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Le Discours de la servitude volontaire NE
Le Discours de la servitude volontaire NE
par Etienne DE LA BOETIE
Edition : Poche
Prix : EUR 10,00

5.0 étoiles sur 5 De Notre servitude volontaire, 24 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Discours de la servitude volontaire NE (Poche)
Ce livre fut écrit il y a cinq siècles. Pourtant, chez tous ceux pour qui le mot Liberté a encore du sens et qui accessoirement savent lire, son actualité s'impose cruellement. Car si la domination a changé de visage, il reste que: « Toujours s'en trouvent-ils quelques-uns qui sentent le poids du joug et ne peuvent tenir de le secouer ; qui ne s'apprivoisent jamais de la sujétion et qui toujours ne se peuvent tenir d'aviser à leurs naturels privilèges ; ce sont volontiers ceux-là qui, ayant l'entendement net et l'esprit clairvoyant, ne se contentent pas de regarder ce qui est devant leurs pieds ; ce sont ceux qui, ayant la tête d'eux-mêmes bien faite, l'ont encore polie par l'étude et la connaissance.
Ceux-là, quand la liberté serait entièrement perdue et toute hors du monde, l'imaginent et la sentent en leur esprit, et encore la savourent, et la servitude ne leur est de goût, pour tant bien qu'on l'accoutre. »
Quelques-uns trouveront donc dans ce livre un précieux soutien ...
D'autres qui n'imaginent ni ne sentent plus rien n'y verront probablement qu'une relique du passé.
Avec les siècles, la servitude volontaire a donc changé de nombreuses fois de formes et de visages ainsi, bien sur, que la domination qui l’accompagne comme son ombre. Ainsi, à la Théologie qui justifiait les structures hiérarchiques du temps de La Boétie, s’est progressivement substitué l’Économie politique, comme pseudoscience, comme gestion des affaires humaines, comme nouvelle religion encore plus aliénante.
A la liberté des êtres humains, demeurant pour leur plus grande part dans l’asservissement, s’est substituée la liberté du Marché s’avançant le plus souvent masquée sous la rassurante appellation de libéralisme ou, plus drôle encore, de socialisme.
Dans notre belle modernité, loin de nous libérer de l’État, le Marché s’est intimement associé à celui-ci dans une subtile répartition des taches ; à l’État les fonctions régaliennes, police, répression, surveillance, défense des intérêts des possédants ; au Marché, la savante organisation de la dépossession du plus grand nombre au profit d’une poignée de mafieux à l’avidité sans limites. L’interpénétration entre les structures étatiques à leur sommet et les gestionnaires du capital étant désormais presque totale et quelques soient les gouvernements en place. Pour couronner le tout, c’est le plus souvent dans un système annoncé comme « démocratique » que se déploie ce « meilleur des mondes ». Seuls quelques mauvais esprits remarqueront que cette démocratie là, a littéralement été vidée de toute substance ; qu’à la place de citoyens ne demeurent que des spectateurs, ridiculement réduits à l’impuissance et que, comble d’humiliation, on culpabilisera devant leur manque d’enthousiasme à voter bleu ou rose.
C’est à l’aune de cette réalité là qu’il faut relire La Boétie et s’interroger sur Notre servitude volontaire.


Les Danseurs de la Fin des Temps, II : Les Terres creuses
Les Danseurs de la Fin des Temps, II : Les Terres creuses
par Michael Moorcock
Edition : Poche
Prix : EUR 5,90

5.0 étoiles sur 5 Fin des temps ?, 13 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Danseurs de la Fin des Temps, II : Les Terres creuses (Poche)
Probablement l'une des plus belles réussites de Michael Moorcock que cette utopie située comme son titre l'indique à la fin des temps. L'imaginaire et l'humour léger portés par cette écriture reflètent fort bien l'esprit d'une époque pas si lointaine (une quarantaine d'années) où le fait de pouvoir afficher une indéniable joie de vivre et de la communiquer n'avait rien d'indécent; où de nombreuses portes semblaient encore ouvertes, où la vie elle-même semblait pouvoir s'appréhender comme un jeu passionnant offrant toute une palette de vibrantes émotions.
Mais la perspective d'une Fin des Temps s'est dangereusement rapprochée et semble s'annoncer comme beaucoup moins agréable que dans cet ouvrage plein de charme.
Allez savoir pourquoi plus personne ne semble avoir envie de Jouer désormais ....


