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Mixed up as a milkshake
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Tolstoï, le pas de l'ogre
Tolstoï, le pas de l'ogre
par Christiane Rancé
Edition : Broché
Prix : EUR 19,30

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Une âme en feu, 16 août 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Tolstoï, le pas de l'ogre (Broché)
Superbe ouvrage, qui résume surtout la pensée de l’écrivain et ses tourments d’ordre existentiel, spirituel, religieux, philosophique. C’est très bien écrit, c’est tout aussi agréable à lire que sont agréable à écouter les conférences d’histoire d’un Henri Guillemin pour donner une idée. Et puis cette lecture nourrit à nouveau mon enthousiasme pour Tolstoï, grâce aux petites analyses que l’auteur fait des œuvres du titan russe (j’ai replongé brièvement dans Guerre et Paix avec plaisir) et d’où venaient ses idées de départs, qu’est-ce qui l’inspirait etc. Beaucoup d’extraits de ses carnets, d’anecdotes, de correspondances, de citations éclairantes venant d’autres écrivains, biographes et philosophes russes, et puis une véritable découverte, celle de l’homme, incroyable force de la nature, et force spirituelle, rempli de vie et hanté par la mort, tiraillé entre de multiples sentiments contradictoires, basculant de l’angoisse à la joie pure et le bonheur d’exister, et qui a inspiré la Révolution, inspiré Gandhi, créé une religion, fondée notamment sur la non-résistance, sorte de christianisme personnalisé et dépourvu d'eschatologie : le tolstoïsme, qui a fait des adeptes, aussi bien chez les loqueteux et les paysans que chez les aristocrates, les écrivains ; un homme préoccupé par la condition de ses prochains, par l’éducation des enfants, développant ainsi une nouvelle pédagogie, avec création de manuels scolaires adaptés à tous les enfants des paysans à qui, avec l’aide de sa famille, il a enseigné, cherchant à captiver très tôt leur attention aux choses de la nature, de l’existence ; et un homme que les plus grands écrivains reconnaissaient comme le plus grand : par exemple Tourguéniev, qui écrivait ceci après la sortie de Guerre et Paix : « On trouve dans ce roman des choses que personne, en dehors de Tolstoï,, n’est capable d’écrire dans l’Europe entière, et qui ont provoqué en moi des frissons, une véritable fièvre d’enthousiasme. » Ça m’a rappelé ce que j’ai moi-même ressenti à la lecture de cette épopée. Ou encore la réaction de l’écrivain Rozanov, après l’avoir rencontré pour la première fois : « Quand je le vis, il me sembla voir justement ce que j’attendais : un phénomène naturel, les "Alpes". La personnalité de Tolstoï, voilà l’essentiel, le peuple russe est en lui tout entier. »

Beau livre donc, sans prétention, de forme très aérée, avec une écriture précise, propre, et inspirée.


Les raisins de la colère
Les raisins de la colère
par John Steinbeck
Edition : Poche
Prix : EUR 9,40

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 "... et dans les rires des mioches qu'ont faim et qui savent que la soupe les attend, je serai là.", 5 août 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les raisins de la colère (Poche)
Quel long et pénible voyage pour cette famille Joad. Et quelle famille forte, avec une mère incroyable, le personnage de Man, véritable moteur, ou planète autour de laquelle gravitent tous les membres de la famille, ce personnage qui à mon sens tient tout le roman en équilibre, un roman aux mots calleux comme les mains et les pieds des paysans, brûlants et huileux comme les moteurs de ces vieilles guimbardes roulant le long de la route 66, noueux comme des racines d'arbres, et ne laissant place à aucun moment à un quelconque pathos... Steinbeck est vraiment fort et éclair sous leur jour le plus pur, le plus brut, les relations complémentaires entre les hommes et les femmes de la nature, de la campagne, dans le cadre familiale. Des personnages inoubliables : Tom Joad bien sûr, et puis l'ancien pasteur Casy et ses interrogations incessantes sur le but des hommes et leurs rôles ici-bas, l'oncle John aussi, et puis Man, Pa, Al, des dialogues réalistes et tellement bien bidouillés, des expressions qui rentrent d'dans, pleine de saveurs, des scènes de courage incroyables, et des descriptions et des ambiances - comme toujours avec Steinbeck - extrêmement vivantes, quasi palpables, où l'on a souvent l'impression de ne faire plus qu'un avec la nature, les éléments, et les aliments aussi, la nourriture est omniprésente dans ce roman, car la faim est omniprésente. L'écriture de Steinbeck me fait toujours autant d'effets, il est comme un photographe maîtrisant parfaitement la lumière, sachant toujours faire ressortir comme il faut les objets, la nature, les différents moments de la journée, c'est un narrateur extraordinaire qui décrit si bien les gens, leurs visages, leurs gestes, leurs manières, leurs plus belles ou plus laides expressions, toujours au plus près de la vérité, y compris lorsqu'il s'agit de se mettre « dans la peau » des machines - ces machines qui violent la terre, en parlant des tracteurs :

