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Contenu rédigé par Gu Si Fang
Classement des meilleurs critiques: 2.690
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Commentaires écrits par
Gu Si Fang (Paris, France)

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La violence: « Que sais-je ? » n° 2251
La violence: « Que sais-je ? » n° 2251
Prix : EUR 6,49

4.0 étoiles sur 5 Très instructif mais un peu daté, 22 juin 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : La violence: « Que sais-je ? » n° 2251 (Format Kindle)
Livre court et plein d'informations historiques, philosophiques, sociologiques. Il ne manque que l'analyse économique du crime (Becker, Hirshleifer). Certains chiffres mériteraient d'être actualisés au vu des travaux de Steve Pinker (The better angels of our nature) et Matthew White (The great big book of horrible things).


Dette publique : sortir du catastrophisme
Dette publique : sortir du catastrophisme
par Bruno Tinel
Edition : Broché
Prix : EUR 8,00

1.0 étoiles sur 5 Propagande habituelle pour le déficit et la dette publique, 11 juin 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Dette publique : sortir du catastrophisme (Broché)
Bruno Tinel est passé il y a quelques jours sur France Culture pour présenter son livre et nous libérer de quelques idées reçues concernant la dette publique.

D'après l'auteur, les « bonnes » dettes auraient une contrepartie réelle, comme dans l'achat d'une maison pour un particulier mais contrairement aux dettes de jeu, par exemple.

Or, nous dit-il, l'Etat possède des actifs réels : bâtiments publics, infrastructures, participations, etc. Dans le cas de la France, la somme totale des actifs est supérieure à la somme totale de la dette. Puisque la situation nette est positive, chaque Français est donc riche par ses administrations publiques de 10000 euros environ : magnifique !

En deux mots c'est n'importe quoi...

Il est vrai que celui qui s'endette le fait parce qu'il reçoit une contrepartie, sinon il subirait une perte sèche. Mais la plupart du temps, les dettes de l'Etat n'ont rien à voir avec des actifs et des investissements. La dette publique officielle de 2000 milliards d'euros n'a pas servi à payer Versailles ni à construire des ponts et des écoles. Elle a servi à redistribuer vers des clientèles électorales : embauche de fonctionnaires, subventions, dépenses sociales non financées et autres prébendes. Accessoirement, le calcul de 10000 euros par Français est ridicule, de même qu'il serait ridicule de dire que « chaque Français porte une dette de 30000 euros ».

Ensuite, explique Tinel, il est difficile d'avoir un budget public équilibré parce que les recettes sont imprévisibles dans une économie cyclique. En phase de croissance, la dette privée augmente tandis que le déficit et la dette publique diminuent. Il n'est donc pas anormal d'avoir un déficit et une dette publique. D'ailleurs, le Royaume-Uni a traîné une dette publique importante au XIXème siècle, ce qui ne l'a pas empêché d'avoir une économie prospère.

En étant charitable, ce n'est que la moitié de la vérité...

Dans une économie cyclique, les déficits devraient alterner avec les excédents. Où sont les excédents ? Si nous sommes en bas de cycle, quand était le dernier haut du cycle ? A l'époque, a-t-on entendu Tinel réclamer un excédent budgétaire plus important pour faire face à la prochaine récession ? C'est aussi crédible qu'un alcoolique qui a besoin d'un verre maintenant pour arrêter de boire demain...

Je ne prendrai qu'un seul exemple, qui n'est mentionné nulle part dans le livre : la dette implicite des retraites de la Sécurité Sociale. Cette dette est au moins 2 ou 3 fois plus importante que la dette officielle sous forme d'obligations du Trésor. D'après Antoine Bozio, spécialiste et coauteur avec Piketty d'un livre sur le sujet, la dette implicite des retraites atteint même 450% du PIB. C'est de la pure redistribution : il n'y aura pas de « contrepartie réelle » pour ceux qui la paieront et ceux qui en bénéficient n'auront pas à rembourser cette somme. De plus, elle n'a rien à voir avec les cycles économiques...

Il faut saluer l'exploit du propagandiste qui parvient à rassembler autant d'erreurs et d'omissions dans un aussi petit livre !


Impôt sur le capital au XXIe siècle - la très couteuse singularite française (l')
Impôt sur le capital au XXIe siècle - la très couteuse singularite française (l')
par Didier Michel
Edition : Broché
Prix : EUR 19,00

2.0 étoiles sur 5 Réponse au "Capital au XXIème siècle" de Piketty, 7 mai 2016
Les auteurs commencent par dresser un constat sans concession : la fiscalité du capital en France est lourde, défavorable à la croissance et source d'effets pervers et d'inéquité.

