offre l'avantage de regrouper les deux captations historiques à prix rikiki.

En 1955 le canadien est âgé de 22 ans; il va révolutionner la discographie et la vision de l'oeuvre au piano. Un Bach net et vivant, exempt de tout sentimentalisme (et de tout legato), à la fois léger et vigoureux, affichant un jeu totalement contrôlé, une dextérité chirurgicale et un contrepoint d'une clarté littéralement extraordinaire. Une interprétation superlative et fascinante, un sommet incontournable depuis plus d'un demi siècle.

En 1981, il réenregistre les Goldberg, dans une vision toujours aussi proprement gouldienne mais dans des tempos radicalement différents et une dimension générale plus intellectuelle.
Depuis, les partisans de l'une ou l'autre version débattent pour en établir le classement. Une comparaison qui parait finalement inopportune; le choix est inutile, elles sont toutes les deux aussi indispensables...


R. STRAUSS : "Eine Alpensinfonie" (Une symphonie alpestre)
R. STRAUSS : "Eine Alpensinfonie" (Une symphonie alpestre)

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Kookyoogaku No Asahi (*), 14 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : R. STRAUSS : "Eine Alpensinfonie" (Une symphonie alpestre) (CD)
Cette année anniversaire straussienne est l'occasion de maintes rééditions. Il y a toutefois nombre d'enregistrements à la disponibilité anecdotique qui mériteraient de sortir de l'oubli discographique. C'est certainement le cas de cet enregistrement aussi rare qu'exceptionnel, une captation de l'Alpensinfonie réalisée à Hambourg le 19 mars 1990, avec l'Orchestre Symphonique de la NDR placé sous une baguette bien peu connue chez nous : celle du japonais Takashi Asahina. L'occasion de dire quelques mots sur ce chef singulier...

Asahina nait en 1908 à Tokyo, dans ce qui est encore le Japon impérial de l'ère Meiji (sous le règne de l'empereur Mutsuhito). Adolescent, il se passionne autant pour le violon (autodidacte) que pour le football ! En 1927 il assiste à un concert du russe Emmanuel Metter (un disciple de Rimsky-Korsakov et Glazounov, alors exilé au Japon), qui dirige la 1ère Symphonie de Kalinnikov; c'est une véritable révélation. Asahina se jette alors dans l'étude de la direction d'orchestre, auprès de Metter qui enseigne à l'Université de Kyoto, plus tard auprès de Leonid Kreutzer (qui officiait à l'Académie de Berlin avant de fuir la montée du nazisme pour s'installer à Osaka).

Il fait ses débuts de chef en 1939, à Tokyo. Après la guerre, en 1947, il fonde ce qui deviendra l'Orchestre Philharmonique d'Osaka (initialement nommé Orchestre Symphonique de Kansai, du nom de la région du Japon qui inclut la préfecture d'Osaka). Il restera à la tête de son orchestre près de 55 ans (jusqu'à sa mort en 2001, à l'âge de 93 ans, ce qui en faisait alors le plus vieux chef en activité).

Asahina fait sa première tournée européenne en 1953 (avec l'Orchestre d'Helsinki). Galvanisé par sa rencontre avec le dieu Furtwängler, comme on revendique un héritage spirituel (certains parlent même emphatiquement de réincarnation !), le chef japonais va développer un véritable art de la direction d'orchestre qui peut se mesurer sans complexe à celui des grands chefs occidentaux. Seule son indéfectible fidélité à l'archipel nippon le prive de l'aura mondiale qu'il aurait eu sans doute à la tête de phalanges plus commercialement exploitables dans les pays du soleil couchant.

Un héritage spirituel qui se marque clairement dans son répertoire, Asahina s'étant fait une spécialité des grands compositeurs germaniques. Avec en premier lieu les Symphonies de Bruckner, dont Asahina parle en termes d'affinités particulières à la pensée religieuse et philosophique japonaise, et dont il réalisa trois intégrales (et jusqu'à dix captations pour la 8ème Symphonie !). Mais aussi celles de Brahms, ou encore les Symphonies de Beethoven dont il réalisa pas moins de six intégrales (pour l'essentiel en live). Et jusqu'à Richard Wagner, dont il imposera le Ring pour la première fois sur le sol japonais (entre 1984 et 1987). Hommage à son mentor spirituel, le chef nippon donnera aussi lors d'un mémorable concert à Tokyo la Deuxième Symphonie de Furtwängler, en 1984 (premier enregistrement de l'oeuvre après les captations du compositeur et celle de Jochum trente ans plus tôt, et avant celle de Barenboïm).

