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Commentaires écrits par
Gu Si Fang (Paris, France)

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Le retrait de l'Etat : La dispersion du pouvoir dans l'économie mondiale
Le retrait de l'Etat : La dispersion du pouvoir dans l'économie mondiale
par Susan Strange
Edition : Broché
Prix : EUR 35,50

2.0 étoiles sur 5 Qu'est-ce que le pouvoir ? la politique ? l'autorité ?, 24 février 2015
J'ai décidé de lire ce livre après avoir entendu C. Chavagneux en parler dans la Librairie de l'éco sur BFM. Le livre est régulièrement cité par des gens qui regrettent le tournant « néolibéral » et le recul de l'État depuis 30 ans. Comment les croire quand on regarde l'évolution des dépenses publiques, du nombre de fonctionnaires ou le poids de la réglementation - y compris dans les industries dites « déréglementées » ? Susan Strange était d'ailleurs consciente du paradoxe et le mentionne dans son introduction. NB : j'ai lu la version anglaise, donc je ne sais pas quelle est la qualité de la traduction française ; les citations ci-dessous sont de ma traduction.

Elle se situe dans un mouvement en sciences sociales, dit de l' « économie politique internationale » qui étudie les interactions de l'économie de marché et des Etats dans leurs relations internationales et dans leurs politiques domestiques. Cette approche la distingue à la fois des économistes qui négligeraient le rôle des institutions politiques et des relations internationales qui considèrent parfois l'État comme autonome, indépendant du marché.

La thèse de l'auteur est que 1) l'autorité et le pouvoir des Etats petits et grands a diminué, que 2) certaines de leurs responsabilités sont désormais assumées par d'autres organisations - notamment les multi(trans)nationales - et enfin que 3) certaines responsabilité ne sont plus assumées par personne. Les principales causes de ces changements sont, selon elle, l'évolution technologique et les besoins croissants en capital qu'elle engendre.

J'ai apprécié qu'elle donne des définitions de plusieurs termes :
- pouvoir : capacité d'un individu ou d'un groupe à orienter un résultat selon ses propres préférences plutôt que les préférences d'autrui ;
- politique : processus par lequel est déterminé le poids respectif de certaines valeurs au sein d'un groupe (richesse, sécurité, justice et autonomie) ;
- autorité (en économie politique) : capacité à influencer le comportement d'autrui en usant d'incitations et en modifiant les choix disponibles.
(Mais elle ne donne pas de définition de l'Etat, même si elle cite Weber sur un autre sujet)

Malheureusement, ces définitions sont très (trop) larges. En particulier, elles englobent à la fois des actions volontaires et consensuelles et des actes violents et coercitifs, sans les distinguer. Susan Strange écrit pourtant dans un passage que « les facteurs politiques et les facteurs économiques sont aussi incommensurables que les pommes et les oranges. » Mais cette distinction n'est pas reprise ailleurs. Au contraire, compte-tenu de sa définition, elle approuve la notion d'autorité politique de Bertrand Jouvenel, selon qui « il y a "politique" aussitôt qu'un projet implique la disposition favorable d'autres volontés, et en tant que l'on s'applique à rallier ces volontés. » (De la souveraineté) Elle écrit même que « le pouvoir correspond à l'aptitude des humains à agir, et à agir de concert ; le pouvoir découle donc de notre participation volontaire à certaines actions collectives. »

J'ai insisté sur ces aspects sémantiques car ils me semblent au coeur du livre et constituent au mieux une erreur fatale, au pire une certaine malhonnêteté intellectuelle.

De ces définitions, il découle immédiatement que les transnationales sont des institutions politiques, au même titre que les ONG, les mafias, le FMI ou les assureurs. Dans la mesures où ces organisations décident en interne de qui paie ? qui reçoit ? qui porte le risque ? elles empiètent sur les prérogatives naturelles de l'État qui sont le pouvoir, la politique et l'autorité - les « responsabilités fondamentales de l'État ne sont plus assurées », « le rôle central de l'État s'effrite » et les transnationales « empiètent sur l'autorité de l'État ».

