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Contenu rédigé par Johan Rivalland
Classement des meilleurs critiques: 58
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Commentaires écrits par
Johan Rivalland (LEVALLOIS-PERRET France)
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Enquêtes du limier (les) Vol.1
Enquêtes du limier (les) Vol.1
par Itsura Inami
Edition : Broché
Prix : EUR 12,30

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Taniguchi, toujours aussi fascinant, 4 octobre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Enquêtes du limier (les) Vol.1 (Broché)
J'ai découvert et acheté aussitôt ce volume en librairie l'Eté dernier.
Et pourtant, je n'étais pas très attiré ; c'est la raison pour laquelle j'ai attendu jusqu'à ce jour pour le lire.
Jirô Taniguchi a déjà une oeuvre si admirable que je craignais un peu la répétition. Et puis ces personnages qui se ressemblent toujours un peu...

Malgré ces réticences de départ, je n'ai finalement pu lâcher le volume, que j'ai lu en deux fois (me contraignant à en suspendre la lecture à la moitié, pour en garder encore un peu pour le lendemain...).
Signe que je n'ai pas été déçu, bien loin de là.

Il faut dire que rien ne me prédispose, a priori, à m'intéresser au monde des animaux. Mais, une fois de plus, le grand Taniguchi parvient à nous surprendre, nous captiver, nous faire éprouver de nombreuses émotions et sentiments d'attachement à l'égard y compris, pour ce qui me concerne, de ces animaux auxquels, dans le fond, je ne suis pas si insensible (et je m'y étais déjà laissé prendre, sans retenue).
Et toujours cette sensibilité particulière qui est celle de l'auteur, qui parvient à vous captiver avec des choses relativement simples.

Ici, quelques-unes des péripéties d'un détective spécialisé dans la recherche de chiens de chasse disparus.
Un personnage bien dans la veine d'autres alter ego de Taniguchi, solitaire, assez secret, un peu bourru, mais profondément humain. Ce qu'on peut appeler un homme libre.
Une sorte de héros qui va devoir se lancer bientôt sur la piste d'un chien de guide d'aveugle qui a été enlevé.
Emotions garanties.

Et le tome 2, dont je viens de voir qu'il est déjà sorti... Cette fois-ci, j'y coure, j'y vole !
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Oct 8, 2013 2:58 PM MEST


Ketevan
Ketevan
Prix : EUR 11,99

4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un album sur la bonne voie, 3 octobre 2013
Achat authentifié par Amazon(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Ketevan (CD)
Voix fluide, voix apaisante, voix caressante. Voix mélodieuse, voix stimulante, voix reposante. Voix affirmée, voix décidée, voix sans fausse note, sans faux semblant. Voix naturelle.
Voix magnifique, voix mirifique, voix féerique. voix douce, voix jazzy, voix calme.
Bref, voix qu'on ne dévoie pas et qui ne s'écarte pas de sa voie, vous laissant sans voix.

Et les instruments dans tout cela ? Variés et adaptés à cette ambiance pleine de sérénité, vous emmenant en voyage, à la fois dans l'espace et dans le temps, à travers l'océan, l'amour, l'univers jazzy et même le western au son de l'harmonica, ou encore l'invitation au rêve et les années 1950 ou 60, sans oublier le piano, valeur sûre aux vertus apaisantes.

Un album dans la continuité de ce à quoi nous avait habitué Katie Melua, même si sans grand titre marquant. La pureté de la voix, le naturel et la simplicité. Sans fioriture.
Sans oublier une très belle pochette, absolument somptueuse, invitation au rêve à elle toute seule.

Un détour par la voie lactée.


Ardèle ou La marguerite / La Valse des toréadors
Ardèle ou La marguerite / La Valse des toréadors
par Jean Anouilh
Edition : Poche

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Les coeurs blessés, 30 septembre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Ardèle ou La marguerite / La Valse des toréadors (Poche)
Voici deux pièces tout à fait représentatives de l'oeuvre de Jean Anouilh, dans le droit fil de ses thèmes de prédilection habituels, à mi-chemin entre ironie et désillusion.
Classée dans la catégorie des ses "pièces grinçantes", elles ont toutes deux en commun de mettre en scène des personnages aux comportements caractéristiques.

La première, "Ardèle ou la Marguerite", présente une série de personnages de milieu bourgeois dont l'auteur nous révèle les petites et grandes trahisons, les comportements misérables qui les guide et la mauvaise foi qui est la leur, ainsi que le poids des conventions, qui les mène à vouloir priver Ardèle, femme bossue ayant atteint la quarantaine, de l'Amour (le vrai), qu'elle n'a pourtant jamais eu le plaisir de connaître jusque-là.
Eux-mêmes engoncés dans des situations assez pitoyables où tromperies et aigreur face à l'amour, le poids des années et les déceptions qu'il leur a procuré, ne pensent qu'aux apparences et ne se soucient à aucun moment du bonheur que peut éprouver Ardèle.

Cette amertume passe par des propos tels que : "Il y a très peu d'amour dans le monde, c'est pour cela qu'il roule encore à peu près", ou encore "L'amour vous a comblé, un soir ou dix ans, maintenant il vous faut payer la note. L'amour se paie à tempérament, mais on est généreux, on vous donne le temps pour régler. Quelquefois toute la vie".
Ne feront exception que le personnage du comte et du jeune Nicolas qui, pour des raisons qui leur sont propres, osent dire des vérités et conjurent Ardèle d'aimer, sans se soucier des convenances ou apparences, du soi-disant scandale.
Et, comme toujours dans les pièces d'Anouilh, la présence des enfants, au coeur encore pur, mais qui pressentent déjà l'avenir, n'étant pas totalement dupes du comportement des adultes, tel une malédiction, une tragédie grecque ; un autre thème très fréquent chez l'auteur, où l'histoire semble se répéter de manière quasi-inéluctable.
On ne se départit jamais finalement du scénario d'Antigone, où le malheur est annoncé et où l'on pressent qu'il n'y a rien à faire pour aller à l'encontre de la volonté divine ou plus simplement de la nature humaine.

La seconde pièce, "La valse des toréadors" est encore plus crue à sa manière et dévoile, à travers notamment le dialogue entre le Général (personnage, d'ailleurs, étrangement commun avec la première pièce, même si les autres personnages ne sont pas tout à fait les mêmes, à l'exception de son épouse) et le Docteur, ce qui ronge les coeurs des hommes et les mène à l'amertume et, dans certains cas, vers des échappatoires peu glorieuses...
Lâcheté, manque de courage, force du désir, espoir de l'Amour trouvé, désillusions, tout se mêle dans un rapport détonnant qui entraîne tout sur son passage.
Et, là encore, l'Amour, le vrai, fera son apparition subreptice, mais uniquement parce qu'il se trouve contrarié, ne remettant pas véritablement en cause la force de la tragédie et du destin inéluctable des êtres...

Situations comiques et procédés ironiques s'enchaînent pour donner vie à ces comédies acerbes, où la nature humaine, une fois de plus, révèle toute sa noirceur et sa petitesse face à un monde relativement absurde et des situations amenées à se reproduire à l'identique, telles une malédiction, celle qui semble réservée à l'humanité.