Jedermann
Jedermann
par Hugo von Hofmannsthal
Edition : Poche
Prix : EUR 6,09

3.0 étoiles sur 5 L'Europe de Mammon, 9 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Jedermann (Poche)
Oui, on imagine fort bien les vestiges décatis d'une bourgeoisie européenne cultivée, se réunissant chaque année à Salzbourg pour regarder cette pièce et espérant que ses profonds regrets de ce qu'il est advenu de cette Europe, du fait de leur asservissement à Mammon, suffiront à assurer leur rédemption ... Car après tout, pour ces gens là, l'enfer c'est pour les autres, puisque la notion de responsabilité leur est toujours restée profondément étrangère.


La société du spectacle .
La société du spectacle .
par Debord (Guy)
Edition : Broché

5.0 étoiles sur 5 Du peu de liberté qui demeure ..., 13 avril 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : La société du spectacle . (Broché)
Lire « La société du spectacle » n'est pas chose aisée.
Non pas que ce livre soit particulièrement difficile en lui-même, mais parce que cette difficulté tient à la nature même de son objet.
En effet, dévoilant la structure centrale de l'aliénation dans laquelle baigne la plus grande part de l'humanité depuis quelques décennies, il se heurte au fait que celle-ci a fini par croire que cela était son milieu naturel et que l'on n'avait d'autre choix que de s'y adapter.
« Tout ce qui était directement vécu s'est éloigné dans une représentation. »
Saisir cette misère qui est la notre, dès que nous cédons à la pression dominante, c'est aussi comprendre son origine qui se trouve essentiellement dans la prise de pouvoir de la logique marchande sur toute réalité humaine. Il y a déjà 150 ans que Marx distingua dans le processus de fétichisation de la marchandise les prémices de sa prise d'autonomie et la marginalisation d'une histoire et d'une réalité humaine, devenues accessoires.
Le spectacle, pour chaque être humain, est donc avant tout cet effort pitoyable, ce reniement permanent, par lequel il essaye de devenir marchandise pour complaire à un monde qui désormais ne reconnaît plus rien d'autre.
(« Chaque marchandise déterminée lutte pour elle-même, ne peut reconnaître les autres, prétend s'imposer partout comme si elle était la seule. ")
Du point de vue de la domination, le spectacle n’est rien d’autre que l'instrument qui permet de contraindre à cette misère grâce à l’Économie politique devenant "idéologie matérialisée".
C'est donc en fonction de ce que chacun a pu et su construire comme autonomie de pensée qu'il jugera de l'importance de l'effort nécessaire pour lire et comprendre ce livre ou tout aussi bien, le jugera comme nul et non avenu.
Il n'est donc guère surprenant, aussi, qu'au stade actuel de l'aliénation sociale décrite en cet ouvrage majeur et plus de 45 ans après sa parution, beaucoup ne puissent littéralement plus comprendre de quoi il parle (et ce en toute "bonne foi" si l'on peut ainsi s’exprimer).
En 1969, Debord fit parvenir à la section italienne de l’Internationale Situationniste, à l'occasion de la parution de l'édition italienne de ce livre, des éléments pour une "brève note introductive au Spectacle" qu'il ne semble donc pas superflu de reproduire ici :
" Le premier chapitre expose le concept de spectacle.
Le deuxième définit le spectacle comme un moment dans le développement du monde de la marchandise.
Le troisième décrit les apparences et contradictions socio-politiques de la société spectaculaire.
Le quatrième, qui tient la place principale dans le livre, reprend le mouvement historique précédent (toujours en allant plus de l'abstrait vers le concret), comme histoire du mouvement ouvrier révolutionnaire. C'est un résumé sur l'échec de la révolution prolétarienne, et sur son retour. Il débouche sur la question de l'organisation révolutionnaire.
Le cinquième chapitre, " Temps et histoire", traite du temps historique ( et du temps de la conscience historique ) comme milieu et comme but de la révolution prolétarienne.
Le sixième décrit "le temps spectaculaire" de la société actuelle en tant que "fausse conscience du temps", une production d' "un présent étranger" perpétuellement recomposé, comme aliénation spatiale dans une société historique qui refuse l'histoire.
Le septième chapitre critique l'organisation précise de l'espace social, l'urbanisme et l'aménagement du territoire.
Le huitième rattache à la perspective révolutionnaire historique la dissolution de la culture comme monde séparé, et lie à la critique du langage une explication du langage même de ce livre.
Le neuvième, "L'idéologie matérialisée", considère toute la société spectaculaire comme une formation psychopathologique, le summum de la perte de réalité, laquelle ne peut être reconquise que par la praxis révolutionnaire, la pratique de la vérité dans une société sans classes organisée en Conseils, "où le dialogue s'est armé pour faire vaincre ses propres conditions".


