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Contenu rédigé par Bruce Tringale
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Commentaires écrits par
Bruce Tringale (France)
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Fille perverse (la) - Junji Ito collection N°10
Fille perverse (la) - Junji Ito collection N°10
par Junji Ito
Edition : Broché
Prix : EUR 12,50

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Monsieur Sinistre, 10 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Fille perverse (la) - Junji Ito collection N°10 (Broché)
La fille perverse est un recueil de nouvelles horrifiques de Junji Ito parues dans des nouvelles mensuelles entre 1990 et 1994. Les scans de qualité étant tout aussi cauchemardesques à trouver et les nouvelles de qualités inégales, nous n'en commenterons que 5 sur les 7 publiées.

- La fille Perverse

Une jeune femme se souvient du plaisir sadique qu'elle avait à torturer un enfant dont elle avait la garde. Celui-ci se manifeste 20 ans après pour la demander en mariage.

Contrairement au titre de la nouvelle et du recueil, il ne s'agit ni d'un récit pornographique, encore moins érotique, tant le sexe semble absent des considérations du mangaka.

Pourtant en terme de persuasion, de sadisme et de masochisme, Ito fait très fort sur ce coup là. En moins de 30 pages, il réussit à bâtir un récit terrifiant de méchanceté à en faire pâlir Polanski, pourtant spécialiste du genre !

Kuriko est une jeune femme bien sous tout rapport. Alors qu'elle voulait jouer au jardin d'enfant on lui colle la garde d'un petit garçon à la présence envahissante. Pour retrouver sa liberté, elle va le martyriser de plus en plus cruellement. Ito décrit admirablement la naissance du sadisme. Kuriko imagine des punitions auxquelles elle prend progressivement plaisir. Et l'objet de son sadisme dont elle devait se débarrasser devient progressivement sa raison de vivre.

Elle finit par épouser sa victime des années plus tard et a un enfant qui le portrait craché de celui qu'elle aimait torturer. Ito montre sa parfaite connaissance de l''âme humaine et brise le tabou de la méchanceté de l'enfant. Kuriko est déterminée et a des raisons de sombrer dans le sadisme.

Comme souvent chez cet auteur, cette écriture est celle du déclic. Le moment où des personnages bons sous tous rapports deviennent des monstres. Ito joue avec les nerfs de ses lecteurs avec une écriture particulièrement sadique où nous prévenons mentalement des innocents du danger qu'ils encourent sans que ceux-ci puissent nous entendre. Un enchaînement impeccable pour un chef d'oeuvre du genre.

-La maison du déserteur

8 ans après la fin de la deuxième guerre mondiale, un déserteur est toujours planqué chez des amis qui le cachent dans une remise. Ceux-ci le manipulent et lui font croire que la guerre continue en le coupant de toute source d'information.

Ils demandent également à des voisins d'organiser de fausses descente de police militaire. Quelles sont les raisons de cette cruauté envers celui qui était un ami ?

Non seulement, la réponse implacable fait froid dans le dos mais le déroulement aux frontières du réel achèvent de donner à cette nouvelle une ambiance irrespirable.

Encore une fois, la méchanceté des personnages n'est pas innée. Elle s'est construite sur des événements dramatiques fournissant le prétexte aux protagonistes de justifier leur cruauté, leurs crimes contre leur humanité.

Une nouvelle ne permet jamais le développement des personnages que le permettrait un média long format. Pour autant, Ito réussit toujours à instaurer en moins de 30 pages une ambiance, des personnalités fortes, une tension dramatique incroyable. Pas une ligne, pas une page qui ne soit en trop et un final inattendu qui montre l'étendue du talent d'Ito à choquer son lecteur.

-Le coeur d'un père

Attention, lecture traumatisante ! 3 enfants d'un père tyrannique sont victimes de transes passagères. Après le suicide du plus vieux de la fratrie, les deux autres s'interrogent sur l'origine des migraines et continuent d'avoir un comportement erratique. Il s'agit à mon sens d'une oeuvre majeure d'Ito. Le père réussit de manière surnaturelle à prendre possession du corps de ses enfants pour vivre une innocence qu'il n'a pas connu.

Voici une allégorie remarquable autour de la tyrannie paternelle, de son culte au japon et bien sûr autour du viol d'un enfant.

En déplaçant son discours sur vers le surnaturel, l'auteur titille la curiosité de son lecteur qui continue d'investiguer autour de drames épouvantables qui le feraient fuir dans la réalité.

Pour rendre tout cela supportable, il instaure, chose rare des héros sympathiques et une fin morale, preuve qu'il agit auprès de son lectorat de manière responsable.

Après un tel chef d'oeuvre, les nouvelles qui suivent sont forcément moins bonnes, moins développées même si les trames restent excellentes comme celles de la capsule enterrée. D'anciens collégiens déterrent 20 ans après dans leur école une capsule remplie de leur souvenir d'enfance. Ce qu'ils vont y trouver va être aux antipodes de ce qu'ils se rappelaient de cette époque...

- Souvenirs

Une jeune femme physiquement parfaite se souvient avoir été difforme pendant son enfance. Pourquoi ses souvenirs sont flous ? Et comment son visage a t'il changé ? Une métaphore brillante sur l'identité intérieure / extérieure et de l'angoisse à son paroxysme.

Car en plus de ces tourments, comme toujours chez Ito l'individu affronte ses cauchemars sans aucune présence fiable et/ou rassurante à ses côtés.

Avec ces 7 nouvelles pas toujours égales, Ito s'affirme définitivement comme le Stephen King nippon, où les enfants n’échappent ni à la cruauté de la vie, ni à celle intrinsèque de leur nature. La violence physique est rarement représentée. La violence sexuelle jamais.

Le lecteur qui pénètre dans cet univers doit accepter de rentrer dans un monde de cruauté psychologique aux effets jamais gratuits et aux ramifications existentielles.

