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Alexandre Seigne
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Les Girondins, T. 1
Les Girondins, T. 1
par Alphonse (De) Lamartine
Edition : Broché
Prix : EUR 30,00

10 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Les girondins démythifiés, Robespierre réhabilité, 1 mars 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Girondins, T. 1 (Broché)
Comme tous les hommes de sa génération, Lamartine ne connaissait de Robespierre, avant d'entreprendre son grand-oeuvre, que ce que la propagande thermidorienne en avait dit : Robespierre, le tyran, Robespierre le sanguinaire, Robespierre le meurtrier des braves Girondins. Lamartine amorce donc ses recherches avec l'objectif de démontrer qu'avec la chute des Girondins, "La Révolution avait perdu son printemps", comme il l'écrit dans le tome 1.
Mais, chemin faisant, il découvre que les Girondins n'étaient pas que "jeunesse, beauté, illusion, génie, éloquence antique". Ils étaient également des fervents adeptes d'un libéralisme effrénés qui les conduit, alors que le peuple meure de faim à déclarer, comme Roland, membre éminent des Girondins et ministre de l'intérieur : "La seule chose, peut-être, que l'Assemblée puisse se permettre sur les subsistances, c'est de déclarer qu'elle ne doit rien faire, sinon supprimer toute entrave à la liberté des transactions" (16 novembre 1792).
Quant à Brissot, le chef des Girondins, il écrit en avril 1793 : "Mettre des entraves au droit de propriété, c'est ruiner les propriétaires", et l'impôt progressif, défendu par Robespierre est, selon lui, "un impôt absurde, destructif de l'égalité".
Il faut dire que, quelques semaines plus tôt, Robespierre a déclaré (le 2 décembre 1792) qu'il était "inacceptable de ne considérer les denrées les plus nécessaires à la vie que comme une marchandise ordinaire" et que, "le premier des droits de l'Homme [étant] d'exister, la première loi est donc celle qui garantit à tous les membres de la société les moyens d'exister." Il en résulte pour lui que si "la liberté du commerce est nécessaire", cette nécessité s'arrête là "où la cupidité homicide commence à en abuser. [...] Les aliments nécessaires à la vie étant aussi sacrés que la vie elle-même, tout ce qui est indispensable pour la conserver est une propriété commune à la société tout entière ; il n'est que l'excédent qui soit une propriété individuelle [...] Nul n'a le droit d'entasser des monceaux de blé à côté de son semblable qui meurt de faim".
Robespierre récidive à plusieurs reprises aux cours des semaines suivantes, s'attaquant par exemple au système de l'esclavage dans les colonies (où plusieurs Girondins ont de solides intérêts financiers).
Ce faisant, il a en quelque sorte donné un coup de pied dans un essaim de guêpes, s'attirant une salve d'attaques virulentes de la part des leaders girondins. Ainsi, Cambon, le 27 février 1793, et Barère le 18 mars réclament la peine de mort pour "quiconque envisagerait des mesures attentatoires aux propriétés territoriales, commerciales ou industrielles". Vergniaud, le 10 avril, affirme que "toute tentative de révolution des propriétés trouvera en [lui] un adversaire irréductible". Enfin, Pétion, récemment rallié aux Girondins à partir du moment où il s'est enrichi, déclare le 24 avril : "Braves habitants de Paris, vous n'avez pas un instant à perdre pour arrêter les progrès des méchants. [...] Vos propriétés sont menacées. Parisiens, sortez de votre léthargie et faites rentrer les insectes vénéneux dans leurs repaires".
C'est donc une lutte des classes qui oppose les Girondins aux Sans-culottes, dont Robespierre se fait le porte parole à partir de 1792. Et la peur du peuple, presque une haine, que ressentent les Girondins se traduit par leur opposition résolue (du moins jusqu'au 10 août 1792) au suffrage universel. Là aussi, ils se heurtent à la position défendue par Robespierre.
Dernier grand clivage entre les deux camps, celui qui concerne la guerre : les Girondins la veulent et finiront par l'obtenir ; Robespierre s'y oppose, et tous les événements qui suivront confirmeront ses prédictions : trahisons des officiers, guerre de libération tournant rapidement à la guerre d'invasion, jusqu'à la montée de la dictature militaire de Bonaparte.

Lamartine prend ainsi conscience que Robespierre, loin d'avoir été le tyran assoiffé de pouvoir et de sang qu'ont inventés ses adversaires après l'avoir éliminé, a été l'homme de tous les combats démocratiques et humanistes : pour le suffrage universel, pour l'égalité, contre la peine de mort, contre la guerre, contre l'esclavage, contre le saccage des églises...
Au contraire, par aveuglement idéologique, les Girondins ont été les défenseurs des avantages acquis et de l'inégalité sociale la plus crue, ne concédant finalement au peuple qu'une égalité symbolique, celle des droits, et encore pas tous, puisque le droit de grève leur est interdit et que, sans la révolte des sans-culottes le 10 août 1792, le peuple n'aurait même pas obtenu le droit de vote.
L'Histoire des Girondins, de Lamartine, devient donc, au fil des pages, une réévaluation des faits qui redonne sa juste place à Robespierre et fait litière du mythe des "braves girondins".

