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Gu Si Fang (Paris, France)

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Ce que l'argent ne saurait acheter : Les limites morales du marché
Ce que l'argent ne saurait acheter : Les limites morales du marché
par Michael J. Sandel
Edition : Broché
Prix : EUR 22,00

6 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Nombreux exemples, dont certains intéressants, argument faible, 25 novembre 2014
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Ce livre est l'anti-« Défendre les indéfendables » où Walter Block défendait la marchandisation à l'extrême parce que, disait-il, il ne suffit pas que quelque chose nous choque pour l'interdire, et de plus cette interdiction aurait des effets négatifs dont on ne se doute pas. Sandel ne demande pas quelle serait l'alternative à la marchandisation (la prohibition ? la pression sociale ?) mais il conteste qu'elle puisse avoir des effets bénéfiques.

Dans le livre de Sandel, j'ai apprécié les exemples de biens qui ne peuvent pas être achetés, parce que cela contredirait leur objet même, comme le prix Nobel : si vous payez pour avoir le prix Nobel vous n'aurez pas la reconnaissance qui le définit. Il est donc logiquement impossible d'acheter le prix Nobel. Légèrement différent : l'exemple des incitations monétaires qui peuvent avoir un effet négatif comme pour les dons de sang. Sandel rejoint ici Adam Smith qui, dans la Théorie des sentiments moraux, décrit si bien la recherche de la reconnaissance de nos semblables et son rôle dans les interactions sociales. Dommage que Sandel ne cite pas ce Smith-là, et ne retienne que l'intérêt personnel, la motivation que Smith place au centre de son autre livre.

En dehors de cela, le livre contient beaucoup de commentaires moralisateurs qui mériteraient plutôt une discussion de comptoir. Par exemple : payer pour un coupe-file, c'est mal !

Il y a une omission dans l'exemple de Walmart : l'opération n'avait rien à voir avec l'assurance ou un risque quelconque pour Walmart ou ses salariés. Il s'agit purement d'optimisation fiscale. En deux mots, Walmart est assez gros employeur pour être son propre assureur-décès, mais le fait de passer par un assureur externe lui a permis de déduire une partie de la masse salariale du résultat imposable...

Reste la thèse principale de Sandel : la marchandisation corrompt les valeurs civiques, humanistes et de solidarité dans la société. Il est bien connu que la confiance facilite les transactions dans une économie de marché. Mais, nous dit Sandel, le marché se tire une balle dans le pied en encourageant les comportements égoïstes, voire trompeurs. Le livre passe sous silence les travaux qui affirment le contraire (Herbert Gintis, Paul Seabright ne sont pas cités) alors qu'il s'agit d'une question empirique assez bien documentée.

Au final, la thèse n'est pas très bien étayée.

Rithy Panh le dit mieux que quiconque dans L'élimination :

« Après quelques jours, la rumeur a couru que la monnaie ne valait plus rien ; qu'elle allait tout simplement disparaître. Les vendeurs ont commencé à refuser les billets. L'effet a été dévastateur. Comment se nourrir, comment boire, comment vivre sans monnaie ? Le troc avait repris dès l'évacuation : il s'est généralisé. Les riches se sont appauvris ; les pauvres se sont dénudés. La monnaie n'est pas qu'une violence : elle dissout, elle fragmente. Le troc affirme ce qui manque absolument, et fragilise celui qui est fragile.

Nous avons compris que le mouvement était irréversible.

Des années plus tard, j'ai visionné des images d'archives extraordinaires : des révolutionnaires font sauter la Banque centrale du Cambodge. Seuls les angles du bâtiment sont encore debout, triste dentelle renforcée de métal : au milieu, des gravats. Le message est clair. Il n'y a pas de trésor ; il n'y a pas de richesse qui ne puisse être anéantie. Nous dynamiterons l'ancien monde, et nous prouverons ainsi que le capitalisme, c'est de la poussière entre quatre murs.

