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Contenu rédigé par Mixed up as a ...
Classement des meilleurs critiques: 314
Votes utiles : 336
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Commentaires écrits par Mixed up as a milkshake
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L'Eglise
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par Louis-Ferdinand Céline Edition : Broché |
| Prix : EUR 21,76 |
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Les errances de Bardamu, 9 décembre 2012
L'Église, dans son genre, correspond bien à ce à quoi je m'attendais et confirme tout ce que j'avais pu entendre ou lire à son propos. J'ai passé un bon moment, les dialogues sont savoureux, on visualise bien les décors et on se prend d'affections pour certaines des personnages, un peu tristes, simples et attachants ; le ton est léger, tout en contenant des vérités vraiment éclatantes. Comme le dit très bien le résumé, cette pièce est un peu la répétition générale du Voyage, et effectivement elle l'annonce, c'est presque un plan, une sorte de feuille de route. La fin du dernier acte, qui se termine en danse et en musique, de façon fraternelle, est vraiment très belle.
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3.0 étoiles sur 5
Idées riches personnages pauvres, 2 décembre 2012
Les points positifs sont toujours les mêmes en ce qui concerne Brussolo : originalité des idées, imagination très développée, descriptions, métaphores, comparaisons très bien trouvées, déroulement du récit ultra carré en plus d'être jubilatoire, rien à redire de ce côté-là. L’histoire est vraiment bonne, et il y a dans ce livre quelques situations rencontrées par le héros, qui pour moi représentent un peu l’apothéose du cauchemar, de l’horreur, de ce qui glace le cœur et empêche de penser, de faire le moindre geste, le genre de situation éprouvante comme Brussolo sait toujours si bien les concocter. Mais voilà, la narration est beaucoup trop mécanique à mon goût, trop descriptive et dépourvue d’émotions. C’est trop froid et on aimerait qu'il y ait un minimum de psychologie, de réflexions dans tout ceci, ça nous permettrait de nous attacher un peu plus aux personnages. Finalement avec ce roman (j’avais déjà éprouvé la même chose avec "Les Lutteurs immobiles") j’ai l’impression que Brussolo est en pilotage automatique, il écrit pour écrire, pour nous révéler ses idées géniales avant tout, qu'il développe, mais à un certain point, et sans jamais nous faire part de ses sentiments, de façon presque indifférente, machinale. On dirait qu'il ne peut pas dépasser les strictes frontières de la description des choses. Il semble être attaché qu'à cela et aux explications de ses idées qui effacent complètement ses personnages. Il reste dans la démonstration et oublie de nous faire vibrer. Donc, un bon petit bouquin de science-fiction, extra efficace, avec des images très marquantes, mais beaucoup trop court et au final un peu mou.
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Semmelweis
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par Louis-Ferdinand Céline Edition : Poche |
| Prix : EUR 6,65 |
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2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Une oeuvre magistrale !, 22 novembre 2012
Cette thèse passionnante, épique, se lit comme une nouvelle, ou comme une légende peut-être, mêlant histoire, philosophie, poésie et tragédie. Je ne connaissais rien de Semmelweis, il m'était totalement étranger, et Céline, plus lyrique que jamais, d'une plume sublime, et n'ayant strictement rien à voir avec la façon dont il écrira ses romans plus tard, m'a emporté avec une facilité déconcertante dans l'histoire (« tragique et merveilleuse aventure ») de ce grand personnage en avance sur son temps (précurseur clinique de l’antisepsie) passionné, dévoué, plein de bonté et de pitié, en lutte totale contre la mort décimant les femmes après leur accouchement et que personne n'était en mesure d'expliquer, à l'exception de cet homme, qui finit par découvrir qu'il faut se désinfecter les mains avant de traiter ces femmes. J'ai vraiment été touché par son parcours, par les épreuves qu'il a traversé (oppositions, moqueries, insultes, il sera révoqué à deux reprises et prié de quitter Vienne) pour tenter de faire accepter au monde de l’obstétrique et