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steka "STL"
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La Guerre d'Espagne : Révolution & contre-révolution (1934-1939)
La Guerre d'Espagne : Révolution & contre-révolution (1934-1939)
par Burnett Bolloten
Edition : Broché
Prix : EUR 35,00

5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Référence historique, 22 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Guerre d'Espagne : Révolution & contre-révolution (1934-1939) (Broché)
Réédition très attendue d'un des principaux ouvrages de référence sur la guerre d'Espagne, la révolution et la contre-révolution espagnole. Incontournable pour toute personne s'intéressant à cette période cruciale et à sa vérité. Bolloten a passé une grande part de sa vie à réunir inlassablement témoignages et documentations.
Un travail d'historien véritablement exemplaire qui permet de saisir pleinement les problématiques d'une période révolutionnaire, avec dans ses principales conclusions, l'évidente nuisance des appareils de parti cherchant à accaparer le pouvoir et à court-circuiter les mouvements de libération populaire.
"Le 18 juillet 1936, pendant mes vacances d'été en Espagne, je me retrouve en quelques heures au milieu d'une guerre civile et d'une révolution. Je suis loin d'imaginer que je vais passer les quarante années suivantes à rassembler, trier, digérer et assimiler la plus grande collection de sources jamais recueillie par une seule personne. L'United Press m'envoie sur le front aragonais puis à Madrid, Valence et Barcelone, les principaux foyers d'activité politique, où je commence à collecter tous les documents accessibles."
La guerre d’Espagne, période charnière de l’histoire du XXème siècle, est aussi celle qui est la plus occultée, la plus déformée, la plus trahie. Les raisons en sont nombreuses et demandent un certain décryptage des nombreuses complicités participant à l’entretien de ce déni.
S’il est assez facile de comprendre l’action des franquistes pendant la dictature, qui avaient tout intérêt à effacer les traces de leurs crimes, l’attitude des «historiens» issus des différents partis du camp républicain mérite une analyse beaucoup plus approfondie.
Car ces partis, devenus institutionnels : sociaux-démocrates, libéraux, staliniens réformés (partis dits communiste), républicains et néo-divers sont ceux qui occupent encore le paysage de nos pseudo-démocraties. Leurs mensonges d’aujourd’hui ne sont pas très éloignés de ceux qu’ils déployèrent alors ; leurs motivations sont les mêmes, leurs bassesses similaires.
Les faits sont là, largement démontrés en cet ouvrage : ils préférèrent laisser la victoire au fascisme plutôt que laisser la révolution se déployer et le peuple décider de son avenir par lui-même.
La guerre d’Espagne est un miroir historique où ils préfèrent donc ne pas se regarder.
Quelques mots sur la présente édition véritablement impressionnante, à la fois par la qualité et par la quantité. La traduction de 1977 a été entièrement revue par Étienne Dobenesque et surtout les apports sont considérables; on trouvera également des notes de références extrêmement précises, un vaste index des noms de personnes et 70 pages consacrées aux sources et bibliographie. Le tout présenté de manière aérée et fort agréable à la lecture,ce qui est suffisamment rare pour mériter d'être signalé.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Dec 3, 2014 10:13 AM CET


Guide Baedeker - Le Sud-Est De La France Du Jura À La Méditerranée Y Compris La Corse - Manuel Du Voyageur
Guide Baedeker - Le Sud-Est De La France Du Jura À La Méditerranée Y Compris La Corse - Manuel Du Voyageur
par Baedeker - Karl Baedeker
Edition : Broché

4.0 étoiles sur 5 De la nature du progrès, 12 novembre 2014
Il y a quelque chose d'assez terrifiant à parcourir un ancien guide, tel ce Baedeker datant de 1910, à peine plus d'un siècle donc. On y mesure avec effarement l'ampleur des destructions de la "modernité" sur ce qui fut probablement l'une des plus belles régions du monde, la Provence et la côte d'azur, avant que le "progrès" ne s'en empare et la réduise à la désolation contemporaine, à cet inextricable gâchis des paysages, de la nature et des communautés humaines. Et il faudra bien s'interroger sur la nature de ce progrès, mené sous la houlette de la logique marchande et de sa laideur institutionnalisée; sur l'essence d'une société si manifestement auto-destructrice, dans "les eaux glacées du calcul égoïste".