Un livre important, donc, mais dont l'énormité (près de 2000 pages) l'a trop destiné à un public de spécialistes et de passionnés, l'empêchant du coup de contribuer à dissoudre la propagande thermidorienne, qui imprègne encore l'immense majorité des gens aujourd'hui. A défaut, on pourra donc compléter cette lecture par celle de livre d'Henri Guillemin "Robespierre, politique et mysticisme" (1987), qui montre très clairement la lutte à mort entre les Girondins et Robespierre, ainsi que la très récente biographie de Robespierre par Cécile Obligi : "Robespierre, la probité révoltante".


La Révolution russe (Tome 2): 1891-1924 : la tragédie d'un peuple
La Révolution russe (Tome 2): 1891-1924 : la tragédie d'un peuple
par Orlando Figes
Edition : Broché
Prix : EUR 13,30

2.0 étoiles sur 5 Bon livre sur les causes de la révolution. Mauvais sur tout le reste., 13 septembre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Révolution russe (Tome 2): 1891-1924 : la tragédie d'un peuple (Broché)
Le monumental ouvrage d’Orlando Figes (plus de 1500 pages) a bénéficié en France d’une intense promotion et été présenté comme une approche novatrice du sujet. En réalité, le caractère novateur réside essentiellement dans ses aspects formels ; sur le fond, le livre reste très conformiste.

En ce qui concerne les innovations, on peut en déceler principalement deux :
D’abord, Orlando Figes a fait le choix d’étudier la Révolution russe selon un découpage chronologique assez pertinent, qui fait remonter ses prémisses aux années 1880, années qui correspondent à l’abandon des tentatives réformatrices du pouvoir tsariste et au retour en force, avec Alexandre III, d’une politique autocratique.
Les huit premiers chapitres sont ainsi consacrés aux causes profondes de cette révolution ainsi qu’à la mise en place du gouvernement provisoire à partir de la Révolution de février.
Le contexte politique, économique et social est exposé de manière très claire quoique parfois à la limite du simplisme. Le récit est vivant. C’est d’ailleurs là que réside l’autre grande innovation, qui consiste à s’appuyer sur une galerie de personnages qui ont laissé des mémoires et qui sont représentatifs des différentes catégories de la population impliqués dans les événements de l’époque, un paysan, un général, un ouvrier, etc. Les passages sur l’incompétence du tsar, sur l’organisation de la vie paysanne ou sur le déroulement catastrophique de la Première Guerre mondiale sont remarquables et très éclairants.
L’auteur a en outre le mérite d’évoquer les grands débats historiographiques. Bien que faisant preuve d’une certaine suffisance dans la présentation de ses propres interprétations, il emporte cependant assez souvent la conviction du lecteur.

Malheureusement, les choses se gâtent sérieusement à partir de la page 680, où il aborde le rôle de Lénine. Toute la subtilité des pages précédentes s’évanouit soudainement. Le leader bolchevique est présenté comme une brute insensible, un esprit borné et un dictateur
En réalité, Orlando Figes se trompe d’argument. Voulant démolir le mythe de Lénine, il reprend les vieilles techniques de l’historiographie libérale (et en cela, son livre n’apporte plus rien de novateur).
Certes, tout au long du tome 2, on voit les bolcheviques complètement dépassés par le mouvement qu’ils ont lancé, incapables de maîtriser la prolifération bureaucratique et de contrôler les élans désordonnés de foules fanatisées, qui mènent le pays à la catastrophe (famine et désorganisation économique), tels des savants fous prenant leur propre peuple comme cobaye. Mais d’une part, il considère qu’il s’agit la plupart du temps de préméditation ou de calcul, et non d’incompétence, et d’autre part, il n’accorde à cet aspect du pouvoir bolchevique qu’une part secondaire dans son analyse. De même, il passe trop vite sur les rouages (fort complexes) du système des soviets, du Comité central et des autres institutions qui se mettent en place. Au lieu de cela, il perd son temps à rabâcher la caricature traditionnelle du « bolchevique au couteau entre les dents ». Ainsi, en moins de 10 pages (p. 689 à 699), Lénine est-il qualifié de « lâche » (tout un paragraphe est consacré à ce thème), impitoyable, absolument insensible, profiteur, machiste, « médiocre orateur », complètement coupé des réalités, maniaque, puritain, brutal, « philistin », assoiffé de pouvoir, cynique, « conspirateur contre tout et tout le monde », intolérant, s’entourant « d’une poignée d’imbéciles qui ne discutaient pas sa volonté », mégalomane, frénétique, enragé (le sous-chapitre porte même le titre de « la rage de Lénine »), « vulgaire » et grossier. Il est accusé de s’être complu dans le culte qui fit de lui « le premier chef de parti moderne à acquérir le statut d’un dieu [comme] Staline, Mussolini, Hitler, et Mao Zedong ». Une accusation totalement infondée : le culte de Lénine ne s’est mis en place qu’à partir de la fin de l’année 1921, alors que la maladie l’empêchait de jouer un rôle politique, et en totale opposition avec sa propre volonté. Par contre, aucune des compétences de Lénine n’est mentionnée : pas plus sa capacité de synthèse, sa maîtrise de nombreuses langues, sa grande culture (il est au contraire présenté comme assez ignorant), ses apports théoriques décisifs ou ses fréquentes remises en question personnelles qui traduisaient un esprit moins dogmatique qu’on voudrait nous le faire croire.
On en vient à se demander comment un individu aussi médiocre a pu guider la prise du pouvoir en Russie. Même ses qualités sont retournées contre lui, comme sa frugalité ou sa capacité de travail : l’auteur sous-entend qu’à force de ne dormir que trois heures par nuit, Lénine aurait fini par perdre la raison.

