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La psychologie de masse du fascisme
La psychologie de masse du fascisme
par Wilhelm Reich
Edition : Poche
Prix : EUR 10,65

4.0 étoiles sur 5 "Contradictions", 27 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : La psychologie de masse du fascisme (Poche)
Rédigé entre 1930 et 1933, juste avant la prise de pouvoir des nazis, cet ouvrage de référence a naturellement pris quelques rides du fait des modifications notables que la domination a apporté à son mode de fonctionnement et tout particulièrement dans le contrôle de ce que l’on appelle l’opinion. Ce que Goebbels, ministre de la propagande du régime nazi rêvait, la société spectaculaire-marchande l’a réalisé beaucoup plus efficacement.
Il faut donc se rappeler que Wilhelm Reich, en tant que penseur critique de cette époque particulièrement troublée, fut parmi les premiers à tenter de faire usage des découvertes de la psychanalyse freudienne conjointement à la pensée émancipatrice de Marx. Ce qui le désigna automatiquement comme cible privilégiée de toutes les tendances totalitaires et réactionnaires de son temps. Tendances qui, hier comme aujourd'hui, ne veulent pas admettre cette synthèse, profondément novatrice, orientant les recherches « sur la manière dont l'homme d'une certaine époque est, pense, agit en fonction de sa structure caractérielle, sur la manière dont les contradictions de son existence se répercutent en lui, sur la manière dont il tente de maîtriser sa vie. »
Contestant des approches purement psychologisantes ou purement économiques, Reich tente une approche globale d’un phénomène complexe qui reste toujours aussi angoissant en notre époque : pourquoi les « masses » font-elles ainsi le choix du pire ? « La question n'a pas été posée de savoir comment des masses paupérisées ont pu passer au nationalisme. Des mots comme "chauvinisme" "psychose", "conséquences du traité de Versailles" n'expliquent pas la tendance du petit bourgeois ruiné à épouser le radicalisme de droite, puisqu'ils ne cernent pas réellement le processus en question. »
« La critique n'a de sens et de portée pratique que si elle peut montrer à quel point précis on est passé à coté des contradictions de la réalité sociale. »
Reich dénonce également le verbiage issu de l’héritage marxiste dévoyé : « Des méthodes vivantes se sont figées en formules, des recherches scientifiques en schémas creux. »
Pour cela, il cherche à revenir aux fondamentaux d’une pensée qui se veut réellement dialectique, démontrant que les contradictions d’une époque, ses mensonges et dissimulations diverses, ont une relation directe avec la formation de la psyché des individus qui la composent et donc avec leur aliénation : « S'il est vrai qu'une "idéologie agit en retour sur le processus économique", elle a dû se transformer auparavant en une puissance matérielle.
(...) Comme les hommes faisant partie des différentes couches ne sont pas seulement les objets de ces influences mais les reproduisent aussi comme individus actifs, leur pensée et leur action doivent être aussi contradictoires que la société d'où elles émanent. Comme une idéologie sociale modifie la structure psychique des hommes, elle ne s'est pas seulement reproduite dans ces hommes, mais -- ce qui est plus important -- elle a pris dans la forme de l'homme concrètement modifié et agissant d'une manière modifiée et contradictoire le caractère d'une force active, d'une puissance matérielle. C'est ainsi et seulement ainsi que s'explique l'effet en retour de l'idéologie d'une société sur la base économique dont elle est issue. »
Pour bien saisir la portée des analyses de Reich, on les replacera donc dans leur contexte, à savoir les aboutissements de la République de Weimar, régime issu des conséquences en Allemagne de la guerre 14-18 et massacreur de la tentative révolutionnaire de 1918 en ce pays. Mais aussi l’échec de la Révolution russe avec la prise de pouvoir des bolchéviks et la mise en place d’un régime totalitaire, d’un capitalisme d’État, fort éloigné des aspirations historiques de Marx. Et la mainmise de ce régime, dans les années 20, sur tous les partis dits-communistes européens dont les directions furent transformées en simples relais du régime stalinien. On comprendra mieux alors toute la portée des « contradictions » dont parle Reich.
L'on dispose bien alors d'une clé de compréhension de ce qui, pour beaucoup, reste un phénomène historique incompréhensible. Analyse qui a le grand mérite d'être applicable aussi bien pour le nazisme que pour son pendant stalinien. Le plus grand reproche que l'on puisse formuler à l'encontre de la pensée de Reich, c'est qu'elle ait trouvé si peu de continuateurs conséquents. Et que, de ce fait, la relation entre l'inconscient humain et le champ politico-social reste tristement inexplorée.
Sauf à un niveau primaire (pour la propagande et la publicité) par ceux qui sont les représentants de la domination et qui n'ont donc aucun intérêt à l'émancipation du genre humain.


