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Contenu rédigé par David
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David (Versailles)
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Un aristocrate célibtaire (CD audio)
Un aristocrate célibtaire (CD audio)
par Arthur Conan Doyle
Edition : CD

4.0 étoiles sur 5 Un épisode un peu long à se mettre en place mais où triomphe toujours la sagacité immédiate et l’art déductif de Sherlock Holmes, 26 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Un aristocrate célibtaire (CD audio) (CD)
« Écouter un livre est une autre façon de lire. C'est le plaisir de la rencontre avec un texte, par la magie de la lecture à voix haute » précise la brochure papier des éditions « Écoutez lire » de Gallimard.

Ici six comédiens (donc peu d'intervenants) donnent vie à un épisode des « enquêtes de Sherlock Holmes » de Sir Conan Doyle, enregistré en 2002 dans cette collection « Livraphone » qui édita bien d'autres de ses aventures et péripéties.
L'on est en présence d'un petit recueil qui s'apparente presqu'à une nouvelle, puisque ce texte intégral dure le format standard de 47 minutes. Peut-être est-il même un peu trop court car l'on aurait bien continué de savourer l'ambiance rendue.

Comme toujours l'action prend part à la fin du XIXème siècle et c'est le narrateur Dr Watson, fidèle second du célèbre détective, qui conte l'histoire, où l'action se déroule avant son mariage.

Dans cette collection, le regret essentiel est qu'il y manque les bruits environnants de la vie et les ambiances recréées de cette fin du XIXème siècle de Londres en passant par l'Amérique. C'est le parti-pris de cette collection rendant les voix sans aucun bruitage ; mais du coup l'on ressent comme la colonne vertébrale essentielle qui manquerait un peu de sa chair essentielle, formant un tout complet. L'on n'est pas totalement immergé dans cet univers restitué.
Les épisodes sont un peu toujours identiques et toujours différents : le même esprit fédère chaque enquête, si proche entre chacune.

Concernant cette immersion, juste le début un peu long à se mettre en place (8 à 10 minutes environ), avant l'arrivée de Lord Saint Simon et l'évènement relatif à son propre mariage contrarié.
Durant cette mise en action, le narrateur est très présent puis laissera progressivement puis totalement la place à Sherlock Holmes et les autres acteurs de l'action. Où l'on croit deviner des évènements, par la sagacité du célèbre détective, allant au-devant de la résolution de l'énigme, qui apparaît alors si lumineuse et évidente a posteriori.
À un moment, s'expriment deux pensées sur les comportements relatifs aux différences transatlantiques : « les entraves de nos traditions [anglaises] » / « En Amérique les coutumes ne sont pas les mêmes qu'ici ».

Sinon toujours aussi fort ce Holmes et sûr de lui... qui sait se servir de tous les renseignements négligemment donnés par un nouveau « client », tout en gardant son flegme, son élégance, son raffinement et l'esprit « so british ». Un esprit déductible étonnant pour les profanes des enquêtes, exprimant son art « au coin du feu », entre gentlemen...


Pour Vous Mes Plus Belles Chansons
Pour Vous Mes Plus Belles Chansons
Proposé par Cultyfix
Prix : EUR 25,00

5.0 étoiles sur 5 Jeanne M. qui sait se rendre irrésistible et si séductrice, puis prenant plus de maturité : un beau panorama d’une autre facette, 25 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Pour Vous Mes Plus Belles Chansons (CD)
Jeanne Moreau la chanteuse fait partie de cette génération d'acteurs-chanteurs - Bourvil, Fernandel, Yves Montand... - n'ayant jamais abandonné cet art en parallèle de leur carrière. L'actrice reste peut-être légèrement moins connue que ses homologues en ce domaine, ou a moins marqué les mémoires hormis quelques chansons incluses dans certains films qui ont passé la rampe de l'histoire cinématographique, dont « Jules & Jim » en tout honneur.
Ce double album de doux aspect et aux couleurs claires, édité en 1998, est donc une compilation de ses chansons, globalement courtes, tournant souvent autour de 2', certaines durant encore moins. Vingt chansons figurent sur chaque disque ; qui nous entraînent dans un beau tourbillon de sa palette musicale étalée sur presque 2 décennies. Car les enregistrements débutent juste au lendemain de « Jules & Jim », en 1963, et se terminent ici en 1981.

L'amour, la séduction, les petits mots et petites choses légères et sans-soucis, une certaine joie à donner, la gaieté et l'innocence des commencements amoureux vibrants, sans penser à mal mais avec les inévitables séparations des êtres et incidents sentimentaux de la vie : tels sont les principaux thèmes autour desquels tournent les sujets de ces petites histoires et univers mis en musique.

L'on revit avec bonheur et ravissement différé toute une belle époque nostalgique des années 60 avec son esprit que l'on revoit par son côté insoucieux et léger' De beaux arrangements, toujours intimistes, orchestrés avec une patte en connaisseur des goûts du temps nous sont rendus, comme celles d'une guitare (sèche ou électrique) désinvolte et ses petites improvisations bienvenues (CDI, 20).
Sous des airs insouciants, la belle actrice garde sa diction sûre, assurant les liaisons et gardant toujours un respect pour le texte afin de rester parfaitement compréhensible. L'émotion n'est pas ce qu'elle souhaitait forcément faire ressentir.

Beaucoup de chansons voire quasiment toutes (19/23) furent en fin de compte composées (en totalité ou partie) par Cyrus Bassiak au cours des années 1960 (et plus spécialement entre 1963 et 1966), qui fut l'auteur-compositeur du « Tourbillon », et qui accompagna lui-même l'incarnation de Jeanne à l'écran dans cette scène d'anthologie du film de F. Truffaut). On peut donc penser que c'est sous son initiative que la belle s'immisça dans cet univers de la chanson et que son charme opéra.
Puis le relai passa au duo Norge/M. Philippe-Gérard lors des plus récents enregistrements de 1981 (16/17, et encore l'exception concerne une chanson de Cyrus Bassiak : est-ce une erreur de la pochette ou une chanson inédite oubliée et intégrée ultérieurement ?). Et l'actrice écrivit même les paroles d'une chanson : « Absences répétées », chanson éponyme du film en 1972.

Sept chansons sont directement extraites de films originaux, dont « Le tourbillon » de « Jules & Jim » de 1962, qui reste donc un extrait du film et n'a pas été ensuite réenregistré.
Où l'on peut constater sur cette perspective l'évolution de sa voix, qui changea aussi : de son timbre si jeune et si séduisant devenant plus grave avec moins d'aisance dans les aigus, et de souffle (CD I, 2, 9, 11, 14, 16 (très grave et texte un peu faible) ; CD II, 9, 13, 15). Sa si belle voix perdue.... Il ne faudrait pas vieillir...