Lâchez tout
Lâchez tout
par Annie Le Brun
Edition : Broché

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Contre le néo-féminisme, 19 mars 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Lâchez tout (Broché)
En 1978, exaspérée par les positionnements de plus en plus absurdes et ridicules du féminisme idéologique qui cherchait à s'approprier un siècle du combat des femmes pour leur liberté, Annie Le Brun décida de réagir. Elle le fit avec énergie et détermination, mettant à nu l'incohérence et le confusionnisme intéressée de ces porte-paroles auto-désignées qui occupaient alors la scène médiatique. Près de 40 années plus tard, on ne peut qu'admirer la justesse et la lucidité de son discours.
"Méprisant depuis toujours les maîtres qui ont des mœurs d'esclaves comme les esclaves impatients de se glisser dans la peau des maîtres, j'avoue que les affrontements habituels entre les hommes et les femmes ne m'ont guère préoccupée. Ma sympathie va plutôt à ceux qui désertent les rôles que la société avait préparés pour eux. "
"Pendant que le vieux monde s'essouffle à se rénover, les femmes acquièrent lentement une indépendance, mais une indépendance de consommateurs. Le néo-féminisme sert à les presser d'accéder à ce bonheur, venant les conforter dans une identité de pacotille qui ne vaut qu'à la lumière des échanges marchands et des rapports de force qui les engendrent. "
"Je sais que la vie s'invente toujours contre ces rôles que la plupart, comme d'habitude, acceptent avec une docilité frivole. "
"La misère des rapports humains ne tient pas plus à un sexe qu'à l'autre. "
"Plus une pensée a des prétentions totalitaires, plus elle se cherche des martyrs spectaculaires et, de ce fait, commodes à opposer à tous ceux qui ne plient pas devant elle. "


Des voix sous les pierres
Des voix sous les pierres
par Edgar Lee Masters
Edition : Broché

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Voix d'outre-tombe, 9 mars 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Des voix sous les pierres (Broché)
C'est consécutivement à la lecture en 1909 des épigrammes de l'Anthologie grecque, qu'Edgar Lee Masters eut l'idée de composer cet ouvrage étrange et vénéneux, paru en 1915 et mettant en scène les habitants disparus de Spoon River, village issu de la fusion imaginaire de Lewistown et de Petersburg, bourgades de l'Illinois. On retrouve dans le ton étrange de ces épitaphes les influences conjointes de Poe et de Whitman mais l'on pense aussi à Ambrose Bierce. L'Anthologie de Spoon River surprend par son mélange d'ironie et d'humanité, mettant en lumière les contradictions entre la moralité officielle affichée de leur vivant par les villageois décédés et leurs véritables aspirations. L'amertume et la frustration, le regret du non-vécu et les espoirs déçus qui sont exprimés ici, donnent à cet ouvrage une sonorité étonnamment critique de l'hypocrisie constitutive du puritanisme "à l'américaine". Mais c'est tout le talent d'Edgar Lee Masters d'avoir pour se faire, trouvé une forme poétique, adéquate à ces discours « d’outre-tombe » empreints de mélancolie.
Une œuvre remarquable qui reste pourtant fâcheusement méconnue en France.


