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Contenu rédigé par Frédéric
Classement des meilleurs critiques: 804
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Commentaires écrits par
Frédéric (Marseille)
(TOP 1000 COMMENTATEURS)   

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Stratosfear [180 Gram]
Stratosfear [180 Gram]
Prix : EUR 28,00

5.0 étoiles sur 5 un ailleurs sublimé, 7 avril 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Stratosfear [180 Gram] (Album vinyle)
Soyons honnête : le 8°album de Tangerine Dream marque, par sa facilité d'écoute, un désir évident du trio allemand d'élargir son auditoire, ce qui n'a rien de honteux. Le groupe avait déjà simplifié sa musique en 1974, lors de la sortie du mythique Phaedra qui représentait à cette époque une tentative de TD de s'éloigner des travaux expérimentaux de ses débuts (les sombres et austères Alpha Centauri, Zeit et Atem). Comme cela fut le cas aussi avec Phaedra, Stratosfear évite tous les écueils inhérents à ce désir de simplification. C'est le mode opératoire de composition qui se simplifie, et ce n'est jamais au détriment de la qualité musicale. C'est pourquoi il serait injuste d'ignorer les énormes qualités de Stratosfear sous prétexte qu'il marque une uniformisation de la musique au goût commun.
On peut préférer la période pré Phaedra du groupe (c'est un peu mon cas), sans pour autant dénigrer Stratosfear qui reste un opus fantastique. Il est vrai que le titre d'ouverture, en même temps éponyme, déploie des couleurs qui ne sont pas sans rappeler les ambiances les plus pop du Oxygene de J-M Jarre. Mais la question "Qui a été inspiré par l'autre ?" ne se pose pas dans la mesure où les deux disques sont parus la même année. Si les autres titres de Stratosfear avaient évolué dans ce sens, l'album aurait pu être comparé au Oxygene de Jarre. Or, il n'en est rien. Oxygene, au demeurant excellent disque, ne dépasse jamais le cadre d'une musique illustrative apaisante. Stratosfear se montre aussi apaisante que son homologue français mais le groupe allemand y injecte aussi une forte dose de poésie spatiale qui confine à l'onirisme le plus envoûtant. Tangerine Dream n'avait pas son équivalent à cette époque pour créer des espaces sonores abstraits totalement immersifs.
Ce que j'admire dans Stratosfear, c'est le voyage auquel l'oeuvre nous convie. Comme pour tout voyage, ce n'est pas la destination qui compte le plus mais le trajet lui-même, les circonvolutions brumeuses dans lesquelles évolue chaque titre. Pris isolément, les titres de cet album ne sont pas aussi convaincants que n'importe quel titre des albums antérieurs. En revanche, la cathédrale astronomique qu'ils contribuent à élaborer, touche par touche, constitue l'une des plus grandes réussites de Tangerine Dream. Le 1°titre, Stratosfear, ouvre l'opus sur sa base la plus commerciale (ce mot est relatif, cela n'a rien à voir avec de la variété synthétique). très rythmé, et surtout très structuré, il convainc sans avoir besoin de forcer son talent. Le 2°titre, The Big Sleep In Search Of Hadès, introduit un premier décalage du fait de son étrangeté et de son ambiguïté. S'agit-il d'un titre sérieux ou d'une farce ironique ? Le 3°titre, 3am At the Border of the Marsh from Okefenokee, surprend par son atmosphère éthérée évoquant l'immensité d'un paysage solitaire tandis qu'une harmonica alanguie insuffle à l'ensemble l'anachronisme de sa présence incongrue. Stratosfear vient de monter d'un cran dans l'échelle d'un onirisme immersif. Le dernier titre, le plus long, Invisible Limits, réussit l'exploit, malgré la guitare très gilmourienne, de conduire l'auditeur jusqu'aux limites de l'univers, et même au-delà. Et cette impression d'éternité est rendue par l'allègement progressif de l'instrumentation pour se clôturer, après un silence habité, par une sonate au piano simple mais apaisante : le sommet du disque. Rares sont les disques qui me conduisent aussi loin dans l'au-delà.