Une liste personnelle de petits chefs-d'œuvre réussis et si séduisants : « Minuit Orly », « Tu m'agaces », « Moi je préfère », « Tantôt rouge tantôt bleu », « Où vas-tu Mathilde » à la manière de Brassens (à cause du rythme de guitare sèche ?), irrésistible « Embrasse-moi », l'un de ses tubes « J'ai la mémoire qui flanche », la gaieté du « Nombril du monde » malgré un texte très répétitif ; parfois mutine, attendant son amant ; « Les jeux de l'amour », ou plus enfantine.
Avec « La fermeture glissière » : irrésistible dans cette histoire d'adultère humoristique. Il n'y a guère « que conclure » qui rime avec « fermeture »...
D'autres sont moins légères (II, 11, 13). Une autre a beaucoup de texte (CD I, 10). Et elle s'en tire bien.
Et deux beaux duos : le premier avec une « Rumba des îles » extraite de « India song », écrite pour les paroles et interprétée avec Marguerite Duras. Toutes deux parlent (M. Duras n'étant pas spécialiste de cet art chanté...), l'écrivaine répondant aux questions de l'actrice sur un air de mambo. L'on ressent l'Extrême-Orient de « là-bas » avec ravissement : Calcutta...
Et suit un second duo irrésistible avec Brigitte Bardot : « Ah les p'tites femmes de Paris », du film « Viva Maria » de Louis Malle, avec Georges Delerue à la musique, et Louis Malle avec J. Claude Carrière aux paroles.

L'actrice revient assez longuement et de manière élégante sur l'origine de ses incursions au sein de cet art : « Jacques Canetti ; les yeux vifs derrière les lunettes, persuasif et obstiné, est celui qui a su le premier s'emparer du « Tourbillon de la vie » et m'entraîner dans un studio d'enregistrement. Grâce à lui, j'ai découvert qu'à travers des chansons, je pouvais exprimer des secrets, lâcher prise, me moquer, m'amuser et laisser vivre une femme, parfois une enfant que je croyais avoir réduite au silence.
« C'est lui qui m'a fait connaître le poète Norge, le compositeur Philippe-Gérard, Annette Charlot professeur de chant, des musiciens exceptionnels, des techniciens épatants. Si j'avais été davantage à son élan, j'aurais sans doute accumulé d'autres rencontres, d'autres chansons, mais je lui ai résisté. Je le regrette parfois, mais c'est la Vie. (...)

« Ces plus belles chansons ont chacune une histoire. Elles évoquent des visages, des amours, des amitiés, des émotions graves ou joyeuses. Si chacune d'elles était un fil de soie, je pourrais tisser une étoffe chatoyante de mélodies et de mots, dans laquelle je saurais m'envelopper. (...)
Cette intimité que je partage avec vous me fait voyager dans le passé et revivre les moments d'effusion créatrice avec Marguerite Duras, et les virées la nuit, de bars en brasseries au hasard des rencontres quand nous partagions fou-rires et poésie jusqu'au petit matin. » (...)

L'on peut se demander comment elle choisit les textes qu'elle voulut illustrer : par relation, par goût sûr des compositeurs, par la relative insouciance de leur propos, et choix des textes ? Et puis le choix opéré afin de venir puiser dans toutes ses chansons.
En épigraphe du disque, une citation de circonstance : « Je vous dédie à tous ce moreau de ma vie, dont les partenaires, les amours, les amis, présents ou absents m'accompagneront toujours »

Au livret du livret, des photos plus récentes d'elle photographiée en l'hôtel Ritz à Paris. Sinon un petit palmarès bienvenu de photos de la fin des années 1950 (et de « L'ascenseur pour l'échafaud ») en passant par Bebel lors du film « Peau de banane » jusqu'à d'autres sourires plus récents... : irrésistible portrait d'une jeunesse éclatante et si belle.

Un beau panorama du patrimoine de la chanson française, y compris par des films. À cause parfois de leur longueur réduite l'on aurait souhaité encore rester dans cette atmosphère, entre des élans d'énergie et l'ivresse nostalgique des meilleures années.
Un double album qui s'écoute avec plaisir, faisant resurgir une époque, où sur ces bandes la voix est restée telle qu'en ce temps-là.


Cosmos
Cosmos
Prix : EUR 13,58

4.0 étoiles sur 5 Un disque spatial homogène, méditatif et planant hormis 2 plages plus rythmées : un parti pris plus répétitif et uniforme, 19 mai 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Cosmos (CD)
Cet album de Fernando Corona dit « Murcof » sorti en 2007 présente 6 compositions indépendantes, découpées, sans enchaînement entre elles, avec certains titres très simples figurant en espagnol (« cuerpo celeste », « cielo », « cometa »).

Un même climat se répète, avec seulement l’ajout pulsionnel en 2 et 4, et pour cette dernière le traitement du piano en de lents accords de lounge ambiant. Mais il s’agit uniquement de la pulsation qui apporte ce grain entraînant. Assurément ces deux ci sont les meilleures plages de l’album, plus conformes à son style. Elles sont en contraste par rapport aux autres.
Les autres présentent toujours suivant sa patte compositionnelle de très lents déploiements enveloppants de l’introduction, hors celles où le rythme est employé assez tôt. Du coup dommage ce systématisme lent / vif / lent employé et qui se décèle parfois un peu trop comme une recette.

Cet album paraît un peu moins inventif que ces précédents albums comme « Martes » et « Remembranza », se contentant de répéter la même fibre mystérieuse, parfois un peu plus lourde, un éveil traînant sans dynamique, attentiste, qui sombre, baisse et stationne dans un ce lent flux. A la première écoute, le matériau semble un peu trop étiré sur ces plages.
Comme en 5, où s’exprime un très lent et long déploiement, à la manière d’un lever de soleil ou planète en pleine galaxie, avec ses images que l’on imagine tous. Une ligne qui s’éveille malgré ses petites figures isolées qui sont absorbées avec cette levée immense, voulue, prolongée et entretenue, voire entêtante. L’on s’y complait et l’on aurait même souhaité qu’elle se prolonge.
La dernière plage use d’une sorte de violoncelle, de manière moins continue, entrecoupée de cassures sonores brisant la lente respiration.

On l’imagine l’album en BO d’un film spatial… comme le titre de l’album et les 6 plages le suggèrent. D’ailleurs ce titre est-il une manière d’influencer d’auditeur dans une exploration spatiale personnelle mais en même temps universelle par toutes les images déjà vues de cet univers fascinant entre tous ? Une ambiance anesthésiante qui fascine mais qui est aussi sûre de son effet et au final reste comme une recette employée.

Parfois l’écoute et la perception d’un son sonne plus étonnement : un orgue en 1, une sorte de glockenspiel et d’un violoncelle électronique en 6. Avec toujours ses bips assez permanents aussi, mais non employés à outrance.
Mais c’est toujours le problème de Murcof : une seule écoute (et donc la première) ne suffit pas : l’on est obligé d’y revenir, restant sur notre faim et souhaitant poursuivre l’écoute afin de vérifier notre jugement premier. Et du coup il se trouve rehaussé dès la deuxième écoute, lorsque l’on a évalué l’écoute dans son ensemble et cernant son projet.

L’effet peut tendre vers celui d’un J. Michel Jarre au ralenti : on est davantage dans l’ambiance et l’instauration d’un climat quasiment méditatif que dans des thèmes développés et déployés. Il ne faut pas y rechercher absolument et à tout prix l’invention ; mais profiter et s’installer dans l’expérience.

Il trouve des échos en notre espace intérieur marqué d’images d’espaces infinis. Non tortueux, qui enrobe les mélodies ou plutôt les plages qui n’en sont pas véritablement : davantage un climat un peu hypnotique et surtout apaisant, sans axe majeur, avec de l’énergie pour les plus enlevées. Que reste-t-il après : des impulsions, sans forcément d’émotion.

