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Contenu rédigé par David
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Commentaires écrits par
David (Versailles)
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Lighthouse
Lighthouse
Proposé par cinebootik
Prix : EUR 25,00

5.0 étoiles sur 5 Quatre portraits de cordes nordiques : intéressants dans un post-romantisme aéré, cohérent, presque familier mais un peu sage ?, 28 avril 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Lighthouse (CD)
Les projets de label « Finlandia » nous proposent toujours des découvertes musicales du nord de l'Europe (Estonie, Lithuanie). Sur ce projet publié en 2000 se découvre un panorama de 4 compositeurs portant chacun sur une de leurs œuvres : Lepo Sumera (né en 1950), Peteris Vasks (né en 1946), Onuté Narbutaité (née en 1956) et peut-être le plus connu Erkki-Sven Tüür (né en 1959) [voir à ce sujet ma critique de « Conversio », de manière erronée classée chez Gidon Kremer]. Juha Kangas dirige le Ostrobothnian Chamber Orchestra.

Ce panorama dessine un sens de la composition, avec un profil mélodique, des atmosphères assez répétitives et de lentes respirations d'ensemble ponctuées parfois de courtes et brusques agitations.
Une verve orchestrale séduisante avec beaucoup de cordes, qui prédominent. Du répondant, de la couleur, avec un lyrisme marqué mais bien amené. Un peu trop de cordes en 4 peut-être : un adagio romantique et chromatique un peu trop connoté et marqué.

Avec de beaux contours, belles phrases déployés, teintés d'accès de douceur. Rappelle parfois le style d'autres compositeurs (fragments de J.S Bach en 2, Bartók en 5, Górecki en 7, le tout teinté de Lutoslawski et Chostakovitch), étant différent bien sûr, moins méditativement sacré que les pièces d'un Arvo Pärt ; du post-mahlérien en passant par le minimaliste ou la saveur reconnue de BO dans le bon sens.
Des trames qui semblent toutes simples mais attachantes et séduisantes ; sans révolution mais avec des touches bien orchestrées où l'on reste globalement dans le même bain suspendu et attentiste.

Une pièce plus moderne en 6 (de la compositrice Onuté Narbutaité), circulaire, avec différents climats étranges, apaisés ou surgissant du presque néant, revenant un peu à son point de départ.

La 7 employant des figures quasiment répétitives.
Concernant cette dernière : « Lighthouse » [Phare] de Erkki-Sven Tüür (1997). « Le titre fait allusion au commentaire de Stravinski sur certains compositeurs qui sont pour lui tels des phares, avec une influence qui rayonne par-delà les siècles. Pour Tüür, Bach est l'un de ces phares. (...) La pièce communique avec l'époque de Bach de manière plutôt abstraite, sans utiliser ouvertement de citations directes. » [livret].

Après un accord sombre, un lyrisme principalement déployé et développé aux cordes emplit l'espace, dans une sorte de style à la Arvo Pärt ou Henryk Górecki animé, avec des accords parfois rageurs, de lentes progressions sans cesse recommencées, coupées, ajournées ou au contraire tenues et recommencées, frémissantes pour terminer par une fin presque désolée. D'une plus longue durée, un peu moins ambitieuse que les précédentes, elle use de contrastes progressifs. « L'habilité de Tüür tient à la manière dont il fait la transition entre les éléments disparates et réunit le tout en une unique entité cohérente » [livret].

Un voile de curiosité nous séduit sur ces airs lyriques à la mélodie assumée, à la bulle nordique, au tissage preste, rythmique ou aqueux, pour une écoute sans risque mais qui se déploie avec ce plaisir retrouvé de l'orchestration ample, sans grandiloquence, à l'harmonie retrouvée.


Lux Aeterna
Lux Aeterna
Prix : EUR 20,47

4.0 étoiles sur 5 Une immersion dans l’univers très lent du guitariste, qui se contonne peut-être trop dans cette torpeur compositionnelle éthérée, 26 avril 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Lux Aeterna (CD)
Terje Rypdal est un guitariste de jazz et un compositeur, né en 1947 à Oslo en Norvège.
Multi-instrumentiste, il est un fidèle du label munichois ECM. L’écoute de ce disque et de son interprète notamment fut une pour moi une découverte.
L’album mêle des incursions jazzy des solistes avec un ensemble orchestral, sans coupures entre les cinq plages qui s’écoulent extrêmement lentement et continument. C’est une captation effectuée en direct le 19 juin 2000 lors d’un festival de jazz ; l’album sortit ensuite en 2002, toujours très épuré et élégant chez ce label léché et presque opaque. Outre l’instrumentiste à la guitare, trois autres solistes interviennent par intermittence : un organiste, un trompettiste et une chanteuse soprano. Le « Bergen Chamber Ensemble » dirigé par Kjell Seim les accompagne.

La seule pièce « Lux Aeterna » est décomposée en cinq mouvements du même matériau quasi immobile, très contemplatif qui s’enfonce dans une ambiance ouatée, brumeuse et on ne peut plus éthérée. A l’opposé du jazz que l’on semble devoir écouter d’avance… La courte présentation qu’en effectue le compositeur au sein nous apprend qu’elle fut composée à l’occasion de l’installation nouvelle de l’orgue en l’église de Molde.
Le titre est aussi un hommage admiré à la pièce éponyme de György Ligeti composée en 1966, à l’écart de son « Requiem », qui eut une influence sur le guitariste, avec « l’idée/symbole de la lumière éternelle qui convient à l’aspect édifiant de toute croyance » comme il l’écrit. Le deuxième mouvement évoque un sentiment personnel envers les montagnes de Rongja.

Un lent début superbe jusqu’à la 4ème minute s’étend avant l’intervention paresseuse de la trompette. Comme un clin d’œil aux rythmes romantiques étirés des musiques de film des années 1950 : insouciants, un peu sirupeux, sans contrariétés, chargés de romantisme. Puis une progressive marche organique à pleine force et très lente prend toute la place. Mais que se passe-t-il ? N’est-elle pas trop lente voire un peu molle ?
Enchaine en 2 avec des envolées de guitare électrique amplifiées et limite saturées toujours sur fond romantique étiré onirique, parsemées d’allers et venues d’un rideau de lamelles métalliques à l’effet dégoulinant. Une impression de suspension mais à l’effet un peu facile et presque lassant. Reste les violons de leur rythme vif et rapide qui prennent parfois le dessus de leur courte tension.
Bel égrènement en 3 de notes au xylophone, avant que la mélodie s’enfle et vienne reprendre par la trompette notamment ; mais l’on tombe ensuite dans cet effet trop traînant, monotone et méditatif.
Quelques toux viennent s’immiscer au sein de cet enregistrement public effectué en direct.

