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Contenu rédigé par Stéphane B.
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Commentaires écrits par
Stéphane B. "Stéphane B." (France)
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Un scandale d'Etat, oui !
Un scandale d'Etat, oui !
par Bernard Tapie
Edition : Broché
Prix : EUR 14,90

13 internautes sur 33 ont trouvé ce commentaire utile 
1.0 étoiles sur 5 Il vendrait du sable à un bédouin, 29 juin 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Un scandale d'Etat, oui ! (Broché)
Sacré Nanard quand même, on a beau le connaître, on reste éberlué devant tant de culot. Et il en faut une dose colossale pour oser sortir un livre présentant sa version de l’affaire au moment où celle-ci est en train de se retourner complètement à son désavantage et au moment où les révélations qui sortent dans la presse jour après jour semblent confirmer toujours un peu plus les soupçons de fraude massive que les juges d’instruction en charge de l’affaire ont qualifié « d’escroquerie en bande organisée », rien que ça !
Autant dire tout de suite que le citoyen désireux de comprendre enfin les dessous de cette ténébreuse affaire n’apprendra rien à la lecture de Nanard. Celui-ci fait une présentation maquillée des faits qui ne convaincra que les gogos. Mais il est vrai que les gogos sont légions tant la force de conviction du bonhomme est puissante, il y a même fort à parier que, comme tout bon mythomane, celui-ci a fini par se convaincre lui-même de son roman.
Car cela fait près de vingt ans que Nanard nous fait son numéro de Caliméro et nous serine sur tout les tons qu’il est une affreuse victime du méchant Lyonnais. Il est vrai que l’image détestable de cette banque l’a bien aidé à convaincre l’opinion publique (une partie du moins) qu’il avait été victime d’aigrefins de haut vol, ce qui ne manque pas sel venant de lui.
L’appui d’un avocat talentueux qui a su donné une consistance juridique à ses affabulations et son talent pour se mouvoir dans les cercles du Pouvoir ont fait le reste pour aboutir à l’ahurissante décision de juillet 2008 et au gigantesque fric-frac ayant spolié le CDR donc l’Etat donc nous de 403 millions d’€uros.
Il est donc plus que temps de rétablir un vérité qui doit être martelée tant elle s’est heurtée à une puissante machination : Nanard n’a jamais été floué par le Lyonnais ! C’est même l’inverse qui s’est produit, le Lyonnais a sorti Nanard d’une très mauvaise passe.
Il faut d’abord rappeler que Nanard n’a pas investi un centime de son argent personnel dans Adidas, il a tout emprunté ; il faut ensuite rappeler que le soi-disant super homme d’affaires a géré Adidas comme un manche le conduisant tout droit à la faillite, que ses créanciers, notamment les banques allemandes exigeaient le respect des échéances de remboursement que Nanard était bien incapable d’honorer. Il s’est donc vu contraindre de vendre et à donner mandat au Lyonnais de trouver un acquéreur, ce qui s’est avéré mission impossible tant le canard était boiteux.
C’est là que commence l’affaire d’État puisque au lieu de laisser le cours normal des affaires se dérouler l’État (c’est à dire Mitterrand) est entré dans la danse pour intimer l’ordre au Lyonnais de racheter lui-même Adidas puisque personne n’en voulait ; ce qui fut fait indirectement puisque le Lyonnais ne pouvait se porter lui-même acquéreur en tant que mandataire du vendeur.
Sauf qu’il n’y a eu aucune entourloupe de la part du Lyonnais qui a réalisé la vente au prix que Nanard avait fixé soit 2,1 milliards de francs.
Avouez que comme spoliation il y a pire !
Qu’ensuite le Lyonnais ait pu confier la gestion d’Adidas à Robert Louis-Dreyfus puis le lui vendre pour le double n’a rien d’une tromperie ni d’une spoliation car entre temps RLD – qui lui était un vrai manager ! – avait redressé l’entreprise et restauré sa rentabilité.
Certes RLD avait disposé pour cela de lignes de crédit très avantageuses qui avait été refusées à Nanard mais la Cour de Cassation a rappelé très fermement qu’une banque est libre d’accorder ou non des crédits à un client et qu’un refus ne peut jamais lui être reproché.
Dans l’état où était Adidas en février 93, Nanard ne pouvait pas espérer un centime de plus.
Les choses ne sont donc pas si compliquée que cela, le Lyonnais n’a commis aucune faute dans se dossier si ce n’est d’avoir céder aux pressions du pouvoir politique et s’être montré trop complaisant avec Nanard.
La suite judiciaire du dossier a abouti à l’arrêt du 9 octobre 2006 de l’assemblée plénière de la Cour de Cassation (plus haute juridiction française dans sa plus haute formation !) qui a donné tort à Nanard sur les deux points essentiels de son argumentation.
C’est ici que l’affaire d’État a rebondi puisque, au lieu de laisser la Cour d’Appel de renvoi clore le dossier en déboutant Nanard (conséquence logique de la cassation), l’État (c'est-à-dire Sarkozy) a interrompu le cours normal de la justice pour réunir une cour arbitrale de complaisance qui a mitonné une sentence aux petits oignons, complètement contraire à ce qu’avait jugé la Cour de Cassation.
Et on reste éberlué devant l’aplomb avec lequel les responsables politiques de l’époque ont justifié leur décision, arguant de la longueur et des risques de la procédure civile alors que l’affaire était en train de se terminer à l’avantage de l’État.
Je ne m’étendrai pas ici sur les circonstances de l’arbitrage, les juges sont en train de démêler l’écheveau et cela promet d’être saignant.
Ne perdez donc pas votre temps et votre argent à lire le tissu de mensonges qu’est ce livre, lisez plutôt les remarquables articles parus dans Mediapart, modèle de journalisme d’investigation dont la presse française est, hélas, trop parcimonieuse.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (13) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 25, 2013 8:09 PM MEST