Mais son univers est aisément reconnaissable et fidèle – comme la pochette, sombre, très épurée, présentant un endroit délaissé, avec quelques vues intérieures spatiales -; et à cause et par le « son Murcof », la magie opère un peu toujours. Un pas de côté dans son exploration, toujours avec sa politesse exquise et sa sérénité délicieuse, propice au repli sur soi.


Françoise Sagan : Entretiens Avec André Halimi
Françoise Sagan : Entretiens Avec André Halimi
Prix : EUR 15,37

4.0 étoiles sur 5 Le principe d’une conversation un peu improvisée avec la célébre écrivaine insouciante, propice à ses maximes de vie et gaiété, 18 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Françoise Sagan : Entretiens Avec André Halimi (CD)
Extraits des archives de l'INA alors que Françoise Sagan (1935-2004) avait 37 ans, cette « conversation » (et non « entretiens » car trop sérieux et formalistes pour elle, « pas assez gais ») effectuée en octobre 1972 pour les ondes de France Culture, directement à son appartement de la rue Guynemer à Paris, l'un de ces nombreux lieux de vie, celui-ci situé devant le jardin du Luxembourg, est divisée en 5 plages de 15' chacune, pour durer globalement 75'. À ce moment-là de sa vie littéraire, l'écrivaine écrit depuis 18 ans (depuis 1954), et a déjà publié 9 romans et 8 pièces de théâtre.

Elle est similaire à l'émission de France-Culture « À voix nue », toujours avec simplicité dans son principe. On entend parfois les glaçons qui clignent dans les verres, comme quelques allumettes allumées ou quelques aboiements... Une discussion informelle entre eux au creux de fauteuils, sans même y prendre garde.

La seule critique concerne la teneur des questions de André Halimi, journaliste et cinéaste français : un peu simples, pas toujours très profondes ou réellement pertinentes. On le sent un peu amusé ou loin d'un sérieux qu'il aurait sûrement usé avec une Simone de Beauvoir, une Marguerite Duras ou Marguerite Yourcenar. Il l'amène sur certains chemins, la provoque ; alors elle acquiesce brièvement et développe ou lui répond pour aller dans une autre direction. Les questions deviennent un peu plus consistantes un peu plus avant dans la conversation. Mais peu abordent le milieu littéraire : nombre s'arrêtent à la vie qu'elle mène de manière plus privée. Voulait-il prendre ce biais moins usité de ses confères pour ne pas la lasser d'entendre les mêmes questions sans cesse remises à l'œuvre ? Sa lassitude de répondre toujours aux mêmes questions des journalistes.
Elle a toujours cet attrait légendaire pour les questions « drôles ou amusantes » ; c'est ce qu'elle préfère : ne pas se prendre au sérieux. Comme un jeu. Avec sa posture favorite : son goût de retourner les questions au journaliste : « l'interviewer interviewé ». Ou écrire « parce que ça l'amuse ».

Renaud Machart de Radio-France écrivit le livret accompagnateur, et signale avec justesse : « Des phrases courtes, hachées, inachevées, des mots marmonnés, à moitié avalés. Du Sagan non dans le texte (si précis, si juste au contraire) mais dans ce phrasé légendaire en « hoquetus interruptus » dont les humoristes se sont si souvent moqués ». (...) Halimi, d'un ton artistement badin, la rassure. Et s'ensuit un dialogue de théâtre, comme du Feydeau revu et dégrisé par Marguerite Duras, qui tiendra autant de la chèvre et du chou que du bâton rompu ou des montagnes russes. »
(...) Les sauts d'un sujet à l'autre sont parfois capricants mais Sagan comme Halimi, au diapason, semblent à dessein une petite musique de l'ennui (...) qui prend vite sens et substance (...) feignent la lassitude. »
(...) La politique, les enfantillages, la vie, la vieillesse, la mort, les hommes et les femmes, l'alcool, la fête, le sexe. Tout y passe et y repasse, avec l'air de ne pas y toucher ».
(...) Sagan et Halimi se connaissent de toute évidence mais font mine de se renifler. »
(...) Tout est un peu de la sorte, apparemment zigzagant et sans esprit de suite. Mais Halimi ne perd jamais vraiment le fil et tourne tel un Sioux autour de sa proie consentante (et même séduite) et a une idée (juste) en tête : le rire [son rire] est-il un masque, ou une révélation ? Grand sujet »

Et aujourd'hui il est toujours vivifiant de l'entendre, avec légèreté, insouciance, amener la pétulance dans la vie. Avec dilettantisme, désinvolture, liberté. Aussi une légère dérision.
L'on ne perçoit son débit très rapide qu'au début - nerveuse de commencer -, à la mitraillette, par cette voix si connue et reconnaissable. Une conversation simple, sans élagage ni aucune coupure effectuée, un peu au fil de l'eau avec parfois des orientations recadrées. Elle n'avait que 37 ans à l'époque, où elle venait de publier « Des bleus à l'âme », mais on la sent déjà un peu lassée. Ou sinon l'avait-il dérangée le matin !

Un peu déçu aussi de la présence d'un seul CD pour cette réédition de 2011 : on aurait pu y intégrer d'autres extraits d'archives, lectures ou actualités.

Ci-dessous des extraits retranscrits, un peu sous forme de vérités ou d'aphorismes, sans y paraître :
« C'est délicieux un whisky glacé »
« Je ne suis pas très travailleuse de nature. Je n'ai qu'un jet »
Elle a cette volonté et « comme principal jeu » que « les journalistes lisent un livre avec l'envie qu'il soit bon, mordant, et non pas qu'ils se regardent eux-mêmes et écoutent leur voix. » Mais qu'ils aient des « questions amusantes ou drôles »
« Je n'ai jamais aimé le scandale que l'on a fait avec mon premier livre (...) et j'en étais totalement étonnée »
« Le scandale c'est le talent »
« J'ai une vie privée extrêmement agitée mais parfaitement secrète »
« J'aimerais beaucoup ne pas travailler »
« Je gagne beaucoup mais je dépense beaucoup »
« Je n'aime pas les habitudes »
« Je m'ennuie avec les gens qui se prennent trop au sérieux »
« Les gens fous [dans le sens de gais, décoincés] sont sains par rapport aux gens sérieux »
« L'agréable est de développer chez les gens l'imagination plutôt que la folie »
« Je joue beaucoup à être ma sœur au téléphone »
« Tout ce qui est régulier m'ennuie »
« Je tiens à ma réputation de livrer mes livres en retard »
« L'alcool c'est une aide ; un fidèle lieutenant quand on est trop fatigué ou quand on a le cafard ou qu'on est très gai (...) L'esprit se libère mieux. L'alcool donne un coup de fouet »
« Je ne travaille pas en musique ; la musique s'écoute »
« J'ai un emploi du temps assez restreint le matin : je dors »
« Tout le monde a une vie assez solitaire, une vie de l'ombre »
« La solitude est l'un des problèmes majeurs actuellement ; les gens sont tous un peu seuls, affolés ; c'est une époque un peu trop tendue »
« Ce qui m'a le plus frappée en 1968, c'était le goût des gens de parler (...) ils étaient sauvés pour une heure et se le rappelleraient toute leur vie »
« Personne n'échappe à la solitude : on nait seul et on meurt seul (...) Quelquefois on tombe amoureux de quelqu'un »
« Mais on est heureux si l'on peut meubler cette solitude par ce qu'on apprécie »
« L'absolu coûte cher »
« J'adore la nature et les arbres »
« Je travaille à la campagne »
« L'odeur de la pluie est superbe (...) L'herbe d'enfance (...) Il y a tout dedans »
« Je n'aime pas tellement l'eau [la mer], ce n'est pas mon élément »
« J'aime bien les gens paumés, désemparés, perdus (...) Tout ceux qui n'ont pas pu s'adapter à la vie moderne, aux cadres, aux structures, à l'environnement, à tout ce qui m'ennuie à mort. (...) Ils ont tellement raison que je ne peux que les aimer. Je n'aime pas les gens forts, puissants, riches, décidés : ça me fatigue »
« Il y a énormément de gens paumés parmi ceux qui ont une vie régulière »
« En général, je trouve mes titres de livre au dernier moment, à la fin » [et elle y réfléchit longuement seule]
« J'adore les fêtes et j'adore rire ». D'ailleurs elle cite Alain : « Le rire est le propre de l'amour ».
« Il faut être douce avec les hommes (...) Les hommes sont très protecteurs, Dieu merci ! »
« Tout le monde est infidèle »
« Le « Garde du cœur » était uniquement humoristique »
« J'aime bien faire rire »
« Je ne pense pas du tout au temps »
« Tout ce qui est généralités me tue »
« Proust et Dostoïevski : mes 2 passions (...) Eux ont du génie moi du talent »
« Il faut être assez malheureux pour écrire, et comme la vie m'amuse trop je ne suis pas encore dans la position d'écrire un livre génial »
« Une chose lie tous mes personnages : le sens de la gratuité, qui est pour moi l'une des choses les plus importantes sur la Terre. (...) C'est la chose qui m'intéresse le plus chez les gens »
« Je n'ai été que le témoin de ma propre vie, pas de celle des autres »
« La vie est triste par moments. Je ne suis pas quelqu'un de désespérée je suis gaie »
« Car je trouve strictement dégoutant, incorrect, non honnête de devoir mourir un jour (...) Quand j'en ai mon désespoir vient de là ».

