Profil de Johan Rivalland > Commentaires

Fiche d'identité

Contenu rédigé par Johan Rivalland
Classement des meilleurs critiques: 64
Votes utiles : 6877

Chez vous : découvrez nos services personnalisés en pages d'aide !

Commentaires écrits par
Johan Rivalland (LEVALLOIS-PERRET France)
(TOP 100 COMMENTATEURS)    (VRAI NOM)   

Afficher :  
Page : 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11-20
pixel
Le guide du mauvais père
Le guide du mauvais père
par Guy Delisle
Edition : Broché
Prix : EUR 9,95

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Drôle et cruel, 21 novembre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le guide du mauvais père (Broché)
Je suis tombé par hasard sur ce petit livre et l'ai acheté par une sorte d'achat coup de coeur, en lisant juste les toutes premières pages (celles disponibles ici même en consultation).
Situations drôles et un peu tristes à la fois, avec ce père par certains côtés immature et irresponsable, voire inconséquent.

La lecture vous entraîne sans difficulté dans ces situations burlesques du quotidien, où on tremble plus d'une fois pour les enfants... Mais là où on reste vraiment sur sa faim, c'est sur le temps de lecture : 10 minutes tout au plus (et encore !). En rapport avec le prix de vente, on peut dire que c'est frustrant et on ressort avec le sentiment de s'être fait un peu duper.
Comparativement à des oeuvres tellement plus travaillées, ce prix apparaît largement surestimé.
Je lirais d'ailleurs bien volontiers le tome 2, mais à ce prix-là je vais m'abstenir (les deux tomes réunis et au même prix aurait été déjà tout juste acceptable).


La crise financière française de 1789-1799
La crise financière française de 1789-1799
par Andrew Wilson- Dickson
Edition : Broché
Prix : EUR 20,00

24 internautes sur 27 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Savoir tirer les leçons du passé..., 30 octobre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : La crise financière française de 1789-1799 (Broché)
La France de 2013 ressemble étrangement, sur certains points, à celle de 1789. Le prince n’est plus le même, mais la coexistence d’une dette énorme, fruit des règnes de Louis XIV et de ses successeurs Louis XV et Louis XVI, et de déficits qui perdurent d’année en année, ainsi que la stagnation économique, y font penser.
Mais ce n’est pas tout…

Turgot, on s’en souvient, avait été renvoyé et l’approche libérale avec lui. Et, de ministre des Finances en ministre des Finances, des expédients étaient trouvés pour tenter de reporter le problème de la dette et acheter la paix sociale.

En 1789, donc, Necker, malgré ses qualités reconnues, en tant que l’un des plus grands banquiers d’Europe, se trouva confronté à des demandes pressentes, de toutes parts, de recourir à l’émission de monnaie papier. Parmi eux Marat, qui accusait Necker, dans son journal L’ami du peuple, d’être « un misérable cherchant uniquement à s’enrichir en puisant dans les deniers publics ».
Necker, connaissant bien les effets pervers de ce type d’émissions, tenta au mieux de résister, mais l’Assemblée Nationale, fin 1789 – début 1790, trouva un compromis en prônant l’émission de billets reposant sur la confiscation des biens de l’Eglise.

En 1720, John Law, sous le règne de Louis XV, avait été l’inventeur de la planche à billets et, indirectement, des banqueroutes qui s’ensuivent, avec toutes les conséquences qu’elles engendrent.
Même si, cette fois, il y avait des contreparties officielles, avec les gages sur les propriétés de l’Eglise, nul n’ignorait que les grandes émissions de monnaie précédentes s’étaient soldées par la ruine. Mais il en allait de « la volonté du peuple » et « cela attachera(it) l’intérêt des citoyens au bien public ». Les objections tombèrent donc. D’autant que les lois naturelles ne jouaient plus « au sein d’une nation qui est gouvernée par une constitution », plutôt que par « un régime despotique » (M. Matrineau).

Fi, donc, des multiples effets connus de ce que presque tout le monde considérait bel et bien comme « la plus effroyable catastrophe que la France ait jamais connue ».
Les assignats, générateurs qui plus est d’un intérêt de 3%, furent donc émis en avril 1790 pour la somme, colossale à l’époque, de 400 millions de livres (le franc ne devenant la monnaie officielle qu’en 1795).

Très rapidement, et c’est là que l’on peut trouver un inquiétant parallèle de plus avec aujourd’hui, les résultats se firent dans un premier temps sentir dans toute l’économie, soulageant à la fois les créanciers, le gouvernement, le commerce et le peuple, relançant par ailleurs le crédit.
Mais il ne fallut pas 5 mois pour que le gouvernement ait tout dépensé et que le pays tout entier réclame une nouvelle émission de papier.
Toute l’énergie et la verve d’un Mirabeau, au rang des adversaires influents de la monnaie papier, ne suffira pas. Malgré sa réelle conscience des dangers de l’inflation, il finit par céder à la pression et s’incliner, conforté en particulier par le rapport de Montesquieu du 27 août 1790, soutenant une nouvelle émission, jusqu’à finalement militer ardemment, dans ses discours, pour celle-ci.
Necker dut démissionner et quitter la France, pour la plus grande joie de Marat, Hébert, Desmoulins et autres fanatiques de la guillotine.
Et, malgré l’opposition convaincue d’un Du Pont de Nemours, d’un Maury ou même cette fois de Talleyrand, la verve de Mirabeau fit la différence et une nouvelle émission de 800 millions de nouveaux assignats fut votée par 508 voix contre 423.

A l’encontre des engagements solennels tenus alors, les émissions reprirent de plus belle, différentes régions commençant à leur tour à émettre leurs propres assignats, tandis que les « billets de confiance » et leur lot de fraudes en tous genres, achevèrent de pervertir le système, alors même que les premiers assignats, échangés contre des terres, au lieu d’être retirés de la circulation comme prévu, furent recyclés sous la forme de petits billets.
Et d’importantes nouvelles émissions nationales se succédèrent, toujours avec les mêmes engagements solennels à ce que ce soit la dernière, chacun se trouvant comme grisé par cette monnaie papier qui engendrait une inflation ressemblant à de la prospérité.

Mais le pouvoir d’achat de toute cette monnaie déclinait de plus en plus vite, sans que l’on en cerne les causes a priori, les explications les plus folles courant à ce sujet, suscitant la mort de coupables désignés.
Les manufactures, quant à elles, déclinèrent brutalement, cessant leur activité les unes après les autres et le commerce s’effondra à son tour. Exactement comme cela s’était toujours passé dans tous les pays (Autriche, Russie, Amérique, …) qui avaient tenté de bâtir la prospérité sur de la monnaie non convertible.
Effondrement de l’épargne, développement des paris, jeux d’argent et spéculation s’ajoutent à ce sombre tableau, de même que la corruption, qui prit une ampleur inquiétante, touchant jusqu’à certains législateurs (même Mirabeau s’y fit prendre).

Le nombre de débiteurs devint de plus en plus important et, sous l’influence de certains manipulateurs usant de leur pouvoir auprès des représentants à l’Assemblée, ils en déduisirent que leur intérêt était de déprécier la monnaie. D’où les pressions pour conduire à de nouvelles émissions, selon un mouvement irrépressible. Ce qui entraîna, bien sûr, une chute accélérée de la valeur de la monnaie.

Il est à noter que des limitations des montants maximaux à émettre étaient à chaque fois votées pour la suite, et à chaque fois bafouées.
De même, toujours cette conviction que les vieilles lois de l’Economie ne seraient plus valables dans le contexte de la fin du XVIIIème siècle, que les conditions ne sont pas les mêmes. Exactement comme certains le diraient aujourd’hui au début du XXIème siècle.

Et toujours cette idée, très en vogue encore à l’heure actuelle, que c’est l’inflation qui nous sortira d’affaire… (ce que les ménages, eux, ressentent bientôt autrement…).
Andrew Dickson White cite une phrase énoncée par Daniel Webster, qui demeure très juste et d’actualité, selon laquelle « de tous les artifices mis en place pour duper les classes laborieuses, aucun n’a été plus efficace que celui qui les trompe avec la monnaie papier. »

Puis ce furent les confiscations des grandes propriétés de propriétaires terriens (qui fuirent le pays), servant de garantie aux nouvelles émissions (cela nous rappellera cette idée, très en vogue encore aujourd’hui, consistant à « prendre l’argent là où il se trouve »).

Cette fuite en avant et la folle inflation qui se développaient devinrent visibles aux gens.
Dès lors, on commença à leur trouver toutes sortes d’explications et de coupables tout désignés (les riches, les commerçants, …), afin de tenter de dissimuler la vérité au sujet de cette monnaie de singe.
Encouragés par Marat, des pillages de magasins eurent lieu à Paris (il recommandait aussi de pendre les marchands). Il fallait alors calmer la foule (en l’achetant), puis chercher à gagner du temps.
Ce qui fut fait de trois manières complémentaires :

1°) par l’emprunt forcé, prélevé sur les « riches » et garanti sur les terres confisquées.
Cela ne suffisant pas, on introduisit la taxe progressive, ce qui permit de toucher aussi les petits propriétaires (l’impôt progressif sur le revenu, largement admis aujourd’hui malgré son caractère contestable, date donc de cette période, puisqu’il a été mis en place le 22 juin 1793).