La fiscalité du capital est passée de 7 à 10 % du produit intérieur brut. C'est un des niveaux les plus élevés des grands pays européens. Elle est au total de 200 milliards d'euros par an, dont un quart sur les coûts de production, un quart sur les bénéfices des sociétés et la moitié sur les ménages. La part des ménages a fortement augmenté en 1997 puis en 2011-2013. Ainsi, la fiscalité des ménages rapportée aux revenus du capital qu'ils reçoivent est passée de 38 % à plus de 65 % du fait des prélèvements sociaux. C'est la cause principale de l'augmentation globale.

Globalement, la France épargne peu. C'est ce que montre l'examen des comptes nationaux. Les ménages français épargnent : 9 % de leur revenu disponible en 2014. Mais l'épargne nette des ménages a pour contreparties une désépargne des sociétés non financières et des administrations publiques. Les administrations publiques sont aujourd'hui le premier consommateur de l'épargne des ménages, le secteur productif devant se contenter de ce qui reste.

Les discours de politique économique déclarent souvent vouloir encourager le financement des entreprises et l'investissement à long terme. Mais la fiscalité du capital n'est pas cohérente avec ce discours : plus un placement est court et garanti par l'Etat, plus sa fiscalité est clémente ; plus le produit est à risque, plus il est fiscalisé.

Avant 2011, les droits de donation étaient plus faibles que les droits de succession et dépendaient de l'âge du donateur. En 2011, le barème des droits en cas de donation a été aligné sur celui des successions, ce qui s'est traduit par une hausse brutale des droits de donation et les transmissions volontaires se sont taries.

Les effets de l'impôt de solidarité sur la fortune sont tels qu'il entraîne inévitablement des dérogations : plafonnement, exonération des biens professionnels, abattement sur la valeur de la résidence principale.

Piketty est connu pour son étude de l'inégalité des richesses, mesurée par la part des patrimoines les plus élevés (les 1 %), mais ce constat porte surtout sur les Etats-Unis. Stiglitz est très clair : la France ne serait pas concernée, ou ne le serait que marginalement. En France, nous disent Aghion, Cette et Cohen, si les inégalités s'accentuent c'est surtout en raison de la nature du progrès technique, de l'insuffisante mobilité sociale et de la persistance d'un chômage élevé. Dans cette perspective, la surtaxation du capital est nocive et ne résout pas la question des inégalités.

Voilà le constat. Hélas ! Les auteurs font l'impasse sur deux sujets considérables : la résidence principale et la retraite. Rien que ça...

Les comptes nationaux évaluent le patrimoine des Français à 10 000 milliards d'euros fin 2014, composés d'actifs financiers (40 % du total) et surtout de biens immobiliers (60 %). Le total des droits à la retraite émis par la Sécu représente un montant comparable.

Ces chiffres astronomiques devraient immédiatement appeler certaines questions. Quel est l'impact de la Sécu si l'on tient compte des droits à la retraite dans l'épargne des ménages (et dans la dette des administrations publiques) ? La fiscalité de la résidence principale peut-elle être neutre lorsque le « loyer fictif » n'est pas imposé comme les autres revenus ? Quant à l'exonération des plus-values sur la résidence principale, elle est mentionnée mais très discrètement. Ce sont pourtant là des enjeux majeurs. Aucun des sujets abordés dans le livre n'est plus important, en termes d'allocation de l'épargne, de croissance, de mobilité sociale ou d'emploi.

C'est pourquoi je ne mets que 2 étoiles au livre, malgré ses autres qualités.

Plusieurs exemples simples illustrent la démonstration, allant de l'épargnant de la classe moyenne aux grandes fortunes :
* Un cadre supérieur décide d'épargner quelques milliers d'euros. Revenus de ce placement avant impôts : 150 euros par an. Revenu net après fiscalité : 110 (Allemagne), 131 (Italie), 27 (Espagne) et 15 (France). En France, avec l'impôt sur la fortune, le rendement devient proche de zéro, voire négatif.
* Un contribuable perçoit un revenu du capital pendant plusieurs années. Un autre contribuable reçoit les mêmes revenus mais il les capitalise pendant toute la période et réalise une plus-value à la fin. Le revenu des deux contribuables est identique ; pourtant, ils paient des impôts très différents en raison de l'application d'un barème progressif.
* Deux contribuables ont tous deux un capital de plusieurs millions d'euros, entièrement placés dans un contrat d'assurance-vie. Le premier, qui travaille, doit payer un montant d'ISF alors que le second, qui ne travaille plus et n'a pas d'autres revenus, ne paie rien en raison du plafonnement de l'ISF.