Je m'arrête un instant sur ce beau programme. Les révoltés de tous les pays évoquent souvent une société sans monnaie. Est-ce l'argent qui les dégoûte ? Ou le désir de consommation qu'il révèle ? L'échange aurait des facultés méconnues. L'échange gratuit, comme il convient d'appeler le troc. Mais je ne connais pas d'échange gratuit. Ou bien c'est un don. J'ai vécu quatre ans dans une société sans monnaie, et je n'ai jamais senti que cette absence adoucissait l'injustice. Et je ne peux oublier que l'idée même de valeur avait disparu. Plus rien ne pouvait être estimé - j'aime ce mot à double sens, car compter n'est pas forcément mépriser ou détruire - à commencer par la vie humaine. »


Le dollar et le système monétaire international
Le dollar et le système monétaire international
par Michel Aglietta
Edition : Poche
Prix : EUR 10,00

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Quelques passages instructifs mais globalement décevant, 26 octobre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le dollar et le système monétaire international (Poche)
Si l'on s'intéresse surtout à l'histoire, certains passages sont instructifs, comme la naissance du dollar et le système de Bretton Woods ou, plus récemment, la succession de mesures prises par la Fed et la BCE depuis 2007. Mais sans un minimum de théorie, l'histoire est incompréhensible. Or, ce livre s'adresse surtout à ceux qui veulent comprendre ce qui fait le succès ou l'échec de certaines institutions, donc ce qui relie les causes aux effets, c'est-à-dire une théorie. Je l'avais acheté dans l'espoir d'y trouver une théorie monétaire vulgarisée afin d'en tirer des leçons pour le futur. J'ai été déçu, d'où les 2 étoiles.

Tout le texte est orienté vers une seule solution qui a la préférence des auteurs : revenir au plan de Keynes de 1944. Mais on manque de moyens de comparaison entre ce plan fétiche et les alternatives (qui ne sont de toutes façons pas abordées : concurrence monétaire, étalon-or, banque centrale mondiale, monnaies nationales).

Sur le plan microéconomique, par exemple, la loi de Gresham n'est pas mentionnée une seule fois. C'est un comble pour un raisonnement aussi simple (variante de la loi du prix unique) qui est si puissant pour comprendre bien des déboires des systèmes de taux de change fixe. Mais si les auteurs veulent défendre un système de taux de change fixe (le bancor de Keynes), on comprend qu'ils ne parlent pas de Gresham...

Sur le plan historique, plusieurs auteurs de référence sont absents. Tout d'abord, Henry Hazlitt, auteur de chroniques sur l'étalon de change-or dans les années 30 qui avait prévu l'effondrement de Bretton Woods dès 1944 (cf. From Bretton Woods to world inflation). Son raisonnement était simple : des institutions qui facilitent l'inflation, en masquant certains de ses symptômes et en obligeant les gouvernements vertueux à subventionner les gouvernements déficitaires, ne pouvaient pas se réguler. Il avait raison. L'absence de Jacques Rueff est encore plus incompréhensible dans un livre français. Toute sa vie, Rueff a critiqué l'étalon de change-or puis Bretton Woods, jusqu'à son Péché monétaire de l'Occident paru quelques mois à peine avant le discours de Nixon le 15 août 1971. Rueff était très attaché à un point : l'étalon-or créait des incitations à équilibrer le budget de l'Etat et la balance extérieure (contrairement au système de Keynes). Sans parler de Hayek et la concurrence monétaire...

Sur le plan macro, le cadre est classique : triangle de Mundell, dilemme de Triffin, trilemme de Rodrik etc. Mais il n'y a aucune analyse critique de ces résultats qui sont présentés comme des « théorèmes », puisqu'ils servent à étayer le plan fétiche.

La proposition soutenue par les auteurs consisterait à redonner au FMI le rôle monétaire qu'il a eu entre sa création et la chute de Bretton Woods : émettre et distribuer une monnaie internationale permettant de régler les échanges entre gouvernements et banques centrales. Puisque ceci ne peut pas se faire sans l'accord des Etats-Unis qui n'ont aucun intérêt à créer un concurrent au dollar, les auteurs espèrent que l'euro deviendra suffisamment fort pour pouvoir leur forcer la main. Du coup, le raisonnement est : nous devons centraliser plus le pouvoir de nos institutions européennes afin de fabriquer un champion régional - l'euro - qui pourra lutter à armes égales avec le dollar, éventuellement avec le soutien du Yen et du Yuan. En revanche, rien n'est dit sur les mécanismes permettant d'éviter une dérive inflationniste de ce FMI doté du pouvoir d'émettre une monnaie légale internationale en prélevant un seigneuriage sur la terre entière. A coup sûr, une telle institution serait un paradis pour les économistes-ingénieurs sociaux qui pourraient enfin y trouver un rôle d' « expert » à leur mesure !


