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Contenu rédigé par P-henri Thoreux
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Commentaires écrits par
P-henri Thoreux "p-henri.thoreux" (France)
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Le pragmatisme : Un nouveau nom pour d'anciennes manières de penser
Le pragmatisme : Un nouveau nom pour d'anciennes manières de penser
par William James
Edition : Poche
Prix : EUR 9,20

10 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Leçons de philosophie pratique, 10 novembre 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le pragmatisme : Un nouveau nom pour d'anciennes manières de penser (Poche)
Rares sont les ouvrages philosophiques aussi évidents, aussi humbles et pertinents que cette introduction au pragmatisme, proposée en huit leçons par le philosophe américain William James (1842-1910).
Non content d'avoir été un des fondateurs de la science psychologique moderne, ce dernier décrit une méthode de pensée des plus originales et des plus abordables, en dépit de la complexité des problèmes auxquels elle s'attaque.

Pourtant, de l'aveu de James lui-même, on pourrait remonter aux Grecs, pour trouver la source des concepts qu'il entreprend d'exposer : "rien de nouveau dans la méthode pragmatique : Socrate l'utilisait en expert, et Aristote en avait fait sa méthode".
Disons également qu'elle emprunte également beaucoup aux philosophies empiristes ou utilitaristes telles que proposées par Locke, Hume, Mill, mais qu'en enlevant les quelques bornes matérialistes ou positivistes qui en limitaient parfois la portée, elle s'avère susceptible d'emmener le lecteur dans un voyage intellectuel passionnant, qui part des considérations les plus terre-à-terre et s'élève en toute quiétude vers l'infini.

Selon James, il est essentiel avant toute chose de délimiter d'emblée le champ des possibles. Dans cette optique, il distingue au plan historique, deux grandes catégories de penseurs, qu'il oppose radicalement, à savoir les empiristes et les rationalistes.
Il en propose même une définition schématique en relevant les principales caractéristiques qui fondent à ses yeux les deux lignages, assimilant de manière un peu narquoise les rationalistes à des esprits "délicats" (tender-minded) et les empiristes à des esprits "endurcis" (tough-minded).
Ainsi, on peut distinguer les uns des autres en opposant respectivement les modalités sur lesquelles se fonde leur pensée.
Le Rationaliste est : intellectualiste, idéaliste, optimiste, religieux, partisan du libre arbitre, moniste, dogmatique.
L'Empiriste est au contraire : sensationnaliste (se fondant sur la réalité des sensations), matérialiste, pessimiste, irréligieux, fataliste, pluraliste, sceptique.

En bref, la ligne de partage se définit à partir de la source même du point de vue adopté : "le rationaliste voue un culte aux principes abstraits et éternels" tandis que "l'empiriste s'attache aux faits dans leur variété brute".
De ce fait, suivie trop exclusivement, la première voie a tendance à noyer l'adepte dans un flot de conjectures et n'offre en règle aucun débouché pratique, tandis que la seconde risque de l'enfermer dans un positivisme borné par le matérialisme et un froid déterminisme. Or, "Ce qu'il nous faut" s'exclame James, "c'est une philosophie qui non seulement sollicite nos facultés intellectuelles d'abstraction, mais encore soit en prise directe avec le monde réel de nos vies humaines finies."
D'une manière générale il conseille donc d'écarter les théories qui réduisent le monde à des systèmes, aussi séduisants soient-ils. Bien souvent selon lui, "le monde auquel vous donne accès le philosophe est clair, limpide et noble. Il ne comporte aucune des contradictions de la vie réelle.../... c'est un temple de marbre qui scintille au sommet d'une colline." Mais cette manière de concevoir les choses, trop bien définie, est vaine, "car l'univers réel est une chose ouverte. Or le rationalisme fabrique des systèmes, et les systèmes sont forcément clos."