2°) le désaveu porté aux premiers assignats, portant l’effigie du roi, et censés avoir bénéficié aux plus riches, porté par un Danton au sommet de sa gloire.

3°) la loi du « Maximum », suggérée par Saint Just et soutenue par l’éloquence d’un Barrère, qui revint à une sorte de blocage des prix.
Mais cela provoqua, bien entendu, la pénurie et l’instauration de tickets de rationnement.
Les cessations d’activité, les délations de fermiers ou commerçants ne respectant pas strictement la loi (mais aussi la guillotine), se multiplièrent.

Bientôt, Cambon incrimina les achats d’or et d’argent, allant jusqu’à fermer la Bourse le 13 novembre 1793.
Mais malgré tout le génie, la compétence et le courage de Cambon, qu’Andrew Dickson White qualifie de « spécialiste le plus important de tous les temps », le désastre se révélait inéluctable, face aux lois de la nature.
Ainsi, « la monnaie papier du pays semblait posséder un pouvoir magique pour transformer la prospérité en adversité et l’abondance en famine. L’année 1794 fut exceptionnellement fructueuse et pourtant, avec l’automne, la pénurie de provisions fit son apparition et en hiver, ce fut la misère ».

Pendant ce temps-là, la valeur en francs du Louis d’or s’envolait, tandis que la valeur de 100 francs en papier chuta jusqu’à 2,5 francs en or.
Or, la concentration de la monnaie papier se faisait presque exclusivement entre les mains de la classe ouvrière, des employés et des hommes à faibles ressources, sur qui les énormes pertes tombèrent, de même que la famine, les financiers et hommes disposant de grands moyens se révélant plus avisés et « suffisamment astucieux pour placer le plus possible de ce qu’ils possédaient dans de produits dont la valeur demeurait permanente ».
Les épargnants furent aussi les grands perdants de la très forte inflation qui s’était développée (comme du temps de l’hyperinflation allemande des années 1920, qui engendra l’arrivée d’Hitler au pouvoir à la décennie suivante).

L’arrivée au pouvoir du Directoire, après que la guillotine ait accéléré son œuvre, ne changea pas vraiment les choses, car les nouvelles émissions se poursuivirent, « dans des quantités plus importantes que jamais », aux assignats s’ajoutant les mandats, censés être plus sûrs (ce qui ne sera évidemment pas le cas).

Ce n’est que le 18 février 1796 que le matériel destiné à imprimer les assignats fut solennellement détruit, après que 45 000 millions de francs aient été ainsi émis, le pouvoir d’achat de tout ce papier n’ayant pratiquement plus aucune valeur.
Enfin, en février 1797, le cours légal des assignats et mandats fut supprimé, ceux-ci devenant sans valeur après mai.
« Les souffrances aiguës provenant de la ruine (…) durèrent presque 10 ans, mais la période de reprise dura plus longtemps que la génération qui suivit. Cela nécessita 40 années pleines pour apporter le capital, l’industrie, le commerce et le crédit à leur niveau au début de la Révolution ».

En somme, « pour guérir une maladie de caractère temporaire, on administra un poison corrosif qui a dévoré les organes vitaux de la prospérité française ».
Et c’est ainsi que Napoléon Bonaparte put s’emparer du pouvoir et refusa toujours, quant à lui, de recourir aux assignats quoiqu’il advienne, évitant ainsi les crises financières.
Mais cela se fit au prix du retour à la monarchie et de « millions de vies qu’il fallait ajouter aux millions qui avaient été sacrifiées pour la Révolution ».

Cet ouvrage, paru en 1912, est en fait issu de conférences sur la Révolution française menées en 1876 par Andrew Dickson White, plusieurs fois ministre aux Etats-Unis, mais aussi ambassadeur et homme d’affaires. Il se voulait une mise en garde à l’intention de ses contemporains américains.

La relation de cause à effet entre politique et politique économique vaut dans les deux sens et c’est là que la mise en garde contre les dangers de l’inflation et des illusions persistantes à son sujet, garde toute son actualité.
N’oublions pas que la Révolution française trouve son origine dans la faillite du Trésor Public, qui a obligé Louis XVI à convoquer les Etats généraux.

L’effet premier de l’inflation est, en effet, toujours la reprise. Mais ce n’est que plus tard que les effets toxiques deviennent apparents.
Au regard de ces enseignements, il apparaît, une fois de plus, qu’on a bien tort de trop négliger les leçons du passé…
Et c’est là que la lecture de cet ouvrage trouve tout son sens.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (35) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 19, 2014 11:26 AM CET


Miroirs des princes : Narcissisme et politique
Miroirs des princes : Narcissisme et politique
par Michel Schneider
Edition : Broché
Prix : EUR 12,00

4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est le plus beau, 23 octobre 2013
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Miroirs des princes : Narcissisme et politique (Broché)
Au sein du monde de la politique règnent orgueil, narcissisme, mauvaise foi et mensonges. Un spectacle pitoyable.
Mais il s’agit en réalité d’un jeu de miroirs à trois faces entre le pouvoir, les médias et l’opinion, sorte de désir triangulaire aux multiples facettes.
Une relation qui a changé au fil de l’histoire.

Les « miroirs des princes », nous dit Michel Schneider, « étaient des livres écrits par des philosophes ou des clercs à l’intention des souverains ». Une manière pour eux de se confronter à l’image qu’ils renvoyaient, à ce que leurs proches n’osaient pas leur dire. Un éclairage apporté à leur action terrestre et sur les vertus morales nécessaires ou le regard de Dieu.
Ainsi Sénèque, par exemple, joua-t-il ce rôle face à Néron.

Aujourd’hui, nous dit l’auteur, le miroir des princes est plutôt joué par « des journalistes qui les aveuglent de leur propre reflet ou par des communicants qui les saturent du son répercuté de leur parole, les laissant à la jouissance solipsiste d’eux-mêmes ». Et les écrans (TV, facebook, Twitter, etc.) jouent le rôle des miroirs.
Les images éphémères et les sondages, autrement dit la superficialité, remplacent désormais les idées de fond.
« Quand les politiques ne font plus de la politique, et les journalistes du journalisme, que le sondage remplace le suffrage, et que l’opinion n’est plus l’opinion publique, mais l’éclatement versatile entre opinions privées, le pouvoir devient virtuel, reality show entre initiés dont le public se détourne entre colère et ennui ».

Ainsi, les princes, terme aujourd’hui usurpé, ne parlent plus « qu’à eux-mêmes. Ou à leurs miroirs médiatiques. De quoi ? D’eux-mêmes. De leurs ambitions ».
Et, dans cette démocratie des crédules, où le mensonge prolifère, règnent les croyances. « On ne croit pas une chose parce qu’elle est vraie, on la juge vraie parce qu’on y croit ».
Dès lors, "une croyance peut survivre à tout démenti de l’expérience".
Et c’est ainsi que prolifèrent les idées qui vont dans le sens de ses intérêts, voire que règnent les idéologues.

Entre docilité et désir de reconnaissance, les médias jouent le rôle de miroir (du miroir), atteints eux-mêmes fortement par le narcissisme et refermant ainsi le triangle, en cherchant à se faire aimer des « basiques » (l’opinion).
"C’est le règne des mages et des mots, plus que des idées et des valeurs". Or, comme le souligne Michel Schneider, qui a l’art de trouver des formules justes, « les miroirs ne gardent ni ne transforment rien, ils enregistrent un reflet qui disparaît sitôt le sujet sorti de leur champ ».
Belle formule aussi que celle reprise de Jean Cocteau : « Les miroirs feraient bien de réfléchir avant de renvoyer les images ».

Et que penser de cette tyrannie de l'impudeur, qui amène les politiques même les plus réservés à étaler leur vie privée au grand jour devant les caméras et photographes ou autres réseaux sociaux, cultivant leur image d’humanité, bien plus que des idées ?
Société du spectacle, règne de l’éphémère et de la superficialité. Doublé d’une « aspiration à leur ressembler » (aux Français) plutôt que de les « rassembler ».
Le contraste avec les grands dirigeants de naguère fait dire à l’auteur que « les uns sèment, les autres s’aiment ».

S’en suit une analyse des différentes formes de narcissisme, à travers de multiples exemples récents, que l’on ne connait tous que trop, de nos politiques contemporains. Mais aussi, au-delà, de l’ensemble de la société médiatique, tant cette gangrène semble avoir perverti les esprits au sens large.