La planète des hommes. Réenchanter le risque
La planète des hommes. Réenchanter le risque
Prix : EUR 9,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Remède contre la précautionnite aigüe, 20 octobre 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : La planète des hommes. Réenchanter le risque (Format Kindle)
G. Bronner prend ici à parti la thèse éthique de Hans Jonas dite du "principe de responsabilité", si populaire chez de nombreux écolos. Selon Jonas, l'humanité aurait une telle importance que nulle innovation technologique ne devrait être autorisée sauf si l'on est capable de prouver à l'avance que cette invention ne fera courir aucun risque majeur à notre espèce. Une variante de ce principe figure désormais dans la constitution française avec cette bêtise qu'est le principe de précaution.

Les chapitres du livre examinent cette idée sous plusieurs angles : psychologique (certains biais cognitifs qui nous font mal estimer les enjeux), sociologique (la propagation des croyances, même les plus farfulues, thème favori de Bronner), logique (à terme, l'inaction ne conduit-elle pas à la disparition de l'humanité encore plus sûrement que l'action ?), épistémologique (que pouvons-nous connaîtres des conséquences de l'action et de l'inaction ?).

Malgré son approche de bon niveau, le livre reste très accessible. L'auteur s'appuie notamment sur de nombreux exemples où l'application du principe de Jonas aurait conduit à des décisions stupides (est-on certain que l'anneau du CERN ne va pas créer un trou noir qui risquerait de nous engloutir ?). L'écologie politique est au centre de la discussion, avec notamment une critique des écolos illumés de tout poil, allant des décroissants aux écoterroristes, en passant par les planificateurs façon soviétique.

Bronner conclut que nous devons trouver un récit qui permette de réenchanter le risque, c'est-à-dire de dépasser les peurs irrationnelles que nous traînons depuis le mythe de Prométhée et le péché originel. Il plaide pour que nous soyons humains avant d'être terriens, capables d'apprécier toute la créativité humaine au lieu de voir dans l'homme un parasite menaçant le dieu Terre.


La part du colibri: L'espèce humaine face à son devenir
La part du colibri: L'espèce humaine face à son devenir
Prix : EUR 2,99

Aucun internaute (sur 6) n'a trouvé ce commentaire utile :
1.0 étoiles sur 5 "Crapuleusement réactionnaire", 7 septembre 2014
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Je reprends l'expression à un commentaire posté sur un autre livre de Pierre Rabhi (Vers la sobriété heureuse) parce qu'elle me semble parfaitement exacte.

Le père de Pierre Rabhi, qui "était forgeron, musicien et poète, fut contraint de descendre à la mine parce que notre pays, qui était colonisé par les Français, recelait dans son sous-sol cette matière noire appelée houille."

Comment ça, "contraint" ?

En effet, avec l'arrivée des machines modernes, "le forgeron, tel le maître Cornille d'Alphonse Daudet souffrant pour l'honneur bafoué de son moulin à vent - respiration du bon Dieu -, [se trouve] concurrencé par les moulins à vapeur - invention du diable... Les clients se font rares."

Voilà le début de l'histoire : c'est cette modernité que Pierre Rabhi rejette. La perte de clients a incité - et non "contraint" - son père à changer de métier. Pour gagner sa vie, il devait rendre service à son prochain, et son métier de forgeron ne répondait plus à ce critère. Mais ce n'est pas ce que voulait Rabhi : il aurait voulu que ses clients le servent !

« Malédiction sur les machines, ce ne peut être que le cri du préjugé vulgaire, car maudire les machines c'est maudire l'esprit humain. » Bastiat

Tout le reste du livre est à l'avenant. Contrairement à ce qu'il affirme, Pierre Rabhi se présente ici comme l'inverse d'un humaniste. L'humanisme a placé l'homme au centre et promu la quête du savoir. Rabhi place le dieu Nature au centre et met le savoir au placard. Tout cela, naturellement, pour notre "bien" :

"Nous pouvons également constater que la souffrance humaine ne cesse de croître. Souffrance multiforme : celle qui concerne le manque qui va jusqu'à des pénuries et des famines, celle qui concerne l'être avec un mal-être que l'abondance non seulement ne parvient pas à guérir mais qu'elle exacerbe souvent. Car à tout cela il manque le sens et ce bien suprême que représente le bonheur d'être en vie."