Richard Wagner - Tristan und Isolde / Meier, Storey, DeYoung, Grochowski, Salminen, Barenboim, Chereau (Teatro alla Scala 2007)
Richard Wagner - Tristan und Isolde / Meier, Storey, DeYoung, Grochowski, Salminen, Barenboim, Chereau (Teatro alla Scala 2007)
DVD ~ Daniel Barenboim
Prix : EUR 18,06

3 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Qui est Tristan ? Qui est Isolde ?, 18 mai 2013
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Patrice Chéreau y aura mis le temps, 27 ans qu’il n’était pas revenu à Wagner depuis son sublime Ring avec Boulez ! Mais cela valait le coup d’attendre car son retour à Wagner est pour le moins éblouissant. Pourtant Tristan ne semblait pas a priori être l’oeuvre qui lui convienne le mieux.
Comment un théâtre aussi mobile et narratif que le sien allait-il rendre une oeuvre aussi peu théâtrale que Tristan ? C’était sans compter un art de la direction d’acteur hors pair et une finesse d’analyse peut-être sans égale dans le petit monde de la mise en scène d’opéra.
Car Chéreau porte sur la dramaturgie wagnérienne un regard d’une remarquable acuité et pose les questions essentielles qui nous plonge dans l’essence même de cette œuvre sublime.
Qui est Tristan ? Est-il vraiment le sublime héros envié par la terre entière ? Ne serait-il pas plutôt un perdant, hanté par le souvenir de sa première rencontre avec Isolde, lorsque, moribond, mortellement blessé par Morold, il vint se faire soigner par Isolde elle-même, la fiancée de Morold qu’il venait de tuer, et qui n’eut pas la force de se venger et bien au contraire le sauva.
Qui est Isolde ? Est-elle vraiment la sublime princesse d’Irlande promise à devenir reine de Cornouailles ? N’est-elle pas plutôt une vaincue livrée en tribut à son vainqueur comme une esclave alors qu’elle eut l’occasion de venger la mort de son fiancée, occasion qu’elle ne sut saisir ?
Comment vivre avec le souvenir de cette rencontre et comment régler cette dette de sang qui les lie à jamais.
Voilà les questions essentielles que pose la mise en scène de Chéreau.
Dans un texte de présentation lumineux, il explique sa lecture du drame et l’on ne peut qu’être frappé par son absolue justesse. Contrairement aux âneries que l’on peut lire ici ou là sur son travail, Chéreau s’avère en fait d’une remarquable fidélité au texte de Wagner et l’on ressort de ce spectacle profondément ému et bouleversé et l’on ne peut que se dire : oui c’est cela et cela ne peut être autrement.
Les décors de Peduzzi sont sublimes comme jadis pouvait l’être son rocher de Brünnhilde au temps du Ring et constituent le cadre idéal dans lequel la direction d’acteur inspirée de Chéreau peut se déployer dans toute sa finesse et sa lisibilité.
Côté vocal, le plateau est bien sur dominé par l’exceptionnelle tragédienne qu’est Waltraud Meier, définitivement l’une des plus grandes Isolde de l’histoire et qui apporte la caution de son propre génie au travail de Chéreau.
Ian Storey, dont c’était la prise de rôle, souffre énormément en Tristan, vocalement il n’est pas à la hauteur, en revanche il campe idéalement le "looser" voulu par Chéreau.
Excellent Kurwenal de Grochowski, Marke fatigué de Salminen mais compensé par l’énorme présence scénique de ce vétéran de la scène wagnérienne, Brangäne très moyenne de deYoung.
Il n’y a rien de nouveau du côté de la direction de Barenboim dont c’est quand même le troisième Tristan en DVD (!) mais il m’a semblé, peut-être à tort, que l’orchestre de la Scala n’était pas au niveau de celui de Bayreuth.
Une très belle réalisation de la RAI achève de faire de ce DVD un must même si l’on aurait aimé un boîtier mieux conçu et quelques bonus, notamment sur le travail de Chéreau qui est toujours passionnant lorsqu’il s’exprime sur son travail.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Dec 17, 2013 12:32 PM CET