de la chirurgie ses idées qu’il considérait comme grotesques. La fin de sa vie est tragique, pitoyable, et cette thèse se conclut comme du Lovecraft. Donc ce livre représente pour moi deux découvertes : celle d'un grand homme de la médecine dont j'ignorais l‘histoire et l‘importance de ses intuitions, et celle d'une autre facette du talent de Céline, le talent de Conteur pur à la plume ô combien redoutable ! Une petite démonstration, avec deux paragraphes qui m'ont soufflé ! Un premier passage que j’ai trouvé très nietzschéen, à propos du génie : « D’ailleurs n’en faut-il pas toujours dans les grandes circonstances de ce monde, quand le torrent des puissances matérielles et spirituelles, obscures, mêlées, entraînent les hommes en foules hurlantes mais dociles, vers des fins meurtrières. Bien peu parmi les mieux doués, savent alors faire autre chose que de se signaler par une course plus rapide vers l’abîme ou par un cri plus strident que les autres. Rarissime est celui qui, se trouvant au milieu de cette obsession des ambiances qu’on appelle la Fatalité, ose, et trouve en lui la force qu’il faut pour affronter le Destin commun qui l’entraîne. Dans l’ombre il trouvera la clef de mystères auparavant redoutables. Presque toujours celui qui la veut avec assez de foi la découvre, car toujours elle existe, et devant son audace le torrent des fatalités se détourne vers d’autres ignorances jusqu’au jour d’un autre génie. » Et puis : « Ne croyez pas ces poètes qui vont se lamentant contre les rigueurs et les sujétions de la pensée ou qui maudissent les chaînes matérielles dont s’entrave, prétendent-ils, leur essor admirable vers le ciel des purs esprits ! Bienheureux inconscients ! Prétentieux ingrats en vérité, qui ne conçoivent qu’un petit coin joli de cette absolue liberté dont-ils prétendent avoir le désir ! S’ils se doutaient, les téméraires, que l’enfer commence aux portes de notre Raison massive qu’ils déplorent, et contre lesquelles ils vont parfois, en révolte insensée, jusqu’à rompre leurs lyres ! S’ils savaient ! De quelle gratitude éperdue ne chanteraient-ils point la douce impuissance de nos esprits, cette heureuse prison des sens qui nous protège d’une intelligence infinie et dont notre lucidité la plus subtile n’est qu’un tout petit aperçu. Semmelweis s’était évadé du chaud refuge de la Raison, où se retranche depuis toujours la puissance énorme et fragile de notre espèce dans l’univers hostile. Il errait avec les fous, dans l’absolu, dans ces solitudes glaciales où nos passions n’éveillent plus d’échos, où notre cœur humain terrorisé, palpitant à se rompre sur la route du Néant, n’est plus qu’un petit animal stupide et désorienté. » Tout simplement grandiose.
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2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
"Tels les Saturniens doivent souffrir et tels mourir...", 20 novembre 2012
La poésie de Verlaine est une poésie qui convoque les sens ! Quelles sensations ! ses poèmes ressemblent à des tableaux impressionnistes, ils sont magnifiques ! Verlaine c'est la mélancolie, la rêverie, le chagrin, la délicatesse, l'amour du Beau et sa célébration, les frissons et la nostalgie que les paysages font naître en vous, l'harmonie de la nature et ses éléments auxquels vous vous unissez le temps de quelques vers. C'est le désespoir que provoque la mort, le silence, la solitude, la douleur d'aimer, de perdre... C'est vraiment de la très belle musique, ça coule tout seul, c'est très fort et pas difficile à lire - beaucoup moins que Rimbaud par exemple. Ces poèmes saturniens font beaucoup de bien, ils désarment... je vous les conseille grandement ! Buvez ! Un des poèmes que j'aime beaucoup, "Promenade sentimentale" : Le couchant dardait ses rayons suprêmes Et le vent berçait les nénuphars blêmes ; Les grands nénuphars entre les roseaux Tristement luisaient sur les calmes eaux. Moi j'errais tout seul, promenant ma plaie Au long de l'étang, parmi la saulaie Où la brume vague évoquait un grand Fantôme laiteux se désespérant Et pleurant avec la voix des sarcelles Qui se rappelaient en battant des ailes Parmi la saulaie où j'errais tout seul Promenant ma plaie ; et l'épais linceul Des ténèbres vint noyer les suprêmes Rayons du couchant dans ses ondes blêmes Et les nénuphars, parmi les roseaux, Les grands nénuphars sur les calmes eaux.