Les auteurs posent ensuite quelques principes qui devraient guider une réforme simplificatrice et profonde de la fiscalité du capital : croissance, emploi, stabilité, neutralité, transparence et équité.

L'instabilité chronique des règles fiscales perturbe les décisions d'épargne et d'investissement. Il serait illusoire de penser que la stabilité peut être obtenue sur la base de la législation actuelle : l'alourdissement permanent de la fiscalité du capital est une cause de la multiplication des régimes particuliers. Le cercle vicieux « taux élevés, multiplication des niches, instabilité » est une caractéristique française. C'est la raison pour laquelle une profonde simplification est proposée afin de revenir à un droit commun compréhensible par tous.

Les auteurs insistent sur le qu'une taxation récurrente de la détention du capital est équivalente à une taxation du revenu du capital. C'est l'impôt de solidarité sur la fortune qui est visé.

Enfin, la règle devrait être le principe de neutralité de la fiscalité en traitant de la même façon les différents choix d'allocation d'actifs des épargnants. Mais comme je l'ai déjà dit, le livre n'offre aucun principe directeur en ce qui concerne l'essentiel du patrimoine des classes moyennes : leur maison et leur retraite.

La proposition que formulent les auteurs s'inspire des exemples de la Suède et d'autres pays d'Europe du Nord. Pour la partie de la fiscalité qui pèse sur les coûts de production des entreprises, la seule voie est l'allègement.

Pour la partie qui relève des ménages, ils suggèrent une imposition de tous les revenus et plus-values du capital à 30 % (remplaçant l'impôt sur le revenu, les prélèvements sociaux et l'ISF) ; la suppression des régimes d'exception devenus inutiles ; l'instauration d'une franchise pour les petits revenus du capital ; tout ceci à enveloppe de recettes constante. Les avantages de l'assurance-vie devraient être réservés à la préparation longue de la retraite. Les donations devraient être moins taxées que l'héritage, et d'autant moins qu'elles sont décidées tôt afin de faire circuler le patrimoine vers les jeunes générations [NB : sans remettre en cause le régime successoral de l'assurance-vie ?] L'inflation devrait être déduite de la base d'épargne imposable, afin que la taxation porte uniquement sur le rendement réel du capital.

Au total, c'est un livre très pédagogique et agréable à lire, mais qui souffre de quelques grosses lacunes.


Taxing the Rich - A History of Fiscal Fairness in the United States and Europe
Taxing the Rich - A History of Fiscal Fairness in the United States and Europe
par Kenneth Scheve
Edition : Relié
Prix : EUR 28,09

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Objectif et instructif : vivement une traduction en français !, 27 avril 2016
Pourquoi taxe-t-on les riches ? Pour répondre à cette question, les auteurs ont étudié une vingtaine de pays occidentaux sur une durée de 200 ans. Avec cette approche historique, ils évitent les débats philosophiques. À la place, ils demandent quels sont les facteurs qui, historiquement, ont déclenché l’apparition de l’impôt progressif sur le revenu ou sur les successions ? Quels étaient les arguments dominants dans le débat public ? Quel rôle ont joué les évolutions technologiques et économiques comme la révolution industrielle, ou politiques comme la démocratie et le suffrage universel ?

Le principal enseignement qu’ils en tirent est inattendu : c’est la mobilisation de masse en période de guerre qui a fait monter les impôts sur les riches. C’était vrai en France lorsque les privilèges fiscaux de la noblesse ont été abolis par la Révolution et que les mobilisations de masse ont commencé : pour les propriétaires, l’impôt foncier a remplacé l’impôt du sang qui était désormais supporté par toute la population. C’est surtout vrai au 20ème siècle avec la conscription lors des deux guerres mondiales : puisque le travail payait l’impôt du sang, le capital devait payer aussi. Je trouve d’ailleurs que cela ressemble à l’argument avancé par certains historiens de l’Antiquité, qui estiment que la démocratie athénienne est née du besoin de donner aux citoyens une compensation en échange de leur mobilisation lorsque la bataille rangée en phalange est apparue.

Sur l’ensemble du périmètre et de la période étudiée, les impôts sur les riches connaissent donc une très forte progression en 14-18 puis de nouveau en 39-45 et baissent continument depuis. Ceci contredit l’idée répandue que la baisse des taux d’imposition serait due à la diffusion des idées libérales dans les années 80 : le phénomène semble bien antérieur.

