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Contenu rédigé par Bruce Tringale
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Commentaires écrits par
Bruce Tringale (France)
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Oona & Salinger: roman
Oona & Salinger: roman
par Frédéric Beigbeder
Edition : Broché
Prix : EUR 19,00

4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Oona, la seule l'oonique !, 22 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Oona & Salinger: roman (Broché)
Comme on aimerait le renvoyer Beigbeder à ses occupations mondaines pour ne pas apprécier ses romans ! Mais voilà, l'auteur de 99 F signe avec cette biographie romancée d'Oona o' Neill et de JD Salinger un livre irrésistible, vivant oscillant en permanence entre pulsion de vie et de mort.

Oona est la fille maudite d'Eugène O Neill, dramaturge américain immense et homme médiocre avec sa famille. Cette gamine de 15 ans timide, farouche, brillante recherche l'amour pour mieux le fuir. Elle rencontre JD Salinger, l'auteur de l'attrape coeur.
Ils vivent une passion ( non consommée) jusqu'au départ de Salinger pour la guerre. Il cherche à suivre les traces d'Hemingway et aussi à briser le coeur d'Oona dont la vie mondaine l’exaspère. Alors que Salinger participe au débarquement, Oona tombe amoureuse d'un Charlie Chaplin vieillissant. C'est l'amour fou, l'amour jusqu'à la mort.

Pendant ce temps Salinger, auteur déjà taciturne découvre les horreurs de Dachau qui l'enverront 6 mois en psychiatrie. Il jurera de ne jamais témoigner de la guerre pour ne pas fabriquer des héros qui donnent envie à la jeunesse de mourir. En périphérie, l'auteur écrit de belles pages lyriques sur la différence d'âge entre hommes et femmes : les jeunes ne savent pas aimer, la femme ne vieillit pas, moins qu'un vieil homme qui se consacre à l'article de la mort à la bonté, à l'amour de l'autre.

Beigbeder fait d'Oona la muse de Salinger, celle qui indirectement fut à l'origine de l'attrape coeur. Salinger révolté par la fin de cet amour qu'il pleurera toute sa vie, traumatisé par ses souvenirs de guerre et de plus en plus misanthrope deviendra Holden Caulfield, cet adolescent pour toujours révolté qui classera le monde en deux camps : les rebelles, les morveux, les sales, les insoumis, les inadaptés et les autres....

Beigbeder rend justicle à la muse du plus grand roman américain du siècle dernier. Son roman est à la fois une magnifique déclaration d'amour où il passe des pages à décrire les traits, le physique, les expressions d'Oona à tel point qu'il admet avoir épousé sa femme parce qu'elle lui ressemblait.

Salinger est plus en retrait à mi roman, mais Beigbeder trouve les mots d'une concision, d'une efficacité extraordinaire pour décrire la deuxième guerre mondiale et mettre ces événements en corrélation avec la vie occidentale actuelle, entre les dettes morales et financières impayées des grandes puissances qui y ont participé.

Beigbeder se met en scène, oui, mais toujours avec sensibilité et dérision. Et puis un écrivain qui publie depuis 20 ans a toute légitimité pour le faire. Vous rencontrerez dans ce fabuleux roman d'autres figures prestigieuses : Truman Capote, Ernest Hemingway, Chaplin, Eugène o'Neill ou Mae West pour un chapitre irrésistible. Vous apprendrez à quel point Chaplin fut persécuté par Hoover.

Quant à Salinger, même au centre du roman il demeure absent à lui-même. Et Beigbeder de citer Emilie Dickinson avec cette phrase magnifique : l'absence, c'est de la présence concentrée. Le livre renfermé, c'est avec regret que le lecteur quitte ces personnalités romanesques si vivantes. Après un travail de 4 ans, Beigbeder a imaginé leurs dialogues, leurs lettres, leur intimité.

Son activité de romancier permet de s'approprier la vie de ses sujets tout comme Daniel Mendehlson avait, dans un autre style ( proustien), rendu la vie à sa famille exterminée pendant la guerre dans Les Disparus.

Rigoureux, drôle, tendre, remarquablement pertinent,Oona et Salinger est à la fois roman d'amour, de guerre, épistolaire et historique, une biographie impressionnante de fluidité de monstres de la culture américaine. Beigbeder peut continuer à loisir de faire le zouave à volonté si c'est pour pondre ce genre de merveilles.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Nov 26, 2014 5:09 AM CET


HUMAN TARGET Tome 2
HUMAN TARGET Tome 2
par Peter Milligan
Edition : Album
Prix : EUR 28,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Dernière Chance, 10 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : HUMAN TARGET Tome 2 (Album)
Retrouvez cet article dans son intégralité et en images sur le blog Bruce Lit (brucetringale.com), le blog comics-mangas-bd.

Human Target pour les nuls : Chistopher Chance est un garde du corps atypique. Doté d’un sens de l’observation infaillible et d’une trousse de maquillage conséquente, Chance endosse l’identité de ses clients menacés de mort et mène des enquêtes haletantes souvent bouclées en deux épisodes.

Chance dispose pour lui de beaucoup d’argent ( c’est un play-boy aussi tourmenté que Bruce Wayne ), d’un entrainement au combat aguerri mais surtout d’une capacité faisant sa force et sa faiblesse : l’auto-suggestion. Il s’agit d’une forme d’hypnose élaborée qui lui permet de ne pas jouer son personnage mais de le devenir vraiment ! L’auto-suggestion lui permet de copier la voix, la démarche, les habitudes de son client. Par simple déduction, Chance accapare les souvenirs, les secrets voire les pratiques sexuelles de ses incarnations.

Accro à l’adrénaline, la vie de Chistopher Chance est devenue au fil des années une angoissante fuite en avant où son identité s’est dissoute dans tous les rôles qu’il a joué. Il lui arrive de passer des mois, sans qu’il ne se souvienne de qui il est. Lorsque commence ce volume 2, Chance a perdu son vrai visage lors d’un incendie. Pour faire simple, il reproduit son identité sous des tonnes de latex en attendant d’être prêt pour une opération esthétique. Il n’a pas de caractère véritable : ni antipathique, ni attachant, Chance est un empathe qui adopte les qualités et les défauts de ceux qu’il copie.