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Rigodon
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par Louis-Ferdinand Céline Edition : Broché |
| Prix : EUR 7,13 |
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2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Dernière musique célinienne... avant l'arrivée des Chinois, 6 novembre 2012
Je pensais que "Nord" était le roman de l'apocalypse, mais il n'était qu'une mise en bouche. C'est "Rigodon" qui l'est, en fait. Dans ce roman, tout n'est que désolation, il n'y a plus rien. Nous allons de gare en gare, de train en train, de fuite en fuite. Nous rencontrons de temps à autres des personnages, croisant la route des protagonistes, puis disparaissant : Restif le commando, que l'on croisait déjà dans D'un château l'autre , le vieil italien Felipe à la recherche de "soun patroun" ou encore cette bande d'enfants perdus et handicapés, que Céline, derrière son aspect bougon, ses mots durs, décrit avec beaucoup de tendresse : "Je les vois là plus bas plein les cailloux... ils ne vont pas plus loin... ah les petits crétins !... les voici, pas d'erreurs, pas exagéré, tous bancalots, grosses têtes pendantes, des quatre à dix ans, à peu près... Quasimodo bambins baveux [...] A vrai dire, ces mômes si débiles, bulleux, baveux, ne pouvaient rien nous demander... on voyait, il faisait l'effort qu'on les comprenne, c'était tout... y'aurait plus d'abattoirs possibles si les fonctionnaires préposés regardaient les yeux des anormaux..." Les découvertes des villes en ruines sont macabres : "Harras m'avait dit : ils arrosent tout au phosphore... il ne reste rien... évidemment !... ah tous les mômes s'agglomèrent autour de quelque chose... c'est plus un pied ce sont des corps entiers dans la glu... du bitume a fait glu dessus et autour... gras enduit noir... ah, oui !... un homme, une femme et un enfant... l'enfant au milieu... ils se tiennent encore par la main... et un petit chien à côté... c'est un enseignement... des gens qui devaient se sauver, le phosphore a mis le feu au bitume, ils ont été pris en famille, recouverts étouffés en bloc". Plus loin : "Ah je le revois !... là !... le cadavre... je dirais un mort de cinq à six jours... il fait froid, il a pas beaucoup fermenté, tout de même il sent... je m'approche, c'est un commerçant à sa caisse... assis... la tête, le buste croulés en avant [...] de quoi il est mort ?... oh, d'un éclat ! les boyaux lui sortent par une plaie d'à peu près la hanche au nombril... éventré, en somme... les intestins et l'épiploon sur les genoux". Il y a aussi ce moment qui m'a marqué, où il est question que les allemands détruisent les dernières gares en service, alors qu'elles sont encore pleine de réfugiés, de gens en fuite. Un des allemands, après l'anéantissement de la gare, ramasse des douilles et tout ce qu'il peut trouver aux alentours du lieu de destruction, et rencontre Céline et Lili, qui ont pu fuir avant le carnage, et chose étonnante, il partage avec eux quelques carrés de chocolat aux noisettes, et offre de la mie de pain au chat Bébert, avant de les laisser reprendre la route. Comme quoi les hommes ne font qu'accomplir la volonté des élites qui les envoient au casse-pipe, dressés pour tuer leur prochain, alors qu'en réalité, ils n'ont aucune raison, eux, de s'entre-tuer, la preuve, ces instants de partage et de compréhension, qui interviennent après un carnage ! toute l'absurdité des guerres est là ! Un très grand roman, plein de noirceur et d'humour désabusé - comme si à travers les larmes, vous ne pouviez pas vous empêcher de rire, grâce à de tout petits éclats de lumière comme Céline sait si bien vous les montrer - et de grandes vérités. Le but de Céline était de rendre les autres illisibles, ce qui peut prêter à sourire quand on sait que c'est lui, que tout le monde trouvait illisible. Mais je crois qu'il y est parvenu, car en effet, je n'ai plus l'impression d'être "dans le vrai" lorsque je reviens à la forme classique de la littérature. L'impression de voir toutes les ficelles, de voir tous les rouages, de lire une histoire au ronron rassurant... tandis qu'avec Céline, tout a disparu, rien n'est visible, vous ne savez jamais à quoi vous attendre, vous êtes sur le qui vive avec lui, vous êtes dans l'instantané, dans le temps qui passe, dans la vie même !