"Derrière les herses, les longs semoirs... douze verges en fer incurvées, érigées à la fonderie, aux orgasmes déclenchés par des leviers, au viol méthodique, au viol sans passion. Le conducteur était assis sur son siège de fer et il était fier des lignes droites qu'il avait tracées sans que sa volonté fût intervenue, fier du tracteur qu'il ne possédait ni n'aimait, fier de cette puissance qu'il ne pouvait pas contrôler. Et quand cette récolte poussait et était moissonnée, nul homme n'avait écrasé entre ses paumes les mottes chaudes et n'en avait laissé couler la terre entre ses doigts. Personne n'avait touché la graine, ni imploré ardemment sa croissance. Les hommes mangeaient ce qu'ils n'avaient pas produit, rien ne les liait à leur pain. La terre accouchait avec les fers et mourait peu à peu sous le fer ; car elle n'était ni aimée, ni haïe, elle n'était l'objet ni de prières ni de malédictions."

Un roman très rude, mais aussi sensible et pudique - les personnages malgré leurs misères, restent dignes et jamais ne s'apitoient sur leur sort - et qui heureusement laisse aussi beaucoup de place à l'humour. Tout ça en compagnie d'êtres simples luttant pour leur survie et qui nous laissent un message : ne baissez jamais les bras, et surtout, comptez sur l'entraide, sur les uns et les autres, l'union faisant la force. Malheureusement, Steinbeck montre aussi que pour quelques miettes de pain, la plupart des hommes ne veulent, ni ne peuvent, s'unir pour tenter de renverser un système, ou une tendance, la répression finissant toujours par l'emporter, mais sans jamais parvenir vraiment à détruire le mental de certains individus, et la fin semble clairement aller dans ce sens, la lutte pour la survie est perpétuelle, continue et doit continuer. Ce que montre ce roman - notamment à travers ces espèces d'interludes dans lesquels Steinbeck donne parfois son point de vue sur la situation et se met à la place des émigrés chassés de leurs terres par le rouleau compresseur que représentent l'industrialisation et la machine remplaçant l'homme, traduisant leurs doutes, leurs espoirs - est donc on ne peut plus actuel et doit servir à réfléchir, et Steinbeck, au-delà du témoignage du drame humain que provoqua la Grande Dépression et la grande sécheresse de 1935, qu'il met en scène à la perfection, met en garde par la même occasion les dominateurs de ce monde, les accapareurs de richesses, les banques (que certains personnages dans le roman appellent le Monstre) et autres exploiteurs :

"Un million d'affamés ont besoin de fruits, et on arrose de pétrole les montagnes dorées.
Et l'odeur de la pourriture envahie la contrée.
On jette les pommes de terre à la rivière et on poste des gardes sur les rives pour interdire aux malheureux de les repêcher. On saigne les cochons et on les enterre, et la pourriture s'infiltre dans le sol.

Il y a là un crime si monstrueux qu'il dépasse l'entendement.

