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Johan Rivalland (LEVALLOIS-PERRET France)
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Eloge de Vincent de Gournay
Eloge de Vincent de Gournay
par Anne-Robert-Jacques Turgot
Edition : Broché
Prix : EUR 5,38

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Remarquable hommage, 6 mars 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Eloge de Vincent de Gournay (Broché)
De Turgot, on connait le tout premier ministre des Finances de Louis XVI, celui qui tenta, de 1774 à 1776 avant que la société de Cour n’obtienne sa démission, de lui faire entendre raison par les réformes qu’il proposait afin de tenter d’assainir les finances de l’Etat, en piteux état, et ce faisant sans doute lui sauver la tête. On retient aussi celui qui parvint à libérer le commerce des grains, entravé par les restrictions à la libre circulation à l’intérieur même du pays au service de ceux qui profitaient des pénuries pour spéculer sur les prix. Et celui qui réussit l’exploit d’abolir les corporations, qui avaient pour effet de fermer certaines professions et bloquer ainsi toute réelle innovation.
On se rappelle aussi comment il tenta avec courage de réformer la fiscalité en s’attaquant aux privilèges ou de lutter contre la corruption au plus haut niveau. Ce qui fut cause de sa disgrâce.

Mais ce qu’on connait peut-être moins est le Turgot d’avant 1774, le philosophe et économiste, véritable instigateur du « laissez-faire, laissez-passer », formule due à un certain Legendre, marchand de son Etat répondant à Colbert sur les moyens d’aider le commerce, et dont l’esprit est emprunté à l’évocation qui en est faite par Vincent de Gournay, à qui il rend hommage ici deux ans après sa mort. Le Turgot qui correspondait régulièrement avec Adam Smith, qu’il a probablement inspiré dans son idée de main invisible. Le Turgot engagé dans la philosophie des Lumières et qui écrit, entre autres, plusieurs articles dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Le Turgot défenseur ardent des principes de libre concurrence et peut-être premier grand libéral français de notre histoire (sans vouloir amoindrir le mérite d’auteurs tels que Boisguilbert avant lui).

Jean Claude-Marie Vincent, seigneur de Gournay est né à Saint-Malo en 1712, ville bretonne dans laquelle son père était l’un des plus grands négociants, et secrétaire du roi.
Envoyé jeune en Angleterre, à Cadix, pour y mener ses études, il s’y consacra avec application à la science du commerce et y observa attentivement les productions et les pratiques, tout en lisant les meilleurs ouvrages, en particulier des meilleurs législateurs européens, tout en se livrant lui-même à l’activité du négoce. Il s’intéressa également aux rapports entre le commerce et l’économie politique, ainsi qu’à la dépendance réciproque avec l’agriculture et les liens avec les lois ou actions gouvernementales, recherchant les causes de progrès ou de décadence.
Puis il voyagea dans plusieurs pays d’Europe, fort de l’estime et la confiance gagnée auprès des plus grands négociants européens, grâce à ses talents, ses connaissances et sa probité, renforçant ainsi ses observations sur l’état du commerce et de la marine et les différents principes d’administration. Beaucoup de puissants voulurent se l’attacher, mais il refusa, entendant poursuivre le commerce.

Mais les circonstances l’amenèrent malgré lui à venir s’installer en France et abandonner le commerce. Le comte de Maurepas, ministre de la Marine, qui entretenait depuis quelques années une correspondance suivie avec lui, souhaitant que le gouvernement tirât parti de ses talents, lui conseilla de solliciter une place d’intendant du commerce, ce qui fut accompli en 1751, faisant de Vincent de Gourney, après une pratique de vingt ans dans le commerce, un homme public, qui surprit certains magistrats du bureau de commerce par les principes nouveaux qu’il semblait amener.

Jacques Vincent de Gournay était l’ami de Turgot. Ils avaient voyagé ensemble à travers le pays lors des tournées d’inspection. D’où l’influence que de Gournay avait exercée sur lui et la raison d’être du présent hommage en sa mémoire.
Hommage articulé autour de l’idée de primauté du droit naturel et de la libre concurrence, favorable aux ajustements de prix, ainsi qu’à la primauté du marchand, mieux à même d’optimiser le calcul économique que ne le feraient les agents de l’Etat, dans le cadre du gouvernement limité.

Ainsi que le précise Damien Theillier, auteur de la préface de cette parution, Turgot écrit, pour synthétiser la pensée de Vincent de Gournay au sujet du laissez faire, dont il se montre partisan, que « les intérêts des nations et les succès d’un bon gouvernement se réduisent au respect religieux pour la liberté des personnes et du travail, à la conservation inviolable des droits de propriété, à la justice envers tous, d’où résulteront nécessairement la multiplication des subsistances, l’accroissement des richesses, l’augmentation des jouissances, des lumières et de tous les moyens de bonheur ».

Or, si l’on en revient à l’installation en France de Vincent de Gournay, il fut surpris des obstacles nombreux et sclérosants dont le pays pâtissait en matière de commerce et de règlements le concernant.
Turgot écrit :

« M. de Gournay n’avait pas imaginé non plus que, dans un royaume où l’ordre des successions n’a été établi que par la coutume, et où l’application de la peine de mort à plusieurs crimes est encore abandonnée à la jurisprudence, le gouvernement eût daigné régler par des lois expresses la longueur et la largeur de chaque pièce d’étoffe, le nombre des fils dont elle doit être composée, et consacrer par le seau de la puissance législative quatre volumes in-quarto de ces détails importants ; et en outre des statuts sans nombre dictés par l’esprit de monopole, dont tout l’objet est de décourager l’industrie, de concentrer le commerce dans un petit nombre de mains par la multiplication des formalités et des frais, par l’assujettissement à des apprentissages et des compagnonnages de dix ans, pour des métiers qu’on peut savoir en dix jours ; par l’exclusion de ceux qui ne sont pas fils de maîtres, de ceux qui sont nés hors de certaines limites, par la défense d’employer les femmes à la fabrication des étoffes, etc., etc. Il n’avait pas imaginé que dans un royaume soumis au même prince, toutes les villes se regarderaient mutuellement comme ennemies, s’arrogeraient le droit d’interdire le travail dans leur enceinte à des Français désignés sous le nom d’étrangers, de s’opposer à la vente et au passage libre des denrées d’une province voisine, de combattre ainsi, pour un intérêt léger, l’intérêt général de l’Etat, etc., etc.
Il n’était pas moins étonné de voir le gouvernement s’occuper de régler le cours de chaque denrée, proscrire un genre d’industrie pour en faire fleurir un autre, assujettir à des gênes particulières la vente de provisions les plus nécessaires à la vie, défendre de faire des magasins d’une denrée dont la récolte varie tous les ans et dont la consommation est toujours à peu près égale ; défendre la sortie d’une denrée sujette à tomber dans l’avilissement, et croire s’assurer l’abondance du blé en rendant la condition du laboureur plus incertaine et plus malheureuse que tous les autres citoyens, etc. »

Il mesurait mieux que quiconque en France la différence avec l’Angleterre, où la plupart de ces abus avaient été éradiqués, de même qu’en Hollande, où on les voyait comme « des restes de barbarie gothique ».
Aussi pensait-il que les principes que l’expérience lui avait enseignés, et qui ne relevaient selon lui que du simple bon sens, ne devraient en aucun cas être considérés comme novateurs.
Ces principes étaient articulés autour du constat, tiré de sa riche expérience, « qu’en général tout homme connaît mieux son propre intérêt, qu’un autre homme à qui cet intérêt est entièrement indifférent ».

Partant de là, le rôle de l’Etat ne consiste nullement à limiter le nombre de vendeurs, par des privilèges exclusifs notamment, ce qui conduit à augmenter les prix, mais à protéger les particuliers, en assurant toujours « la liberté naturelle que l’acheteur a d’acheter et le vendeur de vendre ». Ce qui assure la production de meilleures marchandises et au meilleur prix (grâce à la concurrence).
Et inversement, il ne s’agit pas non plus de limiter le nombre des acheteurs, par l’exclusion des étrangers ou de certaines personnes, ce qui risque de décourager la production et entraîner ainsi des disettes.

Au total, par le respect de ces principes simples, c’est la richesse des nations qui y gagne. Et l’Etat n’a aucun intérêt à s’immiscer dans les choix des productions en en favorisant certaines ou prohibant d’autres, ni à fausser les mécanismes naturels de fixation des prix. « C’est se méprendre grossièrement sur les vrais avantages du commerce ». De même à l’international, « nulle opération de commerce ne pouvant être que réciproque, vouloir tout vendre aux étrangers et ne rien acheter d’eux, est absurde ».