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5 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Sans concession, 29 octobre 2012
En un mot, et bien détaché : pas-sion-nant ! C'est vraiment énorme de pouvoir se plonger dans la correspondance d'un écrivain de la taille de Céline, étalée ici sur 30 ans. Ce qui m'a frappé c'est de voir à quel point il s'est battu pour son oeuvre, ses livres, ses "chefs-d'oeuvre, ses ours" comme il les appelait lui-même, à quel point son plus grand combat, finalement, aura été qu'ils soient réédités et propagés le plus possible, et de défendre son style. Dès qu'il est rentré en France après ses deux années de prison au Danemark (une fosse de 6 mètres de profondeur, 3 mètres sur 3) son objectif a bien évidemment été de faire rééditer ses livres et c'est Gaston Gallimard qui s'en est chargé. L'obstination et l'intransigeance de l'écrivain, en plus de son travail d'écriture phénoménale, m'a véritablement scotché ! Tout comme son esprit critique et sans pitié à l'égard des écrivains et de la littérature de son époque, mais aussi des classiques. Ses réclamations, ses exigences, sur des années, sans cesse renouvelées, son obsession : que ses livres soient publiés en poche, pour que la jeunesse ait accès facilement à son oeuvre, et figurer dans la Pléiade de son vivant, ce qu'il obtiendra à quelques mois de sa mort en 1961, et après des années de relances, de menaces et d'invectives en tous genre... pour ça, on pourra dire qu'il aura harcelé la N.R.F. ! Oui, il aura bien rouspété le vieux, se sera bien défoulé et aura bien emmerdé ses ennemis aussi, seul contre tous, il aura ridiculisé le petit monde des vainqueurs, épurateurs, pilleurs et accusateurs, journalistes et intellectuels, à travers ses écrits et ses lettres. Il en aura aussi fait voir de toutes les couleurs à un Gaston Gallimard véritablement patient et aimable malgré tout, car c'était aussi un jeu, cette correspondance : "Vous avez toujours 18 ans, écrira-t-il à Céline, et c'est ce que j'aime en vous - et c'est ma faiblesse vis-vis de vous." Les lettres sont vraiment drôles, émouvantes, délicieuses, terriblement culottées, pleine de sarcasmes, d'humour, de finesse, le langage y est très fleuri ! Céline fidèle à son style, fidèle au personnage vociférateur de ses romans, et celui qu'il s'est créé, le Clochard de Meudon n'ayant à plaire à personne, complètement débarrassé des bonnes manières (à part vis-à-vis des vrais et très rares amis) et pouvant ainsi se permettre la provocation à tous les niveaux possibles. Bien sûr, ça n'est qu'une facette du personnage, les céliniens le savent...
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Nord
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par Louis-Ferdinand Céline Edition : Poche |
| Prix : EUR 8,65 |
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5.0 étoiles sur 5
"Sourires et grimaces, vainqueurs et vaincus, même marmite !... ", 24 octobre 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Nord (Poche)
Plus sombre que "D'un château l'autre", on ressent bien dans "Nord", au début roman, l'ambiance lourde, grise, froide de Berlin en ruine, anéanti sous les bombes. On a vraiment l'impression passé 50 pages de se retrouver dans cette ville, au milieu des décombres, dans une grisaille épaisse où résonnent les sirènes, au milieu des lueurs roses et jaunes que projettent ici et là les flammes ; Berlin, décor où ne tiennent plus que des façades, ou encore quelques rares morceaux d'immeubles ravagés ; où les rues n'existent plus, où l'on ne croise plus que des gens en fuite, ou de pauvres loqueteux, tachant de déblayer un peu et de réunir en tas propres ce qui a été détruit. Et puis plus loin, lorsque Céline, Lili, La Vigue et Bébert arrivent à Zornhof, là on observe vraiment comment fonctionne et vit un petit hameau au milieu duquel sont entretenues les haines vis-à-vis des uns et des autres, entre résistants, prisonniers, réfugiés, collabos, anti ou pro-nazi, anti-français, anti-allemands, russes... la tension est permanente, la suspicion règne, la paranoïa est omniprésente, mène à l'épuisement, à la folie, aux questionnements incessants, aux méfiances... et puis la faim ! c'est à qui mangera le plus et le mieux, qui saura le mieux se débrouiller pour survivre et trouver à manger au milieu des haines et des ressentiments. Il y a aussi des moments de partage, certes un peu forcés, histoire d'éviter les conflits, les dénonciations, mais tout de même, de ces moments de savoir-vivre, d'indulgence, de générosité, qui permettent de maintenir un peu d'ordre et de dignité. Et alors que la fin est proche et que tout s'écroule, l'homme aussi ne cesse jamais d'espérer, ou de faire comme si rien n'était, comme si tout allait s'arranger... "Nord" est vraiment un roman de l'apocalypse, bardé de réflexions puissantes et de visions cauchemardesques. Du Céline tout de même moins fiévreux et à fleur de peau que dans les premières oeuvres. C'est ici le médecin vieux, fatigué, discret et dévoué qui est au premier plan.