Encore un oint du Seigneur qui a découvert la recette du bonheur et qui prétend l'imposer à l'humanité !

"Il faut placer le féminin au caeur... Il faut éduquer les enfants sans la compétitivité... Il faut re-localiser les activités économiques"

Tous ces "il faut, il faut, il faut" n'ont plus rien à voir avec la part du colibri (l'écologisme et la sobriété individuels) : c'est la part du lion qu'il veut.

"La modernité arrogante et totalitaire avait infligé, comme à d'innombrables êtres humains au Nord comme au Sud, une sorte d'oblitération par la négation de son identité et de sa personne. Pire encore : elle a réduit, sous prétexte de l'améliorer, la condition de tous à une forme moderne d'esclavage."

Il faut pourtant être aveugle pour ne pas voir que seules les sociétés de marché ont réussi à améliorer les conditions de vie des masses, et que la liberté d'expression, la tolérance à l'égard des minorités culturelles, politiques ou sexuelles, la libération des femmes : tout cela n'existe que dans les sociétés capitalistes. Et il parle d'esclavage ?!?

Ce livre est une "pomme", comme aurait dit Simon Leys : "Que les idiots disent des idioties, c'est comme les pommiers qui produisent des pommes, c'est dans la nature. Le problème, c'est qu'il y ait des lecteurs pour les prendre au sérieux."

Vous n'êtes pas obligé de la croquer !
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Oct 5, 2014 9:36 PM MEST


La malfaçon: Monnaie européenne et souveraineté démocratique
La malfaçon: Monnaie européenne et souveraineté démocratique
Prix : EUR 14,99

17 internautes sur 24 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Euro or not euro ?, 17 avril 2014
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Les élections européennes approchant, Lordon nous livre ici un point de vue critique sur le fonctionnement des institutions européennes - en particulier l'euro - et propose une alternative qu'il appelle « monnaie commune ». Ce terme n'étant pas explicite, on trouve au ch. 7 une description détaillée de ce qui est proposé : une version reliftée du bancor de Keynes, des DTS du FMI ou du SME. Il s'agit de redonner à chaque Etat-nation son autonomie en matière de politique monétaire tout en restant fidèle à Keynes dans le débat changes fixes / changes flottants. On retrouve la même idée chez plusieurs auteurs en ce moment, apparemment il y a comme une mode.

La première partie du livre présente la critique de l'euro. Les raisons exposées sont de deux types : politiques et économiques. Politiquement, « la souveraineté populaire s'entend comme capacité du peuple à prendre en main son propre destin » (ch. 1). Économiquement, le modèle est Roosevelt et son activisme à tout-va, impossible dans le cadre de la construction européenne. Les eurobonds et autres propositions européennes excluant cette possibilité, Lordon les rejette (ch. 2). En effet, en mutualisant les décisions budgétaires et/ou la dette, ils nous placeraient face au dilemme suivant : des Etats sans autonomie (ne maîtrisant pas leur budget) ou bien des Etats irresponsables (ne payant pas leurs dettes).

Je suis frappé de constater que certains constats de Lordon sont partagés par de nombreux libéraux (oublions le FN, la comparaison est grotesque). Voir par exemple « L'euro : comment s'en débarrasser ? » de Jean-Jacques Rosa, ou encore Charles Gave qui qualifie l'euro de « Frankenstein financier ».

Quelle vision politique ? Il faut dire que Lordon parle beaucoup de souveraineté du peuple et peu de souveraineté individuelle. Les droits de l'homme et la liberté individuelle ne sont pas ici une priorité. Il regrette que la nation soit opprimée par l'Europe mais n'imagine pas que le citoyen puisse être opprimé par la nation. Ce qui est proposé est en quelque sorte une liberté des anciens - par opposition à la liberté des modernes de Benjamin Constant - où c'est la possibilité de prendre part aux affaires politiques de la cité qui prime. Ce n'est pas surprenant, mais en tant que libéral je ne peux pas m'en contenter.