Libéralisme et démocratie
Libéralisme et démocratie
par Norberto Bobbio
Edition : Broché
Prix : EUR 13,30

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Libéralisme et démocratie : l’histoire de rapports agités, 30 septembre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Libéralisme et démocratie (Broché)
Je ne connaissais pas Norberto Bobbio, qui semble avoir été un intellectuel renommé en Italie.
Ce qui m’a attiré vers cet ouvrage est le titre, qui s’annonçait prometteur. Et, dans cette perspective, le contenu tient toutes ses promesses, même s’il demeure relativement synthétique et donne envie d’aller plus loin.

La question posée est ici celle des rapports complexes qu’ont toujours connus libéralisme et démocratie. L’auteur en dresse ainsi un panorama fort intéressant qui permet, à partir d’une perspective historique, mais aussi en s’appuyant sur les conclusions de certains auteurs libéraux majeurs, de mieux comprendre en quoi leur sort n’a pas toujours été lié et demeure encore, par bien des aspects, parfois presque antagoniste.

A une vision antérieure fondée sur l’idée d’un état initial d’esclavage, qui aurait vu la conquête d’espaces de liberté par les sujets, s’oppose celle des droits naturels, qui met au contraire en évidence la primauté de l’état naturel de liberté sur celle de la Société organisée.
En apparence fruit « d’une érosion continue et progressive du pouvoir absolu du roi, et, dans des périodes historiques de crise aiguë, d’une rupture révolutionnaire » (Angleterre du XVIIe et France de la fin du XVIIIe siècles), l’origine de l’Etat libéral serait en fait issu d’un renversement par rapport à l’organicisme, selon lequel la société vient avant l’individu.
Le contractualisme et les conceptions de Locke sur le consensus de ceux sur lesquels s’exerce le pouvoir politique, conceptions fondées sur les droits naturels, antérieurs à l’émergence de la société, fondent donc, selon cette vision, l’émergence de l’existence de l’Etat.

Sur le plan doctrinal, l’auteur distingue trois conceptions de l’Etat limité. On peut avoir aussi bien :
• Un Etat de droit et un Etat minimal (libéralisme),
• Qu’un Etat de droit qui ne soit pas minimal (Etat social contemporain),
• Ou un Etat minimal qui ne soit pas de droit (Léviathan hobbien, libéral sur le plan économique, mais absolu sur le plan politique).

Norberto Bobbio définit de la manière suivante l’Etat de droit : « Par « Etat de droit », on entend généralement un Etat où les pouvoirs publics sont régulés par des normes générales (les lois fondamentales ou constitutionnelles) et doivent être exercées dans le cadre des lois qui les réglementent, excepté le droit du citoyen de recourir à un juge indépendant pour faire reconnaître et repousser l’abus ou l’excès de pouvoir (…) Dans la doctrine libérale, Etat de droit signifie non seulement subordination des pouvoirs publics de n’importe quel degré aux lois générales du pays qui constitue une limite purement formelle, mais aussi subordination des lois à la limite matérielle de la reconnaissance de certains droits fondamentaux reconnus constitutionnellement, et donc par principe « inviolables » ».

Il s’agit là, dans cette optique libérale, de la définition de l’Etat de droit au sens fort, avec tous ses garde-fous contre l’exercice arbitraire du pouvoir, donc qui a pour but de défendre la liberté des individus contre les abus du pouvoir.
En ce sens, l’Etat apparaît ici comme un mal nécessaire, ce qui distingue le libéralisme de l’anarchisme, ainsi que l’exprimait clairement Thomas Paine dans son ouvrage « Le sens commun » :

« La société est le résultat de nos besoins, et le gouvernement de notre perversité : la première contribue à notre bonheur positivement en conjuguant nos affections, le second négativement en contenant nos vices. L’une encourage le commerce des hommes, l’autre crée des distinctions. La première protège, le second punit. La société, quelle qu’en soit la forme, est toujours un bienfait, mais le meilleur gouvernement n’est qu’un mal nécessaire et le plus mauvais un mal intolérable ».

Rejoignant en cela la vision qu’en aura Alexis de Tocqueville, Emmanuel Kant, dans ses « Œuvres philosophiques », relève qu’ « un gouvernement qui serait institué sur le principe du bon vouloir à l’égard du peuple, comme celui d’un père avec ses enfants, c’est-à-dire un gouvernement paternel (imperium paternale), dans lequel donc les sujets sont contraints, comme des enfants mineurs qui ne peuvent pas distinguer ce qui est pour eux véritablement utile ou pernicieux, de se comporter simplement de façon passive, pour attendre uniquement du jugement du chef de l’Etat la façon dont ils doivent être heureux, et uniquement de sa bonté que celui-ci aussi le veuille ; un tel gouvernement constitue le plus grand despotisme concevable ».

Si on y ajoute les références à Adam Smith (la liberté comme fin unique de l’Etat) et à Wilhelm Von Humboldt (l’Etat comme moyen et non comme fin en soi), l’exposé de Norberto Bobbio se révèle tout à fait intéressant.

Mais là où il devient véritablement passionnant et stimule véritablement la réflexion, c’est lorsque Norberto Bobbio étudie les rapports devenus étroits entre démocratie et libéralisme. Ainsi, il apparaît désormais assez communément que si « la procédure démocratique est nécessaire pour la sauvegarde des droits fondamentaux de la personne qui sont à la base de l’Etat libéral (…), la sauvegarde de ces droits est nécessaire pour le fonctionnement correct de la procédure démocratique ». Or, la seule participation au vote ne suffit pas. Pour que cette participation « soit réelle et non fictive », les libertés d’opinion, de presse, de réunion, d’association, etc. sont essentielles.
Il s’en suit que « aujourd’hui, seuls les Etats nés de révolutions libérales sont démocratiques et seuls les Etats nés de révolutions démocratiques protègent les droits de l’homme : tous les Etats autoritaires du monde sont à la fois antilibéraux et antidémocratiques ».

Norberto Bobbio rappelle ensuite que la démocratie libérale ne va pas de soi et ne s’est pas instaurée de manière si évidente. Il existe, en effet, différentes combinaisons possibles entre démocratie et liberté, qui ont pu être en débat, notamment lors du passage de l’éphémère République de 1848 au Second Empire, les processus de libéralisation et de démocratisation s’étant poursuivis tout au long du XIXème siècle tantôt séparément, tantôt conjointement. L’auteur distingue ainsi :

 Le cas où libéralisme et démocratie sont compatibles, l’Etat pouvant être libéral et démocratique (comme il l’est aujourd’hui en définitive), sans que l’on puisse exclure qu’il soit libéral non démocratique (libéraux conservateurs, pour qui le droit de vote constitue une menace pour les libertés), ou démocratique non libéral (démocrates radicaux, d’essence socialiste, « davantage intéressés par la distribution des pouvoirs que par sa limitation (…) et par la conquête de la sphère publique que par la défense obstinée de la sphère privée »).