La fête du maïs
La fête du maïs
par T Tryon
Edition : Poche

5.0 étoiles sur 5 l'étoffe du chef d'oeuvre, 30 janvier 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : La fête du maïs (Poche)
Je partage tout à fait l'opinion de ceux qui estiment Stephen King battu à plates coutures par ce roman admirable de Terreur pure. En effet, S.King n'a eu de cesse de reprendre les procédés d'écriture de Thomas Tryon, c'est-à-dire une introduction extrêmement détaillée, qui prend son temps pour happer le lecteur dans un univers quotidien naturaliste, avant de négocier une montée en puissance de la Terreur par degré subtils de crescendo. Or, à ce jeu, Thomas Tryon se montre infiniment supérieur à Stephen King. Il masque si bien les enjeux du drame que le lecteur ne peut jamais anticiper les événements ultérieurs. Et surtout il ne se contente pas de décrire des effets choc, sanglants comme le fait son confrère du Maine. Thomas Tryon appuie son récit sur une base psychologique, sociale et ethnologique impressionnante de réalisme. Contrairement à S.King, il ne plonge jamais dans l'horreur avant le dernier tiers de son roman.
D'ailleurs, S.King avoue sa dette envers ce roman lorsqu'il écrit "Les enfants du maïs", nouvelle célèbre parue dans le recueil "Danse Macabre", version condensée du roman de Thomas Tryon, "La fête du maïs", mais à laquelle manque l'essentiel : la dimension sociale du récit, la description minutieuse d'une communauté. La seule oeuvre qui me semble digne du roman de Tryon est le superbe film de Robin Hardy, "The wickerman" (L'homme d'osier), sorti au cinéma à la même époque et qui décrivait lui aussi minutie une communauté agricole vivant toujours selon des rites païens. Sans que le film soit une adaptation de ce livre, la parenté thématique reste troublante.


Le Visage de l'autre
Le Visage de l'autre
par Thomas Tryon
Edition : Broché
Prix : EUR 14,54

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 un roman excellent... mais une traduction archaïque, 30 janvier 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Visage de l'autre (Broché)
Le beau roman de Thomas Tryon, The Other, devenu un magnifique film de Robert Mulligan, aborde un territoire maintes fois traité dans la littérature et le cinéma, mais sans-doute jamais avec une telle force, celui du traumatisme de l'enfance qui conduit, ici, de fort belle manière, à une folie d'autant plus dérangeante et déstabilisante qu'elle a pris racine derrière le visage angélique d'un garçonnet.
Certes, des thrillers psychologiques, le lecteur en est peut-être gavé, mais n'oublions pas que "The Other" (Le visage de l'autre) est paru au début des années 70, à une époque où les thrillers modernes en étaient encore à leurs balbutiements. A cette époque, Ira Levin écrivait "Rosemary's baby" devenu ensuite le film culte de Roman Polanski. Aujourd'hui, les romanciers qui se lancent dans le thriller misent tout sur les effets choc et sanglants. Mais ils oublient la narration. Thomas Tryon possède le talent singulier de bâtir un récit structuré sans que jamais le lecteur ne puisse anticiper les événements. Le narrateur prend le temps de poser un décor, une ambiance, des personnages, et retarde au maximum l'entrée du récit au coeur de la tourmente. Un lecteur d'aujourd'hui, habitué aux romans de Dan Symmons ou ceux de Maxime Chattam, risque de trouver le temps long et d'attendre le moment où l'histoire commence, mais en fait il risque de passer à côté de l'essentiel. En effet, "The Other" avance masqué, c'est-à-dire que les enjeux du drame sont déjà présents dès son ouverture, mais le narrateur se garde bien de les indiquer au lecteur.
Je ne comprends pas le succès qu'a eu ce roman en France. La traduction de Colette-Marie Huet fut pour moi un supplice de chaque page. Moi qui adore les écritures élaborées et esthétiques des grands auteurs romantiques et gothiques (Emily Brönté, Victor Hugo, Bram Stocker, Ann Radcliffe), je n'ai jamais pu m'habituer à cette traduction qui m'a paru archaïque, d'une lourdeur qui ne rend pas justice au style de Thomas Tryon. Pour avoir lu un autre excellent roman de cet auteur, "La fête du maïs", traduit par un autre traducteur, je me suis rendu compte qu'il écrivait très bien. Or, le style littéraire de la traduction du "Visage de l'autre" ne permet jamais au récit de livrer la perfection de sa construction dramatique tant la lecture est perturbée dans son déroulement par des phrases tortueuses (qu'il faut relire plusieurs fois pour en comprendre le sens).
Ma note tient compte de ce facteur aggravant. Sinon, le roman en lui-même mérite 5 étoiles.