Milligan continue de broder des variations sur le même thème en alternant les paramètres : Chance aide une femme qui a changé de visage à reconstruire son identité, il prend celui d’un fugitif pour couvrir sa cavale, il infiltre une église d’illuminés notoires et en devient le nouveau messie. Son dédoublement de personnalité permet aux cameras TV de le voir en plusieurs lieux différents corroborant les rumeurs d’ubiquité.

(...)

Vertigo oblige, Milligan peut aller jusqu’au bout des sujets qui l’intéressent sans censure, ni tabous. Il signe ainsi un récit social impressionnant d’intelligence et de noirceur sur les immigrés sud-américains dont les enfants sont volés et vendus comme esclaves aux Etats-Unis.Chance infiltre des réseaux pédophiles.

(...)

Derrière le rêve américain, Milligan attaque sans pitié la paranoia post 11 septembre. Un musulman bien intégré en Amérique est capturé par des rednecks qui le torturent façon Guantanamo. Celui-ci s’échappe et sera abattu au moment de rentrer chez lui par la police suspectant qu’un arabe ne puisse pas vivre dans un beau quartier.

Chance, lui, ne retrouvera jamais une petite fille disparue, kidnappée par une réseau pédophile. La dernière planche de cette histoire éprouvante suggère qu’elle est prisonnière dans les beaux quartiers hollywoodiens. Enfin, le disciple de Chance réapparaît à la fin du run pour lui voler une vie qui n’existe pas.

Christopher Chance est un héros de son temps : au pays du faux semblant, où tout est bidon, truqué, faussé, où une vie s’achète, se vole ou s’oublie jusqu’à ce qu’il ne s’oublie lui même. L’amour, l’amitié deviennent impossibles, ces émotions étant seulement guidées par le moment, la nécessité de la situation. Chance n’a plus d’ancre morale ou affective. Sa psychose est la plus inquiétante du monde : capable de singer une personnalité normale jusqu’à l’effondrement inévitable.

(...)

Mais aucune de ces séries malgré leurs qualités ne peuvent prétendre aux abysses psychologiques où Chance est plongé. De la vraie littérature en images où l’on ne parle plus d’arc mais carrément de nouvelles. Plus de Comics Books d’une industrie de divertissement mais de scenarii à la Elroy où Chance comme Lloyd Hopkins est confronté à des versions perverties de lui-même.

Au bout de ces 20 épisodes, un léger sentiment de répétition finit par poindre le bout du nez. Peter Milligan a atteint les limites de ce qu’il avait à dire. Il arrête, il sait qu’après les prolongations, ce sont les penaltys.


Georges & Tchang
Georges & Tchang
par Laurent Colonnier
Edition : Album

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Hergé ou Hergay ?, 29 octobre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Georges & Tchang (Album)
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(...)

Oh là là, le barouf ! Tapez sur Google les références de cette BD et vous lirez les réactions indignées des lecteurs proches, au mieux de l’apoplexie, au pire de l’autodafé ! Les raisons ? Mettre en scène l’amitié entre Georges Rémi et son célèbre ami Tchang sous le joug d’une pulsion homosexuelle.

(...)

La mémoire d’Hergé en sortirait salie, traînée dans la boue, certains demandant l’interdiction de l’objet…Un bel exemple de l’humanisme cher à Hergé, lui qui défendit la dignité des noirs, l’indépendance des chinois, la fierté des gitans et le droit des sud-américains à disposer d’autre chose que de républiques militaires….

(...)

Colonnier part d’une interview réelle qu’Hergé vieillissant donna pour la TV belge. Il reproduit graphiquement cette scène vers la fin de son histoire. Lorsque l’auteur de Tintin est amené à se prononcer sur ses albums préférés, il cite sans hésiter ceux où Tchang est présent ( Le lotus bleu et Tintin au Tibet ) et sa langue fourche devant tout le monde ! Il parle d‘une formidable histoire d’amour avant de se raviser aussitôt et de transformer cet amour en amitié.

Dès lors la démarche de Colonnier érudite et respectueuses des grands moments de Georges Rémi est de poser l’hypothèse : Et si Hergé avait fait de Tchang une muse dont il serait tombé amoureux ? Lui qui subit des attouchements enfant chez les scouts de la part d’autres garçons. Lui qui disait que les femmes n’avaient pas de place pour ces histoires. Lui qui confia avoir été habillé en petite fille enfant. Lui dont on sait qu’il était en proie à de forts élans dépressifs qui perturbèrent la conception de certains albums. Lui qui avoua Tintin c’est moi. Ce Tintin dont l’homosexualité présumée a toujours été raillée…

En quoi l’élan de Colonnier différerait de celle de Serge Tisseron qui analysait les symboles inconscient de l’oeuvre de Rémi pour dresser l’hypothèse ( vérifiée par la suite ) de secrets de famille dans le fameux Tintin et les secrets de famille ?

(...)

L’histoire débute donc en 1934. Hergé commence la conception du Lotus Bleu. Il aspire désormais à écrire autre chose que des courses poursuite de son reporter et de son chien. Il veut le témoignage de chinois pour éviter de sombrer dans les clichés de cartes postales. Il rencontre donc ce fameux Tchang qui va lui apprendre la calligraphie chinoise, la communion avec la nature et surtout voir le monde d ‘un autre oeil.

Très vite les deux hommes deviennent inséparables, Rémi croit avoir trouvé chez le jeune chinois un autre lui-même. Ce gémeau souvent en conflit intérieur ( on le comprend au vu des éléments de sa vie mentionnés ci-dessus) retrouve une joie de vivre insoupçonnée, un élan vital qui lui manquait, tant et si bien que sa femme de l’époque Germaine en devient jalouse.

Colonnier ajoute une intrigue à la Tintin faisant écho à l’affreux Mitsuhirato : Hergé soupçonné de fascisme est vu comme un danger potentiel à la réputation des japonais et des communistes qu’il a déjà humilié dans son Tintin chez les Soviets. Tchang est envoyé pour saboter son travail et l’espionner avant de se prendre réellement d’affection pour l’auteur belge. Leur séparation serait donc d’ordre politique, les jours de Tchang étant en danger comme le montre l’escalade de violence à la fin de l’album.