Il ne s'agit plus ici de définitions mais d'affirmations - implicites, hélas ! L'hypothèse implicite est que, dans toute action collective, l'État devrait avoir un contrôle absolu sur qui fait quoi, comment, et qui reçoit combien. Chaque fois qu'un groupe décide de ses propres règles en interne, il « empiète sur l'autorité de l'État. » J'ai donc réalisé que c'était cette vision maximaliste - totalitaire - de l'État qui expliquait la perception du retrait de l'État par l'auteur. Chaque fois que le marché et la société civile développent leurs activités, elle perçoit un recul de l'État. Elle baptise même cela le « problème » de Pinocchio qui était attaché à ses ficelles comme nous étions (selon Susan Strange) attachés à l'État-nation. « Dans un monde d'autorités multiples, diffuses, nous n'avons plus de ficelles pour nous guider ; notre conscience est notre seul guide. »

Quelle bonne nouvelle ! Si seulement c'était vrai...


Making Money: Coin, Currency, and the Coming of Capitalism
Making Money: Coin, Currency, and the Coming of Capitalism
Prix : EUR 30,06

1.0 étoiles sur 5 For chartalist devouts only, 20 février 2015
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Making Money: Coin, Currency, and the Coming of Capitalism (Format Kindle)
"Money was and should be created at the center of the community". You don't get it? Try to see this as a piece of monetary creationism ;) Have a little more faith in legal engineering - a legal positivist's version of intelligent design. If you worship the Great Stakeholder and enjoy paying your taxes, you will love this book.

I'm not kidding. I've rarely seen such a garbled prose. The invention of banknotes is presented as a revolution by which the regalian function of minting commodity money was privatized, thereby legitimizing profit-seeking and self-interested behavior by bankers. As if the Bank of England in 1694 could be called a private entreprise with its various privileges, as if self-interest and profit had not existed before. The author wishes to open the reader's eyes to this invisible, forgotten revolution. Economists are supposed to be unaware of this historical fact, for they don't realize how money was designed (i.e. meddled with) by political authorities. Talk of a straw man!

The book also has postmodern tendencies: lots of narrative, little analytics. For instance, the author gives no prior definitions and discusses at length what money "really is". The book lacks a methodological preamble; there are unbacked claims and attribution of intentions to actors; holism, etc. Again, if you like critical theory, you might enjoy it. Otherwise, you have been warned.


Le Minotaure planétaire: L'ogre américain, la désunion européenne et le chaos mondial
Le Minotaure planétaire: L'ogre américain, la désunion européenne et le chaos mondial
par Yanis Varoufakis
Edition : Broché
Prix : EUR 22,89

5 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Mythologie gréconomique, 2 février 2015
Varoufakis est un microéconomiste pointu. Quoique très critique à l'égard de la théorie néoclassique, il la connaît et l'a pratiquée comme on peut le constater en lisant Economics of indeterminacy.

Son Minotaure est un livre plus grand public, mais c'est avant tout par son champ d'application qu'il se distingue. Le sujet dont traite Varoufakis cette fois est macroéconomique et international et n'a plus rien à voir avec la microéconomie. Comme disait Jacques Rueff, il s'agit encore et toujours du "lancinant problème de la balance des paiements" (Le..., titre d'un livre de Rueff disponible en ligne).

Varoufakis entonne ici la rhétorique de Keynes sur la balance des paiements qui ne peut pas s'équilibrer et nécessiterait une coopération multilatérale afin de procéder à des ajustements par création monétaire (bancor). Dans le livre cité plus haut, il procédait à une critique rigoureuse et méthodique. Ici, il préfère remplacer le raisonnement logique par la mythologie grecque...
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 3, 2015 12:26 AM CET


Forcing for Mathematicians
Forcing for Mathematicians
par Nik Weaver
Edition : Relié
Prix : EUR 52,35

5.0 étoiles sur 5 Livre clair et pédagogique pour un sujet difficile, 1 février 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Forcing for Mathematicians (Relié)
Dense et complet, mais si vous voulez simplement comprendre la preuve de l'indépendance de CH et de non-CH par rapport à ZFC et que vous avez déjà des bases de théorie des ensembles, les chapitres 2 et 6 à 13 suffisent et sont très clairs.


Economic Indeterminacy: A personal encounter with the economists' peculiar nemesis
Economic Indeterminacy: A personal encounter with the economists' peculiar nemesis
Prix : EUR 96,70

4.0 étoiles sur 5 Very good internal critique of neoclassical economics, 30 janvier 2015
Even though there are many books criticizing mainstream economics, it is hard to come by a good one. Most of the time, they fall prey to the straw man fallacy by painting neoclassical theory in its least advantageous clothes. When its foundations are caricatured, it is certainly easier to demolish mainstream economics. But this leaves the more sophisticated economist indifferent for he does not postulate that economic agents are motivated purely by greed, instant calculators of utility, perfectly informed, independant, non stratgic, etc.

