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(N°6)

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S-F-X: Very Best of Nonstandard
S-F-X: Very Best of Nonstandard
Prix : EUR 32,47

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 S.F.X., 9 juin 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : S-F-X: Very Best of Nonstandard (CD)
Hosono, 10 ans après avoir débuté une carrière en solo, cheveux courts, visage lissé, imberbe, du folk-rock passé par l'exotica teintée d'électronique, puis créé un peu pour rire le Yellow Magic Orchestra avec Sakamoto et Takahashi, devenus pionners de la techno et de l'electro-pop. Revenu de ses expériences en groupe, Hosono se retrouve seul à nouveau, avec ses amis, énumérés dans le livret, Roland TR909, Roland TR808, KORG SDD-100, YAMAHA DX-7... La musique comme science-fiction, comme extrapolation vers le futur via les découvertes technologiques. Le futur en 1984, c'est le hip-hop, entendu dès les premières mesures de "Body Snatchers", samples et scratches décalquent la voix, avant la lancée d'un funk synthétique (Hosono, bassiste toujours), la raideur des machines tordue et balancée sur la piste de danse, accents de synthés old-school et beats saccadés, multiplication des mélodies et cassures de rythmes à gogo, Hosono frappe fort d'entrée. "Androgena", synth-pop à base de piano, un peu jazzy et latin au refrain, avec la participation de Miharu Koshi, égérie new-wave, aux choeurs, de l'électro pour piano-bar rétro-futuriste avec son solo à la couleur indéfinissable. "S.F.X.", pre-techno expérimentale où Hosono balance tous les sons qui lui tombent sous la main et concocte un hommage au cinéma de science-fiction et d'horreur des années 80, les ambiances s'entrechoquent, les samples sont trafiqués en direct, les beats partent en vrille, paranoia urbaine au programme, comme une session de free-jazz. Puis le fantastique "Strange Love" dédié à Stanley Kubrick, chanson techno-pop parfaite comme à l'époque de YMO, orientale, funky et cérébrale, au refrain légèrement cartoonesque, synthés aériens et beats irrésistibles. Et "Alternative 3", fascinant culbutage de sons qui prennent la tête, de boites à rythme travaillées au corps, de samples découpés au hachoir, une potion ahurissante et avant-gardiste qui préfigure déjà tout l'abstract hip-hop avec plus de 10 ans d'avance, le morceau qui rend fou, qui met en transe et ne cesse de rebondir sur lui-même sans savoir où il va atterrir. Après une telle expérience, Hosono calme le jeu, sur des nappes de synthés flottantes, un mélodie au piano calme comme la mer au petit matin, ou en apensanteur, "Dark Side of the Star", observant sereine la Terre et son chaos d'un lointain satellite. Haruomi Hosono, lui-même est déjà loin au-delà de tout le monde, comme depuis toujours, a contempler les prochains domaines sonores à défricher.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (10) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 13, 2011 8:04 PM MEST