Entre temps, Hergé aidé par les beaux décors mis en scène par Colonnier, visite l’exposition universelle de Bruxelles, teste une fumerie d’opium pour coller à son sujet, fait l’amour à sa femme avant d’apprendre sa stérilité due à une irradiation importante aux rayons X. Le Belge est décrit comme un esprit en perpétuel éveil, curieux de tout, en proie à de fort sentiments conflictuels envers sa femme dont il aimerait divorcer et sa mère dont la mélancolie le terrorise.

.Et l’équivoque sexuel envers Tchang ne représente que deux pages : une première séquence où Hergé admire sans équivoque la chute de reins de son ami chinois sur la plage. Et une autre où déshabillés après une bataille de boule de neige, les deux amis se réchauffent l’un contre l’autre.

Colonnier laisse planer l’ambiguïté et sauve peut-être sa vie des intégristes de tout bord : aucun rapport sexuel, ni de baisers ne sont montrés. Inversement la fidélité de Rémi envers Tchang est poignante, tout comme son chagrin authentique au moment de leur séparation. Hergé y est montré tel qu’en lui-même, jeune et vivant, profondément humain tel que décrit par Assouline et Peteers, deux de ses biographes émérites.

Et comment un Tintinophile ne pourrait pas se réjouir des clins d’oeil innombrables à la légende du reporter à la houppe ? Des plans célèbres repris pour notre plus grand plaisir ( de la sortie du cinéma des 7 boules de cristal aux jeux de cache cache dans les tonneaux du Crabe aux pinces d’or, en passant par l’abbaye abandonnée de l’Île noire) aux inspirateurs du professeur Tournesol, de la Castafiore ou de Rascar Capac, il est impossible de bouder le plaisir de retrouver ces figures familières comme autant de guests stars d’un univers dont Hergé est le héros.

C’est parfois un peu bavard, un peu longuet, l’ami Tchang est un peu casse bonbon mais Colonnier arrive à raconter autre chose qu’une passion homosexuelle platonique. Il met celle-ci en corrélation avec une étape charnière de la vie d’un créateur qui finit par trouver son identité personnelle et artistique pour les 40 années qui vont suivre ! Alors, expliquez moi ce qu’il y a de choquant et de dégueulasse dans le fait de raconter l’histoire d’un homme qui s’autorise à être heureux ?

A la fois, histoire d’amour contrariée, témoignage artistique et suite d’anecdotes biographiques, Georges et Tchang est un trés bel album qui ravira ces lecteurs à l’esprit ouvert, gorgés d’humanisme et de tolérance, valeurs véhiculées par les innombrables lectures de Tintin ! Qu’importe finalement de savoir si Tchang et Rémi furent amants ! Ce qui fut engendré suite à la rencontre des deux hommes est tellement unique, magnifique que le reste n’est que -mauvaise- littérature.


HUMAN TARGET tome 1
HUMAN TARGET tome 1
par Peter Milligan
Edition : Relié
Prix : EUR 28,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Mr Vertigo, 20 octobre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : HUMAN TARGET tome 1 (Relié)
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Chistopher Chance, la cible humaine apparaît pour la première fois dans les pages d’Action Comics 419 en 1972. Len Wein ( Wolverine et Swamp Thing quand même… ) en est le créateur. Il s’agit de mettre en scène un garde du corps capable d’incarner à la perfection un client en danger de mort. Le héros aapparaît de manière sporadique dans des publications DC pour des featurettes d’une dizaine de pages à chaque fois dans des histoires d’espionnage.

Lorsque Vertigo, filiale de DC spécialisé dans la publication de récits matures ( Sandman ! ) décide de faire de Christopher Chance le héros d’une mini série, le scénariste britannique Peter Milligan a un boulevard devant lui. L’assurance de pouvoir écrire ce qu’il veut sur un personnage vierge de toute continuité même si la télévision adaptera le concept génial d’Human Target à deux reprises.

(...)

Le pitch ouvre libre cours à de multiple interprétations, des relectures fascinantes et touchent de très près aux nouvelles littéraires d’un certain Paul Auster pour ses déclinaisons vertigineuses autour de la construction et surtout de la déconstruction de l’identité au fil d’ enquêtes existentielles !

Mais jugez plutôt ! Dans Histoire de faussaire, Christopher Chance est embauché par un homme défiguré pour enquêter sur le responsable de ce carnage esthétique. Cet homme masqué est en fait le vrai Christopher Chance qui démasque son ami qui l’incarnait lui !

Dans The Final Cut, Chance enquête sur la disparition d’un enfant star à Hollywood. Il va incarner le père de la victime et bien sûr tomber amoureux de la femme de celui-ci. A tel point qu’une fois la mission terminée, Chance en oublie sa véritable identité et continue de vivre dans la peau d’un vieillard.

Enfin, dans mon histoire préférée, l’Homme Déchiqueté, Chance aide un arnaqueur au petit pied surendetté. Pour protéger sa famille, il simule sa mort pendant le 11 septembre. Le jour où il souhaite faire chanter son ancien patron, son passé le rattrape. Et Chance de fausser la donne en incarnant le faussaire !

Quand Human Target commence, Chance est déjà un caméléon expérimenté. Tout indique que ce héros que l’on découvre à peine est en pré-retraite et que son assurance n’a d’égal que des talents exceptionnels d’imitateur. Car Chance ne possède pas de super-pouvoirs. Il n’est qu’un observateur génial façon Sherlock Holmes rompu à l’observation du langage corporel, capable d’adopter n’importe quel visage, n’importe quelle voix ou attitude.

Et Milligan situe l’action à Hollywood, ville du faux semblant où notre imitateur va progressivement perdre le fil de son identité. Comme les comédiens de l’Actor’s Studio dont les frasques célèbres ( Marlon Brando, James Dean, Monty Clift) dénotaient d’un talent exceptionnel au moins égal à de sérieux troubles psychobiologiques, Chance devient littéralement son personnage en pratiquant l’auto suggestion, une forme d’hypnose où lui même va s’oublier.