Tristan Et Isolde
Tristan Et Isolde
DVD ~ Richard Wagner
Prix : EUR 13,99

5 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 une mise en scène hiératique portée par le génie de Waltraud Meier, 18 mai 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Tristan Et Isolde (DVD)
Le hasard des publications aboutit parfois à des bizarreries discographiques. Ainsi dispose-t-on de pas moins de trois versions de Tristan par Barenboim en DVD.
La première enregistrée à Bayreuth en 1981 dans une belle mise en scène classique de Ponnelle, la troisième enregistrée en 2007 à la Scala avec un Chéreau inspiré revenant à Wagner après 27 ans d’absence et entre les deux cette production du festival de Bayreuth 1995 dont la mise en scène fut confiée au grand dramaturge allemand Heiner Müller.
Le destin a fait que Müller décéda quatre mois après ces représentations faisant d’elles une forme de testament.
Confier une mise en scène d’opéra à un grand homme de théâtre c’est souvent s’exposer au risque que l’univers personnel du metteur en scène prenne le pas sur la musique.
Je ne vais pas ici – faute de place – rentrer dans de longs développements sur les vertus et les limites du « regietheater » . Disons simplement que Müller est un représentant de ce courant mais que sa mise en scène, dépouillée voire hiératique, n’a rien d’outrancier et procède au contraire d’une vraie réflexion sur l’oeuvre représentée.
Elle ignore bien sur totalement les indications du livret, donc si vous êtes allergiques à ce type de mises en scène, vous pouvez vous arrêter là et passer votre chemin.
Si l’on veut bien s’efforcer d’apprécier cette mise en scène indépendamment de tout a priori idéologique, on pourra lui trouver de réelles qualités tout en contestant certains choix. Travail très personnel, passionné, passionnant, partial et donc discutable. Que l’on approuve ou non les choix de Müller reconnaissons lui une force expressive impressionnante qui est la marque des grandes productions.
La principale qualité du travail de Müller est son dépouillement, il y a quelque chose d’anti-théâtral dans Tristan – peu d’action, peu de personnages – que traduit bien cette mise en scène.
De ce point de vue, le premier acte est une totale réussite, dans un espace géographique abstrait, Müller orchestre la rencontre de Tristan et d’Isolde comme une partie d’échec. La scène du philtre est admirable et justifierait à elle seule l’achat de ce DVD ; après s’être débarrassés des lourds manteaux qui les caparaçonnaient comme une armure (magnifiques costumes du japonais Yamamoto) Tristan et Isolde s’approchent lentement comme dans un rituel, se cherchent, tâtonnent comme si un mur de verre les séparait pendant que l’éclairage les plonge dans l’obscurité, les faisant ainsi basculer dans un autre monde, celui de la nuit qui va les engloutir aux actes suivants. Cette scène est un pur miracle de mise en scène et de direction d’acteurs.
Hélas les choses se gâtent aux actes suivants.
La scène du deuxième acte est remplie d’armures vides, forêt de chevaliers pétrifiés entre lesquels ondule Isolde qui semble chercher un espace dans cet univers médiéval, lieu étouffant de domination masculine. Malheureusement Müller qui avait si bien réussi la rencontre de l’acte 1 ne trouve pas la clef du duo d’amour de l’acte 2 où les deux acteurs semblent perdu ; la raideur de la direction d’acteur fait que la fusion de Tristan et d’Isolde ne se fait pas, la sensualité trouble et morbide qui doit se dégager de cet amour mortifère est absente. Müller a sans doute voulu montrer le caractère factice, artificiel de cet amour mais quelque chose ne fonctionne pas.
Au troisième acte voici le temps de la déréliction, de l’anéantissement, du coup l’ensemble du plateau se trouve couvert de gravats plâtreux comme si le plafond venait de s’effondrer sur eux ! Ici Müller oublie un danger essentiel de la dramaturgie wagnérienne : du sublime au ridicule il n’y a qu’un pas, hélas franchi par le metteur en scène.
Voilà donc un Tristan qui va decrescendo sur le plan théâtral, fort heureusement il y a la musique et l’on a ici certainement le meilleur des trois Tristan par Barenboïm. Une raison à cela : un couple Jerusalem / Meier aussi parfait vocalement que crédible scéniquement. Mieux encore, Waltraud Meier s’élève au rang d’authentique tragédienne, totalement possédée par son rôle elle porte littéralement la production car un choix de mise en scène dépouillée et hiératique exige bien évidemment une présence scénique extrêmement forte pour habiter l’espace et occuper le vide laissé souvent par le metteur en scène. Il faut vraiment insister sur la prestation vocale et scénique exceptionnelle de Meier car avec une autre chanteuse moins inspirée, cette production aurait pu sombrer totalement dans le ridicule.
Pour conclure, même si cette mise en scène est souvent contestable, je ne peux cependant récuser cette production qui aura sûrement ces adeptes et qui ne présente pas d’aberrations majeures comme souvent avec le regiethater. Elle est musicalement admirable et ceux qui ne supportent vraiment pas la mise en scène pourront toujours couper l’image pour ne garder que la bande son.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 13, 2013 6:32 PM MEST


Beethoven : Triple concerto / Brahms : Concerto pour violon, Double concerto
Beethoven : Triple concerto / Brahms : Concerto pour violon, Double concerto
Prix : EUR 18,23

5 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Un Janus discographique, 9 avril 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Beethoven : Triple concerto / Brahms : Concerto pour violon, Double concerto (CD)
EMI n’en finit pas d’éditer et de rééditer certains titres tout en en laissant dormir d’autres, la seule explication valable tenant sans doute à la notoriété des têtes d’affiche et donc à la rentabilité du produit.
Il en va ainsi de ce disque maintes fois réédités réunissant une interprétation absolument remarquable du double concerto de Brahms avec Oistrakh, Rostropovitch et Szell et une interprétation beaucoup plus discutable du triple concerto de Beethoven par Karajan et le trio russe Richter-Oïstrakh-Rostropovitch.
Le hasard des rééditions fait qu’en ce moment est ressorti le DVD de Bruno Monsaingeon sur Richter ou le grand homme, au soir de sa vie, se livre à quelques confidences et notamment règle son compte, en quelques phrases assassines, sur cet enregistrement pourtant célébrissime.
Richter décrit l’ambiance délétère qui régnait pendant les sessions d’enregistrement où Karajan et Rostro, surtout soucieux de mettre en scène leur image et leur égo s’étaient ligués contre Oïstrakh et lui-même ; il raconte l’entêtement de Karajan et son refus de refaire certaines prises et à l’inverse du soin maniaque mis dans la séance de photo pour la pochette du disque.
En quelques mots tout est dit, réunion de stars destinée uniquement au box-office, enregistrement bâclé où l’exigence artistique d’Oïstrakh et Richter s’est heurtée au mépris d’un Karajan uniquement préoccupé de business.
Mais le star system est plus fort que tout et malgré ses limites, cet enregistrement continue d’être mis en avant par l’éditeur et dépit des évidences qui sautent aux oreilles.
Il faut dire que si l’on continue à se tourner vers ce disque c’est que son couplage est à l’exact opposé.
Oublié le narcissisme de Karajan, voici la rigueur et l’intransigeance de Szell. Le Hongrois s’y montre dans ses plus hautes oeuvres, lui qui fut peut-être le plus fabuleux accompagnateur de concertos de toute l’histoire du disque, que l’on en juge par ses Beethoven avec Fleisher ou Gilels, ses Brahms avec Fleisher, Serkin ou Curzon, ses Mozart avec Serkin ou Casadesus, ou bien encore de son concerto de Dvorak avec Fournier.
Le double de Brahms avec Oïstrakh et Rostro est à monter au pinacle, à l’égal des enregistrements précités.
Sous l’impérieuse baguette de Szell, Rostro se voir interdire tout cabotinage et contraint de livrer le meilleur de lui-même. Point besoin de contrainte pour Oïstrakh qui trouve en Szell le partenaire idéal pour son jeu sobre et lumineux.
Mais par-dessus tout Szell s’y montre totalement à rebours de la réputation de sécheresse que certains – à tort à mon avis – lui ont fait.
Dans un cadre rythmique toujours strict, Szell respire pourtant très librement et s’autorise de subtiles fluctuations sans que jamais rien ne pèse ni ne pose, s’accordant en cela aussi bien avec le classicisme épuré d’Oîstrakh que le lyrisme généreux de Rostro.
Voilà donc un enregistrement essentiel qui domine la discographie depuis quarante ans, n’a pris aucune ride et n’a que peu de concurrents.
Pour ceux que le voisinage du triple par Karajan indisposerait (mais on n’est pas obligé de l’écouter), signalons qu’EMI a publié ce même double de Brahms couplé avec le concerto de Dvorak par Rostro et Boult, couplage autrement plus pertinent et que l’on peut trouver sur amazon pour seulement 7 €.
Attention donc à ne pas se tromper d’édition.