Tonkham publie un belle couverture en 3 D mais qui perturbe un peu la lecture du fait de sa rigidité. Question traduction, si la tournure littéraire de Jacques Lalloz n'atteint pas les horreurs de Panini, on lui demandera de réviser ses conjugaisons et notamment ses participes... Pas moins d'une dizaine de fautes recensées pour 200 pages, ça aussi c'est cruel...


Wolverine & the X-Men by Jason Aaron Volume 8
Wolverine & the X-Men by Jason Aaron Volume 8
par Jason Aaron
Edition : Broché
Prix : EUR 14,29

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 School's Out Forever !, 5 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Wolverine & the X-Men by Jason Aaron Volume 8 (Broché)
Voilà c'est fini ! Plutôt que de jouer les prolongations en attendant les penaltys , Jason Aaron conclut avec cet arc la première session de la Jean Grey School. Il l'avoue lui même dans la post face. Il s'agira sûrement d'un moment unique dans son oeuvre.

Après avoir massacré ses héros de Scalped, tuer Frank Castle dans son run pour le Punisher et envoyer Wolverine en enfer, il avait personnellement besoin de légèreté.

Tout comme les mutants de Xavier qui enchaînaient les tartines de m**** depuis des années.Pendant 42 épisodes Aaron aura tourné en dérision mais jamais en ridicule les Xmen.
A l'inverse d'un Garth Ennis qui n'est jamais tant heureux que lorsqu'il parodie les super héros en les traînant dans la boue, Jason Aaron a brodé à sa manière une étrange fable drôle et tendre sur la peur de grandir.

Cet arc confirmera nos dires. La Jean GreySchool aura été décrite comme une grande famille dysfonctionnelle avec son père autoritaire, ses brebis galeuses, ses premiers de la classe, ses inadaptés.

Qu'attendre d'une école dirigée par Wolverine ? Des pièges dans les toilettes, des heures de colles humiliantes, des professeurs complètement dingues et des châtiments à faire pâlir le Marine's le plus aguerri.
Mais cette famille dysfonctionnelle reste une famille qu'il est difficile de quitter. Au moment de la remise des diplômes, nos élèves sociopathes réalisent que cette folie, cette insouciance, cette joie de vivre a toujours été encouragée par leurs mentors.

Que leur différence a toujours été respectée et que personne n'a tenter de les faire rentre dans le moule, les Xmen étant suffisamment paumés pour cela !

Et Quentin Quire, l'apprenti terroriste de constater qu'il a peur de vieillir, des responsabilités, des sentiments qui viendraient l'affaiblir. Face à ce miroir fauteur de chaos, Wolverine aura appris à ne plus penser avec ses griffes et à se comporter comme un directeur d'école plutôt que comme un kamikaze.

Aaron diplôme ses élèves. Il ne les aura opposés ni à Apocalypse, ni à Magneto. Et aura réussi à tirer son épingle du jeu lors du crossover Avengers contre Xmen.

Pour distiller l'indispensable dose d'action aux comics de super héros, il a écrit un running gag tout au long de la série : l'école est attaquée, les Xmen vont se battre les mains dans les poches et recommencent leurs cours 2 heures après auprès de morveux indisciplinés.

Chacun d'entre eux aura eu son heure de gloire : la grossesse de Kitty, la montée en pouvoir de Bobby Drake, la nouvelle personnalité d'Angel et la psychose d'Husk. Face à eux, un groupe de super vilains forcément adolescents pour augmenter l'effet miroir et développer la propension au bien des élèves de l'école.

La force du run est de pouvoir rattacher chaque élève à des séquences mémorables : les larmes de lave de Krakoa, les tee shirt de Quentin, la gentillesse authentique de Broo le Brood, la maturité précoce d'Idie, la violence de Kid Gladiator, chacun d'entre eux évoque immédiatement 1001 souvenirs au lecteur qui aura apprécié ce run.

Et même si à force de jouer avec les personnages, Aaron ne dispose pas d'autant d'espace qu'il aurait pu avoir pour ses mutants ( 10 épisodes bouffés par les crossovers...), ce n'est pas grave.

Comme le suggère Aaron dans le futur proche où Logan vieilli rumine sur la fermeture de l'école, le lecteur aura compris que le personnage principal de cette académie loufoque c'est bien la Jean Grey School !

Et puis les absents malgré la rigolade n'auront jamais été aussi présents.
Aaron rappelle que le combat des Xmen a eu ses martyrs : Jean Grey, Xavier et Scott Summers dont l'ombre aura planné tout au long de la saga.

L’idéologie des Xmen est dépassée. Le pacifisme écrasé. La JGS ne propose plus qu'une seule chose à ses élèves : apprendre à vivre et survivre come disait l'autre... Mais si la survie est amère chez Scott Summers, elle est vivifiante chez Logan.

Au delà de son scénario, des gags drôles mais jamais lourdingues, n'oublions pas que Aaron est un vrai psychologue et un grand dialoguiste. Si l'artifice pour réunir Scott et Logan dans une même pièce face à des sentinelles est un peu gros, il reste cohérent.

Les voilà de retour à la situation de Shism qui a brisé leur amitié. Deux héros face à des sentinelles ! Aaron décrit en quelques pages une amitié qui ne veut pas mourir, malgré les rancunes, les non dits, les erreurs, les morts.

Et Logan de rappeler à Scott que s'il le déteste, c'est parce qu'il lui rappelle trop le psychopathe qu'il était. Une famille je vous dis.

J'ai tiqué à quelques reprises durant ce dernier épisode : un défilé de dessinateurs à chaque page alors que l'on aurait aimé l’époustouflant Bradshaw. Et les séquences futuristes allégoriques à défaut d'être crédibles.

Pourtant, comme pour le run de Waid sur DD, le tout est plus important que la somme des parties.
Aaron aura tenu sa promesse : faire de son lecteur un élève à part entière de l'école tout en le sevrant du syndrome Peter Pan en lui rappelant que le plaisir de grandir est lié au plaisir de vivre.