Les auteurs relativisent d’ailleurs plusieurs autres explications courantes. Pour eux, le suffrage universel n’entraîne pas systématiquement une hausse des taux marginaux, pas plus que la hausse des inégalités ne génère automatiquement une demande de redistribution fiscale. Ils considèrent que la motivation la plus puissante est celle de 1) l’égalité devant l’impôt – non pas au sens quantitatif, mais dans un sens qualitatif d’égalité de traitement et de dignité (autant dire que l’interprétation varie selon la période et le lieu). À défaut d’égalité, les autres arguments les plus fréquents sont 2) la compensation de privilèges indus et 3) la capacité à payer, comme dans l’approche utilitariste souvent adoptée par les économistes.

Ils tentent ensuite d’en tirer quelques enseignements pour le futur. Puisque la guerre au 21ème siècle ne se fait plus avec des millions d’hommes transportés en train sur la ligne de front, la mobilisation de masse a disparu ; elle ne justifie donc plus de « faire payer le capital » au nom de 1) l’égalité de traitement. En revanche, l’idée de 2) compenser des privilèges indus peut constituer une motivation suffisante, à condition de bien distinguer. Par exemple, il ne semble pas justifier d’augmenter les impôts des entrepreneurs de la Silicon Valley sous prétexte que l’on a sauvé les traders de Wall Street avec de l’argent public et la planche à billets. Enfin, l’argument 3) de la capacité à payer ne leur semble pas très porteur, même si des variations existent entre les pays qui attribuent plus la fortune au mérite et d’autres où on l’attribue plus à la chance.

D’une certaine façon, le petit livre de Piketty, Saez et Landais « Pour une révolution fiscale » utilisait un argument de type 2) en affirmant que la fiscalité en France serait globalement régressive. Ceci constituant une forme de privilège pour les plus riches, il serait souhaitable de rétablir la progressivité ou au moins l’égalité devant l’impôt. En l’occurrence, Piketty avait savamment confondu impôts contributifs et non contributifs ce qui fait que l’argument n’est pas valable. Les impôts non contributifs sont bien progressifs en France, à l’exception peut-être de la pointe extrême de la courbe (les 0,01% où Piketty avait opportunément « zoomé »), mais c’est un autre sujet.

Si j’ai deux reproches à faire à ce livre, c’est d’une part de confondre parfois privilèges et avantages fiscaux alors qu’il existe bien des formes de privilèges autres que fiscaux (aujourd’hui on dirait « rentes légales ») dont la suppression ne passe pas par une réforme fiscale. Une meilleure solution serait d’abolir ces rentes, au lieu de les taxer tout en les laissant en place. D’autre part, les auteurs considèrent que la TVA est un impôt régressif parce qu’il serait supporté par la consommation et donc de façon disproportionnée par les pauvres qui consomment la majeure partie de leur revenu. Ceci est faux. En réalité, l’incidence fiscale fait que la TVA est supportée également par le capital : pensez à une fabrique de cigarettes très automatisée dans laquelle la TVA est prélevée principalement sur la rémunération du capital. De plus, il existe de nombreux taux de TVA (de 2,1 % à 20 % voire plus en France) et autant de niches fiscales. La TVA actuelle est donc un impôt qui touche l’ensemble de la population – non seulement les pauvres et les consommateurs, mais aussi les rentiers et les entrepreneurs, contrairement à une croyance très répandue – et qui est au moins proportionnel, voire progressif, mais certainement pas régressif.


La science au pluriel : Essai d'épistémologie pour des sciences impliquées
La science au pluriel : Essai d'épistémologie pour des sciences impliquées
par Léo Coutellec
Edition : Broché
Prix : EUR 9,50

1.0 étoiles sur 5 Verbiage, 4 avril 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Prenez un peu de philosophie des sciences sur la vérité, la cohérence, l'objectivité, ajoutez-y une dose de sciences sociales avec des intérêts, des rapports hiérarchiques, des valeurs, des choix, inventez quelques néologismes accrocheurs tels que « responsabilité épistémique » ou « sciences impliquées » et enrobez le tout dans une bonne couche de jargon : vous aurez une image approchante de cet essai...