Hosono House (Mini Lp Sleeve)
Hosono House (Mini Lp Sleeve)
Prix : EUR 50,60

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Hosono House, 5 juin 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Hosono House (Mini Lp Sleeve) (CD)
Bienvenu à la maison de Hosono. Haruomi "Harry" Hosono, tout juste séparé de son groupe séminal de folk-rock Happy End, invite des musiciens chez lui où il enregistre, produit, arrange les titres de son premier album en solo. Ambiance décontractée, à la cool, les yeux tournés vers l'occident à travers les brumes de la grande cité tokyoïte. Hosono, bassiste et multi-instrumentiste touche à tout, concocte des petites chansons toute plus mémorables les unes que les autres, intro en acoustique avec la toute simple et très belle "Rock-a-bye My Baby", légèrement mélancolique. Du folk-rock à la japonaise teinté d'un parfum très country, "Boku wa chotto" avec steel guitar et un accordéon évoquant plus la Louisiane que les plages d'Okinawa. Accordéon toujours, "Owari no kisetsu", languide, un peu triste, percussions et marimbas aux accents exotiques pour une mélodie dont seul Hosono à le secret. Car si le bonhomme n'a pas une voix inoubliable, bien que chaleureuse, c'est un mélodiste et un arrangeur hors-pairs, qui trouve des gimmicks fabuleux comme le refrain de "Choo-choo Shaking", avec ses "choo-choo" en choeurs alors que Hosono descend dans les graves et que le piano se fait r&b, le tout accompagné par la guitare électrique de Shigeru Suzuki, emmené dans les bagages après la fin de Happy End. Toujours une influence r&b revendiqué, "Fuyu-goe" et "Jusho futei mushoku tei-shunyu" (littéralement "Pas d'adresse, pas de boulot, revenus très bas"!) avec des cuivres rutilants, et les débuts d'une tentation exotica qui pointe le bout de son nez, "Fuku wa uchi oni wa soto" et sa rythmique plage et cocotier. Le folk countrysant de la période Happy End n'est pas en reste, "Koi wa momo-iro" en évoque les souvenirs, mais le meilleurs reste pour la fin, "Bara to yaju" et ses quatre minutes trente totalement groovy où les lignes de basses élastiques de Hosono et la batterie de Tatsuo Hayashi font des merveilles, morceau le plus rock d'un album qui donne envie de chaleur et de révasser à des Amériques dans la fraîcheur d'une soirée d'été japonais en bord de mer.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 6, 2011 6:07 PM MEST


Music Components
Music Components
Proposé par giag-fr
Prix : EUR 8,37

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Music Components, 11 avril 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Music Components (CD)
TR-909, TR-808, Roland SH-101, Korg Mono/Poly... Autant de noms qui font frissonner les vieux routiers de l'électro, les pionniers qui bidouillaient bien avant les laptops et les logiciels de compositions. Arnaud Rebotini inscrit la techno dans son histoire en dépoussiérant ces vielles machines, synthés, boites à rythme, qui faisaient vibrer les premiers explorateurs de Detroit et d'Europe. Loin des sons numériques bastonnants et ultra-saturés qui plombent la production moderne, il va puiser aux sources, tout en analogique, sans pour autant virer dans le vintage ou la nostalgie. Bestiau impressionnant au look de mauvais garçon rockabilly droit sorti des 50's, cheveux gominés et moustache à la Lemmy, vétu de chemises country élégantes, Rebotini peut disserter avec autant de pertinence sur Slayer ou Debussy. En live, il penche sa silhouette de géant sur ses machines qu'il travaille au corps, dégage une puissance et une présence physique qu'il insuffle à sa musique par sa science de la composition, son goût du détail. "The Spirit of Boogie", acid techno brillante et groovy en guise d'intro, irrémédiablement dansante. "Un cheval d'orgueil" poussé à la transe, monté en puissance, oublie des corps, urgence qui parle aux tripes. Puis "1314", la machine est lancée, extraordinaire de puissance contrôlée, fascinante avec ses sons si organiques et ses beats irrésistibles, sortilège auquel il est inutile d'opposer une quelconque résistance, le corps dancera jusqu'à épuisement, l'esprit sera propulsé directement dans un ciel sombre et étoilé. "Cm", techno atmosphérique sublime qui semble sorti d'archives miraculeuses de techno de Detroit originelle. Au milieu de l'album, comme point d'ancrage, le fabuleux "Swamp Waltz", ténébreux, inquiétant, sexuel comme une cérémonie vaudou, le dancefloor est visité par les fantômes de la Louisiane, les morts et les vivants dans une même free-party. "Horns of Innocence" rappelle les expériences de Rebotini sur Zend Avesta, des nappes sourdes, des boites à rythmes qui surgissent et disparaissent, des textures envoûtantes, la techno s'accouple avec la musique contemporaine. Magnifique "Conakry Filter Sweep", longue dérive hypnotique évoquant un mécanisme d'horlogerie partant en vrille, techno psychédélique aux sons de synthés aliens qui rébondissent les uns sur les autres, entrée dans un autre espace temps, plus rien n'a d'importance que le voyage mental et son propre oubli. On est sorti de là par le très sombre et faussement monolithique "777" qui relance l'usine à danser, les machines gémissent et grondent, groovent en cadence de façon menaçante. Pas de cadeaux non plus sur "Decade of Agression", ramonage sonique qui porte bien son nom, qui n'hésite pas la désorientation avec quelques coup de bruitisme, beat en ligne droite, minimaliste et sans pitié. "Mnll", dédiée par le génial nancéen à sa compagne, déroule sur plus de dix minute une techno atmosphérique et planante qui caresse l'âme, et qui prend de l'ampleur jusqu'à des sommets de beauté pure et de transe illuminée. Avec Arnaud Rebotini, la techno n'a pas seulement retrouvée une âme, elle a pour toujours gagné un corps.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (7) | Permalien | Remarque la plus récente : Apr 29, 2011 3:58 PM MEST