Exceptionnel !
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (6) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 10, 2014 8:17 PM MEST


All-New X-Men Vol. 4: All-Different
All-New X-Men Vol. 4: All-Different
par Brian Michael Bendis
Edition : Broché
Prix : EUR 19,35

3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Le retour de Factor X !, 5 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : All-New X-Men Vol. 4: All-Different (Broché)
Ce commentaire couvre les épisodes 5 à 20 de la série All New Xmen.

Bon.. Faisons court.... Les habitués de la maison connaissent maintenant la "sympathie" que j'ai pour Brian Bendis.
Comme nous l'avions supputé, il est arrivé finalement à ramener les anciens Xmen, ressusciter la première monture de Facteur X, celle des années 80, et y apposer le label New Xmen.

Comment dire sans être méchant ? Comme sur ses Avengers, Bendis fait défiler les personnages sans leur donner aucune consistance : Mystique élabore des plans foireux sans conclusion, drague cyclope sans aucune conséquence, le plan de Scott Summers et sa révolution jamais éclairci.

Il n'en fini pas d'agrandir son casting : Mystique, Sabretooth puis Lady Mastermind, puis X23. Tout ce petit monde est convoqué autour d'un épisode puis dilué dans la masse sans n'avoir rien à faire ni à dire...

Tout cela manque de cohérence, de lucidité et truffé de faute de continuité. C'est ainsi que tout le monde semble avoir oublié que Jean Grey n'a jamais été le Phénix et n'a jamais tué personne puisqu'en hibernation dans un cocon de Jamaica Bay... C'est dommage, c'est dans le premier épisode de Factor X....C'est pourtant les Shi'ar qui vont la juger une énième fois...

Les mutants passent d'un point A à un point B, rencontrent leurs avatars, d'autre membre du marvel universe échangent trois vannes et passent à autre chose en dissertant sur le temps qui passent. Quant à leur mission première, cela fait bien longtemps que tout le monde semble l'avoir oublié...

Il y a quelque chose de fascinant à lire cette série : comment peut on écrire 20 épisodes d'une série qui n'a rien à dire, sinon ressasser le passé et ignorer complètement la métaphore raciale.

Réponse: par intermittence Bendis retrouve un peu du talent qui fit de lui un scénariste majeur des années 90 et donner lieu à des échanges intéressant par le jeune Scott Summers et Wolverine. Et les dessins d'Imonem restent de toute beauté.

C'est triste, vraiment et surtout très, très creux aux antipodes des run de Jason Aaron...

Voilà, j'ai pas été trop méchant hein ?

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Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 5, 2014 8:56 PM MEST


Walking Dead, Tome 20 : Sur le sentier de la guerre
Walking Dead, Tome 20 : Sur le sentier de la guerre
par Robert Kirkman
Edition : Broché
Prix : EUR 14,50

21 internautes sur 28 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Un p'tit coup de mou Robert ?, 4 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Walking Dead, Tome 20 : Sur le sentier de la guerre (Broché)
Voici venir le volume qui va ravir les détracteurs de la série, ceux qui trouvent que Robert Kirkman tourne en rond depuis des années, que ses histoires suivent toujours le même schéma et qu’il serait temps d’achever les souffrances de Rick Grimes et ce qui lui reste d’amis.

Et force de constater, malgré toute notre affection pour cette série, que cette fois, ils auront raison.

Car on parle quand même d’un Arc intitulé Guerre Totale et que ce genre d’histoire de massacre après l’accalmie a toujours été le fort de la série.

Oh ! des coups de feu détonnent, des grenades explosent, quelques personnages secondaires rencontrent leur créateur et les zombies font leurs grand retour.

Pourtant, force est de constater que le plan de Rick est en dessous de ce que l’on pouvait attendre de 20 épisodes de préparation.

Que les affrontements manquent d’intensité et que tout ce petit monde meure dans l’indifférence générale voire d’un certain contentement du lecteur qui se débarrasse de quelques boulets qui venaient plomber la série, et dont Kirkman a peut être pressenti l’inutilité.

Le problème de cette histoire vient de là : la plupart des personnages venant combler le vide laissé par la disparition des grandes figures de la série n’étaient pas à la hauteur.

C’est d’ailleurs le point fort de la série TV: se détacher du focus porté sur Rick Grimes pour consacrer des épisodes entiers à ses copains…
Heureusement le vilain Negan est à la hauteur aussi imprévisible que surprenant, cruel que drôle et Kirkman a réussi à créer un psychopathe au caractère plus intéressant que le Gouverneur.

Il n’en reste pas moins qu’avant que Rick et lui règlent leurs comptes, il faudra que Kirkman se réveille un peu et se rappelle ce qui faisait le sel de sa série : l’impossibilité d’anticiper ce qui allait suivre, ce qui n’est malheureusement pas le cas ici.

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Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (11) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 11, 2014 4:11 PM MEST


MAGNETO LE TESTAMENT
MAGNETO LE TESTAMENT
par Greg Pak
Edition : Broché
Prix : EUR 14,95

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Shoah !, 4 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : MAGNETO LE TESTAMENT (Broché)
Magneto est l’un des personnages les plus passionnants du l’univers Marvel. Ni bon, ni tout à fait mauvais, sa présence dans les Xmen induit souvent des combats souvent aussi physique qu’idéologiques.

Lorsqu’il apparaît pour la première fois chez les Xmen, Magneto est le stéréotype du vilain qui n’est là que pour s’opposer aux bons : impitoyable, veule, menteur, manipulateur.

Il faudra attendre une quinzaine d’années pour que Chris Claremont le recréateur des Xmen tel qu’on les connait et que l’on aime, remodèle entièrement le personnage.

C’est ainsi qu’au cours d’un combat somme toute routinier contre les hommes de Xavier, il est sur le point de tuer Kitty Pryde, l’adorable benjamine de 13 ans et juive de surcroît.

Il s’agit à mon sens de la plus belle scène des Xmen sous l’ère Claremont: Magnéto, d’habitude si arrogant fond en larmes, en proie à un syndrome post traumatique et craque durant un combat : du jamais vu !