Beethoven : Triple Concerto - Brahms : Double concerto
Beethoven : Triple Concerto - Brahms : Double concerto
Prix : EUR 8,99

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Un Janus discographique, 9 avril 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Beethoven : Triple Concerto - Brahms : Double concerto (CD)
EMI n’en finit pas d’éditer et de rééditer certains titres tout en en laissant dormir d’autres, la seule explication valable tenant sans doute à la notoriété des têtes d’affiche et donc à la rentabilité du produit.
Il en va ainsi de ce disque maintes fois réédités réunissant une interprétation absolument remarquable du double concerto de Brahms avec Oistrakh, Rostropovitch et Szell et une interprétation beaucoup plus discutable du triple concerto de Beethoven par Karajan et le trio russe Richter-Oïstrakh-Rostropovitch.
Le hasard des rééditions fait qu’en ce moment est ressorti le DVD de Bruno Monsaingeon sur Richter ou le grand homme, au soir de sa vie, se livre à quelques confidences et notamment règle son compte, en quelques phrases assassines, sur cet enregistrement pourtant célébrissime.
Richter décrit l’ambiance délétère qui régnait pendant les sessions d’enregistrement où Karajan et Rostro, surtout soucieux de mettre en scène leur image et leur égo s’étaient ligués contre Oïstrakh et lui-même ; il raconte l’entêtement de Karajan et son refus de refaire certaines prises et à l’inverse du soin maniaque mis dans la séance de photo pour la pochette du disque.
En quelques mots tout est dit, réunion de stars destinée uniquement au box-office, enregistrement bâclé où l’exigence artistique d’Oïstrakh et Richter s’est heurtée au mépris d’un Karajan uniquement préoccupé de business.
Mais le star system est plus fort que tout et malgré ses limites, cet enregistrement continue d’être mis en avant par l’éditeur et dépit des évidences qui sautent aux oreilles.
Il faut dire que si l’on continue à se tourner vers ce disque c’est que son couplage est à l’exact opposé.
Oublié le narcissisme de Karajan, voici la rigueur et l’intransigeance de Szell. Le Hongrois s’y montre dans ses plus hautes oeuvres, lui qui fut peut-être le plus fabuleux accompagnateur de concertos de toute l’histoire du disque, que l’on en juge par ses Beethoven avec Fleisher ou Gilels, ses Brahms avec Fleisher, Serkin ou Curzon, ses Mozart avec Serkin ou Casadesus, ou bien encore de son concerto de Dvorak avec Fournier.
Le double de Brahms avec Oïstrakh et Rostro est à monter au pinacle, à l’égal des enregistrements précités.
Sous l’impérieuse baguette de Szell, Rostro se voir interdire tout cabotinage et contraint de livrer le meilleur de lui-même. Point besoin de contrainte pour Oïstrakh qui trouve en Szell le partenaire idéal pour son jeu sobre et lumineux.
Mais par-dessus tout Szell s’y montre totalement à rebours de la réputation de sécheresse que certains – à tort à mon avis – lui ont fait.
Dans un cadre rythmique toujours strict, Szell respire pourtant très librement et s’autorise de subtiles fluctuations sans que jamais rien ne pèse ni ne pose, s’accordant en cela aussi bien avec le classicisme épuré d’Oîstrakh que le lyrisme généreux de Rostro.
Voilà donc un enregistrement essentiel qui domine la discographie depuis quarante ans, n’a pris aucune ride et n’a que peu de concurrents.
Pour ceux que le voisinage du triple par Karajan indisposerait (mais on n’est pas obligé de l’écouter), signalons qu’EMI a publié ce même double de Brahms couplé avec le concerto de Dvorak par Rostro et Boult, couplage autrement plus pertinent et que l’on peut trouver sur amazon pour seulement 7 €.
Attention donc à ne pas se tromper d’édition.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Apr 13, 2013 12:08 AM MEST


Henri Dutilleux : Correspondances
Henri Dutilleux : Correspondances
Prix : EUR 18,95