Il y a là une souffrance telle qu'elle ne saurait être symbolisée par les larmes. Il y a là une faillite si retentissante qu'elle annihile toutes les réussites antérieures. Un sol fertile, des files interminables d'arbres aux troncs robustes, et des fruits mûrs. Et les enfants atteints de pellagre doivent mourir parce que chaque orange doit rapporter un bénéfice. Et les coroners inscrivent sur les constats de décès : mort due à la sous-nutrition - et tout cela parce que la nourriture pourrit, parce qu'il faut la forcer à pourrir.

Les gens s'en viennent armés d'épuisettes pour pêcher les pommes de terre dans la rivière, et les gardes les repoussent ; ils s'amènent dans leurs vieilles guimbardes pour tâcher de ramasser quelques oranges, mais on les a arrosées de pétrole. Alors ils restent plantés là et regardent flotter les pommes de terre au fil du courant ; ils écoutent les hurlements de porcs qu'on saigne dans un fossé et qu'on recouvre de chaux vive, regardent les montagnes d'oranges peu à peu se transformer en bouillie fétide ; et la consternation se lit dans les regards, et la colère commence à luire dans les yeux de ceux qui ont faim.
Dans l'âme des gens, les raisins de la colère se gonflent et mûrissent, annonçant les vendanges prochaines."

Vraiment un grand roman, j'ai beaucoup aimé.


Alcools: Poèmes 1898-1913
Alcools: Poèmes 1898-1913
par Paul Leautaud
Edition : Poche
Prix : EUR 4,50

1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 "C'était et je voudrais ne pas m'en souvenir c'était au déclin de la beauté", 30 juin 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Alcools: Poèmes 1898-1913 (Poche)
Dans l'ensemble, on peut dire que les poèmes de ce recueil viennent d'un autre monde. Ils sont très étranges, pas tous grandioses, mais il y a toujours des vers magnifiques ici et là, qui frappent vraiment et intriguent. Deux vers que j'aime énormément sont ceux-ci :

"Aujourd'hui tu marches dans Paris les femmes sont ensanglantées
C'était et je voudrais ne pas m'en souvenir c'était au déclin de la beauté"

"Le déclin de la beauté"... je trouve ça très beau.

Aucune ponctuation dans ce recueil, ce qui ne rend pas la lecture facile, et rend les poèmes encore plus mystérieux ! parfois complètement abstraits et à n'y rien comprendre. Beaucoup de moments lugubres, oniriques, dépouillés, Apollinaire est vraiment une énigme pour moi. Pendant la lecture, je regardais souvent sa photo sur la couverture pour lui demander : "Mais qui étais-tu ?" C'est le côté créatif, hors format et totalement libre, spontané, qui m'a surtout marqué, avec ces espèces d'images délirantes n'ayant aucun rapport les unes avec les autres et pourtant assemblées en vers incontrôlables, en fusion, ou comme si elles tombaient n'importe comment d'un rêve en éclat ! Rien d'étonnant à ce qu'Apollinaire fut un amateur de cubisme et ami avec Picasso.


Le Livre de ma mère
Le Livre de ma mère
par Albert Cohen
Edition : Poche
Prix : EUR 5,60