Reflet de ce jeu de miroirs lancinant, les sondages jouent un rôle malheureusement indu, et même dangereux pour la démocratie, sur les décisions des politiques. Ce que Michel Schneider appelle le « narcissisme pérégrinateur », tant les politiques sont sensibles à leur « cote d’amour personnelle ». Ce qui s’accorde bien, d’ailleurs, avec ce que l’auteur nous décrit comme étant un « peuple de narcisses » et son « abus du mobile dans les lieux publics ou la prolifération des blogs », un peuple de « moi d’abord, et tout tout de suite ».
Il évoque aussi le cas de toutes ces « lois inutiles ou nocives, inapplicables et inappliquées à seule fin d’y attacher le nom d’un député ou d’un ministre ».

Un livre, au total, bien sympathique et image de notre temps.
Au-delà, de vraies interrogations sur la démocratie et sa perversion, au sujet desquelles on restera ici, hélas, sans réponses. Trop inscrit, probablement, dans l'observation de l'immédiat et les nombreuses anecdotes qui le parsèment, pas assez dans une vision plus longue et la critique dynamique qu'elle sous-tendrait.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (52) | Permalien | Remarque la plus récente : Dec 2, 2013 11:33 AM CET


Jacquou le Croquant
Jacquou le Croquant
DVD ~ Gaspard Ulliel
Prix : EUR 8,28

3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
1.0 étoiles sur 5 Un festival de caricatures, stéréotypes et invraisemblances, 21 octobre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Jacquou le Croquant (DVD)
Je n'ai pas l'habitude de mettre une seule étoile à un film, surtout à un tel mythe (Jacquou le Croquant), qui a marqué ma jeunesse avec la superbe série télévisée du même nom (même s'il se peut que je n'ais pas vu à l'époque les choses à la manière d'un adulte et que j'y porterais peut-être un autre regard aujourd'hui).

Et pourtant, les images sont superbes et la réalisation de qualité. On ne s'y ennuie pas non plus du tout comme dans un LE CAFE du PONT, qui reste à ce jour probablement le pire film que j'ai pu voir (et le seul à qui j'avais accordé une seule étoile, ce qui était là bien plus justifié).
Je ne suis d'ailleurs pas quelqu'un de sévère de manière générale.
Alors pourquoi une seule étoile, à mon corps défendant ?

Tout simplement car j'en ai marre des caricatures faites à travers certains films, en particulier français, où l'on joue sur le sentimentalisme et les stéréotypes à l'excès et où le manque d'imagination conduit au manque de finesse et à accumuler les invraisemblances. Prend-on le spectateur pour un imbécile ? On le croirait aisément.

Un tel classique que l'histoire de Jacquou le Croquant ne le méritait vraiment pas. D'où ma colère.
Et que reste-t-il, d'ailleurs, de l'histoire originale ?
Une véritable entreprise de destruction (un autre commentateur parle de "saccage" ; le terme me paraît juste).

Trop de situations non crédibles et parfois bâclées, des personnages en très bonne santé passant brusquement d'un état de fatigue supposé avancé (justifié théoriquement pas certaines situations extrêmes) à une forme olympique en à peine quelques secondes, scènes totalement prévisibles, caricature du rebelle à la sauce d'aujourd'hui (symbole des nombreux anachronismes sous-jacents), caricature du méchant conte, scènes d'orages opportuns sensés amplifier certaines situations dramatiques, duel qui s'annonce entre le gentil et le méchant, scènes de soutien populaire au héros où tout le monde se met à scander son nom, évocations de divers personnages dont on s'inspire ici ou là (La petite fille aux allumettes, Mowgli, Oliver Twist, Le conte de Monte-Cristo, et pourquoi pas Mac Guyver ou le personnage principal de Prison Break...), sans aucune subtilité, le tout sous des musiques parfois exagérément dramatiques ou amplificatrices d'émotion, etc. N'en jetez plus ! Trop c'est trop !

Voilà ce qui justifie cette étoile unique. Un vrai agacement face à un tel amateurisme, et ce malgré la beauté des images. Le fond doit primer sur la forme. Il ne s'agissait pas ici tant de concevoir avec conviction un film que de tenter d'en faire une grande production qui rapporte de l'argent. Absolument désolant.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Nov 22, 2013 10:23 AM CET


Futur des retraites et retraites du futur : Volume 3, La transition
Futur des retraites et retraites du futur : Volume 3, La transition
par Jacques Garello
Edition : Broché
Prix : EUR 23,30

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Pourquoi refuser le débat ?, 11 octobre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Futur des retraites et retraites du futur : Volume 3, La transition (Broché)
En commençant la lecture de ce troisième volet de réflexion sur notre système de retraites, on ne peut s’empêcher d’avoir en tête l’idée, qu’à ce jour, ce sont 51 pays à travers le monde qui se sont lancés dans la transition vers la capitalisation.
Pourquoi pas nous ? Qu’est-ce qui fait que la seule évocation du mot « capitalisation » n’a pas même lieu, ne vient absolument jamais à l’esprit des intervenants dans les débats publics ou dans la bouche des spécialistes censés réfléchir à des pistes pour tenter de nous sortir du marasme dans lequel se trouve notre système actuel ?

Tout se passe comme si seules des solutions paramétriques (durée de cotisation, âge légal de départ à la retraite, montant des cotisations, calcul des pensions) existaient, et non des solutions systémiques.
Engoncée dans ses intérêts catégoriels, ses régimes spéciaux et surtout le souci des politiques de se faire réélire, véritable tare de la démocratie, les conduisant à craindre les pressions syndicales et des lobbies, la société est victime de la dictature du court terme plutôt que des grandes décisions engageant la longue période.
Là encore, ainsi que sur de nombreux autres sujets, l’ignorance joue un grand rôle.
Et c’est le mérite de nos deux auteurs de montrer en quoi on a tort de fermer ce débat et de ne pas chercher à écouter les arguments qui plaident en la faveur de la capitalisation.

Il faut dire, qu’ici comme ailleurs, les fausses idées, les mensonges et les manipulations pullulent. A l’instar de cette caricature systématique qui est faite de la capitalisation à travers les fausses expériences d’Enron et Maxwell, déjà évoquées et développées dans le tome 1 et qui ne portent d’autre nom qu’escroquerie ; ce qui existe dans tout système (surtout d’ailleurs étatique, l’expérience ne le montrant que trop).

Dans le prolongement de l’ignorance se trouvent les peurs. Et c’est là que ce troisième tome prend tout son sens. Montrer que la transition n’est pas, ainsi que les auteurs l’affirment en connaissance de cause, « un saut dans le vide » ; et qu’il y a donc de bonnes raisons de se pencher sans plus tarder sur le sujet, en abandonnant l’idéologie, les vues à court terme et la démagogie, pour s’intéresser à ce que font les autres et étudier de quelle manière l’adaptation serait largement réalisable chez nous, et sans prises de risques insensées, bien au contraire.
Le problème perpétuel étant, à la manière d’un Frédéric Bastiat dans son pamphlet Maudit argent!, de ne pouvoir sortir facilement de la léthargie dans laquelle nous a plongé le système actuel, la lecture forcément trop confidentielle de ces trois solides ouvrages, malgré toutes leurs qualités pédagogiques, rendant « incapable de lutter contre l’erreur à laquelle il a donné naissance autrement que par une longue et fastidieuse dissertation que personne n’écoutera ».
Or, à l’instar de ce « Maudit Argent », « (…) de cette confusion sortent des erreurs et des calamités sans nombre ».
D’où l’importance de ne jamais renoncer. Et d’où le caractère fortement louable de l’entreprise de Jacques Garello et Georges Lane, que nous nous devons de contribuer à diffuser et faire connaître.
Ce n’est qu’ainsi, en effet, que l’on peut espérer un jour faire avancer les choses.

Les auteurs commencent donc, une fois de plus, par rappeler en quoi la transition n’est en aucun cas un « saut dans le vide ».
Dans ce système par capitalisation, en effet :

- Les retraités actuels ne perdraient rien, ce que la Sécurité Sociale leur donnant actuellement étant au moins garanti en fonction du scénario de transition retenu (les auteurs en proposent trois), étant entendu que le système par répartition actuel ne garantit rien et les pensions ayant plutôt tendance à y diminuer.

- Les plus démunis bénéficieraient toujours d’un « filet social ».

- Les futurs retraités auraient, quant à eux, des pensions nettement supérieures à celles que la Sécurité Sociale serait en mesure éventuelle de leur verser (ceci étant d’autant plus vrai que la faillite du système par répartition est inéluctable (voir tome 1).

En seulement 13 ans, il est ainsi possible de capitaliser autant qu’en 40 ans à la Sécurité Sociale, nous montrent les auteurs.
Affirmation validée par les expériences à l’étranger, et non un quelconque fantasme.

Mais quid, alors du « double fardeau » consistant à abonder son fonds de pension, tout en se préoccupant de payer pour continuer d’honorer les « droits acquis » des retraités actuels et futurs ?
Là aussi, Jacques Garello et Georges Lane nous montrent que la retraite demeurera bien plus élevée qu’elle aurait pu l’être dans le système actuel, même s’il faudra environ 30 ans (deux générations) avant que ne s‘éteignent les derniers retraités entièrement régis par la répartition.
Même les « privilégiés » des régimes spéciaux seraient gagnants.