La réconciliation fiscale
La réconciliation fiscale
par Yves Jacquin-Depeyre
Edition : Broché
Prix : EUR 22,90

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
2.0 étoiles sur 5 Question intéressante sur les non-résidents, mais réponse faible, 22 mars 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : La réconciliation fiscale (Broché)
L’idée centrale du livre est que la France devrait attirer les capitaux et leurs propriétaires au lieu de les faire fuir. Pourquoi ? L’objectif affiché de l’auteur est de maximiser les recettes fiscales de l’État : « L’unique objectif de l’impôt est de générer un maximum de ressources. L’État doit s’attacher à faire croître ses recettes fiscales avec autant d’attention qu’une entreprise veille à augmenter son chiffre d’affaires. » Je pense que c’est une assez bonne description de la réalité mais un très mauvais principe normatif… (sic !). Quoi qu’il en soit, on peut néanmoins adhérer à certaines des propositions du livre même si l’on ne partage pas cette motivation.

L’auteur s’est intéressé à cette question après avoir travaillé de nombreuses années sur le paiement de l’impôt dû sur les plus-values immobilières par les non-résidents. Comment faire payer des impôts à quelqu’un qui habite dans un autre pays : n’est-ce pas une bonne idée ? :)

Les coupables : l’impôt sur les successions, l’ISF, l’impôt sur les dividendes et les plus-values, en particulier en raison du différentiel qui existe entre un résident et un non-résident. L’auteur critique donc Piketty parce qu’il néglige l’exode fiscal qu’il qualifie de « fantasme » et propose d’alourdir la fiscalité des gros patrimoines. Tout cela aboutit à freiner la création d’entreprises en France par des résidents et à encourager l’exil fiscal des riches Français.

Les principales propositions du livre sont donc :
- Un prélèvement unique et libératoire sur les dividendes, acquitté par les sociétés, afin de réduire la différence de traitement entre actionnaires résidents et non-résidents.
- Baisser les droits de succession et supprimer les niches fiscales en ce domaine, pour limiter l’exil fiscal.
- Modifier l’impôt sur la fortune afin qu’il frappe exclusivement les biens immobiliers.

Il manque à ce livre des chiffres et des ordres de grandeur. D’après l’auteur, « 1 % de la capitalisation boursière française passe du statut de résident à celui de non-résident chaque année. » Mais cela ne nous dit pas quel est l’ordre de grandeur des recettes fiscales concernées. Or, les résultats risquent d’être décevants : dans le même registre, Gabriel Zucman a estimé à 350 milliards d’euros le patrimoine non déclaré détenu par des Français à l’étranger. Or, malgré son énormité apparente, ce montant est faible par rapport à la dette publique ; les recettes fiscales qu’il pourrait rapporter au Trésor sont infimes par rapport au déficit. Je crains qu’il en soit de même ici (mais on n’a pas les chiffres pour le savoir). Les deux auteurs me semblent victimes de la même « illusion de l’argent caché », qui consiste à croire qu’un trésor enfoui quelque part permettra de résoudre les problèmes de nos finances publiques sans que cela ne coûte rien à personne.

Par ailleurs, le livre manque cruellement de théorie économique : à part la courbe de Laffer, rien. L’auteur n’évoque pas la règle de l’incidence fiscale qui dit que « celui qui supporte l’impôt n’est pas celui qui le paie. » Ce principe est déjà valable dans une économie fermée, alors dans un contexte de fiscalité internationale comme ici, le sujet est encore plus complexe. L’auteur écrit par exemple que « s’exiler, c’est en finir avec l’impôt français, mais sans pour autant s’arrêter d’exercer une activité lucrative en France. » Mais de quoi parle-t-on ? Du pays où est situé le capital ou du lieu de résidence du propriétaire ou de sa nationalité ? Du pays où est implanté le siège social d’une société ou du pays où elle rend un service à ses clients ?


De la vérité dans les sciences
De la vérité dans les sciences
par Aurélien Barrau
Edition : Broché
Prix : EUR 11,90

9 internautes sur 12 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 L'abus de déconstruction nuit à la clarté du propos, 19 mars 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : De la vérité dans les sciences (Broché)
Ce court essai aborde de façon sélective quelques questions centrales de philosophie des sciences : Qu'est-ce que la science ? La vérité ? Falsificationnisme ou anarchisme ? Popper ou Feyerabend ? L'auteur défend finalement une position intermédiaire qu'il nomme « relativisme cohérent » pour le distinguer du nihilisme radical.