La psychologie de masse du fascisme
La psychologie de masse du fascisme
par Reich Wilhelm
Edition : Broché

4.0 étoiles sur 5 "Contradictions", 27 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : La psychologie de masse du fascisme (Broché)
Rédigé entre 1930 et 1933, juste avant la prise de pouvoir des nazis, cet ouvrage de référence a naturellement pris quelques rides du fait des modifications notables que la domination a apporté à son mode de fonctionnement et tout particulièrement dans le contrôle de ce que l’on appelle l’opinion. Ce que Goebbels, ministre de la propagande du régime nazi rêvait, la société spectaculaire-marchande l’a réalisé beaucoup plus efficacement.
Il faut donc se rappeler que Wilhelm Reich, en tant que penseur critique de cette époque particulièrement troublée, fut parmi les premiers à tenter de faire usage des découvertes de la psychanalyse freudienne conjointement à la pensée émancipatrice de Marx. Ce qui le désigna automatiquement comme cible privilégiée de toutes les tendances totalitaires et réactionnaires de son temps. Tendances qui, hier comme aujourd'hui, ne veulent pas admettre cette synthèse, profondément novatrice, orientant les recherches « sur la manière dont l'homme d'une certaine époque est, pense, agit en fonction de sa structure caractérielle, sur la manière dont les contradictions de son existence se répercutent en lui, sur la manière dont il tente de maîtriser sa vie. »
Contestant des approches purement psychologisantes ou purement économiques, Reich tente une approche globale d’un phénomène complexe qui reste toujours aussi angoissant en notre époque : pourquoi les « masses » font-elles ainsi le choix du pire ? « La question n'a pas été posée de savoir comment des masses paupérisées ont pu passer au nationalisme. Des mots comme "chauvinisme" "psychose", "conséquences du traité de Versailles" n'expliquent pas la tendance du petit bourgeois ruiné à épouser le radicalisme de droite, puisqu'ils ne cernent pas réellement le processus en question. »
« La critique n'a de sens et de portée pratique que si elle peut montrer à quel point précis on est passé à coté des contradictions de la réalité sociale. »
Reich dénonce également le verbiage issu de l’héritage marxiste dévoyé : « Des méthodes vivantes se sont figés en formules, des recherches scientifiques en schémas creux. »
Pour cela, il cherche à revenir aux fondamentaux d’une pensée qui se veut réellement dialectique, démontrant que les contradictions d’une époque, ses mensonges et dissimulations diverses, ont une relation directe avec la formation de la psyché des individus qui la composent et donc avec leur aliénation : « S'il est vrai qu'une "idéologie agit en retour sur le processus économique", elle a dû se transformer auparavant en une puissance matérielle.
(...) Comme les hommes faisant partie des différentes couches ne sont pas seulement les objets de ces influences mais les reproduisent aussi comme individus actifs, leur pensée et leur action doivent être aussi contradictoires que la société d'où elles émanent. Comme une idéologie sociale modifie la structure psychique des hommes, elle ne s'est pas seulement reproduite dans ces hommes, mais -- ce qui est plus important -- elle a pris dans la forme de l'homme concrètement modifié et agissant d'une manière modifiée et contradictoire le caractère d'une force active, d'une puissance matérielle. C'est ainsi et seulement ainsi que s'explique l'effet en retour de l'idéologie d'une société sur la base économique dont elle est issue. »
Pour bien saisir la portée des analyses de Reich, on les replacera donc dans leur contexte, à savoir les aboutissements de la République de Weimar, régime issu des conséquences en Allemagne de la guerre 14-18 et massacreur de la tentative révolutionnaire de 1918 en ce pays. Mais aussi l’échec de la Révolution russe avec la prise de pouvoir des bolchéviks et la mise en place d’un régime totalitaire, d’un capitalisme d’État, fort éloigné des aspirations historiques de Marx. Et la mainmise de ce régime, dans les années 20, sur tous les partis dits-communistes européens dont les directions furent transformées en simple relai du régime stalinien. On comprendra mieux alors toute la portée des « contradictions » dont parle Reich.
L'on dispose bien alors d'une clé de compréhension de ce qui, pour beaucoup, reste un phénomène historique incompréhensible. Analyse qui a le grand mérite d'être applicable aussi bien pour le nazisme que pour son pendant stalinien. Le plus grand reproche que l'on puisse formuler à l'encontre de la pensée de Reich, c'est qu'elle ait trouvé si peu de continuateurs conséquents. Et que, de ce fait, la relation entre l'inconscient humain et le champ politico-social reste tristement inexploré.
Sauf à un niveau primaire (pour la propagande et la publicité) par ceux qui sont les représentants de la domination et qui n'ont donc aucun intérêt à l'émancipation du genre humain.