Varoufakis starts by caracterizing neoclassical economics as a wide array of activities resting on three broad "meta-axioms": methodological individualism, instrumental rationality and equilibrium. As a consequence, his definition is not a caricature and is much more inclusive than the above. From this charitable viewpoint he goes on to show, both in theory and with concrete examples, how neoclassical microeconomics fail to hold their promise and economists turn away from the problem. Being familiar with Austrian economists, who share many of Varoufakis' criticisms of neoclassical economics, I found it helpful to see these arguments presented in the form of an internal critique.

The author is obviously well-read, his style is engaging and personal. This book is much, much better than his "macroeconomics" (The global minotaur).


Modern Political Economics: Making Sense of the Post-2008 World
Modern Political Economics: Making Sense of the Post-2008 World
Prix : EUR 44,76

1.0 étoiles sur 5 Sophisticated rhetoric but no punch, 29 janvier 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Modern Political Economics: Making Sense of the Post-2008 World (Format Kindle)
Arrogant
Often right
Often mistaken
Deconstructs much better than he constructs
Vaguely resorts to Hegelian dialectics
A tribute to confirmation bias, cherry picking and self-deception
Applies the Heisenberg principle and Gödel's theorem to social science in the Debray fashion (sic!)
Propagates various historical myths, such as the image of Hoover promoting laissez-faire and austerity after the 1929 crash
Dubs voluntary servitude 'Condorcet's Secret' without mentioning La Boétie
Was published before the Piketty-inequality tsunami and does not mention the subject

Varoufakis "explains" post-WWI international macroeconomics with a narrative based on US "surplus" in two phases:
Global Plan (1945-1971)
Global Minotaur (1971-2008)

I had enjoyed his deconstruction of neoclassical economics in "Economics of indeterminacy", which is partly repeated here. But the problem is that he has absolutely no theory left to explain causal relations. He does not even begin to discuss modern macro (which would not stand the scrutiny in any case). All that remains is a standard keynesian narrative with no analytical device to support it. For those who do not want to read this rather long book, a shorter version exists under the title "The global minotaur", written for a larger audience.

« Messieurs, »

« Vous êtes dans la bonne voie. Vous repoussez les théories abstraites. »

« Nous venons vous offrir une admirable occasion d'appliquer votre... comment dirons-nous? votre théorie? non, rien n'est plus trompeur que la théorie; votre doctrine? votre système? votre principe? mais vous n'aimez pas les doctrines, vous avez horreur des systèmes, et, quant aux principes, vous déclarez qu'il n'y en a pas en économie sociale; nous dirons donc votre pratique, votre pratique sans théorie et sans principe. »

Frédéric Bastiat, Pétition des marchands de chandelles


Ce que l'argent ne saurait acheter : Les limites morales du marché
Ce que l'argent ne saurait acheter : Les limites morales du marché
par Michael J. Sandel
Edition : Broché
Prix : EUR 22,00

14 internautes sur 19 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Nombreux exemples, dont certains intéressants, argument faible, 25 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Ce que l'argent ne saurait acheter : Les limites morales du marché (Broché)
Ce livre est l'anti-« Défendre les indéfendables » où Walter Block défendait la marchandisation à l'extrême parce que, disait-il, il ne suffit pas que quelque chose nous choque pour l'interdire, et de plus cette interdiction aurait des effets négatifs dont on ne se doute pas. Sandel ne demande pas quelle serait l'alternative à la marchandisation (la prohibition ? la pression sociale ?) mais il conteste qu'elle puisse avoir des effets bénéfiques.

Dans le livre de Sandel, j'ai apprécié les exemples de biens qui ne peuvent pas être achetés, parce que cela contredirait leur objet même, comme le prix Nobel : si vous payez pour avoir le prix Nobel vous n'aurez pas la reconnaissance qui le définit. Il est donc logiquement impossible d'acheter le prix Nobel. Légèrement différent : l'exemple des incitations monétaires qui peuvent avoir un effet négatif comme pour les dons de sang. Sandel rejoint ici Adam Smith qui, dans la Théorie des sentiments moraux, décrit si bien la recherche de la reconnaissance de nos semblables et son rôle dans les interactions sociales. Dommage que Sandel ne cite pas ce Smith-là, et ne retienne que l'intérêt personnel, la motivation que Smith place au centre de son autre livre.

