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Contenu rédigé par Michel
Classement des meilleurs critiques: 2.114
Votes utiles : 616
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Commentaires écrits par Michel "de la brousse" (Sénégal)
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49 internautes sur 52 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
Un scénario alternatif à méditer, 8 juin 2010
Il faut pendre ce livre pour ce qu'il est : ni ouvrage de politique-fiction, ni roman historique, ni thèse argumentée, mais un scénario de ce qui aurait pu arriver si le parti favorable au combat l'avait emporté sur le parti défaitiste dans les premiers jours de juin 1940 (l'élément déclenchant étant la mort accidentelle d'Hélène de Portes, maîtresse de Paul Reynaud et avocate du parti défaitiste). « Ce qui aurait pu arriver » n'est pas à comprendre au sens d'une hypothèse, mais au sens de « ce que l'état des forces en présence rendait possible si la volonté d'acteurs-clefs du drame avait été différente ». L'exercice relève d'un genre qui rencontre pas mal de succès depuis quelques années auprès du public anglo-saxon (surtout britannique) et qu'on appelle « contrafactual history », genre peu familier auprès du public français et tenu en suspicion par nos historiens universitaires. L'ouvrage est le résultat d'une réflexion et d'échanges intenses menés par un groupe de travail international de plusieurs dizaines d'historiens, de spécialistes des questions militaires, d'économistes, de statisticiens, etc. Il montre comment il était possible (comme de Gaulle l'avait exprimé au sein du gouvernement où il siégeait en tant que sous-secrétaire d'État à la Guerre) de réaliser un transfert des pouvoirs publics, d'un noyau dur des forces armées et des « pôles d'excellence » des industries d'armement en Afrique du Nord, protégé par des actions retardatrices menées par le reste de l'armée sur le territoire métropolitain. Les auteurs l'estiment en effet possible compte tenu d'un certain nombre de facteurs objectifs (qui ne sont pas discutés dans le livre lui-même, mais dans des dossiers annexes consultables sur un site Internet) tels que : le taux d'attrition des forces allemandes au cours de leur avance ; les limites de leur logistique pour le soutien de leurs éléments avancés (limites qui étaient déjà atteintes, sinon dépassées au moment de l'armistice) ; la capacité de transport mobilisable entre les ports français et ceux d'Afrique du Nord ; les calendriers de livraison des matériels commandés par la France aux États-Unis (et qui auraient pu facilement être livrés au Maroc ou en Algérie plutôt qu'en métropole) ; les réserves financières (dont l'or de la Banque de France) à la disposition du gouvernement pour tenir pendant plusieurs mois sans accès aux ressources fiscales métropolitaines ; et l'écrasante supériorité navale franco-britannique par rapport aux marines de l'Axe. Dans ces conditions, le théâtre d'opérations principal de la guerre se serait déplacé vers la Méditerranée, dont l'Allemagne n'était pas en état d'organiser la traversée par ses forces. L'ensemble est assez convainquant mais appelle quelques réserves : - sur le plan « littéraire », l'ouvrage consacre des développements inutilement longs (et assez fastidieux) à décrire dans tous leurs détails des opérations militaires fictives telles qu'elles auraient pu se dérouler en France métropolitaine, en Sicile, en Sardaigne, en Libye, etc. - sur le plan diplomatique, les auteurs postulent que Roosevelt était disposé à donner son appui sans réserve (sous conditions de rester non-belligérant) à un scénario permettant à la France de conserver son indépendance et de renforcer sa souveraineté sur ses colonies ; or, ce postulat est très contestable : Roosevelt a montré par la suite qu'il se souciait comme d'une guigne de l'indépendance et de la souveraineté de la France et, pire, que le démantèlement des empires coloniaux français et britannique était en soi un de ses buts de guerre (point de vue exprimé par Churchill lors de ses entretiens avec Roosevelt pour la signature de la Charte de l'Atlantique en 1941) ; il est vrai que l'hostilité personnelle de Roosevelt à l'égard de la France était en partie motivée par le mépris que lui avait inspiré l'effondrement français de juin 1940 (aspect souligné dans la biographie de De Gaulle de Jean Lacouture) et que, si la France avait refusé la défaite à ce moment-là, ce motif n'avait pas lieu d'exister, mais il reste les motifs géopolitiques qui, eux, n'avaient aucune raison d'être affectés par la « divergence » des scénarios ; - toujours sur le plan diplomatique, rien ne permet d'affirmer que l'attitude de double jeu de Franco aurait pu être la même, dans la mesure où les pressions allemandes sur l'Espagne auraient été bien plus fortes si la France avait conservé des capacités combattantes intactes (et même renforcées) en Afrique du Nord ; - sur le plan technique, vu la désorganisation du dispositif français dès la première quinzaine de juin 1940, il est difficile de croire que l'armée française aurait pu assurer la coordination et la logistique minimales des actions retardatrices menées en