Au-delà du rapprochement traditionnel qui est fait avec les physiocrates, admirateurs de Turgot, mais dont celui-ci s’écartait pourtant, ne réduisant nullement comme eux la richesse des nations à l’agriculture, ni ne raisonnant à partir d’une arithmétique macro-économique, ces analyses ont une portée très contemporaine.

Ainsi sur le rôle de l’Etat, dont Vincent de Gournay stipule qu’il doit se limiter à protéger la liberté du commerce, faciliter les conditions d’accès au marché et favoriser la libre concurrence, tout en écartant les obstacles à l’industrie par l’obtention ou la conservation de privilèges, qui favorisent la rente et donc l’oisiveté, empêchant le progrès de cette industrie et favorisant la contrebande avec l’étranger. De même que l’Etat ne doit pas fausser le marché des capitaux par ses interventions ou lois (une autre problématique très contemporaine). Il en va de même de la multitude de taxes que l’Etat fait peser sur l’activité « et que l’embarras de la perception rendent quelquefois encore plus onéreuses que la taxe elle-même ». « L’arbitraire de la taille, la multiplicité des droits sur chaque espèce de marchandises, la variété des tarifs, l’inégalité de ces droits dans les différentes provinces, (…) l’importunité des recherches nécessaires pour aller au-devant des fraudes, (…) ».

Vincent de Gournay ne nie pas pour autant la nécessité pour l’Etat de percevoir des revenus. Mais cela doit se faire sans nuire au commerce, et par suite à l’Etat lui-même. Or, les hommes d’Etat sont trop souvent guidés par le court terme et trop peu par ce qui constitue la source de ses revenus. Ils exercent, en outre, un ascendant manifeste sur les négociants, qui eux ne peuvent abandonner facilement leurs affaires pour se lancer dans une contestation soutenue, au risque de succomber.
Il en résulte un moindre développement du commerce, qui fournit pourtant la richesse au pays.

Principes de bon sens encore valables aujourd’hui, devant leur mise en cause perpétuelle, notamment en France

En définitive, nous dit Turgot, Vincent de Gournay, avec beaucoup de modestie et dégagé de tout intérêt personnel ou ambition particulière, s’engageait dans les débats et confrontations d’idées, avec le souci permanent de faire progresser les idées et le bon sens, toujours avec des mots simples et à portée de tous, mais suffisamment précis et nourris d’exemples concrets qu’ils puissent avoir de l’impact. Et, « lorsqu’il était contredit, il écoutait avec patience ; quelque vive que fût l’attaque, il ne s’écartait jamais de sa politesse et de sa douceur ordinaires, et il ne perdait rien du sang-froid ni de la présence d’esprit nécessaires pour démêler avec la plus grande netteté l’art des raisonnements qu’on lui opposait ».
Dégagé de tout amour-propre, selon Turgot, il restait ouvert aux arguments des autres et était tout entier tourné vers l’amour de la vérité et du bien public.

A partir de 1753, il multiplia les visites partout en France, de manière à avoir une meilleure appréciation des plaintes et demandes. Ainsi, il « s’attachait à dévoiler l’intérêt caché qui avait fait demander, comme utiles, des règlements dont tout l’objet était de mettre de plus en plus le pauvre à la merci du riche. Les fruits de ses voyages furent la réforme d’une infinité d’abus de ce genre ; une connaissance du véritable état des provinces, plus sûre et plus capable de diriger les opérations du ministère ».
Il sut aussi inspirer l’ambition chez ses interlocuteurs, en faveur de l’agriculture, du commerce et de l’industrie « et répondait aux questions absurdes, dictées par l’ignorance, avec le même sang-froid et la même netteté qu’il savait répondre, à Paris, aux contradictions aigres dictées par un tout autre principe ».

Il ne perdait jamais une occasion de proposer des idées utiles, d’écrire des mémoires ou des lettres raisonnées, afin de faire progresser le commerce ou l’économie politique, sans jamais chercher à renvoyer à ses écrits précédents ni même à les conserver, sans rechercher un quelconque intérêt personnel. Un homme très humble, en quelque sorte, qui dut renoncer à sa charge en y ayant laissé la santé et sa fortune personnelle, sans qu’il acceptât autre chose qu’un simple titre d’honoraire pour poursuivre sa tâche, malgré les diverses sollicitations dues à l’estime et la confiance en ses lumières qu’on lui portait.
Turgot ajoute : « On peut même dire que peu de gens ont été aussi parfaitement libres que lui de cette espèce de vanité qui ferme l’accès aux vérités nouvelles. Il cherchait à s’instruire comme s’il n’avait rien su, et se prêtait à l’examen de toute assertion, comme s’il n’avait eu aucune opinion contraire ».

Et ce passage très intéressant, et là encore très caractéristique de réalités que l’on ne connait toujours que trop bien :

« Le monde est plein de gens qui condamnent, par exemple, les privilèges exclusifs, mais qui croient qu’il y a certaines denrées sur lesquelles ils sont nécessaires, et cette exception est ordinairement fondée sur un intérêt personnel, ou sur celui de quelques particuliers avec lesquels on est lié. C’est ainsi que la plus grande partie des hommes est naturellement portée aux principes doux de la liberté du commerce. Mais presque tous, soit par intérêt, soit par routine, soit par séduction, y mettent quelques petites modifications ou exceptions.
M. de Gournay, en se refusant à chaque exception en particulier, avait pour lui la pluralité des voix ; mais en se refusant à toutes à la fois, il élevait contre lui toutes les voix qui voulaient chacune une exception, quoiqu’elles ne se réunissent pas sur la sorte d’exception qu’elles désiraient, et il en résultait contre ses principes une fausse unanimité, et contre sa personne une imputation presque générale du titre d’homme à système ».

Cependant, avec courage, l’homme prit sur lui, préférant la recherche de la vérité, les progrès de la nation et le bien général à son propre prestige. Il en gagna au moins la considération de tous ses contemporains comme homme de vertu.
Et conservons cette conclusion de Turgot :

« C’est une sorte de malheur que les hommes recommandables par les vertus les plus respectables et les plus véritablement utiles soient les moins avantageusement partagés dans la distribution de la renommée. La postérité ne juge guère que les actions publiques et éclatantes, et peut-être est-elle plus sensible à leur éclat qu’à leur utilité ».

D’où l’intérêt, à n’en pas douter, de cet éloge remarquable, qui laisse trace à la postérité et amène jusqu’à nous la mémoire de cet esprit si modeste, vertueux et remarquable qu’on découvre ainsi avec grand intérêt et admiration.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Mar 18, 2014 11:56 AM CET


Le libéralisme raconté pour que nos enfants vivent libres
Le libéralisme raconté pour que nos enfants vivent libres
par Pascal Salin
Edition : Broché

10 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Contre les préjugés, 28 février 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le libéralisme raconté pour que nos enfants vivent libres (Broché)
Le titre de cet ouvrage fait référence au projet initial de l’auteur d’écrire pour ses enfants et petits enfants, afin de leur faire partager ce que la vie lui a permis de découvrir tant sur le plan intellectuel que pratique.
Intention louable et fort sympathique, à une période où le pessimisme ambiant règne, en résonnance avec la situation économique et sociale catastrophique dans laquelle se trouve notre pays.
C’est aussi dans ce contexte que Jean-Marc Paturle a finalement choisi de s’adresser à tous, en en faisant un livre, inspiré à la fois par ses nombreuses lectures, mais aussi de sa propre expérience professionnelle et de son observation du monde actuel.
De ce point de vue, il entend montrer en toute sincérité que le libéralisme, loin de n’être qu’une pure spéculation intellectuelle, est une véritable discipline de vie, telle que la définit Pascal Salin dans la préface :

« Le libéralisme, en effet, c’est d’abord une attitude morale, celle qui consiste à respecter autrui, à adopter une attitude de modestie à l’égard du savoir d’autrui, en contraste avec l’arrogance des décideurs publics qui croient tout savoir sur tout et qui croient pouvoir décider de tout, bien mieux que ceux qui sont concernés. Et c’est parce que le libéralisme a un fondement moral incontournable et unique qu’il peut être la source non seulement de la prospérité, mais aussi de l’harmonie sociale ».