On la découvre et ce CD nous restitue avec plaisir son insouciance : on l'imagine chez elle, relevant fréquemment ses mèches avec son regard butinant et son rapide et immédiat débit, non retenu. Très naturelle en somme : comme on aime à la retrouver, aussi naturelle qu'ébouriffée sur la photographie choisie pour la pochette. Qui souhaite s'arracher à la pesanteur de l'existence ; vivant plutôt le soir, comme l'artiste vivante qu'elle était.


LES MAITRES DU MYSTERE: L'accident
LES MAITRES DU MYSTERE: L'accident
Proposé par Unique_Item_Bazaar
Prix : EUR 6,10

5.0 étoiles sur 5 Toute une belle union qui se fissure progressivement à cause d’un évènement imprévu, et va montrer des facettes insensées, 13 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : LES MAITRES DU MYSTERE: L'accident (CD)
« Les Maîtres du Mystère » était une émission de fiction dramatique radiophonique hebdomadaire française et inédite, réalisée par Pierre Billard et produite par Germaine Beaumont. Elle devint culte.

Le petit livret et le verso du CD reviennent sur ses origines, sa durée, son souvenir et la trace qu'elle a laissé dans la mémoire collective. Elle fut diffusée le mardi de 20h30 à 21h30 de 1952 à 1974 sans interruption, d'abord sur Paris Inter, puis France Inter. De 1952 à 1957, l'émission s'intitulait « Faits divers » et prend le nom des « Maîtres du Mystère » à partir de 1957.
Elle profitait de la mode du polar en vogue dans ces années-là et a apporté une sorte de cinéma à domicile, alors que la télévision était encore peu diffusée et n'avait pas étendu son règne. Elle a rassemblé certains jours jusqu'à 12 millions d'auditeurs de tous âges et milieux sociaux, fébriles autour du poste de radio.

Après avoir réalisé des adaptations d'ouvrages existants (dont Agatha Christie, Edgar Allan Poe, Arthur Conan Doyle, Oscar Wilde...), Pierre Billard s'orienta vers des fictions inédites, parfois écrites par des auteurs connus tels que Pierre Boileau, Thomas Narcejac, Jean Cosmos ou François Billetdoux.
La réalisation était minimaliste avec simplement quelques bruitages. Les acteurs devaient travailler dans l'urgence pour plus d'authenticité. Parmi les acteurs fréquemment sollicités, l'on dénombre Rosy Varte, Michel Bouquet, Marcel Bozzuffi, Jean Negroni, Roger Carel, Maurice Biraud, Arlette Thomas, André Valmy, Henri Virlogeux, Juliette Gréco, George Wilson, Jean-Louis Trintignant, Jacques Dufilho ou encore Claude Piéplu.
L'émission fut également diffusée à l'étranger dans 25 pays.

Le générique initial (appelé « Tempo di Suspense ») reconnaissable entre tous pour son caractère angoissant, a été composé par André Popp. L'ambiance étrange est en grande partie due à l'utilisation des Ondes Martenot, qui donnent un son inhabituel que ne pourraient produire d'autres instruments.
Dans les archives de l'INA il reste un impressionnant répertoire de plus de mille pièces originales conservées, et dont cette réédition en CD redonnera toute la vivacité en faisant se souvenir les plus anciens et apportant un témoignage nouveau pour les plus jeunes.

Cet épisode, intitulé « L'Accident » de Jeanine Raylambert, a été diffusé le 21 janvier 1962.
Pierre Billard lui-même établit une petite présentation au sein du court livret. Il y révèle qu'en 18 années de collaboration, cet auteur écrivit près de 40 pièces spécifiques. Elle préparait longuement ses sujets et travaillait les dialogues jusqu'à la dernière minute, n'en étant jamais totalement satisfaite. Elle pensait à certains acteurs et sa récompense était comblée de leur participation fidèle à ses souhaits.
Cet épisode dure 52 minutes, réparti en 13 plages sans coupure entre chacune d'entre elles, parfait format de moins d'une heure, qui s'introduisait dans cette tranche horaire.

« Elle n'est pas une pièce policière classique. Ce n'est pas une enquête, il ne s'agit pas de découvrir un coupable et il n'y a pas l'ombre d'un policier. C'est tout autre chose : une sorte de mélodrame moderne qui commence comme un vaudeville et se termine en tragédie » définit avec véracité Pierre Billard.
Elle met en présence un couple joué par Michel Bouquet et Rosy Varte, avec un ami retrouvé du mari interprété par Jean Négroni. Au début l'on est en présence d'un bel et dévoué amour conjugal et d'une union enviée. A posteriori, en réécoutant le début, l'on saisit toutes les subtilités et ambiguïtés entre les membres, et aussi les non-dits entre cette toile à trois.

Puis survient un accident, avec une attente insoutenable à gérer. La réaction post-accident va déjà venir libérer la parole des deux hommes envers l'épouse, et va libérer les tensions initialement improbables entre eux, fracassant leur belle entente de façade dans un règlement de comptes progressif.
L'on se doute que Françoise ' le rôle joué par Rosy Varte ' n'était pas seulement l'épouse de l'un, mais aussi la maitresse de l'autre : c'est le point de cristallisation vers lequel tend l'histoire. Le pot aux roses découvert, elle se retrouve comme prise au piège, et forcée d'avouer. Fallait-il continuer cette belle harmonie entre eux, ou la vérité était-elle inexorable ?
La voix de Rosy Varte paraît jeune ; celles des autres ne semblent pas avoir changé par rapport à aujourd'hui, quelques décennies plus tard.