California
California
Prix : EUR 6,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 California, 13 janvier 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : California (CD)
Bienvenu en Californie, la fin du mythe de la frontière américaine, le monde du rêve, du soleil et de la pop. La fin de l'histoire pour Mr. Bungle tiraillé entre ses membres fondateurs, surtout Trey Spruance et Mike Patton qui, revenu de l'aventure Faith No More, imprime comme jamais sa marque sur le groupe. Riches de leurs expériences passés, les membres du groupe le plus brillant des années 90 atteignent ici une maturité dans la composition qui leur présageait des lendemains qui chantent. Mr. Bungle pop, accessible, mélodieux, mais sans perdre une once de sa folie, de sa particularité, de son ambition de faire conjuguer toutes les musiques du monde en un seul bouillon de culture frémissant et orgasmique. L'amour des mythes, des années 50, du rock'n roll, du jazz, du surf, des longues limousines aux pare-chocs chromés. Patton chante comme un dieu, transfiguré en crooner génial, en chanteur de charme, en authentique soulman, même si en parallèle il continue à déverser des rires inquiétants, faire du beatboxing ou grogner des onomatopées comico-terrifiantes. Mr. Bungle multiplie les trouvailles et les idées d'arrangements uniques et surprenantes, même dans de sublimes balades apparemment simples "Sweet Charity" ou "Retrovertigo". Les horizons s'ouvrent, du moyen-orient "Ars Moriendi", et sa furie balkanique contagieuse, à d'autres monde venus d'ailleurs, indescriptible "Golem II: The Bionic Vapour Boy", comme un funk bien raide pour créature tout en glaise. Patton dans un club de jazz entouré d'un orchestre de malades mentaux, ça doo-woop à qui mieux mieux "None of Them Knew They Were Robots", qui ne cesse de sortir des rails pour mieux y retomber avec une frénésie incontrolable. Une sorte d'inquiétude qui pèse dans l'air tout de même, "The Holy Filament", dialogue ambient entre guitare et piano, et un chant avec claviers élégiaques et flottant, mystique à mort, prediction de fin du monde ? Car sous la pop californienne plein d'harmonies vocales se cache un cauchemar "The Air-Conditioned Nightmare", Mr. Bungle tels les garçons de la plage pris par je ne sais quel virus. Même la soul impeccable de "Vanity Fair" dissimule un pont aux orgues un peu menaçants. Et puis deux des meilleurs morceaux du groupe, et du monde, le sensationnel "Pink Cigarette", slow qui tue, littéralement, au gimmick oriental de début de couplet et à la montée en puissance de Patton au refrain qui donne des frissons, avant le suicide sonore final; et le final, "Goodbye Sober Day", extraordinaire délire, exotica-lounge sous drogue dure avec ses descentes et ses remontés, Patton qui ensorcelle avec sa voix de muezzin, fermez les yeux, écoutez, et tremblez quand surgissent de nul part les "tcahkatchakatchak" affolants qui tranchent l'air d'un seul coup, rejoints par une escouade de riffs puissants comme la Terre qui s'ouvre, tel le Big One tant attendu. Big One pour Mr. Bungle, qui s'écroule, ses membres dispersés chacun vers d'autres aventures, Trey Spruance et ses Secret Chiefs 3 en tête, reprenant un autre étendart pour porter le flambeau, alors que Patton et Dunn multiplie les formations et les collaborations, se croisant parfois par l'intermédiaire de John Zorn, le père spirituel. La boucle est bouclée, Mr. Bungle est en morceaux, mais il vit encore.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (22) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 28, 2011 10:42 AM CET