William Morris. Full-Color Patterns and Designs
William Morris. Full-Color Patterns and Designs
par William Morris
Edition : Broché
Prix : EUR 14,95

5.0 étoiles sur 5 Exigence, 24 juillet 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : William Morris. Full-Color Patterns and Designs (Broché)
Une fort belle présentation, bien qu'un peu brève, du style décoratif produit par William Morris à partir de 1860. Artisan d'art, poète, écrivain et critique radical de la société marchande, ce créateur génial allait influencer grandement ce qui ultérieurement deviendrait le mouvement artistique Arts & Crafts . Pour Morris, la beauté et la qualité d'un objet ne pouvait être séparé du plaisir ressenti dans sa création par celui qui le faisait naitre ; on comprend mieux le fossé existant entre cette merveilleuse production, riche d'imaginaire, et la laideur accablante de la plupart des objets de consommation contemporains quand on connait les conditions de vie épouvantables de ceux qui les produisent.
William Morris lui-même, résumait d'ailleurs fort bien la question dans son ouvrage critique " L' Age de l'ersatz " :
"Mais c’est perdre son temps que de vouloir exprimer l’étendue du mépris que peuvent inspirer les productions de cet âge bon marché dont on vante tellement les mérites. Il suffira de dire que le style bon marché est inhérent au système d’exploitation sur lequel est fondé l’industrie moderne. Autrement dit, notre société comprend une masse énorme d’esclaves, qui doivent être nourris, vêtus, logés et divertis en tant qu’esclaves, et que leurs besoins quotidiens obligent à produire les denrées serviles dont l’usage garantit la perpétuation de leur asservissement. "


Un paris révolutionnaire
Un paris révolutionnaire
par Claire Auzias
Edition : Relié