Avec son lot de rebondissements continus et surprises durant l'écoute, cette pièce concentre et condense les travers, secrets larvés, ressentiments qui explosent soudain, à la suite d'un grain de sable imprévu. Où l'on ne peut plus revenir en arrière et où la revanche de chacun précipite le tout qui s'emballe. Avec un soulagement pulsionnel qui se paiera cher.

Le suspense est bien amené et l'on vit l'aventure au présent avec eux. Par leur jeu, les comédiens très réalistes savent avec art nous restituer l'intrigue et les failles qui viennent progressivement s'infiltrer avec stupeur. La qualité remastérisée de l'écoute a parfaitement abouti.
« Quel soulagement de parler enfin à cœur ouvert. Ça fait du bien la franchise » abandonne l'épouse lorsque l'aveu est survenu.

Où toute une belle union se fissure progressivement à cause d'un évènement imprévu, et va montrer des facettes insensées dans une acmé.
Une replongée bienvenue à travers un épisode très réussi de cette série, qui aujourd'hui a fait des émules. Une occasion de la revivre mais plutôt de la découvrir, l'intérêt envers les énigmes policières, dramatiques n'ayant pas faibli.


The Versailles Sessions
The Versailles Sessions
Prix : EUR 12,57

5.0 étoiles sur 5 Du baroque revu par l’électronique, toujours avec une lenteur à la limite paresseuse, en hommage immatériel à l’époque de L. XIV, 13 mai 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Versailles Sessions (CD)
Ce projet « The Versailles Sessions » est une commande du Château de Versailles à l'artiste Fernando Corona dit Murcof, afin d'illustrer musicalement « Les Grandes Eaux Nocturnes » estivales. Jusqu'à sa parution en 2008, il apparaît de manière singulière dans la carrière de Murcof, sans se placer dans la succession de ces précédents opus (« Martes », « Remembranza », « Cosmos »...). Les 6 plages qui le composent sont les témoins de cette illustration sonore. Il fut mixé à Paris ; peut-être après être venu respirer les senteurs du Parc ainsi illustré.
La photographie de la pochette rappelle un écrin luxueux avec ces couleurs sombres mais chaudes, à la manière d'un flacon de parfum spécialement créé, à l'arrière-fond ambré, avec le reflet de l'eau qui brille à la manière du diamant.

Par ce projet, on repère tout de suite la présence et l'emploi d'instruments plus classiques et même baroques comme deux flûtes, un alto, une viole de gambe et un clavecin, ainsi que le traitement de la voix à la manière baroque ; mais les instruments surtout deviennent déformés, comme amplifiés électroniquement, entraînant ce climat d'incursions plus contemporaines, distordant le son, le déployant lentement avec des résonnances, tissant des toiles nouvelles, engageant de nouvelles passerelles sur ces sonorités combinées...

Même ici le style du compositeur mexicain est respecté : toujours une douceur initiale qui enfle inexorablement, gardant en arrière fond une calme pulsation, parfois faisant ressentir ses graves. Des sons sans véritable mélodie constante qui grouillent et lentement se déploient, faisant respirer une moelleuse inertie. Le tout est engageant et nous invite à continuer l'écoute, comme hypnotisés et fascinés par ce que l'on perçoit et que l'on est curieux de continuer à découvrir. Aucun effet brusque ; que de presque silences et la douce harmonie de l'instant. Le compositeur n'use pas trop non plus d'effets de répétitions cycliques ni minimalistes. Pas de jaillissements mais de lentes progressions qui deviennent obsédantes.

Une musique à l'affût de l'infime, du minuscule, ouatée, éthérée, avec subitement un effet plus affirmé et doucement rugueux ou plus saturé. La musique se révèle tout d'un coup, un peu par son audace très tranquille et sa mise en apesanteur.
Des ondes propagées et tissées d'une presque humilité donnant lieu à des plages très maîtrisées, ne se laissant jamais déborder ; pudique Murcof ?
Souvent un son devient presqu'organique, s'éveillant longuement, mollement, avec l'effet de la nouveauté et sa mise en évidence différente, et l'on s'aperçoit d'un coup qu'il est là, devant nous. L'ensemble paraît dépouillé, avec l'espace qui s'emplit lentement par de multiples sections imbriquées, fondues, entremêlées par son art de la manipulation : il faut patienter pour l'appréhender peu à peu.

On note un décalage presqu'anachroniquement amusant de lire des titres en anglais vis-à-vis de ce répertoire typiquement français et plus spécialement versaillais. Toujours avec ce minimalisme revendiqué d'une pochette épurée au possible, avec seulement l'indication et le remerciement des instrumentistes et la mezzo-soprano sollicités. Le secret et la discrétion frustrante de ses recettes sont sa marque de fabrique.

L'ouverture « Welcome to Versailles ! » commence comme toujours d'une longue introduction, avec progressivement le sentiment de pénétrer dans l'étrangeté d'un Krzysztof Penderecki puis la transformation du son à la manière de Wendy Carlos dans son ironie, l'étrangeté d'une flûte tapée et soufflée. L'on perçoit de ci de là le souffle de l'instrumentiste : ce ne sont donc pas des sons de synthèse recréés mais bien un matériau réel transformé, allié à tout un lot de petits bruits décalés.

En 2, « Louis XIV's Demons », une viole de gambe / alto semblant électronique, dont les accords très secs à la manière d'un couperet empêchent toute résonnance sont comme coupés au couteau par une sorte de clavecin aussi électronique. Intéressant traitement, laissant percevoir des hésitations stylistiques. Elle est plutôt courte au regard des autres plages. Je ne me souviens plus de la mélodie originelle ainsi déformée, qui sert de base au matériau (F. Couperin, J.B Lully ?). Il tourne tout autour de cette mélodie empêchée, martelée, entrecoupée de silences et de la résonance des accords paresseusement libérés. Les démons de Louis XIV s'expriment...

Plage 3 : « A lesson for the future, farewell to the old ways » : le début laisse éclater une prière vocale, puis ensuite rappelle de nouveau Wendy Carlos dans le traitement ironiquement lent du clavecin de la 2ème partie, avec une mélodie qui se laisse submerger puis meurt par des basses amplifiées dans un halo progressif marqué qui vient tout submerger et recouvrir. Comme si l'on avait bougé en direct les réglages des graves, aigus, contraste, pour avaler le timbre et ne laisser que quelques harmoniques surnager. Une belle pièce. Les voix ont certainement été enregistrées spécialement pour ce disque : ce ne sont vraisemblablement pas des reprises vocales. Le tout baigne toujours dans ce halo sonore très serein, apaisant et méditatif.

Plage 4 : un climat pesant et appuyé pour une « Death of a forest », avec l'inquiétude qui vient gronder comme la musique de chambre de Edison Denisov ou Krzysztof Penderecki : une plainte qui lentement agonit. Puis retour final d'une voix féminine à la manière de Arvo Pärt.

Plage 5 : « Spring in the artificial gardens » : une suprême lenteur qui reste sciemment sur un seul accord ou petit arpège plaqué du clavecin : seulement l'enflure du son, qui s'éveille puis résonne différemment après des accords plaqués. A la manière d'une BO d'un Cliff Martinez encore plus étirée, telle un enivrant lever de lumière, usant un peu des mêmes ressorts dans la deuxième partie par une très lente montée d'accords.