Préface de la Phénoménologie de l'esprit (Bibliothèque philosophique bilingue)
Préface de la Phénoménologie de l'esprit (Bibliothèque philosophique bilingue)
par Georg Wilhelm Friedrich Hegel
Edition : Broché

5.0 étoiles sur 5 Introduction à la pensée dialectique, 4 novembre 2014
On trouvera donc ici la prodigieuse préface de La Phénoménologie de l'esprit dans la traduction, à ce jour indépassée, de Jean Hyppolite. Les exigeants bénéficieront, en prime, du texte allemand.
On ne commente pas un tel ouvrage, introduction à l'un des sommets de la philosophie, pour ne pas dire Le sommet. Signalons toutefois qu'il n'existe pas de meilleure entrée à l'apprentissage de la pensée dialectique, bref à la clarté d'esprit.
En voici donc juste quelques brefs extraits, cailloux blancs et noirs suggérant l'entrée du royaume.
"La raison est l'opération conforme à un but. "
"C'est, en effet, seulement parce que le concret se divise et se fait non effectivement réel qu'il est ce qui se meut. "
"A la facilité avec laquelle l'esprit se satisfait peut se mesurer l'étendue de sa perte."
"Ainsi l'esprit qui se forme mûrit lentement et silencieusement jusqu'à sa nouvelle figure, désintègre fragment par fragment l'édifice de son monde précédent. "
"La frivolité et l'ennui qui envahissent ce qui subsiste encore, le pressentiment vague d'un inconnu sont les signes annonciateurs de quelque chose d'autre qui est en marche. "
"L'impatience prétend à l'impossible, c'est à dire à l'obtention du but sans les moyens. D'un côté, il faut supporter la longueur du chemin, car chaque moment est nécessaire; -- de l'autre, il faut s'arrêter à chaque moment et séjourner en lui. "
"L'esprit conquiert sa vérité seulement à condition de se retrouver soi-même dans l'absolu déchirement. (...) L'esprit est cette puissance seulement en sachant regarder le négatif en face, et en sachant séjourner près de lui."


De l'intérieur du désastre: Sermons et exhortations aux pauvres qui s'ignorent
De l'intérieur du désastre: Sermons et exhortations aux pauvres qui s'ignorent
par Pierre Bourlier
Edition : Broché
Prix : EUR 21,00