Concernant Popper, l'auteur souligne « l’intérêt de son apport majeur : le critère de réfutabilité. Ce que Popper a compris, et en cela il avait parfaitement raison, c’est qu’il est impossible de prouver la justesse d’une théorie scientifique. » Quant à Feyerabend, il « fut néanmoins important parce qu’il en souligna les limites [du critère poppérien]... Il a démontré avec brio qu’aucune théorie suffisamment riche pour présenter un réel intérêt ne pourrait jamais être en accord avec toutes les expériences. »

D'entrée de jeu, l'auteur se dit imprégné par les écrits de Derrida, Deleuze, Foucault, Lyotard, Levinas, Nancy, Rorty : déconstructeurs, postmodernes et autres relativistes. Mais point trop n'en faut ! « S’il s’agit de marteler « tout se vaut », « toutes les propositions ont la même valeur de vérité, les mêmes conséquences pratiques et les mêmes densités éthiques », alors il ne fait aucun doute que le relativisme doit être combattu. Mais aucun philosophe étiqueté comme « relativiste » n’a jamais soutenu une telle idée ! Le « relativisme » intelligent est en réalité le contraire de l’idée grossière d’une équivalence généralisée... Il ne nie pas l’importance de la vérité ni son efficacité au sein d’un système mais il interroge, au-delà, la légitimité de ce système. »

Oui, enfin, on aimerait savoir plus précisément ce qu'il faut entendre par "interroger la légitimité d'un système" ! La déconstruction et les jeux de mots ont leurs limites. Il existe par exemple un principe simple : toujours expliciter et questionner ses hypothèses, et ce, à tous les niveaux : mesures, axiomes, règles logiques, catégories, langage, institutions. L'auteur n'utilise pas beaucoup ce vocabulaire précis et se contente d'énoncer des généralités floues telles que « un grand nombre de nos convictions sont les résultats d’une histoire, d’un environnement intellectuel, d’un cheminement culturel. » Il n'aborde pas non plus le bayésianisme, qui est justement une tentative de sortir de la schizophrénie méthodologique en précisant systématiquement ses aprioris et en quantifiant ses degrés de croyance.

Pour résumer, je partage le point de vue qui consiste à rechercher un compromis, mais j'ai été gêné par la tonalité plutôt littéraire de cet essai et son parti pris très relativiste.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (6) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 26, 2016 7:09 PM MEST


Sapiens : Une brève histoire de l'humanité
Sapiens : Une brève histoire de l'humanité
par Yuval Noah Harari
Edition : Broché
Prix : EUR 24,00

7 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile 
1.0 étoiles sur 5 "Tout ça c'est des histoires" ?, 11 mars 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Sapiens : Une brève histoire de l'humanité (Broché)
Pour Yuval Harari, notre aptitude à coopérer à large échelle de façon très flexible est indissociable de la croyance collective dans des mythes et l'aptitude à colporter des histoires. Ce qui est amusant, c’est qu’il est historien et soutient la thèse que les histoires sont LE facteur décisif permettant d'expliquer le destin exceptionnel de l’humanité. Rien que ça ? Chacun voit midi à sa porte ;)

Le problème est qu'il regroupe des choses très différentes sous ce vocable assez flou qu’il appelle tantôt mythe, fable, histoire ou croyance. Non seulement c’est imprécis, mais ce vocabulaire chargé porte implicitement un jugement : critique du consumérisme puisque nos désirs sont "faux", réhabilitation des utopies puisque toutes les formes d’organisation sociales reposent sur des "fictions" et que toutes les fictions se valent, etc.

Or, les sciences sociales ont besoin d'un vocabulaire plus précis. Plutôt que l’aptitude à "raconter des histoires", nos capacités cognitives spécifiques sont par exemple la capacité à inventer des concepts, un langage hiérarchique qui permet de communiquer des idées complexes, une grande variété de désirs et une grande créativité dans les moyens pour les satisfaire. Quant à nos états mentaux, il faudrait distinguer les désirs, les préférences, les croyances, les anticipations, les intentions, etc.

Pour illustrer, Harari donne l'exemple des sociétés anonymes (Peugeot S.A.) qu'il qualifie de fictions juridiques au même titre que les croyances religieuses (Dieu, anges et démons). Les deux sont des "idées" mais l'analogie est trompeuse car les sociétés anonymes ont des conséquences concrètes. Leurs règles nous permettent d'anticiper (correctement) le comportement d'autrui. On peut respecter ces règles ou s'en écarter. Toute erreur dans ce domaine se manifeste par des conséquences observables et très concrètes. A l'inverse, Dieu, les anges et les démons n'ont pas de conséquence observable, c'est pourquoi ils sont entièrement et uniquement une question de foi.