Plage 6 : par cette « Lully's « Turquerie » as interpreted by an advanced script », une relecture personnelle de la plus célèbre danse de J. B Lully extraite du « Bourgeois gentilhomme », sans la trahir ni une percussion trop facile. De nouveau une flûte sopranino déploie le thème - véritable tube - rejointe ensuite par un autre, une tierce plus basse. Avec la constance et l'emploi de petits bips particuliers et typiques de son style, conférant ces pulsations comme des bruits « sales ». Le grillon vient rappeler la vocation initiale du projet en plein air.

L'on n'est pas aspiré tout de suite dans cet univers composite. A la première écoute, les plages paraissent toujours légèrement longues et trop étirées, parce que souvent sculptées dans la même veine : du coup elles paraissent plus étendues que si leur climat était changeant. Aussi par la singularité si lente de ses sculptures sonores. Et l'on apprécie cette élégance employée sans jamais de percussions envahissantes bien que la pulsation soit maintenue délicatement, avec le réel souci de susciter un climat doux, moelleux, lent, étiré, microscopique, avec parfois de petits parenthèses d'autres styles.
Intéressante cette confrontation-intégration-révisitation passé-présent ; un bain décalé d'instruments et d'ambiances, où saturation, réminiscences (ou hommages) contemporaines, introductions de sections plus industrielles sont employées.

On croit deviner des accords empruntés à J.M Jarre (les accords en 5 rappelle les ouvertures et fin de « Chronologie »), Arvo Part (la chanteuse en 4, le bruit de percussion constant de 6, déjà utilisé dans « Martes »), Cliff Martinez (5), Krzysztof Penderecki (1, 4), Wendy Carlos (1, 3)... Même si un seul accord semble extirpé et réutilisé, il est reconnaissable. Des sons empruntés mais pour en même temps créer et rester dans son propre univers. Ces touches inspirées sont subtiles ; justement pour les magnifier. On comprend qu'il soit intéressé par un seul son, avec même des emprunts électro-acoustiques, qu'il va répéter selon son envie, pour représenter son dessein.

Le mythe versaillais revisité. On aime ce télescopage, sans jamais de sections brutalement introduites mais au contraire toujours fondues et jamais sectionnées entre elles. Décalées au début, elles s'apprivoisent facilement, sans être commerciales. L'on est aspiré : pas par l'émotion mais justement par sa maîtrise de l'imbrication : une douceur tendre qui bruisse de sons minuscules et des miniatures.
Sait-il remplir toutes ses plages ? C'est son style, avec une certaine élégance lente. Un bel objet pour sa différence et ce qu'il représente.


L'Homme à la lèvre tordue (CD audio)
L'Homme à la lèvre tordue (CD audio)
par Arthur Conan Doyle
Edition : CD

4.0 étoiles sur 5 Une plongée toujours appréciée dans l’univers de Conan Doyle ; il y manque juste les bruits d’ambiance du déroulé de cet épisode, 6 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Homme à la lèvre tordue (CD audio) (CD)
« Écouter un livre est une autre façon de lire. C’est le plaisir de la rencontre avec un texte, par la magie de la lecture à voix haute » précise la brochure papier des éditions « Écoutez lire » de Gallimard.

Ici neuf comédiens donnent vie à un épisode des « enquêtes de Sherlock Holmes » de Sir Conan Doyle, enregistré en 2002 dans cette collection « Livraphone » qui édita bien d’autres de ses aventures et péripéties.
L’on est en présence d’un petit recueil qui s’apparente presqu’à une nouvelle, puisque ce texte intégral dure le format standard de 54 minutes. Peut-être est-il même un peu trop court car l’on aurait bien continué de savourer l’ambiance rendue.

Où l’on découvre au début un Sherlock Holmes fumeur d’opium (avec cette maxime : « il est plus facile de s’intoxiquer que se désintoxiquer »), sur ce sujet en rapport avec l’intrigue et cette « singulière aventure ». Mais il n’était que « plongé dans une enquête passionnante » avec l’envie de découvrir quelque élément en écoutant négligemment les autres fumeurs alentours…

Le récit est écrit et rendu par le Docteur Watson, ancien militaire et son fidèle second. Le regret essentiel de cet épisode est qu’il y manque les bruits environnants de la vie et les ambiances recréées de cette fin du XIXème siècle de Londres. C’est le parti-pris de cette collection rendant les voix sans aucun bruitage ; mais du coup l’on ressent comme la colonne vertébrale essentielle qui manquerait un peu de sa chair essentielle, formant un tout complet.

Ce qui peut parfois donner un effet légèrement bizarre ou inaccompli, seulement au sein des dialogues entrecoupés d’indications quasi scéniques, comme une lecture respectueuse entre le récit et les dialogues, où le récit vient parfois brutalement interrompre les dialogues, sans les laisser longtemps résonner. Les comédiens ne se coupent pas la parole entre eux mais l’effet ressenti s’y apparente un peu, comme une juxtaposition immédiate. Bien sûr les plus longs monologues restent, eux, homogènes et convaincants.
Sinon bonne diction globale sans être trop rapide, sans séparation des plages entre elles pour ne pas venir couper le récit. Sauf peut-être l’inspecteur qui conte un peu trop ses pensées.
Souvent, l’on remarque juste la rapide respiration du narrateur, immédiatement avant de lire son flot et d’officier.

La présence de l’épouse de la présumée victime vient éclairer d’un parfum ravissant le récit. Est-ce sa voix, le sourire qu’elle y déploie, ce qu’elle représente ou sa vertu féminine dans cet univers quasi masculin sinon ?

Plaisir toujours enjôleur d’être plongé dans cette atmosphère à la fois raffinée des gentlemen et la bonne société, en opposition à celle des endroits plus obscurs et ruelles étroites, sources de dangers potentiels. Comme celui d’être replongé dans cette atmosphère romanesque des noms de rues anglaises où l’on voyage alors, à l’époque des fiacres.
Dénouement étonnant, que l’on n’attendait pas, après une courte nuit de réflexion intense de Holmes, assis sur 5 oreillers, un paquet de cigarettes ayant été nécessaire à nouer les différents fils de l’intrigue. Sa détermination reste sans faille. Où « les tous petits détails » restent importants ; demeurent même essentiels pour la résolution d’une énigme !


Lighthouse
Lighthouse
Proposé par cinebootik
Prix : EUR 25,00

5.0 étoiles sur 5 Quatre portraits de cordes nordiques : intéressants dans un post-romantisme aéré, cohérent, presque familier mais un peu sage ?, 28 avril 2016
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Les projets de label « Finlandia » nous proposent toujours des découvertes musicales du nord de l'Europe (Estonie, Lithuanie). Sur ce projet publié en 2000 se découvre un panorama de 4 compositeurs portant chacun sur une de leurs œuvres : Lepo Sumera (né en 1950), Peteris Vasks (né en 1946), Onuté Narbutaité (née en 1956) et peut-être le plus connu Erkki-Sven Tüür (né en 1959) [voir à ce sujet ma critique de « Conversio », de manière erronée classée chez Gidon Kremer]. Juha Kangas dirige le Ostrobothnian Chamber Orchestra.