Jean-Marc Paturle commence par montrer, de manière passionnante, comment l’éclosion du libéralisme en Angleterre au XVIIIe siècle a permis de mettre fin à de longs siècles de démographie chaotique, perturbée par les guerres, invasions, maladies, disettes et famines.
Au moment où Malthus, non sans raison, écrivait son « Essai sur le principe de population », visant à limiter drastiquement les naissances afin de conjurer le malheur, « par une curieuse ironie du destin (…), l’homme était en train de conjurer la malédiction que Dieu avait jetée sur Adam et Eve ».

Mais pourquoi ce grand bouleversement, dont la révolution industrielle n’est qu’un des éléments, est-elle apparue précisément en Angleterre, alors que d’autres pays semblaient disposer d’avantages à plus d’un titre ?
Jean-Marc Paturle nous montre, analyses à l’appui, que cela ne doit rien au hasard.
C’est la conjonction de quatre révolutions, ou plutôt mutations, voire « sauts quantiques » nous dit l’auteur, qui induit ce décollage inédit :

- Une révolution politique, celle qui déboucha sur l’arrivée de Guillaume d’Orange sur le trône, célébré comme le « restaurateur des libertés », le rétablissement de la common law, enrichie en 1679 de l’Habeas Corpus, la suppression de la censure et la reconnaissance fondamentale de la liberté de conscience (Cromwell).
La naissance de l’individualisme, à une époque où les libertés individuelles étaient largement inconnues ailleurs en Europe, confortée par les écrits de Locke, qui réaffirme à la fois les principes de la propriété privée, garante de la liberté religieuse et inspire la création de la première monarchie parlementaire au monde.

- Une révolution intellectuelle, avec l’arrivée du siècle des Lumières, qui inspire de nombreuses idées et actes fondateurs mettant en avant les libertés fondamentales des êtres humains.

- Une révolution agricole, avec le mouvement des enclosures (et l’exode rural qui s’ensuit, ainsi que l’accroissement des capitaux disponibles grâce à l’accroissement de la productivité, qui va permettre d’aider au financement de la révolution industrielle).

- La révolution industrielle, grâce au développement du machinisme, à l’innovation, aux manufactures et à la division des tâches, puis la machine à vapeur.
Mais, comme y insiste notre auteur, cette révolution n’aurait pas eu lieu sans les trois autres, et « c’est parce qu’on a laissé ces hommes libres de créer que l’humanité est enfin sortie de la misère ».

Jean-Marc Palurle s’intéresse ensuite au fonctionnement-même du libéralisme avec, pour commencer, la présentation des principes de l’économie de marché, reposant à la fois sur l’échange, la division du travail, la monnaie et le système des prix, dont il explique de manière simple et pédagogique les fondements, sans négliger le rôle du profit et de l’entrepreneur, ni le cadre essentiel du droit, articulé autour du respect de la personne humaine, de la propriété privée et des contrats. Ces règles, à la fois universelles, abstraites et générales, sont formulées sous une forme négative (ce qu’on ne doit pas faire), condition de la liberté, là où dans les systèmes totalitaires elles sont édictées sous forme d’injonctions (règles morales).

L’économie de marché elle-même, à l’instar du droit, de la monnaie, ou même du langage, fait partie de ce que Friedrich Hayek dénommait l’ordre spontané, qui relève du complexe, par opposition à l’ordre artificiel, nécessaire, mais qui relève du compliqué (on lira avec plaisir l’exemple illustratif pédagogique et non dénué d’humour qu’il donne entre une assiette de nouilles à la sauce tomate, qui représente le premier, et un Airbus, qui symbolise le second).
Ce sont les « règles de juste conduite » qui caractérisent cet ordre spontané et se transmettent de génération en génération, constituant le ciment de nos sociétés, sorte de mémoire des règles de comportement sélectionnées par le groupe, fondant aussi notre culture. Elles s’avèrent, en définitive, bien plus efficaces, même si on en a souvent oublié les origines, que tout ordre qui viserait à fabriquer, par l’initiative d’esprits même brillants des règles de fonctionnement valables à très grande échelle (on peut penser à la planification, contre laquelle Hayek nous mettait en garde dans La route de la servitude).

Ainsi, à l’image du syndrome de Yellowstone (que l’auteur présente), ayant révélé les effets pervers de la prétention de l’homme à vouloir réguler la nature, aucun Etat, même le mieux intentionné qui soit, ne peut prétendre régenter la vie de gens mieux qu’ils ne le feraient eux-mêmes spontanément. D’où l’échec et le caractère vain des illusions constructivistes.
Caractère d’autant plus vain que trop de spécialistes ont tendance à échafauder des modèles basés sur des moyennes ou autres subtilités statistiques. Or, nous dit l’auteur après l’avoir démontré, « nous devons nous faire à l’idée que nous habitons le monde étrange, non-intuitif, mais malheureusement très réel, de l’Extrêmistan où la moyenne, la courbe de Gauss et sa loi des grands nombres ne nous sont d’aucun secours ». Remarque valable aussi bien pour la loi des 20/80 de Pareto et dérivés, qui ne fonctionnent pas pour les grands événements de ce monde.

En effet, « l’avenir n’obéit à aucune loi : il est fondamentalement imprévisible et les risques qu’il présente ne sont pas maîtrisables ».
Il s’en suit que tout ce que peuvent nous annoncer les experts et commentateurs en tous genres a de grandes chances d’être faux car « toutes leurs prévisions seront fausses et tout ce qui nous arrivera d’important n’aura pas été prévu », comme ce fut toujours le cas pour les plus grands événements de ce monde, ainsi que Jean-Marc Paturle nous en apporte diverses illustrations récentes particulièrement évocatrices.

L’auteur s’intéresse ensuite au concept de justice sociale, au sujet de laquelle Hayek écrivait que « le fait qu’une croyance soit l’objet d’une adhésion quasi-universelle ne prouve pas qu’elle soit fondée ni même qu’elle ait un sens, pas plus que jadis la croyance générale aux sorcières et aux fantômes ne prouvait la validité de ces idées. (…) Or, le prestige actuel de la croyance en la « justice sociale » est probablement ce qui menace le plus gravement la plupart des autres valeurs d’une civilisation de liberté ».

Ainsi, à la suite de Saint-Thomas d’Aquin, nombreux sont les auteurs ayant tenté de discuter de l’idée de « juste prix » ou autres notions se situant dans le même registre.
Pourtant, un prix, un bénéfice ou une rémunération « ne peuvent pas être déterminés par référence à une quelconque « justice sociale », nous explique l’auteur, sous peine de glisser progressivement vers une économie administrée et entraîner un appauvrissement considérable de celle-ci.
Et la recherche de justice fige les inégalités, ainsi que le montrent les exemples de la loi Royer de 1973, qui n’a pas eu les effets escomptés tout en figeant les positions acquises des grandes enseignes de distribution existantes et en ayant suscité la corruption, ou le contrôle administratif des loyers lors de la première guerre mondiale qui, prolongé pendant vingt ans, eut des effets catastrophiques pour tout le monde.
En définitive, « ce sont les sociétés les plus libérales qui favorisent le mieux le brassage social », à l’instar des Etats-Unis avec le « rêve américain ».
« Au contraire, dans les pays où la quête de justice sociale est privilégiée, les inégalités sont pétrifiées. Il devient très difficile aux personnes les plus pauvres de sortir de leurs conditions ».
Au pire, on en arrive au totalitarisme. Mais sans aller jusque-là, l’idée de « justice sociale » renvoie inexorablement à la démagogie d’homme politiques ou exigences de groupes d’intérêt visant à s’en servir à des fins égoïstes et généralement malhonnêtes.

Jean-Marc Paturle commence par nous rappeler que pour les Grecs aucune forme de gouvernement (démocratie, aristocratie ou monarchie) n’était, a priori, supérieure à l’autre. Ce n’est que récemment que la première a été sacralisée.
Or, malgré tous ses mérites, elle recèle aussi certains inconvénients, à l’instar de la tyrannie de la majorité, au sujet de laquelle il nous démontre à l’aide de quelques exemples simples dans quelle mesure nous ne nous rendons pas toujours bien compte de ses dangers.
Pour ces raisons, il préfère une vraie décentralisation, dont il nous montre les principes essentiels, dressant au passage un éloge de la démocratie suisse, qui s’appuie sur 720 ans d’histoire et dont déjà Tocqueville dressait l’éloge en son temps, et dont nous aurions beaucoup de leçons à tirer.