Quelques surgissements contemporains plus marqués de l’orgue en 4 surviennent lorsqu’il continue ses explorations sonores.
Une chanteuse intervient en 5 au sein du dernier mouvement intitulé « Lux Aeterna », par de longues tenues chantées et distendues, tellement allongées dans les voyelles que ces deux mots en deviennent presque incompréhensible, tout en restant dans le style déjà à l’œuvre mais malheureusement qui semble déjà avoir été entendu. Retour aussi de la trompette et la guitare dans ses longs accords saturés résonnants puis réapparition de l’ambiance initiale. Nous n’entendrons pas les applaudissement finaux de cette captation.

Comme souvent dans ce genre de pièces, la première écoute se révèlera décevante : l’on se demande où est l’effort compositionnel et sa nécessité. Ma note a évolué de 3 à 4 au fil de l’écoute.

Finalement, au début le charme opère mais qui révèle malheureusement une légère pauvreté relative, où le compositeur souhaitait rester dans un climat très lent, opératique et songeur mais qui montre une relative faiblesse de l’argument, voire une paresse compositionnelle et atone ? Le seul climat voulu et tenu ne fait pas tout et ne peut combler un déficit d’énergie et de passion…
Quelques dissonances viennent parsemer la ligne globale ; comme les grands accords de l’orgue. Ce procédé de lenteur a déjà tellement été employé… Mais c’était le but de son projet. Et alors pris comme tel il devient plus séduisant.

À préciser que la trompette ne se trouve pas envahissante sur ce disque et s’entend même peu. C’est plutôt l’orgue qui capte l’attention par la palette étendue de son jeu, puissant avec ampleur en soliste, plus lent ou classique fondu dans l’ensemble. Mais aussi la guitare qui nous laisse une empreinte de ses longs accords saturés.

Manque-t-il un peu de conviction ou d’esprit inventif compositionnel ? D’autres aimeront ce climat lent et très contemplatif, étiré, allongé, qui se sert du temps étendu et qui a voulu tenter une incursion et un hommage méditatif moins sacré à Ligeti. On aurait souhaité cette immersion plus recherchée, sans tirer à ce point les notes, comme un engourdissement non rempli, une léthargie inerte et non habitée. Une réalisation ECM peut-être un peu trop froide cette fois-ci.

Rien ne vient déplaire ; ou sinon à écouter en fond sonore reposant, allongé et presque immobile dans son étirement. Comme un projet qui se révèle derrière sa première impression, avec la force de la contemplation. Cette musique entre en nous : il faut être dans ce moment et y rentrer. L’on n’est pas aspiré tout de suite.
Question ouverte : la lenteur fonctionne-t-elle toujours en musique ?


Je Me Souviens
Je Me Souviens
Prix : EUR 16,00

5.0 étoiles sur 5 Une belle adaptation du texte de G. Perec par un Sami Frey pédalant constamment et nourri de son timbre si chaud, doux et suave, 25 avril 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Je Me Souviens (CD)
« Je me souviens » est un livre de Georges Perec publié en 1978 aux éditions Hachette. C'est un recueil de bribes de souvenirs rassemblés entre janvier 1973 et juin 1977, échelonnés pour la plupart « entre ma 10e et ma 25e année, c'est-à-dire entre 1946 et 1961 », précise l'auteur. 480 souvenirs sont ainsi nommés et égrenés sous forme de courts fragments, sans être véritablement développés, par le même rituel qui revient immanquablement.
Numérotés, ils commencent tous volontairement par l'expression « Je me souviens » jusqu'au dernier, marqué d'un « À suivre' » final. Courts, de quelques mots à quelques lignes, ces fragments mêlent tous les thèmes : cinéma, objets quotidiens, actualités, souvenirs de famille, d'école, littérature'

Selon la présentation qu'effectue Perec de cet exercice de mémoire, ces je me souviens sont :
« Des petits morceaux de quotidien, des choses que, telle ou telle année, tous les gens d'un même âge ont vues, ont vécues, ont partagées, et qui ensuite ont disparu, ont été oubliées ; elles ne valaient pas la peine de faire partie de l'Histoire, ni de figurer dans les Mémoires des hommes d'État, des alpinistes et des monstres sacrés.
« Il arrive cependant qu'elles reviennent, quelques années plus tard, intactes et minuscules, par hasard ou parce qu'on les a cherchées, un soir, entre amis ; c'était une chose qu'on avait apprise à l'école, un champion, un chanteur ou une starlette qui perçait, un air qui était sur toutes les lèvres, un hold-up ou une catastrophe qui faisait la une des quotidiens, un best-seller, un scandale, un slogan, une habitude, une expression, un vêtement ou une manière de le porter, un geste, ou quelque chose d'encore plus mince, d'inessentiel, de tout à fait banal, miraculeusement arraché à son insignifiance, retrouvé pour un instant, suscitant pendant quelques secondes une impalpable petite nostalgie. »

Sami Frey propose ici son adaptation théâtrale du texte intégral, directement mise en scène et jouée par le comédien en 1989 au Théâtre Mogador, puis en repris en 2003 au Théâtre de la Madeleine. Pour seul décor, on le voyait sur scène pédalant tout du long à bicyclette durant toute la durée de ces petites évocations.
L'on perçoit donc le bruit voulu du pédalage, surtout quand il accélère parfois son débit. Par moments aussi quelques toux du public car cette captation fut enregistrée sur le vif d'une soirée.

Une longue liste, un catalogue de faits et d'énumérations est alors cité mais non développé ; le tout mis bout et sans ordre ou logique, vraisemblablement, comme pour juste ne pas les oublier. Comme une litanie voulue de souvenirs réels ou non, ou un bilan vécu, écrit pour ne pas tomber dans l'oubli.
Beaucoup de souvenirs culturels rejaillissent, cinématographiques, géographiques du monde parisien, des noms de personnalités maintenant oubliés, des slogans des années 50, des faits d'après-guerre, de bouts de chansons, slogans de réclames ; des instantanés de différentes époques mais toujours sans polémique ni opinion ou jugement. Quelques souvenirs personnels de classe à son lycée Claude Bernard. Quelques bons mots aussi.

Une douceur tendre bruisse dans ce catalogue personnel intérieur. L'association peut-être automatique ou non consciente d'idées ou de sujets plus ou moins proches est peut-être employée et roule comme l'acteur sur scène. Une collection de maximes éphémères, courtes, nostalgiques, à la manière de boites à mots que tous les enfants collectionnent pour ne pas les laisser s'enfuir, et que l'écrivain a osé rapprocher et publier, comme un signe révélateur de toutes les idées, perceptions disparates, que l'on retient ou non au gré du temps et qui nous constituent ; instinctivement.