Ce panorama dessine un sens de la composition, avec un profil mélodique, des atmosphères assez répétitives et de lentes respirations d'ensemble ponctuées parfois de courtes et brusques agitations.
Une verve orchestrale séduisante avec beaucoup de cordes, qui prédominent. Du répondant, de la couleur, avec un lyrisme marqué mais bien amené. Un peu trop de cordes en 4 peut-être : un adagio romantique et chromatique un peu trop connoté et marqué.

Avec de beaux contours, belles phrases déployés, teintés d'accès de douceur. Rappelle parfois le style d'autres compositeurs (fragments de J.S Bach en 2, Bartók en 5, Górecki en 7, le tout teinté de Lutoslawski et Chostakovitch), étant différent bien sûr, moins méditativement sacré que les pièces d'un Arvo Pärt ; du post-mahlérien en passant par le minimaliste ou la saveur reconnue de BO dans le bon sens.
Des trames qui semblent toutes simples mais attachantes et séduisantes ; sans révolution mais avec des touches bien orchestrées où l'on reste globalement dans le même bain suspendu et attentiste.

Une pièce plus moderne en 6 (de la compositrice Onuté Narbutaité), circulaire, avec différents climats étranges, apaisés ou surgissant du presque néant, revenant un peu à son point de départ.

La 7 employant des figures quasiment répétitives.
Concernant cette dernière : « Lighthouse » [Phare] de Erkki-Sven Tüür (1997). « Le titre fait allusion au commentaire de Stravinski sur certains compositeurs qui sont pour lui tels des phares, avec une influence qui rayonne par-delà les siècles. Pour Tüür, Bach est l'un de ces phares. (...) La pièce communique avec l'époque de Bach de manière plutôt abstraite, sans utiliser ouvertement de citations directes. » [livret].

Après un accord sombre, un lyrisme principalement déployé et développé aux cordes emplit l'espace, dans une sorte de style à la Arvo Pärt ou Henryk Górecki animé, avec des accords parfois rageurs, de lentes progressions sans cesse recommencées, coupées, ajournées ou au contraire tenues et recommencées, frémissantes pour terminer par une fin presque désolée. D'une plus longue durée, un peu moins ambitieuse que les précédentes, elle use de contrastes progressifs. « L'habilité de Tüür tient à la manière dont il fait la transition entre les éléments disparates et réunit le tout en une unique entité cohérente » [livret].

Un voile de curiosité nous séduit sur ces airs lyriques à la mélodie assumée, à la bulle nordique, au tissage preste, rythmique ou aqueux, pour une écoute sans risque mais qui se déploie avec ce plaisir retrouvé de l'orchestration ample, sans grandiloquence, à l'harmonie retrouvée.


Lux Aeterna
Lux Aeterna
Prix : EUR 18,27

4.0 étoiles sur 5 Une immersion dans l’univers très lent du guitariste, qui se contonne peut-être trop dans cette torpeur compositionnelle éthérée, 26 avril 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Lux Aeterna (CD)
Terje Rypdal est un guitariste de jazz et un compositeur, né en 1947 à Oslo en Norvège.
Multi-instrumentiste, il est un fidèle du label munichois ECM. L’écoute de ce disque et de son interprète notamment fut une pour moi une découverte.
L’album mêle des incursions jazzy des solistes avec un ensemble orchestral, sans coupures entre les cinq plages qui s’écoulent extrêmement lentement et continument. C’est une captation effectuée en direct le 19 juin 2000 lors d’un festival de jazz ; l’album sortit ensuite en 2002, toujours très épuré et élégant chez ce label léché et presque opaque. Outre l’instrumentiste à la guitare, trois autres solistes interviennent par intermittence : un organiste, un trompettiste et une chanteuse soprano. Le « Bergen Chamber Ensemble » dirigé par Kjell Seim les accompagne.

La seule pièce « Lux Aeterna » est décomposée en cinq mouvements du même matériau quasi immobile, très contemplatif qui s’enfonce dans une ambiance ouatée, brumeuse et on ne peut plus éthérée. A l’opposé du jazz que l’on semble devoir écouter d’avance… La courte présentation qu’en effectue le compositeur au sein nous apprend qu’elle fut composée à l’occasion de l’installation nouvelle de l’orgue en l’église de Molde.
Le titre est aussi un hommage admiré à la pièce éponyme de György Ligeti composée en 1966, à l’écart de son « Requiem », qui eut une influence sur le guitariste, avec « l’idée/symbole de la lumière éternelle qui convient à l’aspect édifiant de toute croyance » comme il l’écrit. Le deuxième mouvement évoque un sentiment personnel envers les montagnes de Rongja.

Un lent début superbe jusqu’à la 4ème minute s’étend avant l’intervention paresseuse de la trompette. Comme un clin d’œil aux rythmes romantiques étirés des musiques de film des années 1950 : insouciants, un peu sirupeux, sans contrariétés, chargés de romantisme. Puis une progressive marche organique à pleine force et très lente prend toute la place. Mais que se passe-t-il ? N’est-elle pas trop lente voire un peu molle ?
Enchaine en 2 avec des envolées de guitare électrique amplifiées et limite saturées toujours sur fond romantique étiré onirique, parsemées d’allers et venues d’un rideau de lamelles métalliques à l’effet dégoulinant. Une impression de suspension mais à l’effet un peu facile et presque lassant. Reste les violons de leur rythme vif et rapide qui prennent parfois le dessus de leur courte tension.
Bel égrènement en 3 de notes au xylophone, avant que la mélodie s’enfle et vienne reprendre par la trompette notamment ; mais l’on tombe ensuite dans cet effet trop traînant, monotone et méditatif.
Quelques toux viennent s’immiscer au sein de cet enregistrement public effectué en direct.

Quelques surgissements contemporains plus marqués de l’orgue en 4 surviennent lorsqu’il continue ses explorations sonores.
Une chanteuse intervient en 5 au sein du dernier mouvement intitulé « Lux Aeterna », par de longues tenues chantées et distendues, tellement allongées dans les voyelles que ces deux mots en deviennent presque incompréhensible, tout en restant dans le style déjà à l’œuvre mais malheureusement qui semble déjà avoir été entendu. Retour aussi de la trompette et la guitare dans ses longs accords saturés résonnants puis réapparition de l’ambiance initiale. Nous n’entendrons pas les applaudissement finaux de cette captation.

Comme souvent dans ce genre de pièces, la première écoute se révèlera décevante : l’on se demande où est l’effort compositionnel et sa nécessité. Ma note a évolué de 3 à 4 au fil de l’écoute.

Finalement, au début le charme opère mais qui révèle malheureusement une légère pauvreté relative, où le compositeur souhaitait rester dans un climat très lent, opératique et songeur mais qui montre une relative faiblesse de l’argument, voire une paresse compositionnelle et atone ? Le seul climat voulu et tenu ne fait pas tout et ne peut combler un déficit d’énergie et de passion…
Quelques dissonances viennent parsemer la ligne globale ; comme les grands accords de l’orgue. Ce procédé de lenteur a déjà tellement été employé… Mais c’était le but de son projet. Et alors pris comme tel il devient plus séduisant.

À préciser que la trompette ne se trouve pas envahissante sur ce disque et s’entend même peu. C’est plutôt l’orgue qui capte l’attention par la palette étendue de son jeu, puissant avec ampleur en soliste, plus lent ou classique fondu dans l’ensemble. Mais aussi la guitare qui nous laisse une empreinte de ses longs accords saturés.