4.0 étoiles sur 5 "Les fils ne savent pas que leurs mères sont mortelles", 27 juin 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Livre de ma mère (Poche)
Ce livre est gorgé de chagrin et de désespoir. C'est écrit simplicité et avec légèreté, tout est bien exprimé, dans un langage beau, pur, profond, mais si triste que s'en est parfois insupportable. Je me suis retrouvé dans Albert Cohen, dans sa mère aussi curieusement, dans laquelle, c'est évident, j'y ai vu ma propre mère. "Le livre de ma mère" est celui de nos mères, mais aussi le livre de la mort et de la perte inconsolable, dont l'écrivain parle avec les mots qui ont le don de nouer la gorge, de transpercer notre propre intimité, le secret de notre âme, nous rappelant notre triste et incompréhensible condition à tous, ce qui donne des passages proprement déchirants, comme lorsque l'écrivain s'adresse directement à Dieu pour lui demander quelle est au juste cette farce de la vie et de la mort que nous affrontons tous. Ce livre est donc une immersion dans le chagrin, la mélancolie et les souvenirs, faisant affluer avec eux tous les détails auxquels nous ne faisons pas attention lorsque les êtres que nous aimons sont en vie mais qui reviennent nous hanter terriblement lorsqu'ils disparaissent et nous laissent seul, perdu, orphelin et déglingué. Un extrait qui souligne bien ce sentiment : "Je la connais, la douleur, et je sais qu'elle n'est ni noble ni enrichissante mais qu'elle te ratatine et réduit comme une tête bouillie et rapetissée de guerrier péruvien, et je sais que les poètes qui souffrent tout en cherchant des rimes et qui chantent l'honneur de souffrir, distingués nabots sur leurs échasses, n'ont jamais connu la douleur qui fait de toi un homme qui fut."

Je vous conseille fortement la lecture de se livre qui se lit très vite, sauf si vous avez tendance à déprimer et si vous n'aimez pas plonger dans des états mélancoliques, mais il me semble qu'il faut vraiment le lire. Au moins une fois. Moi j'ai aimé le message que Cohen laisse à tous les fils du monde à la fin du livre ("Les fils ne savent pas que leurs mères sont mortelles") et je lui suis reconnaissant d'avoir écrit avec ses viscères ce chant d'amour consacré à Maman, tout simplement.

Un dernier passage émouvant - et ils le sont tous, le livre étant constitué de courts chapitres fait de petits textes espacés.

"Et d'ailleurs, nous les oublions vite, nos morts. Pauvres morts, que vous êtes délaissés en votre terre, et que j'ai pitié de vous, poignants en votre éternel abandon. Morts, mes aimés, que vous êtes seuls. Dans cinq ans, ou moins, j'accepterai d'avantage cette idée qu'une mère, c'est quelque chose de terminé. Dans cinq ans, j'aurai oublié des gestes d'elle. Si je vivais mille ans, peut-être qu'en ma millième année, je ne me souviendrais plus d'elle."


Les Chouans
Les Chouans
par Honoré de Balzac
Edition : Poche
Prix : EUR 5,60

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Des tumultes naissent les passions, 28 mai 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Chouans (Poche)
Un beau roman ! Spirale d'amour et de haine, dans laquelle sont emportés les personnages, avec ce qui fait la réputation du genre : des trahisons, de la ruse, de la jalousie, des passions, des combats, de l'aventure, et bien sûr, des descriptions de la nature (la Bretagne) et des éléments à couper le souffle, dignes de grands tableaux et qui confèrent à ce roman une atmosphère particulièrement envoûtante. Des scènes inquiétantes, tragiques, des rebondissements, des personnages dont les sentiments sont très bien dépeints et les actions parfaitement décrites, avec beaucoup d'élégance et une certaine âpreté aussi, à l'image de l'époque et des lieux décrits. Petite réserve tout de même : le récit parfois s'embrouille et on ne sait plus très bien avec qui l'on est ni où, ni qui parle.

Qu'est-ce que je peux ajouter de plus ? un extrait :

"Huit heures sonnèrent à toutes les horloges. La lune se levait fort tard. Le brouillard et la nuit enveloppaient donc dans d'effroyables ténèbres les lieux où le drame conçu par cet homme allait se dénouer. L'agent supérieur de la police sut imposer silence à ses passions, il se croisa fortement les bras sur la poitrine, et ne quitta pas des yeux la fenêtre qui s'élevait comme un fantôme lumineux au-dessus de cette tour. Quand sa marche le conduisait du côté des vallées au bord des précipices, il épiait machinalement le brouillard sillonnée par les lueurs pâles de quelques lumières qui brillaient çà et là dans les maisons de la ville ou des faubourgs, au-dessus et au-dessous du rempart. Le silence profond qui régnait n'était troublé que par le murmure du Nançon, par les coups lugubres du beffroi, par les pas lourds des sentinelles, ou par le bruit des armes, quand on venait d'heure en heure relever les postes. Tout était devenu solennel, les hommes et la nature.