Bretagne, sur la Loire, dans le sillon rhodanien, le temps nécessaire au « déménagement » des unités militaires, des organes de gouvernement et des usines d'armement vers l'Algérie (le livre décrit longuement ces actions mais avec quelles munitions, quel carburant, quels approvisionnements auraient-elles pu être menées ? Le livre est muet sur cette question). - sur le plan psychologique, était-il possible de faire combattre avec ardeur et motivation des unités vouées d'avance à être sacrifiées ? De même, vu le découragement et la sidération de la population civile, comment une stratégie consistant à abandonner le territoire métropolitain aux Allemands et vouant une partie de l'armée (armée de conscription, ne l'oublions pas) à l'anéantissement, aurait-elle pu recevoir le soutien populaire minimal indispensable pour mener des actions retardatrices en plein cœur de la France ? Des témoins de cette époque (des personnes qui avaient entre 15 et 18 ans au moment des faits) avec qui j'ai discuté du livre m'ont assuré que l'hypothèse ne tient pas : faute d'avoir été décidé par les autorités politiques, l'armistice aurait pu être imposé par des mutineries militaires et des révoltes populaires. Quoi qu'il en soit, ce livre est passionnant en ce qu'il invite à réfléchir sur le rôle respectif des éléments objectifs et subjectifs dans un événement historique et, au-delà, à méditer sur la nécessité, toujours actuelle, d'appuyer les décisions politiques sur une analyse rigoureuse du possible et de l'impossible afin de ne pas d'emblée croire impossible ce qui n'est que difficile ou douloureux.
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Le roi-machine
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par Jean-Marie Apostolidès Edition : Broché |
| Prix : EUR 14,25 |
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4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
Utile complément à Elias, 2 juin 2010
Cet ouvrage, réédition récente d'un livre publié vers 1980, dévoile un aspect intéressant du système de la monarchie absolue tel qu'il se cristallise sous le règne de Louis XIV. La "monarchie absolue", ce n'est pas le pouvoir arbitraire et discrétionnaire du roi; c'est un régime politique résultant d'une évolution de la monarchie médiévale à travers laquelle le pouvoir royal s'affranchit progressivement des limitations que lui imposaient la coutume, le pouvoir des grands feudataires, les franchises locales, la tutelle de l'Église. Apostolidès montre que ce processus va encore plus loin, en ce sens qu'il affranchit, paradoxalement, l'essence du pouvoir royal de la personne concrète du roi elle-même. En un sens, ce livre apparaît comme un complément utile à "La société de cour", de Norbert Elias. Il traite cependant la question à la fois sous un angle plus étroit (se limitant aux jeux de la représentation, de la "mise en scène", pourrait-on dire, du pouvoir au sein du cercle restreint formé par les trois "ordres") mais en faisant intervenir un acteur qu'Elias évoque à peine: la "société civile", dans sa profondeur et sa complexité. Apostolidès part de la théorie médiévale du "double corps du roi" (le corps physique, charnel et mortel de sa personne, et le corps mythique porteur de sens, sens de l'État et du pouvoir, continu, indestructible et transcendant les limites de sa personne physique). L'auteur montre comment le roi passe successivement à partir de 1660 (fin de la Fronde, élimination de l'opposition politique et disgrâce de Foucquet) du statut d'acteur à qui est assigné un rôle prédéfini dans des représentations fixées par la coutume (les "entrées" royales dans Paris) à celui d'acteur-metteur en scène de spectacles conçus par lui pour mettre en valeur sa personne à travers des rôles empruntés à la tradition gréco-romaine (chapitre fort pertinemment intitulé "Le roi machiniste"), pour aboutir à partir de 1672 à un dispositif spectaculaire où la personne physique du roi s'efface au profit de sa fonction politique et administrative. Le roi est devenu "le Roi", abstraction qui rendra possible au siècle suivant de lui substituer une nouvelle abstraction (la "Nation") et qui, en installant, en apparence de façon définitive, le régime de monarchie absolue, ouvre en fait la voie à la Révolution, qui réalise et accomplit la monarchie absolue plus qu'elle ne l'abolit. De lecture facile et vivante, l'ouvrage met le projecteur sur quelques moments privilégiés de ce processus que sont les grandes êtes données à Versailles et aide à replacer dans un contexte politique le soutien apporté par Louis XIV aux arts et à la culture. Il ne faudrait pas toutefois le prendre pour un ouvrage fondamental car, s'il donne un éclairage original de certains aspects de l'évolution politique de la France au 17e siècle, il est loin d'en livrer l'ensemble des clefs politiques, économiques et sociales. Pour le lecteur souhaitant une vue d'ensemble du système politique français du 17e siècle, embrassant également l'époque de sa genèse, avec Richelieu et Henri IV, il ne saurait remplacer celui d'Elias. Pour une compréhension des enjeux culturels et intellectuels de l'époque, il ne se situe pas à la hauteur des livres de Marc Fumaroli.