 Le cas où libéralisme et démocratie sont antithétiques, la démocratie risquant de détruire l’Etat libéral, comme le craignent les libéraux conservateurs, ou la démocratie poussée à l’extrême à travers un Etat social ayant abandonné l’idéal de l’Etat minimal, selon la vision des démocrates radicaux.

 Le cas où libéralisme et démocratie sont « nécessairement liés l’un à l’autre au sens où seule la démocratie est en mesure de réaliser pleinement les idéaux libéraux et seul l’Etat libéral peut être la condition d’actualisation de la démocratie » (ce qui inclut les sociaux-démocrates).

Tocqueville, qui était avant tout libéral, se demandait ainsi si la liberté pourrait survivre dans la société démocratique. La menace résidant dans la tyrannie de la majorité. Et avec elle l’idéal égalitaire, dont l’issue finale est le despotisme. La recherche de l’égalité des conditions, au détriment de la liberté. Et la présomption « qu’il y a plus de lumières et de sagesse dans beaucoup d’hommes réunis que dans un seul ».
De cette omnipotence de la majorité découlent des effets néfastes : l’instabilité du législatif, l’exercice souvent arbitraire du pouvoir des fonctionnaires, le conformisme des opinions et la diminution du nombre d’hommes d’exception sur la scène politique, toutes choses que l’on peut en effet observer aujourd’hui.

Mais, comme le relève Norberto Bobbio, là n’est pas le problème essentiel, pour Tocqueville. Car, selon ce dernier, ce n’est pas le type de pouvoir (royal ou populaire) qui compte, mais le moyen de le contrôler et le limiter. Le germe de la tyrannie est dans le droit de tout faire, que l’on soit en démocratie ou en aristocratie.
La démocratie porterait ainsi en elle les germes d’un nouveau despotisme, sous la forme d’un gouvernement centralisé et omnipotent.

La « volonté générale » de Rousseau conduit, finalement, à la servitude, car « dans ce système, les citoyens sortent un moment de la dépendance pour indiquer leur maître et y rentrent (…) Et l’on ne fera point croire qu’un gouvernement libéral, énergique et sage, puisse jamais sortir des suffrages d’un peuple de serviteurs ».
D’où l’importance de la défense des libertés individuelles (liberté de la presse, liberté d’association, …), malheureusement pas toujours bien respectés face à la primauté de l’idée « d’intérêt collectif ».

Libéral avant d’être démocrate, Tocqueville éprouve en outre une aversion profonde contre le socialisme, le jugeant contraire à la démocratie, même si on peut désirer les deux : « La démocratie veut l’égalité dans la liberté, et le socialisme veut l’égalité dans la gêne et dans la servitude ».

Les rapports entre démocratie et libéralisme ont donc toujours été compliqués. Ainsi, selon Norberto Bobbio, « la greffe des idéaux démocratiques sur le tronc originaire des idéaux libéraux fut difficile, souvent contestée, et la combinaison du libéralisme et de la démocratie, là où elle a eu lieu, s’est faite lentement, non sans conflits et ruptures ».
Mais ce qui a contribué à maintenir cette opposition vivace est l’entrée en scène des doctrines socialistes, véritable antithèse du libéralisme, en particulier dans sa dimension économique et sur « la critique de la propriété privée comme source principale d’« inégalité entre les hommes » (Rousseau) (…) présupposé nécessaire pour le déploiement réel de toutes les autres libertés ».

Si l’on en revient maintenant à la démocratie telle qu’on la vit aujourd’hui, on peut dire, avec NorbertoBobbio, qu’en somme, dans la démocratie libérale, la liberté politique (droit de vote) complète la série des libertés particulières.
Et, outre le traditionnel thème de la tyrannie de la majorité, qui rend difficile les rapports entre démocratie et libéralisme, s’ajoute désormais celui de l’ingouvernabilité. On passe en quelque sorte du problème « de l’excès de pouvoir à celui du défaut de pouvoir ».
Thème qui s’articule autour de trois points :

1- « la disproportion croissante entre le nombre des demandes qui proviennent de la société civile et la capacité de réponse du système politique ».
Deux raisons opposées :
 «D’un côté, les institutions que le régime démocratique a héritées de l’Etat libéral (de la liberté de réunion et d’association, de la libre organisation des groupes d’intérêt, des syndicats, des partis, à l’extension maximale des droits politiques), rendent plus faciles pour les individus et les groupes la formulation de requêtes aux pouvoirs publics qui prétendent devoir être satisfaites dans les plus brefs délais, sous la menace d’un dissolution du consensus »,
 « De l’autre, les procédures prévues par un système démocratique pour prendre les décisions collectives, ou qui devraient fournir une réponse aux demandes formulées par la société civile, sont telles qu’elles ralentissent et parfois rendent vaines, par le jeu des veto croisés, la procédure de décision ». Ce qui inclut également les longs débats et contrôles de la part d’organes tels que la Cour constitutionnelle ou le référendum.

2- L’importance des conflits sociaux et les efforts des gouvernants pour tenter de les résoudre « de manière à rendre une vie commune pacifique entre individus et groupes qui représentent des intérêts différents (…) d’où le fait qu’on ne puisse en satisfaire sans en léser un autre dans une chaîne sans fin ».

3- « Dans les régimes démocratiques, le pouvoir est davantage distribué que dans les pouvoirs autocratiques (…) Il est d’autant plus diffus que le gouvernement de la société est à tous les niveaux régulé par des procédures qui admettent la participation, le dissensus, et donc la prolifération des lieux où se prennent les décisions collectives (…) La fragmentation crée une concurrence entre pouvoirs et finit par susciter un conflit entre les sujets mêmes qui devraient résoudre les conflits, une sorte de conflit à la puissance deux ».

Les remèdes à cette surcharge sont au nombre de deux :

- Soit un meilleur fonctionnement des organes décisionnels (accroissement du pouvoir du gouvernement vis-à-vis du Parlement, par exemple),
- Soit une limitation drastique de son pouvoir (limiter le pouvoir de la majorité, par exemple, comme dans le domaine des droits de liberté, dits « inviolables »). En ce sens, certains libéraux demandent « que soit également constitutionnellement limité le pouvoir économique et fiscal du Parlement de façon à empêcher que la réponse politique à la demande sociale soit telle qu’elle produise un excès de dépenses publiques par rapport aux ressources du pays ».

Finalement, nous dit l’auteur, dans le conflit qui oppose « liberté négative » et « liberté positive », libéralisme et démocratie se transforment nécessairement en alliés, face au risque d’un régime au pouvoir sans limite comme de son corollaire, celui au pouvoir hors de contrôle.