Vénéré dans son pays natal, peu connu chez nous par le grand public, mais reconnu par ses pairs, Takashi Asahina s'est produit régulièrement à l'étranger, principalement en tournée avec l'orchestre d'Osaka, mais aussi occasionnellement comme chef invité, avec le Berliner Philharmoniker en 1956-58, avec l'Orchestre de Hambourg (à six reprises entre 1960 et 1969, et une dernière fois en 1990 pour le présent concert straussien), mais aussi à Francfort, Wiesbaden, Dresde, Leipzig, Budapest, Rome, etc. Dans ses dernières années, il dirigera encore l'Orchestre de Chicago, avec lequel il fera ses "débuts" américains en 1996, à presque 88 ans (avec la 5ème Symphonie de Bruckner), ce qui en fait le chef le plus âgé à avoir jamais dirigé cette formation !

Ce qui frappe le plus en écoutant cette Symphonie Alpestre, plus que le tempo assez retenu, c'est la texture orchestrale et le sens du discours naturel. S'appuyant sur un lit de cordes parfaitement tissées, Asahina raconte son périple alpestre en longues phrases musicales, qui forment imperceptiblement comme des anecdotes toutes droit rapportées des cîmes enneigées. Ce n'est pas un chef que suivent les musiciens, c'est un sherpa ! Ce faisant, c'est à la beauté des images sonores que l'on frémit, à la puissance sonore que l'on tremble : Asahina réussit parfaitement à peindre cette nature implacablement violente et pourtant intrinsèquement non agressive et foncièrement belle.

Un chef hors du commun (au sens propre), pour une Symphonie du Soleil Levant (*)(trad.libre) qui s'inscrit à mon sens parmi les indispensables de la discographie, au même titre que les Karajan, Böhm, Kempe, Haitink , Mravinsky ou encore Sinopoli (par exemple, et chacun dans son style). On regrettera donc que cet enregistrement soit devenu si difficile à trouver, comme finalement toute la discographie nippone de ce chef singulier, quasiment inexistante en dehors du marché japonais (si ce n'est à des prix prohibitifs parfois jusqu'au ridicule).


Richard Strauss:Lieder
Richard Strauss:Lieder
Prix : EUR 15,05

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 L'humanité et la musicalité, 13 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Richard Strauss:Lieder (CD)
Eternelle Arabellissima, Lisa della Casa s'est inscrite à la scène comme une voix particulièrement emblématique de l'univers opératique straussien (et mozartien). On a souvent tendance à oublier qu'elle s'est aussi essayé au registre du lied (en dehors des Quatre Derniers Lieders avec orchestre bien sûr, pour lesquels elle rivalise au sommet de la discographique avec sa rivale Elisabeth Schwarzkopf; le choix, inutile, étant affaire de goût).

Ainsi en 1957, l'année de son Arabella studio avec Solti, la suissesse donne un unique récital de lieders à Salzbourg (avec Arpad Sandor, un témoignage publié chez Orfeo). Dans une discographie assez peu étoffée en la matière, on notera aussi le récital publié chez Testament (avec Karl Hudez au piano), complété de fameux "Frauenliebe und Leben" de Schumann (avec Sebastian Peschko). Toujours avec Peschko, on ira aussi chercher les 7 lieders straussiens captés en 1962, également disponibles chez Testament (en complément d'une sélection d'Ariane avec Alberto Erede et les berliners).

Lisa Della Casa nous propose ici un récital studio de 17 lieders straussiens (anciennement chez Eurodisc), enregistré à New-York en novembre et décembre 1963, l'année de son Arabella studio avec Keilberth (chez DG), et quelques mois avant son Octavian au Metropolitan, où elle retrouvait Schwarzkopf après "l'affaire" de Salzbourg.

Dans ce Strauss plus intime, on retrouve les mêmes qualités vocales qui ont fait de la suissesse une interprète singulière et irremplaçable : une voix naturellement distinguée, un timbre cristallin, une clarté proverbiale, une articulation précise aux intentions raffinées, et cette ligne de chant infinie toujours aussi fascinante. Le style, peut-être parfois un peu tendu (gênée par le studio ?), pourra aussi revêtir par moment un parfum suranné; mais l'humanité et la musicalité qui se dégagent de ce chant demeurent définitivement troublants.

La soprano est accompagnée par le piano du hongrois Arpad Sandor, un élève de Kodaly et de Bartok qui se fit un nom (principalement aux Etats-Unis après son exil en 1933) dans l'accompagnement de voix (comme Josef von Manowarda, ou Lily Pons) ou d'archets (il eut notamment pour partenaire Jascha Heifetz ou même Fritz Kreisler). Agé ici de 67 ans, il se montre efficace mais discret, laissant toute la place à sa prestigieuse soliste (une impression renforcée par une prise de son un peu déséquilibrée).