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17 internautes sur 18 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
Complémentaire, 28 mars 2010
Ouvrage passionnant, rédigé en tant que thèse de doctorat vers 1930, mais publié bien plus tard, donnant un éclairage original sur l'évolution des couches dirigeantes françaises sous Louis XIII et Louis XIV, moment crucial où le système de la monarchie absolue prend sa forme aboutie. D'une lecture ardue (entre autres à cause des caractères minuscules dans lesquels il est imprimé, reproche assez général pour cette collection "Champs"), il ne prend tout son relief qu'à la lumière de deux autres livres d'Elias, rédigés dix ans plus tard ("La civilisation des mœurs" et "La dynamique de l'Occident"). Il faut le considérer comme complémentaire à ceux-ci. Dans "La civilisation des mœurs", Elias décrit le processus de diffusion des "valeurs" régissant les conduites sociales des individus à partir des couches dirigeantes vers la bourgeoisie et les classes moyennes, et la progression d'une autodiscipline qui rend possible l'élargissement du champ des "libertés", sur une période qui va d'Érasme à la Révolution et au triomphe de la bourgeoisie. Dans "La dynamique de l'Occident", il situe ces processus dans le contexte plus vaste de la construction des États-nations à partir du Moyen-Âge, et de la constitution des "cultures nationales". "La société de cour", elle, décrit la mécanique à l'œuvre au sein des couches dirigeantes et les efforts parfois laborieux du pouvoir royal pour affirmer son autorité sur celles-ci.
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1 internaute sur 3 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Vision d'ensemble, 25 février 2010
Par rapport à une abondante production sur ce sujet, l'ouvrage de Thierry Camous a l'intérêt de le situer dans une perspective plus vaste que celle des seuls rapports Occident-Islam, partant des guerres médiques et englobant l'Europe du nord-est (Prusse, Russie, etc.). Son défaut (qui découle du parti adopté) est de vouloir appliquer un même paradigme "essentialiste" à un ensemble de phénomènes historiques assez hétérogènes. Reste la vision d'un Orient qui n'a pas cessé de chercher à s'unifier et d'un Occident qui a hérité de l'Empire romain une volonté expansionniste d'une persévérance exceptionnelle. Je signale, sur le même sujet, "Worlds at war", de Pagden, Oxford University Press, qui explore un paradigme assez voisin, faisant lui aussi partir toute l'affaire des guerres médiques et de l'incompatibilité fondamentale, relevée par Hérodote, entre le régime de l'Empire perse et la notion d'isonomia à la base de la pensée politique des Grecs. Pagden, toutefois, se limite à un cadre géographique plus restreint (le monde euro-méditerranéen) et n'essaie pas de faire entrer à toute force la guerre germano-soviétique dans son paradigme.
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4 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile
3.0 étoiles sur 5
Nostalgie, 23 février 2010
Un gentil "nanar" très années 70 (décors "psychédéliques" à petit budget, clichés d'époque), qui nous fait revoir des artistes que nous avons aimés, essayant de sauver un scénario faiblard aux rebondissements incessants mais artificiels. Quant aux dialogues, c'est du second degré: Audiard pastichant Audiard. A voir, ou à revoir, mais il ne faut pas en attendre plus qu'un moment de divertissement nostalgique.