En conclusion, un petit ouvrage assez court, mais finalement assez dense, qui a le mérite au final d’inviter à la réflexion et poser les bases d’un débat sans cesse renouvelé sur nos institutions et leur évolution.
La démocratie est fragile, les libertés, on le sait, bien davantage encore. Il reste donc encore beaucoup d’efforts à fournir, sans relâche, pour tenter de défendre ces dernières.
Une bonne connaissance de l’Histoire et des expériences passées et actuelles sont, en ce sens, d’importants gages en vue de sauvegarder l’avenir.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Nov 23, 2013 10:32 PM CET


La démocratie des crédules
La démocratie des crédules
par Gérald Bronner
Edition : Broché
Prix : EUR 18,05

23 internautes sur 25 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Existe-t-il des licornes ?, 23 août 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : La démocratie des crédules (Broché)
Le « droit au doute », parfois invoqué de manière paradoxale par ceux qui contestent les vérités qui semblent les mieux établies, implique aussi des devoirs, sans quoi il devient « négation de tout discours ». Tel est le point de départ qu’établit Gérald Bronner à ce passionnant essai, La Démocratie des crédules. Ainsi « on peut montrer que quelque chose existe, mais il est impossible de montrer définitivement que quelque chose n’existe pas ». Or, c’est ce que demandent les tenants des thèses du complot. Pour illustrer l’absurdité d’une telle proposition, Gérald Bronner s’appuie sur l’exemple suivant, très éloquent : « Je peux prouver qu’il existe des chevaux, mais je ne peux pas prouver qu’il n’existe pas de licornes ».

Rapporté au mythe conspirationniste du 11 septembre, par exemple, ses promoteurs vont soutenir près d’une centaine d’arguments différents en faveur du complot, mais abusent de ce « droit » au doute, semant le trouble dans les esprits, au détriment de la confiance, indispensable à toute vie sociale. Si plus personne ne fait confiance aux autres, nous montre l’auteur, que les rumeurs prennent le pas (ex : assassinat du Président), un « cercle vicieux cumulatif » risque d’entraîner, en certaines circonstances, des violences, voire des guerres civiles. L’affaire n’est pas banale (me faisant penser au célèbre canular d’Orson Welles sur l’arrivée des martiens qui, en son temps, avait causé une terrible panique aux États-Unis). Et cela ne date pas d’hier. Les Juifs, franc-maçons, gitans et d’autres en ont été des victimes. Or, la base-même des progrès de la connaissance passe par cette confiance, à proportion de l’importance croissante de la masse de celle-ci.

Ainsi en va-t-il de la méfiance à l’égard de la science, là où celle-ci a pourtant permis une élévation phénoménale de l’espérance de vie, vaincu des maladies et épidémies terribles et amélioré sensiblement le confort de vie. Que ce soit sur les OGM, le nucléaire ou les biotechnologies, les suspicions de l’opinion publique sont révélatrices de ce nouvel état d’esprit. Mais cette méfiance s’étend aussi aux journalistes, politiques, et même de manière générale « aux autres ». Signe d’un mal-être caractéristique de la France, en particulier, numéro un mondial de la morosité et du pessimisme, selon certaines études. Là où nous avons la chance de vivre « dans des démocraties stables où la liberté et la sécurité sont garanties ».

Et pourtant, jamais les théories du complot, parfois sur des thèmes les plus farfelus (ex : « homme-lézards ayant remplacé les gouvernants ») n’ont autant foisonné. La méfiance s’insinue partout.
"En effet, ces mythes sont fondés sur un effet de dévoilement très satisfaisant pour l’esprit, un sentiment proche de ce que nous ressentons lorsque nous découvrons la solution d’une énigme (…) Par ailleurs, celui qui fait sien le mythe du complot a le sentiment d’en savoir davantage que le quidam et d’être donc moins naïf que lui. De là, il n’est pas toujours aisé de le convaincre de l’inanité de ses arguments, car il voit vite son interlocuteur comme le médiateur d’une doctrine officielle qu’il entend combattre".

Gérald Bronner, dans une première partie, retrace l’histoire de l’évolution de la diffusion de l’information et des croyances, à travers ce qu’il appelle le « marché cognitif », jusque l’avènement et le développement d’Internet. Il montre que la profusion de l’offre ainsi développée et sa plus grande accessibilité n’a pas abouti à une amélioration générale des connaissances. Beaucoup d’individus, en effet, vont préférer s’orienter vers ce qui leur paraît simple et abordable, voire pseudo-scientifique, plutôt que vers des présentations complexes, scientifiques. Ils rechercheront aussi plutôt ce qui permet de confirmer leurs croyances que ce qui mène par un chemin plus complexe à la recherche de la vérité ou ce qui est susceptible de les infirmer.

Différentes petites expériences permettent ainsi au lecteur d’établir la preuve de la sélectivité de notre cerveau et de notre « avarice intellectuelle ». Extrapolé à la réalité, cela donne une idée de notre crédulité.

Puis, dans une deuxième partie, l’auteur lui-même mène ses propres expériences quant à la recherche d’information sur internet. Il apparaît alors que ce qui fait appel aux croyances figure très nettement en tête des réponses proposées sur divers sujets propices aux rumeurs, par rapport aux sites faisant appel à la connaissance. Cela s’explique par la forte motivation des « croyants », qui les amènent à consacrer du temps à leur argumentation, là où les « non croyants » ou scientifiques prennent le plus souvent la chose avec ironie ou ne peuvent se permettre de consacrer trop de temps à quelque chose dont ils pourraient pourtant démontrer facilement l’inanité du raisonnement. Là encore, l’auteur apporte de nombreux exemples passionnants qui vont dans ce sens (syndrome du Titanic, fausse mort de Michaël Jackson, 11 septembre, etc.), la plupart du temps fondés sur des millefeuilles argumentatifs auxquels il est difficile à un seul homme de pouvoir répondre.

Gérald Bronner étudie ainsi les différentes attitudes que cela peut engendrer chez l’interlocuteur démuni en argumentation face à celles, multiples, du croyant. Il montre également en quoi les simples lois statistiques peuvent permettre d’apporter une explication à nombre d’arguments invoqués. Il explique et démonte, de la même manière, le fonctionnement de certaines techniques telles que la gématrie, qui prétend démontrer que les grands événements de ce monde étaient écrits, ou la paréidolie, réflexe mental qui nous permet de voir des formes dans de l’informe (cas de la figure du diable vue par certains, avec un peu d’imagination, sur l’une des photos du World Trade Center en feu). Le nombre de caméras et d’images en circulation et l’accélération de leur partage sur internet participant largement de ces phénomènes statistiques.

Dans une troisième partie, l’auteur montre que la concurrence en matière d’information, bien qu’absolument essentielle à la démocratie, entraîne parfois des effets pervers, type dilemme du prisonnier (pour ceux qui connaissent la théorie des jeux). Il s’en suit des dérives dangereuses, telles que dans l’affaire de Toulouse, impliquant de manière absurde Dominique Baudis, la fausse agression antisémite du RER en 2004, la rumeur Carla Bruni / Benjamin Biolay ou, pire encore, l’affaire Terry Jones.

Les surenchères aux provocations ou auto-promotions se multiplient ainsi. Rapport alarmant sur les OGM, affaire des plages radioactives, suicides chez France Télécom, leucémies nucléaires, autant de dossiers sur lesquels l’auteur revient et pour lesquels la rigueur et la prudence n’ont pas été de mise, donnant lieu à des dérives incroyables de la part de médias davantage guidés par le sensationnel et l’effet moutonnier que par l’objectivité (en principe attachée au métier de journaliste), le temps de vérification de l’information décroissant à mesure que la concurrence s’accroît (au-delà d’un certain niveau).