Curieusement, à la fin du tome 2 (donc environ 800 pages plus loin), Orlando Figes revient en détail sur la mise en place du culte de la personnalité, et il montre, cette fois, qu’effectivement tout cela se fit contre la volonté de Lénine, qui vécut toujours dans la plus grande simplicité, à la limite de l’austérité et de l’anonymat. Son livre est truffé de contradictions internes de cet acabit.
En voici deux exemples parmi d’autres : dans le chapitre sur la Première Guerre mondiale, l’auteur montre que « la tare accablante du régime [tsariste] fut sa totale incapacité à mobiliser le patriotisme de ses paysans soldats, qui pour la plupart ne se sentaient guère d’obligation de combattre pour la Russie au-delà de leur région natale […] ». Dans le chapitre sur la Guerre civile, inversement, on apprend que les Bolcheviques l’ont emporté, entre autre, car ils ont bien su exploiter le nationalisme naturel des masses paysannes contre les armées blanches soutenues par les puissances étrangères.
A un autre moment, l’auteur écrit (p. 883) que « l’influence de Lénine sur le reste du parti était si prégnante qu’il eut gain de cause » et, à la page suivante, que « pour s’opposer de front au grand dictateur […] il fallait un certain courage ». Or, au chapitre suivant, Lénine éprouve les pires difficultés à imposer son idée de paix immédiate avec l’Allemagne. Sa position est longtemps minoritaire et c’est seulement après que ses adversaires au sein du parti aient constaté qu’ils se trompaient qu’ils finissent par se rallier à Lénine à contrecoeur.

L’autre grand défaut du livre réside dans sa mauvaise foi.
Par exemple, il n’hésite pas à tordre la chronologie des faits pour en changer la signification : l’exemple le plus flagrant porte sur la période du Gouvernement provisoire. Durant une quinzaine de pages (p. 751 et suivantes), l’auteur évoque les violences du début de juillet 1917, qui faillirent aboutir au renversement du Gouvernement provisoire. Le récit évoque la violence, l’anarchie, la sauvagerie des émeutiers, et il donne une image assez convaincante d’une révolution jusque là relativement pacifique, qui commence à dégénérer. De là, l’auteur enchaîne sur la montée de la contre-révolution, évoquant le retournement de la bourgeoisie libérale et la reprise en main de l’armée et du pouvoir politique par les forces de droite. A la lecture de ce passage, on a nettement le sentiment que c’est la violence populaire (systématiquement attribuée à la propagande bolchevique) qui a été la cause de la réaction. Or, cette réaction s’est mise en place au cours du moi de mai 1917 (Orlando Figes lui-même le précise en passant), soit deux mois avant les émeutes dont il a parlé plus haut. Il y a donc une inversion de la causalité qui semble tout à fait intentionnelle. C’est en réalité la tentative des forces de droite d’éliminer les socialistes (pas seulement les bolcheviques, d’ailleurs) qui a radicalisé les forces populaires. Pas l’inverse.
Lorsque les bolcheviques font arrêter les chefs des Socialistes révolutionnaires pour avoir planifié des attentats anti-bolcheviks, cela prouve, pour l’auteur, que se sont d’horribles tyrans. Pourtant, on apprend quelques pages plus loin (p. 1150) que les SR arrêtés « écopèrent de peines extrêmement clémentes et, en vérité, furent par la suite amnistiés ». Par contre, lorsque les Bolcheviques laissent les SR « occuper 7 sièges sur 20 au collège de la Tcheka » (dont le poste de directeur adjoint), cela « s’explique par une négligence des Bolcheviks » (page 1149) et non par une volonté de pluralité.
Lorsque Lénine se bat (jusqu’à son dernier souffle de vie) pour l’autonomie des minorités non russes (Ukrainiens, Arméniens, Géorgiens, etc.), ce n’est bien sûr que pur calcul de sa part : « Lénine était assurément cynique sur l’idée d’une vague confédération » (p. 1270). La preuve ? On l’attend toujours.
Enfin, parmi les passages les plus caricaturaux du livre, on peut mentionner l’utilisation de récits légendaires tirés des mémoires des adversaires des bolcheviques. A chaque fois, bien sûr, M. Figes prend soin de préciser (en note) qui est l’auteur de ces témoignages ; parfois, il précise même « suivant la légende », mais cela ne l’empêche pas de narrer dans le détail ladite légende. Exemple : celle de la rencontre entre Lénine et Pavlov, au cours de laquelle le chef bolchevique aurait affirmé, enthousiaste devant les travaux du savant : « L’Homme peut-être corrigé. Il est possible d’en faire ce que nous voulons. » (p. 1319) M. Figes conclut : « Vrai ou faux, l’anecdote illustre une vérité générale : l’objectif ultime du communisme était la transformation de la nature humaine ». A la ligne suivante, l’auteur va même jusqu’à en déduire la similarité de nature entre le communisme et le nazisme. C’est déduire beaucoup d’un récit totalement légendaire rapporté par un militant SR (Boris Sokolov) qui n’a de toute façon jamais assisté à cette soi-disant rencontre.