3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 De la pauvreté et de la richesse des êtres humains, 24 octobre 2014
Il est de fait que certains ouvrages, de part leur forme, ratent leur cible principale. Paradoxalement, c'est leur vérité même qui est cause de cet échec. Ici, la sincérité de l'auteur Pierre Bourlier est incontestable; de même son intelligence de la réalité subjective du plus grand nombre. C'est sa raison même qui rend la démarche inopérante : les "pauvres" ne veulent ni sermons ni exhortations, n'en ayant déjà que trop entendu. La souffrance est trop grande et ne veut donc pas se réveiller, cherchant plutôt et à tout moment l'anesthésie et l'oubli. Ce dont, justement, la domination est grande productrice et dispensatrice : il en va de sa propre survie et continuité.
Beaucoup de choses fort intéressantes pourtant en ce livre, qui aurait certainement gagné à être plus concis, plus resserré.
Voici quelques extraits particulièrement signifiants pour qui est en mesure de les entendre :
"Ils sont nombreux, ceux qui avaient accepté que l'humanité soit organisée comme une machine à broyer les vies, et qui aujourd'hui s'insurgent, au moins verbalement, contre l'emballement de cette machine. "
"Oui, cela fait bien longtemps que la domination s'invente des raisons d'être et d'effroi. Cela fait bien longtemps que la Terreur est imposée dès que l'affirmation d'une force de vie échappe à la neutralisation marchande et met en péril le capital. "
"Nous ne savons pas qui nous sommes, mais nous avons des ennemis pour nous connaître. "
"Nous voulons nous reprendre, réintégrer cette âme, rendre à notre vie ses mots, sa valeur et son histoire. Nous voulons réhabiliter le geste et la parole, afin qu'ils ne soient plus les outils de notre assujettissement. Nous voulons régénérer la communauté humaine."
"Qui ne reconnaît pas sa pauvreté restera dans la misère. Voilà la plus banale des vérités. "
"Regardez autour de vous, toute cette terre mise à nu, toute cette eau rompue et empoisonnée, tous ces matériaux morts, massacrés, uniformisés, toutes ces lignes droites, toutes ces surfaces vides ! (...) Nous vivons à l'époque où le paradis marchand est réellement devenu le désert invivable qu'il a toujours tendu à être. "
"Notre misère n'est pas censée exister socialement parce qu'elle est la défaite de notre existence sociale. Elle semble être un fardeau appartenant à l'intimité subjective, parce qu'elle est ce qui empêche le partage de la subjectivité. "
"Elle nous rend malades, cette misère de tout le monde que nous avalons seuls tous les jours. Elle nous pourrit d'autant plus que nous ne l'avouons pas, d'autant plus que nous en faisons une tare individuelle, une honte personnelle. Nous nous torturons tant que nous ne la voyons pas pour ce qu'elle est : un désastre communément partagé, la ruine concrète des moyens de notre vie sociale. "
"Ce processus qui exige de nous le don, qui nous permet de nous comprendre dans l'échange, c'est ce que nous appelons la pauvreté, notre désir de richesse. Elle est ce qui génère la valeur qui s'exprime dans nos échanges, elle est proprement le valoir, ce qui fait d'une chose une richesse. "
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (5) | Permalien | Remarque la plus récente : Oct 25, 2014 9:55 AM MEST


La poupée [Version restaurée]
La poupée [Version restaurée]
DVD ~ Mariusz Dmochowski
Prix : EUR 13,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 1968 - Wojciech Jerzy Has, 7 octobre 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : La poupée [Version restaurée] (DVD)
Comment un tel chef-d’œuvre peut-il rester aussi méconnu , voilà qui est pour le moins fort étrange.
Car Has fait ici preuve d'une maitrise dépassant même la remarquable Clepsydre qui viendra 5 années après ce film; réussissant à mêler réalisme de l'analyse et richesse de l'imaginaire dans un équilibre rarement atteint au cinéma. Rien n'est gratuit ici, dans cette confrontation brutale du luxe et de la misère, de la crasse et du raffinement, de l'intelligence et de la bêtise, de l'idéalisme et de la corruption. En se servant de la perspective historique, à savoir la période qui suivit l'insurrection polonaise de 1863 et son impitoyable répression par l'empire russe, Has réalise de fait un grand film politique qui, de par sa subtilité, passera aisément les barrières de la censure qui s'exerçait alors en Pologne (1968). Le regard critique est pourtant sans concession et son acuité demeure pleinement sensible jusque dans l'époque présente, au-delà des schémas idéologiques.
Une réplique du personnage principal Wokulski, faussement anodine, posant fort bien l'arrière plan subjectif : "Le destin plaisante rudement avec les êtres humains."
Mais le propos n'aurait certainement pas cette force si Has ne maitrisait pas avec une telle maturité la matière cinématographique, la profondeur des champs et les mouvements de la caméra qui semblent nous amener directement au cœur des significations cachées, des souffrances non formulées, des possibles inatteignables.
Les deux heures quarante de ce film, par leur complexité visuelle jamais lassante, la richesse flamboyante des décors vous feront, peut-être, regretter l'aplatissement technologique contemporain et l'affadissement sensoriel qui en découle. Une incomparable leçon de cinéma.
Le scénario, écrit par Has lui-même, est issu du roman "La poupée" de Boleslaw Prus qui fut publié en Pologne de 1887 à 1889 sous forme de feuilleton.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Oct 30, 2014 1:31 AM CET


L'Odyssée de Lao Ts'an
L'Odyssée de Lao Ts'an
par Lieou Ngo
Edition : Poche
Prix : EUR 6,20