C'est dit, le premier intérêt du pragmatisme est de proposer une approche totalement ouverte, qui n'écarte rien a priori, et qui retient avant tout ce qui permet de progresser ou de devenir meilleur. Ainsi, "comme les doctrines rationalistes, il peut rester proche de la religion [et d'une manière générale des concepts tenant à la spiritualité], mais en même temps, comme les philosophies empiristes, il peut se tenir au plus près des faits."
Le pragmatisme procède pas à pas, sans dogme pré-établi. Il n'a pas d'ambition téléologique, aucun dessein immanent, pas d'a priori. Il se fonde sur le simple bon sens, et tire toute sa substance de l'analyse du réel, dont nous sommes faits et qui jusqu'à preuve du contraire, nous entoure, sans occulter lorsque cela peut avoir un intérêt pratique le domaine supra-sensible. C'est avant tout une méthode pratique de "résolution des débats métaphysiques qui sans cela seraient interminables". A cette fin, le pragmatique tente notamment de débusquer les problématiques mal ou trop imprécisément posées, et celles qui n'aboutissent qu'à des réponses vaines, ou bien inappropriées aux questions qu'elles sous-tendent.

Après avoir fait un sort au dualisme classique opposant rationalisme et empirisme, James confronte le point de vue pragmatique aux grandes problématiques qui assaillent l'esprit humain : métaphysique, monisme et pluralisme, sens commun, vérité, humanisme, et enfin religion. Une réflexion en tous points captivante...
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 20, 2013 5:59 PM CET


Blues In The Afterburner
Blues In The Afterburner
Prix : EUR 17,61

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Jet Blues, 1 novembre 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Blues In The Afterburner (CD)
Du blues arrivant à toute force du Texas, attention ça peut défriser les petites natures. Même si ça n'est pas un cyclone, ça déborde d'énergie et ça n'est fait que de compositions originales : pas si fréquent de nos jours ! Soyons clair, si elle n'a pas tout à fait la subtilité de celles de SRV, et un peu moins de puissance dévastatrice que celles du ZZ Top, cette production mérite le respect. Une belle homogénéité dans le style la caractérise, chevauchant à la fois le rock et le blues, tantôt bien carré (Another Man, Milwaukee Blues, Don't Cha Drive Me Crazy) ou même hardcore (Searching For You, Born To Race), tantôt languide et pulpeux (Bottle Blues, Hold Back The Tears, Black Clouds Rolling) avec parfois des intonations country (I've been a fool) ou jazzy (Prairie Jelly). En tout cas, des riffs sacrément pêchus, qui déblaient les neurones des problématiques inutiles ou superfétatoires, une voix costaude et graveleuse ad hoc, et derrière, une section rythmique rustique mais robuste et efficace (Robert Watson bass, Aaron Haggerty drums). Au total, un trio qui fonctionne bien, et il n'en faut pas plus pour se rasséréner un peu dans le monde un peu déglingué qui nous entoure.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Nov 12, 2011 10:22 AM CET


Selah Sue
Selah Sue
Prix : EUR 6,99

9 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Selah, elle l'a..., 31 octobre 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Selah Sue (CD)
Elle a la voix craquante et pleine de fraîcheur de la jeunesse. Une jeunesse aussi effrontée et impétueuse qu'inspirée. C'est un mélange des plus instables, capable de se révéler effervescent jusqu'à l'extase ou bien explosif et porteur de dévastation. Dans tous les cas ça ne peut pas laisser indifférent.
La diablesse n'est pas sans rappeler la regrettée Amy Winehouse avec sa chevelure cascadant, moutonnant jusqu'à l'encolure, sa voix éraillée, décalée, son chant déstructuré, rattrapant en permanence par de stridentes modulations ses suaves dérives. Mais elle apporte d'emblée, du haut de ses quelques vingt-ans, incontestablement un son nouveau, avec de puissantes et originales sonorités mi-funky, mi-blues, agrémenté d'un zeste de soul, de reggae, voire d'une touche de rap. Elle est en équilibre précaire, et les pépites délicates de son lamento aérien se promènent avec une intense vulnérabilité et une charmante pugnacité sur un torrent de basses qui fait vibrer le sol de son beat térébrant (Raggamuffin, Crazy Vibes). Les arrangements accompagnent en beauté cette envoûtante efflorescence vocale: Tantôt minimalistes (le déchirant Mommy, Explanations, Fyah Fyah), tantôt riches, mâtinés de cuivres, et de cordes, ils s'appuient en presque toute occasion sur de subtils synthés (le surprenant This World qui ouvre en majesté l'album, le ténébreux et luxuriant Black Part Love, ou le splendide et pulpeux Summertime)
En bref, une fille aussi douée, dotée d'autant de personnalité et de talents peut ébranler durablement le microcosme musical contemporain. L'avenir dira si cette éclosion surprenante de promesses mène à autre chose qu'une nuée éphémère de bulles affriolantes Ce ne serait de toute manière pas si mal...
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Nov 1, 2011 11:28 AM CET