Enfin, dernier défaut important, l’auteur manifeste une grande condescendance à l’égard du peuple russe, ce qui ne manque pas de sel quand on sait que le sous-titre du livre est : « La tragédie d’un peuple ». Qu’il s’agisse des bolcheviques ou des paysans, ils sont unanimement décrits comme des brutes mal dégrossies, violentes, égoïstes et ignares. A tel point que l’auteur reconnaît dans sa conclusion que toute forme de modernisation (même démocratique) du pays ne pouvait qu’échouer face à une telle arriération ou bien qu’elle aurait nécessité des décennies.
Les ouvriers sont tantôt montrés comme des brutes manipulées par les Bolcheviques et n’ayant qu’une compréhension totalement superficielle des machinations politiques, tantôt comme une force consciente et agissante qui n’entend pas laisser les bourgeois tirer les marrons du feu de la Révolution de février. Par exemple, l’auteur écrit, page 814, « Le sentiment dominant [parmi les ouvriers] était un sentiment de colère et de frustration parce que rien de concret n’avait été obtenu, ni paix, ni pain, ni terre, six mois après la révolution de Février, et que sauf rupture décisive avec la bourgeoisie au sein de la coalition, il fallait s’attendre à un nouvel hiver de stagnation. » On ne saurait mieux résumer la situation. Mais pour ces trois lignes de lucidité, l’auteur nous noie sous dix pages de descriptions fiévreuses des exactions commises par les mêmes ouvriers lorsque, manifestant en juillet, ils découvrent que la douma est entièrement contrôlée par les bourgeois et que le soviet est paralysé par l’indécision. On a l’impression que l’auteur comprend les motivations des ouvriers mais qu’il est révulsé par la violence de leur réaction. Il préférerait que les ouvriers manifestent pacifiquement en attendant que les propriétaires et les patrons leur concèdent quelques miettes. En somme, comme disait Robespierre, il aurait voulu « une Révolution sans révolution ». D’ailleurs, on trouve page 1115 une remarque très éclairante sur la mentalité de l’auteur : il présente comme une preuve de l’extrémisme des bolcheviques le fait qu’ils « ne voulaient pas simplement réguler le marché […mais qu’ils] voulaient l’abolir ». M. Figes semble découvrir (avec effroi) que les bolcheviques étaient des communistes !
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Nov 26, 2013 10:05 PM CET


La Révolution russe (Tome 1): 1891-1924 : la tragédie d'un peuple
La Révolution russe (Tome 1): 1891-1924 : la tragédie d'un peuple
par Orlando Figes
Edition : Broché
Prix : EUR 13,30

6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Novateur sur la forme; conformiste sur le fond, 13 septembre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Révolution russe (Tome 1): 1891-1924 : la tragédie d'un peuple (Broché)
Le monumental ouvrage d’Orlando Figes (plus de 1500 pages) a bénéficié en France d’une intense promotion et été présenté comme une approche novatrice du sujet. En réalité, le caractère novateur réside essentiellement dans ses aspects formels ; sur le fond, le livre reste très conformiste.

En ce qui concerne les innovations, on peut en déceler principalement deux :
D’abord, Orlando Figes a fait le choix d’étudier la Révolution russe selon un découpage chronologique assez pertinent, qui fait remonter ses prémisses aux années 1880, années qui correspondent à l’abandon des tentatives réformatrices du pouvoir tsariste et au retour en force, avec Alexandre III, d’une politique autocratique.
Les huit premiers chapitres sont ainsi consacrés aux causes profondes de cette révolution ainsi qu’à la mise en place du gouvernement provisoire à partir de la Révolution de février.
Le contexte politique, économique et social est exposé de manière très claire quoique parfois à la limite du simplisme. Le récit est vivant. C’est d’ailleurs là que réside l’autre grande innovation, qui consiste à s’appuyer sur une galerie de personnages qui ont laissé des mémoires et qui sont représentatifs des différentes catégories de la population impliqués dans les événements de l’époque, un paysan, un général, un ouvrier, etc. Les passages sur l’incompétence du tsar, sur l’organisation de la vie paysanne ou sur le déroulement catastrophique de la Première Guerre mondiale sont remarquables et très éclairants.
L’auteur a en outre le mérite d’évoquer les grands débats historiographiques. Bien que faisant preuve d’une certaine suffisance dans la présentation de ses propres interprétations, il emporte cependant assez souvent la conviction du lecteur.