Avec le regard enchanteur postérieur ? Des vagues anciennes de la mémoire viennent refluer leurs effluves savoureuses d'un monde passé et englouti et chacun imagine et revoit ses propres souvenirs et évocations. Certaines sentences sont plus longues que d'autres, d'autres font sourire et rire le public et encore certaines avec leurs délicates saveurs d'enfance redeviennent marquantes.
Une lente musique presque constante et quasi permanente survient doucement et plus ou moins amplifiée : un peu comme une musique minimaliste, mais davantage que celle d'ambiance. Qui dure quasiment tout le long de la représentation. La « mise en espace sonore » comme le précise la pochette fut l'œuvre de Paul Bergel et la musique fut celle de Gavin Bryars.

Pourquoi l'emploi du dispositif de la bicyclette : comme un chemin tracé lors d'une longue balade dans sa mémoire et que l'on suit en se souvenant ?
Sami Frey a toujours cette voix exquise, suave, si chaude, lente, comme un nectar à lentement apprécier et goûter. Il parle et articule bien, surtout dans sa posture permanente de conduite durant toute cette proclamation.

« Je crois me souvenir » que lors de chaque représentation il parcourait environ 5 kms ! Comme s'il roulait sur une route et que toutes ces pensées lui revenaient naturellement en mémoire ; qu'elles étaient intérieures, sans qu'il y pense, son action principale étant de pédaler, sauf qu'ici il les extériorise pour nous.
Chacun imagine et revoit ses propres souvenirs et évocations.

À force et parfois il « mange » le « Je me souviens » en les raccourcissant par une pensée allant trop vite ; à d'autres reprises au contraire il les savoure, avec une mise en bouche gourmande et savamment étirée.
Un parfum exquis ici incarnée dans une voix'
Il cite à un moment J. Claude Brialy qui rapporte dans « Histoire d'O », un court-métrage de la « Nouvelle vague » : « Plus je pédale lentement et moins je vais vite ». Est-ce cette phrase qui a inspiré le dispositif scénique ?
Une belle manière de savourer ce texte, comme l'une des facéties du membre de l'Oulipo'

Un exercice de fragmentation intérieure, avec un effet pudique de ne pas développer de manière trop personnelle ces petites évocations ou sentences. Elles ne sont pas des pensées du quotidien mais ce qu'il reste quand on a tout oublier. La culture populaire avec différentes strates et niveaux de connaissance en somme'
Ou le désir d'essayer de constituer un socle de souvenirs communs ; et à défaut en inventer, en compiler'


Les Invisibles
Les Invisibles
DVD ~ Laurent Lucas

4.0 étoiles sur 5 Un film intimiste centré sur la création d’un projet de musique électronique, avec l'intrigue d’un érotisme lyrique mystérieux.., 22 avril 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Invisibles (DVD)
« Les invisibles » est le premier long-métrage intimiste d'1h20 du critique et journaliste de cinéma Thierry Jousse réalisé en 2005, qui évolue (forcément) dans le milieu de la musique, et un peu en huis-clos. Car la musique et le cinéma sont ses deux passions évidentes.
En effet, il fut rédacteur en chef des Cahiers du cinéma entre 1991 et 1996, puis pénétra dans le domaine cinématographique, écrivant et réalisant son premier court-métrage à partir de 1998.
« Le jour de Noël » figure justement en bonus au sein du DVD, filmant des musiciens en train d'improviser dans un format en noir et blanc, entièrement dédiés à leur art en forme d'hommage envers leur recherche. Le personnage principal est déjà Noël Akchoté que l'on retrouvera en musicien secondaire dans le film. Un court-métrage attachant, soigné bien que semblant aussi un peu improvisé.
Noël Akchoté résume que « Thierry est fasciné par les musiciens et moi par l'image, par le cinéma. Nous avons fini par mettre en forme ces deux passions ». Chacun par un univers autre que le sien. Complémentaire peut-être ?

Journaliste musical au sein de différentes revues (« Les Inrockuptibles », « Jazz Magazine ») et auteur de biographies musicales et ouvrages centrés sur une personnalité du monde du 7ème art, il fut aussi producteur d'émissions de radio au sein de Radio-France et participa un temps à l'émission légendaire de critiques « Le masque et la plume »
Le cinéma fut « le prolongement de ce qu'il avait effectué avant » révèle-t-il dans le petit livret accompagnateur. Ce présent film fut présenté à « La semaine de la critique » de Cannes 2005.

Il est centré sur un jeune musicien joué par Laurent Lucas, par moments un peu fainéant et lève-tard, capteur qui sons pour trouver la matière d'un album de musique électronique, qui passe par un réseau amplificateur afin d'enregistrer les voix de ses voisins et disposer ainsi d'une matière sonore'

Il aime écouter ses sons enregistrés, même lors de ses ébats avec une belle inconnue trouvée par hasard sur un réseau commun de discussions téléphoniques typiques des années 1980 et multiples rencontres simultanées et qu'il verra à chaque reprise dans le noir, en devenant amoureux et en manque obsessionnel de sa présence. Il a besoin d'écouter après coup ses ébats afin de revoir les scènes et ainsi prolonger le plaisir. Une sorte « d'obsessionnel du son » qui reste dans sa bulle. C'est aussi sa vocation professionnelle.

Sa musique additionne de multiples bribes de sons concrets-réels auxquels il donne un certain investissement, et il forme un duo avec un guitariste classique, Noël Akchoté. On entre avec plaisir et curiosité dans cet univers de la création musicale, qui additionne les inspirations du moment mâtinés des humeurs instantanées, préoccupations personnelles, secrets intimes.

Avec un rôle pour un Lio presque méconnaissable et convaincante en belle rousse, avec une diction posée. Michael Lonsdale en gardien d'immeuble un peu inquisiteur et sans-gêne, toujours sous son air très doux et amateur jazzique. Une courte apparition de Philippe Katerine en preneur de son et ici très sobre et non déjantée'

Où l'on fumait encore dans les lieux publics et où les vinyles n'étaient pas incongrus.
Où l'on découvre ensuite un subterfuge, avec un déroulé plus énigmatique. La fin finit avec moins les mystères retnus avec plaisir jusque là.

Un film intimiste et doux avec une belle photo, centré sur la musique électronique qui infuse et où l'audition est l'un des personnages centraux de l'intrigue : les sons, les voix téléphoniques d'un réseau dont celle envoutante de l'héroïne, les sons concrets du dehors ou que le musicien créer, influent le climat du film, différent par son traitement.
Avec un côté fantasmé (une « fable » que cite directement le réalisateur), décalé avec les rencontres qui surviennent, l'érotisme sans lumière et presque dans le noir, l'imaginaire à l'œuvre, la création en train de se faire. Celle-ci paraît à la fois facile mais également longue et laborieuse, accumulant de petites bribes afin d'être mixées dans un tout à portée originale, inattendue voire décalée.
Un film avec une ambition mesurée et que l'on doit prendre ainsi, assez rythmé et avec des surprises ; parfois de belles scènes amenées mais aussi un trop de modestie.