Disco Volante
Disco Volante
Proposé par marvelio-france
Prix : EUR 6,22

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Disco Volante, 11 janvier 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Disco Volante (CD)
Derrière cet oeil qui évoque de façon troublante celui d'"Un chien Andalou" de Bunuel, se cache la pierre philosophale de la musique pop expérimentale et surréaliste. Composé majoritairement par Trey Spruance et Trevor Dunn, une monstruosité géniale par laquelle on entre douloureusement, death-metal grotesque, bruitiste et atonal de "Everyone I Went to High School With Is Dead". Puis le ravissement, musique de train-fantôme par un orgue entraînant, "Chemical Marriage", entrée dans un autre monde où sieur Mike Patton se fait maître de cérémonie complètement taré, murmurant, grognant, profèrant des onomatopées, sifflant, hurlant. "Sleep (Part II): Carry Stress in the Jaw", free-jazz metal halluciné sur un texte d'Edgar Poe où il est question d'une dent arrachée, la section rythmique Dunn/Heifeitz saute d'un genre à l'autre sans prévenir, les saxo rugissent d'un coup. Puis enchaînement diabolique de trois titres exceptionnels, la jouissive "Secret Song", cachée derrière le morceau précédent, entre rumba déglinguée et surf-rock, sur laquelle Trevor Dunn vient poser une imitation du grand-père Simpson ! Puis le fabuleux "Desert Search for Techno Allah", en quelques 5 minutes, Trey Spruance met en germe ce qui fera les Secret Chiefs 3, une techno saturée et aggressive orientalisante, mêlée de metal, de percussions incroyables, et la voix scandée de Patton qui invoque les djinns et autres esprits du désert, alors qu'on aperçoit une procession de dromadaires au loin, dans une ambient poussiéreuse et inquiétante, troublée par des rythmes tribaux. Et des bruits de couteaux qu'on aiguise pour introduire le flippant "Violenza domestica", et d'autres bruits encore, de vaisselle cassée, de scène de ménage violente dans la cuisine, un riff monstrueux et un grincement sinistre. Mélange de tango, accordéon et guimbarde, et de musique de film d'horreur italien, claviers angoissés, alors que Patton sussure à l'oreille dans la langue de Fellini et de Nino Rota, entre sensualité et menace, une mélodie lugubre, puis tout s'interrompt, encore des bruits, la voix chuchotée du chanteur fou et un final qui explose de terreur. Pour s'en remettre, comptine pour enfant bien malsaine, "After School Special", à l'orgue lugubre et aux paroles évocatrices de traumatismes divers; et cette voix gonflée d'hélium qui demande "why are you touching me"... Drôle de métal atmosphérique, entre rythme frénétique et odieuse basse rampante au ralenti, "Sleep (Part III): Phlegmatics", avec ses cordes et ses bois annonciateur de choses mauvaises. "Ma Meeshka Mow Skwoz", enfin un peu de gaîté, fantastique musique cartoonesque à souhait, en déséquilibre constant entre jazz, metal, klezmer et bruitages rigolos, avec un Patton au sommet de son art, inhumain, comique et grotesque; et toujours se méfier du silence duquel peut resurgir sans crier gare sa voix hystérique et ses musiciens qui partent en vrille. Plongée au fond de la mer, "The Bends", assemblage de motifs miniatures, parfois jazzy, parfois ambient, une touche électronique par ci, des drones par là, les gémissements anxiogènes de Patton, le tout enrobé dans un souffle matois, le son comme écrasé par la pression des abysses, on voit passer des méduses, des baudroies et autres créatures peu sympathiques, morceau puissamment hallucinogène, et gare à la remontée à la surface, douloureuse comme il se doit. Un peu de légèreté, ou presque, "Backstrokin'", easy-listening un peu pervers sur les bords, ça swingue gentiment, effluve de vieille série télé venue de l'enfance, ou d'un film érotique un peu désuet. Retour à l'excentricité, "Platypus", ode de Trevor Dunn à son animal fétiche, l'ornithorynque, un morceau de jazz-fusion destructuré, bien digne de la bête étrange auquel il rend hommage, avec un Patton donnant la leçon de biologie la plus surréaliste jamais entendue. Conclusion sur "Merry Go Bye Bye", dernier cadeau de Trey Spruance, synthèse de son génie unique, une chanson pop californienne ensoleillé inattendue, avec de belles harmonies vocales, et ça part en death-metal bruitiste horrible, il faut entendre le groupe passer d'un style à l'autre sans sourciller, puis en musique de film d'espionnage, et tout s'écroule en bruits de bandes qui explosent, comme si tout l'album était lu en accéléré et en sens inverse, implosion de toutes les musiques du monde, pour ne laisser que le grognement du death-metal, qui lui-même s'efface pour laisser place, comme dans certaines scènes de David Lynch, à des claviers élégiaques et la voix d'ange de Mike Patton, plus pure et belle que jamais, pour reprendre doucement la mélodie de départ, et en finir. Mr. Bungle a terminé son voyage dans la musique, et rien ne sera plus jamais comme avant.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (25) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 2, 2011 8:38 PM CET