En dehors de cela, le livre contient beaucoup de commentaires moralisateurs qui mériteraient plutôt une discussion de comptoir. Par exemple : payer pour un coupe-file, c'est mal !

Il y a une omission dans l'exemple de Walmart : l'opération n'avait rien à voir avec l'assurance ou un risque quelconque pour Walmart ou ses salariés. Il s'agit purement d'optimisation fiscale. En deux mots, Walmart est assez gros employeur pour être son propre assureur-décès, mais le fait de passer par un assureur externe lui a permis de déduire une partie de la masse salariale du résultat imposable...

Reste la thèse principale de Sandel : la marchandisation corrompt les valeurs civiques, humanistes et de solidarité dans la société. Il est bien connu que la confiance facilite les transactions dans une économie de marché. Mais, nous dit Sandel, le marché se tire une balle dans le pied en encourageant les comportements égoïstes, voire trompeurs. Le livre passe sous silence les travaux qui affirment le contraire (Herbert Gintis, Paul Seabright ne sont pas cités) alors qu'il s'agit d'une question empirique assez bien documentée.

Au final, la thèse n'est pas très bien étayée.

Rithy Panh le dit mieux que quiconque dans L'élimination :

« Après quelques jours, la rumeur a couru que la monnaie ne valait plus rien ; qu'elle allait tout simplement disparaître. Les vendeurs ont commencé à refuser les billets. L'effet a été dévastateur. Comment se nourrir, comment boire, comment vivre sans monnaie ? Le troc avait repris dès l'évacuation : il s'est généralisé. Les riches se sont appauvris ; les pauvres se sont dénudés. La monnaie n'est pas qu'une violence : elle dissout, elle fragmente. Le troc affirme ce qui manque absolument, et fragilise celui qui est fragile.

Nous avons compris que le mouvement était irréversible.

Des années plus tard, j'ai visionné des images d'archives extraordinaires : des révolutionnaires font sauter la Banque centrale du Cambodge. Seuls les angles du bâtiment sont encore debout, triste dentelle renforcée de métal : au milieu, des gravats. Le message est clair. Il n'y a pas de trésor ; il n'y a pas de richesse qui ne puisse être anéantie. Nous dynamiterons l'ancien monde, et nous prouverons ainsi que le capitalisme, c'est de la poussière entre quatre murs.

Je m'arrête un instant sur ce beau programme. Les révoltés de tous les pays évoquent souvent une société sans monnaie. Est-ce l'argent qui les dégoûte ? Ou le désir de consommation qu'il révèle ? L'échange aurait des facultés méconnues. L'échange gratuit, comme il convient d'appeler le troc. Mais je ne connais pas d'échange gratuit. Ou bien c'est un don. J'ai vécu quatre ans dans une société sans monnaie, et je n'ai jamais senti que cette absence adoucissait l'injustice. Et je ne peux oublier que l'idée même de valeur avait disparu. Plus rien ne pouvait être estimé - j'aime ce mot à double sens, car compter n'est pas forcément mépriser ou détruire - à commencer par la vie humaine. »


Le dollar et le système monétaire international
Le dollar et le système monétaire international
par Michel Aglietta
Edition : Poche
Prix : EUR 10,00

6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Quelques passages instructifs mais globalement décevant, 26 octobre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le dollar et le système monétaire international (Poche)
Si l'on s'intéresse surtout à l'histoire, certains passages sont instructifs, comme la naissance du dollar et le système de Bretton Woods ou, plus récemment, la succession de mesures prises par la Fed et la BCE depuis 2007. Mais sans un minimum de théorie, l'histoire est incompréhensible. Or, ce livre s'adresse surtout à ceux qui veulent comprendre ce qui fait le succès ou l'échec de certaines institutions, donc ce qui relie les causes aux effets, c'est-à-dire une théorie. Je l'avais acheté dans l'espoir d'y trouver une théorie monétaire vulgarisée afin d'en tirer des leçons pour le futur. J'ai été déçu, d'où les 2 étoiles.

Tout le texte est orienté vers une seule solution qui a la préférence des auteurs : revenir au plan de Keynes de 1944. Mais on manque de moyens de comparaison entre ce plan fétiche et les alternatives (qui ne sont de toutes façons pas abordées : concurrence monétaire, étalon-or, banque centrale mondiale, monnaies nationales).