La deuxième partie présente une alternative à l'euro. C'est ici que la primauté du collectif sur l'individu est évidente : défaut complet sur la dette souveraine, « réarmement » de la banque centrale nationale, « reprise en mains » du secteur bancaire et contrôle des capitaux. L'autonomie qui serait ainsi regagnée par l'Etat-nation serait intégralement perdue par l'individu qui souhaite épargner et maîtriser son avenir : euthanasie du rentier, prise de pouvoir politique sur les décisions d'investissement et de financement des entreprises. C'est une forme soft de collectivisation du capital qui est bien connue, qu'on l'appelle répression financière (lire « La répression financière », de Jean-Jacques Rosa *) ou bien « économie d'endettement » (lire « Le système financier français depuis 1945 », de Pierre-Cyrille Hautcoeur *). Nous avons connu un tel système jusqu'au début des années 1980 en France et aujourd'hui dans les institutions bancaires chinoises avec leur cortège de prêts politicards servant à financer des grands ouvrage en béton qui ne mènent nulle part (lire Nicholas Lardy).

Nombre de libéraux regrettent donc, comme Lordon, que les Etats soient soumis à des institutions supranationales au mépris du principe de subsidiarité. Ils aimeraient se libérer du joug de l'élite politico-économique internationale et/ou bruxelloise, mais PAS pour asservir encore plus l'individu à une élite politico-économique nationale (lire « Déflation et liberté », de Guido Hülsmann *).

Certes, Lordon ne propose pas de nationaliser le crédit façon Corée du Nord, mais souhaite redonner autonomie et localité aux banques. Le problème est que des banques locales et politisées, ça donne des banques fragiles. Cf. le système du « unit banking » qui a dominé aux US au XIXème, les Landeskassen allemandes ou les Cajas espagnoles aujourd'hui. Les auteurs qui ont étudié le lien entre institutions politiques et performances / stabilité du système bancaire (lire « Why banking systems succeed... and fail » de Charles Calomiris) considèrent que les rares systèmes qui marchent bien sont ceux qui permettent d'allouer l'épargne et mutualiser les risques sur une grande zone géographique (pas l'agence de Jimmy Stuart dans La vie est belle) et qui ne sont pas des instruments politiques de redistribution au service de politiciens populistes ou d'hommes d'affaires corporatistes.

Il faut faire un dernier rappel historique. Au moment de la construction de l'euro, l'idée de « monnaie commune » avait déjà été opposée au projet de « monnaie unique », seulement il désignait une institution très différente de ce que propose Lordon. Il s'agissait de laisser circuler librement une monnaie européenne en parallèle avec les monnaies nationales (lire « L'unité monétaire européenne : au profit de qui ?, de Pascal Salin *). Cette solution aurait préservé le marché des changes et donc une saine concurrence entre monnaies européennes : s'il y a des monnaies différentes avec des politiques monétaires indépendantes, les utilisateurs et investisseurs les évaluent forcément de façon fluctuante. Contre les changes flottants de Friedman, Lordon préfèrerait masquer ce prix qu'il ne saurait voir. Le problème est qu'en imposant un taux de change fixe entre des monnaies différentes, on se paie immanquablement la loi de Gresham. Le contrôle des capitaux permet d'en masquer plus ou moins les effets mais ne les supprime pas ! Le conflit politique créé par l'euro (une planche à billets partagée entre plusieurs Etats dispendieux, voir « The tragedy of the euro », de Philipp Bagus, traduit en français *) changerait de forme, mais il ne serait toujours pas résolu. C'est accessoirement ce qui a causé la fin de Bretton Woods (lire « Le péché monétaire de l'Occident », de Jacques Rueff *).

(*) Tous les ouvrages avec une étoile sont disponibles en ligne, souvent sur le site de l'Institut Coppet.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 4, 2014 8:33 PM MEST


La capture
La capture
Prix : EUR 9,99

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Bonne analyse de l'économie politique de la banque, 14 avril 2014
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Ce livre décrit l'économie politique de la banque et de la finance (en anglais on dirait "public choice"). On y retrouve peu ou prou ce que Charles Calomiris appelle les trois conflits d'intérêt des politiques avec la banque dans son livre "Fragile by design". Voici quelques passages qui illustrent le propos de Chavagneux et Philipponnat :

1) "La capture d'une partie des forces politiques et administratives par les intérêts financiers. En Allemagne, du fait de la grande proximité de la quasi-totalité des élus avec les banques locales. En France, du fait du système organisé de pantouflage et de la consanguinité bien connue des élites administratives et politiques et des élites financières. À Bruxelles, les attitudes des différents États semblent transcender les divisions partisanes et sont orientées vers la défense des champions nationaux. On aboutit à un phénomène de capture des élites nationales combiné avec une gouvernance européenne défectueuse."