Malheureusement, les choses se gâtent sérieusement à partir de la page 680, où il aborde le rôle de Lénine. Toute la subtilité des pages précédentes s’évanouit soudainement. Le leader bolchevique est présenté comme une brute insensible, un esprit borné et un dictateur
En réalité, Orlando Figes se trompe d’argument. Voulant démolir le mythe de Lénine, il reprend les vieilles techniques de l’historiographie libérale (et en cela, son livre n’apporte plus rien de novateur).
Certes, tout au long du tome 2, on voit les bolcheviques complètement dépassés par le mouvement qu’ils ont lancé, incapables de maîtriser la prolifération bureaucratique et de contrôler les élans désordonnés de foules fanatisées, qui mènent le pays à la catastrophe (famine et désorganisation économique), tels des savants fous prenant leur propre peuple comme cobaye. Mais d’une part, il considère qu’il s’agit la plupart du temps de préméditation ou de calcul, et non d’incompétence, et d’autre part, il n’accorde à cet aspect du pouvoir bolchevique qu’une part secondaire dans son analyse. De même, il passe trop vite sur les rouages (fort complexes) du système des soviets, du Comité central et des autres institutions qui se mettent en place. Au lieu de cela, il perd son temps à rabâcher la caricature traditionnelle du « bolchevique au couteau entre les dents ». Ainsi, en moins de 10 pages (p. 689 à 699), Lénine est-il qualifié de « lâche » (tout un paragraphe est consacré à ce thème), impitoyable, absolument insensible, profiteur, machiste, « médiocre orateur », complètement coupé des réalités, maniaque, puritain, brutal, « philistin », assoiffé de pouvoir, cynique, « conspirateur contre tout et tout le monde », intolérant, s’entourant « d’une poignée d’imbéciles qui ne discutaient pas sa volonté », mégalomane, frénétique, enragé (le sous-chapitre porte même le titre de « la rage de Lénine »), « vulgaire » et grossier. Il est accusé de s’être complu dans le culte qui fit de lui « le premier chef de parti moderne à acquérir le statut d’un dieu [comme] Staline, Mussolini, Hitler, et Mao Zedong ». Une accusation totalement infondée : le culte de Lénine ne s’est mis en place qu’à partir de la fin de l’année 1921, alors que la maladie l’empêchait de jouer un rôle politique, et en totale opposition avec sa propre volonté. Par contre, aucune des compétences de Lénine n’est mentionnée : pas plus sa capacité de synthèse, sa maîtrise de nombreuses langues, sa grande culture (il est au contraire présenté comme assez ignorant), ses apports théoriques décisifs ou ses fréquentes remises en question personnelles qui traduisaient un esprit moins dogmatique qu’on voudrait nous le faire croire.
On en vient à se demander comment un individu aussi médiocre a pu guider la prise du pouvoir en Russie. Même ses qualités sont retournées contre lui, comme sa frugalité ou sa capacité de travail : l’auteur sous-entend qu’à force de ne dormir que trois heures par nuit, Lénine aurait fini par perdre la raison.

Curieusement, à la fin du tome 2 (donc environ 800 pages plus loin), Orlando Figes revient en détail sur la mise en place du culte de la personnalité, et il montre, cette fois, qu’effectivement tout cela se fit contre la volonté de Lénine, qui vécut toujours dans la plus grande simplicité, à la limite de l’austérité et de l’anonymat. Son livre est truffé de contradictions internes de cet acabit.
En voici deux exemples parmi d’autres : dans le chapitre sur la Première Guerre mondiale, l’auteur montre que « la tare accablante du régime [tsariste] fut sa totale incapacité à mobiliser le patriotisme de ses paysans soldats, qui pour la plupart ne se sentaient guère d’obligation de combattre pour la Russie au-delà de leur région natale […] ». Dans le chapitre sur la Guerre civile, inversement, on apprend que les Bolcheviques l’ont emporté, entre autre, car ils ont bien su exploiter le nationalisme naturel des masses paysannes contre les armées blanches soutenues par les puissances étrangères.
A un autre moment, l’auteur écrit (p. 883) que « l’influence de Lénine sur le reste du parti était si prégnante qu’il eut gain de cause » et, à la page suivante, que « pour s’opposer de front au grand dictateur […] il fallait un certain courage ». Or, au chapitre suivant, Lénine éprouve les pires difficultés à imposer son idée de paix immédiate avec l’Allemagne. Sa position est longtemps minoritaire et c’est seulement après que ses adversaires au sein du parti aient constaté qu’ils se trompaient qu’ils finissent par se rallier à Lénine à contrecoeur.