Carl von Clausewitz. De la Guerre  Traduction intégrale par Denise Naville. Préface de Camille Rougeron. Introduction de Pierre Naville
Carl von Clausewitz. De la Guerre Traduction intégrale par Denise Naville. Préface de Camille Rougeron. Introduction de Pierre Naville
par Carl von Clausewitz
Edition : Relié

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Ainsi parlait Carl Von Clausewitz, 1 mars 2016
Fort malheureusement, beaucoup ressentent de fortes réticences à l’idée d’aborder un tel ouvrage. Bien sûr le sujet est âpre et semble ne pouvoir laisser que peu de place aux plaisirs de la lecture et de l’imaginaire.
Pour ce qui concerne la sphère de la pensée et de la réflexion, il sera également souvent écarté comme trop restrictif par son domaine d’application.
Voilà donc Clausewitz, ce si subtile analyste du champ pratique, enfermé conjointement derrière le masque de la brute militaire et du froid théoricien.
Pourtant, j’affirme ici que la plupart auront beaucoup à gagner à se risquer aux écrits de notre général prussien ; car rarement pensée et pratique, théorie et matérialité, n’auront chevauchés en une telle proximité et avec une telle pertinence du jugement.
Faites donc fi de ce titre effrayant et venez y chercher des armes pour cette forme de guerre à laquelle aucun d’entre-nous n’échappe : la confrontation aux réalités pratiques du temps présent. Si en effet certains experts en stratégie militaire contemporains pourront trouver Clausewitz « démodé » sur le terrain qui était censé être spécifiquement le sien, il en est, à mon avis, tout autrement sur celui ou il brilla véritablement et qui, s’attachant aux caractéristiques de la nature humaine, se maintient dans sa pérennité.
Ce que Clausewitz lui-même pouvait ainsi formuler : « Ne nous y trompons pas, il n’est pas question ici de formules et de problèmes scientifiques. En fait les rapports matériels sont très simples. Ce qui est plus difficile, c’est de comprendre les forces morales qui entrent en jeu. »
Car de quoi parle-t-il donc quand il affirme, « La volonté de l’homme ne puise jamais ses forces dans des subtilités logiques. »
Ou encore, « La guerre est le domaine de l’incertitude ; les trois quarts des éléments sur lesquels se fonde l’action restent dans les brumes d’une incertitude plus ou moins grande. Plus qu’en n’importe quel domaine, il faut qu’une intelligence subtile et pénétrante sache y discerner et apprécier d’instinct la vérité. En raison de cette incertitude de toutes les informations, de toute base solide, et de ces interventions constantes du hasard, la personne agissante se trouve sans cesse placée devant des réalités différentes de celles auxquelles elle s’attendait. » N’y voyez-vous pas l’expression de quelque chose qui vous concerne fort directement dès que vous êtes confrontés à la nécessité d’agir …
On trouvera aussi souvent en Clausewitz un fin psychologue, comme ici :
« La force de caractère nous amène à parler d’une variété de celle-ci, l’obstination.
Il est souvent très difficile de dire dans les cas concrets où commence l’une et où finit l’autre ; par contre, la différence abstraite entre les deux ne paraît pas difficile à établir, (…)
L’obstination est un défaut du tempérament. Cette inflexibilité de la volonté, cette intolérance envers toute contradiction, ne relèvent que d’un égoïsme particulier qui tient avant tout à obéir et à faire obéir les autres aux seules injonctions de sa propre activité spirituelle.
L’obstination s’oppose donc à l’intelligence qui est bien plutôt la capacité d’entendement. »
Enfin, dans ce qui me semble être l’une des plus remarquables définitions du cheminement dialectique entre théorie et pratique :
« La théorie doit être une observation, non une doctrine.
C’est une investigation analytique de l’objet qui aboutit à sa connaissance. Plus elle atteint ce but, plus elle passe de la forme objective d’un savoir à la forme subjective d’un pouvoir.et, appliquée à l’expérience, en l’occurrence l’histoire, entraîne la familiarité avec cet objet. »