Concernant la montée en puissance de l’Etat, dont Mussolini annonçait l’heure de gloire pour le XXème siècle, ce qui fut finalement réalisé mais par l’entremise de la social-démocratie, faisant de la France le champion du monde avec des dépenses de l’Etat s’élevant actuellement à 57% du PIB, la « soi disant libérale Amérique » elle-même se situant à 33% (en 2000), elle se fit en plusieurs étapes, que l’auteur nous rappelle.
Il repart ainsi de la période de la révolution industrielle, dénonçant au passage les mensonges au sujet de la condition ouvrière, faites d’un mélange d’anachronismes et de refus de la comparaison à la fois avec les périodes précédant cette transition et avec le sort des ruraux de l’époque, dont l’exode massif signifiait pourtant bien quelque chose (de même que pour les omissions au sujet de la condition paysanne en Chine aujourd’hui). Mensonges sur lesquels auraient prospéré les idées de Karl Marx et Friedrich Engels notamment.

Occasion de rappeler que si l’impérialisme se renforçait à cette époque, il avait malheureusement toujours existé, mais que « le libéralisme se situe à l’exact opposé de l’impérialisme : alors que le libéralisme suppose le respect absolu de la personne humaine et de ses biens, l’impérialisme au contraire consiste en la domination d’un peuple sur un autre ».
Et c’est cette rivalité entre les cinq grandes puissances impérialistes de l’époque qui, au bout d’un siècle d’apaisement des tensions va, avec la Grande guerre, sonner le glas du libéralisme et d’un siècle de progrès économique de l’homme, tels que le décrivent aussi bien un John Meynard Keynes lui-même qu’un Stefan Zweig dans son célèbre Le monde d'hier, insistant sur la terrible défaite pour la raison que cela constituait.

Puis ce fut la Grande Dépression de 1929 au sujet de laquelle, nous dit Jean-Marc Paturle, on n’a pas su écouter la leçon de Hayek, selon qui une crise économique « sera d’autant plus forte et d’autant plus longue que l’Etat aura cherché à y porter remède », pour lui préférer celles de Keynes.
Succès des idées keynésiennes surtout à partir de 1974, date à laquelle les dépenses de l’Etat en étaient à 27% du PIB en France pour monter, nous l’avons vu, jusqu’à 57% aujourd’hui, avec une dette qui avoisine désormais les 2000 milliards d’euros (et un taux de chômage qui montera, selon les chiffres officiels de la catégorie A, encore bien au-delà des 11%), sans que les crises aient disparu, bien au contraire.
Or, comme le disait le modeste et réservé Hayek (tel que nous le dépeint l’auteur), lui-même élogieux au sujet du charisme et du « magnétisme » de Keynes, « mes idées pouvaient difficilement être acceptées tant par les politiques que par leurs conseillers puisqu’elles conduisaient à dénoncer le caractère pernicieux de toute politique de gestion monétaire ou budgétaire. A l’inverse, les théories de Keynes avaient pour principal attrait de promettre un nouvel âge d’or dont l’artisan serait l’économiste ».
Jean-Marc Paturle ajoute cette remarque intéressante :

« Si l’on avait suivi Hayek, la plupart des économistes seraient devenus inutiles. Dès lors, on comprend pourquoi ils tiennent Keynes pour le plus grand des leurs. Ce n’était évidemment pas l’avis d’Hayek qui estimait que Keynes était certes un grand homme, « mais un piètre économiste ! » (…) Hayek a démontré sans relâche la fausseté des théories keynésiennes. Malheureusement les arguments de la raison sont d’un bien faible poids face aux émotions de la foule, telles qu’elles sont amplifiées par le battage médiatique ».

Jean-Marc Paturle nous montre, enfin, « l’imposture de la déclaration universelle des droits de l’homme » de 1948 qui, pouvant sembler globalement identique à celle de 1789 (proche de l’inspiration de la Petition of right de 1628 en Angleterre et du Bill of rights américain de 1789, qui posent toutes trois les conditions d’une vraie liberté), est « complètement différente sur le fond et conduit même à des résultats tout à fait opposés » (ne pouvant que « dériver vers un régime plus ou moins totalitaire »), posant les conditions de l’Etat-Providence et de la multiplication des « droits à », au détriment finalement de la liberté. Très instructif, mais mon article étant déjà bien long, je ne développerai pas.
De même que je ne m’attarderai pas sur l’incapacité de l’aide publique « dite au développement », dont l’auteur qui a créé une organisation humanitaire au Mali et au Burkina Faso mesure mieux que personne le caractère fortement nuisible et inefficace, même « criminel », par la corruption et la perversion des mentalités qu’elle a engendrées. Des politiques qualifiées de « largement irresponsables », « le plus souvent instrumentalisées » et contradictoires quand, « dans le même temps où ils déversent des milliards d’euros sur les pays pauvres, les pays riches s’ingénient à élever des barrières protectionnistes contres les importations agricoles en provenance de ces mêmes pays pauvres ».

Après avoir rappelé la manière dont le libéralisme disparut pour laisser place aux modèles communiste, fasciste et nazi, tous issu des grands idéaux socialistes du XIXe siècle, Jean-Marc Paturle s’intéresse au « modèle universel vers lequel tous les pays sont sommés de converger », à savoir la social-démocratie, issue des mêmes idéaux.
Plus douce, elle n’en est pas moins insidieuse, aboutissant de manière plus progressive à l’ascendant de l’Etat sur l’Economie et la société.

C’est ainsi que l’auteur nous remémore les causes réelles de la crise des subprimes, autour de laquelle a été érigée toute une mystification, alors même que ses trois causes essentielles sont liées à l’interventionnisme excessif de l’Etat : la manipulation des taux d’intérêt par les autorités monétaires, conformément aux idées keynésiennes déjà évoquées, la politique étatiste du logement aux Etats-Unis initiée par Bill Clinton et poursuivie par George Bush Junior, et la collusion entre l’Etat et les banques.
Crise qui a débouché ensuite sur celle actuelle de l’endettement des Etats.

Pour achever cet ouvrage, Jean-Marc Paturle évoque le libéralisme tant décrié en France : « Dans le débat public, il suffit en effet de qualifier de libéral son interlocuteur, ou les propos qu’il avance, pour s’éviter d’avoir à développer une fastidieuse argumentation à son encontre. Aussitôt, le téméraire est contraint à une humiliante retraite et, pour se faire pardonner son audace, se doit d’afficher son attachement au mythe de la justice sociale, s’il veut pouvoir continuer la discussion. Le comble est atteint lorsqu’on vous traire d’ultralibéral. Vous n’êtes alors même plus fréquentable. Vous êtes considéré comme un pestiféré, un égoïste et un horrible individualiste, qui ne pense qu’à s’enrichir, à mépriser et à écraser ses contemporains ».

Dès lors, il en vient à expliquer ce qu’est le libéralisme, en quoi il se réfère au droit (remettant, là encore, en cause nombre d’idées fausses à ce sujet), présente sa conception de l’Etat libéral, essentiellement axé sur les fonctions régaliennes, tout en rappelant bien que, selon Hayek lui-même entre autres, il a toujours été question pour les libéraux de garantir à chacun un minimum donné, que ce soit en matière de revenus (filet de sécurité), d’éducation (chèques éducation) ou de santé (existence là encore d’un minimum souhaitable).

Puis, notre auteur éclaircit les rapports entre libéralisme et capitalisme, un terme là encore vilipendé, dont il commence par restituer le sens exact. La notion de propriété privée des moyens de production a en effet été dévoyée par l’idéologie de la lutte des classes, faussant les raisonnements antérieurs et leur substituant des mécanismes inefficaces où la perte ou dilution de la notion de responsabilité a pu amener à des dérives profondes, dont il apporte quelques exemples éloquents. Avec, dans un certain nombre de cas le couplage habituel irresponsabilité-gaspillage d’argent public, trop souvent appuyé sur cette idée critiquable et peu objective de « l’intérêt général ».

Pour finir, Jean-Marc Paturle revient sur un certain nombre de slogans réducteurs et infondés habituels à l’encontre du libéralisme (loi de la jungle, liberté du renard dans le poulailler, accroissement des inégalités, abandon des plus faibles au bord du chemin, égoïsme, tout s’achète, conduit aux monopoles, saccage des ressources naturelles, etc.), y apportant les réponses appropriées et argumentées montrant leur caractère injustifié.