14 internautes sur 16 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 enivrez-vous, 17 mars 2013
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Henri Dutilleux : Correspondances (CD)
Attention événement exceptionnel, voici le premier enregistrement mondial de « Correspondaces », avant-dernière oeuvre d’Henri Dutilleux.
Créée en 2003 par leurs commanditaires, Dawn Upshaw, Simon Rattle et les Berliner, cette oeuvre n’a pas été enregistrée par eux, sans doute à cause des problèmes de santé de Dawn Upshaw.
Ce manque est aujourd’hui comblé par Barbara Hannigan et Esa-Pekka Salonen dans une version de l’oeuvre révisée par Dutilleux pour Barbara Hannigan.
C’est donc le dernier état, sans doute définitif, d’un absolu chef d’œuvre d’un jeune homme de 97 ans qui nous est offert ici.
Oeuvre saisissante, d’une stupéfiante beauté, Correspondances est un authentique sommet dans un oeuvre qui, à vrai dire, ne comprend que des sommets.
Malgré son titre, l’oeuvre ne comporte pas de poèmes de Baudelaire mais des textes de Soljenitsyne, Mukherjee, Van Gogh et deux poèmes de Rilke, choisis par Dutilleux pour leur force émotionnelle. En même temps, l’inspiration baudelairienne est bien réelle dans une oeuvre où « les parfums, les couleurs et les sons se répondent ».
Comment ne pas être transporté par l’extraordinaire inspiration de cette oeuvre où Dutilleux se montre à l’apogée de son inspiration, où le travail sur le timbre procure à l’auditeur une véritable ivresse de couleurs, où un orchestre prodigieux de finesse rythmique, d’invention mélodique, de raffinement sonore tisse un écrin somptueux à la voix, traitée dans un souci scrupuleux d’intelligibilité du texte.
Sollicité par Dutilleux lui-même et réalisé en sa présence, cet enregistrement est un modèle de perfection, qu’il s’agisse de la direction d’orchestre fluide, lyrique et transparente de Salonen, de la déclamation de Barbara Hannigan d’une rare perfection de diction – au point qu’il n’est presque pas nécessaire de suivre le texte reproduit sur le livret en trois langues – et d’une beauté de timbre fascinantes.
Enfin comment ne pas souligner que le « Philar » se couvre de gloire, notamment ses bois somptueux, et soutient sans peine la comparaison avec les meilleurs orchestres internationaux, et tant pis pour les grincheux qui n’aiment rien tant que de dénigrer tout ce qui est français !
Le complément est beaucoup plus qu’un complément, « Tout un monde lointain » est un autre sommet absolu de l’inspiration de Dutilleux, beaucoup plus ancienne – créée au festival d’Aix en 1970 – l’oeuvre dispose aujourd’hui d’une discographie à sa mesure, c’est-à-dire d’exception. La barre était donc placée très haut, et elle est plus qu’atteinte, notre duo finlandais Kartunen-Salonen rejoint sans peine et même, sur certains aspects, dépasse les références signées Rostropovitch, Mork, Pergamenshikow ou Poltera. Je ne connaissais pas ce jeune violoncelliste finlandais et je suis totalement conquis, jeu en apesanteur, d’une incroyable facilité d’élocution et en même temps grande plénitude sonore, à la fois âpre et sensuel, superbement déclamé et superlativement accompagné par un Salonen en état de grâce qui transcende un « Philar » qui ne demande qu’à être conduit par une baguette aussi précise et inventive. Ils adoptent des tempi assez vifs, en tout cas plus rapides que de coutume, accentuant la violence intrinsèque et l’âpreté sensuelle de cette musique tout en en donnant une lecture d’une lisibilité déconcertante.
J’aurais presque des scrupules à dire que la dernière oeuvre au programme – Shadows of time, commande d’Ozawa et du Boston Symphony – paraît très légèrement en retrait après de telles splendeurs. En fait, je regrette seulement que les artistes n’aient pas enregistré la dernière création de Dutilleux « Le Temps, l’Horloge » qui aurait idéalement complété ce programme mais cela nous donnera sûrement un prochain disque exceptionnel.
Dans le texte de la pochette, Salonen nous dit que « tout ce que Dutilleux a écrit ces dernières années relève du chef d’oeuvre » ce en quoi on ne peut que l’approuver et que « sa musique fait un impact immédiat et puissant sur l’auditeur d’un point de vue émotionnel et sensuel, mais renferme des strates expressives et des détails qui ne se révèlent que lentement » ; or précisément la direction aérienne de Salonen nous donne à entendre toutes ces strates expressives avec une aveuglante clarté.
Dutilleux avait conclu sa dernière oeuvre achevée à ce jour en mettant en musique un poème en prose de Baudelaire intitulé « enivrez-vous » alors j’ai envie de dire à tous les internautes qui me feront l’honneur de lire ce commentaire : enivrez-vous de la beauté ensorcelante, suffocante, irradiante de cette musique, enivrez-vous de sa poésie, de son lyrisme, de sa sensualité ; oui la beauté existe encore en ce monde parfois si laid et la vie vaut vraiment la peine d’être vécue pour accéder à une telle splendeur.
Gloire infinie à Henri Dutilleux, entré de son vivant dans la légende, continuateur du génie français qui ne mourra jamais, géant d’entre les géants, d’ores et déjà au firmament des plus grand musiciens de l’histoire de la musique.
Un disque pour l’éternité.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Mar 18, 2013 10:15 PM CET


Schubert : Sonates D.664 & D.960, Impromptu D.899 / n°4
Schubert : Sonates D.664 & D.960, Impromptu D.899 / n°4
Prix : EUR 15,93