5.0 étoiles sur 5 Je t'aime, ô capitale infâme ! (Charles Baudelaire), 23 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Un paris révolutionnaire (Relié)
Voilà un ouvrage de fort belle facture et très agréable à parcourir, proposant une manière autre de se promener dans Paris et avec d'autres points de repère que ceux auxquels l'on est généralement habitué.
Le principal regret viendra du fait qu'il semble bien que ce qui est talentueusement exposé ici, fasse désormais partie du passé. Tout le monde sait fort bien que la catégorie de personnages évoqués ici a été, littéralement, chassée de Paris; tous ces esprits peu conciliants avec les formes diverses de la domination ont été, fort efficacement, incités à porter leurs pénates en d'autres lieux.
Mieux encore, le dressage marchand organisé de la jeunesse a déployé toutes ses forces pour éviter l'émergence d'aussi mauvais "citoyens". Le touriste peut donc désormais baguenauder (trainer son ennui) tranquillement et enrichir le commerce local. Plus généralement ce sont les pauvres qui ont été chassés de Paris et priés de s'entasser ailleurs (les odeurs, disait l'autre). Qui sait à qui peuvent bien appartenir maintenant tous ces immeubles parisiens devenus si "tranquilles" ?
Le style de Claire Auzias et de ses co-auteurs, pour ces balades en un Paris autre, est très plaisant : on sent chez eux la parenté avec toutes les mauvaises têtes évoquées ici. Qui ne s'en laissaient pas conter ...
Quelques extraits choisis au hasard dans ce livre décidément très sympathique :
- "Françoise Goupil 23, rue Serpente
L'épouse de Hébert, le père Duchesne, est-elle l'auteur des Lettres bougrement patriotiques de la mère Duchesne ? Probablement.(...)
Ces journaux furent publiés par Guillaumet, rue Serpente, en 1791 : "Je disais donc, continue la mère Duchesne, que nous ferons un club avec ces dames et toutes celles qui auront la force de boire une bouteille sans broncher, ce sera la seule épreuve de réception."
- "Caserne de la garde républicaine, 2 rue Tournon (actuel numéro 10)
Bakounine vécut à Paris de juin 1844 à novembre 1847, où il fut expulsé à la demande de l'ambassadeur de Russie. La révolution de Février 1848 le ramène à Paris et il s'installe, le 26 février, à la caserne du numéro 2 de la rue Tournon, à deux pas du Luxembourg. Il y resta un mois, "un mois de griserie" selon ses mots.
"Non seulement j'étais comme grisé, mais tous l'étaient : les uns de peur folle, les autres de folle extase, d'espoirs insensés. (...) j'aspirais par tous mes sens et par tous mes pores l'ivresse de l'atmosphère révolutionnaire. C'était une fête sans commencement ni fin ... "
- "En quarante années de "la dernière des républiques", les promoteurs ont réussi là où les nazis avaient échoué en 1944 : éventrer Paris. (...) il ne faut plus s'étonner d'une architecture aveugle à l'environnement, amnésique à l'histoire et insensible à la poésie.
- " Patrick Cheval (1947-1991) 90, quai de la Loire
Au 90, quai de la Loire est une vieille maison, décrépite par périodes. C'est là que vécut quelques saisons Patrick Cheval, poète anonyme, buveur très illustre, valeureux pêcheur et impeccable aventurier de la "bonne vieille cause", dans un studio sous les toits au fond de la cour. Parmi quelques productions de qualité, (...), un slogan bien senti qui court les mondes rebelles depuis , "Tant qu'il y aura de l'argent, il n'y en aura jamais assez pour tout le monde."
En Vingt Arrondissements, imagé par Golo.


La mort du Vazir-Moukhtar
La mort du Vazir-Moukhtar
par Iouri Tynianov
Edition : Poche