Impuissant aux pieds d’une Tornade prête à l’exécuter, il confie être un rescapé de la Shoah et que la haine éprouvé envers ses bourreaux se répercute surs ses choix idéologiques.Traumatisé par le fait qu’une race ait pu disparaître à cause de la haine, il jure de protéger les mutants afin d’éviter que ne se reproduise le massacre.

Si ces intentions sont nobles, les méthodes radicales du Maître du Magnétisme en choquera plus d’un. Lui même admettra en s’attaquant à une enfant être devenu ce qu’il s’est juré de combattre : un despote raciste pas si différent d’Hitler.

En plus d’une réflexion passionnante induisant que les victimes peuvent devenir des bourreaux, Claremont invente progressivement un passé à ce personnage nouveau après 20 d’existence: Magneto a vu toute sa famille exterminée à Auschwitz, il en est un des rares survivants avec Magda la femme qu’il a sauvé.

De retour à la vie civile, des militants communistes le persécutent et causent accidentellement la mort de sa petite fille. Fou de douleur, Le jeune Magneto cède à la rage qui l’habite en déployant pour la première fois ses pouvoirs.

Terrorisée par cet homme qu’elle pensait aimer, Magda abandonne un Magneto désemparé qui rencontre en Israel un jeune Thérapeute idéaliste : un certain Charles Xavier …

Claremont que l’on a jamais assez remercié pour les aventures des Xmen qui nous ont tant fait rêver, fait rentrer la Shoah dans les Comics Books. Son choix de transformer un vilain d’operette en une victime de l’histoire qui se révolte est une une étape majeure de l’évolution du Comic Book que l’on oublie souvent.

Magnéto : Testament raconte l’histoire du jeune Magnéto en détail, ce qui n’avait jamais été fait.

Question de maturité ? Le Comics code en vigueur jusqu’en 2000 empêchait il la représentation des chambres à Gaz en format BD ? Manque de courage artistique ?

Toujours est il, qu’avec ce livre, Marvel frappe un grand coup et prouve que le Comics Books n’est pas seulement un vecteur de combat titanesques pour adolescent attardé ; Spiegelmann avec Mauss et Joe Kubert avec Yossel ont prouvé que Bande Dessinée pouvait s’accorder avec l’Histoire.

Attention ! Ici les pouvoirs de Magneto ne sont pas encore apparus . Qu’on ne s’attende pas à de l’Inglorious Basterds où l’on fait voler les Nazis !

Le projet , mené de main de maitre par Greg Pak est de se servir du seul personnage de BD Américaine ayant connu ces atrocités pour raconter aux jeunes générations le carnage Nazi.

Max est donc un jeune juif d’une dizaine d’années au moment des premières lois raciales. On y suit ses premières humiliations , son histoire d’amour tragique avec Magda , une jeune Gitane , puis de fil en aiguille , les réquisitions , l’étoile jaune , la traque des commandos de la mort et la déportation .

La dernière partie de Testament se situe donc à Auschwitz où le jeune Max est un homme par la force des choses et devient "Sonderkommando" , c’est à dire un prisonnier afféré aux taches jeter les corps de ses frères dans les fours crématoires …

Voilà , c’est terrible , c’est dur , c’est réaliste, c’est audacieux pour une industrie qui a tendance à ressusciter ses morts dès que les ventes chutent , on en ressort KO et les dessins sont bouleversants. Plus qu’un background à un personnage passionnant, Testament est une splendide oeuvre, courte, mais terriblement efficace.

L’édition Française est très bien même s’il manque le petit QCM présent dans l’édition Américaine demandant aux jeunes lecteurs de faire part de leurs impressions.

Elle a cependant le mérite d’offrir une traduction de qualité (rare chez Panini !) et une Postface émouvante et militante de Stan Lee ( Lieber de son vrai nom). Seul reproche : la couverture est poignante mais pêche sur un petit détail : il aurait été impossible dans la réalité pour Max de laisser sa main sur la clôture électrifiée …
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 5, 2014 7:10 PM MEST


Opium
Opium
par Laure Garancher
Edition : Album
Prix : EUR 21,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 L'opium des peuples, 4 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Opium (Album)
Elles ne sont pas si nombreuses les auteures de BD féminines. Encore moins salariées de l’OMS, parlant couramment cinq langues et dessinant le soir sur leur temps libre. Avec ce parcours atypique, Laure Garancher livre un deuxième album à son image : surprenant et original.

Opium relate une page sombre de l’histoire de la Chine : celle de la guerre de l’opium. L’empire britannique implanté en Inde réduit son déficit extérieur en exportant en chine des quantités effrayantes d’opium.
Outre le fait que des millions de chinois vont succomber à la drogue extraite du pavot, la Chine va réagir en détruisant vingt mille caisses de la drogue britannique.

Les représailles britanniques ne se font pas attendre et commencent en 1855 une chaîne d’événements qui vont aboutir à un conflit de 15 ans, 20 millions de morts (autant que pour la 2ème guerre mondiale !) et le début de la chute de l’empire chinois.
Notre histoire débute en 1855. Mei Ju est une femme aussi belle que brillante.

Elle maîtrise à la perfection les arts martiaux et pour obéir à son père haut gradé de l’empire, elle accepte de consacrer sa vie à laver l’honneur de son pays mis en déroute par les anglais. Pendants des années Mei Ju va donc apprendre l’anglais, l’histoire britannique, les arts martiaux et ceux de la séduction. Infiltrée chez un haut trafiquant d’opium, Mei Ju va à la fois espionner l’ennemi et jouer avec les enfants de l’adversaire.

L’ambivalence va battre son plein lorsqu’une passion amoureuse l’entraîne, elle qui a maîtrisé l’art du contrôle comme personne, dans les bras d’un artiste anglais. Mei Ju va devoir choisir entre le devoir et l’amour, la raison et la passion, la vie d’une aventurière ou d’une femme au foyer.
Ce choix aura des répercussions inattendues sur la vie de sa soeur jumelle retirée dans un monastère, à l’abri des tourments de l’Histoire.