Un ouvrage simple, accessible à tous, d’une grande fraîcheur d’esprit et qui a le mérite de remettre un certain nombre de pendules à l’heure.
A mettre entre toutes les mains.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (60) | Permalien | Remarque la plus récente : Sep 29, 2014 8:59 AM MEST


M. Peabody et Sherman
M. Peabody et Sherman
DVD ~ Allison Janney
Proposé par Expédition sous 24H
Prix : EUR 9,71

16 internautes sur 18 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Beaucoup de génie(s), 27 février 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : M. Peabody et Sherman (DVD)
Très bon film, plein d'humour et très rythmé. Sur le thème toujours appréciable de la machine à remonter le temps.
L'histoire d'un génie de chien, son concepteur, plus intelligent que n'importe quel humain, qui adopte un enfant et se charge de lui faire bénéficier de la meilleure éducation qu'il puisse.
C'est sans compter les petites bêtises que peut faire un enfant, aussi obéissant soit-il, surtout lorsqu'on arrive à un âge où le regard des autres compte et que l'on est conduit parfois à commettre quelques imprudences, même sans réelle mauvise intention...

Je vous laisse apprécier la suite. Distrayant, drôle, plein de génie et de génies (mais pas d'Eugénie). De quoi passer un bon moment en famille.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Mar 2, 2014 7:46 PM CET


Bird
Bird
DVD ~ Forest Whitaker
Prix : EUR 13,00

1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Charlie Parker, l'histoire d'une déchéance, 27 février 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Bird (DVD)
Superbe film en hommage à Charlie Parker, réalisé par Clint Eastwood.

"Homme environ 65 ans... - Non, il en avait 34". Tout tient dans cette terrible phrase. L'itinéraire d'une déchéance humaine, d'une vie brûlée par la drogue et l'alcool, ou comment gâcher un tel talent et se ruiner ainsi la vie pour une bêtise commise une première fois très jeune, comme le révèle très tôt dans le film le personnage de Bird.

Un Forest Whitaker parfait, comme toujours, et d'ailleurs récompensé pour ce rôle, comme l'a été ensuite Diane Venora dans le meilleur second rôle.
Un film qui m'avait beaucoup ému à sa sortie, m'a semblé un peu long en le revoyant (2 h 34), mais qui demeure plein de sensibilité et rend hommage aux pionniers du jazz, notamment à celui qui y est considéré comme le plus grand.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 28, 2014 6:21 PM CET


Minuscule, la vallée des fourmis perdues
Minuscule, la vallée des fourmis perdues
DVD ~ Thomas Szabo
Prix : EUR 14,99

15 internautes sur 15 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Original et amusant, 24 février 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Minuscule, la vallée des fourmis perdues (DVD)
Incroyable film d'animation français, extrêmement original, qui ne ressemble à rien de ce que l'on connait.
Loin de l'univers d'un 1001 pattes ou de tout autre film d'animation plein de paroles, cris et autres effets humanisés, nous avons affaire, ici, à des insectes muets, ou plus exactement s'exprimant grâce à de judicieux bruitages et des expressions marquées par de simples regards, silences, temps d'arrêt, frémissements légers.

La musique, permanente, joue un grand rôle.
Tour à tour paisible, grandiloquente, tonitruante, inquiétante, guerrière, porteuse d'espoir, de désillusion, d'anéantissement ou de renaissance et quiétude retrouvée, elle impulse la vie et la force de l'aventure.
Le tout dans des paysages splendides, qui forment le décor naturel dans lequel évolue tout ce petit monde.

Beaucoup d'humour et d'originalité, donc, pour ce film surprenant au sujet duquel je ne saurais trop en dévoiler, préférant vous laisser le plaisir de la découverte.
Un film plaisant et agréable, qui vous arrachera plus d'un sourire.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Mar 12, 2014 5:52 PM CET


Seules contre tous
Seules contre tous
par Myriam Katin
Edition : Broché
Prix : EUR 20,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Hongrie, 1944, 23 février 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Seules contre tous (Broché)
Je suis tombé un peu par hasard sur cette BD dans une librairie. C'est, bien sûr, le thème qui m' attiré, mais c'est surtout la qualité graphique, ensuite, qui m'a décidé à l'achat. Très beaux dessin, très expressifs, en noir et blanc pour la plupart, sauf la découverte du drapeau Nazi par une fenêtre au début permettant, tout en sobriété, de situer l'époque et de comprendre, presque sans mot dire (si ce n'est l'évocation des ténèbres) de quoi il va être question.
Procédé en couleur, en revanche, lorsque nous nous situons après cette période sombre, quand la petite fille au centre de l'histoire (l'auteur) est devenue adulte, distinguant ainsi le monde de la lumière, tel qu'il est, pour l'essentiel, redevenu du monde des ténèbres, qui ne peut décemment être vu autrement qu'en noir et blanc.

Un témoignage de plus, vous l'aurez compris, de l'itinéraire très perturbé d'une petite fille et de sa mère, qui survécurent à la Shoah, au prix d'une vie faite de fuite, d'errance, de tristesse, d'horreurs, mais aussi de témoignages d'entraide, d'amitié et de solidarité, voire de douceur et de respect de l'autre.
Le sentiment, aussi, que la mère parvient tant bien que mal à protéger sa fille, lui épargner au maximum les souffrances et terribles réalités du monde adulte, au regard de l'indicible.

Un livre finalement tout en sobriété, même s'il ne cache pas les duretés et visions d'horreur de l'époque, dont les russes, pourtant porteurs d'espoir au départ, n'ont pas été les derniers à y contribuer.

Un très bel hommage d'une femme à sa mère et un témoignage, longtemps après, d'un épisode douloureux d'une vie, extrêmement traumatisant et qui ne pouvait reposer à tout jamais dans les limbes de l'au-delà.
A la fois sobre, expressif, utile à la mémoire collective. Un très beau livre.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 26, 2014 1:28 AM CET


Prison Break, l'intégrale saison 1 - Coffret 6 DVD
Prison Break, l'intégrale saison 1 - Coffret 6 DVD
DVD ~ Robin Tunney
Proposé par DVDMAX
Prix : EUR 31,12

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Intelligent, 23 février 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Prison Break, l'intégrale saison 1 - Coffret 6 DVD (DVD)
Cette série, que mes fils m'ont fait découvrir l'Eté dernier, nous a captivés au point que nous en regardions plusieurs épisodes d'affilée chaque fin de soirée de juillet. Un moment idéal, avec la chaleur et même quelques jours de canicule, pour mieux ressentir le sentiment d'oppression de l'enfermement et le suspense lié au scénario.

Ce dernier est de qualité. Très bien pensé, il parvient à entretenir l'attention et la soif de poursuivre, de connaître la suite.
Les personnages et acteurs qui les représentent sont bien choisis, les éléments de l'intrigue habilement disséminés, le personnage principal charismatique et attrayant, par son intelligence et son ingéniosité.
Rien n'est laissé au hasard ; chaque détail compte dans cette énigme échafaudée par ce personnage hors du commun au centre de l'intrigue.

Je reste volontairement dans le flou en n'en disant pas plus, pour ceux qui n'auraient encore jamais vu la série.
Elle mérite la découverte. Scénario original et intelligent, pour un ensemble captivant dont on ne se lasse pas (nous nous sommes de puis peu lancés dans la saison 2 et disposons d'ores et déjà de la suivante).
Très belle réussite !


Descartes inutile et incertain
Descartes inutile et incertain
par Jean-François Revel
Edition : Broché

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Une analyse instructive et utile à la réflexion, 23 février 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Descartes inutile et incertain (Broché)
De René Descartes on retient surtout le nom d''un grand philosophe, de la célèbre formule « je doute, donc je suis » symbolique de sa démarche de recherche réputée méthodique de vérités, ainsi que le mot « cartésien », auquel l''esprit français aime à s'assimiler dans la recherche de son auto-contentement.
Mais si tout ceci n'était pas tout à fait juste, pas tout à fait exact ? Et si le « premier philosophe moderne », pour reprendre le qualificatif que lui attache Jean-François Revel (ce qu'il explique), n'était pas aussi méthodique et rigoureux qu'on veut bien l'imaginer ? Et si le concept même de démarche ou raisonnement "cartésiens" était lui-même quelque peu usurpé ?

Jean-François Revel analyse ici brillamment les erreurs et les failles des constructions cartésiennes. Et elles sont nombreuses ! Erreurs de logique, de méthode, manque de curiosité qui le conduisaient à très peu lire et s'intéresser aux œuvres des autres, nombreux préjugés, anthropocentrisme, etc. (j'en passe). L'ouvrage de Jean-François Revel mérite la lecture pour se faire sa propre idée critique sur l'œuvre du célèbre philosophe du XVIIème siècle.