5.0 étoiles sur 5 De l'ambivalence des personnages, 4 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : La mort du Vazir-Moukhtar (Poche)
La forme du roman historique, choisie par Tynianov pour cet ouvrage, vise à tenter de mieux cerner l’âme de son personnage en le replaçant, en direct, dans le contexte et les événements qui furent les siens qui servent alors, si l’on peut dire, de révélateur.
Les personnages de Tynianov sont complexes, ambivalents. Il ne craint jamais de les poser dans leurs contradictions, leurs hésitations, leurs doutes, leur faiblesse; illustrant de manière exemplaire ces propos sur la matière des romans d’Herman Melville : « Le roman où chaque personnage peut, en raison de sa cohérence, être saisi d'un seul coup d’œil, soit ne montre qu'une part du personnage, en la donnant pour l'ensemble, soit trahit profondément la réalité.(…) et n'est-ce pas un fait que, dans la vie réelle, un caractère cohérent est un rara avis ? Les choses étant ainsi, l'aversion des lecteurs pour les caractères contradictoires, dans les livres, peut difficilement naître d'une impression de fausseté qu'ils donneraient. Elle s'expliquerait plutôt par la difficulté où l'on est de les comprendre. » Et comme en cet ouvrage, ces personnages ne semblent donc souvent ne rien maitriser mais plutôt être agis par les circonstances ; se contentant, à posteriori, de donner le change et de tenir la pose.
« Quels hommes étaient-ce donc ?
Des hommes en qui l'habit faisait le moine : où allait l'habit, ils dirigeaient leurs pas. »
Le personnage central de ce récit est donc Alexandre Griboïedov (1795-1829), connu comme poète et homme de lettre russe, de ceux qui ont posé les bases de cette littérature ; il apparait ici comme une sorte de Byron russe, figure romantique tiraillée entre des aspirations contradictoires, que l’on voit traverser dans ce roman la dernière année de son existence.
Entre la cour du Tsar Nicolas Ier à St Petersbourg en 1828, peu de temps après l’insurrection décembriste, puis en tant que ministre plénipotentiaire - vazir-moukhtar – à celle du Chah de Perse en 1829, en passant par la Géorgie et le Caucase où il trouvera le temps d’épouser une jeune princesse. Peu d’exotisme, toutefois, chez Tynianov : les circonstances historiques sont décrites sans dissimulation de leur âpreté et des motivations souvent mesquines des protagonistes. Citant ainsi un passage du Gulistan : « N'approche jamais la porte d'un émir, d'un vazir ou d'un sultan sans y avoir de bonnes connaissances. Car en flairant l'étranger, le garde le chien et le portier t'attraperont qui par la jambe et qui par les pans de ta robe ».
A deux ou trois reprises, on croisera également Pouchkine « inaccessible à son esprit, avec ce droit illégitime que lui conféraient ses vers tendres et ses rudes paroles … ».
On n’oubliera pas non plus le contexte d’écriture de ce très grand roman : l’étouffoir progressif de la bureaucratie stalinienne ou Tynianov fut bientôt réduit à vivre en parfait reclus.
Un très grand roman donc, qui trouvera sans complexe sa place au milieu des meilleures œuvres du genre du XXème siècle et malgré l’étonnant manque de reconnaissance dont il fait l’objet.


L'Almanach des maisons vertes
L'Almanach des maisons vertes
par Kitagawa Utamaro
Edition : Relié
Prix : EUR 19,90

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Opportunité à saisir, comme ils disent ..., 26 avril 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Almanach des maisons vertes (Relié)
Amateur du Japon ancien, d'histoire, d'illustrations de qualité et de beaux livres, précipitez-vous sur cet ouvrage qui est actuellement vendu à un prix tout à fait dérisoire compte tenu de sa qualité de réalisation. Seule la prodigieuse inculture des temps présents est en mesure d'expliquer le désintérêt qu'a, semble-t-il, connu cette publication, reproduisant fidèlement la présentation des livres d'estampes des XVIIIème et XIXème siècles japonais. Un très beau boitier contenant 3 parties distinctes : une introduction du contexte de réalisation de l’œuvre avec les Textes d'accompagnement de Jippensha Ikku traduits en français et deux livres construits en dépliant présentant l'ensemble des estampes de cette collection dans leur succession d'origine. Une acquisition qui, opportunément, fournira fort probablement l'unique raison de pouvoir se réjouir de l'inculture évoquée ci-dessus.