Sur le plan microéconomique, par exemple, la loi de Gresham n'est pas mentionnée une seule fois. C'est un comble pour un raisonnement aussi simple (variante de la loi du prix unique) qui est si puissant pour comprendre bien des déboires des systèmes de taux de change fixe. Mais si les auteurs veulent défendre un système de taux de change fixe (le bancor de Keynes), on comprend qu'ils ne parlent pas de Gresham...

Sur le plan historique, plusieurs auteurs de référence sont absents. Tout d'abord, Henry Hazlitt, auteur de chroniques sur l'étalon de change-or dans les années 30 qui avait prévu l'effondrement de Bretton Woods dès 1944 (cf. From Bretton Woods to world inflation). Son raisonnement était simple : des institutions qui facilitent l'inflation, en masquant certains de ses symptômes et en obligeant les gouvernements vertueux à subventionner les gouvernements déficitaires, ne pouvaient pas se réguler. Il avait raison. L'absence de Jacques Rueff est encore plus incompréhensible dans un livre français. Toute sa vie, Rueff a critiqué l'étalon de change-or puis Bretton Woods, jusqu'à son Péché monétaire de l'Occident paru quelques mois à peine avant le discours de Nixon le 15 août 1971. Rueff était très attaché à un point : l'étalon-or créait des incitations à équilibrer le budget de l'Etat et la balance extérieure (contrairement au système de Keynes). Sans parler de Hayek et la concurrence monétaire...

Sur le plan macro, le cadre est classique : triangle de Mundell, dilemme de Triffin, trilemme de Rodrik etc. Mais il n'y a aucune analyse critique de ces résultats qui sont présentés comme des « théorèmes », puisqu'ils servent à étayer le plan fétiche.

La proposition soutenue par les auteurs consisterait à redonner au FMI le rôle monétaire qu'il a eu entre sa création et la chute de Bretton Woods : émettre et distribuer une monnaie internationale permettant de régler les échanges entre gouvernements et banques centrales. Puisque ceci ne peut pas se faire sans l'accord des Etats-Unis qui n'ont aucun intérêt à créer un concurrent au dollar, les auteurs espèrent que l'euro deviendra suffisamment fort pour pouvoir leur forcer la main. Du coup, le raisonnement est : nous devons centraliser plus le pouvoir de nos institutions européennes afin de fabriquer un champion régional - l'euro - qui pourra lutter à armes égales avec le dollar, éventuellement avec le soutien du Yen et du Yuan. En revanche, rien n'est dit sur les mécanismes permettant d'éviter une dérive inflationniste de ce FMI doté du pouvoir d'émettre une monnaie légale internationale en prélevant un seigneuriage sur la terre entière. A coup sûr, une telle institution serait un paradis pour les économistes-ingénieurs sociaux qui pourraient enfin y trouver un rôle d' « expert » à leur mesure !
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 3, 2015 6:58 PM CET


La planète des hommes. Réenchanter le risque
La planète des hommes. Réenchanter le risque
Prix : EUR 9,99

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Remède contre la précautionnite aigüe, 20 octobre 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : La planète des hommes. Réenchanter le risque (Format Kindle)
G. Bronner prend ici à parti la thèse éthique de Hans Jonas dite du "principe de responsabilité", si populaire chez de nombreux écolos. Selon Jonas, l'humanité aurait une telle importance que nulle innovation technologique ne devrait être autorisée sauf si l'on est capable de prouver à l'avance que cette invention ne fera courir aucun risque majeur à notre espèce. Une variante de ce principe figure désormais dans la constitution française avec cette bêtise qu'est le principe de précaution.

Les chapitres du livre examinent cette idée sous plusieurs angles : psychologique (certains biais cognitifs qui nous font mal estimer les enjeux), sociologique (la propagation des croyances, même les plus farfulues, thème favori de Bronner), logique (à terme, l'inaction ne conduit-elle pas à la disparition de l'humanité encore plus sûrement que l'action ?), épistémologique (que pouvons-nous connaîtres des conséquences de l'action et de l'inaction ?).

Malgré son approche de bon niveau, le livre reste très accessible. L'auteur s'appuie notamment sur de nombreux exemples où l'application du principe de Jonas aurait conduit à des décisions stupides (est-on certain que l'anneau du CERN ne va pas créer un trou noir qui risquerait de nous engloutir ?). L'écologie politique est au centre de la discussion, avec notamment une critique des écolos illumés de tout poil, allant des décroissants aux écoterroristes, en passant par les planificateurs façon soviétique.