Il existe différentes transitions possibles, selon les choix que l’on retiendra, nous disent les deux auteurs.
Les solutions « douces » peuvent aboutir à une transition qui s’étalerait sur 70 ans, comme elle peut se limiter à 25 ans si l’on y consacre plus d’efforts tout de suite.
Mais tout dépend bien évidemment aussi du rythme de croissance économique, du poids de l’endettement public, ou encore des ressources financières disponibles.
Le Chili, lui, a réalisé sa transition en seulement 14 ans, bénéficiant de conditions très favorables (l’argent des privatisations, notamment, n’y a pas été dilapidé en financement des dépenses courantes, comme ici).

Les auteurs passent donc en revue les différentes options possibles, montrant chaque fois en quoi elles sont réalistes ou irréalistes, adaptées ou inadaptées à la situation française, qui n’est pas celle qu’ont pu connaître certains pays voisins qui s’y sont lancés : transition obligatoire ou volontaire, opting out total ou partiel, capitalisation en fonction de l’âge des assurés, etc.
Cette dernière hypothèse est d’ailleurs celle qui fut retenue au Chili, où les personnes proches de la retraite restaient dans le système par répartition, n’ayant pas le temps de reconstituer un capital suffisant en capitalisation, tandis qu’à l’autre extrême ce dernier système s’imposait aux plus jeunes, contribuant en parallèle au paiement des pensions des retraités actuels, les assurés d’âge intermédiaire étant libres quant à eux de choisir entre répartition et capitalisation, sachant que leurs droits acquis en répartition étaient conservés, grâce à des « bons de validation ».

Reste, ensuite, la question de la gestion des fonds de pension. Qui et comment ?
Le meilleur système, comme en d’autres domaines, nous disent les auteurs, est la concurrence.
L’exemple du Chili sert, là encore, de référence, avec une concurrence à deux degrés, les assurés choisissant leur gestionnaire et, celui-ci, son fonds, étant entendu qu’assurés comme gestionnaire peuvent remettre en cause leur choix à tout moment, et même en avoir plusieurs (matérialisés par des « carnets de retraite »), obligeant chaque acteur à agir au mieux des intérêts des retraités dont ils ont la charge, concurrence oblige.
A l’inverse, Jacques Garello et Georges Lane déconseillent très fortement le système américain qui a conduit au désastre Enron, l’entreprise choisissant son fonds de pension (ce qui n’offre aucune garantie solide) ou, pis, allant jusqu’à créer son propre fonds dont elle contrôle le capital (et y puisant de manière illicite, comme dans les cas Maxwell et Enron, pour tenter de se sortir d’une mauvaise situation financière, pratique interdite dans presque tous les pays depuis).

Dans la plupart des expériences connues, la réglementation est intervenue, dans l’intention de protéger les assurés. Avec, là encore, des situations diverses analysées par les auteurs, le poids de cette réglementation (contrôle de l’accès au marché, qualité des informations délivrées aux assurés, placements des fonds de pension) et l’origine de ses instances de contrôle n’étant pas anodin si l’on entend laisser la libre-concurrence jouer pleinement ses effets.
Une enquête de la Banque Mondiale révèle que là où la libre-concurrence était la plus élevée, les rendements étaient nettement meilleurs et la situation personnelle des assurés mieux prise en compte.

Enfin, on pourrait tout à fait imaginer, selon nos auteurs, que la transition prenne la forme d’une assurance retraite privée, laissée à la préférence des individus, se substituant aux choix des gouvernants. Cette solution aurait le mérite de respecter l’idée selon laquelle la retraite est une question personnelle et pourrait, en toute logique, s’inscrire dans un cycle de vie, variable selon chaque individu (tenant compte de l’âge et des besoins et dépenses différents selon les moments de la vie, les éventuelles périodes de cessation totale ou partielle d’activité, le patrimoine dont on dispose, ou encore la situation familiale, entre autres). Des contrats d’assurance d’une grande souplesse permettraient ainsi de tenir compte de cette diversité de situations personnelles, offrant de vrais droits individuels, plutôt que de privilégier une vision systémique et de finances publiques, avec des « droits sociaux », comme c’est trop souvent le cas, y compris dans beaucoup de modèles de transition.

Le courage politique étant ce qui manque le plus pour agir, face au risque électoral et aux groupes de pression, ainsi qu’au poids de l’idéologie dans le pays, qui véhicule tant de fausses idées, Jacques Garello et Georges Lane proposent d’aider les politiques à trouver le courage des réformes.

Premier conseil : Face à l’ignorance, informer et dire la vérité.

C’est le seul moyen d’éveiller la prise de conscience de l’importance de la transition et d’obtenir ainsi le soutien du plus grand nombre. Cela devant se faire non en citant de grands chiffres agrégés, mais en partant du vécu personnel et du montant dépensé par chacun (cf. notion de salaire complet).
Ceci devrait être complété, selon les auteurs, par de véritables formations pour les adultes, plus efficaces que l’information, par nature ne permettant pas d’aller au fond des choses.

Deuxième conseil : Ramener de la transparence au système actuel, mettre fin à l’arbitraire (privilèges) et respecter droit de propriété et droit à l’initiative.

La transparence consisterait, pour commencer, à permettre à chaque Français de savoir exactement ce à quoi il a droit.
Or, le montant des pensions n’est en réalité pas une somme fixe, ni même assurée, des ajustements fréquents ayant lieu de la part des pouvoirs publics et de la caisse gestionnaire. Sans compter les changements de règle du jeu en cours de route (modifications du mode de calcul, allongement de la durée de cotisation, diminution des taux de pension en cas de retraite anticipée, mais aussi très probablement pour tous et de manière substantielle dans les années qui viennent, en raison des risques d’explosion du système, etc.) et la forte probabilité de faillite totale du système. D’où le succès des contrats d’assurance-vie et autres PER, hélas pas à la portée de tous.

Manque de transparence aussi lorsque les taux de remplacement annoncés par les statisticiens officiels le sont en rapport du dernier salaire net, au lieu du salaire brut à l’étranger (alors que ces taux sont inférieurs à 50% si l’on se réfère au salaire complet).
Tout en ne perdant pas de vue que beaucoup de gens oublient, ou ignorent, que les sommes qu’ils auront versées pendant 40 ans ne sont pas placées, mais immédiatement redistribuées.

Troisième conseil : Revenir à la réalité en détruisant l’idéologie et instaurant la liberté de choix.

Pour finir, et dans une dernière partie, les auteurs montrent par quels mécanismes cette transition vers la capitalisation occasionnera en outre une fantastique relance économique, bien éloignée de celles d’essence keynésienne, artificielles et destructrices.
L’expérience des pays qui l’ont mise en œuvre parle, là encore (voir tome 2).

Accélératrice de croissance, pourvoyeuse massive d’épargne et facteur important de rétablissement des finances, notamment, elle peut s’avérer très bénéfique si la liberté économique est, par ailleurs, correctement assurée dans le pays qui l’initie.
Et la transition, comme au Chili, en sera d’autant accélérée.
Elle permettra également, grâce à l’allègement en charges sociales qui s’ensuit, de favoriser la compétitivité des entreprises, de même que le pouvoir d’achat des assurés et des retraités, ainsi bien sûr que l’emploi.

Mais tout cela suppose, les auteurs y insistent, un véritable changement des mentalités, la fin de la bureaucratie, de la centralisation et de l’arbitraire, pour laisser place à d’autres valeurs, telles que « l’initiative, la curiosité, l’effort, le mérite, la performance, la rigueur, le souci des autres, le désir de servir, et peut-être même la générosité et l’honnêteté », en lieu et place de la passivité, le découragement, l’envie, ou le comportement de profiteur.
La gestion de son patrimoine, la prévoyance, voire le désir de transmettre constituent, de la sorte, « un moyen de rendre aux gens leur liberté et le sens de leur dignité ».

On n’y arrivera, de surcroît, qu’en cessant de changer les réglementations en cours de route, d’alourdir la fiscalité sur l’épargne ou même en général à des niveaux insupportables dès que l’Etat a besoin de faire face à ses problèmes d’endettement insurmontable, ou encore de manipuler les taux d’intérêt ou compliquer sans cesse les réglementations des marchés du travail ou financiers dès lors que les politiques ont eux-mêmes contribué à fortement perturber ces marchés.
De même, les politiques purement conjoncturelles, ne s’attaquant pas aux causes des problèmes, ne sont pas adaptées pour favoriser la transition. Et, pire encore, la tentation protectionniste constitue un danger certain.