Un disque réédité sans complément, donc assez court (43 minutes à peine), avec un léger souffle bien présent. A noter encore la présence des textes avec traduction en anglais (et une courte notice de 2 pages, en anglais seulement).
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 22, 2014 2:44 PM MEST


Elektra/1960
Elektra/1960
Prix : EUR 19,03

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 La première Elektra studio captée en stéréo, 9 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Elektra/1960 (CD)
Eloquence republie ici la première Elektra studio captée en stéréo, en octobre 1960 (voir l'édition DG, avec livret). Sous la direction intense, parfois très soutenue, mais toujours parfaitement stylée du chef emblématique, la Staatskapelle de Dresde parle le straussien avec l'accent. Le nom d'Inge Borkh est quant à lui presque synonyme du rôle titre, tant elle l'incarne de façon évidente; elle est ici en grande forme, c'est dire le calibre de cette Elektra ! Face à elle, deux monstres sacrés : la Klytemnestre de Jean Madeira et la Chrysothemis de Marianne Schech; une version qui se paye encore le luxe de Dietrich Fischer-Dieskau en Oreste, et de Fritz Uhl en Aegisthe.

On pourrait sans doute faire la fine bouche ici ou là, et selon les goûts attribuer quatre étoiles au lieu de cinq, mais les protagonistes de cet enregistrement se montrent tout de même souvent irrésistibles, et on ne manquera pas d'être saisis par l'intensité de ces voix exceptionnelles. Une grande version donc, à mon sens indispensable au moins pour la démonstration orchestrale de maestro Böhm (nonobstant une prise de son qui manque un peu de précision), et pour la faramineuse Elektra studio d'Inge Borkh.

A noter que cette version est disponible également dans le second coffret Membran des Opéras sous la baguette de Böhm, publié pour le cent-cinquantenaire de Richard Strauss.

Quant aux autres captations live de Karl Böhm, elles appellent simplement les superlatifs, avec une grande Elektra par décennie : ainsi en 1955 à Munich (avec Christel Goltz, Jean Madeira, et la faramineuse Chrysothemis de Leonie Rysanek); en 1965 à Vienne, avec une distribution d'enfer (Birgit Nilsson, Leonie Rysanek, Regina Resnik, Eberhard Waechter, Wolfgang Windgassen… et même parmi les servantes une certaine Gundula Janowitz !), et encore une version fascinante en 1973 à Paris (avec Birgit Nilsson, Leonie Rysanek, et Astrid Varnay) ! Abondance de biens…


Other Strauss (the)
Other Strauss (the)
Prix : EUR 16,00

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4.0 étoiles sur 5 L'occasion de plusieurs découvertes de premier choix, 4 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Other Strauss (the) (CD)
A l'occasion du cent-cinquantenaire de Richard Strauss, Warner se distingue par des (re)publications de qualité : un coffret consacré aux opéras (concurrent avec celui de DG), et bien sûr la réédition de la somme orchestrale de Rudolf Kempe. Un troisième petit coffret, un peu dans l'ombre des deux autres, est consacré à un "Autre Strauss " (un peu sur le même canevas que le coffret proposé l'année dernière pour le bicentenaire de l'autre Richard).

Ci-dessous le détail de cet alléchant coffret anniversaire, pour lequel, en dehors de l'absence des textes chantés (ou du fait qu'on aurait sûrement pu ajouter un quatrième disque ;), on ne fera finalement guère de reproche. C'est en effet une belle occasion, pour les straussiens et pour tous les amateurs curieux, de faire plusieurs (re-)découvertes de premier choix, dans une qualité sonore impeccable. Au prix proposé, et moyennant le risque de doublons que chacun évaluera à sa propre pertinence, il n'y a donc pas à hésiter très longtemps...