Quelques bonus sont proposés en addition du film : essentiellement des conversations entre les fabricants du film et les acteurs principaux.

Thierry Jousse précise dans un entretien filmé au restaurant du Théâtre du Rond-point à Paris en compagnie du musicien réel Noël Akchoté qui joue aussi dans le film, que ses films sont une manière de filmer l'univers musical, « n'étant pas musicien moi-même et [qu'il aurait] bien aimé l'être ». Il écrit et filme donc par procuration, afin de rester dans cet univers privilégié comme un monde précieux et essentiel pour lui.
Il s'appuie sur le fait de « faire de la musique avec du son », inspiré de la vision de « Pierrot le Fou » de J. Luc Godard qui l'a marqué, « avec un travail sur les voix, le montage et le brouillage sur le son, rarement trouvé à ce niveau là dans le cinéma ». Il reste véritablement à l'aise pour s'exprimer devant la caméra, avec une élocution rapide et sûre.

Le réalisateur voulait aussi présenter l'histoire d'un morceau qui se construit devant nous. L'épisode de le rencontre était de le « sortir de son autisme électronique ».
De son point de vue, l'acteur Laurent Lucas s'est totalement investi et avec véracité dans la recherche du son, attrapant les gestes réels d'un improvisateur après assimilation des instructions données.
« Je voulais insister, au travers de ce film, sur l'effet mental que peut parfois produire la musique, à la fois sur ce personnage qui est en pleine quête obsessionnelle mais également sur le spectateur. Je souhaitais qu'il ressente physiquement les sonorités du film, qu'il se sente envahi par de réelles sensations, une atmosphère sonore, qu'elle le dérange ou l'envoûte. Ce qui m'intéressait c'était d'aller plus en profondeur dans le rapport de la musique avec l'image. Il faut faire plus confiance aux tonalités sonores pour créer un état psychologique. »

La musique électronique est pour Thierry Jousse « assez cinématographique, portant un imaginaire mental, de rêverie et de fantasme ». « Le son est aussi une narration ».

Lio a avancé que les 3 principaux personnages avaient aussi des voix « très spéciales » et que le réalisateur les avaient aussi consciemment engagés pour cette raison musicale. Elle écrit aussi que « la musique habite vraiment chaque image ».
Thierry Jousse réalisera son second long métrage « Je suis un no man's land » en 2009 avec notamment Philippe Katerine, Jacky Berroyer, Judith Chemla, Jean Michel Portal, Christian Waldner, Jacques Fornier, Julie Depardieu, Aurore Clément : donc toujours avec des musiciens.


Musique Pour Piano
Musique Pour Piano
Prix : EUR 10,06

4.0 étoiles sur 5 Un univers non révolutionnaire plutôt lent, peut-être un peu facile de ses effets, distillant ses gouttes tombantes de poison, 18 avril 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Musique Pour Piano (CD)
Le pianiste des Pays-Bas Ralph van Raat qui office exclusivement sur ce disque sorti en 2008 a écrit le livret de 2 pages. Il précise que Sir John Tavener (né en 1944 et décédé fin 2013 et anobli Chevalier par le Reine en 2000) est un compositeur dont les pièces sont issues du même label que celui des Beatles (« Apple »), qu’il est celui qui écrivit l’hymne à l’occasion des funérailles de la Princesse Diana et qu’il composa aussi pour la pop-star Björk.
Ralph van Raat a notamment étudié au conservatoire d’Amsterdam et effectué des études musicologiques au sein de la même ville. Il conclut ses deux cycles par deux distinctions reçues en 2002 et l’année suivante. Il se perfectionna notamment aussi avec Claude Helffer à Paris et Pierre-Laurent Aimard à Cologne. Il a reçu de nombreux pour la qualité remarquée de ses interprétations. Il est un « artiste Steinway » depuis 2003.

Globalement un même parti-pris anime les pièces de ce disque : un climat plutôt lent et même calme, ponctué de brèves cassures intenses plus marquées, puis un retour à cette léthargie initiale dans un cycle un peu cyclique, d’espace élargi, plaisante sans être trop facile. Une grande cohérence anime les pièces de ce disque, malgré deux décennies séparant les plus éloignées dans le temps. Un climat presqu’épuré et dépouillé, non cérébral, avec des figures à l’affut de l’infime que l’on découvre.
« Avec Tavener écrivant pour le piano, l’instrument est transformé de façon individuelle et saisissante dans un mode sonore de cloches sonnantes, phrases mélodiques fortement lyriques, et de manière récurrente, en nuages de son de tonnerre, confrontant le silence omniprésent de la manière la plus forte possible » écrivit le pianiste dans le livret.

Courte intro en 1 intitulée « Zodiacs » (1997), avec un miroitement mouillé, des figures très rapides sans être dissonantes entourées de lentes diminutions. On a du mal à appréhender cet univers à ce début. Il faut en découvrir davantage et poursuivre l’écoute… ce que ce disque nous offre. Elle fut écrite pour la naissance de sa seconde fille, « usant des tons du concept de l’ancienne Grèce de l’Harmonie des sphères » nous apprend le livret.

« Ypakoë » (1997) : un peu de J.S Bach revisité avec de nombreux trilles, dissonances et avec l’apport du langage du compositeur ; avec des accélérations et replis, quelques effets du mode mineur, des cellules chromatiques, un lent début et des inspirations parfois plus tendres et des figures que l’on semble reconnaître. Un hommage ? « Elle est un méditation contemplative sur la Passion et la Résurrection du Christ » continue le livret.

« Palin » (1977) : pièce la plus ancienne du disque, plus sombre avec des grappes sonores égrenées et un poison lentement distillé dans les aigus par la main droite, alors que la gauche officie de manière inflexible. Une atmosphère s’y dégage, scintillante, entêtante, insistante dans les aigus ; avec quelques effets un peu faciles et des clignotements sonores, limite entêtants, qui sont forcément plus audibles dans ce registre. On repère l’usage dissonant de la série de 12 tons de la gamme entrecoupée de plage de repos.
Le pianiste rappelle les instructions du compositeur de jouer la pièce « comme le tonnerre », « ondulations rapides », « cloches se balançant en mer »… Pour ce dernier, la seconde partie est le miroir de la première, ajoutée d’une coda.