Autrement dit, toutes les croyances ne sont pas des mythes.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Apr 3, 2016 5:05 PM MEST


Tous rentiers !: Pour une autre répartition des richesses
Tous rentiers !: Pour une autre répartition des richesses
par Philippe Askenazy
Edition : Broché
Prix : EUR 22,90

12 internautes sur 15 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Constats intéressants mais confusion autour de la notion de « rente », 18 février 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Tous rentiers !: Pour une autre répartition des richesses (Broché)
-- Début du coup de gueule X( --

Avec la définition retenue par l’auteur, je cite : « Les rentes sont des avantages qui peuvent être durablement accaparés par les acteurs économiques (capitalistes, financiers, propriétaires, salariés, indépendants, entrepreneurs, États…) via des mécanismes économiques, politiques ou légaux qu’ils peuvent éventuellement influencer. »

Hélas ! Cette définition mélange des choses complètement différentes. La première notion de rente est tout simplement l’intérêt, le loyer : une somme contractuelle fixée à l'avance et reçue périodiquement pendant une durée fixe ou variable pour l’usage d’un bien immobilier ou autre ou d’une somme d’argent. C'est une conséquence de la rareté des biens économiques, qui fait qu'un bien ne peut pas simultanément être prêté à un autre (logement) et consommé (occupé), tout comme un sandwich ne peut pas être mangé par deux personnes. L’autre notion, plus récente, est une forme de privilège économique légal ; c’est un produit de la législation qui permet à un producteur ou à un propriétaire d’augmenter artificiellement ses prix. Elle est donc non contractuelle, créée par l'État, et peut prendre toutes sortes de formes : hausse du loyer ou de l’intérêt pour le propriétaire d’un capital, hausse des prix pour un monopole, hausse des salaires pour une profession réglementée, etc.

La définition d’Askenazy confond allègrement ces deux notions : intérêt ou loyer contractuel, profit de monopole, réglementation protectionniste, toutes ces « rentes » sont traitées de la même façon. C’est une confusion trompeuse, car les effets des politiques économiques sont radicalement différents selon le cas. Premier cas, un blocage des loyers ou un contrôle des taux d’intérêt entraînent une pénurie de logements ou de capital. Second cas, des barrières à l’entrée légales entraînent une hausse des prix dans un secteur. Les secondes rentes doivent être abolies ; les premières, laissées à la négociation contractuelle.

Mais ceci est un discours académique dominant, me direz-vous ? Or, Askenazy explique que « pour élaborer un nouveau progrès social, on doit déconstruire la formation des "rentes". » Eh oui, je sais que tout est « construit social », dépend des institutions, que l’on peut discuter la notion de taux d’intérêt naturel, blablabla… La déconstruction est utile et nécessaire quand elle questionne des concepts trop rigides ; mais ici, elle a bon dos et introduit une confusion qui permet ensuite de raconter n’importe quoi. Ce n’est pas comme cela qu’on éclairera les lecteurs.

-- Fin du coup de gueule ;) --

Ce livre part du constat que la croissance économique s’accompagne de deux mouvements puissants : l’urbanisation et le développement des connaissances. Or, dans ces deux domaines, il existe d’importantes rentes légales : la réglementation du foncier, la fiscalité et les subventions immobilières, d’une part ; les brevets et les droits d’auteurs, d’autre part. Ces deux formes d’intervention créent artificiellement une rareté de certains biens et une concentration des revenus. Plutôt que de corriger les revenus par la redistribution ex post (revenu secondaire), mieux vaudrait changer directement le revenu primaire en supprimant ces rentes. Mais c’est politiquement difficile dans une société où la majorité des électeurs sont propriétaires de leur résidence principale.

On justifie en général la réglementation du foncier par l’existence d’externalités positives, la fiscalité immobilière parce que « le logement, c’est important » et la propriété intellectuelle parce qu’elle stimulerait la création et l’innovation. En réalité, ces effets ne justifient probablement pas l’ampleur des rentes légales en question et un certain nombre d’économistes demandent depuis longtemps qu’on s’y attaque : alléger le zoning (Glaeser), augmenter la fiscalité du patrimoine immobilier et baisser la fiscalité du patrimoine financier (étude récente du CAE), réduire l’étendue et la durée de la protection des brevets et des droits d’auteur (Machlup dès les années 50, bien d’autres depuis).

Bref, le constat de l’auteur est assez consensuel, mais ses propositions de réformes sont à la fois téléphonées et décevantes : plus de logement social, changer le rapport de forces et réactiver la lutte des classes, etc. On connaît la musique :) Rien sur la concurrence, qui depuis Ricardo est l'outil standard pour dissiper les rentes.