Mr Bungle
Mr Bungle
Proposé par Skyvo Direct
Prix : EUR 13,72

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Mr. Bungle, 9 janvier 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mr Bungle (CD)
Trois copains de lycée d'Eureka, Californie, Mike Patton (chanteur), Trey Spruance (guitariste multi-instrumentiste) et Trevor Dunn (bassiste) fondent au milieu des années 80 la formation la plus déglinguée, frappadingue et brillante de la musique pop, au sens large, de la décennie à venir. Rejoint par leur batteur unique, Dan Heifeitz, et pas moins de deux saxophonistes, sous l'égide du compositeur et jazzman avant-gardiste John Zorn, premier album composé de titres écrits durant les années précédentes. Comment un tel groupe se retrouve signé chez une major comme Warner, mystère et boule de gomme, quoique l'ambiance cartoonesque de l'ensemble n'est pas sans évoquer le fameux sigle des Warner Bros. en ouverture des aventures de Bugs Bunny ou Titi et Grosminet. Mais le cartoon à trop pris d'acides en tout genre, et ça rit franchement jaune, de sales blagues d'un sale clown. Biberonné par la scène de la côte ouest de l'époque, Mr. Bungle pratique encore une musique ancrée dans un mélange de funk, de ska et de métal, mais passé dans une moulinette unique qui s'affranchit de toute règle (et de toute considération de bon goût). Hétéroclite en diable, un peu trop long, truffé de samples aussi variés que Blue Velvet, film porno, film éducatif pour enfants, avec des interludes dégoutants (bruits d'étron tombant dans la cuvette, oui Môsieur), ce premier album est un fascinant boxon, porté par la voix encore un peu nasillarde mais déjà extraordinaire de Mike Patton, maître de cérémonie au cerveau grillé. L'influence de Zorn est palpable, avec une façon de sauter d'un genre à l'autre, de fourguer un passage surf sans aucun rapport au milieu d'un morceau funk, de basculer d'un métal agressif à un passage quasi easy-listening sans crier gare. Une ambiance de fête foraine, de ska teintée de musique de cirque malsaine "Carousel", de la fusion funk-métal où Patton débite à une vitesse hallucinante des paroles débiles et salaces "Squeeze Me Macaroni", l'histoire de chien de la famille, mort et enterré, sur des claviers emphatique qui partent en vrille "Stubb (A Dub), du gros metal qui tâche et toujours plus de paroles stupides "My Ass Is on Fire", du funk explicite et crado "The Girls of Porn", parfait pour vos soirées en amoureux, l'incroyable "Quote Unquote" en ouverture, passant allègrement de metal atmosphérique à des interludes jazzy à de la musique de cirque, l'épique "Slowly Growing Deaf" et ses variations d'intensité et de tempo. Et l'ovni "Egg", free-ska totalement délirant qui repose le paradoxe de l'oeuf et de la poule. Mr. Bungle, une sale blague au goût de génie.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (13) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 12, 2011 2:46 PM CET