- Il fait noir comme dans la gueule d'un loup, dit en ce moment Pille-miche.
- Va toujours, répondit Marche-à-terre, et ne parle pas plus qu'un chien mort.
- J'ose à peine respirer, répliqua le Chouan
- Si celui qui vient de rouler une pierre veut que son cœur serve de gaine à mon couteau, il n'a qu'à recommencer, dit Marche-à-terre d'une voix si basse qu'elle se confondait avec le frissonnement des eaux du Nançon.
- Mais c'est moi, dit Pille-miche.
- Eh bien ! vieux sac à sous, reprit le chef, glisse sur ton ventre comme une anguille de haie, sinon nous allons laisser là nos carcasses plus tôt qu'il ne le faudra."


22/11/63
22/11/63
par Stephen King
Edition : Broché
Prix : EUR 25,90

4.0 étoiles sur 5 La danse, c'est la vie, 3 mai 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : 22/11/63 (Broché)
22/11/63, c’est une grosse tranche d’émotion. Une narration à la Duma Key, mais dans un contexte épique, dense, beaucoup plus fou, plus captivant. Il y a bien quelques longueurs, mais en y réfléchissant, je me dis qu’elles sont inévitables et acceptables dans le sens où elles découlent des périodes de camouflage de Jake, lorsqu’il observe Lee et Marina dans Mercedes Street par exemple, périodes longues et fastidieuses pour le personnage, et aussi pour le lecteur du coup, à qui Stephen King fait subir la lenteur et l’énervement. Cela dit, vers la fin, malgré les longueurs et un milieu un peu pépère, ben, j’aurai voulu que ça dure ! Je ne voulais plus que ça s’arrête, surtout quand j’ai compris à quel point le voyage dans le temps et la modification des événements du passé pouvaient représenter un véritable cauchemar multipliant le temps en fils infinis et plus ou moins dégénérés.

Mais ce que je retiendrai le plus de ce roman, c’est l’émotion et la reconstitution de toute une époque, et le développement, mené de main de maître, et d’une plume toujours aussi généreuse, de l’histoire d’amour entre Jake et Sadie (leur rencontre, leur vie à Jodie) très réussie et teintée juste ce qu’il faut de la petite dose de fantastique (et d’érotisme) attendue, discrètement et subtilement distillée, ce qui maintient l’intérêt du lecteur (courageux) jusqu’au bout. Et puis on est dans ce trip voyage dans le temps, et comme on est dans ce trip, je peux dire que j’ai vraiment aimé les quasi clins d’œil à Retour vers le futur ou Un jour sans fin. L’ambiance y est parfois presque identique, certains détails sont très évocateurs, sans parler de l’atmosphère de Derry, qui nous ramène, cerise sur le gâteau, directement à un certain… clown.

J’ai vraiment adoré ce petit coin de Lisbon Falls en 1958, dans la première partie du livre… La racinette, cette bière aux extraits de plantes que l’on aimerait goûter… La Sunliner de Jake, dont on aimerait toucher la carrosserie et sentir l’odeur des sièges en cuir… sa virée mémorable à Derry, cette ville maudite et mythique dans l’oeuvre de King. Et puis plus loin la petite ville de Jodie. Les crépuscules texans et avec eux les brises et odeurs douces des soirées d’été. Mercedes Street et sa misère sociale parfaitement dépeinte. Les petites filles sur leurs bicyclettes et jouant à la corde à sauter… Ça en fait des souvenirs, des choses et des personnages à laisser. King reste un romancier qui, décidément, tricote parfaitement ses histoires dont il ressort toujours quelque chose de magique, d’éclatant, de profondément humain. Bon, parfois il est très bavard et un peu assommant, mais quelle générosité, et quelle habileté il a à nous embarquer patiemment mais surement dans son monde et celui de ses personnages. Enfin je n’ai pas grand chose à ajouter, je suis juste aplati pour le moment. C’était beau. Et puis… « la danse, c’est la vie ». Ceux qui ont lu ce livre comprendront à quel point ces quelques mots peuvent être émouvant. Ce sont des mots qui résonnent.
Jake… Sadie… Salut à vous.