(...)

Lorsque Chance est grièvement brûlé, lorsque entre deux opérations esthétiques, il se retrouve littéralement sans visage, il enfile ses prothèses et se recrée ex-nihilo. Sommes nous alors dans le vrai ? le faux ? Et malgré son physique de Play-boy, Chance est diamétralement opposé au type à qui l’on voudrait s’identifier. Lorsqu’il parvient à amener starlettes et vamps dans son lit, il est impuissant et adopte les fantasmes de ses incarnations.

Milligan ne se contente pas de torturer son personnage. Il s’attaque férocement à la cuture de l’avoir sans l’être, revient sur la mort des civils du 11 septembre de manière poignante et raille la culture du héros américain et de ses mythes. Le Mythe américain, encore une imposture. Les personnages d’Human Target évoluent en état permanent de mensonge, de duplicité et de vide émotionnel parfois au détriment du bon sens, puisque les femmes qui couchent avec Chance se contentent de l’imposture et font comme si….

(...)

On se souvient que même au service d’une licence super-héroïque ( X-Statix), Milligan abordait le thème de l’imposture et de la légitimité de la célébrité. Comme Chance qui endosse ses identités, cette imposture s’étend au scénaristes jonglant entre le vrai et le faux, l’imaginaire et son vécu pour tromper son lecteur dont il connait parfaitement les réactions. Une mise en abîme vertigineuse qui rappelle, on l’ a dit, le Paul Auster de la Cité de Verre, de Léviathan et de… Mr Vertigo !


Walking Dead, Tome 21 : Guerre totale
Walking Dead, Tome 21 : Guerre totale
par Robert Kirkman
Edition : Album
Prix : EUR 14,50

6 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 The Sleeping Read., 17 octobre 2014
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Ce commentaire dévoilera des moments clés de l’intrigue.

Ça commence à sentir le pourri chez les zombies. Car cette marche vers la guerre, finalement aura pris 12 épisodes pour ne pas raconter grand chose.

Les intentions de Kirkman sont les bonnes pourtant. Depuis le début, il refuse la répétition de l’affrontement avec le Gouverneur.
Son psychopathe Negan est une vraie réussite : vicieux, brutal, sadique mais aussi intelligent, drôle et non dénué de bon sens.
Il transfigure chacune des scènes où il apparaît et chacune de ses scènes, notamment le duel final l’opposant à Rick Grimes tire le lecteur de sa somnolence. Les personnages secondaires sont toujours insignifiants et il y a bien longtemps que le lecteur s’est désintéressé de ce qui pouvait leur arriver.

Cette tension permanente qui animait le lecteur dans les plus grands moments de la série a disparue et les personnages ne sont plus à égalité. On suit avec toujours d’interêt le noyau historique : Andréa, Rick, Carl, Michonne et Maggie. Eugène se taille ici la part du lion avec des moments d’héroïsme crédibles et forts.

Mais à côté Kirkman échoue à nous rendre attachants Heath, Denise, Jesus, Nicholas et Ezechiel véritable boulet dont Kirkman peine à définir l’évolution. La résolution du conflit avec Negan est plutôt satisfaisante. Kirkman prend le contre-pied de ce que son lecteur attendait. Il y a certes un assaut sanglant mais pas aussi traumatisant que celui du gouverneur.

Le choix final de Rick de stopper la loi du talion est pleine de bon sens, et surprenante de celui qui proclamait le fameux : You kill, you die ! On perçoit ce que Kirkman a en tête. Voilà bien longtemps que la lutte contre les zombies est devenue secondaire. Kirkman souhaite décrire maintenant la longue marche vers la reconstruction de la civilisation. Il attribue cette vision à Rick Grimes qui a donc désormais un poids énorme sur les épaules.

On peut d’ailleurs sourire au fait que notre charismatique leader semble toujours réussir là où tout le monde a échoué. Kirkman brode une fable sur la confiance et la fidélité que l’intelligence et le courage de notre héros inspire à ses compagnons voire à son ennemi.

Le prochain coup de génie de Kirkman, ne serait ce pas de se débarrasser de ce Rick devenu trop encombrant, trop increvable qui, à l’instar d’un Jack Bauer de la série 24 a toujours tout bon avant les autres, mieux que les autres et reste increvable en dépit des nombreuses blessures physiques et psychologiques.

C’est là la déception. Kirkman avait prévenu qu’après cet arc, nos amis connaîtraient un point de non retour. C’est en partie vrai, puisque la clémence relative à l’égard de Negan tranche avec la violence des décisions antérieures. C’est malheureusement faux, puisque une fois de plus Rick s’en sort à bon compte malgré le nombre de morts environnants.

Cette histoire décompressée de 5 épisodes aurait été excellente. Mais toutes ces parenthèses ouvertes autour des stratégies des deux camps paraissent aujourd’hui bien vaines au regard de ce qui était promis et du résultat.

A noter que pour la première fois depuis le début de la série, Charlie Adlard bénéficie d’une encreur. Le résultat donne un trait plus fin que d’habitude et une attention plus travaillée sur certains décors. Le prochain tome sera donc déterminant pour savoir si cette transition était maîtrisée par son auteur ou signe de la fin des haricots !


Suicide Island, Tome 10 :
Suicide Island, Tome 10 :
par Kouji Mori
Edition : Broché
Prix : EUR 7,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Suicide is painless, 14 octobre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Suicide Island, Tome 10 : (Broché)
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Cet article portera sur les volumes 9 et 10 de Suicide Island.

Après un dernier tome un peu mollasson, voici que le conflit entre les deux clans est inévitable. Nos amis subissent un assaut où toute la barbarie humaine se montre à visage découvert : otages féminins nues et humiliés, adversaires brûlés vifs ou empalés. Car ce conflit rappelle qu’il n’y a rien à attendre d’un adversaire sans aucun respect de la vie humaine et pour cause puisque toute la population de cette île ne pense qu’à crever !