Les aventures d'Ultra-Chômeur
Les aventures d'Ultra-Chômeur
par Erich Origen
Edition : Album

4.0 étoiles sur 5 La faute aux pauvres !, 21 avril 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les aventures d'Ultra-Chômeur (Album)
Proche du mouvement "Occuper Wall-Street", Gan Golan et Erich Origen, reprennent le principe et la forme si caractéristiques des sagas de super-héros dans la bande dessinée américaine, se servant de cette dynamique pour mettre en lumière, d'une manière fort incisive, le fonctionnement et les aboutissements de l'économie marchande. C'est ainsi que " face à la crise, une phalange de super héros déclassés se lève contre les pouvoirs de la finance". Avec pour commencer la douloureuse prise de conscience d'ULTIMATUM, le chevalier noir du développement personnel, dernier avatar de Batman et qui était persuadé que la pauvreté ne pouvait être que "le fruit d'une mauvaise hygiène mentale". Avec la perte de ses super-accessoires de réussite, les bottes auto-élévatrices dont il suffit de tirer la languette pour s'élever socialement, les lunettes blindovision bloquant les visions négatives, les filtres d'oreilles anti-négativité qui permettent de ne rien entendre (et tout est dit !) et l'anneau de positivité permettant de ne pas penser, le réveil sera brutal mais salvateur. Avec en ligne de mire la JUSTE GRANDE SOCIÉTÉ. " On n'a peut-être pas d'emploi mais on a du boulot".
A recommander à tous ceux qui ont appris l'art si contemporain du rire et pleurer simultané ...


Tokyo Bordello
Tokyo Bordello
DVD ~ Hideo Gosha
Proposé par videophil95
Prix : EUR 12,99

5.0 étoiles sur 5 Incendie, 20 avril 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Tokyo Bordello (DVD)
Même pour qui connait l’œuvre plutôt atypique de Hideo Gosha dans le cinéma japonais, ce film surprend par la sorte de lucidité désespérée dont il fait preuve. Si le scénario retrace les dernières années du célèbre quartier de "plaisir" de Yoshiwara à Tokyo, entre 1909 et 19011, date à laquelle il fut entièrement détruit dans l'incendie qu'évoque le titre japonais ("Yoshiwara enjo"), on voit bien que la facticité ici décrite, symbolise également le regard que peut porter Gosha sur son temps. Ainsi l'ascension de la geisha Hisano, personnage central de ce film, est de son propre aveux bâti sur le mensonge puisque seul le mensonge permet la réussite sociale, au prix du renoncement à tout ce qui pourrait être réellement vécu. Mais les moyens esthétiques employés par Gosha pour sa démonstration sont également forts surprenants, en équilibre instable au bord de la vulgarité mais sans jamais y sombrer avec une sorte de provocation qui n'est pourtant jamais gratuite; en jouant également violemment de l'émotion sans pourtant tomber dans la niaiserie. Peu de cinéastes sont capables de cette maitrise tout en prenant autant de risques. Nous avons donc bien à faire ici à une sorte d'ovni cinématographique, de cette sorte qui précisément nous rappelle que le cinéma peut aller bien au-delà de la distraction et exiger de nous tout autre chose, par exemple sur la façon dont nous nous positionnons socialement et sur la caution passive que nous donnons au mensonge et à l’oppression. On notera que le scénario est de Kazuo Kasahara à qui l'on doit également celui du remarquable "Combat sans code d'honneur" de Kinji Fukasaku. De même, on n'oubliera pas non plus la fort belle musique de Masaru Sato qui souligne fort subtilement tous les non-dits tragiques de ce scénario.


L'homme sans qualités, Tome 2 :
L'homme sans qualités, Tome 2 :
par Robert Musil
Edition : Poche
Prix : EUR 10,00