13 internautes sur 15 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 L'oeuvre au noir, 16 mars 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Schubert : Sonates D.664 & D.960, Impromptu D.899 / n°4 (CD)
Voici donc enfin la réédition d'une des plus exceptionnelle interprétation schubertienne jamais enregistrée : la sonate D960 par Sviatoslav Richter captée en concert à Prague en 1972.
Ce concert était jadis paru chez Praga dans la collection "Sviatoslav Richter in Prague" mais il n'était plus disponible que sur le marché de l'occasion. Son retour au catalogue est une bénédiction car ce qui nous est donné à entendre ici est tout simplement prodigieux.
Aucun pianiste ne sera allé aussi loin que Richter dans l’interprétation de l’ultime sonate de Schubert.
Si certains flirtent avec l’abîme sans oser y pénétrer, Richter y plonge tout entier et l’explore dans ses tréfonds.
Interprétation radicale, extrémiste, très fortement déconseillée pour quiconque aborderait cette oeuvre pour la première fois mais indispensable à tout amoureux de Schubert et pour tout dire après Richter, les autres pianistes même les plus grands tels Brendel ou Serkin risquent de paraître fades comparés aux noirceurs insondables révélées par le grand russe.
Capté en concert à Prague, lieu d’inspiration toujours renouvelée, il prend des risques inouïs et, à dire vrai, je ne vois personne d’autre que lui pour tenir un tel tempo dans les deux premiers mouvements.
Même si les indications chronométriques n’ont pas de réelle valeur en soi, le chiffre de 26 minutes pour le premier mouvement est extravagant et n’importe qui d’autre se serait perdu et aurait perdu son auditoire avec. Pas Richter, à l’instar d’un Celibidache dans Bruckner, il parvient à tenir le fil de l’interprétation et abolir toute idée de durée. Ce coup de maître s’explique par un art exceptionnel du phrasé et un sens non moins exceptionnel des contrastes dynamiques ; ici c’est plutôt à l’art d’un Furtwängler auquel l’on songe par cette capacité à construire un récit constamment renouvelé dont l’effet est de nous faire oublier toute impression de lenteur. Le tempo n’est en fait ni lent ni rapide mais tout simplement celui imposé par le texte tel que nous le révèle la puissance d’analyse de Richter et la force de sa personnalité.
Glenn Gould racontait que c’est la découverte des interprétations de Richter qui lui avait donné les clefs d’une musique qui, jusque là, lui échappait. Effectivement, tout ce qui peut paraître répétitif ou symétrique dans ces longs développements prend tout son sens lorsque l’on perçoit la réelle valeur du temps musical propre à cette musique. Malgré toute l’admiration qu’avait Schubert pour Beethoven, sa pensée musicale est on ne peut plus opposée et leur perception du temps musical diffère totalement.
La façon dont Richter porte le second mouvement doit être écoutée, méditée, mesure après mesure ; le maître nous amène dans un voyage d’hiver dont nul ne reviendra indemne, chaque pas du Wanderer s’enfonce lourdement dans la neige et pèse toujours plus lourd.
Pourtant et c’est là le miracle de cette musique, le scherzo et le final nous ramènent à la vie, le « leiermann » n’est pas au bout du chemin, malgré l’oeuvre de mort des deux premiers mouvements, le retour à la vie est possible, l’abîme n’est pas sans issue, le final est, comme souvent chez Schubert le moment du temps retrouvé, du cheminement vers la lumière, pourtant, celle-ci reste vacillante et à tout moment, l’abîme peut à nouveau s’ouvrir sous nos pas.
Nul autre pianiste que Richter n’a su restituer la véritable dimension de cette musique et en révéler l’exacte profondeur. Un disque qui laisse l’auditeur silencieux.

La réédition nous offre en couplage la sonate D664 qui n'explore pas les mêmes abîmes mais qui est ici superlativement interprétée.
Un indispensable de toute discothèque.
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Schubert & Liszt - Sviatoslav Richter in Prague : Piano sonata D 960, Polonaise
Schubert & Liszt - Sviatoslav Richter in Prague : Piano sonata D 960, Polonaise

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 L'oeuvre au noir, 16 mars 2013
Aucun pianiste ne sera allé aussi loin que Richter dans l'interprétation de l'ultime sonate de Schubert.
Si certains flirtent avec l'abime sans oser y pénétrer, Richter y plonge tout entier et l'explore dans ses tréfonds.
Interprétation radicale, extrémiste, très fortement déconseillée pour quiconque aborderait cette oeuvre pour la première fois mais indispensable à tout amoureux de Schubert et pour tout dire après Richter, les autres pianistes même les plus grands tels Brendel ou Serkin risquent de paraîtres fades comparés aux noirceurs insondables révèlées par le grand russe.
Capté en concert à Prague, lieu d'inspiration toujours renouvelée, il prend des risques inouïs et, à dire vrai, je ne vois personne d'autre que lui pour tenir un tel tempo dans les deux premiers mouvements.
Même si les indications chronomètriques n'ont pas de réelle valeur en soi, le chiffre de 26 minutes pour le premier mouvement est extravagant et n'importe qui d'autre se serait perdu et aurait perdu son auditoire avec. Pas Richter, à l'instar d'un Celibidache dans Bruckner, il parvient à tenir le fil de l'interprétation et abolir toute idée de durée. Ce coup de maître s'explique par un art exceptionnel du phrasé et un sens non moins exceptionnel des contrastes dynamiques ; ici c'est plutôt à l'art d'un Furtwängler auquel l'on songe par cette capacité à construire un récit constamment renouvelé dont l'effet est de nous faire oublier toute impression de lenteur. Le tempo n'est en fait ni lent ni rapide mais tout simplement celui imposé par le texte tel que nous le révèle la puissance d'analyse de Richter et la force de sa personnalité.
Glenn Gould racontait que c'est la découverte des interprétations de Richter qui lui avait donné les clefs d'une musique qui, jusque là, lui échapait. Effectivement, tout ce qui peut paraître répétitif ou symétrique dans ces longs développements prend tout son sens lorsque l'on perçoit la réelle valeur du temps musical propre à cette musique. Malgré toute l'admiration qu'avait Schubert pour Beethoven, sa pensée musicale est on ne peut plus opposée et leur perception du temps musical diffère totalement.
La façon dont Richter porte le second mouvement doit être écoutée, méditée, mesure après mesure ; le maître nous amène dans un voyage d'hiver dont nul ne reviendra indemne, chaque pas du Wanderer s'enfonce lourdement dans la neige et pèse toujours plus lourd.
Pourtant et c'est là le miracle de cette musique, le scherzo et le final nous ramènent à la vie, le « leiermann » n'est pas au bout du chemin, malgré l'oeuvre de mort des deux premiers mouvements, le retour à la vie est possible, l'abime n'est pas sans issue, le final est, comme souvent chez Schubert le moment du temps retrouvé, du cheminement vers la lumière, pourtant, celle-ci reste vacillante et à tout moment, l'abime peut à nouveau s'ouvrir sous nos pas.
Nul autre pianiste que Richter n'a su restituer la véritable dimension de cette musique et en révéler l'exacte profondeur.
Un disque qui laisse l'auditeur silencieux.