L’autre grand défaut du livre réside dans sa mauvaise foi.
Par exemple, il n’hésite pas à tordre la chronologie des faits pour en changer la signification : l’exemple le plus flagrant porte sur la période du Gouvernement provisoire. Durant une quinzaine de pages (p. 751 et suivantes), l’auteur évoque les violences du début de juillet 1917, qui faillirent aboutir au renversement du Gouvernement provisoire. Le récit évoque la violence, l’anarchie, la sauvagerie des émeutiers, et il donne une image assez convaincante d’une révolution jusque là relativement pacifique, qui commence à dégénérer. De là, l’auteur enchaîne sur la montée de la contre-révolution, évoquant le retournement de la bourgeoisie libérale et la reprise en main de l’armée et du pouvoir politique par les forces de droite. A la lecture de ce passage, on a nettement le sentiment que c’est la violence populaire (systématiquement attribuée à la propagande bolchevique) qui a été la cause de la réaction. Or, cette réaction s’est mise en place au cours du moi de mai 1917 (Orlando Figes lui-même le précise en passant), soit deux mois avant les émeutes dont il a parlé plus haut. Il y a donc une inversion de la causalité qui semble tout à fait intentionnelle. C’est en réalité la tentative des forces de droite d’éliminer les socialistes (pas seulement les bolcheviques, d’ailleurs) qui a radicalisé les forces populaires. Pas l’inverse.
Lorsque les bolcheviques font arrêter les chefs des Socialistes révolutionnaires pour avoir planifié des attentats anti-bolcheviks, cela prouve, pour l’auteur, que se sont d’horribles tyrans. Pourtant, on apprend quelques pages plus loin (p. 1150) que les SR arrêtés « écopèrent de peines extrêmement clémentes et, en vérité, furent par la suite amnistiés ». Par contre, lorsque les Bolcheviques laissent les SR « occuper 7 sièges sur 20 au collège de la Tcheka » (dont le poste de directeur adjoint), cela « s’explique par une négligence des Bolcheviks » (page 1149) et non par une volonté de pluralité.
Lorsque Lénine se bat (jusqu’à son dernier souffle de vie) pour l’autonomie des minorités non russes (Ukrainiens, Arméniens, Géorgiens, etc.), ce n’est bien sûr que pur calcul de sa part : « Lénine était assurément cynique sur l’idée d’une vague confédération » (p. 1270). La preuve ? On l’attend toujours.
Enfin, parmi les passages les plus caricaturaux du livre, on peut mentionner l’utilisation de récits légendaires tirés des mémoires des adversaires des bolcheviques. A chaque fois, bien sûr, M. Figes prend soin de préciser (en note) qui est l’auteur de ces témoignages ; parfois, il précise même « suivant la légende », mais cela ne l’empêche pas de narrer dans le détail ladite légende. Exemple : celle de la rencontre entre Lénine et Pavlov, au cours de laquelle le chef bolchevique aurait affirmé, enthousiaste devant les travaux du savant : « L’Homme peut-être corrigé. Il est possible d’en faire ce que nous voulons. » (p. 1319) M. Figes conclut : « Vrai ou faux, l’anecdote illustre une vérité générale : l’objectif ultime du communisme était la transformation de la nature humaine ». A la ligne suivante, l’auteur va même jusqu’à en déduire la similarité de nature entre le communisme et le nazisme. C’est déduire beaucoup d’un récit totalement légendaire rapporté par un militant SR (Boris Sokolov) qui n’a de toute façon jamais assisté à cette soi-disant rencontre.

Enfin, dernier défaut important, l’auteur manifeste une grande condescendance à l’égard du peuple russe, ce qui ne manque pas de sel quand on sait que le sous-titre du livre est : « La tragédie d’un peuple ». Qu’il s’agisse des bolcheviques ou des paysans, ils sont unanimement décrits comme des brutes mal dégrossies, violentes, égoïstes et ignares. A tel point que l’auteur reconnaît dans sa conclusion que toute forme de modernisation (même démocratique) du pays ne pouvait qu’échouer face à une telle arriération ou bien qu’elle aurait nécessité des décennies.
Les ouvriers sont tantôt montrés comme des brutes manipulées par les Bolcheviques et n’ayant qu’une compréhension totalement superficielle des machinations politiques, tantôt comme une force consciente et agissante qui n’entend pas laisser les bourgeois tirer les marrons du feu de la Révolution de février. Par exemple, l’auteur écrit, page 814, « Le sentiment dominant [parmi les ouvriers] était un sentiment de colère et de frustration parce que rien de concret n’avait été obtenu, ni paix, ni pain, ni terre, six mois après la révolution de Février, et que sauf rupture décisive avec la bourgeoisie au sein de la coalition, il fallait s’attendre à un nouvel hiver de stagnation. » On ne saurait mieux résumer la situation. Mais pour ces trois lignes de lucidité, l’auteur nous noie sous dix pages de descriptions fiévreuses des exactions commises par les mêmes ouvriers lorsque, manifestant en juillet, ils découvrent que la douma est entièrement contrôlée par les bourgeois et que le soviet est paralysé par l’indécision. On a l’impression que l’auteur comprend les motivations des ouvriers mais qu’il est révulsé par la violence de leur réaction. Il préférerait que les ouvriers manifestent pacifiquement en attendant que les propriétaires et les patrons leur concèdent quelques miettes. En somme, comme disait Robespierre, il aurait voulu « une Révolution sans révolution ». D’ailleurs, on trouve page 1115 une remarque très éclairante sur la mentalité de l’auteur : il présente comme une preuve de l’extrémisme des bolcheviques le fait qu’ils « ne voulaient pas simplement réguler le marché […mais qu’ils] voulaient l’abolir ». M. Figes semble découvrir (avec effroi) que les bolcheviques étaient des communistes !
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : May 23, 2014 7:39 AM MEST