Le pacifisme de nos amis est mis à rude épreuve et le groupe emmenés par un leader aussi charismatique que tourmenté va devoir décider : attendre le prochain assaut et mourir ou attaquer et terroriser l’adversaire. Mori pousse Sen et ses amis dans leur retranchement : que faire d’ennemis qui ont tuer vos amis ? et surtout quelle légitimité accorder à des types qui ont vu leur jugement si brouillé qu’ils n’envisageaient la mort comme unique échappatoire.

La capitulation ou la mort ? Tuer ou être tué ? Assassiner pour protéger son bien ? La loi du talion ? Toutes ces questions resurgissent au cours de ces épisodes haletants ou Mori ne se défile pas sur le développement à apporter à ces énigmes survivalistes. Il procède parfois sur le modèle de Lost en intégrant des flashbacks en pleine action pour donner du sens aux agissements des personnages.

Ryo le leader était chef d’entreprise. Suite à la crise économique au Japon, il doit licencier son personnel. Ereinté par l’obligation de travailler, il s’endort au volant et tue 4 personnes. C’est ce type qui a craqué sous le poids des responsabilités qui préside désormais à nos suicidaires. Nao, jeune prostituée tombe enceinte sur une île dépourvu de service obstétrique. Face à l’angoisse d’un nouveau né dont elle n’a pas voulu, elle tente de se suicider et survit. Convalescente, elle réalise que les garçons de l’île ne voient en elle qu’un objet sexuel sans aucune considération pour ses souffrances.

Mori brosse des portraits assez authentique de personnages pour qui la mort a semblé la seule échappatoire, pris entre la survie instinctive que l’île leur impose et la fragilité, les doutes que les relations humaines entraîne inévitablement. Sen, notre héros, considère une troisième alternative : fuir les conflits et les relations humaines pour s’enfermer dans un cercueil de solitude dans la montagne. Aucun de de ces insulaires ne fait preuve d’héroïsme traditionnel. Tous sont soumis à une pression énorme, aux doutes et à la peur.

Suicide Island à bien des égards est aussi ambivalent que ces héros : de réelles problématiques sociales traitées sans concession par un auteur parfois moralisateur et paternaliste qui a parfois du mal à ne pas enfermer des personnages unidimensionnels dans des archétypes de naïveté. Pourtant, la lecture de Suicide Island est souvent haletante, très efficace et guidée par l’attachement envers des personnages pour qui l’empathie du lecteur est immédiate.

Avec un scénario aussi long que cohérent, des mises en situation intelligentes et des dialogues gentillets, la cruauté de certaines scènes l’opposant à un discours écolo de circonstance, Suicide Island a les défauts de ses nombreuses qualités. Véritable manifeste de la vie et de son respect dans un pays qui pratique le suicide comme sport national, Suicide Island reste une plongée fascinante dans les doutes d’une nation qui n’en finit plus de s’interroger sur les conséquences morales et humaines de la puissance de son économie.


Suicide Island, Tome 9 :
Suicide Island, Tome 9 :
par Kouji Mori
Edition : Broché
Prix : EUR 7,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Suicide is painless, 14 octobre 2014
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Cet article portera sur les volumes 9 et 10 de Suicide Island.

Après un dernier tome un peu mollasson, voici que le conflit entre les deux clans est inévitable. Nos amis subissent un assaut où toute la barbarie humaine se montre à visage découvert : otages féminins nues et humiliés, adversaires brûlés vifs ou empalés. Car ce conflit rappelle qu’il n’y a rien à attendre d’un adversaire sans aucun respect de la vie humaine et pour cause puisque toute la population de cette île ne pense qu’à crever !

Le pacifisme de nos amis est mis à rude épreuve et le groupe emmenés par un leader aussi charismatique que tourmenté va devoir décider : attendre le prochain assaut et mourir ou attaquer et terroriser l’adversaire. Mori pousse Sen et ses amis dans leur retranchement : que faire d’ennemis qui ont tuer vos amis ? et surtout quelle légitimité accorder à des types qui ont vu leur jugement si brouillé qu’ils n’envisageaient la mort comme unique échappatoire.

La capitulation ou la mort ? Tuer ou être tué ? Assassiner pour protéger son bien ? La loi du talion ? Toutes ces questions resurgissent au cours de ces épisodes haletants ou Mori ne se défile pas sur le développement à apporter à ces énigmes survivalistes. Il procède parfois sur le modèle de Lost en intégrant des flashbacks en pleine action pour donner du sens aux agissements des personnages.

Ryo le leader était chef d’entreprise. Suite à la crise économique au Japon, il doit licencier son personnel. Ereinté par l’obligation de travailler, il s’endort au volant et tue 4 personnes. C’est ce type qui a craqué sous le poids des responsabilités qui préside désormais à nos suicidaires. Nao, jeune prostituée tombe enceinte sur une île dépourvu de service obstétrique. Face à l’angoisse d’un nouveau né dont elle n’a pas voulu, elle tente de se suicider et survit. Convalescente, elle réalise que les garçons de l’île ne voient en elle qu’un objet sexuel sans aucune considération pour ses souffrances.

Mori brosse des portraits assez authentique de personnages pour qui la mort a semblé la seule échappatoire, pris entre la survie instinctive que l’île leur impose et la fragilité, les doutes que les relations humaines entraîne inévitablement. Sen, notre héros, considère une troisième alternative : fuir les conflits et les relations humaines pour s’enfermer dans un cercueil de solitude dans la montagne. Aucun de de ces insulaires ne fait preuve d’héroïsme traditionnel. Tous sont soumis à une pression énorme, aux doutes et à la peur.

Suicide Island à bien des égards est aussi ambivalent que ces héros : de réelles problématiques sociales traitées sans concession par un auteur parfois moralisateur et paternaliste qui a parfois du mal à ne pas enfermer des personnages unidimensionnels dans des archétypes de naïveté. Pourtant, la lecture de Suicide Island est souvent haletante, très efficace et guidée par l’attachement envers des personnages pour qui l’empathie du lecteur est immédiate.

Avec un scénario aussi long que cohérent, des mises en situation intelligentes et des dialogues gentillets, la cruauté de certaines scènes l’opposant à un discours écolo de circonstance, Suicide Island a les défauts de ses nombreuses qualités. Véritable manifeste de la vie et de son respect dans un pays qui pratique le suicide comme sport national, Suicide Island reste une plongée fascinante dans les doutes d’une nation qui n’en finit plus de s’interroger sur les conséquences morales et humaines de la puissance de son économie.