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4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
Bottom-up, 23 février 2010
Philippe d'Iribarne est un esprit subtil. Formé dans les "sciences dures", il a travaillé sur le terrain, et c'est à partir de ses observations concrètes qu'il tire des leçons pertinentes. C'est ce qu'on appelle une démarche "bottom-up", par différence avec la démarche "top-down" de la plupart des sociologues qui élaborent d'abord des théories puis cherchent dans le corpus d'observations empiriques de quoi les conforter (quitte à écarter celles qui ne rentrent pas dans leur cadre préconçu). Son absence de préjugés et son expérience internationale lui permettent de jeter sur "l'exception française" un regard affûté. Il ne cherche pas à la définir a priori, il la voit peu à peu se dégager à partir d'observations sur les particularités du fonctionnement concret.
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5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
Nouveaux éclairages, 22 février 2010
Au 17e siècle, Descartes avait écrit un "Traité des passions" sur le même sujet. A partir de connaissances scientifiques plus spéculatives qu'empiriques, il cherchait à expliquer par l'interaction des "humeurs" les comportements humains. Aujourd'hui, les neurosciences ont immensément progressé, et quantités de phénomènes auxquels on s'attachait à donner des explications purement psychologiques, parfois assez tirées par les cheveux (théorie freudienne, par exemple) se trouvent plus clairement expliqués par les interactions physico-chimiques des neurones. Un livre tonique et passionnant.
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6 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile
3.0 étoiles sur 5
A lire absolument, 15 février 2010
A lire absolument, pas en raison des qualités intrinsèques de l'ouvrage (tendancieux, manipulateur de grands sentiments et souvent désinformateur au niveau des faits et des chiffres), mais parce qu'il ouvre les yeux sur un phénomène dont on ne prend pas assez la mesure: la haine (justifiée ou non) que les peuples du tiers-monde (y compris leurs diasporas installées chez nous) portent à l'Occident. Accessoirement, c'est une contribution à la définition de ce qui constitue l'identité occidentale: l'Occident, c'est l'ensemble des peuples sur qui se cristallise la haine du reste du monde (haine non exempte de fascination, selon un schéma très classique: cf. "Le renard et les raisins" de La Fontaine). Être occidental, c'est l'être dans le regard de l'Autre. La problématique est très similaire à celle de l'antisémitisme, tel que Sartre l'analysait dans ses "Réflexions sur la question juive". A lire, donc, en gardant son esprit critique.
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5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Une personnalité hors du commun, 24 janvier 2010
Enfin réédité en France (il l'avait déjà été vers 1950 avec une remarquable préface de Pierre Naville, puis dans les années 80 aux Editions Caribéennes de Port-au-Prince, malheureusement très peu diffusées en France), c'est un ouvrage passionnant sur l'époque troublée qui a précédé l'indépendance haïtienne. Il brosse un portrait de la personnalité de Toussaint-Louverture, à la fois stratège de premier ordre, entraîneur d'hommes au charisme exceptionnel et visionnaire politique, autodidacte imprégné de la pensée des Lumières et de son destin pathétique (il n'a pas été "capturé" par les Français, comme on le dit trop souvent, mais bassement trahi par Bonaparte qui l'avait officiellement invité en France pour négocier une paix de compromis et qui l'a aussitôt fait arrêter une fois arrivé à Brest pour l'expédier au fort de Joux où il est mort de froid, de misère et de la tuberculose). Cette trahison a fait perdre à la France aussi bien qu'à Haïti une chance historique, celle d'établir dans l'île un régime préfigurant celui des futurs dominions britanniques, qui correspondait à la vision politique de Toussaint-Louverture et avait l'assentiment d'une (petite) partie des colons français, permettant d'aboutir progressivement et pacifiquement à l'indépendance. A côté de Toussaint, il éclaire le rôle des autres personnalités marquantes de cette tragédie, les Oger, Pétion, Dessalines, dont on voit aujourd'hui les noms sur les plaques de rues de Port-au-Prince, ainsi que le gouverneur (républicain) Sonthonnax, ami, puis rival de Toussaint. Je formulerai seulement deux réserves mineures sur cet ouvrage. L'une porte sur les tout premiers chapitres, consacrés à la situation coloniale, pour lesquels l'auteur s'est largement inspiré (à la limite du copier-coller) de la "Vie de Toussaint-Louverture" de Victor Schoelcher, sans apporter d'éléments nouveaux. L'autre porte sur le récit des événements de la période 1789-93, qui est un peu confus. Il est vrai que la situation politique était elle-même très confuse, avec des retournements et des renversements d'alliance entre les parties en présence (grands planteurs, prolétariat blanc, "gens de couleur" affranchis, et représentants du pouvoir colonial, successivement "royalistes" puis "républicains", sans compter les ingérences étrangères, espagnoles et surtout anglaises). Le récit de James échoue à démêler cette confusion pour donner au lecteur un fil conducteur de compréhension un peu plus clair. Il faut cependant, à sa décharge, noter qu'il cherche davantage à "coller" aux événements qu'à en théoriser le déroulement, ce qui est une démarche scientifique tout à fait recevable.