2) "L'aléa moral en matière bancaire est un facteur essentiel. La rente économique ainsi soutirée par le système bancaire à la société représente une valeur évaluée à plusieurs dizaines de milliards d'euros annuels. [NB : quid de la rente monétaire distribuée par les banques centrales ?] Si les pertes sont portées par les créanciers des banques (solution quasiment jamais adoptée) et par les actionnaires, alors on met fin à l'aléa moral. Sur le papier, la solution est assez simple. La seconde mesure concerne la « résolution des banques », qui ne doit pas être laissée aux mains des responsables politiques, et encore moins dépendre des intérêts nationaux."

3) "Les services de banque commerciale sont indispensables à tout moment pour la société.
Les États ont compris depuis longtemps qu'il était indispensable de protéger les dépôts de la clientèle. Un cercle vicieux se met alors en place : le soutien public qui permet aux banques de se financer moins cher devient lui-même facteur d'expansion de la taille des banques qui bénéficieront d'un soutien de la collectivité encore plus important, soutien qui leur permet de devenir encore plus grosses !"

C'est assez proche de Calomiris, pour qui les conflits d'intérêt sont dus au fait que le gouvernement réglemente la finance mais a besoin d'elle pour ses emprunts ; il doit faire respecter les contrats de prêt mais il ne veut pas se fâcher avec les ménages emprunteurs ; il doit répartir les pertes éventuelles entre les créanciers et les déposants, mais il a besoin de leurs votes et de leurs financements. Par conséquent, les institutions politiques d'un pays sont déterminantes pour l'(in)efficacité et la (in)stabilité de son système bancaire.

Sur ce sujet, le chapitre 6 sur le processus d'élaboration des directives européennes en matière de réglementation financière est très bien fait.

En revanche, j'ai trouvé décevant que les banques centrales et la rente monétaire soient totalement absentes de l'analyse. Pour les auteurs, le soutien aux banques passe entièrement par le "contribuable", par exemple : "Du fait des soutiens apportés au secteur bancaire durant la crise, la dette publique de l'Irlande a augmenté de 40,5 points de pourcentage du PIB ! aux Pays-Bas (14,6 points), en Allemagne (12,8 points), en Espagne (7,3 points) ou au Royaume-Uni (6,7 points)."

Or, malgré l'énormité de ces montants, ils restent faibles à côté du soutien des banques centrales, qui est à la fois plus important et plus opaque. Plumer le contribuable pour renflouer les banques est politiquement délicat, mais le papier-monnaie à cours forcé depuis 1971 a ouvert des possibilités nouvelles via la planche à billets. Une analyse économico-politique de la banque ne peut pas passer à côté de ce changement majeur.

"Il faut séparer les activités de banque d'affaires de celles de banque commerciale."
Fausse solution ? Les auteurs sont très attachés à cette mesure mais donnent peu d'arguments convaincants. Roosevelt est présenté comme un héros qui a réussi à séparer les banques contre leur gré. Mais on ne comprend rien au Glass-Steagall Act si on l'interprète comme une victoire des gentils politiques contre les méchants financiers. Voir par exemple "The separation of commercial and investment banking: The Morgans vs. the Rockefellers" par A. Tabarrok.

"Si l'analyse précise de la façon dont les paradis fiscaux nourrissent l'instabilité de la finance reste à faire, le constat est indéniable. Il est confirmé par toutes les études soulignant la présence massive des banques dans ces territoires." Lubie ?

A mon avis, le livre sous-estime le rôle des banques centrales et des institutions politiques en *amont* de la crise. Mais malgré ses lacunes, il est très instructif et intègre bien la politique pour comprendre l'absence de réforme bancaire d'envergure.


Changer de modèle
Changer de modèle
Prix : EUR 17,99

18 internautes sur 23 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 La gauche libérale et réformatrice, tournée vers l'avenir, 13 avril 2014
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...par opposition à la gauche populiste, autoritaire et conservatrice.