CD 1 :
Pour l'essentiel du premier disque (et à l'instar du coffret Wagner), on retrouvera avec plaisir l'album de Michel Plasson à la tête de la Philharmonie de Dresde et des (splendides) choeurs de Berlin (un album qui figure aussi dans l'Edition Strauss chez Brilliant Classics).
Un album qui s'ouvre avec Taillefer op.52, une ballade colossale pour solistes, choeurs et orchestre, construite sur le thème de la Bataille de Hastings (Taillefer étant le nom du ménestrel de Guillaume le Conquérant). Une oeuvre "mineure" mais lyrique à souhait, qui réserve de très beaux moments, même si elle n'évite pas un côté surenchère (y compris dans les effectifs). Elle est en tout cas très peu enregistrée, puisque l'unique captation de l'oeuvre avant Plasson datait de 1944 (une version historique, avec Hans Hotter et Maria Cebotari); il n'existe en outre à ma connaissance qu'une seule autre captation (avec Hayko Siemens, chez Arte Nova). Les solistes ici sont Michael Volle, Johan Botha et Felicity Lott, tous exemplaires (même s'il est bien difficile de rivaliser avec Hotter et Cebotari !).
Le contraste est étonnant avec Wandrers Sturmlied (Chant d'un promeneur sous la tempête) op.14, pour choeur mixte et orchestre. Composé d'après un poème de Goethe par un Strauss qui n'a pas encore vingt ans, cette œuvre encore assez maladroite est toutefois à découvrir pour son atmosphère plus intimiste aux couleurs brahmsiennes.
Die Tageszeiten (Les Heures du Jour) op.76 pour choeur d'hommes et orchestre, est une autre oeuvre rare, magnifiquement écrite, et ici superbement interprétée et enregistrée; le Mittagsruh (Calme de midi) et Die Nacht (La Nuit) en particuliers, nous donnent à entendre le lumineux lyrisme straussien dans toute sa plendeur d'écriture.
En complément , une autre rareté : les Motets Allemands op.62, composés en 1913 sur des poèmes de Ruckert; ici encore, on regrettera de n'avoir pas les textes. On appréciera par contre d'y retrouver Eric Ericson, figure emblématique de la musique chorale, disparu en 2013. A la tête de ses splendides choeurs de la Radio de Stokholm, le chef de choeur historique excelle à souligner une écriture vocale straussienne réellement foisonnante, parcourues de lignes polyphoniques riches et complexes (un peu trop, pourrait-on presque dire : 16 voix distinctes pour le choeur, auxquelles s'ajoutent 4 voix solistes !); une vraie virtuosité d'écriture et d'interprétation contrapuntique, qui n'est pas sans provoquer à l'écoute une certaine fascination.

CD 2
Le second CD s'ouvre avec le Prélude Festif op.61 pour grand orchestre et orgue, qui n'a pas grand chose à envier à Taillefer pour un certain côté "colossal". Une oeuvre rarement jouée, défendue ici avec une grande conviction (et un grand impact) par Wolfgang Sawallisch à la tête du Philadelphia Orchestra (voir l'album live à Tokyo, en 1993).
Suivent deux rares choeurs a capella : Die Göttin im Putzzimmer (La déesse dans le boudoir) op.120 et Der Abend (Le Soir) op.34/1 (le premier sur un texte de Rückert, le second sur un texte de Schiller; nouveaux regrets quant à leur absence du livret !), des pièces qui pêchent un peu par une déraisonnable sollicitation vocale dans les registres aigus, qui mettent à l'épreuve les vaillants Choeurs de la Radio de Stockholm sous la direction d'Eric Ericson (des captations du début des années 70; Ericson étant, on peut le rappeler au passage, l'un des mentors de Laurence Equilbey et son ensemble Accentus, qui propose chez Naïve un bel album consacré à Strauss).
Les pièces suivantes sont tirées de l'album de pages orchestrales gravé en début des années 90 par Jeffrey Tate à la tête de l'Orchestre Philharmonique de Rotterdam. On aura ici environ la moitié de l'album (les pages moins courues, finalement, puisque manquent "seulement" le Sextuor de Capriccio et les Interludes Symphoniques d'Intermezzo) : le Prélude de Guntram, où l'on distingue les promesses straussiennes encore posées sur leurs fondations wagnériennes; le PotPourri qui ouvre La Femme Silencieuse, et la Fantaisie Symphonique sur La Femme sans Ombre, où l'on prend une nouvelle fois toute la mesure de l'orfèvrerie orchestrale des opéras straussiens. Le chef anglais défend avec ardeur et inspiration ces pièces symphoniques, dans un lyrisme de bon aloi, sans exacerbation déplacée (ce qui permet à cette musique parfois musclée de ne pas tomber dans un travers grossier). On saluera au passage le prise de son, excellente.