Fêtes galantes, les amies, la bonne chanson
Fêtes galantes, les amies, la bonne chanson
par Paul Verlaine
Edition : Poche
Prix : EUR 3,60

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 "Mais le songeur aime ce paysage...", 1 mai 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Fêtes galantes, les amies, la bonne chanson (Poche)
Un très beau recueil, plein de romantisme, de légèreté, d'insouciance, de gaieté, de mélancolie, de désir... J'ai beaucoup aimé, c'est toujours un plaisir de lire du Verlaine, tout en cherchant les bonnes tonalités pour mieux s'imprégner des poèmes et de leurs images, toutes plus jolies les unes que les autres.

Un extrait. Le poème I, de La Bonne Chanson.

Le soleil du matin doucement chauffe et dore
Les seigles et les blés tout humides encore,
Et l'azur a gardé sa fraîcheur de la nuit.
L'on sort sans autre but que de sortir : on suit,
Le long de la rivière aux vagues herbes jaunes,
Un chemin de gazon que bordent de vieux aunes.
L'air est vif. Par moment un oiseau vole avec
Quelque fruit de la haie ou quelque paille au bec,
Et son reflet dans l'eau survit à son passage.
C'est tout.
Mais le songeur aime ce paysage
Dont la claire douceur a soudain caressé
Son rêve de bonheur adorable, et bercé
Le souvenir charmant de cette jeune fille,
Blanche apparition qui chante et qui scintille,
Dont rêve le poète et que l'homme chérit,
Évoquant en ses vœux dont peut-être on sourit
La Compagne qu'enfin il a trouvée, et l'âme
Que son âme depuis toujours pleure et réclame.


Sexe et Caractère
Sexe et Caractère
par Otto Weininger
Edition : Broché

10 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 A lire dans un esprit totalement déconditionné, 13 avril 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Sexe et Caractère (Broché)
Certainement l'un des livres les plus déroutants et dérangeants que j'ai lu de ma vie. Dans la catégorie essai j'entends. Le développement des idées proposées ici, et leurs conclusions stupéfiantes, qu'on les partage ou non ; l'intelligence, la spiritualité, l'intuition, la maîtrise des grands concepts philosophiques et des domaines de la psychologie et de la caractérologie ; la culture phénoménale (littérature et musique dont il puise parfois des exemples pour étayer ses théories) d'Otto Weininger, qui a écrit ce livre à 21 ans (publié en 1903) relèvent tout simplement du génie. Malheureusement, et malgré des conclusions, comme je l'ai dit, ici et là stupéfiantes de sagesse et de profondeur - je pense à ses arguments sur l'homme en tant que forme et sur la femme en tant que matière, sur son interprétation du péché originel, de l'hystérie, sur la démystification de la Dame et de ses valeurs morales et du féminisme, et bien d'autres points, comme la judaïté ou la christiannité) malgré cela, donc, la fin du livre reste à mon avis une impasse. Une terrible impasse, car on ne peut pas adhérer à ses conclusions. À la fin du livre, on a l'impression qu'il faut absolument rebrousser chemin, dans l'esprit, sans quoi l'on risque de dépasser le point de non-retour de la raison. Mais sans pour autant tout rejeter en bloc, bien au contraire. C'est le paradoxe de ce livre. La conclusion de Weininger sur les femmes, et sur les hommes, est triste et me peine. Pour lui je veux dire. J'ai eu pitié de ce jeune homme trop profond, trop pur peut-être pour une existence en tant qu'être humain, et créant pour lui-même sa propre malédiction. Et je me dis que s'il en est arrivé au suicide, simple hypothèse, c'est soit parce qu'il s'est rendu compte que toute sa thèse ne pouvait pas tenir devant la réalité et que sa vision de la femme était trop "effrayante" pour être vraie, soit parce qu'il n'a pu tolérer l'idée de vivre avec ce qu'il avait découvert et cru profondément sur la femme. En écrivant ce livre, Otto Weininger a déclenché le compte-à-rebours de la bombe enfouie dans son esprit. On ne peut pas écrire ce livre à 21 ans et en ressortir indemne, surtout avec le recul et en le relisant après l'avoir écrit... continuer de vivre si l'on ne revient pas sur certains points tellement fondamentaux. Le système de logique dans lequel il était l’a tué.
J'ai le sentiment d'un énorme "oui", mais d'un plus énorme encore "non" à la fin de la lecture de ce livre, qui, malgré tout, reste une œuvre véritablement saisissante, transcendante, et, à notre époque, politiquement incorrecte à mort.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (7) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 24, 2013 1:24 PM MEST