Magneto: Not a Hero
Magneto: Not a Hero
par Skottie Young
Edition : Broché

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
1.0 étoiles sur 5 Je ne suis pas un héros !, 4 octobre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Magneto: Not a Hero (Broché)
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En 2012, le monde Marvel est alors en plein post House of M. Il ne reste plus que 200 mutants sur terre sur une île baptisée Utopia. Magnéto, conscient de la radicalisation de Scott Summers chef des X-men et fils spirituel de son ami / rival Charles Xavier, se joint encore à ses anciens adversaires.

Magnéto du côté des anges ? C’est vite dit car devant une caméra, voilà qu’il extermine un meeting d’humains extremistes. Le scandale remonte jusqu’à la présidence des Etats Unis. Dans le premier épisode, Captain América se fait tirer les ailettes et réprimander pour son laxisme envers l’ancien terroriste.

Soutenu par Scott Summers qui à l’époque est capable de dialoguer intelligemment avec Steve Rogers, Magnéto n’a que quelques jours pour prouver son innocence. Après un caméo aussi gratuit qu’inutile d’Emma Frost, Magnéto est en mesure de savoir dès la fin du premier épisode le nom de son usurpateur. Il s’agit de… Joseph !

Retour dans les années 90 pour ceux qui avaient décroché des Comics. Au Guatemala, un jeune Magnéto est trouvé amnésique sur une plage juste après la chute de l’astéroïde M. Ramené par Rogue parmi les Xmen, le jeune Joseph va se prendre toute l’agressivité des X-men dans la tronche, Wolverine en tête, un peu vexé d’avoir été désadamantié devant ses potes. Privé de ses souvenirs, Joseph se bat aux côtés des Xmen qui l’apprécient pour sa droiture et sa gentillesse.

Même s’il incarne un Magnéto libéré de ses démons apte à la propension au bien, Joseph devient un personnage aussi lisse qu’ennuyeux. Lorsque Scott Lobdell claque la porte de Marvel après Zero Tolérance son identité n’a pas été résolue. Lorsqu’Alan Davis récupère la franchise, il y pallie de manière paresseuse. Plutôt que de choisir Magnéto version Age of Apocalypse, il s’en va inventer un clone ! Chez Marvel, on aimes les clones, les robots, les life decoy machins…

Donc, une mutante nommée Astra qui se ballade entre les dimensions et aurait fait partie de la première confrérie des mauvais mutants avait crée un clone rajeuni du maître du magnétisme pour l’écraser en combat singulier. Survient alors le « vrai » Magnéto miraculeusement guéri de sa mutilation infligée par Xavier qui se met en tête d’inverser les pôles magnétiques pour montrer qu’il a absolument intégré le message…Joseph se sacrifie alors pour servir d’ancre physique aux énergies libérées et meurt au grand soulagement des X-fans qui se croyaient débarassés d’un clone encore plus encombrant que celui de Spider-Man… Vous suivez ?

Pourquoi cette pénible parenthèse ? Parce que Not a Hero ramène le malheureux Joseph reconstitué ex-nihilo par une Astra de retour elle aussi… Elle recrée Joseph et lui redonne ses pouvoirs et ses souvenirs. On se demande déjà pourquoi elle ne l’a pas fait avant et comment elle arrive à donner des pouvoirs à un mutant en plein House of M mais passons. Astra veut de nouveau humilier Magnéto, on vous expliquera pourquoi après. Le seul hic et il est de taille, Joseph est devenu un psychopathe dangereux complètement malade, devenu l’exact opposé de ce qui le définissait.

Où est passé l’homme sensible qui réussit à amadouer Wolverine, toucher Rogue, gagner la confiance de Xavier en plein Onslaught, émouvoir Quicksilver ? Disparu ! Joseph devient un sociopathe old school qui veut détruire le monde parce qu’il est pas content. Et ce type qui jouait avec les enfants dans un orphelinat, se rendait à Sabra pour accepter de comparaître en Israël, qui subissait la sournoiserie de l’odieuse Astra, le voilà qu’il attache sa « mère »adoptive au pied de son trône façon Jabba- Leia et se comporte en tyran. Il tue des civils, des humains, les jette par les fenêtres à tel point que c’est Magnéto qui doit le raisonner….

Quant à Astra, ce personnage qui n’avait déjà pas un backround solide passe de la garce dominatrice et manipulatrice à esclave sexuelle au comportement d’adolescente enamourée. Ah ? ils étaient amants et elle veut punir son ex ? Tout ceci ne serait pas si choquant avec des intentions, de l’intelligence, des transitions amenant Joseph à passer de l’agneau au loup. Mais de la même manière qu’il a fallu un jour transformer Madelyne Pryor en mégère psychotique (et encore il y a avait là un minimum d’évolution), Joseph est ramené d’entre les morts pour se prendre une nouvelle trempe avec encore moins de personnalité qu’auparavant. Sur le fond il s’agit de montrer que Magnéto, le vrai, a un fond noble mais qu’il n’hésite pas à supprimer les gêneurs. Mais qui en doutait ?
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Uncanny Avengers T02
Uncanny Avengers T02
par Rick Remender
Edition : Cartonné
Prix : EUR 16,95

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Une brève histoire du temps !, 2 octobre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Uncanny Avengers T02 (Cartonné)
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Ce commentaire portera sur les numéros 6 à 11 d’Uncanny Avengers compilés dans Ragnarok Now part 1.

Attention ! Amateurs de fast reading, passez votre chemin ! Ce deuxième arc des Étranges Vengeurs demande de son lecteur une réelle implication, une bonne connaissance de l’univers Marvel ET de celui des mutants ainsi qu’une réelle patience face à l’écriture déstabilisante voire agaçante de Rick Remender .