5.0 étoiles sur 5 Opacité ?, 24 septembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Odyssée de Lao Ts'an (Poche)
La littérature chinoise est souvent perçue comme étant peu abordable du fait d'une opacité qui la rendrait difficilement compréhensible à l'esprit occidental.
Ainsi, est fort répandue l'idée qu'il existerait comme une sorte de fossé infranchissable en cette pensée "orientale" et notre forme de pensée.
Un certain nombre des traductions qui parurent en France dans les dernières décennies n'ont rien fait pour améliorer cette image; car si le passage entre les deux langues n'est certes pas sans difficultés, le fait de savoir écrire et s'exprimer en français avec un minimum de savoir-faire, présente l'avantage non négligeable, de réduire considérablement ce fossé.
On découvrira ainsi avec ce roman que les problématiques chinoises ne sont pas si éloignées des nôtres, pourvu que l'on veuille bien faire preuve d'un peu d'ouverture et accorder un peu d’attention aux différences culturelles et aux formes de rapports sociaux que l'on voit ici apparaitre dans un remarquable tableau de la société chinoise, au tournant des 19ème et 20ème siècles. Et que finalement, cela nous parle bien ….
La transcription contemporaine de Lieou Ngo est Liu E ( 劉鶚 )
Son seul ouvrage disponible en français est son "Odyssée de Lao Ts'an" que l'on trouve également sous le titre "Pérégrinations d'un clochard" ou encore "Voyages d'un vieux décrépit".
( en chinois 老殘遊記 )


Lichtenberg
Lichtenberg
par Jean François Billeter
Edition : Broché
Prix : EUR 6,20

3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 De l'incertitude, 9 septembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Lichtenberg (Broché)
Nous ne disposions jusqu'à ce jour, en français, que de traductions mettant en lumière la part la plus "légère" de Lichtenberg, même si la subtilité de son regard s'imposait assez aisément.
Grâce à ces nouvelles traductions, c'est une approche beaucoup plus "philosophique" que Jean-François Billeter nous fait apparaitre; en continuité et en parallèle, sans doutes, de ce qu'il nous a révélé précédemment avec ses remarquables traductions de Tchouang-tseu.
Qu'est ce qui peut donc rapprocher et faire le lien entre des pensées en apparence si lointaines ?
Certainement une certaine distance à l’immédiateté du monde, un recul conscient et choisi ayant pour but de ne pas se laisser déterminer par le fracas du temps présent ; ce que Lichtenberg formule justement, de cette manière remarquablement concise, "Efforce-toi de ne pas être de ton temps".
N’y voyez toutefois nulle pose philosophique prônant l’indifférence aux choses dans un égoïsme protecteur et tranquille : ce qui cherche à se préserver, c’est une liberté d’esprit effective qui ne se laisse pas dicter ce qui la constitue. Ce qui est présenté ici, plus précieux encore, des moyens d’y parvenir.
"Les passages que j'ai réunis ici contiennent en filigrane une sorte de Discours de la méthode qui montre non point, comme celui de Descartes, comment parvenir à la certitude, mais comment se maintenir dans l'incertitude, celle qui rend la pensée mobile, curieuse et féconde. "
Et Billeter précise encore :
"Lichtenberg représente parfaitement ce moment privilégié de l'histoire européenne où le mouvement des lumières parvient à maturité, quand la raison admet qu'elle n'est pas toute-puissante et se met à l'écoute de ce qui n'est pas elle. "
Nul mysticisme égaré, ici toutefois, chez celui qui fut "l’un des représentants les plus remarquables des Lumières en Allemagne et à sa façon l’un des plus profonds".
Lichtenberg, comme son cousin lointain Tchouang-tseu, se pose au contraire au cœur de l’expérience et de sa nécessité.
Aussi,"Lichtenberg proclame comme Descartes que l’exercice de la pensée appartient à chacun, mais montre beaucoup mieux que lui comment l’exercer."
Enfin, on tiendra compte de ce que Jean-François Billeter pose clairement dans sa note liminaire, expliquant les raisons de ses choix : " Je souhaitais le faire mieux connaître. Pour cela, j'ai pris le parti de rassembler les passages qui m'ont le plus intéressé et sur lesquels je n'ai cessé de revenir au fil des années. Lichtenberg disait lui-même que c'est ainsi qu'il faut lire les auteurs : en les résumant pour son propre compte (F 1222). C'est donc "un" Lichtenberg que je présente ici, le mien."
Tous ceux qui connaisse l'intelligence et la rigueur d'esprit de Billeter comprendront fort bien l’intérêt de ce regard particulier, s'adressant à notre réalité contemporaine.