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2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
"Ce qui nuit dans l'agonie des hommes c'est le tralala", 11 octobre 2012
Un chef-d'oeuvre ! Mon Céline préféré après le Voyage. Le contenu de "D'un château l'autre" est comme dans ses autres romans, frénétique, assemblage de phrases déstructurées, inachevées, plein de digressions, et expressif à un point inimaginable, mais beaucoup moins difficile à lire que "Féerie", "Normance", et peut-être aussi "Guignol's Band". Il se démarque beaucoup de ces derniers, du fait des sujets évoqués, de la période de l'Histoire abordée (et des personnages, grandes figures historiques) qui le tendent vers un côté plus classique, plus "grand publique". Pour ça que je le classe aux côtés du Voyage, parce que "D'un château l'autre" ressemble un peu plus à un roman, et un roman d'une très grande portée ! La richesse du langage, son écoulement incroyablement complexe sous ses apparences simples, plein de détours, retours, raccourcis, la culture historique de Céline, sa vision des hommes et du monde, son sens géniale de l'hallucination et des descriptions, drôles et vivantes, les aphorismes qu'il balance à la pelle, son humour décapant, son expérience de la guerre et de la médecine, son côté pamphlétaire et hautement provocateur, voire déplacé, son franc-parler... tout ressort dans ce roman, où seuls les enfants, les animaux et les souffrants semblent trouver grâce aux yeux de l'écrivain. Les autres, hommes et femmes, misérables ou puissants, y compris l'intelligentsia de son époque (les Sartre, Mauriac, Aragon et d'autres) se font joyeusement dynamiter, très méchamment déboulonner. Et puis j'ai beaucoup aimé l'évocation de sa chienne Betty, qui tient sur quatre pages et demie, comme elle était belle et brave, et comme elle a souffert elle aussi de la faim durant les années d'exil. Ces quelques pages sont d'une beauté et d'une simplicité très poignante. Comment aborder la littérature après Céline, c'est une question que l'on peut se poser après la lecture de ses romans. Celui que l'on nomme le plus grand écrivain français du XXe siècle a, me semble-t-il, condamné les écrivains de sa génération et ceux des suivantes à ne jamais pouvoir le dépasser, à rester pour toujours à l'intérieur des frontières du roman dit classique, sans en dépasser les limites, ou de peu.
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Charly 9
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par Jean Teule Edition : Poche |
| Prix : EUR 5,80 |
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Aucun internaute (sur 1) n'a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5
Paix à ton âme, Charly, 2 octobre 2012
J'ai bien aimé ce bouquin, même si je ne le mets pas au même niveau que Le Montespan, qui est meilleur et plus intéressant, parce que plus riche, plus épique peut-être... et puis aussi un tout petit peu plus comique et un tout petit peu moins sordide. Je chipote un peu, allez. Charly 9 est bon, Teulé fidèle à son style, toujours aussi efficace, original, et vraiment drôle ! il sait facilement nous transporter dans le récit et dans l'Histoire, il sait la rendre attrayante, et nous montrer les choses grâce à sa très belle plume - il y a des moments de poésie que j'ai trouvé magnifiques, par exemple dans les descriptions de la nature, lorsque le Roi s'y rend pour chasser, mais malheureusement trop courtes ! ces petits instants de pureté aèrent le roman, où tout n'est que déchéance : celle des corps comme celle de la morale. Toujours autant d'humour (très noir) de passages crus (parfois grand-guignolesques) d'observations indécentes, relatés comme ça, de façon détachée, sur le ton de la plaisanterie, ce qui donne au règne désastreux de Charles IX l'allure d'une grosse farce. Malheureux Roi de France, dont on jeta les restes dans la fosse commune en 1793 parce que son mausolée ne fut jamais construit. La folie dans laquelle il sombre est l'occasion pour Teulé de nous décrire des scènes vraiment succulentes, grotesques, pathétiques, se déroulant aussi bien au Palais du Louvre, où le Roi chasse le cerf à poil sur son cheval, que chez sa maîtresse Marie Touchet avec laquelle il se vide royalement en sonnant du Huchet ! Bref, ce fut un plaisir de se plonger une fois de plus dans l'Histoire de France, ici abîmée et ensanglantée, tournée en dérision, et de côtoyer tous ces personnages historiques, aussi bien le Roi que Catherine de Médicis ("l'infecte Jézabel"), en passant par Ronsard ou Ambroise Paré ; de découvrir leur état d'âme à propos de leur époque, de même que leurs habitudes, leurs goûts, leurs travers etc. Enfin voilà, Charly 9 n'est pas ce qu'on peut appeler un chef-d'oeuvre, mais c'est un livre vraiment bien écrit, plein d'humour, de mélancolie, et de violence, avec lequel on passe un très bon moment.