« Mandoodles » (1982): une lenteur qui s’oppose à une brusque figure qui émerge, puis s’arrête aussitôt, suspendant le temps. Les tous derniers accords font penser à un début de Chopin, le début à Ravel… et parfois un esprit à la Arvo Pärt, comme aussi la pièce suivante, qui s’enchaîne parfaitement à celle-ci. Cette pièce aurait été composée à la suite d’un évènement privé du compositeur : la perte de ses chats, l’un baptisé Mandu. Le pianiste y signale l’influence de pièces plus modernes comme des glissandi et clusters. Ces effets ne sont pas fortement marqués ni perçus par l'auditeur.

« Pratirüpa » (2003) : pièce la plus longue, ambitieuse et la plus récente du disque. Longuement lente comme maintenant nous y habitue le compositeur, avec un refrain qui revient parfois se rappeler après des emportements plus conséquents (« rompant les silences aussi fort que possible »), avec des relents de C. Debussy dans une petite cellule d’écho à la manière d’une comptine ; un point de « ralliement » comme un retour au même point de départ comme un rituel répété, afin de mieux répartir aussitôt en gammes. Elle finit très doucement, tendre et apaisée dans un long accord dont la résonnance est laissée complètement libre. Une longue composition dont les figures tournoyantes et revenant par cycles impriment forcément l’attention de l’auditeur. Son titre, signifiant « Réflexion », est issu du sanscrit.

« In memory of two cats » (1986) : très tendre comme une berceuse centrée sur un enfant qui plonge dans le sommeil. Elle fait sûrement référence aux animaux de compagnie privilégiés qu’il eut à ses côtés.

Malgré les plages successives composées avec des écarts temporels, une grande unité est déployée dans cette ambiance anesthésiante et lentement distillée et apaisée. Le pianiste joue au mieux les partitions, avec une veine inventive un peu répétée qui peut entraîner ce sentiment mitigé.

Une plongée dans un esprit finement ciselé, au fin toucher dentelé et délicat de Ralph van Raat, avec un éclairage intéressant sans un côté sacré trop expressif, d’une verve plutôt intime et délicate et en tout cas souvent contemplative, ponctuée de passages plus vigoureux sans dissonances marquées ; comme une clarté douce, qui s’apprivoise assez facilement. Il ne faut pas en attendre un éclat très révolutionnaire mais une présence incarnée par son interprète.
Ralph van Raat insiste sur le côté philosophique et spirituel de la musique de J. Tavener : il n’est pas si essentiel de le savoir pour entrer dans cette musique et en ressentir les harmonies et la contemplation apaisée et tranquille.


Missa Salisburgensis
Missa Salisburgensis
Prix : EUR 18,04

5.0 étoiles sur 5 Une pompe grandiose merveilleusement et généreusement offerte par 2 ensembles de référence dans ce répertoire baroque, 15 avril 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Missa Salisburgensis (CD)
Étonnant ce projet : « Musica Antiqua Köln » de Reinhard Goebel et « Gabrieli Consort & Players » de Paul McCreesh réunis dans cette grande « Missa Salisburgensis » [Messe de Salzbourg] de Heinrich Ignaz Franz Biber (1644-1704) pour 53 voix (!), enregistrée en 1997 et donnée originalement le 18 octobre 1682.

Les deux chefs s'expriment au sein du livret. R. Goebel rappelle d'abord que cette messe fut certainement « la cérémonie sans doute la plus importante que Salzbourg ait jamais fêtée au cours de son histoire », à l'occasion des 1100 années de son archevêché en 1682. Étonnement le nom de son compositeur n'est pas définie avec certitude : « on peut deviner l'auteur, mais pas le désigner avec une certitude absolue », car les éventuels participants « étaient prêts à se mettre en retrait « ad majorem dei gloriam », pour l'honneur de l'archevêché et de saint Rupert. » Il fallait placer Salzbourg au même rang que Jérusalem !

Du coup le style personnel de Biber ne ressort pas si précisément ; « l'énorme acoustique de la cathédrale de Salzbourg nécessitait d'ailleurs un style qui évite les extravagances harmoniques et les raffinements ornementaux ». Les couches inférieures et supérieures de la société se trouvèrent ainsi réunies pour en admirer le message, le symbole et l'allégorie. Et il fallut en être, pour décrire avec émerveillement le rite.
L'ensemble de l'effectif se répartit sur 6 chœurs, disposés dans l'édifice en grand cercle, renforçant l'ampleur et l'acoustique qui raisonne en écho.

L'on savoure les bons mouvements d'ensemble, d'osmose, de pompe grandiose et magnificence spectaculaire renforcée par l'ampleur de l'effectif orchestral, séparée des soli plus intérieurs et intimes en même temps que plus douloureux. Un formidable entrain communicatif, surtout en 2 et 3 lors des Kyrie et Gloria flamboyants, et globalement aussi lors des Credo et Sanctus - Benedictus. Les morceaux et sonates intermédiaires sont des séparations plus intérieures aux cordes. Avec au contraire un apaisement presque tendre pour l'Agnus Dei.
Paul McCreesh dirigea l'œuvre, et Reinhard Goebel officia au violon au sein du 6ème chœur.
Merveilleuses trompettes baroques (« de la cour, symboles du pouvoir temporel de l'archevêché » d'après R. Goebel), placées très loin, à l'extrémité de l'église, insufflant la majesté d'une marche, rompant la grâce des violons et des instants plus recueillis. Les timbales quant à elles « font le lien entre la terre et le ciel » (toujours R. G).

Mais la critique principale porte sur cette réverbération globale marquée - surtout perceptible lors du premier morceau d'ouverture où les 2 ensembles se répondent à tour de rôle dans un effet de balance, moins ensuite -, et surtout aussi avec une différence de volume entre l'expression et l'alternance de séquences de soli seuls, ou avec un petit ensemble d'instrumentistes, ou l'ensemble des solistes et celle des instrumentistes en tutti. On doit donc souvent ajuster le volume entre les plages. Les voutes de l'édifice sont trop vastes et l'enregistrement en pâtit. Manque-t-il peut-être un judicieux effet de balance : le micro devait être calé sur l'intensité la plus forte : aussi le rendu est trop atténué sur les nuances plus marquées et les éclats plus faibles. L'équilibre aurait été à rétablir.

De ci de là aussi quelques petites faiblesses d'attaque, tenues un peu tremblantes, vocalises plus ou moins rapides et légères, timbres différents des solistes entre eux, mais sans conséquence sur l'impression globale ressentie. Toujours les contre-ténors plus faibles dans leur volume sonore et les ténors les moins bons au chant...