Celtic Voices - Women Of Sound
Celtic Voices - Women Of Sound
Proposé par Giant Entertainment
Prix : EUR 23,84

5.0 étoiles sur 5 un modèle de compilation, 30 décembre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Celtic Voices - Women Of Sound (CD)
"Celtic voices : women of songs" échappe heureusement aux travers des compilations estampillées Narada, label spécialisé dans la World Music" tendance "New Age". Si vous aimez les ambiances mièvres à en pleurer, passez votre chemin.
Ce disque paru en 1998 annonçait une vague celtique qui commençait à poindre en Europe. C'était l'époque où l'on découvrait la magie des airs traditionnels interprétés à la cornemuse et au fiddle. De cornemuse pourtant, il n'en est pas vraiment question dans les chansons de cette compilation qui a l'intelligence de donner la parole à quatre chanteuses inconnues en Europe plutôt qu'à vingt artistes diversifiés. Cela contribue à l'unité exceptionnelle de ce disque qui fonctionne comme une révélation. Je devrais dire quatre révélations tant ces chanteuses, loin d'explorer un filon qui marche, transpirent l'âme celtique par tous les pores de leurs cordes vocales exceptionnelles.
Ce qui rapproche Mary McLaughlin, Connie Dover, Maired Sullivan et Emma Christian, au-delà de leurs origines irlandaises (seule Connie Dover est américaine), c'est d'abord leur timbre de voix angélique. Attention, leurs voix ne sonnent pas éthérées à la manière de Enya, mais totalement limpides à la façon d'un ruisseau dévalant la lande embrumée. Si vous êtes adeptes de ces voix claires à en donner des frissons, alors précipitez-vous sur cette compilation exceptionnelle. Ces chanteuses représentent ce que j'ai entendu de mieux dans le registre d'une soul celtique habitée par une ferveur authentique. Aucune chanson ne dépareille parmi celles qui ont été sélectionnées (environ 3 à 4 chansons par chanteuse). Les mélodies, sensibles et profondes, déploient un velours sur lequel viennent se poser les voix pures des chanteuses. Dans le lot cependant, je retiens particulièrement le bouleversant "Cantus" de Connie Dover (l'une des performances vocales les plus poignantes qu'il m'ait été donné d'entendre) et le sublime "Sealwoman/Yundah" de Mary McLaughlin (d'une beauté et d'une puissance incantatoire phénoménales), qui figure dans mon panthéon personnel des cinq plus belles chansons toutes époques et nationalités confondues.
"Women of songs" vibre d'une foi, d'une authenticité, d'une émotion rares auxquelles il est si précieux de s'abandonner en ces temps difficiles où l'humanité s'éloigne de son socle originel : l'innocence.