Ce qui est immédiatement remarquable dans cet album est son parti pris esthétique : Garancher maîtrise un art pas si naïf qu’au premier abord puisqu’elle n’est jamais avare de décors et d’enluminures de l’époque.
Que ce soit dans les scènes de marché, dans le quartier résidentiel britannique ou au monastère, Garancher, derrière la fausse simplicité de son trait, livre des costumes et des cadres travaillés.

Si le langage corporel et les regards sont volontairement figés , les angles de vue choisis témoignent d’une solide expérience esthétique.Enfin, le parti pris de délaver les couleurs et de donner au papier un effet jauni de parchemin permet une véritable immersion dans une histoire que l’on dévore de bout en bout.

Côté scénario, le parti pris de Garancher est aussi singulier qu’exotique : de l’espionnage, des grands sentiments, un peu d’action, des réflexions sur l’art et un amour authentique pour ce pays. On se laisse très vite emporter par le récit et le moindre des talents de Garancher est de produire l’étonnement de son lecteur.

Car voici un récit historique plein de fureur raconté avec sérénité par son auteure. Un récit d’espionnage sans violence. Des personnages blessés sans effusions de sang. Du romantisme sans mièvrerie.
Notre scénariste n’est jamais là où on l’attend. Alors que le lecteur attendait un récit d’espionnage, voici qu’elle délivre une poignante histoire d’amour contrariée.

Et jouer des clichés de son histoire : tourments, triangle amoureux, destins contrariés, certes, mais les réactions des personnages ne sont jamais conformes à ce que l’on pourrait attendre d’une romance à l’occidentale.

Garancher dissèque le sens de l’honneur à l’épreuve de la réalité, le sacrifice de l’individu pour le collectif et un certain éloge de la fuite dans un pays à feu et à sang.

Pour autant, l’album n’est pas dénué de défauts : quelques bulles de pensées et des dialogues un peu scolaires. Et le parti pris de favoriser le conflit intérieur au conflit du pays. Mei Ju s’oppose à la cupidité des occidentaux sans que cela soit réellement montré par son auteure.

Notre héroïne pleure à l’évocation des actes de violence des anglais à l’encontre de son peuple sans que cela ait été représenté sur papier. Lorsque les soldats français saccagent le Palais d’été, le père de notre héroïne se fait…tirer les cheveux. Loin de nous l’envie de voir des bains de sang à chaque page, mais les actes de barbarie que combat Mei Ju ne sont pas à la mesure de ce qui est représenté.

En cela le parti pris de Garancher a les défauts de ses qualités : le parti pris contemplatif de son auteur n’est pas toujours raccord avec la violence de l’époque. Avec un peu plus de pages, d’expérience ou tout simplement d’envie, Garancher aurait pu d’avantage articuler ses personnages fictifs à leur époque à la manière d’un Tezuka sur les 3 Adolfs.

Mais sachons relativiser : le chef d’oeuvre de Tezuka faisait 800 pages et marquait l’accomplissement d’un auteur dans un art moins naïf qu’il en avait l’air, Laure Garancher n’a que 33 ans et toute sa carrière devant elle.

Ces défauts mineurs n’entament en rien le plaisir de lecture d’événements trop peu connus et qui rappelle qu’avant le pétrole, nos démocraties n’hésitaient pas à détruire une culture, asservir ses habitants pour satisfaire ses besoins économiques et son rapport à la jouissance.

Doté d’un scénario basé sur de solides connaissances historiques, Opium est une excellente lecture hypnotisante qui vous transportera au pays du soleil levant dès la première page. Et qui n’est pas sans rappeler par moment un autre album d’un reporter belge au pays du lotus….

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Gen d'Hiroshima Vol.3
Gen d'Hiroshima Vol.3
par Keiji Nakazawa
Edition : Broché
Prix : EUR 15,30

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 L'enfant de l'Atome, 1 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Gen d'Hiroshima Vol.3 (Broché)
Attention ce commentaire révèle la fin du premier tome et des moments clés des trois volumes !

Alors que la bombe atomique et le traumatisme qui en découla fut le prétexte à de multiples allégories, le départ de récits d’horreur, de science fiction ou de super héros ( bombe à rayon gamma, araignée radioactive, mutations), on peut s’étonner que peu de bande dessinées aient traité directement d’Hiroshima.

Moins larmoyant que le Tombeau des lucioles, Gen décrit la vie d’un petit garçon apres que sa famille ait été décimée par la bombe.
Préfacé par Art Spiegelman, ce premier volume présente les personnages et introduit à chaque page des séquences d’humour permettant au lecteur de supporter l’insupportable.

Car le moins que l’on puisse dire, c’est qu’avant l’explosion de la bombe, la vie des japonais était déjà impossible.Tout au long de ce récit autobiographique, Nakazawa revient sur la famine ravageant le Japon et sa famille. En plus de l économie en crise, il est montré en effet que la nourriture était impitoyablement rationnée pour nourrir les soldats.

Et que, question racisme, bourrage de crâne ( culte de la personnalité de l’empereur, sacrifice pour la nation) le Japon d’Hirohito n’avait pas grand chose a envier à l’Allemagne d’Hitler.Les meilleures pages de cet opus sont consacrées à la persécution que la famille de Gen du fait du pacifisme de son père. Voici un personnage à la droiture admirable, à l’humanisme visionnaire.

Et si Gen peut être répétitif sur la longueur, la force de l’auteur est de créer une empathie immédiate pour cette famille martyre. Et de multiplier les sous couches de lectures. Outre la famille de Gen, on peut suivre de longues parenthèses sur la confrontation de nobles idéologies (le pacifisme) à la violence, la capacité à continuer d’aimer malgré la haine, le destin émouvant d un kamikaze terrifié a l’idée de sa mort prochaine.