Pourquoi les banlieues sont de droite
Pourquoi les banlieues sont de droite
par Camille Bedin
Edition : Broché
Prix : EUR 19,50

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
2.0 étoiles sur 5 Constat intéressant pour conclusions simplistes, 23 juin 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Pourquoi les banlieues sont de droite (Broché)
Le constat opéré par l'auteur est souvent pertinent : les jeunes sont beaucoup plus attirés par les valeurs de droite que par celles de la gauche. On peut le voir notamment au travers des tendances suivantes :
- La fascination de nombreux jeunes de banlieues pour l'argent et les signes ostentatoires de richesse ("Benz Benz Benz", Rolex, Vuitton et Lacoste).
- Leur rapport à la famille, à la religion et aux traditions, marqué par un conservatisme fort.
- Leur façon de voir le monde comme une jungle dans laquelle il faut écraser l'autre avant que l'autre ne nous écrase.
Toutes ces valeurs sont indéniablement celle de la droite la plus dure.
J'ajouterai des observations personnelles résultant de ma propre expérience d'enseignant en Education civique dans des quartiers difficiles : une écrasante majorité des jeunes de 14 à 18 ans nourrissent une véritable obsession antifiscale ; ils sont ultra individualistes, même entre camarades de longue date, et très critiques à l'égard de toute forme d'action collective ; par exemple, l'idée qu'une taxation des héritages vise à limiter la transmission héréditaire des inégalité leur est absolument insupportable ; de même que les cotisations sociales ou la redistributivité.
Ces tendances de la jeunesse sont en permanence encouragée par les exemples qu'ils voient dans les médias ou que donnent de nombreux hommes politiques ou stars du sport et du show business.
Là où je ne peux suivre le propos de l'auteur, c'est quand elle prétend que ces traits constituent une chance pour la jeunesse des banlieues.
A mon avis, les plus futés d'entre ces jeunes marcheront sur les traces de Bernard Tapie (lui-même grandi dans le 93); les plus violents deviendront des Pablo Escobar. La plupart n'auront été que les "idiots-utiles" du capitalisme, exploités par les marques (qu'ils arborent fièrement sur leurs vêtements) et souvent réduits à une précarité dont ils ont intégré l'inéluctabilité dés l'enfance : ils sont la matrice du sous-prolétariat du 21ème siècle.
Au final ce livre très utopiste, à mon avis, et qui trahit une méconnaissance de ce que sont réellement les banlieues, est surtout intéressant à lire pour les gens de gauche (j'entends la gauche social-démocrate), qui y perdront quelques illusions.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 28, 2013 1:44 PM MEST


Mythes et littérature
Mythes et littérature
par Frédéric Monneyron
Edition : Poche
Prix : EUR 9,00

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
1.0 étoiles sur 5 Innaccessible au commun des mortels, 5 avril 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Mythes et littérature (Poche)
Pas du tout un ouvrage d'initiation ni de première approche sur le sujet, contrairement à ce qu'on attendrait de la collection Que Sais-je ?
C'est jargonnant au possible, n'expliquant presque jamais les allusions à des théories littéraires diverses et noyant le lecteur sous une avalanche de concepts théoriques obscurs.
A fuir si l'on est pas déjà très calé en analyse littéraire.


Casanova, un adolescent à Venise
Casanova, un adolescent à Venise
DVD ~ Leonard Whiting
Proposé par Neobang
Prix : EUR 13,75

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Comencini a tout compris à Casanova, contrairement à Fellini, 5 avril 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Casanova, un adolescent à Venise (DVD)
Le Casanova de Comencini est très fidèle à l’œuvre littéraire originale, même s'il ne s'intéresse qu'à un très court passage de ce livre monumental : quelques chapitres du premier tome. Il faut dire que les mémoires de Casanova constituent un ensemble de plus de trois mille pages qui couvrent 80 années d'une vie trépidante. Comencini arrête son film au moment où Casanova entre dans l'âge adulte.
La notoriété de Casanova est immense. Il est d'ailleurs l'un de ces rares êtres humains dont le nom est devenu un substantif. Malheureusement pour lui, cette célébrité a effacé la profondeur du vrai personnage. Aujourd'hui, un "Casanova" est un séducteur cynique et compulsif. C'est à ce mythe que Fellini s'est attaqué dans sa version à lui, où le personnage devient un pantin érotomane ridicule et haïssable. Mais ce n'est pas du tout ce qu'était le vrai Casanova.
En vérité, les Mémoires de Casanova sont un des grands chefs d’œuvres de la littérature du 18ème siècle. Ben qu'Italien, il les a rédigées dans une langue français aussi brillante que celle de Choderlos de Laclos dans ses "Liaisons dangereuses" et aussi truculente que celle de Diderot dans "Jacques le Fataliste". Les séductions de femmes sont innombrables, certes, mais les autres aventures - duels, emprisonnement, fuites et turpitudes diverses - sont aussi importantes. Et Casanova n'hésite jamais à rire de lui-même. Ce n'est absolument pas un cynique, mais un bon vivant. Ce n'est pas non plus un jouisseur égoïste mais un éternel amoureux dont les amoures sont souvent contrariées par le sort.
L'esprit de dissimulation et de double jeu, typiquement vénitiens, imprègnent le film et la première partie du livre (avant que Casanova ne quitte sa ville natale), mais lui n'en est que la victime, trompé par sa mère, trompé par ses maîtres, trompé par les femmes, grandissant dans un monde de masques.
Les acteurs sont tous excellents, s'inspirant un peu des personnages de la Commedia dell'Arte. Les décors et les costumes sont parfaits. Les femmes et les jeunes filles qui gravitent autour de Casanova sont d'une beauté à se damner. Le film, souvent drôle et cruel, comme les comédies italiennes de la grande époque, est un chef d’œuvre. L'un des meilleurs de Comencini.