Bref, comme le disent nos deux auteurs, « derrière la transition, il y a un vrai choix de société ». Et, plutôt que de se perdre en conjecture dans des choix ou considérations idéologiques, rien de tel que « d’en revenir au gros bon sens ».
L’enjeu n’est pas anecdotique, puisque pour les jeunes générations en particulier, « c’est la promesse de la liberté ».
Telle est la conclusion de ce magnifique travail, salutaire, que nous offrent Jacques Garello et Georges Lane, qu’il est par conséquent tout indiqué de se procurer et de lire, ce que je vous encourage fortement à faire.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Nov 23, 2013 11:47 PM CET


Enquêtes du limier (les) Vol.1
Enquêtes du limier (les) Vol.1
par Itsura Inami
Edition : Broché
Prix : EUR 12,95

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Taniguchi, toujours aussi fascinant, 4 octobre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Enquêtes du limier (les) Vol.1 (Broché)
J'ai découvert et acheté aussitôt ce volume en librairie l'Eté dernier.
Et pourtant, je n'étais pas très attiré ; c'est la raison pour laquelle j'ai attendu jusqu'à ce jour pour le lire.
Jirô Taniguchi a déjà une oeuvre si admirable que je craignais un peu la répétition. Et puis ces personnages qui se ressemblent toujours un peu...

Malgré ces réticences de départ, je n'ai finalement pu lâcher le volume, que j'ai lu en deux fois (me contraignant à en suspendre la lecture à la moitié, pour en garder encore un peu pour le lendemain...).
Signe que je n'ai pas été déçu, bien loin de là.

Il faut dire que rien ne me prédispose, a priori, à m'intéresser au monde des animaux. Mais, une fois de plus, le grand Taniguchi parvient à nous surprendre, nous captiver, nous faire éprouver de nombreuses émotions et sentiments d'attachement à l'égard y compris, pour ce qui me concerne, de ces animaux auxquels, dans le fond, je ne suis pas si insensible (et je m'y étais déjà laissé prendre, sans retenue).
Et toujours cette sensibilité particulière qui est celle de l'auteur, qui parvient à vous captiver avec des choses relativement simples.

Ici, quelques-unes des péripéties d'un détective spécialisé dans la recherche de chiens de chasse disparus.
Un personnage bien dans la veine d'autres alter ego de Taniguchi, solitaire, assez secret, un peu bourru, mais profondément humain. Ce qu'on peut appeler un homme libre.
Une sorte de héros qui va devoir se lancer bientôt sur la piste d'un chien de guide d'aveugle qui a été enlevé.
Emotions garanties.

Et le tome 2, dont je viens de voir qu'il est déjà sorti... Cette fois-ci, j'y coure, j'y vole !
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Oct 8, 2013 2:58 PM MEST


Ketevan
Ketevan
Proposé par Star Deals De
Prix : EUR 6,68

4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un album sur la bonne voie, 3 octobre 2013
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Ketevan (CD)
Voix fluide, voix apaisante, voix caressante. Voix mélodieuse, voix stimulante, voix reposante. Voix affirmée, voix décidée, voix sans fausse note, sans faux semblant. Voix naturelle.
Voix magnifique, voix mirifique, voix féerique. voix douce, voix jazzy, voix calme.
Bref, voix qu'on ne dévoie pas et qui ne s'écarte pas de sa voie, vous laissant sans voix.

Et les instruments dans tout cela ? Variés et adaptés à cette ambiance pleine de sérénité, vous emmenant en voyage, à la fois dans l'espace et dans le temps, à travers l'océan, l'amour, l'univers jazzy et même le western au son de l'harmonica, ou encore l'invitation au rêve et les années 1950 ou 60, sans oublier le piano, valeur sûre aux vertus apaisantes.

Un album dans la continuité de ce à quoi nous avait habitué Katie Melua, même si sans grand titre marquant. La pureté de la voix, le naturel et la simplicité. Sans fioriture.
Sans oublier une très belle pochette, absolument somptueuse, invitation au rêve à elle toute seule.

Un détour par la voie lactée.


Ardèle ou La marguerite / La Valse des toréadors
Ardèle ou La marguerite / La Valse des toréadors
par Jean Anouilh
Edition : Poche

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Les coeurs blessés, 30 septembre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Ardèle ou La marguerite / La Valse des toréadors (Poche)
Voici deux pièces tout à fait représentatives de l'oeuvre de Jean Anouilh, dans le droit fil de ses thèmes de prédilection habituels, à mi-chemin entre ironie et désillusion.
Classée dans la catégorie des ses "pièces grinçantes", elles ont toutes deux en commun de mettre en scène des personnages aux comportements caractéristiques.

La première, "Ardèle ou la Marguerite", présente une série de personnages de milieu bourgeois dont l'auteur nous révèle les petites et grandes trahisons, les comportements misérables qui les guide et la mauvaise foi qui est la leur, ainsi que le poids des conventions, qui les mène à vouloir priver Ardèle, femme bossue ayant atteint la quarantaine, de l'Amour (le vrai), qu'elle n'a pourtant jamais eu le plaisir de connaître jusque-là.
Eux-mêmes engoncés dans des situations assez pitoyables où tromperies et aigreur face à l'amour, le poids des années et les déceptions qu'il leur a procuré, ne pensent qu'aux apparences et ne se soucient à aucun moment du bonheur que peut éprouver Ardèle.

Cette amertume passe par des propos tels que : "Il y a très peu d'amour dans le monde, c'est pour cela qu'il roule encore à peu près", ou encore "L'amour vous a comblé, un soir ou dix ans, maintenant il vous faut payer la note. L'amour se paie à tempérament, mais on est généreux, on vous donne le temps pour régler. Quelquefois toute la vie".
Ne feront exception que le personnage du comte et du jeune Nicolas qui, pour des raisons qui leur sont propres, osent dire des vérités et conjurent Ardèle d'aimer, sans se soucier des convenances ou apparences, du soi-disant scandale.
Et, comme toujours dans les pièces d'Anouilh, la présence des enfants, au coeur encore pur, mais qui pressentent déjà l'avenir, n'étant pas totalement dupes du comportement des adultes, tel une malédiction, une tragédie grecque ; un autre thème très fréquent chez l'auteur, où l'histoire semble se répéter de manière quasi-inéluctable.
On ne se départit jamais finalement du scénario d'Antigone, où le malheur est annoncé et où l'on pressent qu'il n'y a rien à faire pour aller à l'encontre de la volonté divine ou plus simplement de la nature humaine.

La seconde pièce, "La valse des toréadors" est encore plus crue à sa manière et dévoile, à travers notamment le dialogue entre le Général (personnage, d'ailleurs, étrangement commun avec la première pièce, même si les autres personnages ne sont pas tout à fait les mêmes, à l'exception de son épouse) et le Docteur, ce qui ronge les coeurs des hommes et les mène à l'amertume et, dans certains cas, vers des échappatoires peu glorieuses...
Lâcheté, manque de courage, force du désir, espoir de l'Amour trouvé, désillusions, tout se mêle dans un rapport détonnant qui entraîne tout sur son passage.
Et, là encore, l'Amour, le vrai, fera son apparition subreptice, mais uniquement parce qu'il se trouve contrarié, ne remettant pas véritablement en cause la force de la tragédie et du destin inéluctable des êtres...

Situations comiques et procédés ironiques s'enchaînent pour donner vie à ces comédies acerbes, où la nature humaine, une fois de plus, révèle toute sa noirceur et sa petitesse face à un monde relativement absurde et des situations amenées à se reproduire à l'identique, telles une malédiction, celle qui semble réservée à l'humanité.


Libéralisme et démocratie
Libéralisme et démocratie
par Norberto Bobbio
Edition : Broché
Prix : EUR 14,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Libéralisme et démocratie : l’histoire de rapports agités, 30 septembre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Libéralisme et démocratie (Broché)
Je ne connaissais pas Norberto Bobbio, qui semble avoir été un intellectuel renommé en Italie.
Ce qui m’a attiré vers cet ouvrage est le titre, qui s’annonçait prometteur. Et, dans cette perspective, le contenu tient toutes ses promesses, même s’il demeure relativement synthétique et donne envie d’aller plus loin.

La question posée est ici celle des rapports complexes qu’ont toujours connus libéralisme et démocratie. L’auteur en dresse ainsi un panorama fort intéressant qui permet, à partir d’une perspective historique, mais aussi en s’appuyant sur les conclusions de certains auteurs libéraux majeurs, de mieux comprendre en quoi leur sort n’a pas toujours été lié et demeure encore, par bien des aspects, parfois presque antagoniste.

A une vision antérieure fondée sur l’idée d’un état initial d’esclavage, qui aurait vu la conquête d’espaces de liberté par les sujets, s’oppose celle des droits naturels, qui met au contraire en évidence la primauté de l’état naturel de liberté sur celle de la Société organisée.
En apparence fruit « d’une érosion continue et progressive du pouvoir absolu du roi, et, dans des périodes historiques de crise aiguë, d’une rupture révolutionnaire » (Angleterre du XVIIe et France de la fin du XVIIIe siècles), l’origine de l’Etat libéral serait en fait issu d’un renversement par rapport à l’organicisme, selon lequel la société vient avant l’individu.
Le contractualisme et les conceptions de Locke sur le consensus de ceux sur lesquels s’exerce le pouvoir politique, conceptions fondées sur les droits naturels, antérieurs à l’émergence de la société, fondent donc, selon cette vision, l’émergence de l’existence de l’Etat.