Le Massacre de Pangbourne
Le Massacre de Pangbourne
par James-Graham Ballard
Edition : Poche

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 L'expérience du gouffre, 1 septembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Massacre de Pangbourne (Poche)
Paru en Angleterre en 1988 sous le titre "Running Wild", traduit une première fois en français sous le titre "Le massacre de Pangbourne" et réédité en France en 2013 sous le titre "Sauvagerie" aux Éditions Tristram , cette longue nouvelle de J. G. Ballard se révèle être toujours d'une remarquable actualité. Cette actualité "aggravée" interpelle puisque, en terme de société, rien ne semble s'être "arrangé" : laissant vertigineusement ouverte l'hypothèse de Ballard. Que ce soit en termes de rapports de classes, d'ouverture aux autres, d'éducation, de "dialogue intergénérationnel", tout s'est au contraire prodigieusement alourdi. L'occultation des "problèmes" est devenue la règle la plus commune d'une société qui n'ose même plus se regarder en face; même lorsqu'il s'agit de ses propres enfants. Préférant croire, probablement, que "Ce dont l'on ne parle pas, n'existe pas." et restera donc sans conséquence. Ballard envisage donc ici l'une de ces conséquences possibles : assez sinistre sans doute, mais si étrangement probable quand l'on y réfléchi.
"Par où commencer ? On a déjà tant écrit sur ce que la presse populaire du monde entier appelle le "massacre de Pangbourne" qu'il me paraît difficile de garder l'esprit clair en face de cet événement tragique. Depuis deux mois la télévision nous a littéralement bombardés d'émissions commentant l'assassinat des trente-deux occupants de cette résidence de luxe situé à l'ouest de Londres, et l'on a tellement spéculé sur l'enlèvement de leurs treize enfants qu'il ne semble guère possible d'échafauder une seule hypothèse nouvelle. "


Brotherhood - Saison 1
Brotherhood - Saison 1
DVD ~ Jason Isaacs
Proposé par CVRD-Médias
Prix : EUR 14,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 L'Amerigain, 30 août 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Brotherhood - Saison 1 (DVD)
Âpre et sans concession, la série Brotherhood a certainement eu quelque difficulté à trouver un public qui soit prêt à en accepter les règles. Il sera sans doute, en effet, fort compliqué de trouver ici les formes d'identification aux personnages, caractéristiques du genre. Personne n'est vraiment sympathique dans cette histoire : puisque tous sont piégés dans les règles sociales corruptrices mise en lumière par le scénario. Et rien ne résiste à cette machine à broyer, si efficace pour faire ressortir le pire de chacun. Choisir son camp dans ce jeu truqué de la réussite individuelle est illusoire : seuls les pires seront les gagnants. Mais où est le gain ?
Une critique plutôt radicale du "rêve américain" , d'un grand réalisme psychologique et qui sait se tenir à l'essentiel sur 3 saisons, sans temps morts.


La psychologie de masse du fascisme
La psychologie de masse du fascisme
par Wilhelm Reich
Edition : Poche
Prix : EUR 10,65