Simple détestation ou opportunisme de la part de Jean-François Revel ? Pas sûr. Jugeons-en plutôt à travers les extraits suivants :
Qualifiant de « contresens presque incompréhensible » l'idée selon laquelle le « Discours de la méthode » constituerait le début de la révolution intellectuelle moderne, notre célèbre académicien y voit plutôt « une sorte d''accident, d''exception », au milieu des grands écrits d'un Gilbert, d'un Bacon ou d'un Galilée. Auteurs qui d'ailleurs, parmi d'autres, contestent son importance.

Ainsi, « ce philosophe solitaire, qui veut tout reconstruire tout seul, qui utilise le vocabulaire de la métaphysique la plus traditionnelle, avec ses « substances » et ses « attributs », ses idées qui contiennent « formellement » ou « éminemment » d'autres idées, etc., fait figure de résurgence du passé. Tous ceux qui forment alors l'Europe pensante, tous ceux qui participent à la refonte de la connaissance, professent la séparation de la métaphysique et de la science. Et cela, non seulement ceux des savants qui, comme Roberval, n'ont « pas d'opinion » en dehors de leur recherche proprement dite, mais jusqu'à des esprits religieux comme Pascal et Malebranche. Selon Pascal, il est indispensable de sortir une fois pour toutes de l'impasse de la « théologie rationnelle », discipline bâtarde consistant à tenter d'appliquer aux choses divines les procédés démonstratifs propres à la théologie et à la philosophie première. Cette confusion, c'est justement le propre du cartésianisme, c'est cette confusion que Pascal condamne lorsqu''il déclare ne pas estimer que « toute la philosophie vaille une heure de peine », parlant de la philosophie naturelle, c'est-à-dire de la science, de Descartes, ce Descartes « inutile et incertain ». Les choses divines sont l'objet de Foi, et de son côté l'étude de la nature doit se faire selon la méthode de Galilée. »

Et, plus loin, d'ajouter : « La promotion de Descartes au rang de pionnier de la science moderne est en réalité une création du XIXe siècle. Aucun de ses contemporains, de ceux qui jouaient un rôle effectif dans le mouvement des idées, n'a accepté le cartésianisme, aucun n'a considéré que Descartes eût donné une impulsion à la recherche. De son temps, sa gloire se répand surtout dans ce que nous appellerions aujourd'hui les milieux mondains (...) Son succès tient à des images plus qu'à des idées : les « mondes tombants », les « tourbillons », les « esprits animaux », la « matière subtile », les « animaux-machines ». Dès la fin du XVIIe siècle, Descartes est discrédité, surtout par l''œuvre newtonienne, il est discuté dans sa théorie de la connaissance par Locke, et par tous les empiristes, qui se fondent sur les théories de Locke. Au XVIIIème siècle, on ne se réfère plus guère à lui que comme une curiosité archéologique alors que précisément le XVIIIe siècle aurait dû, si l'on en croît la légende, se considérer comme fils de Descartes. Mais en fait les « philosophes » des Lumières ne s'étaient pas du tout trompés sur la réalité du cartésianisme en tant que métaphysique dogmatique et donc, pour eux, réactionnaire. Aux yeux du grand public, le glas du cartésianisme est officiellement sonné en 1734 avec les « Lettres anglaises » de Voltaire. »
Et en 1743, d''Alembert ira jusqu'à parler de secte à propos des cartésiens.

Pour conclure, Jean-François Revel ajoute que « c'est donc à partir du milieu du XIXe siècle seulement que le cartésianisme est peu à peu élevé au rang de source primordiale de la pensée moderne. On a incomparablement plus écrit sur Descartes depuis cent ans qu'au cours des deux siècles qui ont suivi sa mort (...) ».
Dur, mais instructif. Et ce ne sont là que quelques passages que j'ai sélectionnés. Le reste de l'ouvrage vaut la peine d'être lu, pour une analyse beaucoup plus poussée et analytique.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (6) | Permalien | Remarque la plus récente : May 1, 2014 7:08 PM MEST


Norway Of Life
Norway Of Life
Proposé par plusdecinema
Prix : EUR 5,79

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
1.0 étoiles sur 5 Absurde, 20 février 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Norway Of Life (DVD)
Je suis désolé d'apporter une note dissonante dans ce concert de louanges.
Je comprends bien le point de vue de ceux qui ont aimé ce film et y ont vu un certain nombre d'idées qui ne me déplaisaient pas, d'ailleurs, lorsqu'on me l'a conseillé. Toutefois, je l'ai trouvé, pour ce qui me concerne,absolument ennuyeux, lent, glauque et inutilement laid.
Je m'attendais à un univers du type Le Prisonnier ou je ne sais quoi d'autre du même genre (peut-être un épisode de la Quatrième dimension). Rien de tout cela. Plutôt une évocation de l'absurde, tellement évocatrice sans doute qu'elle peut entraîner chez vous une réelle forme de dégoût.

Je suis passé à côté, bien que m'étant efforcé péniblement de regarder jusqu'au bout.
Histoire de goûts, c'est ainsi. Mais je suis ravi de savoir que cela a pu plaire à d'autres. Tant mieux pour le scénariste et le réalisateur.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (6) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 22, 2014 8:54 PM CET


Après la récession, inflation ou déflation ? Regard sur l'économie incertaine
Après la récession, inflation ou déflation ? Regard sur l'économie incertaine
par Collectif
Edition : Broché
Prix : EUR 16,00

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Le grand débat économique du moment, 6 février 2014
Voici un ouvrage qui n’a pas manqué de m’interpeller et susciter mon attention, face à l’actualité de la question et des débats qui tournent autour de celle-ci en ce moment un peu partout dans les médias économiques.
Désireux d’enrichir mes connaissances et y voir plus clair dans ces débats, j’ai donc abordé cette lecture avec grand intérêt.

Dans la préface, Jean-Louis Chambon compare inflation et déflation aux « deux têtes émergentes d’un même monstre », qui repousseraient régulièrement lorsqu’on en vient à bout, tel l’hydre de l’Herne.
Il rappelle que la « grande déflation » des années 1930 ne fut vaincue que par l’arrivée de la guerre, tandis que l’hyperinflation occupe encore fortement l’esprit du peuple allemand (j’ai moi-même entendu évoquer un récent sondage auquel une majorité d’allemand auraient répondu préférer avoir un cancer que l’inflation. C’est dire !).

Loin du « dogmatisme partisan » du débat politique et des « certitudes » sur le sujet, l’ouvrage a donc pour objectif, à partir de « regards croisés », « d’éclairer ce grand sujet ».
De quoi mettre en appétit.

Première partie : « Entre inflation et déflation, la grande hésitation »

1) « De la théorie à la pratique », par Jean-Bernard Mateu

Dès le début, le décor est planté. L’auteur infirme les théories monétaristes et cite l’exemple du Japon, prototype de ce qui peut mener vers la déflation prolongée.
La conclusion de l’auteur, concernant les leçons à en tirer pour l’Union européenne, est que ce que l’on trouve sur le site de la BCE, présentant les vertus de la stabilité des prix, ne serait que théorie et, pire, prosélytisme.
Se référant aux remarques d’Olivier Blanchard, économiste en chef au FMI, selon lequel « la crise que nous vivons est très différente des précédentes et nécessite d’inventer de nouveaux outils d’analyse et de régulation », il défend l’idée qu’une « inflation raisonnée (de l’ordre de 5%) permettrait une relance bénéfique ».
Il s’appuie également sur les affirmations de Paul Krugman, prix Nobel d’économie 2008, qui « dénonce aussi une peur injustifiée de l’inflation, celle-ci ne pouvant résulter que de sévères disruptions sociales ou politiques ».

Ainsi, selon Jean-Bernard Mateu, « Au contraire, le plus grand risque aujourd’hui c’est la déflation et non plus l’inflation ! Le monétarisme est battu en brèche (…) ».
La politique monétaire expansive de Shinzo Abe au Japon (et d’inflation raisonnée), accompagné d’une politique de relance budgétaire, seraient ainsi le modèle à suivre, même si l’auteur affirme vouloir rester prudent quant aux conclusions à tirer sur l’efficacité de ces mesures, dont il est trop tôt pour évaluer pleinement les effets, ayant tout de même pour le moment d’ores et déjà brisé la spirale négative, selon ce qu’il observe.

2) « Peut-on tirer des leçons de l’histoire ? » par Jean-Jacques Pluchart

S’appuyant sur l’idée de Paul Krugman selon laquelle « En Europe, l’inflation n’est pas le problème, mais la solution », Jean-Jacques Pluchart entend reconsidérer ce qu’il appelle le « dogme officiel des Autorités européennes et de la plupart des gouvernements des pays membres », en commençant par retracer l’historique des « croyances et théories successives qui ont marqué l’histoire de l’inflation en Europe.