Direct
Direct
Prix : EUR 18,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
2.0 étoiles sur 5 un Vangelis peu inspiré..., 30 décembre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Direct (CD)
Si ma critique s'était rangée du côté de celles, dithyrambiques, qui jalonnent cette page, je n'aurais pas pris la peine de la poster. C'est ma passion pour les débats qui me motive à laisser un commentaire sur "Direct", album que je ne goûte que fort modérément, n'en déplaise à tous ses admirateurs pour qui il s'agit du meilleur opus de Vangelis. Je vais argumenter ma position contradictoire, c'est la moindre des choses.
D'abord, je voudrais revenir sur les points forts de ce disque (qui n'est pas un ratage complet, soit dit en passant). "Direct" s'offre comme un album très rafraîchissant. Vangelis n'avait plus oeuvré sur un disque aussi varié depuis "See you later". Cela tombe bien, "See you later" figure parmi mes préférés. Les ambiances alternent donc entre des formats pop-rock très pulsés ("The motion of stars"; "The will of the wind"; "Intergalactic radio station"), des ballades sentimentales ( "Elsewhere"; "First approach"), des pièces lyriques où Vangelis se rappelle son goût prononcé pour les ambiances opératiques ("Glorianna" et "Message"). Ces changements de tons et de rythmes, assez contrastés, contribuent à donner à cet album un air de fête foraine où l'on ne sait jamais ce que nous réserve le titre suivant.
J'ignorais le principe de composition inédit auquel Vangelis s'était plié pour ce disque, je comprends mieux à présent le titre "Direct" qui reflète la spontanéité avec laquelle l'artiste grec a composé les titres tout en les enregistrant dans le même temps. Fort de cette information qui m'avait échappé, je dois reconnaître que cet album fait preuve d'une virtuosité certaine. Je savais toutefois depuis longtemps la facilité avec laquelle Vangelis composait, sans connaître une seule note du solfège.
Concernant les titres de ce disque, je dois avouer que je n'en apprécie vraiment que deux : le très agréable, onirique autant que puissant "Metallic Rain" ainsi que le très rock "Intergalactic radio station" proche des ambiances de "See you later", notamment avec cette voix d'homme semblant surgie d'un haut-parleur qui n'est pas sans évoquer l'excellent "I can't take it anymore". Je tiens à préciser que ce titre ne figure pas dans la version vinyle de "Direct" (alors qu'il est présent dans la cassette audio) sans-doute pour des problèmes de limitation de durée, et c'est bien dommage car c'est un titre accrocheur.
Je n'aime pas du tout en revanche "Rotation's logic", "The oracle of Apollo" et "Ave" aux mélodies trop faciles que le manque d'inspiration de Vangelis fait tourner à vide, sans âme. "The oracle of Apollo" ne pourra séduire que ceux qui ne connaissent pas "L'apocalypse des animaux", "Opéra sauvage" ni le thème principal du film "Missing". Un joli son de harpe sur des arpèges délicats déployant une jolie mélodie. Voilà a priori les ingrédients avec lesquels excelle d'habitude Vangelis. Mais "The oracle of Apollo" n'atteint jamais ne serait-ce que le dixième de l'émotion et de la poésie de "La petite fille de la mer" (Apocalypse des animaux), la faute à une mélodie à la joliesse forcée. En lieu et place de la poésie à laquelle le compositeur devait aspirer, il nous livre ici ce qu'il a écrit de plus dégoulinant de bons sentiments, en un mot une mièvrerie insipide. "Ave" ne brille pas non plus par son originalité. Dans la même veine, le titre "First approach" me semble plus réussie grâce à une mélodie limpide et belle que le musicien développe de façon assez efficace. Dommage toutefois qu'il n'ait pas fait appel à un vrai violoncelle. Ce son de violoncelle électronique sonne vraiment trop "cheap". Cela détruit l'intégrité du titre.
"Si "Direct" répond à un désir de renouvellement dans le processus de création de Vangelis, il ne retrouve jamais les sommets de l'oeuvre antérieure. C'est un Vangelis un brin fatigué me semble-t-il, ce que confirmeront les deux albums suivants "The city" et "Oceanic". 1988-1990, voilà une période creuse dans sa carrière. C'est bien naturel quand on sort des disques depuis près de vingt ans. Tout artiste connaît une phase ascendante et une phase descendante. La phase ascendante de Vangelis a duré bien plus longtemps que la moyenne, ce qui en fait un compositeur de tout premier plan. La Grèce peut être fière du patrimoine musical qu'il lègue à sa postérité.
En 1998, il nous livrera ce qui risque de devenir son ultime chef-d'oeuvre : "El Greco", une oeuvre instrumentale de toute beauté, un requiem à la sombre solennité, sublime.