Dans le cas de France Télécom, par exemple, Gérald Bronner offre une belle démonstration statistique et sociologique des manipulations justement en particulier statistiques de la part de certains et reprises en boucle par les médias, au mépris des analyses contraires et plus scrupuleuses proposées par d’autres mais noyées dans le tohu-bohu médiatique. Particulièrement édifiant. Avec en point d’orgue, on peut le penser, la mise en cause du processus de libéralisation du marché des télécoms et la nécessaire adaptation de France Télécom à travers le plan Next. À rebours de ce que révèlent les chiffres du nombre de suicides dans l’entreprise depuis le début des années 2000, soit avant même la mise en œuvre de ce plan. Si l’on y ajoute l’attirance de l’esprit humain pour les explications mono-causales (comme il en va, de même, pour le dérèglement médiatique), tout est réuni pour expliquer tout cet emballement médiatique.

"Tous ces errements médiatiques ne révèlent pas plus que ceci : les journalistes et les commentateurs en général, sont des hommes comme les autres. Ils sont victimes d’illusions mentales et contaminés par des enjeux idéologiques, mais cette fragilité habituelle de l’esprit humain est amplifiée par l’urgence à délivrer une information à laquelle les contraint le monde médiatique".

Puis, Gérald Bronner montre en quoi le processus de transparence, passant notamment pas la diffusion publique des documents officiels de l’administration (ou on peut penser aussi à la communication obligatoire du patrimoine des politiques en France, entre autres), tout en se voulant démocratique, devient à l’inverse un « danger démocratique », tant la suspicion, la paranoïa collective et la méfiance systématique vis-à-vis des politiques « se répandent comme un poison dans l’espace public », au-delà de toute raison. Les exemples abondent de situations où l’on s’est trouvés dans des scenarii de type « effet Othello » (émission canular sur l’éclatement de l’État fédéral en Belgique en 2006, par exemple) où les croyances viennent hélas prendre le pas sur la connaissance.

Il en va de même des tentatives de mise en œuvre de la démocratie participative, ou plus encore délibérative, entendant laisser les citoyens décider, ce qui part d’une bonne intention mais où les points de vue profanes ou du « monde militant » deviennent « assourdissants » sur de nombreux sujets, très souvent à caractère scientifique (OGM, technologies géniques, construction de lignes à très haute tension…). La méfiance à l’égard des scientifiques l’emporte alors très souvent et, avec elle, le désormais célèbre « principe de précaution », l’idée d’un complot scientifico-industriel germant dans l’esprit de certains malgré des dizaines ou centaines de milliers d’expérimentations scientifiques convergentes, dont on ne tient alors plus vraiment compte. L’idée, chez certains, qu’une « sagesse des foules » l’emporterait sur celle d’un seul homme (voir, à l’inverse, ce qu’en dit Gustave Le Bon dans sa Psychologie des foules). Deux points de vue que Gérald Bronner renvoie dos à dos, les deux pouvant être vrais selon les circonstances, l’idéologie étant susceptibles en certains cas de laisser penser le contraire.

La mutualisation des connaissances, par exemple, est un cas positif d’intelligence collective supérieure. Pour le reste, et en particulier dans les cas où il est question d’expertise scientifique, certains confondent démocratie politique et démocratie cognitive, frisant alors avec la démagogie et le populisme, l’auteur définissant ce dernier terme comme « toute expression politique donnée aux pentes les moins honorables et les mieux partagées de l’être humain ».

Gérald Bronner se réfère ici, en particulier, au Psychologie des foules et à toutes les décisions qui vont en ce sens, impliquant hélas des coûts sanitaires, économiques et sociaux non forcément visibles de prime abord (à l’image de la disparition de l’eau de Javel dans les hôpitaux, présumée cancérigène, qui avait pourtant certainement sauvé des millions de vie jusque-là et n’a donc pas permis d’éviter des maladies, notamment nosocomiales, jusqu’en Haïti où, après le séisme de 2010, 5000 personnes sont mortes du choléra, jusqu’à ce qu’on consente à finalement réintroduire l’eau de Javel, stoppant ainsi l’épidémie).

Pour finir, Gérald Bronner propose quelques solutions, dans une dernière partie, qui permettraient de passer de la démocratie des crédules à celle de la connaissance. À rebours de ce qui transparaît à travers l’histoire des idées chez les plus grands philosophes, il observe que l’éducation ne suffit pas à éliminer les croyances. De nombreuses études révèlent, à l’inverse, que l’élévation du niveau d’études ne diminue pas la sensibilité aux croyances. Ce serait même souvent plutôt le contraire et les catégories les plus instruites seraient aussi les plus critiques à l’égard de la science. En outre, les adeptes de groupes sectaires ou les fanatiques, voire les membres d’organisations terroristes, sont souvent loin d’être de faible niveau social ou intellectuel, contrairement à certaines idées reçues. Suivant l’interprétation d’Edgar Allan Poe, Gérald Bronner évoque la plus grande disponibilité mentale des gens les plus instruits, plus conscients des limites de notre connaissance et, de ce fait, plus réceptifs à ce qui peut susciter la crédulité. D’ailleurs, « les arguments qui soutiennent ces croyances sont quelquefois subtils et techniques, ils leur confèrent une allure de vérité), voire de scientificité et ne peuvent jouer de leur pouvoir d’attraction que sur des esprits préparés à les recevoir ».

La solution réside cependant bel et bien « au cœur de nos esprits (…) L’esprit critique, s’il exerce sans méthode, conduit facilement à la crédulité. Le doute a des vertus heuristiques, c’est vrai, mais il peut aussi conduire, plutôt qu’à l’autonomie mentale, au nihilisme cognitif ». Le droit au doute, que nous évoquions comme point de départ, implique ainsi, selon Gérald Bronner, des devoirs, au premier rang desquels celui de la méthode. La solution consisterait donc à affaiblir le pouvoir d’attraction des raisonnements captieux par une formation intellectuelle différente de la part de notre système éducatif, d’une part, et « un type d’ingénierie de la communication » différent, dont notre auteur ne fait que dessiner les contours, se basant sur divers exemples de nouveau tout à fait passionnants. L’idée serait d’endiguer les erreurs de perception dans notre représentation du monde (comme cet exemple ahurissant de sondages montrant que 30% de nos concitoyens pensent encore que c’est le soleil qui tourne autour de la Terre, plutôt que l’inverse. Encore un des effets de notre « avarice cognitive »). Un mode d’apprentissage différent serait donc souhaitable.

De même, Gérald Bronner suggère une meilleure sensibilisation à l’existence des biais cognitifs dans les écoles de journalisme, afin de développer le réflexe de méfiance et la construction « d’hypothèses méthodiques et alternatives ». La formation, comme pour les médecins, pourrait se faire davantage en continu. Il propose aussi un système de sanctions pour faute professionnelle, afin d’éviter les excès que l’on connaît, par manque de déontologie.