Attention, au moment ou j'écris ce commentaire, ce disque n'est plus disponible que sur le marché de l'occasion mais Praga vient de rééditer cette exceptionnelle sonate couplée avec la D664 qui, bien sur, n'atteint pas les mêmes sommets.
On peut le trouver sur Amazon à la référence ASIN : B008L1VZRC
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Claude Debussy : Pelléas et Mélisande (1992)
Claude Debussy : Pelléas et Mélisande (1992)
DVD ~ Pierre Boulez
Prix : EUR 13,99

4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 D'ombres et de lumière, 27 janvier 2013
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Claude Debussy : Pelléas et Mélisande (1992) (DVD)
Peut-on mettre en scène Pelléas ? Cette question me taraude toujours lorsque je regarde une production de cet opéra.
Quelle option choisir pour représenter cette oeuvre insaisissable où les personnages semblent toujours être dans une perpétuelle fuite d'eux-même ?
Faut-il jouer la carte du réalisme et suivre scrupuleusement les indications du livret ou faut-il au contraire s'en échapper et prendre le parti de l'onirisme.
Le seconde option paraît la plus convaincante étant donné précisément le caractère non-réaliste de ce récit. Le risque est cependant de perdre le spectateur, même averti, voire de tomber dans le grand-n'importe-quoi si l'égo du metteur en scène est trop envahissant.
Face à ce dilemme, l'option de Peter Stein est claire : un réalisme stylisé. Il y a bien une forêt, une fontaine, un château avec une tour, Mélisande est bien enceinte et donne vie à une petite fille.
La mise en scène suit donc assez scrupuleusement le texte de Maeterlinck mais ne donne cependant pas l'impression d'une lecture scolaire car les décors n'ont rien de naturaliste. Ainsi la forêt de la première scène est-elle représentée de façon assez abstraite et les troncs des arbres entre lesquels apparaît Golaud font davantage penser aux barreaux d'une prison qu'à une vraie forêt symbolisant bien l'enfermement mental du personnage.
Les costumes et décors figurent clairement un moyen âge stylisé dans l'esprit du préraphaélisme qui a constitué, à l'évidence, une source d'inspiration pour le metteur en scène et me semble faire sens s'agissant de cette oeuvre.
Mais ce qui fait surtout le prix de cette mise en scène, c'est un travail absolument admirable sur les eclairages. Stein a parfaitement compris que les deux protagonistes cherchent constamment à échapper à la nuit d'Allemonde qui finit cependant par les engloutir. La scène de la fontaine est ainsi une totale réussite grace à un procédé astucieux qui en fait une scène dans la scène où les deux personnages évoluent en pleine lumière, comme s'ils avaient trouvé une fenêtre pour s'échapper du vieux château et évoluer enfin en pleine liberté.
Ce Pelléas est donc envahi par les ombres et les rares bouffées de lumière ne suffisent pas à sauver les personnages qui ne peuvent échapper à leurs destins.
Cette production avait donc tout pour nous offrir un Pelléas de référence si Boulez avait choisi les bons chanteurs. Hélas, toujours égal à lui même, sans doute par souci de rejeter une tradition française qu'il execre, Boulez a choisi une distribution exclusivement anglophone comme vingt ans auparavant à Covent Garden avec le même résultat. L'argument, évoqué par le chef, de l'absence de chanteurs francophones satisfaisants ne tient pas si l'on songe qu'à la même époque Abbado enregistrait l'oeuvre avec Van Dam et Le Roux, respectivement en Golaud et Pelléas.
Soyons honnête, tout n'est pas à jeter dans cette distribution, il y a même une très belle Mélisande. Rien d'étonnant puisqu'il s'agit d'Alison Hagley. Là je ne suis pas objectif car je dois avouer adorer cette chanteuse, et il faut reconnaître qu'elle se débrouille plutôt bien avec le français et le peu d'accent qu'elle ne peut réfreiner n'est pas vraiment génant ; après tout la créatrice du rôle - Mary Garden choisie par Debussy - n'était-elle pas écossaise ? et Mélisande ne nous dit-elle pas « je ne suis pas d'ici, je ne suis pas née là » ?
Elle est surtout un modèle d'ambiguïté, d'ingénuité perverse. Inconsciente ou calculée ? impossible de répondre, Hagley laisse la porte ouverte et le spectateur seul face à ses questions ce qui est parfaitement dans l'esprit de l'oeuvre.
Cela passe encore pour le Pelléas de Neil Archer, certes il souffre plus avec le français que sa partenaire mais il y a une vraie incarnation, une vraie présence scènique qui nous fait accepter sa diction moyenne dans les passages rapides.
Les choses se gâtent sérieusemenent avec le Golaud de Donald Maxwell, là il n'a pas été aidé par le metteur en scène qui l'a engoncé dans une armure qui accentue le coté guindé du personnage mais surtout en fait un vieux barbon ridicule. Et comme le chanteur est surtout concentré à essayer de prononcer correctement ses mots (ce qu'il arrive à faire parfois) il n'a plus guère le temps de composer un personnage.
On finit de sombrer avec le personnage d'Arkel chanté par Kenneth Cox. Pauvre Arkel, qu'a-t-il donc fait au Bon Dieu pour mériter un traitement pareil. Affublé d'un costume et d'un maquillage ridicules qui le font ressembler au Père Fouras de Fort Boyard, le malheureux chanteur se perd dans son rôle et marmonne un sabir incompréhensible.
Il reste un très belle direction d'orchestre de Boulez qui accentue le caractère dramatique de la musique et fuit toute tentation de mystère ou de contemplation, nous sommes dans un drame violent et cette option est bien sur tout à fait défendable et parfaitement réalisée.
Le coffret est des plus spartiate : pas de livret, ce qui est génant compte-tenu de la diction incertaine des chanteurs, texte de présentation ultra court et, contrairement à ce qui est écrit sur le boitier, pas de bonus, hormis quelques rares photos de la production et l'habituelle promotion du catalogue DG dont on a cure. C'est vraiment dommage car il y avait la place pour un documentaire sur le travail de Stein.
Pour son jeu inspiré sur l'ombre et la lumière, pour sa direction d'acteur, pour la direction d'orchestre de Boulez, pour la Mélisande suprèmement ambiguë d'Hagley, cette production mérite donc d'être vue, elle peut même constituer une excellent introduction à Pelléas pour un public non averti mais elle irritera plus d'une fois les oreilles des spécialistes
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 31, 2013 7:30 PM CET