Lèvres de sang
Lèvres de sang
DVD ~ Jean-Lou Philippe
Prix : EUR 17,00

3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 du jean rollin pur jus, 26 novembre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Lèvres de sang (DVD)
Personne n'est obligé d'aimer les films de Jean Rollin. Pourtant,ce qui est indéniable, c'est qu'il représente à lui tout seul le cinéma fantastique français des années 70-80. Et à ce titre, étant donné la carence du cinéma français en oeuvres fantastiques, on lui doit un infini respect.
Il ne faut pas considérer ses films à l'aune de la technique sophistiquée d'aujourd'hui, cela serait injuste tant ce cinéaste passionné a toujours oeuvré dans un circuit indépendant qui brillait par l'anémie de ses budgets. En terme de passion et d'authenticité, Jean Rollin vaut bien un Tim Burton, autre cinéaste à l'univers gothique très personnel.
Ses films la plupart gothiques, Jean Rollin les a écrits lui-même et mis en scène. La direction d'acteurs ne l'intéresse visiblement pas. Jean Rollin est un cinéaste de l'image poétique à forte teinte de surréalisme. "Lèvres de sang" regorge de plans poétiques mettant en valeur des paysages naturels (le décor du château en ruine, le rivage d'une mer sauvage jusqu'aux rues obscures de Paris et à son cimetière de Montmartre). Ce sens du décor, Jean Rollin le possède littéralement. Ses plans sont toujours très soignés même si souvent d'une désarmante simplicité. "Lèvres de sang" n'échappe pas au leitmotiv qui obsède tous ses films avec la déambulation poétique de ces goules légèrement vêtues de voiles transparents.
Il est totalement inutile de chercher une logique cartésienne aux histoires qu'il nous conte. "Lèvres de sang" ne brille pas par sa logique, mais il peut être tentant de se laisser porter par un rythme assez lent qui peut envoûter le spectateur pour peu qu'il fasse preuve d'indulgence.
Il y a un très beau thème au coeur du film : un homme d'une trentaine d'années se voit assailli par le souvenir d'un épisode de son enfance au cours duquel il a été recueilli par une femme mystérieuse au sein d'un étrange château, souvenir totalement oublié jusqu'alors et réactivé par le poster d'une photo en noir et blanc montrant une ruine de ce même château. Mêler le souvenir et le rêve au point de ne plus savoir les distinguer est une idée éminemment poétique que dans ma vie j'ai vécue de rares fois. C'est ainsi que j'ai le souvenir d'un appartement étrange dont certaines portes ouvraient sur d'autres appartements étrangers. J'ignore encore aujourd'hui s'il s'agit d'un souvenir réel ou d'un rêve. Je n'ai pas envie de résoudre ce mystère dont la beauté réside dans ce flou, cette indécision.
"Lèvres de sang" est un film fauché réalisé par un cinéaste passionné et d'une désarmante sincérité. Quelle méchanceté de railler cet art sous prétexte qu'il ne s'impose par la perfection glacée de son synopsis et de sa direction d'acteurs !
Pour les fans amoureux de poésie et de contes gothiques.