MACHIAVEL.
MACHIAVEL.
par RIDOLFI ROBERTO
Edition : Relié

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 De la Virtù, 25 février 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : MACHIAVEL. (Relié)
Descendant d’une famille florentine dont l’on retrouve les traces jusqu’à l’époque de Dante, grand spécialiste et explorateur infatigable des vastes archives de cette ville incomparable, Roberto Ridolfi (1899-1991), historien et biographe de Savonarole et de Guichardin, ne pouvait que s’intéresser plus encore à la personnalité complexe du plus célèbre Secrétaire de la République de Florence, Nicolas Machiavel.
S’appuyant essentiellement sur la vaste correspondance « officielle et familière » de celui-ci et sur une lecture attentive de l’ensemble de ses écrits si diversifiés dans leurs genres, mais aussi sur l’importante documentation de cette époque, Ridoldi dresse un portrait saisissant où nous voyons se dessiner progressivement la silhouette «vivante» d’un Machiavel presque familier.
« En somme, j'ai voulu tenter d'écrire ce que j'avais longtemps désiré lire : un récit clair et humain de la vie de cet homme, dans lequel on fit parler ses actions et même ses paroles. J'ajouterai que ces pages m'auraient semblé trop tristes, alors qu'elles traitent d'un poète tel que fut Machiavel, si elles avaient été étrangères à toute espèce de souffle poétique »
Ridolfi procède par petites touches progressives condensées ensuite dans l’expression. Ainsi :
« Telle dut être, par conséquent, "la leçon constante des choses anciennes" dont se nourrit Machiavel jusqu'au milieu du chemin de la vie. L'autre moitié fut occupée de préférence par une "longue expérience des choses modernes", que nous contemplerons dans les chapitres suivants. »
« Quant à lui, en revanche, comme le confirme la façon dont il est traité dans les actes publics où son nom n’est jamais accompagné du titre messere ou de sere, il ne fut ni docteur, ni notaire. »
« Ainsi que nous l'avons dit, il aima les choses plus encore que les mots et préféra la vie à la littérature. (...) Il écrivit ses œuvres lorsqu'une "longue expérience" eut fécondé cette "continuelle leçon" dont il nourrit sa jeunesse.
Sans l'expérience, cette leçon serait restée stérile et sans cette leçon il n'aurait pas été en demeure de faire ses expériences. »

Mais plus encore, des textes mêmes de Machiavel, qui restent pour certains très méconnus, il sait extraire le moment décisif, qui en dit parfois plus que de longues dissertations.
Extrait de ses Capitoli (1512) où il résume souverainement sa perception Della Fortuna :

« Que la cruelle déesse tourne cependant vers moi ses yeux féroces, et qu'elle lise ce que je chante d'elle et de son empire. Bien qu'elle siège au-dessus de tous et qu'elle commande et règne impétueusement, il faut qu'elle considère celui qui ose décrire son pouvoir. Nombreux sont ceux qui la disent toute-puissante, car quiconque naît en ce monde tôt ou tard éprouve les effets de sa force. Souvent elle maintient les bons sous ses pieds et élève les méchants : si jamais elle vous promet quelque chose, jamais elle ne maintient sa promesse. Sens dessus dessous elle met les royaumes et les États, selon son bon plaisir, et elle prive les justes des biens qu'elle a largement donnés aux méchants. Cette inconstante et changeante déesse place sur un trône les personnes indignes, où jamais ne parviennent ceux qui en sont dignes. Elle arrange le temps à sa façon, elle nous élève et nous détruit, sans pitié, sans loi ni raison. »

Ou encore dans une formule extraite de sa belle pièce « La Mandragore » qui, peut-être exprime le mieux l’esprit machiavélien face à l’âpreté du monde :

« Je ris et mon rire ne passe pas dedans
Je brûle et ma brûlure n'apparaît pas au dehors »


Roberto Ridolfi. Machiavel : EVita di Niccolò Macchiavellie. Traduit de l'italien par Fernand Hayward
Roberto Ridolfi. Machiavel : EVita di Niccolò Macchiavellie. Traduit de l'italien par Fernand Hayward
par Roberto Ridolfi
Edition : Reliure inconnue