CD 3
Le troisième CD est l'occasion d'aborder le Strauss chambriste (pour ceux qui en voudraient davantage, l'occasion aussi de rappeler la somme gravée par Wolfgang Sawallisch et consorts; un ensemble également repris dans l'Edition Strauss chez Brilliant Classics). Peu nombreuses, les œuvres chambristes de Strauss sont des partitions de jeunesse, certes mineures dans la production straussiennes, ce qui ne veut pas dire pour autant dénuées de tout intérêt. Le jeune Strauss composera par exemple deux Quatuors, non représentés ici : un Quatuor à cordes op.2 encore très scolaire, et un Quatuor avec piano op.13 de dimension respectable, et rarement joué. Davantage inscrites au répertoire, ses deux Sonates sont proposées dans cette édition; des oeuvres encore très romantiques et pétries de tradition germanique (Beethoven, Schumann, Mendelssohn, Brahms).
Composée à 23-24 ans, la Sonate pour violon op.18 est sans doute la plus belle réussite chambriste de Strauss, et la plus volontiers placée au répertoire de nos jours. C'est en outre avec cette Sonate que Strauss refermera sa production de musique de chambre pour se consacrer à la musique symphonique (et bientôt à l'opéra), dont l'appel irrésistible est d'ailleurs inscrit à plus d'une reprise au long de cette Sonate à vocation poétique et passionnée. L'enregistrement proposé ici est celui de Vadim Repin avec le piano de Boris Berezovsky; certainement une belle affiche (chez Erato), même si j'ai pour ma part un faible pour l'album peu connu mais remarquable de Markus Wolf (chez Farao).
Composée quelques années plus tôt, par un jeune Strauss de 19 ans, la Sonate pour violoncelle affiche une inspiration profondément beethovénienne et brahmsienne; une œuvre encore inaboutie mais assez lyrique, qui montre déjà une belle maîtrise générale, et qui laisse paraître les prémisses d'un Strauss symphonique encore à venir. L'incontournable archet de Mstislav Rostropovich est accompagné de Vasso Devetzi au piano (enregistré Paris en 1974).
En complément, la rare romance pour violoncelle et orchestre, avec Arto Novas et l'Orchestre de la Radio Norvégienne sous la direction d'Ari Rasilainen. Enfin, deux arrangements pour violon et piano ("An einsamer Quelle" op.9/2, et la Valse du Rosenkavalier) avec Renaud Capuçon et Jérome Ducros (et non pas Frank Braley comme indiqué dans la notice), extraits de leur album Capriccio.
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Strauss : Complete Recordings of the operas, Part II
Strauss : Complete Recordings of the operas, Part II
Proposé par Music-Shop
Prix : EUR 12,88

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un acteur incontournable de la discographie straussienne (2), 28 mai 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Strauss : Complete Recordings of the operas, Part II (CD)
A l'occasion du 150ème anniversaire du compositeur, Membran regroupe en 2 coffrets économiques de 10 CDs chacun (sous un titre de "complete recordings of the operas" qui laisse tout de même perplexe) des captations des opéras de Richard Strauss par l'une de ses baguettes les plus emblématiques : Karl Böhm. Le premier coffret comprenait le Chevalier à la Rose, Le Femme Silencieuse, Arabella et Capriccio. Ce second coffret regroupe quatre autres opéras : Ariadne à Naxos, Elektra, Daphné, La Femme sans Ombre.

Un an après son arrivée à l'Opéra de Munich (engagé par Bruno Walter comme troisième chef), Karl Böhm découvre la musique de Richard Strauss; en 1923 il dirige Ariadne, et deux ans plus tard le Rosenkavalier. Böhm passera par Darmstadt, puis par Hambourg , avant de prendre la succession de Fritz Busch à la tête du StaatsOper de Dresde, le fief de Richard Strauss (un poste qu'il occupera jusqu'en 1943, avant de passer à Vienne). Son amitié avec le compositeur, qui lui vaudra d'ailleurs la dédicace de Daphné, place Karl Böhm en illustre straussien historique, aux côtés de Clemens Krauss. Mais c'est bien entendu sa science orchestrale (et scénique) qui fait de Böhm un acteur absolument incontournable de la discographie straussienne.

== CD1-2 Ariadne auf Naxos
Entre l'Ariadne sensuelle et pure de Lisa della Casa, le toujours parfait Compositeur d'Irmgard Seefried, ou la délicieuse Zerbinetta de Hilde Güden, on a bien du mal à imaginer une meilleure distribution féminine pour cette Ariadne, viennoise jusqu'au bout de la baguette du maestro Böhm, qui excelle à développer un véritable tissu orchestral pour envelopper ses fabuleuses voix. D'autant que les rôles masculins sont à l'avenant, avec Rudolf Schock en Bacchus, Paul Schöffler en Maitre de musique et Alfred Poell en Arlequin. Et quand on voit les noms associés aux petits rôles (Rita Streich en Naïade, Hilde Rössl-Majdan en Dryade, ou encore Walter Berry en Perruquier !), on mesure tout le luxe de ces représentations qui firent de ces années cinquante en or une période bénie par les amateurs de chant.
Il faut aller chercher la légendaire captation de Karajan (avec Schwarzkopf, et les mêmes Seefried et Schock, chez EMI), la même année, pour concurrencer cette somptueuse captation salzbourgeoise du 7 août 1954, au charme magnétique particulier (également disponible chez Gala). Il est curieux de constater au passage que Karl Böhm a pour ainsi dire signé une grande Ariadne par décennie : ainsi en 1964 à nouveau à Salzbourg (avec de formidables Christa Ludwig et Jess Thomas, chez Myto mais devenu difficile à trouver), ou encore en 1976 à Vienne (avec Gundula Janowitz et James King, chez Orfeo). Enfin, on ne manquera pas d'aller chercher cette représentation historique faite en 1944 pour les 80 ans du compositeur (avec Maria Reining et Max Lorenz, et déjà l'incomparable Irmgard Seefried; un petit bijou straussien disponible chez Myto, et dont on trouvera un extrait sur le CD 10).