L’objectif est de discuter de la résurgence du débat entre keynésiens et monétaristes à la suite de la crise de l’euro de 2011, « sur l’opportunité d’une relance économique favorable à l’emploi, mais porteuse de défaites budgétaires et de risque d’inflation ».

Le traumatisme de l’hyperinflation de 1923 serait ainsi à l’origine d’un syndrome psychotique collectif, au sens de Freud, s’inscrivant en contradiction avec les principes de l’individualisme méthodologique, et qui aurait perduré dans l’esprit des fondateurs de l’euro-système, fondateurs qui se seraient inspirés directement des théories de Milton Friedman.
La désinflation compétitive aurait été préférée à la dévaluation compétitive, les « partisans du franc fort » des années 1990 étant qualifiés par l’auteur de « précurseurs de la pensée unique européenne ».

Par un raccourci assez incroyable, Jean-Jacques Pluchart évoque ensuite la crise issue des subprimes, qualifiant d’échec les politiques de rigueur budgétaire et de lutte contre l’inflation.

En conclusion, l’auteur entend montrer que l’inflation est un mécanisme suffisamment complexe et issu de multiples interactions pour qu’on ne puisse le réduire à une théorie ou un facteur.
Intention louable et même très intéressante, mais qui m’a laissé sur ma faim et peiné à me convaincre au terme d’un court exposé de seulement 12 pages, avec essentiellement des rappels historiques des grandes phases de l’évolution de l’inflation et des politiques mises en œuvre, sans véritable démonstration supplémentaire.

Ainsi, aucune des théories en vigueur sur l’inflation, de Cantillon à Lucas, en passant par Fisher, l’Ecole de Cambridge, Keynes ou Friedman ne permettrait de prévoir précisément les effets de l’inflation, l’approche sociologique d’Aglietta, de Marseille et Plessis étant jugée quant à elle, par l’auteur, comme une réelle avancée. Ce qui le conduit, par un raccourci que je ne m’explique pas, à conclure, un peu à la suite de Paul Krugman, que l’inflation n’est peut-être pas « la » solution à la crise de l’euro, mais peut toutefois en être « une des solutions ».

3) « Sans consommation, pas d’inflation ! » par Pierre Sabatier

Le texte de Pierre Sabatier est encore plus surprenant. Il semble instituer que l’inflation serait en soi une bonne chose, car reflèterait un niveau de consommation élevé, lié à une démographie favorable.

Ce serait cette dernière qui serait à l’origine de toutes les grandes explications à la fois sur la déflation japonaise depuis les années 1990, fruit du vieillissement de la population, en passe d’être suivi par celui des Etats-Unis, qui lui devraient leur forte croissance depuis les années 1970. Après un tassement à la fin des années 1980, le redressement qui a suivi serait ainsi dû à une envolée de + 80% de la classe des 40-55 ans, âge optimal en matière de consommation. Tandis qu’à partir de 2010, le vieillissement devrait amoindrir considérablement le potentiel de croissance. Même phénomène pour l’Europe, où les pressions déflationnistes devraient s’avérer persistantes selon les mêmes principes, après qu’une démographie plus progressive et moins intense ait entraîné une croissance plus modérée.

Curieuse analyse, isolant ainsi un facteur, la démographie, pour expliquer des grandes tendances, tandis que la consommation, selon une vision une fois de plus très keynésienne, serait au cœur des grands mouvements de croissance et l’inflation, dans ce contexte, une conséquence positive de ce qui précède (et la déflation, à l’inverse, la conséquence d’une baisse démographique).

Seule chose qui parait indéniable, en revanche, le constat de la faillite inéluctable des systèmes de retraite, qui vont accroître l’impact déflationniste. Sauf que, sans que l’on sache pourquoi, l’auteur y intègre les retraites par capitalisation, pour les pays où cela a été mis en œuvre.
L’épargne nécessaire pour y faire face devrait, qui plus est, accentuer les pressions déflationnistes, selon l’auteur, conformément là encore à la vision keynésienne sur le rôle de l’épargne.

4) Vers une déflation à la japonaise ? par Isabelle Job-Bazille

Comme beaucoup, l’auteur observe la décélération des prix en zone euro ces dernières années, laissant craindre le « spectre de la déflation », à la japonaise, si ce n’est une grande dépression comme celle des années 1930.
Comme si on n’avait le choix qu’entre inflation et déflation et que la baisse de la première devait forcément déboucher sur la seconde.
Là encore, la réduction des dettes, qualifiée d’orthodoxie, associée à un mouvement général de baisse des salaires (d’ailleurs pas avéré) mènerait à une asphyxie de la croissance.
Sombre perspective.

Toutefois, l’auteur reconnait ici qu’il existe une bonne déflation. Celle liée aux grandes innovations ou innovations majeures, qui entraînent des progrès technologiques tels que baisses substantielles de coûts, donc de prix et hausse de l’activité coïncident avec une hausse de la consommation. Elles correspondent cependant à des périodes bien circonscrites.
Et elle ajoute que la déflation devient un fléau lorsque le surendettement apparaît comme le déclencheur.
C’est à cette situation de surendettement qu’elle s’intéresse, mettant en lumière les mécanismes en chaîne susceptibles de se produire dans de telles circonstances, s’appuyant pour cela sur les analyses de Fisher, notamment, lors de la Grande Dépression.

C’est à cette aune qu’Isabelle Job-Bazille étudie les enchaînements majeurs de la crise de 2001, puis de celle de 2007.
Des analyses intéressantes, montrant bien la nature des enchaînements ainsi que des excès et dangers des réactions simultanées des Etats dans l’austérité, après que la manne publique soit venue à la rescousse des marchés, aggravant sérieusement les problèmes d’endettement des Etats et mettant en danger l’intégrité du système financier européen.
De là à conclure que l’austérité serait forcément nuisible, au regard notamment des multiplicateurs budgétaires calculés par le FMI, dont on a dit qu’ils avaient été drastiquement revus à la hausse à cause d’une erreur antérieure, sans doute cela mériterait-il d’être tempéré, au vu des premiers résultats que l’on connait des pays comme l’Espagne ou surtout la Grande-Bretagne. On sait que les effets récessifs engendrés par de telles politiques sont, en effet, par nature temporaires et n’obèrent pas la croissance future, bien au contraire. Tout dépend, en réalité, de ce que l’on appelle austérité.

Le parallèle est fait avec l’expérience japonaise, de manière opportune, l’insolvabilité bancaire, associée à des plans de relance budgétaire massifs ayant débouché par l’intermédiaire de la baisse des taux d’intérêt, la mise sous perfusion des entreprises des secteurs protégés au détriment des emprunteurs sains des secteurs concurrentiels, aggravant encore la situation de l’économie et donc du système bancaire.
Dans ce contexte, après l’éclatement de la bulle spéculative, la crise asiatique de 1997 a porté le coup de grâce, confortant les mécanismes décrits par Fisher.
Et, c’est là le plus intéressant, l’offre de liquidités à taux nul de la banque du Japon, bien qu’ayant éloigné la crise systémique, n’a pas eu les effets escomptés sur l’activité, en raison de l’élévation du risque global et des rétrocessions de liquidité vers la Banque centrale, ainsi que sous forme d’achats de titres publics, notamment, accentuant le phénomène de déflation.

La comparaison avec l’Europe est faite, mais l’auteur suggère d’accorder un rôle à la politique budgétaire, de manière à garantir des débouchés suffisants en matière de croissance et stimuler ainsi la demande globale. Point qui peut sembler le plus discutable.

5) « Perception des prix par les populations : l’incompréhension » par Mickaël Margot

L’auteur commence ici par mettre en cause la théorie des anticipations adaptatives et celles des anticipations rationnelles, ayant selon lui fait perdre de vue les mécanismes de l’illusion monétaire mis en lumière dans les années 1930 par John Meynard Keynes et Irving Fisher notamment.
Les progrès de l’économie comportementale, de la méthodologie expérimentale et le passage à l’euro seraient alors à même de ressusciter ces théories.
Certaines expériences, fort intéressantes au demeurant, nous sont ainsi relatées, permettant d’aboutir à l’idée que les comportements économiques et financiers seraient influencés par l’illusion monétaire résultant de cette sous-évaluation ou sur-évaluation de l’inflation selon les cas (marchés financiers, marché de l’immobilier, marché de l’emploi). Les écarts entre inflation réelle et perçue y sont analysés (erreurs de perception, rôle des médias, biais de confirmation, heuristique de représentativité).
Là encore, l’auteur en tire parti pour préconiser une réorientation de la politique de la Banque Centrale Européenne autour du couple inflation-chômage, s’appuyant sur les découvertes récentes sur « l’économie du bonheur », militant en faveur de la lutte contre le chômage par le biais d’une élévation des objectifs d’inflation.
On se croirait revenu à l’heure de gloire de la courbe de Phillips et des politiques néo-keynésiennes.