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9 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Un livre passionnant, mais qui se mérite, 19 janvier 2010
J'ignore de quelle origine est Saskia Sassen ; je veux dire par là : était-elle à l'origine une géographe qui s'est ensuite orientée vers la sociologie, ou une sociologue qui s'est intéressée à la géographie ? Peu importe, au fond, car son ouvrage réalise une synthèse rare combinant une réflexion sur la formation, le fonctionnement et les interactions des groupes sociaux impliqués dans la mondialisation, avec une interprétation originale de la distribution spatiale des activités dites « globales ». Elle montre d'une part comment se forme un espace virtuel globalisé où interagissent différentes couches sociales au sein desquelles les conditions de vie et de travail ainsi que les relations de pouvoir tendent à s'uniformiser, ou du moins à converger, d'un bout à l'autre de la planète ; et d'autre part comment cet espace virtuel repose sur des points d'ancrage local bien définis, les « villes globales » qui restent immergées chacune dans un environnement physique (infrastructures), juridique et institutionnel qui lui est propre, tout en se coupant progressivement des relations de proximité que les grandes agglomérations entretenaient traditionnellement avec leur milieu géographique et culturel. On voit clairement à cet égard en quoi la globalisation actuelle diffère du système des « économies-mondes » brillamment disséqué par Braudel à travers les exemples de Venise, Amsterdam, Londres, à l'époque classique (je pense en particulier à son analyse des facteurs ayant assuré au 18e siècle la suprématie de Londres sur Amsterdam, s'expliquant partiellement par le fait que Londres disposait en propre d'un hinterland plus vaste pour une partie de ses fournitures et de ses débouchés et pour le recrutement de ses ressources humaines, c'est-à-dire d'un « marché national »). Par contraste, les « villes globales » d'aujourd'hui dépendent moins de ces facteurs et même, s'efforcent délibérément d'en dépendre de moins en moins. Mme Sassen en démonte toutes les conséquences, en particulier au niveau de deux phénomènes majeurs : - la préférence de fait donnée aux travailleurs venus d'ailleurs par rapport à ceux que pourrait fournir l'environnement local ; - l'émergence, aux deux extrémités de l'échelle sociale, de deux couches spécifiques, aussi « globales » l'une que l'autre : celle des professionnels de haut niveau qui « pilotent » l'économie et la finance globales ; et celle (qu'on oublie trop souvent dans l'analyse) des armées de travailleurs peu qualifiés et faiblement rémunérés (agents de sécurité, laveurs de vitres, manutentionnaires, etc.) sans lesquels le système ne pourrait pas fonctionner. Entre ces deux couches globales, les classes moyennes traditionnelles qui, elles, restent « localisées », sont prises en tenaille et de plus en plus marginalisées, d'où le sentiment d'abandon qui les ronge : là sans doute gît l'une des explications de la contradiction croissante ressentie par ces classes entre leurs aspirations et le discours des « élites », tout entières gagnées à la cause de la globalisation. En parallèle, la globalisation « déconstruit » tout l'édifice traditionnel des échelles emboîtées (local, régional, national, international) sur lequel reposait l'analyse géographique et politique. De toutes ces échelles, la plus affectée est celle du national, c'est-à-dire des États, qui joue de moins en moins le rôle englobant (notamment en tant que cadre « naturel » de fonctionnement des solidarités) qui lui était dévolu dans l'ordre d'avant la globalisation, depuis l'émergence des États-nations au 19e siècle et de l'État-providence après 1945. On peut néanmoins formuler quelques réserves à l'égard de ce livre. L'une, qui est plutôt un avertissement à l'égard des lecteurs potentiels, porte sur le fait que sa lecture est ardue. Non pas que le style soit obscur (Mme Sassen s'abstient de recourir au jargon ésotérique trop courant chez les auteurs en sciences sociales), mais il est dense : il y a beaucoup de passages qu'il faut reprendre une ou deux fois à tête reposée avant d'avoir bien saisi ce que l'auteur veut dire. Cette difficulté est encore renforcée par le fait que l'auteur donne très peu d'exemples concrets pour illustrer ses assertions. Elle renvoie, pour tout ce qui concerne les constatations empiriques, à une bibliographie composée pour l'essentiel de monographies savantes que ne pourront consulter que des lecteurs