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 De la Virtù, 25 février 2016
Descendant d’une famille florentine dont l’on retrouve les traces jusqu’à l’époque de Dante, grand spécialiste et explorateur infatigable des vastes archives de cette ville incomparable, Roberto Ridolfi (1899-1991), historien et biographe de Savonarole et de Guichardin, ne pouvait que s’intéresser plus encore à la personnalité complexe du plus célèbre Secrétaire de la République de Florence, Nicolas Machiavel.
S’appuyant essentiellement sur la vaste correspondance « officielle et familière » de celui-ci et sur une lecture attentive de l’ensemble de ses écrits si diversifiés dans leurs genres, mais aussi sur l’importante documentation de cette époque, Ridoldi dresse un portrait saisissant où nous voyons se dessiner progressivement la silhouette «vivante» d’un Machiavel presque familier.
« En somme, j'ai voulu tenter d'écrire ce que j'avais longtemps désiré lire : un récit clair et humain de la vie de cet homme, dans lequel on fit parler ses actions et même ses paroles. J'ajouterai que ces pages m'auraient semblé trop tristes, alors qu'elles traitent d'un poète tel que fut Machiavel, si elles avaient été étrangères à toute espèce de souffle poétique »
Ridolfi procède par petites touches progressives condensées ensuite dans l’expression. Ainsi :
« Telle dut être, par conséquent, "la leçon constante des choses anciennes" dont se nourrit Machiavel jusqu'au milieu du chemin de la vie. L'autre moitié fut occupée de préférence par une "longue expérience des choses modernes", que nous contemplerons dans les chapitres suivants. »
« Quant à lui, en revanche, comme le confirme la façon dont il est traité dans les actes publics où son nom n’est jamais accompagné du titre messere ou de sere, il ne fut ni docteur, ni notaire. »
« Ainsi que nous l'avons dit, il aima les choses plus encore que les mots et préféra la vie à la littérature. (...) Il écrivit ses œuvres lorsqu'une "longue expérience" eut fécondé cette "continuelle leçon" dont il nourrit sa jeunesse.
Sans l'expérience, cette leçon serait restée stérile et sans cette leçon il n'aurait pas été en demeure de faire ses expériences. »

Mais plus encore, des textes mêmes de Machiavel, qui restent pour certains très méconnus, il sait extraire le moment décisif, qui en dit parfois plus que de longues dissertations.
Extrait de ses Capitoli (1512) où il résume souverainement sa perception Della Fortuna :

« Que la cruelle déesse tourne cependant vers moi ses yeux féroces, et qu'elle lise ce que je chante d'elle et de son empire. Bien qu'elle siège au-dessus de tous et qu'elle commande et règne impétueusement, il faut qu'elle considère celui qui ose décrire son pouvoir. Nombreux sont ceux qui la disent toute-puissante, car quiconque naît en ce monde tôt ou tard éprouve les effets de sa force. Souvent elle maintient les bons sous ses pieds et élève les méchants : si jamais elle vous promet quelque chose, jamais elle ne maintient sa promesse. Sens dessus dessous elle met les royaumes et les États, selon son bon plaisir, et elle prive les justes des biens qu'elle a largement donnés aux méchants. Cette inconstante et changeante déesse place sur un trône les personnes indignes, où jamais ne parviennent ceux qui en sont dignes. Elle arrange le temps à sa façon, elle nous élève et nous détruit, sans pitié, sans loi ni raison. »

Ou encore dans une formule extraite de sa belle pièce « La Mandragore » qui, peut-être exprime le mieux l’esprit machiavélien face à l’âpreté du monde :

« Je ris et mon rire ne passe pas dedans
Je brûle et ma brûlure n'apparaît pas au dehors »


Au fond de la couche gazeuse : 2011-2015
Au fond de la couche gazeuse : 2011-2015
par Baudouin de Bodinat
Edition : Broché
Prix : EUR 21,00

5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Des avantages et inconvénients d'une conscience contemporaine, 26 janvier 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Au fond de la couche gazeuse : 2011-2015 (Broché)
En une autre époque que la notre, plus courageuse sans doute et plus empressée à se connaitre elle-même, ce livre aurait certainement été au centre des débats et de toutes les discussions.
Si l'on cherchait quelque parenté à cet ouvrage, on pourrait évoquer le 1984 d'Orwell ou tout aussi bien y distinguer l'ajout d'un cercle supplémentaire à l'Enfer de Dante; sauf que, et le détail est d'importance, ce n'est pas d'une fiction dont il s'agit mais d'une description sans concession de notre monde, de celui où nous avons à vivre. Beaucoup estimeront donc ce "détail" comme décidément très abusif; exigeant d'un littérateur qu'il se tienne à sa place et évite de venir compliquer une vie quotidienne déjà fort pénible à affronter.