Et cette question en filigrane qui choque l’auteur de Mauss en préface. La bombe a t’elle finalement sauvé plus de vie qu’elle en a détruit ?
Car à la la lecture du fanatisme du gouvernement japonais qui envisageait de sacrifier toutes les vies d’une nation pour sauvegarder l’honneur de son empereur, on aurait bien envie de répondre par l’affirmative !

Des femmes qui se jettent du haut de falaises avec leur bébé, des soldats balançant des grenades sur des enfants pour leur éviter le déshonneur, des kamikazes dont la mort ne sert a rien, des moyens militaires grotesques face à la puissance américaine, la famine des civils, le Japon avant la bombe n’en en finit plus de s’auto-mutiler.

Il faudra ce terrible drame pour que le Japon capitule. A ce titre, Spiegelman reproche d ailleurs a notre auteur son indulgence envers les Etats-Unis alors qu’il charge la mule contre son propre pays. Nakawaza prend aussi une certaine liberté historique en dessinant Einstein lors de l’élaboration de la bombe.
Le style graphique a beaucoup vieilli et tout y est très mignonnet : des yeux énormes, des bouches ouvertes, des expressions faciales angéliques.

Pourtant, le lecteur au vu de l’ énergie du récit ne peut que se sentir happé par le calvaire de cette famille, qui au moment de l’explosion de la bombe a déjà une vie de souffrances derrière elle.

Ce style propret permet de supporter la violence extrême des événements, notamment la fin ou notre ami voit sa famille coincée sous les décombres de sa maison et succomber lentement aux flammes…Les deux autres volumes ne sont pas en reste : après l’explosion, nos amis n’ont pas une minute de repos ! La lutte contre la faim se poursuit.

Dans le volume 2, la mère de Gen accouche et la venue d’une nouvelle vie tourne à la panique : faut il laisser vivre un enfant dans un pays ravagé par la bombe atomique ? Comment nourrir un bébé alors que l’on crève de faim ?
Celle pour la dignité également. Nakazawaka décrit en effet l’épouvantable racisme qui règne dans son pays à l’époque : les coréens vus comme des sous hommes sont refoulés des hôpitaux qui se réservent le droit de garder leurs médicaments pour les vrais japonais !

L’épouvantable mesquinerie des îles survivantes non touchées par la bombe qui traitent les victimes de la bombe comme des parias en les traitant de monstres, de rebuts génétiques et de mendiants ! Les personnes qui vont héberger Gen et sa famille vont tout faire pour les racketter, les humilier et les mettre dehors !

Le volume 3 à ce titre est assez puissant dramatiquement parlant. Pour nourrir sa famille, Gen accepte de s’occuper d’un mourant irradié mis au ban par sa famille qui refuse de traiter en être humain. S’ensuit alors une magnifique histoire d’amitié drôle et tragique, qui à elle seule , pourrait faire le sujet d’un film.

Et curieusement les amateurs de Walking Dead se sentiront chez eux avec ce récit survivaliste où la vraie nature de l’être humain se révèle lorsque la société s’écroule avec des humains transformés en… zombies.
Nul doute que le monde post-atomique engendrera par la suite ces récits de morts vivants à la recherche d’espoir, d’amour ou de nourriture !

Tout n’est pas sombre en permanence heureusement : l’humour bouffon à la japonaise et là, Gen est une figure généreuse, courageuse auquel le lecteur peut facilement s’identifier et l’humanisme de son auteur suinte à chaque page.
Moins profond et philosophique que les oeuvres de Tezuka de la même époque, Gen, malgré le pathos de certaines situations et un graphisme à la ramasse, reste une lecture de haute volée à la fois grave et, oui, très divertissante !

Magie du 9 ème art….

Cette chronique et bien d'autres en images sur mon blog :brucetringale.com


Gen d'Hiroshima, Tome 2 : réédition
Gen d'Hiroshima, Tome 2 : réédition
par Keiji Nakazawa
Edition : Broché

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 L'enfant de l'Atome, 1 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Gen d'Hiroshima, Tome 2 : réédition (Broché)
Attention ce commentaire révèle la fin du premier tome et des moments clés des trois volumes !

Alors que la bombe atomique et le traumatisme qui en découla fut le prétexte à de multiples allégories, le départ de récits d’horreur, de science fiction ou de super héros ( bombe à rayon gamma, araignée radioactive, mutations), on peut s’étonner que peu de bande dessinées aient traité directement d’Hiroshima.

Moins larmoyant que le Tombeau des lucioles, Gen décrit la vie d’un petit garçon apres que sa famille ait été décimée par la bombe.
Préfacé par Art Spiegelman, ce premier volume présente les personnages et introduit à chaque page des séquences d’humour permettant au lecteur de supporter l’insupportable.

Car le moins que l’on puisse dire, c’est qu’avant l’explosion de la bombe, la vie des japonais était déjà impossible.Tout au long de ce récit autobiographique, Nakazawa revient sur la famine ravageant le Japon et sa famille. En plus de l économie en crise, il est montré en effet que la nourriture était impitoyablement rationnée pour nourrir les soldats.

Et que, question racisme, bourrage de crâne ( culte de la personnalité de l’empereur, sacrifice pour la nation) le Japon d’Hirohito n’avait pas grand chose a envier à l’Allemagne d’Hitler.Les meilleures pages de cet opus sont consacrées à la persécution que la famille de Gen du fait du pacifisme de son père. Voici un personnage à la droiture admirable, à l’humanisme visionnaire.

Et si Gen peut être répétitif sur la longueur, la force de l’auteur est de créer une empathie immédiate pour cette famille martyre. Et de multiplier les sous couches de lectures. Outre la famille de Gen, on peut suivre de longues parenthèses sur la confrontation de nobles idéologies (le pacifisme) à la violence, la capacité à continuer d’aimer malgré la haine, le destin émouvant d un kamikaze terrifié a l’idée de sa mort prochaine.

Et cette question en filigrane qui choque l’auteur de Mauss en préface. La bombe a t’elle finalement sauvé plus de vie qu’elle en a détruit ?
Car à la la lecture du fanatisme du gouvernement japonais qui envisageait de sacrifier toutes les vies d’une nation pour sauvegarder l’honneur de son empereur, on aurait bien envie de répondre par l’affirmative !