Lorsque commence le deuxième arc, le lecteur peut être complètement largué. Remender doit obéir au pénible impératif de coller au non moins pénible Age of Ultron. Au lieu de raccrocher les wagons avec l’arc précédents et de poursuivre avec la menace de Crâne Rouge qui menace de développer des camps d’extermination et le pouvoir d’Onslaught (le vilain le plus puissant enfermé dans la psyché de Charles Xavier-longue histoire-), Remender nous ramène 1000 ans en arrière à une époque où un jeune Thor arrogant et amateur de bagarres et d’alcool affronte Apocalypse. Après une raclée humiliante, le jeune Dieu désobéit à son père en utilisant une arme interdite pour battre le vilain. Cet acte de désobéissance aura des répercussions à son insu sur le sort de l’humanité.

Surviennent ensuite de longs, très longs développement autour de Kang le conquérant et des jumeaux de Warren Worthington nés de son union avec Pestilence durant The Dark Angel Saga ( euh…longue histoire-bis-). Les Jumeaux Uriel et Eimin persécutés dans divers continuums temporels par Kang tentent de lui échapper. Dotés de pouvoirs terrifiants et de centaines de milliers de fanatiques prêts à mourir pour eux, ceux-ci ont élaboré leur attaque de la terre depuis des milliers d’années. Au désir de venger leur père tué par Wolverine, s’ajoute une nouvelle idéologie raciale tenant compte des forces et des faiblesses des grands idéologues mutants : Xavier et Magnéto bien sûr mais aussi Cyclope et Havok.

Rendons un hommage à Remender : la patience du lecteur est mise à rude épreuve mais récompensée. Les intrigues tentaculaires et labyrinthique ( bonne chance au type qui voudrait résumer le pitch en cinq minutes) sont construites admirablement en tenant compte des risques de paradoxes temporels. A défaut d’une personnalité, les Jumeaux Apocalypse représentent une menace réelle pour l’équipe la plus puissante du monde. Le point fort de Remender est sa psychologie de ses héros : les longues discussions autour du marketing de l’équipe, de son idéologie, ses dissensions et ses paradoxes sont passionnantes.

Havok a tâté du terrorisme, Wolverine est un meurtrier, Rogue une fugitive et Wanda est une arme de destruction massive. Malgré ses bonnes intentions Captain America peine à se débarrasser de certains préjugés, attitude qui fait exploser l’équipe au moment de l’attaque des jumeaux. Plutôt de que se battre comme des crétins et commencer un nouveau crossover puéril, les héros se rappellent de leur mission, échangent de violents arguments, se trahissent, se défient, se déçoivent et partent divisés. Remender connaît parfaitement tout son casting et chacun joue une partition dissonante à tel point qu’il est difficile de savoir quel personnage a raison.

Ceux ci sont pris dans leur globalité : Captain dont l’ intégrité étouffante a failli conduire le monde à la catastrophe pendant la Civil War et l’affrontement contre les Xmen. Logan, tourmenté par ses crimes commis avec la X-Force qui nuiraient à l’idéologie d’exemplarité de l’équipe. Havok, leader contesté qui voit ses appels au calme et à la raison rejetés par une Rogue qui le traite de vendu. Wasp,adepte d’une normalité superficielle qui conduirait Havok dans son lit. Thor qui a mûri et mesure le poids de ses erreurs millénaires. Et bien sûr Wanda Maximoff, superbe personnage féminin en quête de rédemption poursuivie par son hérédité et ses actes psychotiques qui ont déclenché un génocide.

Remender met ici en scène une équipe de Super-Héros fascinante guidés ni par la gloire comme X-Statix, ni l’héroïsme masochiste des Xmen, ni l’altruisme scientifique des 4 Fantastiques. Ces Uncanny Avengers sont une équipe de circonstance avec une écrasante responsabilité : réunir des individus qui ne s’aiment pas pour calmer la xénophobie mondiale contre des êtres différents. Remender évite les clichés : au bout de douze épisodes, les Vengeurs ne se réconcilient pas sur le champ de bataille. Bien au contraire, tous sont des guerriers expérimentés et ne souhaitent pas s’en laisser compter.

Alors que les réactions des personnages sont ultra réalistes, que beaucoup meurent dans des conditions atroces, il faut une sacrée indulgence pour accepter la contrepartie kitsch qu’affectionne Remender : des monstres façon Golgoth, des résurrections surréalistes ( mon dieu, combien de fois, il va nous faire le coup des graines de vie célestes) qui désagrège le ton dramatique de l’ensemble et des séquences impossibles comme celle où Ant Man affronte des fourmis armées d’épées…

Malheureusement la suite est du même acabit et parfois Daniel Acuna n’arrange pas les choses. Les couleurs embellissent énormément des dessins pas toujours magnifiques et maladroits dans la mise en scène. Il m’a fallu trois lectures d’affilée pour comprendre que le soldat britannique défendu par Thor dans la première histoire était l’ancêtre de Wolverine… Les angles de vues d’Acuna n’étant pas des plus explicites. Impossible également d’avoir une vision bien distincte des jumeaux d’Apocalypse même si beaucoup de ses planches restent très agréables sans faire pour autant oublier la simplicité de John Cassaday qui ne réalise ici que les couvertures. Adam Kubert s’en sort souvent mieux ici.

Avec ce deuxième Arc Remender et Acuna confirme ques Uncanny Avengers gardent un potentiel de frustration et de jouissance d’un rare acabit. Tournant le dos à la facilité et aux intrigues bâclées de Bendis, Remender maintient son public en haleine pour un récit lyrique et tourmenté. Remender disserte avec beaucoup de talent sur la continuité des personnages mise en corrélation avec celle de l’univers Marvel et du temps comme vecteur d’erreurs dangereuses. Chez lui, chaque action même banale a des conséquences à la mesure des pouvoirs des personnages. Il faut voir le regard paniqué de Thor lorsqu’il comprend que ses actions pourront causer la mort de milliers de personne et que la victoire sera amère. Quel dommage que les défauts d’écriture que Remender ne parvient pas à dépasser tourmentent aussi son lecteur….


All New X-Men: One Down Vol. 5
All New X-Men: One Down Vol. 5
par Stuart Immonen
Edition : Broché
Prix : EUR 18,88

5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
1.0 étoiles sur 5 C'est pas fini ces bendiseries ?, 30 septembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : All New X-Men: One Down Vol. 5 (Broché)
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Ce commentaire portera sur les épisodes 22 à 29 de la série All New Xmen.