The Reflection
The Reflection
Prix : EUR 17,29

5 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Trop de réflexion tue l'authenticté, 20 octobre 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Reflection (CD)
A mesure que le temps passe Keb Mo gagne en maîtrise ce qu'il perd en spontanéité. La voix chaude et veloutée, le feeling languide se mettent désormais au service de sonorités amorties beaucoup plus proches du jazz-funky que du blues. Parfois à force d'ajouter du sucre ça frise même la musique d'ambiance (le pire étant la tiède reprise de One of These things d'après Eagles). Malgré la présence de Vince Gill, de Marcus Miller, de Dave Koz, cette musique ne convainc pas totalement. C'est agréable, mais en l'absence de composition très puissante, la richesse des orchestrations s'avère un peu émolliente, voire un tantinet lassante.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Oct 21, 2011 5:34 PM MEST


ROOTS
ROOTS
Proposé par Music-Shop
Prix : EUR 13,88

9 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Johnny forever, 20 octobre 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : ROOTS (CD)
J'avoue que j'avais les pires appréhensions avant d'écouter ce nouvel opus du bon vieil albinos, tant il semblait au bout du rouleau.
Comme par magie, le voilà remis en selle ! Certes, il est solidement et efficacement entouré (Sonny Landreth, Warren Haynes, Derek Trucks, Vince Gill...), mais la "patte" du hâve desperado est bien vivante. On reconnaît sa manière mordante et sacrément prégnante de tourner les riffs et il a encore de la voix. Sur une set-list très roots, ça le fait encore sacrément bien. Il y a du bon jus dans le fameux Dust My Broom d'Elmore James et un pulpeux shuffle dans Further On Up The Road. Et que dire de la rythmique endiablée du Got My Mojo Workin' (avec Franck Latorre à l'harmonica) ou du balancement voluptueux de Last night (avec John Popper cette fois à l'harmonica) ? L'aspiration aux grands espaces et l'ivresse de la liberté restent la dominante de ces blues superbes et bien calibrés qu'on écoute d'une traite avec délectation.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Nov 5, 2011 11:27 AM CET


Désaccord parfait
Désaccord parfait
par Philippe Muray
Edition : Poche
Prix : EUR 13,50

5 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Le mécontemporain, 11 octobre 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Désaccord parfait (Poche)
Philippe Muray a un talent fou. Mais il le consacre entièrement à l'imprécation. Une imprécation universelle. Ce n'est pas à l'aquarelle ni même à l'eau-forte qu'il travaille mais au vitriol.
Il faut reconnaître que beaucoup de ses satires font mouche, car dans le pamphlet il excelle. Elles sont même souvent jouissives tant elles décapent jusqu'à la moelle tous les clichés et les poncifs qui font la médiocrité d'une époque.
Mais vu que rien ne trouve grâce sous les obus de ses géniales déconstructions, il ne reste en définitive derrière lui qu'un vaste champ de ruines, et on a même parfois un peu l'impression de tourner en rond. Après la "fin de tout" dont il semble si convaincu, que peut-il donc advenir ?


Welcome To The Rileys
Welcome To The Rileys
DVD ~ James Gandolfini
Proposé par DVDMAX
Prix : EUR 6,49

4 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Une fable optimiste, 11 octobre 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Welcome To The Rileys (DVD)
Comment un petit chef d'entreprise d'allure balourde, menant une vie très banale, pleine de déboires sentimentaux, parvient à transcender sa médiocre destinée en se faisant le sauveur improvisé d'une jeune fille en voie de perdition, rencontrée par hasard. Voilà le sujet fragile et dérisoire sur lequel Jake Scott parvient à construire une très attachante et optimiste fable. Les ressorts émotionnels sont simples mais convaincants, servis par un trio d'acteurs inspirés et fort habilement dirigés. Ce cinéma très basique décrivant des gens ordinaires dans des décors sans grâce est sans prétention apparente. Pourtant, bien construit et sachant faire vibrer la corde sensible, il laisse une trace autrement plus prégnante que nombre de productions beaucoup plus ambitieuses.