Bronner conclut que nous devons trouver un récit qui permette de réenchanter le risque, c'est-à-dire de dépasser les peurs irrationnelles que nous traînons depuis le mythe de Prométhée et le péché originel. Il plaide pour que nous soyons humains avant d'être terriens, capables d'apprécier toute la créativité humaine au lieu de voir dans l'homme un parasite menaçant le dieu Terre.


La part du colibri: L'espèce humaine face à son devenir
La part du colibri: L'espèce humaine face à son devenir
Prix : EUR 2,99

Aucun internaute (sur 7) n'a trouvé ce commentaire utile :
1.0 étoiles sur 5 "Crapuleusement réactionnaire", 7 septembre 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : La part du colibri: L'espèce humaine face à son devenir (Format Kindle)
Je reprends l'expression à un commentaire posté sur un autre livre de Pierre Rabhi (Vers la sobriété heureuse) parce qu'elle me semble parfaitement exacte.

Le père de Pierre Rabhi, qui "était forgeron, musicien et poète, fut contraint de descendre à la mine parce que notre pays, qui était colonisé par les Français, recelait dans son sous-sol cette matière noire appelée houille."

Comment ça, "contraint" ?

En effet, avec l'arrivée des machines modernes, "le forgeron, tel le maître Cornille d'Alphonse Daudet souffrant pour l'honneur bafoué de son moulin à vent - respiration du bon Dieu -, [se trouve] concurrencé par les moulins à vapeur - invention du diable... Les clients se font rares."

Voilà le début de l'histoire : c'est cette modernité que Pierre Rabhi rejette. La perte de clients a incité - et non "contraint" - son père à changer de métier. Pour gagner sa vie, il devait rendre service à son prochain, et son métier de forgeron ne répondait plus à ce critère. Mais ce n'est pas ce que voulait Rabhi : il aurait voulu que ses clients le servent !

« Malédiction sur les machines, ce ne peut être que le cri du préjugé vulgaire, car maudire les machines c'est maudire l'esprit humain. » Bastiat

Tout le reste du livre est à l'avenant. Contrairement à ce qu'il affirme, Pierre Rabhi se présente ici comme l'inverse d'un humaniste. L'humanisme a placé l'homme au centre et promu la quête du savoir. Rabhi place le dieu Nature au centre et met le savoir au placard. Tout cela, naturellement, pour notre "bien" :

"Nous pouvons également constater que la souffrance humaine ne cesse de croître. Souffrance multiforme : celle qui concerne le manque qui va jusqu'à des pénuries et des famines, celle qui concerne l'être avec un mal-être que l'abondance non seulement ne parvient pas à guérir mais qu'elle exacerbe souvent. Car à tout cela il manque le sens et ce bien suprême que représente le bonheur d'être en vie."

Encore un oint du Seigneur qui a découvert la recette du bonheur et qui prétend l'imposer à l'humanité !

"Il faut placer le féminin au caeur... Il faut éduquer les enfants sans la compétitivité... Il faut re-localiser les activités économiques"

Tous ces "il faut, il faut, il faut" n'ont plus rien à voir avec la part du colibri (l'écologisme et la sobriété individuels) : c'est la part du lion qu'il veut.

"La modernité arrogante et totalitaire avait infligé, comme à d'innombrables êtres humains au Nord comme au Sud, une sorte d'oblitération par la négation de son identité et de sa personne. Pire encore : elle a réduit, sous prétexte de l'améliorer, la condition de tous à une forme moderne d'esclavage."

Il faut pourtant être aveugle pour ne pas voir que seules les sociétés de marché ont réussi à améliorer les conditions de vie des masses, et que la liberté d'expression, la tolérance à l'égard des minorités culturelles, politiques ou sexuelles, la libération des femmes : tout cela n'existe que dans les sociétés capitalistes. Et il parle d'esclavage ?!?

Ce livre est une "pomme", comme aurait dit Simon Leys : "Que les idiots disent des idioties, c'est comme les pommiers qui produisent des pommes, c'est dans la nature. Le problème, c'est qu'il y ait des lecteurs pour les prendre au sérieux."

Vous n'êtes pas obligé de la croquer !
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Oct 5, 2014 9:36 PM MEST


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