Pour conclure, au-delà de toutes ces considérations sur la crédulité et ses maux, c’est surtout la démocratie elle-même qui est en danger, selon l’auteur, et c’est elle qu’il entend ainsi défendre par cette prise de conscience. Un essai passionnant à lire sans attendre, pour prendre davantage conscience encore des ressorts de la crédulité et de ses effets.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (11) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 24, 2014 6:28 PM CET


Maudit argent!
Maudit argent!
par Damien Theillier
Edition : Broché
Prix : EUR 6,65

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 A mettre entre toutes les mains, 23 août 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Maudit argent! (Broché)
Très bonne idée que la re-sortie de ce pamphlet au format pratique et agréable, pour cette nouvelle édition de ce texte datant de 1849 et qui n’a rien perdu de sa pertinence et son caractère pédagogique.
Bienvenu, surtout, à un moment où il se trouve complètement d’actualité, à l’heure où le politiques monétaires expansionnistes créent l’illusion de l’arrivée de la reprise, qui serait entretenue par la politique de facilités.

Très bien vu, également, sur la forme. Avec cette idée de dialogue entre deux interlocuteurs, à la manière d’un Voltaire dans « Candide », voire d’un dialogue à la Socrate ou, plus proche, d’un Philippe Simonnot dans ses « 39 Leçons d'économie contemporaine ».
Et cet humour captivant, comme ces expressions révélatrices, à l’image, dès la première page qui annonce la couleur, de ce « la plus encensée des divinités du monde », au sujet de l’argent, ajoute au plaisir du lecteur.
Le style, également, digne d’un Molière ou d’un Corneille, renforce ce sentiment d’avoir affaire à une lecture propice à la détente, alors même que le sujet est, on ne peut plus sérieux et profond.

Le procédé ironique est particulièrement efficace.
Dès les premiers instants de la discussion, l’interlocuteur de notre personnage principal qui symbolise parfaitement la pensée de Frédéric Bastiat, croit avoir affaire à l’un de ces idéologues qui entend réinventer le monde, à moins qu’il ne s’agisse d’un « proudhonien ou proudhoniste ». Le ton est donné.
Et notre personnage principal de s’en référer à Dieu, ou à travers lui, on l’aura compris, aux forces spontanées du marché, plutôt qu’à « cette manie du jour », qui symbolise le caractère éphémère des politiques interventionnistes.

Puis vient la leçon, magistrale, sur la confusion qui règne dans l’esprit du plus grand nombre entre richesses et argent.
Nulle question, ici, de mépriser les premières. Bien au contraire, « c’est du pain pour ceux qui ont faim, des vêtements pour ceux qui sont nus, du bois qui réchauffe, de l’huile qui allonge le jour, une carrière ouverte à votre fils, une dote assurée à votre fille, un jour de repos pour la fatigue, un cordial pour la défaillance, un secours glissé dans la main du pauvre honteux, un toit contre l’orage, des ailes aux amis qui se rapprochent, une diversion pour la tête que la pensée fait plier, l’incomparable joie de rendre heureux ceux qui nous sont chers. La richesse, c’est l’instruction, l’indépendance, la dignité, la confiance, la charité, tout ce que le développement de nos facultés peut livrer aux besoins du corps et de l’esprit ; c’est le progrès, c’est la civilisation. La richesse, c’est l’admirable résultat civilisateur de deux admirables agents, plus civilisateurs encore qu’elle-même : le travail et l’échange ».
On ne peut meilleure et plus belle définition de la richesse.

Mais c’est cette confusion malheureuse entre richesse et argent qui conduit notre personnage à maudire ainsi l’argent, car « de cette confusion sortent des erreurs et des calamités sans nombre ». C’est lui aussi qui « brouille toutes les idées, fait prendre le moyen pour le but, l’obstacle pour la cause, alpha pour oméga » et qui « dans ses formes multiples, a appauvri les hommes et ensanglanté la terre ».
Or, trop peu de monde se sent capable d’écouter la « fastidieuse dissertation » nécessaire à la bonne compréhension de ces problèmes.
Ce que propose de mener ici notre personnage et, à travers lui, Frédéric Bastiat.

Et c’est ainsi que le raisonnement commence par mettre à mal le mercantilisme et ses croyances en un « jeu à somme nulle », comme il s’en prend à cette capacité des législateurs à décider pour le peuple en dépit du bon sens, par manque d’imagination, ou pire de se projeter dans la situation de celui-ci.
Au risque de famines, guerres, périls meurtriers. Pour un simple malentendu multi-millénaire sur le rôle dévolu à la monnaie et au véritable sens du mot « richesse ».
L’ignorance tue, en somme, comme je l’ai toujours pensé sur un tas de sujets.

Et ce n’est que le début, comme le démontre brillamment Frédéric Bastiat.
Car ensuite, lorsqu’il s’agit de payer la facture de ces guerres et des destructions (ou de tenter de remédier, comme aujourd’hui, à un excès d’endettement), on procède alors à la création de monnaie. Ce qui cause inflation et guerres, civiles cette fois.
Le monétarisme, un siècle avant Milton Friedman.

En fin de compte, rien ne vaut davantage que de revenir aux sources, et à ce qui définit la monnaie et sa valeur. Elle n’est autre qu’un bon, correspondant au fruit de son travail et donnant droit à échange d’autres biens ou services équivalents en valeur.
Et surtout, l’idée fondamentale est qu’un accroissement de la quantité de numéraire qui ne correspondrait à aucun accroissement de biens ou services disponibles serait artificiel et n’aurait aucun effet réel sur la richesse.
De la création de « fausse monnaie », en quelque sorte, comme aime à parodier Olivier Delamarche dans ses interventions hebdomadaires iconoclastes sur BFM Radio, faisant probablement référence à Frédéric Bastiat lui-même, qui parle de « fausse monnaie légale » (p. 34).

Plus grave, la dépréciation qui s’en suit, loin d’être neutre, pénalise les plus fragiles, puisque les variations de prix des produits ou des services délivrés ne sont pas instantanées ni homogènes, et que les plus habiles (spéculateurs, gens d’affaires bien informés) sauront mieux tirer leur épingle du jeu que les citoyens ordinaires.
Sans même parler des mouvements de lutte des classes et autres sentiments hostiles, qui proviendraient de ces incompréhensions.

Et Bastiat de conclure son article par une dernière idée, qui expliquerait tout le reste, c’est-à-dire la manière de penser des gens ou l’incompréhension fondamentale face aux mécanismes de l’Economie : « Tous les monopoles sont détestables, mais le pire de tous, c’est le monopole de l’enseignement ». Une idée qui mériterait encore bien des développements.