Deux remarques pour conclure, une négative et une positive. J’ai regretté que le livre n’aborde pas une seule fois la rente la plus extraordinaire et la plus scandaleuse des années récentes : la rente monétaire. Car la conclusion ne plairait peut-être pas à P. Askenazy, abolir la rente monétaire, au lieu de protester pour la taxer, la nationaliser, etc.

En revanche, j’ai trouvé très intéressantes les remarques sur l’atomisation du travail et la nécessité de redonner un rôle aux organisations syndicales. Le Chapelier, constatant les dégâts des guildes et corporations de l’ancien régime, les avait abolies. Mais, dans son enthousiasme, il avait également interdit toute forme d’association volontaire, ce qui a longtemps freiné le développement des mutuelles et des syndicats. De la même manière, on pourrait être tenté de réformer la protection sociale en promouvant l’égalité des chances et en individualisant les droits (compte personnel d’activité). Mais il est difficile pour des salariés atomisés de négocier leurs droits. Pour faire le parallèle avec l’immobilier de nombreux pays promeuvent la propriété individuelle (quitte à fabriquer des bulles financières pour cela). Mais il est difficile pour un propriétaire isolé de gérer un bien immobilier ; et de plus, cela concentre son patrimoine sur sa résidence principale au lieu de le diversifier. Il faut donc se méfier des mesures autoritaires qui entraveraient la négociation collective lorsque le salarié le souhaite, ou la gestion collective d'immeuble par un spécialiste lorsque c'est plus commode pour les occupants.
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Voulons-nous vraiment l'égalité ?
Voulons-nous vraiment l'égalité ?
par Patrick Savidan
Edition : Broché
Prix : EUR 20,00

4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Qui est ce "nous" ? Et qu'est-ce qu'il fabrique ???, 3 février 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Voulons-nous vraiment l'égalité ? (Broché)
Patrick Savidan est professeur de philosophie et, de plus, préside l'Observatoire des inégalités qu'il a cofondé en 2002. Venant d'un philosophe qui questionne et cherche la vérité et du représentant d'une institution, son livre m'a déçu.

La question centrale du livre est ce que Savidan appelle le « paradoxe des inégalités ». Des sondages d'opinion indiquent que les Français, dans leur grande majorité, seraient favorables à une plus grande égalité / justice. Or, les moyens d'action existent et seraient connus : école, indemnisation du chômage, logement, etc. Pourtant, ces solutions ne sont pas mises en œuvre.

En bref, « nous » saurions ce que nous voulons, « nous » saurions comment faire et pourtant « nous » ne ferions rien pour l'obtenir. Pourquoi ?

Le problème est que cette description d'un agent intentionnel et rationnel n'est absolument pas valable pour une société. Depuis Rousseau et Condorcet, la philosophie politique, l'économie, la théorie des choix publics ont quand même un peu progressé ! Heureusement, le livre cite quelques auteurs plus récents, d'Esping-Andersen à Herbert Gintis...

Mais on considère désormais qu'il est difficile satisfaire collectivement les souhaits de plusieurs individus. La notion de « volonté générale » dépend moins des opinions des individus qui composent une collectivité que de la méthode retenue pour les agréger.

De plus, les moyens de l'action collective ne sont pas évidents car une société est complexe et souvent imprévisible. Par exemple, quels sont les effets des politiques suivantes : libre-échange ou protectionnisme ? flexibilité du marché du travail ou traitement social du chômage ? équilibre des finances publiques ou relance budgétaire ? Sur un sujet en apparence simple comme le logement, quels auraient été les effets d'une « politique ambitieuse pour encourager la propriété ouvrière » telle qu'elle aurait dû être mise en œuvre après-guerre si l'on en croit l'auteur ?

Finalement, le résultat des actions collectives dépend énormément des institutions et des procédures de décision et n'a pas grand chose à voir avec la rationalité individuelle. Cela suffit à expliquer pourquoi la vie politique produit couramment des « paradoxes » comme celui cité plus haut.

J'ai donc regretté que P. Savidan perde autant de temps à examiner le « paradoxe » comme si la société était un individu : Ignorant ? Non. Acrasique (incapacité à agir rationnellement) ? Non. Hypocrite ? Non. Immoral ? Non…

Pour finir, voici deux suggestions de textes par Michael Munger pour se déniaiser sur les problèmes d'action collective vus par l'économie politique contemporaine : Choosing in groups (livre) et The anatomy of government failure (article disponible en ligne).


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