La résidence
La résidence
DVD ~ Lilli Palmer
Prix : EUR 16,01

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
2.0 étoiles sur 5 une oeuvre intéressante... mais inaboutie, 3 juillet 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : La résidence (DVD)
En 1972, Narciso Serrador, futur réalisateur du cultissime Los Ninos (1978, Les révoltés de l'an 2000) nous propose un film bien étrange à l'atmosphère étouffante de touffeur érotique ayant pour cadre un pensionnat pour jeunes filles difficiles situé dans le sud de la France. Dans sa photographie élaborée, et jusque dans sa texture d'images, le film de Serrador se veut un hommage, semble-t-il, aux oeuvres gothiques de la Hammer, à une époque où le mythique studio anglais peinait à se renouveler à l'aube des années 70.
Pourtant, mise à part l'époque à laquelle se situe l'histoire (fin du 19°siècle probablement), le film ne reprend aucune des thématiques chères à la Hammer. C'est ainsi qu'on n'y rencontre aucun vampire ni aucune momie. Le cadre du pensionnat de jeunes filles évoquerait même, avec 5 ans d'avance, celui de l'école de danse de Suspiria, autre film d'épouvante mythique. "La résidence" décrit un univers clos sur lequel la directrice fait peser une discipline stricte en n'hésitant pas à recourir aux châtiments corporels sur ses pensionnaires. Le récit s'appuie donc sur une atmosphère guindée (d'où l'insistance de la caméra sur des décors surchargés et les costumes corsetés des élèves). On le voit, l'atmosphère joue sur les mêmes ingrédients que ceux du futur classique de Peter Weir, Picnic at Hanging Rock, qui sortira 3 ans plus tard. Il devient vite évident que le souci de Serrador est de jouer sur les contrastes et les violentes oppositions. D'un côté, l'étalage d'un luxe bourgeois (le mobilier, les tentures...) étouffant de rigidité et d'académisme, de l'autre l'exacerbation des pulsions sexuelles liées au désir refoulé des pensionnaires (cf la belle scène de l'évasion d'une des jeunes filles partie rejoindre Louis dans la grange, tandis que ses copines contraintes de suivre le cours de couture de la directrice ont l'esprit tendu vers leur camarade chanceuse dont elles perçoivent par la magie du cinéma les ébats sonores de son étreinte sexuelle).
Et comme dans les meilleurs gialli, au coeur de cet univers clos sévit un mystérieux assassin qui frappe chaque pensionnaire tentant de s'enfuir.
Malheureusement, en dépit des ingrédients sus-mentionnés, aptes à fournir un récit troublant et captivant, rarement le film de Serrador parvient à convaincre. La faute incombe à un scénario qui ne dose pas judicieusement ses ingrédients. C'est ainsi que la partie giallo (le mystère lié aux meurtres des pensionnaires fugueuses) n'est traîté qu'en filigrane. Certes, cela évite de tomber dans la surenchère des films italiens de Bava et d'Argento, mais s'apparente en même temps à une erreur de calcul. "La résidence" ne parvient jamais à susciter l'inquiétude ni la curiosité. Pourtant quelques séquences laissaient augurer de belles idées : la scène des douches qu'observe l'oeil avide du fils de la directrice caché dans la buanderie, le premier meurtre filmé dans un ralenti dont le montage en surimpression et les accents d'une comptine renforcent le trouble...
Le film souffre aussi d'une faiblesse dans la caractérisation des personnages la plupart du temps engoncés dans leur dimension caricaturale. Et que dire de son climax (la dernière séquence où sont dévoilés l'identité de l'assassin et son mobile) qui se clôt prématurément, à la va-vite, comme si manquaient quelques plans, donnant une désagréable sensation de bâclage ?
Le matériau séduit autant qu'il se révèle inabouti. C'est dommage... "La résidence" aurait pu être un excellent film à mi chemin de Suspiria et de picnic at Hanging Rock.