54 Nude Honeys
54 Nude Honeys
Prix : EUR 17,53

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 54 Nude Honeys, 25 novembre 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : 54 Nude Honeys (CD)
54 Nude Honeys, c'est plus qu'un jeu de cartes avec des photos de pin-up dénudées dans les années 50. 54 Nude Honeys, c'est Vivi (basse), Kotome (guitare) et Yuri (chant) qui auraient voulu être nées à une autre époque, sur d'autres continents, un peu plus à New York qu'à Soho. Trois japonaises qui ne s'habillent que dans les sex-shop, pour y trouver des bodys en vinyl, des bottes en cuir, des culottes en latex, des bas résilles, et qui jouent (avec un batteur en renfort) du punk garage bien abrasif, sans concession, qui envoient du bois, souvent en à peine plus de deux minutes. Réunis ici essentiellement deux albums, le premier vers la fin des années 90, qui sent bon le punk du CBGB's, quelques accords familiers, la voix aigrelette de Yuri qui crache ses textes dans un anglais approximatif avec un sale accent nippon, parfois simplement quelques yayaya moqueurs, "Bikini". Avec quelques brûlots remarquablement composés "Hot Generation", pas mal de surf envoyé à toute berzingue "Drift Guitar" ou "Surf Cat" et les hurlement de possédée de Yuri. Faut pas croire, mais ces nanas savent jouer, quand elle se posent un peu et délayent "Get on the Bus" sur près de six minutes de pop noisy avec une basse très mélodique, où Kotome peut enfin se laisser aller à plus de trois accords, résultat formidable. Deux albums plus tard, le groupe installé à New York, avec un son plus dur, plus métallique, plus rêche et garage, et des morceaux qui sentent moins franchement les références aux ainés, pour des structures plus élaborées, mais toujours aussi intense. Le chant de Yuri est plus grave, plus agressif, plus sauvage encore; "No Way", uppercut direct dans le mou, façon Pixies; "Hard Drunker", hardcore et belliqueux, succession de bombes aux refrains terribles pour pogoter dans la fosse "Fat Liver". "You go to Hell", l'explosion de violence qui s'arrête un instant le temps d'un refrain en forme d'imprécation au ralenti, avec d'exploser à nouveau. "Don't shup me up", bon vieux salut au punk anglais, même si Vivi est quand même beaucoup plus sexy que Sid Vicious. Deux morceaux géniaux en fermeture pour confirmer qu'au delà du visuel, les trois nanas font du bon son avant tout, "Lost in Forest", sorte de surf punkoïde avec une basse ronflante énorme, et un final qui envoie toute la sauce, et "Boring Man", beaucoup plus lent, avec une guitare presque mélancolique.
Et parce que les trois diablesses sont avant tout un groupe de scène, et qu'il serait dommage de se priver de leur plastique (dans tous les sens du terme), sur DVD, galerie de photos et extraits de concerts, notamment 30 minutes au mythique CBGB's, où Yuri assure comme une bête, fait le show comme à la grande époque, chante au milieu de la foule de chanceux, grimpe à quatre pattes sur les amplis, hurle, feule, couine, tandis que derrière elle la section rythmique balance sans flancher un train d'enfer et que la belle Kotome se révèle aussi bonne à manier le manche qu'on pouvait l'espérer. Le CGBG's ferme ses portes en 2006, les 54 Nude Honeys se retirent un an plus tard, après 14 ans de bons et loyaux service au nom du rock'n roll, du vrai, du garage ! Une dernière canette à leur santé ! Merci les filles ! Yayayaya !!!
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Rainbow
Rainbow
Prix : EUR 17,53