ayant accès à une bibliothèque universitaire en anglais. Ce parti découle, fort logiquement, du projet même de l'ouvrage, qui n'est pas de livrer une étude descriptive des phénomènes associés à la globalisation, mais de les théoriser en livrant des clefs conceptuelles adéquates ou, tout au moins, de préciser et de clarifier les concepts utilisés par la littérature courante consacrée au sujet (je pense, à cet égard, au livre de J. Stiglitz, « La grande désillusion », dont les analyses restent très superficielles et avec lequel la profondeur de la réflexion de Mme Sassen offre un contraste frappant), et qui sont souvent assez flous, voire erronés, comme elle le démontre avec brio dans bien des cas. En dépit de quelques maladresses mineures (p. ex. la « sécurisation » de la propriété immobilière, transcription du terme anglais « securitization » qui aurait dû être traduit par « titrisation » ; ou le « NAFTA » qui, en français s'appelle ALENA, d'autant plus que le français est l'une des 3 langues officielles de l'ALENA), la traduction est de bonne qualité et ne crée pas de difficulté supplémentaire de lecture. Une autre porte sur l'analyse des groupes sociaux. Si celle de la classe globale des travailleurs sous-payés (et qui se termine, page 198, par une phrase qui mérite d'être relue et méditée laissant entendre que le système de la globalisation condamne à terme la plus grande partie de la population des actuels pays industriels à être absorbée par cette classe) est originale et remarquable, celle de l'élite globalisée est moins convaincante. Elle distingue bien les "élites transnationales" (p. 182), formées de technocrates globalisés (états-majors des firmes transnationales et cadres des organisations internationales telles que le FMI, l'OMC, l'UE) des "réseaux transnationaux de responsables gouvernementaux" (p. 188)qui assurent, au sein des bureaucraties nationales l'interface avec l'ordre globalisé, et examine avec finesse les rapports de connivence et d'intérêts communs qui se tissent entre les deux groupes, coupant progressivement le second de ses homologues s'occupant de questions purement intérieures. Mais l'auteur passe sous silence l'existence d'un groupe distinct, celui des grands propriétaires de capitaux, actionnaires majeurs des firmes transnationales et des fonds servant aux transactions spéculatives, groupe peu nombreux à l'échelle mondiale, mais qui détient en fait les leviers de commande ultimes, ne serait-ce que par le pouvoir de choisir les personnes-clefs des états-majors (voire, dans bien des pays, d'influer sur le choix des dirigeants politiques et sur l'orientation de leurs programmes). Ce groupe a de plus en plus le caractère d'une classe au sens usuel, de par la communauté croissante des intérêts qui le soudent et la déconnexion de ceux-ci des intérêts de leurs compatriotes. Une dernière réserve porte sur un point de détail, mais dont la portée politique est immense. Dans son analyse de la mise en place d'un ordre juridique globalisé, l'auteur met très bien en relief le rôle joué par diverses conventions multilatérales et surtout par les firmes transnationales et leurs cabinets d'avocats et d'experts-comptables pour faire prévaloir un système de normes qui sert leurs intérêts et réduire les États à une fonction de simple garant de la bonne application de ces normes élaborées en dehors de tout processus démocratique. En revanche, elle omet de mentionner un autre phénomène : les extensions de compétences que s'accordent, de leur propre chef ou sous le couvert de lois inspirées par les lobbies de la magistrature (« appel de Genève »), les organes judiciaires nationaux au-delà des frontières territoriales de la juridiction des États auxquels ils appartiennent (ex : la loi belge de « compétence universelle »), sapant ainsi les bases de l'ordre international reposant, depuis le traité de Westphalie, sur le principe d'une souveraineté liée à un territoire et de non-ingérence dans les affaires intérieures des autres États. Au final, c'est un livre dont la lecture récompensera largement les efforts nécessaires pour suivre les raisonnements de l'auteur. Il ne faut pas en attendre une description de plus de phénomènes dont de multiples ouvrages et articles de presse rendent déjà compte, mais des clefs théoriques aptes à en donner une compréhension plus affûtée, ainsi que des pistes de réflexion pour les recherches restant à mener sur le sujet. En bref, un livre qui « se mérite », et mérite d'être lu et médité.
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