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4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Quel esprit ! quel coeur et quelle intuition !, 30 septembre 2012
Un magnifique ouvrage ! hautement recommandable, que la précision et la clarté rendent lisible et abordable malgré la complexité du sujet évoqué, et où Rousseau, de façon éblouissante, nous amène à découvrir et à comprendre pourquoi et comment l'inégalité, à l'origine presque inexistante, est devenue, au fil des temps, avec le développement des connaissances et de l'esprit, du Droit de propriété et des Lois, aussi démesurée. De nos sociétés, entre le meilleur et le pire, les vices et les vertus, les sciences et les erreurs, découle, selon Rousseau, une multitude de mauvaises choses sur un petit nombre de bonnes. L'invention des sociétés a altéré l'Etat de Nature de l'homme et a fait de lui, entre autres, un être policé capable de vendre ce qu'il a de plus précieux au monde, à savoir sa liberté, pour un peu de tranquillité ("la plus aveugle obéissance est la seule vertu qui reste aux esclaves") ou pour devenir lui-même un tyran : "D'ailleurs, les citoyens ne se laissent opprimer qu'autant qu'entraînés par une aveugle ambition et regardant plus au-dessous qu'au-dessus d'eux, la Domination leur devient plus cher que l'indépendance, et qu'ils consentent à porter des fers pour en pouvoir donner à leur tour." Pour Rousseau : "L'homme originel s'évanouissant par degrés, la Société n'offre plus aux yeux du sage qu'un assemblage d'hommes artificiels et de passions factices (...) et n'ont aucun vrai fondement dans la Nature (...) L'homme sauvage et l'homme policé diffèrent tellement par le fond du coeur et des inclinations, que ce qui fait le bonheur suprême de l'un, réduirait l'autre au désespoir." Mais cet ouvrage ne s'arrête pas là, et la pensée de Rousseau va beaucoup plus loin, le philosophe imaginant (annonçant presque, tel un prophète) les conséquences futures découlant des inégalités multipliées (et celles-ci proliférant sans cesse, ses intuitions de 1754 en rapport avec l'avenir peuvent parfaitement se reporter jusqu'à notre temps, surtout dans le contexte actuel de l'Europe) et ses propos à cet égard restent à méditer : "(...) On verrait la multitude opprimée au-dedans par une suite des précautions mêmes qu'elle avait prises contre ce qui la menaçait au-dehors. On verrait l'oppression s'accroître continuellement sans que les opprimés pussent jamais savoir quel terme elle aurait, ni quels moyens légitimes il leur resterait pour l'arrêter. On verrait les Droits des Citoyens et les libertés Nationales s'éteindre peu à peu, et les réclamations des faibles traitées de murmures séditieux (...) C'est du sein de ce désordre et de ces révolutions que le Despotisme, élevant par degrés sa tête hideuse et dévorant tout ce qu'il aurait aperçu de bon et de sain dans toutes les parties de l'Etat parviendrait enfin à fouler aux pieds les Lois et le Peuple, et à s'établir sur les ruines de la République. Les temps qui précéderaient ce dernier changement seraient des temps de troubles et de calamités : mais à la fin tout serait englouti par le Monstre et les Peuples n'auraient plus de Chefs ni de Lois, mais seulement des Tyrans (...) C'est ici que tous les particuliers redeviennent égaux parce qu'ils ne sont rien, et que les Sujets n'ayant plus d'autre Loi que la volonté du Maître, ni le Maître d'autre règle que ses passions, les notions du bien et les principes de la justice s'évanouissent derechef. C'est ici que tout se ramène à la Loi du plus fort, et par conséquent à un nouvel Etat de Nature différent de celui par lequel nous avons commencé, en ce que l'un était l'Etat de Nature dans sa pureté, et que ce dernier est le fruit d'un excès de corruption." "Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes" est un livre passionnant, enrichissant, à lire absolument si vous vous intéressez à l'humanité et à sa condition, si vous voulez comprendre son cheminement, et c'est aussi une excellente façon de découvrir la pensée et la grandeur d'âme de Rousseau ! et ce sans trop souffrir au niveau de la lecture.
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