Des femmes qui se jettent du haut de falaises avec leur bébé, des soldats balançant des grenades sur des enfants pour leur éviter le déshonneur, des kamikazes dont la mort ne sert a rien, des moyens militaires grotesques face à la puissance américaine, la famine des civils, le Japon avant la bombe n’en en finit plus de s’auto-mutiler.

Il faudra ce terrible drame pour que le Japon capitule. A ce titre, Spiegelman reproche d ailleurs a notre auteur son indulgence envers les Etats-Unis alors qu’il charge la mule contre son propre pays. Nakawaza prend aussi une certaine liberté historique en dessinant Einstein lors de l’élaboration de la bombe.
Le style graphique a beaucoup vieilli et tout y est très mignonnet : des yeux énormes, des bouches ouvertes, des expressions faciales angéliques.

Pourtant, le lecteur au vu de l’ énergie du récit ne peut que se sentir happé par le calvaire de cette famille, qui au moment de l’explosion de la bombe a déjà une vie de souffrances derrière elle.

Ce style propret permet de supporter la violence extrême des événements, notamment la fin ou notre ami voit sa famille coincée sous les décombres de sa maison et succomber lentement aux flammes…Les deux autres volumes ne sont pas en reste : après l’explosion, nos amis n’ont pas une minute de repos ! La lutte contre la faim se poursuit.

Dans le volume 2, la mère de Gen accouche et la venue d’une nouvelle vie tourne à la panique : faut il laisser vivre un enfant dans un pays ravagé par la bombe atomique ? Comment nourrir un bébé alors que l’on crève de faim ?
Celle pour la dignité également. Nakazawaka décrit en effet l’épouvantable racisme qui règne dans son pays à l’époque : les coréens vus comme des sous hommes sont refoulés des hôpitaux qui se réservent le droit de garder leurs médicaments pour les vrais japonais !

L’épouvantable mesquinerie des îles survivantes non touchées par la bombe qui traitent les victimes de la bombe comme des parias en les traitant de monstres, de rebuts génétiques et de mendiants ! Les personnes qui vont héberger Gen et sa famille vont tout faire pour les racketter, les humilier et les mettre dehors !

Le volume 3 à ce titre est assez puissant dramatiquement parlant. Pour nourrir sa famille, Gen accepte de s’occuper d’un mourant irradié mis au ban par sa famille qui refuse de traiter en être humain. S’ensuit alors une magnifique histoire d’amitié drôle et tragique, qui à elle seule , pourrait faire le sujet d’un film.

Et curieusement les amateurs de Walking Dead se sentiront chez eux avec ce récit survivaliste où la vraie nature de l’être humain se révèle lorsque la société s’écroule avec des humains transformés en… zombies.
Nul doute que le monde post-atomique engendrera par la suite ces récits de morts vivants à la recherche d’espoir, d’amour ou de nourriture !

Tout n’est pas sombre en permanence heureusement : l’humour bouffon à la japonaise et là, Gen est une figure généreuse, courageuse auquel le lecteur peut facilement s’identifier et l’humanisme de son auteur suinte à chaque page.
Moins profond et philosophique que les oeuvres de Tezuka de la même époque, Gen, malgré le pathos de certaines situations et un graphisme à la ramasse, reste une lecture de haute volée à la fois grave et, oui, très divertissante !

Magie du 9 ème art….

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Gen d'Hiroshima Vol.1
Gen d'Hiroshima Vol.1
par Keiji Nakazawa
Edition : Broché

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 L'enfant de l'Atome, 1 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Gen d'Hiroshima Vol.1 (Broché)
Attention ce commentaire révèle la fin du premier tome et des moments clés des trois volumes !
Alors que la bombe atomique et le traumatisme qui en découla fut le prétexte à de multiples allégories, le départ de récits d’horreur, de science fiction ou de super héros ( bombe à rayon gamma, araignée radioactive, mutations), on peut s’étonner que peu de bande dessinées aient traité directement d’Hiroshima.

Moins larmoyant que le Tombeau des lucioles, Gen décrit la vie d’un petit garçon apres que sa famille ait été décimée par la bombe.
Préfacé par Art Spiegelman, ce premier volume présente les personnages et introduit à chaque page des séquences d’humour permettant au lecteur de supporter l’insupportable.

Car le moins que l’on puisse dire, c’est qu’avant l’explosion de la bombe, la vie des japonais était déjà impossible.Tout au long de ce récit autobiographique, Nakazawa revient sur la famine ravageant le Japon et sa famille. En plus de l économie en crise, il est montré en effet que la nourriture était impitoyablement rationnée pour nourrir les soldats.

Et que, question racisme, bourrage de crâne ( culte de la personnalité de l’empereur, sacrifice pour la nation) le Japon d’Hirohito n’avait pas grand chose a envier à l’Allemagne d’Hitler.Les meilleures pages de cet opus sont consacrées à la persécution que la famille de Gen du fait du pacifisme de son père. Voici un personnage à la droiture admirable, à l’humanisme visionnaire.

Et si Gen peut être répétitif sur la longueur, la force de l’auteur est de créer une empathie immédiate pour cette famille martyre. Et de multiplier les sous couches de lectures. Outre la famille de Gen, on peut suivre de longues parenthèses sur la confrontation de nobles idéologies (le pacifisme) à la violence, la capacité à continuer d’aimer malgré la haine, le destin émouvant d un kamikaze terrifié a l’idée de sa mort prochaine.

Et cette question en filigrane qui choque l’auteur de Mauss en préface. La bombe a t’elle finalement sauvé plus de vie qu’elle en a détruit ?
Car à la la lecture du fanatisme du gouvernement japonais qui envisageait de sacrifier toutes les vies d’une nation pour sauvegarder l’honneur de son empereur, on aurait bien envie de répondre par l’affirmative !