Aenigma
Aenigma
DVD ~ Jared Martin
Proposé par DRIVE-IN
Prix : EUR 8,90

1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
2.0 étoiles sur 5 un ratage quasi complet, 26 mai 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Aenigma (DVD)
Je vais peut-être me faire lyncher par les fans de Lucio Fulci, le maître du Macabre et du Gore bien dégueu, le grand réalisateur italien qui a bercé mes nuits blanches, à l'âge fatidique de l'adolescence, quand je m'abreuvais aux films Mad, le spécialiste des scènes gores à gerber...
Quand il réalise "Aenigma", sa période faste est déjà derrière lui. Les qualités de mise en scène n'ont jamais été le point fort de Fulci : ce n'est pas un très bon directeur d'acteur, encore moins un bon scénariste. Avec Aenigma, il touche même le fond du gouffre du ratage absolu. Les acteurs sont pour certains américains et pour la plupart Yougoslaves et, à ce titre, l'interprétation lamentable de toute la distribution plombe le film d'une façon quasi définitive. Le scénario lorgne bien du côté de "Carrie" (pour le motif de la vengeance d'une jeune femme victime des moqueries de ses camarades d'école) et de Patrick (pour le motif du comateux capable de commettre des meurtres à distance par la seule force de sa volonté. Est-ce à dire que "Aenigma" passionne ? Non , le film de Fulci n'arrive pas à la cheville de celui de dePalma, et n'a pas non plus l'efficacité de celui de Richard Benjamin. Reprendre des idées d'autres films fantastiques ne suffit pas si le scénario ne suit pas. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le scénario de "Aenigma" ne tient pas la route une seule seconde. J'en prends pour preuve le personnage d'Eva, cette étudiante américaine qui débarque dans l'école de Katie après que cette dernière a été victime d'une farce de ses camarades qui a mal tourné et l'a envoyée derechef à l'hôpital où elle a sombré dans un coma profond. Avec une lourdeur infantile, Fulci s'acharne à nous faire comprendre que Katie, depuis son lit d'hôpital, prend possession de l'esprit de Eva afin d'accomplir sa vengeance par son intermédiaire. Le problème, c'est que les vilains camarades de Katie seront bien punis et envoyés dans l'au-delà, mais jamais à cause d'Eva qui pourtant sert d'instrument de vengeance pour Katie. C'est quand même incohérent, non ? Pourquoi Eva ne tue-t-elle jamais les élèves de l'école responsables du coma de Katie alors même que le scénario l'a prévu ? Cela vient je crois du désir absolutiste de Fulci de filmer des meurtres originaux. Et c'est là que le bât blesse : non seulement ces meurtres sont très mal mis en scène, mais ils frôlent trop souvent le ridicule. Une pensionnaire de l'école sera étouffée par une meute d'escargots ayant envahi son lit. C'est original certes, mais assez risible aussi, même si les cadrages et la piste sonore parviennent à soulever le dégoût. Une autre pensionnaire verra son compagnon décapité. Voulant avertir ses camarades des autres dortoirs, elle verra dans chaque chambre l'image de son compagnon décapité : quelle idée grotesque ! La scène du musée où une pensionnaire trouvera la mort, étouffée par une statue qui prend vie sous ses yeux aurait pu fournir un moment intéressant du film mais la mise en scène échoue à rendre cette séquence convaincante, à cause du jeu abominable de l'actrice mais aussi à cause des réactions invraisemblables de son personnage.
De quelque côté qu'on se tourne, rien n'est à sauver dans "Aenigma" : scénario incohérent et puéril, interprétation calamiteuse, mise en scène inconsistante.
Le talent de Fulci n'a jamais dépassé celui de mettre en scène des meurtres gore, ce qui lui a donné la réputation mérité de Maître du macabre, mais il n'a jamais été un bon conteur, n'en déplaise à ses fans qui, d'ailleurs, n'ont toujours eu de cesse de regarder ses films à seule fin de tomber sur des scènes gore audacieuses et bien gerbantes.
"Aenigma" ou le bas de gamme du cinéma fantastique.


The Collection
The Collection
Prix : EUR 20,33

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 best of pas mal mais encore perfectible, 25 avril 2013
Achat authentifié par Amazon(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Collection (CD)
De toutes les compilations récentes sorties ces dernières années, celle-ci se montre de loin la plus généreuse. Il y a eu trop de Best of de Vangelis, y compris dans les années 70. Avec ses quatre décennies de carrière bien remplies (le maître a considérablement ralenti son rythme de production, quasiment au point mort aujourd'hui), ce n'est que maintenant qu'un Best of se justifie, l'oeuvre de Vangelis n'ayant plus semble-t-il l'énergie pour se tourner de nouveau vers l'avenir.
Par conséquent cette compilation parue chez Rhino est une bonne idée qui se justifie amplement. Commençons par les bons points : il est évident qu'on ne peut concentrer l'oeuvre du compositeur grec sur une seule galette. Les deux CD de ce Best of sont donc fort bienvenus. Même si un troisième n'aurait pas été de trop. On doit bien résumer 40 ans de carrière, et non 10 ans seulement. Tous les thèmes célèbres de Vangelis sont bien présents. Les oeuvres dont sont extraits les titres sélectionnés couvrent bien l'ensemble d'une carrière étoffée. Je suis très heureux enfin de posséder la version originale du générique d'ouverture de Blade Runner. Dans ses versions antérieures, y compris celle de la BO proprement dite, l'introduction de ce thème avait été simplement supprimée, sans raison apparente. Voilà enfin justice rétablie, même si j'aurais préféré qu'elle soit publiée à l'occasion du coffret 3 CD célébrant l'anniversaire des 30 ans de Blade Runner. Pourquoi ne fut-ce pas possible alors ? Mystère. Je trouve aussi le CD 2 fort bien conçu puisqu'il rassemble des titres illustrant la veine ambient de Vangelis. C'est très doux, fort mélodieux, envoutant, bref tout ce que j'adore chez le maître grec.
Les choix regrettables maintenant : encore une fois, on intègre dans un Best of de Vangelis des titres de sa collaboration fructueuse avec Jon Anderson. Loin de moi l'envie de renier ce magnifique duo qui nous a offert quelques chanson superbes que j'écoute encore assez régulièrement. Mais vraiment cela relève davantage d'un autre esprit artistique. Il existe un superbe Best of Jon & Vangelis paru en 1984 (quasiment la fin de leur carrière, pourquoi alors intégrer ces titres dans un Best of couvrant la carrière solo de Vangelis ?
De plus, pourquoi faire figurer les titres suivants (Anthem, Line open et Eternal Alexander) montrant un Vangelis épuisé qui n'est plus que l'ombre de lui-même ? Certes, ces titres sont récents mais dans un Best of, on doit me semble-t-il ne conserver que l'ivraie d'une oeuvre, pas ses médiocrités indignes de l'artiste.
Je reproche encore une fois à un Best of son manque flagrant de courage commercial : en effet, aucune pièce musicale sélectionnée ici ne dépasse les 6 ou 8 minutes. On ne juge pas un morceau à sa durée, je suis d'accord, mais s'agissant de Vangelis qui a régulièrement côtoyé des durées avoisinant les 9 ou 12 minutes, parfois même les 18 minutes, c'est une faute de goût impardonnable, d'autant plus que dans ce format long il a composé une série de chefs d'oeuvre : Création du monde (9min), Himalaya & Summit (15min), Soil Festivities Movement 1 (18min), Rêve & Flamands roses (12 min chacun). Comment intégrer au moins deux de ces longs titres dans un Best of qui se caractérise par sa limite en terme de durée ? Soit en ajoutant justement un 3°CD, sinon pour rester sur un format 2 CD en supprimant les chansons de Jon & Vangelis, ce qui aurait au total libéré au moins 16 minutes sur la 1°galette.
Il va de soi que pour une personne qui découvrirait Vangelis par ce Best of, celui-ci contient suffisamment de matière pour impressionner l'auditeur et rendre compte de son génie.