Lire les Xmen de Bendis est une expérience étrange. Autant se résigner, les Xmen de Bendis, c’est épouvantable, bourré de fautes de scripts et de continuité. Et pire que tout, c’est cynique et terriblement méprisant pour une partie de son lectorat. Car Bendis à définitivement perdu son âme. Et son talent. Littéralement, il fait du neuf avec du vieux. Puis il autoproclame ses Xmen nouveaux…

Durant ce nouvel arc, il continue dans la joie et la bonne humeur à massacrer les bonnes histoires des autres et l’âme des personnages : X23 se fait rétamer par un métamorphe qui a pris l’apparence de Scott Summers pour qui elle est prise d’une passion foudroyante. Elle l’aime tellement son Scott qu’elle n’est pas foutue de reconnaître l’odeur de son amoureux qui la poignarde….

Il continue d’accabler cette pauvre Jean Grey en faisant de cette héroïne sublime une pucelle hystérique qui passe son temps à pleurnicher et engueuler son monde. La voici qui s’échappe des griffes de Shi’ars plus stupides que jamais qui auront attendu une dizaine d’années pour juger le Phénix et blâmer une nana qui n’a pas commis de meurtre, puisque Jean Grey n’a jamais été le Phénix Noir. Et puisque on y est, Gladiator, il est pas un peu con? Parce qu’il traite les Xmen d’incapables alors que chez Jason Aaron, il leur confiait l’éducation de son fils unique et que l’un de ses professeurs c’était Rachel Grey, fille de… et accessoirement Phénix à ses heures.

Toute cette médiocrité trouve son apogée avec deux événements majeurs de l’histoire des Xmen que Bendis balaye d’un revers de la main. Les Xmen ne sont plus une équipe avec des aventures qui ont ébranlé l’univers Marvel. Ils sont devenus la vitrine publicitaire d’un Yes Man qui se sert de leur aura pour multiplier les ventes de jouets ou les entrées en salle. Ainsi ce Crossover avec les Gardiens de la galaxie parfaitement inutile en plus être idiot qui trouve son apogée avec le retour d’entre les morts de…Corsaire, frais et dispo. Bendis le ramène à la vie sans se donner la peine d’imaginer deux secondes les raisons de sa résurrection, ni prendre le temps de mettre en scène les émotions de ses personnages.

Puis le temps d’un autre épisode, il introduit …le fils de William Stryker ! Il bénéficie même de la collaboration de Brent Anderson dessinateur du légendaire God Loves, Man Kills qui reproduit à l’identique son dessin de l’époque pour une écœurante opération de retro-continuité… Donc, avec Bendis, Stryker a modifié son fils génétiquement pour en faire une arme vivante. Naturellement, les Xmen le dévorent tout cru en quelques pages et le vilain disparaît dans les limbes des personnages que Bendis ne maîtrise pas. Voilà donc les Bendiserie : multiplier les coups d’éclats, décider que rien ni personne n’est sacré, gâcher des histoires légendaires pour remplir 15 pages et passer à l’épisode d’après…

Dommage pour les puristes. Le problème, ce n’est pas tant les morts et les résurrections Marvel qui sont devenues des opérations marketing. Non! C’est la perversion de l’écriture de Bendis qui dénature tout ce qu’il touche. Désormais à cause de lui, William Stryker ne sera plus le fanatique qui brûla vif sa femme et son bébé mutant, symbole de l’obscurantisme de sa haine. Tout comme Christopher Summers tué par son fils Vulcan lors de la saga Shi’ar d’Ed Brubaker. Dans les deux cas, Bendis annule sans aucun fondement des histoires oedipiennes, leurs violences, leurs portées symboliques pour les remplacer pour des bastons sans aucune finalité et des événements médiatiques..

Il est amusant de constater qu’en 30 épisodes Bendis n’aura inventé aucun vilain, aucune équipe susceptible d’inquiéter les Xmen. Il continue au contraire de les opposer les uns aux autres en dépit du bon sens. Et jouer sur des voyages dans le temps qu’il ne maîtrise pas. Lobdell et Nicieza inventaient la saga légendaire Legion Quest où le fils de Xavier déclenchait Age of Apocalypse en remontant le passé ? Bendis invente le fils d’un Xavier alternatif du future qui remonte le temps pour assassiner les Xmen, se ballade dans le temps sans aucune conséquence…
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Au delà de ce grand fatras navrant, il est possible de lire des sous textes intéressants. Lorsque le Gardien visite Hank Mc Coy dans sa chambre ( encore un grand moment d’absurdité ! depuis quand Uatu s’introduit chez les gens pour leur tailler des bavettes ? ), le grand chauve dit que Mc Coy ne maîtrise rien de ce qu’il a déclenché et qu’il le dégoûte. Beast lui répond qu’il se sent effectivement coupable d’avoir tout gâché et qu’il aimerait que tout redevienne comme avant. Ces aveux de culpabilité, ce ne seraient pas ceux que Bendis s’adresse inconsciemment à lui même via ses personnages ? Lui qui mettait en scène l’invasion des Skrulls ne serait il pas à savoir qu’il n’est qu’un imposteur, un type qui traite des personnages comme des jouets vidés de toute substance ?

Parce que à ce stade, qu’importent les dessins d’Imonem, les featuring de Paul Smith, Jill Thompson ou Kent Williams. Bendis a touché le fond et même le run de Chuck Austen semble tout à coup plus réussi que cette avalanche de non sens. En 30 épisodes, ces X-men n’auront sauvé personne, ne se sont battus que pour eux-mêmes, n’ont dialogué avec aucun humain. Enfemés dans leur bunker, ils ne font que répéter qu’ils ne savent pas quoi faire. Quoi de plus normal ? La vie, la mort, le temps, plus rien n’a d’importance, plus rien n’a de sens. Mais Bendis s’en fout, il a Marvel à ses pieds et bénéficie d’une liberté obscène de faire ce qu’il veut quand on sait les bâtons dans les roues qu’eurent en leur temps Claremont et Lobdell. Dans 20 ans personne ne se rappellera de ces histoires…Bendis le premier…


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