P. McCreesh assure quant à lui que « la Missa Salisburgensis surplombe l'univers de la musique polychorale et représente le « nec plus ultra » dans l'expression sonore et spatiale du pouvoir divin et politique ».
Son style oscille entre la fougue d'un Haendel, la rigueur droite d'un M. E Charpentier et la magie italienne et chromatique de Monteverdi, chantant et alerte. Forcément à écouter pour sa rareté d'exécution et ici son rendu maîtrisé. Des motets harmonieux de l’esprit complètent ce programme.
Ce disque a notamment reçu un « 4f » de Télérama, un « 10 » de Répertoire et fut « Recommandé » par le magazine Classica.


Paranormal
Paranormal
Prix : EUR 11,39

4.0 étoiles sur 5 Un vivier de petites figures musicales utiles pour un effet étrange ou plus mystérieux : un peu frustrant par leur brève durée, 14 avril 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Paranormal (Téléchargement MP3)
Ce disque de la collection Cezame proposé en 2011 regroupe dans une volonté encyclopédique 38 petites mélodies de multiples compositeurs et petites formations différentes, voulant illustrer ou en rapport avec l'esprit « paranormal » ou « fantastique » comme il est mentionné sur la pochette. Les plages sont regroupées de manière progressive en 5 catégories : « Fantômes dans la maison de poupée », « Mystérieux », « Frayeur », « Cœur des ténèbres » et « Esprit inquiet ».

À servir comme petites plages illustratives au sein de documentaires ? Leur manque-t-il l'image ou un autre support qui les servirait ? Chacune décline les mêmes renseignements : ses titre et durée, le nom du compositeur, leur « fonction » parfois un peu pompeuse (Ensorcelant et cyclique, sombre et tragique, grotesque et insolite...) et l'effectif employé : du piano solo à l'orchestre symphonique.

De réalisation soignée, elles sont parfois trop concises et leur écoute se montre frustrante dans leur développement, n'excédant pas 3'20 pour la plus longue et 0'44 pour la plus courte, la majorité oscillant autour de 2 minutes. C'est dire que l'on plonge rapidement au cœur de leur discours.

Celles de première partie évoquent allègrement l'esprit des compositeurs Yann Tiersen ou Bruno Coulais, à la manière de boite à musiques charmantes, comme des petites miniatures attachantes et séduisantes, bien que composées par de multiples mains. Du même coup la densité se déploie.
Après ces figures légères, changement d'atmosphère : une tension qui monte légèrement au cours de la 2ème partie mais sans un sentiment d'angoisse : juste de légère inquiétude.
Puis la 3ème catégorie : plus lentes, distillant mieux le malaise ou le début d'angoisse.
Et ensuite l'ascension progresse dans le sentiment d'angoisse, d'inquiétude ou de crainte.

Des images nous viennent, évanescentes. Mais peut-on vraiment illustrer la peur ? Ou ne sont-ce pas des « recettes » employées ?

Traditionnellement pour cette peur voulue être ressentie au cinéma, l'ondulation d'un unisson de cordes et les entrailles graves du piano servent d'illustrations à éprouver ce sentiment, dans une progression sonore. Ici beaucoup d'instruments de l'orchestre « traditionnel » sont tour à tour employés, seules quelques-unes ont recours au traitement électro-acoustique ou électronique. Un seul effet de voix est employé en 33, et un autre effet déformé en 34.

Aurait-on pu en employer pour « Psychose », « Shinning » ou « Dracula » ? Non car l'on ne refait pas l'histoire. Mais pourquoi pas les suivants...
Un disque « utile » ou fonctionnel, à utiliser comme une « boite à outils » par ces petites figurines illustratives, ou comme un exercice de style ou de composition à la demande ?
Des bribes de discours reflétant une ambiance à défaut de distiller l'angoisse ; plutôt l'étrangeté et le mystère. Certaines sont néanmoins intéressantes dans ce catalogue, bien que l'on a parfois à peine le temps de s'y lover ou installer.

La citation de Paul Eluard s'inscrit à propos au dos : « Il y a un autre monde, mais il est dans celui-là ».


Harpe en Bretagne - L'Encre d'argent
Harpe en Bretagne - L'Encre d'argent
Proposé par Cultyfix
Prix : EUR 15,00

3.0 étoiles sur 5 Des pièces inspirées de traditionnels bretons proposées principalement à la harpe : honnêtes mais l’on s’y ennuie un peu…, 13 avril 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Harpe en Bretagne - L'Encre d'argent (CD)
Ce disque du harpiste celtique Dominig Boucheau paru en 2001 propose 20 miniatures musicales ' comprises principalement entre 2 et 4', une seule durant 6'-, toujours interprétées par la harpe et tour à tour avec l'adjonction d'autres musiciens (seconde harpe, violon, bombarde, percussions') et même de la belle voix de Anne Auffret, le tout dans un esprit intimiste, doux et tranquille.

Le livret [bilingue breton-français] nous rappelle que le soliste obtint un premier prix de harpe en 1978 au CNSMDP de Paris. Sa rencontre de musiciens traditionnels de Bretagne et d'Irlande lui a ouvert les portes de ce « monde musical nouveau » [comme précisé sur sa notice]. « Depuis plusieurs années, il fait des recherches sur l'adaptation de la musique bretonne à la harpe, instrument qui n'est plus joué en Bretagne depuis le Moyen-âge ». Il y ajoute aussi des incursions plus contemporaines, tournant autour de ce patrimoine culturel breton.

Ici l'on reconnaît sans peine qu'il joue bien et que rien n'est à critiquer musicalement mais l'on s'y ennuie un peu' bien que parfois l'on semble reconnaître des airs déjà entendus.
Un bon savoir-faire est à l'œuvre mais on ressent l'ennui : à cause de la sonorité de la harpe en solo qui paraît un peu « aride », ou le même style d'airs bâtis dans le même esprit ? Ou un côté trop traditionnel ?

Les seules insertions intéressantes sont ses compositions originales et davantage surprenantes, qui relèvent subitement notre attention (2, 19), mais dont le format est même trop court (simplement 2 minutes). Comme il est mentionné au sein du livret sur cette dernière composition, « une des restrictions de la harpe est son impossibilité à maintenir longtemps un son ; il est fait usage ici d'une pince à linge mise en action par la vibration d'une corde' ».

Le livret revient avec intérêt sur toute la tradition orale du patrimoine des chants et pièces bretonnes, par l'indispensable travail de collecte régionale qu'il fallut effectuer « avec les anciens ». Et il revient également sur la présence attestée de la harpe au XIème siècle, à la Cour des Ducs de Bretagne. La harpe avait justement pour fonction d'accompagner ces lais bretons. De nos jours, et par notamment par « l'enthousiasme international suscité par Alan Stivell », la harpe celtique est de nouveau enseignée et jouée.