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Rainbow, 11 novembre 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Rainbow (CD)
Plongée dans un arc-en-ciel multicolore et sonique par les membres de Boris, en collaborant avec Michio Kurihara, prodigieux guitariste du groupe psychédélique Ghost. Kurihara, un son de guitare concentré à l'extrême comme un rayon laser, en contrepoint des gros riffs patatoufs et gravitationnels de Wata et de sa section rythmique tectonique. "Rafflesia", envolée directe dans l'espace, mur de son de navette spatiale au décollage, un tour en orbite post-rock dès le démarrage, grandiose. Des interludes instrumentaux psychés aux percussions à l'envers "My Rain"; effets carrément psychotropes assurés "Fuzzy Reactor", il est 4h20, autour d'un feu de camp sous les étoiles, tout le monde est bien raide, la tête dans un univers parallèle. "Starship Narrator", aux scansions répétitives qui mettent en transe, jusqu'à l'arrivée de Kurihara et de ses délires free-jazz époustouflants. "Sweet N°1", un groove imparable tenu tout le long du morceau par des percussions tribales et funky, sur lesquelles s'affrontent le son strident et affuté comme une pointe de diamant de Kurihara et celui lourd, épais et sismique de Wata, secousses sévères au programme, et Takeshi en maître de cérémonie enjoignant la foule à rejoindre la danse effrénée. Boris sait aussi sussurer, l'éponyme "Rainbow", ballade nocturne et sexy, c'est Wata qui chante, enfin, d'une voix désabusée et d'autant plus sensuelle, ambiance fume-cigarette et fin de nuit, déchirée d'un coup par les soli grinçants et brillants de Michio, plein de feeling dramatique. Et "You Laughed Like a Water Mark", encore une ballade magnifique, Takeshi se fait mélancolique comme jamais, chante mieux que jamais, et là encore la guitare perçante rajoute une touche sombre et noisy sur cette atmosphère déjà assez tristos. Les deux plus belles et plus subtiles compositions de Boris. Et comme ils savent bercer leur monde mieux que quiconque, "No Sleep Till I Become Hollow", un bruit de souffle qui lui donne un aspect ancien, comme récupéré sur une vieille bande au fond d'un coffre, quelques notes de guitares médidatives, ambiance temple au bord d'un étang, pour regarder les nuages passer dans le ciel après la pluie. Tiens, là, un arc-en-ciel...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Nov 13, 2010 6:43 PM CET