Sur le plan doctrinal, l’auteur distingue trois conceptions de l’Etat limité. On peut avoir aussi bien :
• Un Etat de droit et un Etat minimal (libéralisme),
• Qu’un Etat de droit qui ne soit pas minimal (Etat social contemporain),
• Ou un Etat minimal qui ne soit pas de droit (Léviathan hobbien, libéral sur le plan économique, mais absolu sur le plan politique).

Norberto Bobbio définit de la manière suivante l’Etat de droit : « Par « Etat de droit », on entend généralement un Etat où les pouvoirs publics sont régulés par des normes générales (les lois fondamentales ou constitutionnelles) et doivent être exercées dans le cadre des lois qui les réglementent, excepté le droit du citoyen de recourir à un juge indépendant pour faire reconnaître et repousser l’abus ou l’excès de pouvoir (…) Dans la doctrine libérale, Etat de droit signifie non seulement subordination des pouvoirs publics de n’importe quel degré aux lois générales du pays qui constitue une limite purement formelle, mais aussi subordination des lois à la limite matérielle de la reconnaissance de certains droits fondamentaux reconnus constitutionnellement, et donc par principe « inviolables » ».

Il s’agit là, dans cette optique libérale, de la définition de l’Etat de droit au sens fort, avec tous ses garde-fous contre l’exercice arbitraire du pouvoir, donc qui a pour but de défendre la liberté des individus contre les abus du pouvoir.
En ce sens, l’Etat apparaît ici comme un mal nécessaire, ce qui distingue le libéralisme de l’anarchisme, ainsi que l’exprimait clairement Thomas Paine dans son ouvrage « Le sens commun » :

« La société est le résultat de nos besoins, et le gouvernement de notre perversité : la première contribue à notre bonheur positivement en conjuguant nos affections, le second négativement en contenant nos vices. L’une encourage le commerce des hommes, l’autre crée des distinctions. La première protège, le second punit. La société, quelle qu’en soit la forme, est toujours un bienfait, mais le meilleur gouvernement n’est qu’un mal nécessaire et le plus mauvais un mal intolérable ».

Rejoignant en cela la vision qu’en aura Alexis de Tocqueville, Emmanuel Kant, dans ses « Œuvres philosophiques », relève qu’ « un gouvernement qui serait institué sur le principe du bon vouloir à l’égard du peuple, comme celui d’un père avec ses enfants, c’est-à-dire un gouvernement paternel (imperium paternale), dans lequel donc les sujets sont contraints, comme des enfants mineurs qui ne peuvent pas distinguer ce qui est pour eux véritablement utile ou pernicieux, de se comporter simplement de façon passive, pour attendre uniquement du jugement du chef de l’Etat la façon dont ils doivent être heureux, et uniquement de sa bonté que celui-ci aussi le veuille ; un tel gouvernement constitue le plus grand despotisme concevable ».

Si on y ajoute les références à Adam Smith (la liberté comme fin unique de l’Etat) et à Wilhelm Von Humboldt (l’Etat comme moyen et non comme fin en soi), l’exposé de Norberto Bobbio se révèle tout à fait intéressant.

Mais là où il devient véritablement passionnant et stimule véritablement la réflexion, c’est lorsque Norberto Bobbio étudie les rapports devenus étroits entre démocratie et libéralisme. Ainsi, il apparaît désormais assez communément que si « la procédure démocratique est nécessaire pour la sauvegarde des droits fondamentaux de la personne qui sont à la base de l’Etat libéral (…), la sauvegarde de ces droits est nécessaire pour le fonctionnement correct de la procédure démocratique ». Or, la seule participation au vote ne suffit pas. Pour que cette participation « soit réelle et non fictive », les libertés d’opinion, de presse, de réunion, d’association, etc. sont essentielles.
Il s’en suit que « aujourd’hui, seuls les Etats nés de révolutions libérales sont démocratiques et seuls les Etats nés de révolutions démocratiques protègent les droits de l’homme : tous les Etats autoritaires du monde sont à la fois antilibéraux et antidémocratiques ».

Norberto Bobbio rappelle ensuite que la démocratie libérale ne va pas de soi et ne s’est pas instaurée de manière si évidente. Il existe, en effet, différentes combinaisons possibles entre démocratie et liberté, qui ont pu être en débat, notamment lors du passage de l’éphémère République de 1848 au Second Empire, les processus de libéralisation et de démocratisation s’étant poursuivis tout au long du XIXème siècle tantôt séparément, tantôt conjointement. L’auteur distingue ainsi :

 Le cas où libéralisme et démocratie sont compatibles, l’Etat pouvant être libéral et démocratique (comme il l’est aujourd’hui en définitive), sans que l’on puisse exclure qu’il soit libéral non démocratique (libéraux conservateurs, pour qui le droit de vote constitue une menace pour les libertés), ou démocratique non libéral (démocrates radicaux, d’essence socialiste, « davantage intéressés par la distribution des pouvoirs que par sa limitation (…) et par la conquête de la sphère publique que par la défense obstinée de la sphère privée »).

 Le cas où libéralisme et démocratie sont antithétiques, la démocratie risquant de détruire l’Etat libéral, comme le craignent les libéraux conservateurs, ou la démocratie poussée à l’extrême à travers un Etat social ayant abandonné l’idéal de l’Etat minimal, selon la vision des démocrates radicaux.

 Le cas où libéralisme et démocratie sont « nécessairement liés l’un à l’autre au sens où seule la démocratie est en mesure de réaliser pleinement les idéaux libéraux et seul l’Etat libéral peut être la condition d’actualisation de la démocratie » (ce qui inclut les sociaux-démocrates).

Tocqueville, qui était avant tout libéral, se demandait ainsi si la liberté pourrait survivre dans la société démocratique. La menace résidant dans la tyrannie de la majorité. Et avec elle l’idéal égalitaire, dont l’issue finale est le despotisme. La recherche de l’égalité des conditions, au détriment de la liberté. Et la présomption « qu’il y a plus de lumières et de sagesse dans beaucoup d’hommes réunis que dans un seul ».
De cette omnipotence de la majorité découlent des effets néfastes : l’instabilité du législatif, l’exercice souvent arbitraire du pouvoir des fonctionnaires, le conformisme des opinions et la diminution du nombre d’hommes d’exception sur la scène politique, toutes choses que l’on peut en effet observer aujourd’hui.

Mais, comme le relève Norberto Bobbio, là n’est pas le problème essentiel, pour Tocqueville. Car, selon ce dernier, ce n’est pas le type de pouvoir (royal ou populaire) qui compte, mais le moyen de le contrôler et le limiter. Le germe de la tyrannie est dans le droit de tout faire, que l’on soit en démocratie ou en aristocratie.
La démocratie porterait ainsi en elle les germes d’un nouveau despotisme, sous la forme d’un gouvernement centralisé et omnipotent.

La « volonté générale » de Rousseau conduit, finalement, à la servitude, car « dans ce système, les citoyens sortent un moment de la dépendance pour indiquer leur maître et y rentrent (…) Et l’on ne fera point croire qu’un gouvernement libéral, énergique et sage, puisse jamais sortir des suffrages d’un peuple de serviteurs ».
D’où l’importance de la défense des libertés individuelles (liberté de la presse, liberté d’association, …), malheureusement pas toujours bien respectés face à la primauté de l’idée « d’intérêt collectif ».

Libéral avant d’être démocrate, Tocqueville éprouve en outre une aversion profonde contre le socialisme, le jugeant contraire à la démocratie, même si on peut désirer les deux : « La démocratie veut l’égalité dans la liberté, et le socialisme veut l’égalité dans la gêne et dans la servitude ».

Les rapports entre démocratie et libéralisme ont donc toujours été compliqués. Ainsi, selon Norberto Bobbio, « la greffe des idéaux démocratiques sur le tronc originaire des idéaux libéraux fut difficile, souvent contestée, et la combinaison du libéralisme et de la démocratie, là où elle a eu lieu, s’est faite lentement, non sans conflits et ruptures ».
Mais ce qui a contribué à maintenir cette opposition vivace est l’entrée en scène des doctrines socialistes, véritable antithèse du libéralisme, en particulier dans sa dimension économique et sur « la critique de la propriété privée comme source principale d’« inégalité entre les hommes » (Rousseau) (…) présupposé nécessaire pour le déploiement réel de toutes les autres libertés ».