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Regrettable ..., 10 avril 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'homme sans qualités, Tome 2 : (Poche)
On ne peut que constater que derrière un certain bavardage médiatique, les français ne s'intéressent plus vraiment à la littérature allemande. Que si citer Kafka peut encore être très décoratif dans une conversation, la plupart de ses livres dorment sur les rayons sans jamais être lus. Que si parler de Musil et de son Homme sans qualités est encore très valorisant dans les milieux dits intellectuels, les ventes de cette seconde partie de l'ouvrage demeurent forts maigres.
Que faut-il en conclure ? Cet ouvrage, universellement reconnu comme l'un des plus importants du Vingtième siècle, n'est donc pratiquement jamais mené à son terme par ceux-là même qui en font parure ! Je ne doute nullement qu'en ce lieu d'exception, il en soit tout autrement mais à tout hasard, j'insisterais toutefois sur l'extraordinaire intérêt du contenu de ce second tome, sans lequel la saisie effective de la signification de l’œuvre serait certainement manquée.
Quelques extraits, choisis presque au hasard, pour stimuler les appétits défaillants et les attentions inconstantes:
"Tu m'as demandé ce que je crois. Je crois que mêmes si l'on me donnait les meilleures raisons du monde pour me prouver qu'une chose est bonne ou belle, cela me serait indifférent , et que je n'accepterais pour me diriger qu'un seul et unique critère : si la proximité de cette chose m'accroît ou me diminue. Si elle m'éveille ou non à la vie. "
"Je pense que nous n'avons rien de précis à exiger les uns des autres, je veux dire nous tous; en fait nous n'avons pas à attendre des actes les uns des autres, mais à créer d'abord leurs prémisses ... "
"Jamais la ville où ils vivaient ne leur avait paru à la fois si belle et si étrangère. (...) Le bruit ruisselait dans l'air raréfié par la chaleur comme un fleuve qui eût atteint la hauteur des toits. Toutes choses sonnaient, sentaient, paraissaient d'une manière unique et inoubliable, comme proclamant l'idée qu'elles se faisaient d'elles-mêmes dans leur instantanéité; et le frère et la sœur n'acceptaient pas sans plaisir cette invite du monde extérieur. "
"Ainsi leur devint évidente la nature ambigüe de la vie qui alourdit toute grande aspiration d'une aspiration plus vulgaire. A tout progrès elle lie une régression et à toute force une faiblesse; elle ne donne à personne un droit qu'elle n'ait enlevé à un autre, elle n'ordonne aucun chaos sans créer de nouveaux désordres, et elle semble ne provoquer le sublime que pour décorer la platitude ..."
Rarement un livre, au détour de ses pages nombreuses, n'aura autant donné à sa lecture, le sentiment répété et réconfortant de se pénétrer davantage de l'intelligence des choses et donc finalement de "s'améliorer".


L'ami qui venait de l'An Mil: Su Dongpo (1037-1101)
L'ami qui venait de l'An Mil: Su Dongpo (1037-1101)
par Claude Roy
Edition : Broché
Prix : EUR 21,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Fuite du temps, 24 mars 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'ami qui venait de l'An Mil: Su Dongpo (1037-1101) (Broché)
Comme tentant d'abolir le fossé des siècles, Claude Roy à travers cette chronique de la vie de Su Dongpo et certains souvenirs de ses propres expériences en Chine dans les années 60 , lance comme un fil subjectif vers le grand poète chinois.
L'essentiel du livre repose ainsi sur la présentation des compositions, illustrant les étapes diverses de l'existence de celui qui fut il y a mil ans, sous la dynastie Song, non seulement poète mais aussi peintre, calligraphe sans compter diverses fonctions officielles aux quatre coins de l'empire qui lui valurent exils et persécutions diverses. Si bien que comme beaucoup des plus grands poètes chinois, Su Dongpo dit l'impermanence des choses et l'éphémère de la vie humaine mais aussi l'émerveillement du moment face à la fuite du temps.

Miroir de l’eau. Temps de printemps.
Brume légère, douce est la pluie.
Le lac de l’Ouest, une jeune fille,
Belle au réveil, belle au coucher.

Je suis le dieu du fleuve fier de ses crues d'automne
Je confie ma vie au changement
à l'alternance du jour et de la nuit ...

La vie de l’homme :
L’empreinte d’une oie sauvage sur la neige.
Envolé, l’oiseau est déjà loin.


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