== CD3-4 Elektra
Il s'agit ici de la première Elektra studio captée en stéréo, en octobre 1960 (voir l'édition DG). Sous la direction intense, parfois très soutenue, mais toujours parfaitement stylée du chef emblématique, la Staatskapelle de Dresde parle le straussien avec l'accent. Le nom d'Inge Borkh est quant à lui presque synonyme du rôle titre, tant elle l'incarne parfaitement; elle est ici en grande forme, c'est dire le calibre de cette Elektra. Face à elle, deux monstres sacrés : la Klytemnestre de Jean Madeira et la Chrysothemis de Marianne Schech; une version qui se paye encore le luxe de Dietrich Fischer-Dieskau en Oreste, et de Fritz Uhl en Aegisthe. On pourrait sans doute faire la fine bouche ici ou là, mais ces protagonistes se montrent tout de même souvent irrésistibles, et on ne manquera pas d'être saisis par l'intensité de ces voix exceptionnelles. Une grande version, indispensable au moins pour la démonstration orchestrale de maestro Böhm (nonobstant une prise de son qui manque un peu de précision), et pour la faramineuse Elektra studio d'Inge Borkh.
Quant aux captations live de Karl Böhm, elles appellent simplement les superlatifs (avec aussi une grande Elektra par décennie !) : ainsi en 1955 à Munich (avec Christel Goltz, Jean Madeira, et la faramineuse Chrysothemis de Leonie Rysanek); en 1965 à Vienne avec une distribution d'enfer (Birgit Nilsson, Leonie Rysanek, Regina Resnik, Eberhard Waechter, Wolfgang Windgassen... et même parmi les servantes une certaine Gundula Janowitz !), et encore une version fascinante en 1973 à Paris (avec Birgit Nilsson, Leonie Rysanek, et Astrid Varnay) ! Abondance de biens...

==CD 5-7 Die Frau ohne Schatten
Début décembre 1955, Karl Böhm enregistre la Femme sans Ombre pour la firme Decca, quelques semaines seulement après l'avoir donnée à Vienne avec une distribution identique (au Barak près, incarné par Ludwig Weber sur scène; voir l'édition parue chez Orfeo). C'est cette captation studio, devenue bien difficile à trouver, qui est proposée ici, avec sa collection de voix exceptionnelle, à commencer par les rôles féminins : entre l'Impératrice implacable de Léonie Rysanek, la Teinturière exaltée de Christel Goltz et la Nourrice renversante de la grande Elisabeth Hongen, on ne sait finalement que vanter le plus. Les rôles masculins ne sont pas en reste, avec un Hans Hopf dans l'un de ses meilleurs rôles, et un Paul Schöffler qui nous livre un Barak absolument remarquable. Evidemment, la qualité sonore n'est pas toujours à la hauteur, et l'aeuvre n'est pas forcément aisée à aborder, surtout sans un livret (mais comme on dit : on ne peut pas tout avoir ! ;). On trouvera aussi d'autres versions Böhm dans la discographie, notamment à Salzbourg en 1974 avec une autre distribution de choc (Rysanek/Nilsson/King/Berry).

== CD 8-9 Daphné
En 1944, à l'occasion de la célébration du 80ème anniversaire de Richard Strauss, est prévue à Salzbourg une production d'Ariadne en juin, mais aussi une radiodiffusion de Daphné un mois plus tôt. Avec cette Daphné de mai 1944, Karl Böhm signe la première captation intégrale de l'oeuvre, vingt ans avant une production viennoise qui deviendra la version de référence stéréo (l'indispensable Güden/King/Wunderlich).
Böhm impose ici un véritable climat pastoral et dionysiaque qui mène via le drame à la musique lunaire de la transformation finale. Il a pour Daphné évidente une Maria Reining au phrasé naturel et au timbre simplement sensuel, malgré quelques maladresses ici ou là. Avec un chant soigné et très musical, plein de séduction et de distinction, le Leukipos d'Anton Dermota est absolument remarquable de justesse. Quant à l'Apollon moelleux de Karl Friedrich, chaleureux et engagé, il est à mon sens un coup de coeur dans cette captation. Cette Daphné historique (parue notamment chez Myto, avec un commentaire plus complet), s'inscrit sans doute parmi les meilleures captations de l'oeuvre (avec Böhm 64).