Masks
Masks
DVD ~ Peter Donath
Proposé par Meganet France
Prix : EUR 7,28

6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Fantastique old school, 19 avril 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Masks (DVD)
Le film a beau dater de 2011, il n'en est pas moins dédicacé à Mario Bava, Dario Argento et Sergio Martino dans le générique de fin. Soit ces noms réveillent en vous la grande époque des gialli italiens et dans ce cas vous risquez de fortement apprécier ce film, soit cela ne vous évoque rien et alors vous risquez d'apprécier très moyennement. L'hommage est perceptible déjà à la qualité de la photographie dont la lumière diffuse et les couleurs rappellent la texture des images de ces vieux films italiens des 70'. De plus, le scénario entretient, dans sa première moitié surtout, des liens très étroits avec le chef d'oeuvre du genre : le "Suspiria" de notre cher Dario Argento, non seulement par le cadre de l'intrigue (une école de théâtre en lieu et place de l'école de danse), mais aussi par certains motifs reproduits dans un geste affectueux : c'est ainsi que Stella, avant d'entrer dans l'école où elle cherche à être admise, croise une autre élève qui s'enfuit de cette imposante bâtisse, élève qui sera peu après assassinée dans des conditions horriblement graphiques. Cela ne vous rappelle-t-il pas le début fracassant de "Suspiria" ? Les couloirs de l'école de théâtre évoquent aussi ceux de "Suspiria" ainsi que la directrice celle de l'école de danse du film d'Argento. On le voit, les réféfrences et les clins d'oeil ne manquent pas.
Cependant, ce film tente de trouver sa propre voie, ce que prouve son dernier acte, assez étonnant quoiqu'un peu confus. Je ne suis pas certain que les enjeux dramatiques de cette histoire étrange soient exposés clairement, ce qui m'a empêché d'y adhérer totalement. je le regrette d'autant plus que le récit débouche sur des perspectives prometteuses mais malheureusement inexploitées. La conclusion du film, à la fois belle, onirique et troublante, aurait dû conduire le film aux confins d'une métaphore aussi poétique que celle qui prévaut au dernier acte de "Black swann" où brillait Nathalie Portman.
"Masks" à défaut d'être abouti, contient suffisamment d'idées de mise en scène et dénote un si grand respect des maîtres italiens qu'il en devient très attachant. Un assez beau film donc mais au scénario trop mince et trop confus.


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