Akuma No Uta
Akuma No Uta
Prix : EUR 19,70

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Akuma no Uta, 5 novembre 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Akuma No Uta (CD)
Le Chant du Démon. Dès l'introduction, on l'entend dans cette lente mélodie de drones subsoniques, incroyablement lourds et puissant, comme venus d'un autre monde. Tellement sourd et perçant qu'on sent une présence physique qui fait saigner les amplis, vibrer l'air dans la pièce, qui rebondit lentement contre les murs jusqu'à dérouter complètement les sens, faire tourner la tête et virer de l'oeil. Une vrai présence maléfique au chant anesthésiant auquel il est impossible de résister. "Ibitsu" et "Furi", rupture totale, rythme effréné pour deux brûlots de garage rock crado de chez crado, renvoyant le trio tokyoïte directement à Détroit à la fin des années 60. Même intensité furibarde, même riffs déguelasses et répétitifs, même chant halluciné, mais avec la petite touche japonaise qui va bien, à savoir un jusqu'auboutisme sonique poussé à l'extrême, tous les vumètres coincés sur 12. Tous les petits rigolos qui ponde du revival garage peuvent serrer leurs guitares dans les étuis et rentrer la queue basse, devant la belle Wata, ils ne pèsent pas plus lourd qu'un grain de riz dans la paume d'un sumo. "Kaki Kyoku", longue dérive stoner de 12 minutes, qui commence comme une ballade folk métallique et crépusculaire, et qui s'achève dans un ouragan psyché, un envoûtement par lequel on saute de la baie de Yokohama directement sur les plages californiennes, et le désert n'est pas si loin, morceau tout bonnement sublime. "Ano Onno no Onryou", à nouveau le rythme des deux morceaux garage précédents, pas aussi brutal, mais tout aussi intense, avec surtout un vrai refrain, où Takeshi commence à chanter pas si mal que ça le bougre. Entre le vieux garage des 60's et le desert rock des 90's, auxquels Boris ajoute toujours une bonne couche de bruitisme et de furie made in Tokyo. Et la fameuse chanson du démon éponyme en coda, où on reprend les drones du début, introduits par un gong sinistre, et accompagnés de coups de cymbales qui les poussent au derrière, la tension monte, et ça jaillit en instrumental stoner époustouflant, comment font-il pour garder le groove avec une telle pesanteur ? C'est simplement.... diabolique.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (11) | Permalien | Remarque la plus récente : Nov 24, 2010 11:13 AM CET


Boris At Last Feedbacker
Boris At Last Feedbacker

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 boris at last -feedbacker-, 4 novembre 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Boris At Last Feedbacker (CD)
Cette jolie japonaise au cerveau explosé, c'est bien elle, Wata, telle qu'elle se présente sur scène, en plus vivante mais tout aussi stoïque, en léger chemisier, qui envoie à la surface de la planète ses riffs telluriques et infernaux. Génie du titre, Boris at Last, car enfin, sur à peine trois quart d'heure, le trio développe avec concision tout ce qui fait sa patte et sa grandeur, Feedbacker, car de saturation et de fuzz il est toujours bien question. En cinq parties. Introduction dronesque, un seul riff lourd comme une vague qui revient incessamment, qui balaye les canaux auditifs, entraîne tout doucement dans le champs gravitationnel de Wata et son astre-guitare toute âme qui vive. Deuxième partie, la rythmique se fait entendre, lente, hypnotique, apaisée; une longue et progressive montée en puissance, l'air de rien, où les drones circulent comme des vents solaires autour de riffs de guitare beaux et planants ouvrant des perspectives infinies. Insidieusement, le psychédélisme monte au cerveau, des couleurs passent en tête, de gros soli de guitares chauds comme la braise brûlent les neurones, le rythme ralenti, puis reprend, toujours aussi calme mais implacable, et le chant monte, au bord de la justesse, mais de façon lancinante, comme une imprécation mélancolique... Et tout explose dans la troisième partie, les riffs deviennent supersoniques, la basse rugit du plus profond du centre de l'astre, à faire trembler les satellites, mais la puissance n'étouffe jamais la mélodie qui repart, porté par le chant qui reste en comme en flottaison dans l'espace. Et tout ne cesse d'augmenter, de prendre de l'ampleur, menaçant d'un chaos inéluctable et saturé l'équilibre précaire maintenu depuis le début, feu d'artifice sonore ahurissant.... avant l'implosion. Quatrième partie, de la mélodie il ne reste rien, que des bourdonnements stridents, grinçants; si un trou noir avait un cri, ce serait celui-là, une force de gravité dont rien ne réchappe, des riffs abominables qui se décomposent, s'écroulent, s'empilent sur une rythmique concassée et rongée de fuzz qui finit pas mourir, aspirée dans le champs sonore des drones. Des drones qui n'en finissent pas de gémir leur mort lente, même quand revient, en dernier lieu, la rythmique apaisée de la deuxième partie, la mélodie familière qui avait bercé le cerveau avant cet enfer sonore, et qui refait surface, comme pour accompagner l'agonie d'une étoile, et ce drone qui n'en finit pas de pousser son dernier soupir douloureux. Magistral et sublime. Boris, at last, sort son chef-d'oeuvre, Feedbacker.

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