On connaît les politiques recommandées par la seconde : relance par la dépense publique, grands projets, hausse forcée des salaires, hausse de la fiscalité sur les entreprises, les entrepreneurs et les épargnants, emplois publics et aidés en tous genres, et éventuellement protectionnisme, contrôle des capitaux, euthanasie du rentier et aiguillage de l’épargne vers la dette publique et les investisseurs politiquement bien connectés. En attendant la pluie…

L’économie dirigée à la française aurait démontré son efficacité pendant les « trente glorieuses » : croissance, faible chômage, forte mobilité sociale, budget équilibré, etc.

Le titre du livre fait référence au fait que ceci est en réalité un mauvais modèle, qui a plus ou moins fonctionné dans des circonstances particulières, mais qui n’est pas adapté à la situation actuelle. Après la seconde guerre mondiale, la destruction massive de capital et le retard pris par l’économie française étaient tels qu’il suffisait d’accompagner la migration des emplois de l’agriculture vers l’industrie, copier les industries étrangères et reconstituer le stock de capital détruit par les deux conflits mondiaux. On ne pouvait pas se tromper. Comme l’économie chinoise après 1979.

Mais une fois sorti du rattrapage par imitation, il faut inventer de nouvelles activités : entreprendre, faire des essais et des erreurs, laisser les innovations remplacer les activités obsolètes, arrêter de subventionner les canards boiteux et les mastodontes publics. Tout ceci est nécessaire non seulement pour la croissance économique, mais aussi et surtout pour permettre aux jeunes et aux moins qualifiés d’entrer dans la vie active avec une éducation et des opportunités réelles, au lieu de leur bloquer l’entrée pour protéger les emplois existants.

Le livre énumère les réformes possibles, qui ont toutes fait leurs preuves dans d’autres pays. Les politiques qui les ont menées ont su saisir l’opportunité. Certains ont été récompensés par les électeurs, comme au Canada, et même ceux qui ont payé le prix de l’impopularité en perdant les élections comme Schröder laisseront une trace positive dans l’histoire de leur pays.

Le livre contient un peu trop de chiffres et de graphiques à mon goût (c'est pourquoi je ne mets pas 5 étoiles), mais au moins le lecteur est sûr de trouver la réponse à des questions telles que : comment se situe la France par rapport à d’autres pays en termes de dépenses publiques, de déficit, de chômage, d’égalité des chances, etc. C’est très complet. Il donne aussi une référence à l'aune de laquelle on peut évaluer les lacunes de la "vallsonomics" : rien sur le marché du travail, pas d'ouverture des professions réglementées, rien sur les retraites etc.

On pourra lire aussi "Le socialisme de l'excellence : Combattre les rentes et promouvoir les talents" de Jean-Marc Daniel.


The Righteous Mind: Why Good People are Divided by Politics and Religion
The Righteous Mind: Why Good People are Divided by Politics and Religion
Prix : EUR 8,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 De l'évolution de la morale aux idéologies politiques, 28 janvier 2014
Ce livre très intéressant propose une théorie de la morale, et s'en sert pour expliquer les clivages idéologiques que nous connaissons. C'est forcément assez spéculatif, avec de nombreux exemples et arguments - parfois de vraies trouvailles.

La morale est comparée au goût, et tout comme l'espèce humaine a évolué pour distinguer les aliments grâce à ses papilles gustatives, elle a développé une aptitude à reconnaître, anticiper et s'adapter au comportement les uns des autres. La première partie du livre rassemble des études à l'appui de cette vision. Puis, l'auteur en déduit que, tout comme nous avons des goûts différents, culturellement hétérogènes en matière d'alimentation, nous sommes aussi différents dans notre façon de percevoir et d'apprécier les questions morales, et donc politiques.

Une version synthétique de la deuxième partie de l'argument peut être trouvée dans l'essai d'Arnold Kling "Three languages of politics".


The Undercover Economist Strikes Back: How to Run or Ruin an Economy (English Edition)
The Undercover Economist Strikes Back: How to Run or Ruin an Economy (English Edition)
Prix : EUR 5,99

3.0 étoiles sur 5 Nice intro, nice storytelling, lacks depth, 25 janvier 2014
This book is very well written and educational, as Tim Harford has led his readers to expect. At times, it is a bit heavy on the storytelling style. Overall, it does a nice job explaining a lay reader how economists think about the big macro issues such as growth, recessions and unemployment. I list what I view as some pluses and minuses of the book below.

Pluses:

- Great quotes from Douglas Adams' Hitchhiker’s Guide to the Galaxy!