A cet article est ajoutée, en fin d’ouvrage, la désormais célèbre parabole de « La vitre cassée », selon laquelle, du point de vue de trop d’esprits tordus, « A quelque chose, malheur est bon » et que cette casse conduit à l’enrichissement (du vitrier). Sauf que « ce qui ne se voit pas » est ce à quoi cet argent aurait dû être utilisé d’autre et comment il aurait pu contribuer à enrichir par exemple le cordonnier, tandis que le propriétaire de la vitre jouirait à la fois de sa vitre et d’une paire de souliers. Un plus grand enrichissement collectif, en somme.
A cette aune, en généralisant (par exemple à une guerre, l’incendie d’une ville ou une catastrophe naturelle), on peut en conclure que « la société perd la valeur des objets inutilement détruits ». Ce qui rend hors de propos ce dicton que Bastiat juge vulgaire : « Que deviendraient les vitriers si l’on ne cassait jamais de vitres ? ».
Or, il s’agit d’une idée fort répandue (et défendue en particulier par les keynésiens).

Un pamphlet très pédagogique et très utile, donc, dont on peut d’autant plus conseiller la lecture qu’elle est très rapide et facile d’abord.
C’est parfois avec de tels opuscules qu’on instruit finalement le mieux les esprits et combat les idées reçues les plus tenaces et dommageables.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (10) | Permalien | Remarque la plus récente : Nov 23, 2013 10:09 PM CET


La désobéissance civile
La désobéissance civile
par Henry-David Thoreau
Edition : Poche
Prix : EUR 2,38

1 internaute sur 3 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Le récit d'un coeur pur, 23 août 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : La désobéissance civile (Poche)
Henry David Thoreau est un auteur à part, difficile à classer, qui a influencé par sa pensée de grands hommes (on a l’habitude de citer Tolstoï, Gandhi ou Martin Luther King, notamment). D’autres semblent s’en réclamer, mais on peut être plus sceptique lorsqu’on observe leur méthode (je pense à José Bové, en particulier, mais également aux anarchistes).

Le contexte de cet écrit est la réaction à l’encontre de la guerre du Mexique (1846) et, plus fondamentalement encore l’esclavage, dans les Etats-Unis d’avant la guerre de Sécession. Une réaction pacifique, et c’est ce qui importe ici, me permettant de le distinguer des individus évoqués ci-dessus.

Le problème est celui, ancestral et éternel, de l’obéissance à la loi inique. Dans quelle mesure doit-on obéir à ce qui va à l’encontre de sa conscience?
Mais il s’agit aussi de la question toujours aussi délicate et difficile de la pertinence de la démocratie, via la règle fragile, relative et en certains cas contestable de la majorité et, au-delà, de la « confiscation » des décisions collectives par une minorité qui s’accapare le droit de décider au nom de la majorité silencieuse.
Avec, en filigrane, la question de la liberté, pas toujours soluble dans la démocratie.

Selon Thoreau, donc, la guerre du Mexique révèle à quel point des décisions peuvent être l’œuvre d’un nombre relativement restreint d’individus qui se servent du gouvernement « comme d’un outil personnel », bridant les hommes ou le peuple, qui n’aurait pas forcément consenti initialement à cela (le contraire de la Suisse d’aujourd’hui et ses référendums d’initiative populaire, en somme).
Ainsi, Thoreau questionne : « Ne peut-il exister un gouvernement dans lequel les majorités ne décident pas du juste et de l’injuste, mais bien plutôt la conscience ? (…) Je pense que nous devons d’abord être des hommes, des sujets ensuite. Le respect de la loi vient après celui du droit ».

La défense de la conscience de l’individu est posée sans mettre en question a priori la bonne foi des gouvernants, qui « risquent tout autant de servir le Diable, sans en avoir l’intention, que Dieu ».
Cette attitude semble se distinguer de celle des anarchistes, la phrase suivante le révélant, à mon sens : « Pour parler pratiquement et au citoyen, à la différence de ceux qui se baptisent antigouvernementaux, je réclame, non une absence immédiate de gouvernement, mais immédiatement un meilleur gouvernement (…) Mais si l’amélioration est lente, c’est parce que le petit nombre n’est pas matériellement plus sage ni meilleur que le grand nombre ».
Une idée qui nous fera immanquablement penser à notre actualité, si l’on en juge par cette autre affirmation : « Les échanges et le commerce, s’ils ne rebondissaient pas comme du caoutchouc, n’arriveraient jamais à franchir les obstacles que leur imposent sans cesse les législateurs ».

Mais, comme nous l’avons relevé, la vraie cause, libérale, que défend Thoreau et qui suscite son sentiment de révolte, est l’existence de l’esclavagisme en son pays.
Là encore, la torpeur et l’indécision dominent.

« Des milliers de gens sont opposés en opinion à l’esclavage et à la guerre, mais ils ne font rien, en effet, pour y mettre un terme (…) Ils attendent, pleins de bonne volonté, que d’autres portent remède au mal, qu’ils n’aient plus à le regretter (…) Il y a neuf cent quatre-vingt-dix-neuf professeurs de vertu pour un homme vertueux ».
Ainsi, « il y a peu de vertu dans l’action de masse des hommes. Quand la majorité finira par voter l’abolition de l’esclavage, ce sera parce qu’elle lui sera indifférente ou parce qu’il en restera peu qui soit aboli par ce vote. Ce seront eux les seuls esclaves. La seule voix qui puisse hâter l’abolition de l’esclavage est celle de l’homme qui engage par là sa propre liberté ».

Si, donc, Thoreau a une attitude parfaitement pacifiste et ne s’oppose pas, a priori, à un gouvernement et à la démocratie, il n’en reste pas moins que, faisant appel à notre conscience, comme nous l’avons vu, nous ne devons pas obéir à la loi injuste.
« Ce à quoi je dois veiller, à tout le moins, c’est à ne pas me prêter au mal que je condamne ».
Thoreau prône ainsi une « révolution paisible », au cours de laquelle l’homme juste refuserait de payer ses impôts (ce qu’il a fait personnellement, dans le cas du financement de la guerre du Mexique) et accepterait d’aller en prison (il y a, effectivement, effectué un séjour à cette occasion), où il serait réellement un homme libre et plein d’honneur. Loin d’y dissiper son influence, il est convaincu que cela aurait une influence sur les décisions de l’Etat, qui ne peut mettre tous les justes en prison.

Cela dit, Thoreau pose des conditions difficiles à cette liberté. Car elle supposerait de vivre quasiment en autarcie, voire pauvrement, de manière à pouvoir ensuite refuser l’allégeance à l’Etat. Ce qu’il a fait, là encore, lui-même, mais paraît difficilement reproductible à beaucoup de monde.
Il se réfère d’ailleurs aux exemples de Jésus Christ, Copernic, Luther, Washington ou Franklin. Des exemples difficiles à suivre…

Dans le même temps, il se dit prêt à se conformer aux lois de son pays et ne cherche pas à se quereller avec qui que ce soit, ni passer pour meilleur que les autres. Il voit les critiques du peuple comme le correctif nécessaire au bon fonctionnement de cette démocratie.