== CD10 Bonus : Extraits "historiques"
Le dixième CD comprend des enregistrements historiques de tout premier choix pour tous les straussiens. L'essentiel concerne des captations Electrola avec la Staatskapelle de Dresde, qui figurent déjà sur un magnifique album de l'Edition Hänssler; je renvoie à cet album pour un commentaire complet. Ces enregistrements dresdois sont les suivants :
Salomé : La danse des sept voiles (1939, seule de ces captations qui ne figure pas sur l'album Hänssler) -- Daphné (1939) : air de Daphné et finale (" O wie gern blieb ich bei dir" et "Wind, spiele mit mir") avec Margarete Teschemacher ; air d'Apollon ("Götter! Brüder im hohen Olympos") avec Torsten Ralf -- Die Frau ohne Schatten (1944) : finale de l'acte 1 ("Sie haben es mir gesagt") avec le Barak de Josef Herrmann; air du Kaiser à l'acte 2 ("Falke, du wiedergefundener") avec un formidable Torsten Ralf -- Arabella (1943) : air et duo Arabella/Zdenka de l'acte 1 ("Er ist der Richtige nicht für mich", "Aber der Richtige, wenn's einen gibt") avec Margarete Teschemacher et Christel Goltz ; duo Arabella/Mandryka de l'acte 2 ("Der Richtige... Und du wirst mein Gebieter sein"), avec Margarete Teschemacher et Mathieu Ahlersmeyer.
En complément, avec l'Orchestre du Wiener StaatsOper, un air de Capriccio ("Du Spiegelbild der verliebten Madeleine") avec l'incomparable Maria Cebotari (et Tomislav Neralic, en 1944), et enfin un extrait de l'Ariadne donné à Vienne pour les 80 ans du compositeur (avec Maria Reining et Max Lorenz, voir référence ci-dessus).


Ariadne auf Naxos
Ariadne auf Naxos
Prix : EUR 15,75

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Un charme magnétique particulier, 23 mai 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Ariadne auf Naxos (CD)
Entre l'Ariadne sensuelle et pure de Lisa della Casa, le toujours parfait Compositeur d'Irmgard Seefried, ou la délicieuse Zerbinetta de Hilde Güden, on a bien du mal à imaginer une meilleure distribution féminine pour cette Ariadne, viennoise jusqu'au bout de la baguette du maestro Böhm, qui excelle véritablement à développer un véritable tissu orchestral pour envelopper ses fabuleuses voix. D'autant que les rôles masculins sont à l'avenant, avec Rudolf Schock en Bacchus, Paul Schöffler en Maitre de musique et Alfred Poell en Arlequin. Et quand on voit les noms associés aux petits rôles (Rita Streich en Naïade, Hilde Rössl-Majdan en Dryade, ou encore Walter Berry en Perruquier !), on mesure tout le luxe de ces représentations qui firent de ces années cinquante en or une période bénie par les amateurs de chant.

Il faut aller chercher la légendaire captation de Karajan (avec Schwarzkopf, et les mêmes Seefried et Schock, chez EMI), la même année, pour concurrencer cette somptueuse captation salzbourgeoise du 7 août 1954, au charme magnétique particulier (également disponible [[ASIN:B00HUGK86I chez Membran]]).

Il est curieux de constater au passage que Karl Böhm a pour ainsi dire signé une grande Ariadne par décennie : ainsi en 1964, toujours à Salzbourg (avec de formidables Christa Ludwig et Jess Thomas, chez Myto mais devenu difficile à trouver), ou encore en 1976 à Vienne (avec Gundula Janowitz et James King, chez Orfeo). Enfin, on ne manquera pas d'aller chercher cette représentation historique faite en 1944 pour les 80 ans du compositeur (avec Maria Reining et Max Lorenz, et déjà l'incomparable Irmgard Seefried; un petit bijou straussien disponible chez Myto).

La qualité sonore, mono évidemment, est ici très acceptable. Comme d'habitude chez Gala le boitier est de qualité plutôt médiocre, et la notice sommaire (trois pages de synopsis en anglais, et un tracklist). Comme souvent aussi chez cet éditeur, les compléments valent le détour : on trouvera ici quelques scènes (25 minutes environ) de l'Acte 1 du Rosenkavalier salzbourgeois de Karajan en 1960, avec Lisa della Casa en Maréchale, et l'Octavian de Sena Jurinac (autrefois disponible chez Deutsche Grammophon, et bien sûr chez Gala, avec en complément Lisa Della Casa cette fois en Octavian puis en Sophie !).