Peut-être eût-il fallu insérer d'autres pièces plus originales, dans un format plus long, ou varier davantage les rythmes et les effectifs. Il y manque la fougue emportée d'une douce folie' Car la grande majorité des compositions sont des reprises de pièces traditionnelles du répertoire breton et/ou arrangées librement par le soliste.

La 3ème pièce est un chant de femme en breton, sous forme d'une longue plainte en de multiples couplets : les « lais bretons » comme le développe longuement par écrit et avec intérêt le soliste. L'accompagnement cristallin de la harpe confère ce sentiment nostalgique qui est la marque de ce répertoire.
La 5ème pièce donne l'impression de s'inspirer de « Greenleeves ». Un esprit de belle danse irlandaise s'exécute en 13, avec l'ajout du violon.
Même la dernière exploration qui regroupe l'ensemble « Telenn Kemper » composé de 10 harpes est légèrement ennuyeuse dans son développement similaire, trop attendu et un peu trop uniforme.

Un disque trop propre et finalement bien lisse, qui manque d'audace. Mais peut-être n'était-ce pas le propos et le souhait du soliste. D'autres auditeurs sauront ils l'écouter jusqu'au bout ?


Médecin de campagne
Médecin de campagne
DVD ~ François Cluzet
Prix : EUR 14,99

6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Se dévouer aux autres comme un sacerdoce : le 3ème film de ce médecin-cinéaste est toujours convaincant dans son hommage, 12 avril 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Médecin de campagne (DVD)
Deux ans après « Hippocrate », l'ancien médecin et maintenant cinéaste Thomas Lilti nous propose son nouveau long métrage « Médecin de campagne », chroniques d'un médecin de la campagne de l'Eure (pas si loin de Paris et à la limite de la Normandie comme il l'est rappelé à un moment) centrée autour du village de Chassy, qui va accueillir une médecin à la suite d'une raison de santé et ainsi venir l'épauler.

L'on se trouve donc plongé dans cet univers, où le médecin représente bien plus qu'une simple fonction. Il « donne de sa personne » pour se rendre constamment en voiture à des consultations chez l'habitant (un médecin maintenant « à l'ancienne » qui représente davantage le passé du cinéaste que la réalité actuelle ?) dans toutes les conditions possibles : à la ferme, chez les patients, en plus de ses consultations à son cabinet.

Immanquablement des relations plus personnelles se sont au fur et à mesure tissées avec ses habitants : usant du tutoiement avec ses patients, c'est l'un des personnages du département que l'on connaît le plus.
Forcément, comme cette nouvelle venue lui est imposée ; il rechignera quelque peu au début et fera « bizuter » amicalement sa confrère. Mais contre son attente, elle se révélera très volontaire et son implication entière se soldera avec succès. On l'aperçoit à peine craquer au début, sans suite. D'ailleurs on la voit fumer au début - pour apaiser son stress - et non plus ensuite. Comme une pulsion dépassée sur soi-même.

La « chasse gardée » de patients du médecin de proximité à la mallette noire se trouvera contrariée mais devra s'y habituer... Peut-on soi-même modifier ses comportements par nos habitudes ? Parfois y être forcé par un autre nous change.
L'on assiste donc à toute une suite de scénettes rondement filmées, sans temps morts autour de la fonction de ce « saint » des temps modernes, à travers cette vie de campagne où les évènements et petites actions de tel ou tel finissent par se savoir.

François Cluzet (au beau sourire quand il le veut) joue le médecin et la nouvelle venue incarnée par Marianne Denicourt est également très crédible, ses charme et sourire en plus. Où l'on s'apercevra aussi que cette praticienne se montrera davantage psychologue que son confrère sur certains points.
Ils s'apprivoisent mutuellement, presque tendrement : ils se laisseront peu emporter par leurs émotions négatives.
Immanquablement des frôlements entre eux seront esquissés progressivement à plusieurs reprises mais sans parvenir à ce que les deux l'acceptent au même moment ; par pudeur, pour ne pas venir perturber leur manège professionnel et ne pas mélanger les sentiments ? Ils manqueront d'audace, même si à tour de rôle des plans nous montrent un morceau de peau ou une main délicate posée.

« Rétif aux changements » pourrait-on définir le rôle de F. Cluzet, bien ancré dans ses habitudes : peut-être comme cette population dont il est peut-être issu ou qu'il a découverte.

Une belle scène de danse country vient contrer les appels et visites omniprésentes dans la vie de médecins, où F. Cluzet restera assis et ne prendra pas part à la danse, contrairement à sa confrère qui se sentira acceptée. Toujours l'effet cette pudeur comme compagne.
Vraisemblablement séparé de son épouse et de son fils vivant à Paris, ce dernier rend visite à son père ; mais jamais nous n'apercevrons son ancienne épouse.

Deux moments particulièrement émouvants viennent s'immiscer sans qu'on les devine : les derniers jours d'un homme âgé de 92 années baptisé Felix, qui représente une figure paternelle déclinante que tout un chacun aurait pu connaître ou rencontrer dans son entourage, qui donnera lieu à un retour au domicile que l'on devine ; et la scène du slow général de l'assemblée sur « Alleluia » de Leonard Cohen, poignante à vous tirer des larmes, sans voyeurisme ni autre effet déplacé.

La manière de filmer du réalisateur est toujours vive, comme une caméra à l'épaule, donnant lieu à des tressautements de l'image, pour être au plus près des visages et de l'action.
Peut-être quelques traits un peu forcés mais les situations dépeintes sont vraisemblables.

Les acteurs sont toujours justes dans cette communauté qui sait s'unir lors des drames ou évènements de la vie.
Des scènes de nature, souvent dynamiquement filmées du mouvement d'une voiture nous montrent des paysages tout simples, comme le soleil couchant, les bois lors d'une chasse ; en opposition (un peu caricaturale mais toujours possible) de l'hôpital hostile de la ville filmée près du quartier de La Défense.

Ce film, qui n'est pas un simple documentaire mais bien une œuvre de fiction très réaliste avec peu de romanesque, laisse percer et aussi révéler la solitude des médecins, où la praticienne doit à un moment donné prendre une décision importante toute seule. Et la solitude du soir, après les longues journées, nous présente les deux héros que l'on sent un peu cabossés dans leur passé, sans véritable occupation personnelle comme un loisir, la lecture ou un refuge musical. Ils sont respectivement seuls chez eux, justement en attente du coup de fil d'une urgence. Travaillent-ils autant et l'acceptent-ils en compensation d'une vie à entièrement combler sans autre but ? Comme une vocation trop grande pour autre chose ?
Leur investissement est-il démesuré ? Comme il est parfois socialement valorisé d'être débordé... Attention à ne pas se recroqueviller sur soi.
À chaque pause repas, le réalisateur nous montre F. Cluzet « manger sur le pouce » d'un plat rapide alors qu'il se trouve chez lui. La solitude le remplit une fois rentré, loin des autres.