Si l’on en revient maintenant à la démocratie telle qu’on la vit aujourd’hui, on peut dire, avec NorbertoBobbio, qu’en somme, dans la démocratie libérale, la liberté politique (droit de vote) complète la série des libertés particulières.
Et, outre le traditionnel thème de la tyrannie de la majorité, qui rend difficile les rapports entre démocratie et libéralisme, s’ajoute désormais celui de l’ingouvernabilité. On passe en quelque sorte du problème « de l’excès de pouvoir à celui du défaut de pouvoir ».
Thème qui s’articule autour de trois points :

1- « la disproportion croissante entre le nombre des demandes qui proviennent de la société civile et la capacité de réponse du système politique ».
Deux raisons opposées :
 «D’un côté, les institutions que le régime démocratique a héritées de l’Etat libéral (de la liberté de réunion et d’association, de la libre organisation des groupes d’intérêt, des syndicats, des partis, à l’extension maximale des droits politiques), rendent plus faciles pour les individus et les groupes la formulation de requêtes aux pouvoirs publics qui prétendent devoir être satisfaites dans les plus brefs délais, sous la menace d’un dissolution du consensus »,
 « De l’autre, les procédures prévues par un système démocratique pour prendre les décisions collectives, ou qui devraient fournir une réponse aux demandes formulées par la société civile, sont telles qu’elles ralentissent et parfois rendent vaines, par le jeu des veto croisés, la procédure de décision ». Ce qui inclut également les longs débats et contrôles de la part d’organes tels que la Cour constitutionnelle ou le référendum.

2- L’importance des conflits sociaux et les efforts des gouvernants pour tenter de les résoudre « de manière à rendre une vie commune pacifique entre individus et groupes qui représentent des intérêts différents (…) d’où le fait qu’on ne puisse en satisfaire sans en léser un autre dans une chaîne sans fin ».

3- « Dans les régimes démocratiques, le pouvoir est davantage distribué que dans les pouvoirs autocratiques (…) Il est d’autant plus diffus que le gouvernement de la société est à tous les niveaux régulé par des procédures qui admettent la participation, le dissensus, et donc la prolifération des lieux où se prennent les décisions collectives (…) La fragmentation crée une concurrence entre pouvoirs et finit par susciter un conflit entre les sujets mêmes qui devraient résoudre les conflits, une sorte de conflit à la puissance deux ».

Les remèdes à cette surcharge sont au nombre de deux :

- Soit un meilleur fonctionnement des organes décisionnels (accroissement du pouvoir du gouvernement vis-à-vis du Parlement, par exemple),
- Soit une limitation drastique de son pouvoir (limiter le pouvoir de la majorité, par exemple, comme dans le domaine des droits de liberté, dits « inviolables »). En ce sens, certains libéraux demandent « que soit également constitutionnellement limité le pouvoir économique et fiscal du Parlement de façon à empêcher que la réponse politique à la demande sociale soit telle qu’elle produise un excès de dépenses publiques par rapport aux ressources du pays ».

Finalement, nous dit l’auteur, dans le conflit qui oppose « liberté négative » et « liberté positive », libéralisme et démocratie se transforment nécessairement en alliés, face au risque d’un régime au pouvoir sans limite comme de son corollaire, celui au pouvoir hors de contrôle.

En conclusion, un petit ouvrage assez court, mais finalement assez dense, qui a le mérite au final d’inviter à la réflexion et poser les bases d’un débat sans cesse renouvelé sur nos institutions et leur évolution.
La démocratie est fragile, les libertés, on le sait, bien davantage encore. Il reste donc encore beaucoup d’efforts à fournir, sans relâche, pour tenter de défendre ces dernières.
Une bonne connaissance de l’Histoire et des expériences passées et actuelles sont, en ce sens, d’importants gages en vue de sauvegarder l’avenir.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Nov 23, 2013 10:32 PM CET


La démocratie des crédules
La démocratie des crédules
par Gérald Bronner
Edition : Broché
Prix : EUR 19,00

24 internautes sur 26 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Existe-t-il des licornes ?, 23 août 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : La démocratie des crédules (Broché)
Le « droit au doute », parfois invoqué de manière paradoxale par ceux qui contestent les vérités qui semblent les mieux établies, implique aussi des devoirs, sans quoi il devient « négation de tout discours ». Tel est le point de départ qu’établit Gérald Bronner à ce passionnant essai, La Démocratie des crédules. Ainsi « on peut montrer que quelque chose existe, mais il est impossible de montrer définitivement que quelque chose n’existe pas ». Or, c’est ce que demandent les tenants des thèses du complot. Pour illustrer l’absurdité d’une telle proposition, Gérald Bronner s’appuie sur l’exemple suivant, très éloquent : « Je peux prouver qu’il existe des chevaux, mais je ne peux pas prouver qu’il n’existe pas de licornes ».

Rapporté au mythe conspirationniste du 11 septembre, par exemple, ses promoteurs vont soutenir près d’une centaine d’arguments différents en faveur du complot, mais abusent de ce « droit » au doute, semant le trouble dans les esprits, au détriment de la confiance, indispensable à toute vie sociale. Si plus personne ne fait confiance aux autres, nous montre l’auteur, que les rumeurs prennent le pas (ex : assassinat du Président), un « cercle vicieux cumulatif » risque d’entraîner, en certaines circonstances, des violences, voire des guerres civiles. L’affaire n’est pas banale (me faisant penser au célèbre canular d’Orson Welles sur l’arrivée des martiens qui, en son temps, avait causé une terrible panique aux États-Unis). Et cela ne date pas d’hier. Les Juifs, franc-maçons, gitans et d’autres en ont été des victimes. Or, la base-même des progrès de la connaissance passe par cette confiance, à proportion de l’importance croissante de la masse de celle-ci.

Ainsi en va-t-il de la méfiance à l’égard de la science, là où celle-ci a pourtant permis une élévation phénoménale de l’espérance de vie, vaincu des maladies et épidémies terribles et amélioré sensiblement le confort de vie. Que ce soit sur les OGM, le nucléaire ou les biotechnologies, les suspicions de l’opinion publique sont révélatrices de ce nouvel état d’esprit. Mais cette méfiance s’étend aussi aux journalistes, politiques, et même de manière générale « aux autres ». Signe d’un mal-être caractéristique de la France, en particulier, numéro un mondial de la morosité et du pessimisme, selon certaines études. Là où nous avons la chance de vivre « dans des démocraties stables où la liberté et la sécurité sont garanties ».

Et pourtant, jamais les théories du complot, parfois sur des thèmes les plus farfelus (ex : « homme-lézards ayant remplacé les gouvernants ») n’ont autant foisonné. La méfiance s’insinue partout.
"En effet, ces mythes sont fondés sur un effet de dévoilement très satisfaisant pour l’esprit, un sentiment proche de ce que nous ressentons lorsque nous découvrons la solution d’une énigme (…) Par ailleurs, celui qui fait sien le mythe du complot a le sentiment d’en savoir davantage que le quidam et d’être donc moins naïf que lui. De là, il n’est pas toujours aisé de le convaincre de l’inanité de ses arguments, car il voit vite son interlocuteur comme le médiateur d’une doctrine officielle qu’il entend combattre".

Gérald Bronner, dans une première partie, retrace l’histoire de l’évolution de la diffusion de l’information et des croyances, à travers ce qu’il appelle le « marché cognitif », jusque l’avènement et le développement d’Internet. Il montre que la profusion de l’offre ainsi développée et sa plus grande accessibilité n’a pas abouti à une amélioration générale des connaissances. Beaucoup d’individus, en effet, vont préférer s’orienter vers ce qui leur paraît simple et abordable, voire pseudo-scientifique, plutôt que vers des présentations complexes, scientifiques. Ils rechercheront aussi plutôt ce qui permet de confirmer leurs croyances que ce qui mène par un chemin plus complexe à la recherche de la vérité ou ce qui est susceptible de les infirmer.

Différentes petites expériences permettent ainsi au lecteur d’établir la preuve de la sélectivité de notre cerveau et de notre « avarice intellectuelle ». Extrapolé à la réalité, cela donne une idée de notre crédulité.

Puis, dans une deuxième partie, l’auteur lui-même mène ses propres expériences quant à la recherche d’information sur internet. Il apparaît alors que ce qui fait appel aux croyances figure très nettement en tête des réponses proposées sur divers sujets propices aux rumeurs, par rapport aux sites faisant appel à la connaissance. Cela s’explique par la forte motivation des « croyants », qui les amènent à consacrer du temps à leur argumentation, là où les « non croyants » ou scientifiques prennent le plus souvent la chose avec ironie ou ne peuvent se permettre de consacrer trop de temps à quelque chose dont ils pourraient pourtant démontrer facilement l’inanité du raisonnement. Là encore, l’auteur apporte de nombreux exemples passionnants qui vont dans ce sens (syndrome du Titanic, fausse mort de Michaël Jackson, 11 septembre, etc.), la plupart du temps fondés sur des millefeuilles argumentatifs auxquels il est difficile à un seul homme de pouvoir répondre.