Clemens Krauss - Richard Strauss - the Complete Decca Recordings
Clemens Krauss - Richard Strauss - the Complete Decca Recordings
Prix : EUR 22,00

4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Les sessions viennoises de Clemens Krauss, 19 mai 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Clemens Krauss - Richard Strauss - the Complete Decca Recordings (CD)
Commençons par un reproche, pour s'en débarrasser d'entrée. Le coffret annonce "Complete Decca Recordings", ce qui est un peu une tromperie; il s'agit en réalité "seulement" des enregistrements réalisés avec le Wiener Philharmoniker, entre 1950 et 1954. On aurait apprécié, justement, d'y retrouver aussi les captations précédentes (d 'autant qu'elles sont citées dans la notice ! Une notice qui n'est en outre proposée qu'en allemand et en anglais; encore une pinaillerie), comme le Till milanais de 1947, ou le Tod und verklarung londonnien, et pourquoi pas ces Métamorphoses captées pour la Radio bavaroise en 1953. A noter que ce Mort et Transfiguration est disponible avec les Métamorphoses chez Preiser, dans un couplage wagnérien (il est aussi disponible chez Cedar avec le Till milanais, mais fera ici doublon avec Le Bourgeois Gentilhomme viennois).

De manière générale, le leg discographique de Clemens Krauss est aujourd'hui bien mal servi au disque (à part peut-être ses Wagner qui y ont trouvé à juste titre leur place d'incontournables); on trouvera toutefois quelques perles chez des éditeurs comme Tahra ou Preiser. Quant à cet héritage straussien viennois, certes déjà réédité individuellement chez Testament, le voici donc enfin disponible en coffret (pour le prix d'un seul album Testament !), y compris l'intégrale de Salomé (disponible chez Naxos), qui fait aussi office de testament discographique (Krauss disparaîtra soudainement, deux mois après cet enregistrement, alors qu'il est en tournée avec les Wiener; il avait seulement 61 ans).

Lorsque commencent ces sessions viennoises, Richard Strauss a rejoint le monde des immortels depuis quelques mois seulement, et nul ne sait que Clemens Krauss, âgé d'à peine 57 ans, n'a plus qu'une poignée d'années à vivre. La collaboration du chef et du compositeur, dès le début des années vingt, fut cimentée d'une amitié fructueuse qui se reflète dans l'histoire des opéras straussiens. C'est Krauss qui est à la baguette pour la création d'Arabella en 1933, puis pour le controversé Friedenstag cinq ans plus tard. En 1942 il crée Capriccio à Munich, après en avoir co-écrit le livret; puis Der Liebe der Danaé dont la création salzbourgeoise en 1944 sera suspendue pour raison guerrière (la "vraie" création scénique, toujours avec Krauss, se fera seulement posthume, en 1952 à Salzbourg; un document disponible chez Orfeo, et repris dans le coffret anniversaire DG).

Toutes ces captations studios ont été réalisées à la Grande Salle du Musikverein de Vienne, entre 1950 et 1954, dans une prise de son évidemment mono, mais Decca, ce qui veut dire en pratique les meilleurs monos que l'on puisse trouver, comme le montre la très belle remasterisation (même si on y retrouve me semble-t-il une certaine tendance à la saturation des cordes dans les aigus). Cette mono-là pourrait bien donner des frissons à vos enceintes (voyez le tutti du Convalescent !).

Clemens Krauss dans Richard Strauss, c'est un subtil et immédiat parfum viennois, un humour à la fois raffiné et mordant, un sens du discours inimitable dans une clarté proverbiale, un sens magique des détails et de la coloration, un allant absolument irrésistible. A l'écoute, l'idée qui prédomine le plus souvent est ainsi d'avoir entre les mains un petit trésor musical. Ces Strauss-là se placent donc globalement dans les hauts sommets discographiques, près des captations de Fritz Reiner ou de Karl Böhm ("l'autre" chef straussien historique) !

Ci-dessous le contenu du coffret. Les straussiens ne le rateront pas, tant qu'il est disponible...

CD1 : Don Juan op.20 (enr. 16 juin 1950) -- Ein Heldenleben op.40 (enr. septembre 1952, avec Willi Boskovsky).
CD2 : Also sprach Zarathustra op.30 (enr. 12&13 juin 1950) -- Don Quixote op.35 (enr. juin 1953, avec Pierre Fournier)
CD3 : Sinfonia Domestica op.53 (enr. septembre 1951) -- Le Bourgeois gentilhomme, Suite op.60 (enr. septembre 1952)
CD4 : Aus Italien op.16 (enr. décembre 1953, même s'il ne sera publié que dix ans plus tard en 1964) -- Till Eulenspiegels lustige Streiche op.28 (enr. 16 juin 1950)
CD 4-5 : Salomé op.54 (enr. 15-21 mars 1954), avec Christel Goltz (Salomé), Julius Patzak (Hérodes), Margareta Kenney (Hérodias), Hans Braun (Jochanaan), Anton Dermota (Narraboth), et au passage le luxe de Ludwig Weber en Premier Nazaréen, ou du jeune Walter Berry en Premier Soldat.
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