1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 "Contradictions", 27 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : La psychologie de masse du fascisme (Poche)
Rédigé entre 1930 et 1933, juste avant la prise de pouvoir des nazis, cet ouvrage de référence a naturellement pris quelques rides du fait des modifications notables que la domination a apporté à son mode de fonctionnement et tout particulièrement dans le contrôle de ce que l’on appelle l’opinion. Ce que Goebbels, ministre de la propagande du régime nazi rêvait, la société spectaculaire-marchande l’a réalisé beaucoup plus efficacement.
Il faut donc se rappeler que Wilhelm Reich, en tant que penseur critique de cette époque particulièrement troublée, fut parmi les premiers à tenter de faire usage des découvertes de la psychanalyse freudienne conjointement à la pensée émancipatrice de Marx. Ce qui le désigna automatiquement comme cible privilégiée de toutes les tendances totalitaires et réactionnaires de son temps. Tendances qui, hier comme aujourd'hui, ne veulent pas admettre cette synthèse, profondément novatrice, orientant les recherches « sur la manière dont l'homme d'une certaine époque est, pense, agit en fonction de sa structure caractérielle, sur la manière dont les contradictions de son existence se répercutent en lui, sur la manière dont il tente de maîtriser sa vie. »
Contestant des approches purement psychologisantes ou purement économiques, Reich tente une approche globale d’un phénomène complexe qui reste toujours aussi angoissant en notre époque : pourquoi les « masses » font-elles ainsi le choix du pire ? « La question n'a pas été posée de savoir comment des masses paupérisées ont pu passer au nationalisme. Des mots comme "chauvinisme" "psychose", "conséquences du traité de Versailles" n'expliquent pas la tendance du petit bourgeois ruiné à épouser le radicalisme de droite, puisqu'ils ne cernent pas réellement le processus en question. »
« La critique n'a de sens et de portée pratique que si elle peut montrer à quel point précis on est passé à coté des contradictions de la réalité sociale. »
Reich dénonce également le verbiage issu de l’héritage marxiste dévoyé : « Des méthodes vivantes se sont figées en formules, des recherches scientifiques en schémas creux. »
Pour cela, il cherche à revenir aux fondamentaux d’une pensée qui se veut réellement dialectique, démontrant que les contradictions d’une époque, ses mensonges et dissimulations diverses, ont une relation directe avec la formation de la psyché des individus qui la composent et donc avec leur aliénation : « S'il est vrai qu'une "idéologie agit en retour sur le processus économique", elle a dû se transformer auparavant en une puissance matérielle.
(...) Comme les hommes faisant partie des différentes couches ne sont pas seulement les objets de ces influences mais les reproduisent aussi comme individus actifs, leur pensée et leur action doivent être aussi contradictoires que la société d'où elles émanent. Comme une idéologie sociale modifie la structure psychique des hommes, elle ne s'est pas seulement reproduite dans ces hommes, mais -- ce qui est plus important -- elle a pris dans la forme de l'homme concrètement modifié et agissant d'une manière modifiée et contradictoire le caractère d'une force active, d'une puissance matérielle. C'est ainsi et seulement ainsi que s'explique l'effet en retour de l'idéologie d'une société sur la base économique dont elle est issue. »
Pour bien saisir la portée des analyses de Reich, on les replacera donc dans leur contexte, à savoir les aboutissements de la République de Weimar, régime issu des conséquences en Allemagne de la guerre 14-18 et massacreur de la tentative révolutionnaire de 1918 en ce pays. Mais aussi l’échec de la Révolution russe avec la prise de pouvoir des bolchéviks et la mise en place d’un régime totalitaire, d’un capitalisme d’État, fort éloigné des aspirations historiques de Marx. Et la mainmise de ce régime, dans les années 20, sur tous les partis dits-communistes européens dont les directions furent transformées en simples relais du régime stalinien. On comprendra mieux alors toute la portée des « contradictions » dont parle Reich.
L'on dispose bien alors d'une clé de compréhension de ce qui, pour beaucoup, reste un phénomène historique incompréhensible. Analyse qui a le grand mérite d'être applicable aussi bien pour le nazisme que pour son pendant stalinien. Le plus grand reproche que l'on puisse formuler à l'encontre de la pensée de Reich, c'est qu'elle ait trouvé si peu de continuateurs conséquents. Et que, de ce fait, la relation entre l'inconscient humain et le champ politico-social reste tristement inexplorée.
Sauf à un niveau primaire (pour la propagande et la publicité) par ceux qui sont les représentants de la domination et qui n'ont donc aucun intérêt à l'émancipation du genre humain.


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