- A nice debunking of Krugman's babysitting coop rant.

- A great discussion of Radford's POW camp article.

- A very pedagogical comparison of the classical and Keynesian views of recessions, concluding on an ironic note (but see below for a minus): « Sometimes an economy’s output is constrained by the demand for goods and services (Keynes’s Law) and sometimes it is constrained by their potential supply (Say’s Law). It sounds like neither of them are really laws at all. Yup. This is social science—what did you expect? » ... « But there is also a really simple way to combine the two views. We need to introduce a concept you’ll hear discussed often in economics—the “short run” and the “long run.” Most economists would agree that in the short run, it is Keynes’s Law that is relevant. And most economists would also agree that in the long run, it is Say’s Law that counts. »

- A thought provoking discussion of the question Can Growth Continue Forever?: « Energy growth is not the same as economic growth [...] It’s easy to grasp why exponential economic growth is not the same as exponential energy growth. If I’m worried about money, I may turn off my heating and wear a coat and hat indoors; a bit of extra money will mean I take off the hat and coat and use more energy. But that doesn’t mean that if I win the lottery I will celebrate by boiling myself alive. »

Minuses:

- A presumptuous claim: « Clearly, economists don’t understand everything about how to prevent an economy’s growth from slowing or going into reverse. If we did, it wouldn’t happen. »

- No mention anywhere of the monetary theories of business cycles (e. g. Austrian), besides the Keynesian and classical described above. As a result, another "oil shock" explanation of the crisis of the 70's...

- An unfortunate presentation of the efficiency wage theory of unemployment, as if a "good" labor market had to function like the buying and selling of T-shirts: « Ford’s five-dollar day meant that suddenly his workers had a lot to lose. The job they had at Ford paid twice what they could earn elsewhere. Workforce turnover plummeted, as you’d expect, but the real measure of success was dramatically increased labor productivity. As soon as Ford instituted the five-dollar day, his workers no longer lived in the perfectly functioning labor market of the classical textbooks, in which they could walk out of one job and into another at a moment’s notice. They operated instead on the fortunate side of a highly imperfect labor market. »


Where Does Money Come From? (English Edition)
Where Does Money Come From? (English Edition)
Prix : EUR 9,99

1.0 étoiles sur 5 Socialization of credit as a panacea..., 23 janvier 2014
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The authors present just another chartalist theory of money and advocate a regime of credit expansion by central banks, planned and allocated by governments. According to them, such a regime, similar to financial repression, is not inflationary, eliminates public deficit, suppresses asset bubbles (not to mention unemployment) and poses absolutely no problem whatsoever in terms of resource allocation.

“The total quantity of credit creation and the quality of its use (i.e. the allocation of credit for different types of use) are key variables that economic policymakers should monitor and, indeed, seek to control.”

“The central bank determines desired nominal GDP growth, then calculates the necessary amount of credit creation to achieve this and then allocates this credit creation both across the various types of banks and across industrial sectors.”

“It is difficult or impossible to obtain bank credit for large-scale, purely speculative transactions. Likewise, it is difficult to obtain consumer loans on a significant scale.”

“Banks are recognised to be public utilities.”

“Assuming government and the financial sector invest money in an equally productive manner, which we define here as resulting in GDP-related transactions, pure fiscal policy that is not connected to changes in monetary factors will be growth-neutral.”

“However, the assumption that government and private sector investment are equally productive is unlikely to hold true in the real world. Government borrowing can be expansionary if the Government uses the money more productively than the original private investment (!) holders would have done.”

This was the dream of Keynes (1936) and the nightmare of Mises (1920). Yet the authors cite the Asian dragons miracles as examples of successful policies of this kind. There was also such a regime in France during the "trente glorieuses", and it has its nostalgics. Suffice it to remember the poor shape of the French capital markets in the 1970s after this kind of treatment. Yet, capital allocation was so easy then, since so much had been destroyed by two world wars, that even government couldn't mess it up completely. Or Japan. Or China...

The “solution” part is therefore appalling.

There remains the first part of the book, which is correct: under the current monetary institutions, bank regulation will consistently fail to limit credit expansion and misallocation. The authors rightly criticize the belief that banks could create and invest credit money while avoiding moral hazard when there is a central bank to bail them out and facilite coordinated credit expansion.


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