En somme, Thoreau accepte de s’en remettre à l’autorité du gouvernement, dans la mesure où celui-ci cherche à obtenir le consentement de ses administrés.
C’est là le sens du progrès de la démocratie et du respect pour l’individu, pour les droits de l’homme.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (5) | Permalien | Remarque la plus récente : Dec 25, 2013 8:10 PM CET


Hannah Arendt
Hannah Arendt
DVD ~ Barbara Sukowa

26 internautes sur 27 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 De l’incapacité de penser, 23 août 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Hannah Arendt (DVD)
Très bonne idée que de réaliser un film sur Hannah Arendt et contribuer ainsi à la faire connaître.
Un film qui nous replonge dans le contexte du procès Eichman, au cœur de l’analyse de la philosophe sur les origines du totalitarisme.
Un procès au cours duquel elle découvre, avec stupeur, un Eichman humain, et non le monstre qu’elle s’attendait à découvrir (signalons, au passage, la présence à de multiples reprises de vraies images de ce procès, ce qui est intéressant et parfaitement approprié, permettant ainsi de renforcer l’impression liée aux événements, en les replaçant mieux encore dans leur contexte historique).

S’en suivent ses célèbres analyses sur la banalité du mal, avec à la source bien souvent l’incapacité de penser, qui va lui apparaître comme une révélation.
Ainsi, c’est la plupart du temps par incapacité de penser et de savoir refuser de se soumettre à la loi que les hommes ont la capacité à commettre le mal, presque malgré eux. Et c’est ce qui va intriguer la philosophe.
On sait aujourd’hui que peu nombreux sont, hélas, ceux qui en des situations extrêmes (lien expériences de Milgram) font appel à leur conscience pour refuser l’obéissance aveugle à la loi inique.

Cependant, lorsqu’elle tente d’expliquer, au cours d’une série de quelques pages, la responsabilité qui a pu être aussi celle des Juifs eux-mêmes au cours des terribles événements de la Shoah, elle se heurte à un mur d’incompréhension. Et la haine se déchaîne contre elle, accusée à la fois d’arrogance, d’incapacité à éprouver des sentiments et de trahir le peuple juif.
C’est aussi cet épisode qui est traité ici.

Le film fait référence également à son admiration de jeunesse, puis sa liaison avec le philosophe Heidegger, dont l’adhésion au Nazisme constitua pour elle un terrible traumatisme.
Au total, un film intéressant, qui doit conduire à s’intéresser à l’œuvre écrite de la philosophe et conduire ainsi à enrichir sa pensée sur les sujets graves du Bien et du Mal.


Le Voyageur imprudent
Le Voyageur imprudent
par René Barjavel
Edition : Broché
Prix : EUR 6,46

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Contrasté, 23 août 2013
Achat authentifié par Amazon(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Voyageur imprudent (Broché)
J'avais gardé un très très bon souvenir de lecture de René Barjavel, à travers Le Grand Secret.
C'est donc en toute confiance que j'ai abordé le présent roman, avec l'idée que l'auteur aurait certainement su reprendre avec brio l'idée originelle d'H.G Wells avec sa machine à explorer le temps, qui m'avait laissé un peu sur ma faim en raison de sa faible épaisseur.

En outre, je restais sur l'impression très positive d'un téléfilm très bien conçu, vu il y a très longtemps, étant enfant ou adolescent, où je me souviens d'un homme partant explorer un autre temps mais changeant à ses dépens son propre avenir pour avoir simplement tué une mouche à son arrivée.
J'espérais qu'il s'agirait peut-être d'une adaptation de ce roman, mais non.

Le roman débute donc assez tranquillement, dans un style qui m'a paru malheureusement un rien désuet, mais on ne peut véritablement établir là de reproche. Puis, alors qu'on en vient au fait central et le voyage dans le temps, j'ai été très déçu à la fois par le caractère fantaisiste et irréaliste des propositions de René Barjavel sur le futur de l'an 100 000 comme de plus loin encore, mais aussi par le caractère mimétique par rapport à H.G Wells, qui apparaissait d'ailleurs bien plus réaliste tout en étant novateur.
Heureusement, la dernière partie, bien qu'un rien tirée par les cheveux, sauve un peu le reste, en captivant de nouveau un lecteur qui pouvait avoir éprouvé un certain ennui par moments.

Au total, quelques bonnes idées, même si elles font désormais partie du patrimoine commun et ne surprennent plus véritablement, mais une impression globale d'immaturité. René Barjavel donne l'impression d'avoir fait preuve d'une imagination un peu enfantine qui peut décevoir lorsqu'on pense à un auteur d'un tel prestige.
On lira toutefois ce roman avec le plaisir de la redécouverte du reflet d'une époque. Maintenant, j'imagine qu'il doit exister des versions plus travaillées et imaginatives de la machine à remonter le temps, dans des productions plus récentes, vers lesquelles il est probablement plus intéressant de s'orienter si vous êtes en train de faire votre choix.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 30, 2013 1:41 PM MEST


La guerre des livres
La guerre des livres
par Alain Grousset
Edition : Poche
Prix : EUR 5,23

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Bien plus grand qu'amazon, la Bibliothèque Des Mondes, 23 août 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : La guerre des livres (Poche)
Ce livre m'a été offert, par quelqu'un connaissant ma prédilection pour les livres parlant des livres.
Bien qu'écrit pour un jeune public, à l'instar d'autres romans qui peuvent parfois s'avérer absolument passionnants y compris pour des adultes, il permet de passer un bon moment.
Je le conseille, en tous les cas, sinon à des adultes (encore que, de temps en temps, comme pour moi, un tel petit roman puisse faire plaisir), aux enfants lecteurs ou même lisant assez peu mais recherchant quelque chose de captivant, où l'on ne s'ennuie pas.

Ce petit roman est, en effet, tout de suite prenant, plein d'action et se lit très vite, tant l'auteur maîtrise la capacité à tenir en haleine son lecteur, ne lui laissant guère le temps de songer à le laisser de côté. Idéal, donc, pour de jeunes lecteurs pas forcément passionnés de lecture (mais susceptible, en revanche, de les faire évoluer sur ce plan).
Grâce à de courts chapitres, qui permettent de lâcher le livre à tout moment (tout en ayant hâte de le retrouver), ce livre se lit vraiment facilement.

Il est question ici de guerre, de Sécession, d'Empire inter-galactique, puis de sauvegarde des connaissances et de l'enjeu qu'elles représentent. Un sujet pas du tout anodin.
Et ce livre est aussi l'occasion, bien sûr, de dresser, en filigrane, un éloge des livres, en particulier des livres papier, avec leurs odeurs, le toucher, la qualité du papier, l'ouïe et tout ce qui peut constituer les plaisirs que ceux qui aiment passionnément les livres connaissent, ainsi que les différentes manières de les apprécier.
Avec en arrière-fond la question de la bataille entre la numérisation et l'utilité de la sauvegarde et la conservation des livres papier.

Enfin, sans m'attarder sur l'histoire elle-même, déjà résumée dans le synopsis, j'ai particulièrement apprécié les citations de grands auteurs proposées en début de chaque chapitre.
Je vous en cite trois, à titre d'illustration, parmi celles qui m'ont le plus plu :

- "Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard).

- "Une pièce sans livres, c'est comme un corps sans âme" (Cicéron).

- "Ceux qui brûlent les livres finissent tôt ou tard par brûler des hommes" (Heinrich Heine).

Bonne lecture !
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 25, 2013 4:29 PM MEST


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