"De même qu'autrefois le monde nous était donné partout dans son immensité - de même aujourd'hui n'en rencontre-t-on partout que les portes closes, les interphones, les contrôles à l'embarquement, les sas de détection avant d'entrer, les codes d'accès et nous est-il refusé partout dans ses restrictions, ses zones de rétention, ses confinements d'air climatisé; ses pays délabrés que filment des drones, ses scènes d'égorgement."
Aussi bouleversant que soit ce tableau, il n'est pourtant à aucun moment outrancier : relevé méticuleux dont chacun, quand il veut bien s'extraire quelque peu de ce cloaque, ne peut que constater la triste vérité.
Car comme le formule fort bien notre auteur, «il ne pouvait donc y avoir de meilleure époque pour la conscience que celle-ci où elle devient si vite un inconvénient.».

Si bien que face à ces graves inconvénients beaucoup choisiront le confort de l'ignorance ou encore le déni obstiné, furieux que l'on ait pu ainsi venir les débusquer au milieu de cette misère partagée.
Très peu distinguent en effet ce qu'il est possible de tirer d'une négativité pleinement reconnue, sa promesse d'autre chose justement. De l'indication qu'elle offre d'un autre chemin et d'une autre manière de vivre.
On remarquera, et ce n'est pas accessoire, que notre auteur anonyme s'exprime dans un français remarquable dont émerge à tous moments la poésie de l'instant; une langue fluide dont le ton accompagne si bien le propos que l'on se sent facilement entrainé à en lire de longs passages à haute voix, avec le sentiment que nous pourrions ainsi obtenir un peu plus de clarté et de lumière, renverser ainsi le pesant discours de la fatalité que nous tiennent quotidiennement sur les médias les penseurs à gages du néant.

La valeur d'une époque se mesure aussi à l'usage qu'elle fait de ce qui lui est offert en matière de renversement, «durant quoi l'âme, par la nostalgie qu'elle ressent, tente de nous faire souvenir, de nous faire douter de ce monde-ci, s'efforce de nous rappeler des impressions toutes différentes et par là suggestives d'un monde différent, où nous serions davantage, plus pleinement ; s'efforce de nous faire voir celui-ci tel qu'il est en réalité dessous les images en surimpression.»
«& dans cet ordre de choses une autre hypothèse, d'abord surprenante, s'est proposée à l'étude : que dans l'état social où nous sommes, où les générations se suivent, passagères, fortuites, isolées : elles paraissent, elles souffrent, elles meurent : nul lien n'existe entre elles, où l'individu se voit entièrement livré au seul jugement de l'argent et à la froideur concurrentielle pour se maintenir à flot quand il n'y en a pas pour tout le monde, à la solitude et à la précarité de ce destin économique, et que par cela la peur, l'angoisse sans répit, lui sont devenues si bien l'état normal, le surmenage permanent imposé par la contrainte de s'adapter, d'humiliations si continuelles qu'il ne les conçoit même plus; que dans un monde social si complètement dénué de toute bonté ou compréhension, sans aucune protection ou refuge de communauté, d'ailleurs instable et incertain quant au futur, où rien ne figure que provisoire, et si dépourvu de charme, de tranquillités, de clartés morales, de beauté ordinaire et pour tout le monde, où l'individu ne peut ignorer que c'est indifférent qu'il soit là ou non dans l'entassement de la collectivité, etc.»

Lecture indispensable à une conscience contemporaine - qu'éviteront donc soigneusement ceux qui préfèrent s'en passer, ignorants sans doute que "ce qui a été transformé en conscience n'appartient plus aux puissances ennemies".


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