Le secret tient aussi une importance, comme le non-dit. Parfois est-il trop lourd à porter ; et use-t-il davantage les nerfs et l'esprit ? Lui est expert sur ce point.
Les aidants doivent aussi accepter d'être aidés parfois, et seule la conduite mélancolique sur les routes à travers la campagne est un peu un refuge, une pause recherchée entre deux rendez-vous.

Il faut prendre ce film pour ce qu'il est : savoir montrer avec réalisme le travail quotidien du médecin de campagne qui essaie un peu de réparer les vivants. Avec aussi la désertification des campagnes abordée, mais en filigrane, sans appui trop saillant. Comme le cas d'une maison médicalisée, trop liée à une opération immobilière et qui ne sera pas votée par le conseil municipal. C'est bien son exercice quotidien qui intéresse le réalisateur et qu'il nous transmet, avec le grand pouvoir thérapeutique de l'écoute. Avec une entraide (rêvée) qui fait du (le) bien, le plus ancré professionnellement ne devenant pas jaloux de la nouvelle venue et son acceptation des patients et habitants.

Un charme indéniable s'en exhale, où la justesse colle aux faits, sans sophistication et avec simplicité. Une vision un peu idyllique du médecin ? Comme peut-être également quelques bonnes issues à des évènements qui auraient pu mal tourner et quelques cas particuliers pointés ou poussés (comme le presque autisme de la guerre 1914-18) mais reconnaissons que l'expérience de Thomas Hilti le sert admirablement ici.
Un film plus grand que son humilité apparente, non ostentatoire, racontant avec une véracité très juste sans aucun voyeurisme la réparation des petits et grands drames quotidiens.

Le titre est vraisemblablement une référence avouée mais d'un autre temps au récit de H. de Balzac.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Apr 13, 2016 11:41 PM MEST


24 heures de la vie d'une femme (en rupture chez l'éditeur)
24 heures de la vie d'une femme (en rupture chez l'éditeur)
par Stefan Zweig
Edition : CD
Prix : EUR 27,30

5.0 étoiles sur 5 I. Carré lit avec sa sensibilité habituelle la nouvelle de S. Zweig : toujours une si belle manière d’entrer dans son univers, 12 avril 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : 24 heures de la vie d'une femme (en rupture chez l'éditeur) (CD)
« Ecouter un livre est une autre façon de lire. C'est le plaisir de la rencontre avec un texte, par la magie de la lecture à voix haute » précise la brochure papier des éditions « Ecoutez lire » de Gallimard.

Isabelle Carré lit le texte intégral dans cette belle édition THELEME, en 3 CD, de ce texte de Stefan Zweig, auteur majeur du XXème siècle et principalement nouvelliste n’a écrit qu’un seul roman, « La pitié dangereuse », qui n’est pas le titre qui nous concerne.

L'action se situe à Monte Carlo, sur la Côte d'Azur, au début du XXème siècle. Une petite pension de famille bourgeoise de 7 sociétaires vit la nouvelle d'un scandale apparu vis-à-vis du comportement d'une honnête dame, qui émaille la communauté. Seul le narrateur tente de comprendre la raison de cet agissement avec l'aide d'une dame d'un âge respectable, d'une allure élégante et réservée, les autres sociétaires étant sortis de leur indifférence, insouciance et amabilité en pleine véhémence pour la condamner. Celle-ci se remémorera justement alors un épisode presqu'oublié de sa vie, en rapport avec cet acte, et qui dura exactement 24 heures (« Ce jour unique dans ma vie » précise-t-elle à la fin du récit où « cette aventure a ranimé chez elle des feux mal éteints » stipule avec justesse la 4ème du CD). Le narrateur sera donc pris pour confident par ce seul jour qui illumina la vie de cette dame inconnue, réservée et charmante, devenant à son tour narratrice.

Le secret d'un épisode heureux puis déçu mais trop rare, qui marquera l'existence d'une empreinte rouge et vive, toute teintée d'amertume et de regret. Elle revient sur « la salle où elle a rencontré sa destinée », entraînant « une tempête de 24 heures qui avait déchainé les sentiments les plus insensés que mon âme en était brisée pour toujours ».
Les bonnes intentions imprévues et hasardeuses d'une dame délaissée : ce n'est pas, comme on le pense d'abord, le sujet mais l'origine du véritable récit qui découlera. Un récit dans le récit, comme le procédé a souvent été utilisé. Celle de la rencontre imprévue avec un jeune homme ayant une passion délétère, venimeuse, aliénante et dévastatrice du jeu.

Isabelle Carré lit ce texte de sa voix si charmeuse, féminine, aigüe, d'une sensibilité exacerbée, d'une voix de presque petite fille, si claire, avec un irrésistible sourire dans les rares moments moins dramatiques.
Deux voix essentiellement féminines se découvrent : la patiente réservée de l'hôtel puis la même ramenée en arrière deux décennies auparavant.

D'une écriture plutôt classique, mais si sensible et délicate, respectueuse, les sentiments y sont à leur acmé et l'on est aspiré par le récit ainsi déployé. En expert de la compréhension des méandres psychologiques et sentiments retenus puis offerts, Stefan Zweig excelle dans ses replis exhumés du fond de la mémoire, avec des rêves et regrets déployés.

Elle se déroule la nuit (comme dans nombre de ses nouvelles), dans une lumière crépusculaire, propice aux confidences et secrets, à l’intimité des sentiments : elle met en scène des drames qui nous renvoient aussi à nous-mêmes à travers cette œuvre de fiction, dans ce climat et univers sombre, où il va projeter quelques lueurs ou espoirs.
Lors de sa lecture on décèle juste quelques petits bruits lors de la tourne de feuillets. L'on perçoit le sourire de la lectrice appliquée.

Le thème est une pulsion de la fuite en toute hâte à la suite d'une trop longue lassitude ? La pulsion de partir : un évènement peut-être inexplicable de prime abord : l'attrait pour un évènement qui devient subitement si important, alors qu'il semblait inexistant un jour auparavant.
Chez Zweig, le tragique, l'amertume, le gâchis, le temps qui est passé, le « trop tard » et constat amer de l'existence ou d'un épisode sont ses thèmes de prédilection.
« Vieillir n'est au fond ne plus avoir peur de son passé ».

Juste la scène sur la focalisation des mains au casino semble un peu forcée et étirée, afin de provoquer l'apparition d'un être mystérieux, différent et où se focalise l'attention de la dame qu'elle était alors, mais ne vient pas pour autant entacher ce récit, toujours très juste, plausible, si sensible et témoin de cette blessure. Une très bonne recréation de ce texte passionné où l'on se blottit dans ce voyage.


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