Gérald Bronner étudie ainsi les différentes attitudes que cela peut engendrer chez l’interlocuteur démuni en argumentation face à celles, multiples, du croyant. Il montre également en quoi les simples lois statistiques peuvent permettre d’apporter une explication à nombre d’arguments invoqués. Il explique et démonte, de la même manière, le fonctionnement de certaines techniques telles que la gématrie, qui prétend démontrer que les grands événements de ce monde étaient écrits, ou la paréidolie, réflexe mental qui nous permet de voir des formes dans de l’informe (cas de la figure du diable vue par certains, avec un peu d’imagination, sur l’une des photos du World Trade Center en feu). Le nombre de caméras et d’images en circulation et l’accélération de leur partage sur internet participant largement de ces phénomènes statistiques.

Dans une troisième partie, l’auteur montre que la concurrence en matière d’information, bien qu’absolument essentielle à la démocratie, entraîne parfois des effets pervers, type dilemme du prisonnier (pour ceux qui connaissent la théorie des jeux). Il s’en suit des dérives dangereuses, telles que dans l’affaire de Toulouse, impliquant de manière absurde Dominique Baudis, la fausse agression antisémite du RER en 2004, la rumeur Carla Bruni / Benjamin Biolay ou, pire encore, l’affaire Terry Jones.

Les surenchères aux provocations ou auto-promotions se multiplient ainsi. Rapport alarmant sur les OGM, affaire des plages radioactives, suicides chez France Télécom, leucémies nucléaires, autant de dossiers sur lesquels l’auteur revient et pour lesquels la rigueur et la prudence n’ont pas été de mise, donnant lieu à des dérives incroyables de la part de médias davantage guidés par le sensationnel et l’effet moutonnier que par l’objectivité (en principe attachée au métier de journaliste), le temps de vérification de l’information décroissant à mesure que la concurrence s’accroît (au-delà d’un certain niveau).

Dans le cas de France Télécom, par exemple, Gérald Bronner offre une belle démonstration statistique et sociologique des manipulations justement en particulier statistiques de la part de certains et reprises en boucle par les médias, au mépris des analyses contraires et plus scrupuleuses proposées par d’autres mais noyées dans le tohu-bohu médiatique. Particulièrement édifiant. Avec en point d’orgue, on peut le penser, la mise en cause du processus de libéralisation du marché des télécoms et la nécessaire adaptation de France Télécom à travers le plan Next. À rebours de ce que révèlent les chiffres du nombre de suicides dans l’entreprise depuis le début des années 2000, soit avant même la mise en œuvre de ce plan. Si l’on y ajoute l’attirance de l’esprit humain pour les explications mono-causales (comme il en va, de même, pour le dérèglement médiatique), tout est réuni pour expliquer tout cet emballement médiatique.

"Tous ces errements médiatiques ne révèlent pas plus que ceci : les journalistes et les commentateurs en général, sont des hommes comme les autres. Ils sont victimes d’illusions mentales et contaminés par des enjeux idéologiques, mais cette fragilité habituelle de l’esprit humain est amplifiée par l’urgence à délivrer une information à laquelle les contraint le monde médiatique".

Puis, Gérald Bronner montre en quoi le processus de transparence, passant notamment pas la diffusion publique des documents officiels de l’administration (ou on peut penser aussi à la communication obligatoire du patrimoine des politiques en France, entre autres), tout en se voulant démocratique, devient à l’inverse un « danger démocratique », tant la suspicion, la paranoïa collective et la méfiance systématique vis-à-vis des politiques « se répandent comme un poison dans l’espace public », au-delà de toute raison. Les exemples abondent de situations où l’on s’est trouvés dans des scenarii de type « effet Othello » (émission canular sur l’éclatement de l’État fédéral en Belgique en 2006, par exemple) où les croyances viennent hélas prendre le pas sur la connaissance.

Il en va de même des tentatives de mise en œuvre de la démocratie participative, ou plus encore délibérative, entendant laisser les citoyens décider, ce qui part d’une bonne intention mais où les points de vue profanes ou du « monde militant » deviennent « assourdissants » sur de nombreux sujets, très souvent à caractère scientifique (OGM, technologies géniques, construction de lignes à très haute tension…). La méfiance à l’égard des scientifiques l’emporte alors très souvent et, avec elle, le désormais célèbre « principe de précaution », l’idée d’un complot scientifico-industriel germant dans l’esprit de certains malgré des dizaines ou centaines de milliers d’expérimentations scientifiques convergentes, dont on ne tient alors plus vraiment compte. L’idée, chez certains, qu’une « sagesse des foules » l’emporterait sur celle d’un seul homme (voir, à l’inverse, ce qu’en dit Gustave Le Bon dans sa Psychologie des foules). Deux points de vue que Gérald Bronner renvoie dos à dos, les deux pouvant être vrais selon les circonstances, l’idéologie étant susceptibles en certains cas de laisser penser le contraire.

La mutualisation des connaissances, par exemple, est un cas positif d’intelligence collective supérieure. Pour le reste, et en particulier dans les cas où il est question d’expertise scientifique, certains confondent démocratie politique et démocratie cognitive, frisant alors avec la démagogie et le populisme, l’auteur définissant ce dernier terme comme « toute expression politique donnée aux pentes les moins honorables et les mieux partagées de l’être humain ».

Gérald Bronner se réfère ici, en particulier, au Psychologie des foules et à toutes les décisions qui vont en ce sens, impliquant hélas des coûts sanitaires, économiques et sociaux non forcément visibles de prime abord (à l’image de la disparition de l’eau de Javel dans les hôpitaux, présumée cancérigène, qui avait pourtant certainement sauvé des millions de vie jusque-là et n’a donc pas permis d’éviter des maladies, notamment nosocomiales, jusqu’en Haïti où, après le séisme de 2010, 5000 personnes sont mortes du choléra, jusqu’à ce qu’on consente à finalement réintroduire l’eau de Javel, stoppant ainsi l’épidémie).

Pour finir, Gérald Bronner propose quelques solutions, dans une dernière partie, qui permettraient de passer de la démocratie des crédules à celle de la connaissance. À rebours de ce qui transparaît à travers l’histoire des idées chez les plus grands philosophes, il observe que l’éducation ne suffit pas à éliminer les croyances. De nombreuses études révèlent, à l’inverse, que l’élévation du niveau d’études ne diminue pas la sensibilité aux croyances. Ce serait même souvent plutôt le contraire et les catégories les plus instruites seraient aussi les plus critiques à l’égard de la science. En outre, les adeptes de groupes sectaires ou les fanatiques, voire les membres d’organisations terroristes, sont souvent loin d’être de faible niveau social ou intellectuel, contrairement à certaines idées reçues. Suivant l’interprétation d’Edgar Allan Poe, Gérald Bronner évoque la plus grande disponibilité mentale des gens les plus instruits, plus conscients des limites de notre connaissance et, de ce fait, plus réceptifs à ce qui peut susciter la crédulité. D’ailleurs, « les arguments qui soutiennent ces croyances sont quelquefois subtils et techniques, ils leur confèrent une allure de vérité), voire de scientificité et ne peuvent jouer de leur pouvoir d’attraction que sur des esprits préparés à les recevoir ».

La solution réside cependant bel et bien « au cœur de nos esprits (…) L’esprit critique, s’il exerce sans méthode, conduit facilement à la crédulité. Le doute a des vertus heuristiques, c’est vrai, mais il peut aussi conduire, plutôt qu’à l’autonomie mentale, au nihilisme cognitif ». Le droit au doute, que nous évoquions comme point de départ, implique ainsi, selon Gérald Bronner, des devoirs, au premier rang desquels celui de la méthode. La solution consisterait donc à affaiblir le pouvoir d’attraction des raisonnements captieux par une formation intellectuelle différente de la part de notre système éducatif, d’une part, et « un type d’ingénierie de la communication » différent, dont notre auteur ne fait que dessiner les contours, se basant sur divers exemples de nouveau tout à fait passionnants. L’idée serait d’endiguer les erreurs de perception dans notre représentation du monde (comme cet exemple ahurissant de sondages montrant que 30% de nos concitoyens pensent encore que c’est le soleil qui tourne autour de la Terre, plutôt que l’inverse. Encore un des effets de notre « avarice cognitive »). Un mode d’apprentissage différent serait donc souhaitable.

De même, Gérald Bronner suggère une meilleure sensibilisation à l’existence des biais cognitifs dans les écoles de journalisme, afin de développer le réflexe de méfiance et la construction « d’hypothèses méthodiques et alternatives ». La formation, comme pour les médecins, pourrait se faire davantage en continu. Il propose aussi un système de sanctions pour faute professionnelle, afin d’éviter les excès que l’on connaît, par manque de déontologie.

Pour conclure, au-delà de toutes ces considérations sur la crédulité et ses maux, c’est surtout la démocratie elle-même qui est en danger, selon l’auteur, et c’est elle qu’il entend ainsi défendre par cette prise de conscience. Un essai passionnant à lire sans attendre, pour prendre davantage conscience encore des ressorts de la crédulité et de ses effets.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (11) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 24, 2014 6:28 PM CET


Page : 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11-20