Des femmes qui se jettent du haut de falaises avec leur bébé, des soldats balançant des grenades sur des enfants pour leur éviter le déshonneur, des kamikazes dont la mort ne sert a rien, des moyens militaires grotesques face à la puissance américaine, la famine des civils, le Japon avant la bombe n’en en finit plus de s’auto-mutiler.

Il faudra ce terrible drame pour que le Japon capitule. A ce titre, Spiegelman reproche d ailleurs a notre auteur son indulgence envers les Etats-Unis alors qu’il charge la mule contre son propre pays. Nakawaza prend aussi une certaine liberté historique en dessinant Einstein lors de l’élaboration de la bombe.
Le style graphique a beaucoup vieilli et tout y est très mignonnet : des yeux énormes, des bouches ouvertes, des expressions faciales angéliques.

Pourtant, le lecteur au vu de l’ énergie du récit ne peut que se sentir happé par le calvaire de cette famille, qui au moment de l’explosion de la bombe a déjà une vie de souffrances derrière elle.

Ce style propret permet de supporter la violence extrême des événements, notamment la fin ou notre ami voit sa famille coincée sous les décombres de sa maison et succomber lentement aux flammes…Les deux autres volumes ne sont pas en reste : après l’explosion, nos amis n’ont pas une minute de repos ! La lutte contre la faim se poursuit.

Dans le volume 2, la mère de Gen accouche et la venue d’une nouvelle vie tourne à la panique : faut il laisser vivre un enfant dans un pays ravagé par la bombe atomique ? Comment nourrir un bébé alors que l’on crève de faim ?
Celle pour la dignité également. Nakazawaka décrit en effet l’épouvantable racisme qui règne dans son pays à l’époque : les coréens vus comme des sous hommes sont refoulés des hôpitaux qui se réservent le droit de garder leurs médicaments pour les vrais japonais !

L’épouvantable mesquinerie des îles survivantes non touchées par la bombe qui traitent les victimes de la bombe comme des parias en les traitant de monstres, de rebuts génétiques et de mendiants ! Les personnes qui vont héberger Gen et sa famille vont tout faire pour les racketter, les humilier et les mettre dehors !

Le volume 3 à ce titre est assez puissant dramatiquement parlant. Pour nourrir sa famille, Gen accepte de s’occuper d’un mourant irradié mis au ban par sa famille qui refuse de traiter en être humain. S’ensuit alors une magnifique histoire d’amitié drôle et tragique, qui à elle seule , pourrait faire le sujet d’un film.

Et curieusement les amateurs de Walking Dead se sentiront chez eux avec ce récit survivaliste où la vraie nature de l’être humain se révèle lorsque la société s’écroule avec des humains transformés en… zombies.
Nul doute que le monde post-atomique engendrera par la suite ces récits de morts vivants à la recherche d’espoir, d’amour ou de nourriture !

Tout n’est pas sombre en permanence heureusement : l’humour bouffon à la japonaise et là, Gen est une figure généreuse, courageuse auquel le lecteur peut facilement s’identifier et l’humanisme de son auteur suinte à chaque page.
Moins profond et philosophique que les oeuvres de Tezuka de la même époque, Gen, malgré le pathos de certaines situations et un graphisme à la ramasse, reste une lecture de haute volée à la fois grave et, oui, très divertissante !

Magie du 9 ème art….

Cette chronique et bien d'autres en images sur mon blog :brucetringale.com


Double Détente - Edition limitée
Double Détente - Edition limitée
Prix : EUR 17,60

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Tout est sous contrôle !, 28 mai 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Double Détente - Edition limitée (CD)
Après avoir pondu un futur classique de la pop française ( Aucun Mal Ne Vous Sera Fait, Alister ignorait en 2011 les méandres du toujours difficile second album en pondant un disque absolument fabuleux qui tourne en boucle matin, midi,soir à la maison depuis 4 mois.
Une double détente qui sait faire le grand écrat entre les seigneurs du genre ( Dutronc, Giansbourg, Christohpe, Ferrer ) et la pop anglo saxone. Le résultat est moins abrasif que le premier disque, plus soyeux,plus intime plus axée, sur la mélodie.
Et chaque morceau fait mouche : "La femme parfaite" et ses arrangements orchestré par le légendaire Steve Nieve sonne comme un hommage subtil à ...Ellioth Smith. Le refrain est immédiatement fredonnable, séduisant sans être racoleur. La grande classe!

"Mauvaise rencontre" synthétise New wave, rythmique disco et claviers Floydiens époque Animals. Talk over impeccable et dandysme de rigueur.
"Je suis loin" , ambiance soul entre Stevie Wonder et Robert Palmer et des trouvailles à la Gainsbourg : "l'argent que je vous devais, vous pouvez le garder". Et puisqu'on parle du beau Serge, "Room Service" s'inscrit directement dans la lignée de Vu de l'extérieur avec ses rythmiques de guitares Wah Wah indolente et la voix d'Alister plus narquoise que jamais.
"Docteur" et son superbe refrain façon Randy Newman synthétique.

Et chaque morceau est une pépite en puissance où le compromis entre la puissance de la mélodie, de la culture musicale de son auteur et l'intelligence de son interprétation est toujours trouvé !
" Tu peux dormir ici" : Alister délaisse son ironie pour verser dans une ballade assez poignante toute droit du répertoire des Commodores ("Easy". Du Funk de Lionel Ritchie, Alister passe ensuite à l'indus façon NIN pour le splendide FBI et ses paroles post 11 septembre sur la paranoïa policière.

"Les mecs, les filles", Alister renoue avec le cynisme du premier album et écrit le meilleur morceau de Dutronc si celui-ci n'avait pas abandonné la musique pour le cinéma.
"La fonte des glaces" entre Michel Berger et Christophe époque Paradis Perdus achève l'auditeur par tant de perfection.

On va laisser, quoi, passer une heure avant de se le refaire tourner cette double détente, histoire d'oublier qu'Alister nous fait cruellement mijoter pour le toujours difficile troisième album!
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 4, 2014 3:51 PM MEST


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