Seconde partie : Comment se forment les prix ?

1) « Les énergies nouvelles permettront-elles de désamorcer la bombe du prix des hydrocarbures ? » par Philippe Jurgensen

L’auteur commence par expliquer les causes de la pression continue à la hausse des prix du pétrole (l’évolution de ceux du gaz connaissant une orientation différente), pour présenter ensuite les perspectives qu’il juge prometteuses des énergies nouvelles, dont il montre toutefois pour chacune les limites. Il conclut alors à l’importance « que les politiques publiques soient résolument orientées en faveur de ces énergies nouvelles », à travers des programmes d’investissements publics et de taxation accrue des carburants, tout en continuant à miser dans des proportions suffisamment importantes sur le nucléaire pour la production électrique.

2) « Prix alimentaires : L’enrichissement pousse inéluctablement les prix vers le haut » par Jean-Luc Buchalet

Ici, l’auteur s’inquiète des difficultés de la production agricole à pouvoir suivre la croissance de la demande liée non seulement à l’accroissement de la population mondiale, mais aussi à l’enrichissement croissant de nombreux pays émergents, dont les populations aspirent naturellement à disposer d’un régime alimentaire équivalent à celui des pays riches.
Si la production agricole a augmenté de +200% depuis 1960, nous dit l’auteur, et qu’il existe encore un fort potentiel de hausse en la matière, il nous présente les difficultés pratiques que nous devrions toutefois rencontrer, pouvant mener, selon lui, à un retour de la stagflation, la réduction du pouvoir d’achat résultant d’ores et déjà de cette inflation primaire sur la croissance expliquant la déflation en cours dans les pays riches.

3) « La résistible hausse des prix agricoles : villes contre campagnes ? » par François Meunier

De la même manière, François Meunier s’intéresse à la tendance haussière des prix des denrées de base agricoles à moyen terme, même si le mouvement en a été ralenti momentanément en raison du ralentissement économique mondial et de meilleures récoltes qu’en 2008 et 2011.
Il rappelle que le sujet est délicat, les révolutions ayant très souvent eu, même récemment, pour élément déclenchant les questions alimentaires.
Mais si plusieurs facteurs peuvent en être à l’origine, l’auteur s’intéresse ici en particulier aux espaces fertiles dévorés par les villes lors de leur extension due à l’exode rural. Un phénomène particulièrement vif et mal maîtrisé dans les pays émergents à l’heure actuelle, mais pas uniquement, à l’image de grandes villes comme Le Caire, São Paulo, Mexico, et même Tokyo ou certaines villes les plus récentes de l’Ouest des Etats-Unis, sans oublier les plaines d’Ile-de-France, envahies par les zones pavillonnaires.
Or, il apparaît presque impossible à des collectivités locales de prendre les bonnes décisions en la matière, ainsi qu’il explique, ce qui nécessiterait une prise de décision à un niveau plus central.

4) « Dette publique et tentation de l’inflation » par Jean-Marc Daniel

Se référant à l’histoire, Jean-Marc Daniel nous alerte au sujet du caractère extrêmement pernicieux de l’inflation, qui va bien au-delà de la seule mémoire de l’hyperinflation allemande et est toujours un mécanisme différé.
Or, nous dit Jean-Marc Daniel, « la crise de la dette a ramené sur le devant de la scène la bonne vieille doctrine de « l’euthanasie des rentiers » (…) (qui consiste) plutôt que d’assumer la banqueroute et d’annoncer une annulation pure et simple de sa dette, (à ce que) l’Etat la monétise, c’est-à-dire fait créer par le système bancaire suffisamment de monnaie pour que tout cela dégénère en inflation qui lamine les créances libellées en valeur nominale ».

Jean-Marc Daniel nous rappelle ainsi la célèbre métaphore du dentifrice, dont Karl Otto Pöhl, ancien directeur de la Bundesbank, est l’auteur, et à partir de laquelle il nous tient le raisonnement suivant :

« L’inflation est comme le dentifrice, il est facile de la faire sortir du tube, très difficile de l’y remettre… Et quand on la remet dans le tube, c’est-à-dire quand on décide de s’en débarrasser une fois que les dettes ont été effacées, on est obligé de mener des politiques monétaires restrictives qui conduisent à de la croissance lente, du chômage, des politiques budgétaires de soutien de l’activité et donc in fine de nouveau… de la dette ! L’inflation comme la dévaluation sont des impasses et l’histoire est longue de ceux qu’elle a déçus et trompés ».

L’occasion de nous rappeler quelques épisodes douloureux, de Dioclétien aux assignats et l’hyperinflation allemande ou hongroise (1945), en passant par les origines de la naissance du franc, sous les conseils avisés d’Oresme, sans oublier par la suite la déception de Phillips (que nous évoquions plus haut) et plus récemment le Printemps arabe de 2011. Passionnant.
L’occasion aussi de rappeler que l’inflation touche beaucoup plus de monde que le chômage et entraîne donc des réactions bien plus vives.

En conclusion, on retiendra la belle phrase de l’auteur, sous le modèle de celle d’Helmut Schmidt, mais en sens contraire, à propos des profits, résumant bien ses propos et leçons de l’histoire : « L’inflation d’aujourd’hui est le chômage de demain ».

5) Prix des actifs : Connectés ou déconnectés ? » par Pascal Blanqué

L’auteur s’intéresse aux forces déflationnistes, en particulier dans le contexte de la succession des crises asiatique, de l’internet, puis des subprimes.
L’abondance monétaire « alimente d’abord l’euphorie financière et renforce la dichotomie entre prix réels et prix des actifs financiers », ce qui a tendance à mener aux bulles financières, en temps d’inflation quasi-nulle. L’inflation se déplace, en quelque sorte, sur les marchés financiers.

Or, selon Pascal Blanqué, « on n’invente pas deux fois la désinflation. Les sources de la baisse tendancielle des taux d’intérêt sont épuisées. La faiblesse des primes de risque, l’abondance de liquidités et la détérioration de la solvabilité de certains Etats occidentaux situent le risque à moyen terme plutôt à la hausse pour l’inflation et les taux d’intérêt (…) ».

Cependant, « l’explosion éventuelle de la bulle financière menace de détruire de la liquidité et de la richesse » et donc de déclencher une véritable déflation.
L’auteur s’attache ainsi à montrer les limites de la crédibilité des banques centrales dans leur bataille contre l’inflation financière, par la difficulté d’anticiper les évolutions et chocs par la seule disposition de l’arme du taux d’intérêt.
Pour le reste, cette intervention est suffisamment complexe et technique pour que je ne puisse vous la résumer de manière pertinente. Je renvoie donc à sa lecture.

En conclusion de cet ouvrage, il apparaît que la question de l’inflation et de la déflation est plus complexe que jamais, ayant en partie changé de nature par rapport à avant, et n’engage pas de réponse unique.
Pierre Sabatier retient néanmoins que l’inflation primaire (énergie et prix agricoles) ne semble plus faire de doute, tandis que les pressions déflationnistes « devraient l’emporter en ce qui concerne les prix des biens et services et les salaires », en raison du vieillissement de la population et des nécessités du désendettement. Quant à l’inflation financière généralisée, elle semble peu probable.
Reste l’inflation monétaire. A ce propos, il retient que « les stratégies dans lesquelles se sont embarquées la plupart des banques centrales de par le monde laissent penser que l’impression massive de billets de banque pourrait déboucher sur un effondrement monétaire (l’augmentation du nombre de billets en circulation finissant par laminer la valeur de chaque billet) ».
D’où la remise en question à laquelle il appelle, au sujet du seul objectif d’inflation de la BCE, face à la complexité des phénomènes évoqués.

Au total, un ouvrage au sujet pertinent et particulièrement complexe, propice au débat. Une diversité de points de vue ou plus justement d’angles d’analyse, mais qui m’ont semblé pencher très nettement en faveur des solutions keynésiennes (surtout première partie), même si avec une certaine subtilité et des apports intéressants dans l’ensemble. J'aurais aimé y trouver un peu plus de points de vue opposés, pour une réflexion plus riche et équilibrée.
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