Le Dernier vol
Le Dernier vol
DVD ~ Marion Cotillard
Prix : EUR 8,18

3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Mélo totalement ensablé, 10 octobre 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Dernier vol (DVD)
Rien ne fonctionne vraiment dans cette funeste randonnée qui patauge dans une sorte de vague désert des Tartares, avec des relents évanescents d'amours désespérées. En dépit des efforts du réalisateur pour faire de belles images, il s'en dégage un ennui mortel et une lassitude à l'image de la monotonie des interminables paysages de dunes toujours recommencés. Même le dénouement se perd dans les sables, révélé in extremis par un épilogue laconique, donné en texte télégraphique.
Seul le drame des dromadaires émeut vraiment, tant le reste tourne à vide...


Perspectives démocratiques de Walt Whitmann
Perspectives démocratiques de Walt Whitmann
par Walt Whitman
Edition : Broché
Prix : EUR 18,80

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Libéralisme libertarien, 6 octobre 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Perspectives démocratiques de Walt Whitmann (Broché)
La vision que donne Walt Whitman (1819-1892) de la démocratie est échevelée, c'est le moins que l'on puisse dire. Dans ce texte peu connu *, traduit pour la première fois en français si je ne m'abuse, on retrouve à maints endroits le lyrisme sauvage et flamboyant de son fameux poème "Leaves Of Grass".
Il faut préciser d'emblée, que ce vibrant plaidoyer pour la Liberté et l'individualisme peut faire frémir à notre époque, où tout ce qui touche au libéralisme est systématiquement sali, dégradé, honni par les adorateurs du veau d'or social et du Big Government, qui préfèrent les dogmes à l'argumentation.

Qu'on se le dise, Walt Whitman est plus qu'ultra-libéral : il a la fibre libertaire !
Rien à voir avec l'anarchisme, mais plutôt avec une vision romantique de la démocratie, où l'individu est au centre de tout, incarnant à lui seul le paradigme du self-government : "L'homme, proprement formé dans la plus saine, la plus haute liberté, peut et doit devenir une loi, et une série de lois, pour lui-même, qui encadrent prévoient non seulement sa maîtrise de soi personnelle, mais toutes ses relations avec les autres individus et avec l'Etat."
Cette conception n'est pas si éloignée de celle de Kant, telle qu'elle apparaît dans son ouvrage "Qu'est-ce que les lumières". Alors que le philosophe allemand appelait ses contemporains à sortir de la "minorité" pour enfin devenir majeurs, en osant connaître et penser par eux-mêmes (Sapere Aude), le poète du Nouveau Monde exhorte à "entreprendre la grande affaire de son propre épanouissement, dont la fin (qui demandera peut-être plusieurs générations) sera, s'il se peut , la formation d'un homme ou d'une femme pleinement adulte".

Pour Whitman le poète, la démocratie n'est toutefois pas une invitation à n'importe quelle liberté. Elle est loi, et "loi des plus strictes, des plus largement contraignantes". Si elle fait appel au sens des responsabilités de l'individu, elle ne doit pas pour autant se cantonner à une approche terre à terre, trop bassement vulgaire de la société. Elle porte une espérance qui s'exprime par la spiritualité : "au cœur de la démocratie, en fin de compte, se trouve l'élément religieux". Et dans ce sentiment, c'est à une aspiration panthéiste qu'il invite le lecteur. Dans l'idée de Dieu, réside nécessairement la Nature, dont l'histoire, comme celle de la Démocratie, "attend d'être écrite..."
A l'instar de la conception transcendantaliste (Emerson, Thoreau...), la religion n'est pas ici celle des églises, des chapelles, des sectes, mais celle que chacun porte en lui. Car "les bibles peuvent transmettre, et les prêtres disserter, mais c'est exclusivement dans l'opération sans bruit, du propre de Soi, isolé, qu'on pénètre le pur éther de la vénération, atteint les divins leviers, et communie avec l'inexprimable."

Dotée de ces vertus, la jeune démocratie américaine semblait à la fin du XIXè siècle, bien armée pour affronter l'avenir et débordait de promesses, en dépit de quelques insuffisances de jeunesse.
La pire évidemment fut représentée par l'effroyable séisme de la guerre civile dont l'insoutenable déchaînement de violence avilit, tout en la régénérant, et en la fortifiant de manière nietzschéenne la jeune république : "La race la plus paisible et du meilleur naturel du monde, et la plus indépendante en ses personnes et la plus intelligente, et la moins faite pour se soumettre à l'agacement et à l'exaspération d'un régime de discipline, s'est précipitée au premier battement du tambour , pour prendre les armes ' non pour le gain, pas même pour la gloire, ni pour repousser une invasion ' mais pour un emblème, une totale abstraction ' pour la vie, la sauvegarde du drapeau..."