Offenbach - Les contes d'Hoffmann / Alagna · Van Dam · Dessay · Vaduva · Jo · Lascarro · Dubosc · Ragon · Bacquier · Lamprecht · Opéra de Lyon · Nagano
Offenbach - Les contes d'Hoffmann / Alagna · Van Dam · Dessay · Vaduva · Jo · Lascarro · Dubosc · Ragon · Bacquier · Lamprecht · Opéra de Lyon · Nagano

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 un sommet d'intensité expressive très proche de l'idéal d'Offenbach, 6 janvier 2013
Il faudra sans doute s'en faire une raison, nous ne saurons jamais à quoi aurait ressemblé l'opéra « les contes d'Hoffmann » si Offenbach avait pu achever son chef d'oeuvre.
Non seulement l'oeuvre est restée inachevée, mais les méthodes de travail d'Offenbach rendaient la complétude fort problématique.
Pour couronner le tout, les tripatouillages successifs auxquels se sont livrés les directeurs d'opéra depuis la création ont fini par rendre l'oeuvre méconnaissable en la transformant en opéra-comique là où Offenbach ambitionnait un grand opéra romantique.
C'est finalement la désastreuse édition Choudens de 1907 qui s'est imposée et - hélas - est devenue très populaire au point que directeurs d'opéra, metteurs en scène et chefs, par conformisme, paresse ou ignorance lui sont restés fidèles.
Fort heureusement de nombreux musicologues se sont attelés à la tâche ardue de reconstitution aidés en cela par de nombreuses découvertes de fragments éparts laissés par Offenbach.
Le présent travail nous propose l'édition du musicologue américain Michael Kaye parue en 1984 qui constitue à ce jour l'édition la plus convaincante et sans doute la plus proche de ce à quoi auraient ressemblé « les contes » si Offenbach avait vécu.
L'ordre des actes a été rétabli, les rôles féminin sont distribués aux bonnes tessitures, l'acte de Venise commence à ressembler à quelque chose même s'il reste encore assez décousu.
A l'heure où j'écris ces lignes, le musicologue JC.Keck, grand spécialiste du « petit Mozart des Champs Elysées » (Offenkeck comme certains l'ont surnommé) a produit une nouvelle version plus complète et plus cohérente que le public de la Salle Pleyel et les auditeurs de France Musique ont pu appréciée.
Quels que soient les mérites du travail de Keck, l'enregistrement qui s'appuiera dessus devra s'accrocher pour approcher la perfection de la version Nagano.
Pour résumer nous avons ici une distribution idéale parfaitement dirigée et enregistrée.
Quel plateau ! Jusqu'aux plus petits rôles on chercherait en vain la moindre faille.
Il y a d'abord un formidable Alagna au meilleur de sa forme. On aime ou pas notre « ténor national » et personnellement je ne goûte guère ses cross-over mais il faut reconnaître que lorsqu'il se donne la peine de travailler ses rôles et de s'investir pleinement il peut être absolument irrésistible. On a peine à croire qu'il était neuf dans cette partition tant ce rôle semble lui coller à la peau. Et quelle qualité de diction ! Le moindre mot est parfaitement intelligible et sans la moindre préciosité, un régal !
Face à lui, les quatres diables sont superlativement incarnés par l'immense José van Dam, timbre somptueux, diction parfaite, caractérisation idéale, une merveille !
Les trois rôles féminins sont chantés par trois chanteuses différentes ce qui est sans doute regrettable. Ce qui n'est pas regrettable c'est la performance des trois protagonistes. Natalie Dessay s'y montre au faîte des moyens de colorature qui étaient les siens à l'époque, c'est une chance insigne qu'un enregistrement ait pu capter une telle voix à son zénith, le résultat se passe de commentaires.
Bien que née en Roumanie, Leontina Vaduva est une parfaite francophone et son incarnation d'Antonia est la perfection même.
Le cas de la coréenne Sumi Jo est sans doute le moins évident, le français ne lui est d'évidence pas naturel et elle est la seule protagoniste du plateau dont on ne comprend pas spontanément tous les mots. Cela dit, le micro la sert et elle se montre d'une grande aisance dans les invraisemblables vocalises de l'air « l'amour lui dit la belle », encore plus périlleuses que « les oiseaux dans la charmille », véritable apothéose de pyrotechnie vocale. On aura quand même un petit regret, seul bémol à cet enregistrement, que l'on ait pas confié à Natalie Dessay le rôle de Giulietta.
Les seconds rôles ne sont pas en reste bien au contraire, dans le double rôle de la muse et de Nicklausse, la voix fraiche et légère de Catherine Dubosc fait merveille, les quatre valets sont parfairement servis par Gilles Ragon, très à son affaire dans ce type de rôle.
Le vétéran Michel Sénéchal est égal à lui même en Spalanzani c'est-à-dire irrésistible de finesse, de drôlerie, d'intelligence au point de se tailler la vedette dans l'acte d'Olympia.
Enfin il faut saluer châpeau bas Gabriel Bacquier, alors qu'il fut jadis un interprête superlatif des quatre diables (version Bonynge) il n'a pas cru déchoir en interprêtant le rôle du conseiller Crespel. Cela nous vaut un exceptionnel acte d'Antonia avec un trio diabolique d'anthologie ou le trio Bacquier - Van Dam - Alagna, absolument déchainés, portent la musique d'Offenbach à des sommets d'intensité expressive et de fidélités aux intentions du compositeur.
Donc quels que soient les progrés apportés par la musicologie, cette version est et restera une exceptionnelle réussite et si je ne doute que Marc Minkovski enregistrerar « les contes » dans la foulée des représentations récentes de la version « Keck », il peut s'accrocher car la barre est placée très haut.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 8, 2013 4:24 PM CET


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