What About Now - Édition Limitée
What About Now - Édition Limitée
Proposé par b68solutionsfr
Prix : EUR 15,99

22 internautes sur 25 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Album finement ciselé et chargé en émotion, 12 mars 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : What About Now - Édition Limitée (CD)
Pour apprécier cet album (comme tout album d'ailleurs) et le savourer pleinement, il faut une bonne sono, et une bonne pièce, bien insonorisée. Moi j'ai les deux. Je vis dans une mansarde et, sous les toits, l'acoustique est très bonne. Honnêtement, je m'attendais au pire (à la lecture de certains commentaires) mais avec un soupçon d'espoir tout de même, car certains extraits me paraissaient prometteurs. Je ressors de cette écoute, du coup, secoué, émerveillé, ému, revigoré, tout le contraire de ce que je craignais être. Cet album fait un peu plus appel aux sens qu'à l'accoutumée.

Aucun album de BJ enregistré au cours des années 2000 (je dis bien au cours des années 2000 - que certains n'aillent pas tourner hystériques, encore...) ne m'a procuré cette émotion particulière que j'ai ressenti à l'écoute de titres tels que I'm With You (classique mais fichtrement bien gaulé comme morceau) Amen (intime virée acoustique de toute beauté) Pictures of You (originale et surprenante dans son développement) ou encore Thick As Thieves, très belle chanson, finement ciselée, sobre et pure, magnifiquement interprétée par Jon et Richie, très complémentaires, accompagnés du piano David Bryan et d'un bel arrangement à cordes qui plonge bien au fond des sentiments. Rien à voir avec les mièvres Learn To Love, 'Til We Ain't Stranger Anymore, Open All Night. Là encore ce n'est qu'un avis personnel.

Malgré la découverte des morceaux joués en concert lors de la présentation du nouvel opus en janvier dernier, l'écoute de l'album nous les fait pas mal redécouvrir. Le résultat est tout autre. Ils prennent ici, dans l'album, toute leur ampleur. J'ai été surpris à ce niveau. Surtout sur le plan sonore, je pense à Army of One par exemple, ou à I'm With You. Vocalement il est important de signaler que Jon, non seulement assure une fois de plus, mais cette fois, il ne geint pas ! Il est vraiment émouvant pour le coup. J'entends chanter un homme plutôt qu'un geignard. Il a cette tendance sur certaines chansons à cause de sa voix usée par le temps et les concerts. Pas sur cet album.

Je pense que "What About Now" est le meilleur album de BJ enregistré ces 12 dernières années. Le plus spontané, le plus direct, un peu comme Crush, mais en beaucoup mieux pour moi : plus puissant, plus beau, plus racé, je dirais. Et surtout, plus chargé en émotion. Les textes sont bons, encourageants, teintés comme toujours d'un peu de désarroi et de romantisme prolétaire. Quant aux influences à la U2, Coldplay ou Killers, elles ne sont pas si envahissantes que cela, on en fait un peu trop là-dessus, elles n'empêchent pas les chansons de BJ d'avoir leur propre caractère et d'exister par et pour elles-mêmes. Ces chansons ont leur seule et unique voix, celle de Jon, suffisamment caractéristique pour faire oublier les groupes nommés ci-dessus. La touche personnelle de Richie y contribue aussi. Le style massif de Tico fait également la différence. C'est ce qui fait briller de tous ses feux une chanson comme Pictures of You, l'une des meilleures de l'album.