Parmi les reproches que faisait Whitman à "son" Amérique, il y avait aussi le fait par exemple, qu'à la fin du XIXè siècle, elle n'avait "moralement et artistiquement rien fait d'original". Pas rédhibitoire, mais fâcheux si l'on convient qu'elle réclamait "une poésie qui soit audacieuse, moderne, et embrassant tout et kosmique (sic), comme elle l'est elle-même." Ou bien si l'on admet avec lui que la littérature est l'âme d'une nation.
Force est de constater que ces craintes furent dissipées. Lui-même acquérant le statut de chantre de ce nouvel âge et le jaillissement de la culture américaine se révélant si torrentiel et rayonnant qu'on a pu comparer New York à une Nouvelle Athènes.

On ne saurait terminer cette plongée dans la pensée whitmanienne sans préciser que si l'irrésistible montée de l'idée démocratique associe individualisme, religiosité, et culture artistique, elle ne s'appuie pas moins également sur des valeurs plus triviales, qui n'ont rien de honteux. Qu'on en juge par cette joyeuse et iconoclaste exaltation : "Je salue avec joie l'énergie océanique, bigarrée, intensément pratique, l'exigence de faits, et même le matérialisme des affaires dans l'époque en cours, en nos états."
En réalité, "comme le combustible pour la flamme, et la flamme pour les cieux, ainsi richesses, science, matérialisme ' et même cette démocratie dont nous faisons tant de cas ' doivent-ils infailliblement nourrir l'esprit élevé, l'âme."

Au total ces perspectives démocratiques forment une sorte de fleuve épique, charriant impétueusement les grandes idées, mais aussi parfois les contradictions, et les utopies.
Joint à l'incandescence du style, à la longueur des digressions, cet étonnant mélange des genres rend parfois le discours difficile à suivre (certaines phrases dépassent le cadre d'une page).
Elles ont toutefois le mérite de proposer une vision à la fois lyrique et réaliste, fondamentalement pacifique, de la révolution démocratique, aux antipodes des tempêtes dévastatrices menant aux bains de sang européens. C'est une re-fondation du Monde qui doit "promouvoir ses propres normes neuves, mais encore suffisamment anciennes, en admettant les anciens éléments pérennes, et en les combinant en groupes, en unités, appropriés au moderne, au démocratique..."
Pour aboutir à une société éclairée mais pragmatique, de laquelle doivent être exclues la grandiloquence et la médiocrité, "le principal étant la moyenne, l'organique, le concret, le démocratique, le populaire, sur lesquels toutes les superstructures du futur doivent reposer pour durer...".


Un Balcon sur la mer
Un Balcon sur la mer
DVD ~ Jean Dujardin
Proposé par DVDMAX
Prix : EUR 8,15

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Confusion des sentiments, 9 septembre 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Un Balcon sur la mer (DVD)
La nostalgie amère des grandes émotions qui ont peuplé l'enfance, et le retour à la surface inopiné des déchirures d'un passé qu'on pensait avoir oublié, constituent la trame de cette romance mélo-dramatique.
Avec en arrière plan, les réminiscences du douloureux conflit franco-algérien, les contours étrangement gris et pluvieux d'une Méditerranée au dessus de laquelle se répondent à travers les années les villes d'Oran et de Nice, et de somptueuses villas azuréennes au charme décati.
Malheureusement, à trop vouloir distiller les parfums troubles des heures révolues, à trop compliquer l'intrigue qui s'en nourrit, l'histoire se dilue en méandres un peu trop sinueux voire soporifiques, et les sentiments perdent en intensité. Surtout lorsque l'on comprend qu'ils reposent sur un malentendu et sur une énorme invraisemblance quant à la précision des souvenirs. Tout cela empêche hélas, malgré la présence de bons acteurs, de s'abandonner vraiment à l'étrange mirage sentimental qui en découle.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Nov 27, 2011 6:00 PM CET


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