Manque-t-il un peu de conviction ou d’esprit inventif compositionnel ? D’autres aimeront ce climat lent et très contemplatif, étiré, allongé, qui se sert du temps étendu et qui a voulu tenter une incursion et un hommage méditatif moins sacré à Ligeti. On aurait souhaité cette immersion plus recherchée, sans tirer à ce point les notes, comme un engourdissement non rempli, une léthargie inerte et non habitée. Une réalisation ECM peut-être un peu trop froide cette fois-ci.

Rien ne vient déplaire ; ou sinon à écouter en fond sonore reposant, allongé et presque immobile dans son étirement. Comme un projet qui se révèle derrière sa première impression, avec la force de la contemplation. Cette musique entre en nous : il faut être dans ce moment et y rentrer. L’on n’est pas aspiré tout de suite.
Question ouverte : la lenteur fonctionne-t-elle toujours en musique ?


Je Me Souviens
Je Me Souviens
Prix : EUR 16,00

5.0 étoiles sur 5 Une belle adaptation du texte de G. Perec par un Sami Frey pédalant constamment et nourri de son timbre si chaud, doux et suave, 25 avril 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Je Me Souviens (CD)
« Je me souviens » est un livre de Georges Perec publié en 1978 aux éditions Hachette. C'est un recueil de bribes de souvenirs rassemblés entre janvier 1973 et juin 1977, échelonnés pour la plupart « entre ma 10e et ma 25e année, c'est-à-dire entre 1946 et 1961 », précise l'auteur. 480 souvenirs sont ainsi nommés et égrenés sous forme de courts fragments, sans être véritablement développés, par le même rituel qui revient immanquablement.
Numérotés, ils commencent tous volontairement par l'expression « Je me souviens » jusqu'au dernier, marqué d'un « À suivre... » final. Courts, de quelques mots à quelques lignes, ces fragments mêlent tous les thèmes : cinéma, objets quotidiens, actualités, souvenirs de famille, d'école, littérature...

Selon la présentation qu'effectue Perec de cet exercice de mémoire, ces je me souviens sont :
« Des petits morceaux de quotidien, des choses que, telle ou telle année, tous les gens d'un même âge ont vues, ont vécues, ont partagées, et qui ensuite ont disparu, ont été oubliées ; elles ne valaient pas la peine de faire partie de l'Histoire, ni de figurer dans les Mémoires des hommes d'État, des alpinistes et des monstres sacrés.
« Il arrive cependant qu'elles reviennent, quelques années plus tard, intactes et minuscules, par hasard ou parce qu'on les a cherchées, un soir, entre amis ; c'était une chose qu'on avait apprise à l'école, un champion, un chanteur ou une starlette qui perçait, un air qui était sur toutes les lèvres, un hold-up ou une catastrophe qui faisait la une des quotidiens, un best-seller, un scandale, un slogan, une habitude, une expression, un vêtement ou une manière de le porter, un geste, ou quelque chose d'encore plus mince, d'inessentiel, de tout à fait banal, miraculeusement arraché à son insignifiance, retrouvé pour un instant, suscitant pendant quelques secondes une impalpable petite nostalgie. »

Sami Frey propose ici son adaptation théâtrale du texte intégral, directement mise en scène et jouée par le comédien en 1989 au Théâtre Mogador, puis en repris en 2003 au Théâtre de la Madeleine. Pour seul décor, on le voyait sur scène pédalant tout du long à bicyclette durant toute la durée de ces petites évocations.
L'on perçoit donc le bruit voulu du pédalage, surtout quand il accélère parfois son débit. Par moments aussi quelques toux du public car cette captation fut enregistrée sur le vif d'une soirée.

Une longue liste, un catalogue de faits et d'énumérations est alors cité mais non développé ; le tout mis bout et sans ordre ou logique, vraisemblablement, comme pour juste ne pas les oublier. Comme une litanie voulue de souvenirs réels ou non, ou un bilan vécu, écrit pour ne pas tomber dans l'oubli.
Beaucoup de souvenirs culturels rejaillissent, cinématographiques, géographiques du monde parisien, des noms de personnalités maintenant oubliés, des slogans des années 50, des faits d'après-guerre, de bouts de chansons, slogans de réclames ; des instantanés de différentes époques mais toujours sans polémique ni opinion ou jugement. Quelques souvenirs personnels de classe à son lycée Claude Bernard. Quelques bons mots aussi.

Une douceur tendre bruisse dans ce catalogue personnel intérieur. L'association peut-être automatique ou non consciente d'idées ou de sujets plus ou moins proches est peut-être employée et roule comme l'acteur sur scène. Une collection de maximes éphémères, courtes, nostalgiques, à la manière de boites à mots que tous les enfants collectionnent pour ne pas les laisser s'enfuir, et que l'écrivain a osé rapprocher et publier, comme un signe révélateur de toutes les idées, perceptions disparates, que l'on retient ou non au gré du temps et qui nous constituent ; instinctivement.

Avec le regard enchanteur postérieur ? Des vagues anciennes de la mémoire viennent refluer leurs effluves savoureuses d'un monde passé et englouti et chacun imagine et revoit ses propres souvenirs et évocations. Certaines sentences sont plus longues que d'autres, d'autres font sourire et rire le public et encore certaines avec leurs délicates saveurs d'enfance redeviennent marquantes.
Une lente musique presque constante et quasi permanente survient doucement et plus ou moins amplifiée : un peu comme une musique minimaliste, mais davantage que celle d'ambiance. Qui dure quasiment tout le long de la représentation. La « mise en espace sonore » comme le précise la pochette fut l'œuvre de Paul Bergel et la musique fut celle de Gavin Bryars.

Pourquoi l'emploi du dispositif de la bicyclette : comme un chemin tracé lors d'une longue balade dans sa mémoire et que l'on suit en se souvenant ?
Sami Frey a toujours cette voix exquise, suave, si chaude, lente, comme un nectar à lentement apprécier et goûter. Il parle et articule bien, surtout dans sa posture permanente de conduite durant toute cette proclamation.

« Je crois me souvenir » que lors de chaque représentation il parcourait environ 5 kms ! Comme s'il roulait sur une route et que toutes ces pensées lui revenaient naturellement en mémoire ; qu'elles étaient intérieures, sans qu'il y pense, son action principale étant de pédaler, sauf qu'ici il les extériorise pour nous.
Chacun imagine et revoit ses propres souvenirs et évocations.

À force et parfois il « mange » le « Je me souviens » en les raccourcissant par une pensée allant trop vite ; à d'autres reprises au contraire il les savoure, avec une mise en bouche gourmande et savamment étirée.
Un parfum exquis ici incarnée dans une voix...
Il cite à un moment J. Claude Brialy qui rapporte dans « Histoire d'O », un court-métrage de la « Nouvelle vague » : « Plus je pédale lentement et moins je vais vite ». Est-ce cette phrase qui a inspiré le dispositif scénique ?
Une belle manière de savourer ce texte, comme l'une des facéties du membre de l'Oulipo...

Un exercice de fragmentation intérieure, avec un effet pudique de ne pas développer de manière trop personnelle ces petites évocations ou sentences. Elles ne sont pas des pensées du quotidien mais ce qu'il reste quand on a tout oublier. La culture populaire avec différentes strates et niveaux de connaissance en somme...
Ou le désir d'essayer de constituer un socle de souvenirs communs ; et à défaut en inventer, en compiler...


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