Dans l'ensemble, l'âme de BJ est bel et bien là (avec les influences Springsteeniennes - celles du New Jersey en somme) une âme on ne peut plus présente, notamment dans des morceaux comme That's What The Water Made Me, Beautiful World, un vent de fraîcheur qui rappelle un peu Tom Petty and The Heartbreakers, ou encore What's Left of Me, le "nu" The Fighter aussi (très Simon & Garfunkel dans l'esprit) ces derniers titres nous ramenant à un Bon Jovi plus dépouillé, plus folk/roots, plus mature disons, un peu comme dans plusieurs chansons qu'ils avaient si bien réalisées au milieu des années 90 - je pense à Someday I'll Be Saturday Night pour What's Left of Me dont j'adore le solo extrêmement clair qu'exécute ce bon vieux Richie, sur sa vieille Télécaster. Ça sonne et ça sent la route poussiéreuse.

Les tournures mélodiques sont bien celles de BJ, l'habillage diffère un peu mais on s'y retrouve, plus que sur les albums Have A Nice Day et The Circle à mon sens, dans lesquels le groupe s'était un peu perdu à vouloir en faire de trop, avec des chansons et des arrangements qui ne lui correspondaient pas toujours. Dans What About Now, Jon et Richie, chacun dans leur domaine, m'ont surpris. Certes les solos de Richie sont courts, mais collent parfaitement à l'ambiance du disque et aux chansons, ses guitares crachent un sacré son - écoutez bien les solos de Pictures of You, Army of One, I'm With You - et au chant, sa voix superposée à celle de Jon procure les frissons attendus.

En résumé, je dis que cet album a du coffre, du souffle, qu'il raconte quelque chose et que ça se sent. Le coeur y est. Je redoutais aussi la production ; le son que fabrique John Shanks... n'est pas toujours pour me plaire. Mais je dois bien avouer que cet album sonne d'enfer. Je trouve qu'on a la main leste avec ce groupe lorsqu'il s'agit de donner du bâton. Mais il y a un moment donné où il faut savoir fermer sa bouche, ses yeux, et ouvrir grand ses oreilles et son esprit. Ce disque est beau, et témoigne du savoir-faire et du professionnalisme avec lequel le groupe continue de faire son travail.
En tous cas personnellement, je reconnais mieux BJ sur cet album que sur les derniers. Je me sens plus en terrain connu disons.

What About Now ne déshonore pas le 30e anniversaire du groupe fêté cette année. Il le célèbre sur un ton nouveau mais reconnaissable, et pourtant toujours plus éloigné des origines. L'oeuvre du groupe se décompose maintenant nettement en trois parties bien distinctes. Curieux de connaître la suite.


Sur la route
Sur la route
DVD ~ Kristen Stewart
Proposé par plusdecinema
Prix : EUR 7,13

2 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Sur la route avec les bobos ? Non, merci !, 11 mars 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Sur la route (DVD)
Je n'ai eu qu'une envie au bout d'une heure, c'est que ce film se termine. Ça baise et ça boit, et ça baise et ça boit, et là-dessus des gros plans et des bruitages insupportables. Mais alors à part ça, ça raconte que dalle ! Pas une seule pensée profonde dans ce film, pas le plus petit pet d'émotion, aucun intérêt, même pas les nichons de Kristen Stewart ! Le seul moment qui m'a plu est celui dans lequel le personnage de Viggo Mortensen (seul intérêt du film) cite Céline, et ça dure 3 secondes - ah ah ! Les personnages ne sont absolument pas attachants : des bobos et des loosers névrosés au destin dont on se moque éperdument. Le personnage principal vaut à peu près le coup, la B.O est bonne, la photographie est belle et les paysages et certains plans magnifiques. Mais c'est tout.
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