Here Come The Bombs
Here Come The Bombs
Prix : EUR 12,35

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
2.0 étoiles sur 5 Panne d'inspiration, 5 avril 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Here Come The Bombs (CD)
Très décu par ce premier album solo de Gaz Coombes, le fondateur et meneur du groupe Supergrass.
Les quatre premiers albums de Supergrass étaient géniaux, presque sans défaut, bourrés d'idée sonores et de mélodies accrocheuses. Puis l'inspiration avait commencé à s'étioler. Deux derniers albums moyens avaient conclu la carrière de ce groupe injustement sous-estimé.
Cet album solo est dans le prolongement, mais en pire. Après cinq ou six écoutes, aucune chanson ne m'était encore vraiment entré dans la tête. J'ai fini par ranger le disque et, depuis 6 mois, à aucun moment l'envie ne m'est venue de refaire une écoute.


Re-Animator
Re-Animator
Proposé par dvd05 (dvd jeuxvidéos ...) Expedié le jour de la commande.
Prix : EUR 14,50

Aucun internaute (sur 1) n'a trouvé ce commentaire utile :
2.0 étoiles sur 5 Série B... voire Z, 5 avril 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Re-Animator (DVD)
D'abord, l'esprit de la nouvelle de Philip Lovecraft est trahi. Mais après tout, on s'en moque, car Lovecraft lui-même n'aimait pas ce texte de commande. Et puis un réalisateur a le droit d'adapter un texte en film en y apportant sa propre vision. Mais y a-t-il vraiment une vision dans ce film ? En tout cas, l'ambiance glauque et oppressante du monde lovecraftien n'est absolument pas restituée.
Il est bien difficile d'être pris par l'histoire tant les péripéties sont à la fois très prévisibles et les situations absolument pas crédibles.
Les décors, le nombre de figurant montrent que le budget devait être conséquent. Malheureusement, le niveau des acteurs, et plus encore de la direction d'acteur, sont affligeants, défauts presque récurrents dans le cinéma d'horreur.
L'horreur, parlons-en, hormis un peu de gore gentillet à la fin, rien qui puisse vous provoquer des haut-le-cœur, encore moins des frissons de peur (sauf si vous avez moins de 12 ans).
J'accorde quand même deux étoiles pour la qualité de l'image, l'humour noir de certaines scènes et un vague soupçon d'érotisme par moment.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Nov 8, 2013 5:15 PM CET


Eros über alles
Eros über alles

4.0 étoiles sur 5 La fin d'une époque héroïque, 29 février 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Eros über alles (CD)
Ce disque est le huitème album studio d'Hubert-Félix Thiéfaine et le dernier d'une série de cinq albums où, avec son guitariste Claude Mairet, il a produit une musique d'une exceptionnelle qualité. C'est d'ailleurs le dernier album sur lequel apparaît Claude Mairet.
Ce disque souffre de la comparaison par rapport aux quatre qui précèdent, mais il contient encore plusieurs très bons morceaux et reste un bon album, aussi bien par rapport à l'ensemble de la production discographique de Thiéfaine que par rapport aux albums français ou étrangers sortis à la même époque.
Ses principales faiblesses tiennent d'une part à la qualité relativement inférieure de certains des textes, et d'autre part à ce que, pour la première fois en huit disques, celui-ci n'apporte quasiment rien de neuf. Pire, il donne parfois l'impression d'exploiter des recettes des albums antérieurs, comme avec "Droïde song" ou "Je ne sais plus quoi faire pour te décevoir".
La seule véritable innovation est une incursion dans un style musical hispanisant sur le titre "Pulche mescal y tequilla" (très belle chanson au demeurant).
On peut aussi reprocher à deux ou trois chansons d'être un peu fades (par exemple "Syndrome albatros") ou trop commerciales, comme "Septembre rose". Cette dernière, dédiée à son fils qui venait de naître, propose néanmoins une très belle mélodie. Elle est également d'un optimisme dont on ne pensait plus Thiéfaine capable et qui annonce le tournant à venir.
Parmi les réussites, il y a la chanson "Amants destroy", qui n'aurait pas dépareillé sur l'album "Alambic sortie sud" et qui, même si elle ne renouvelle rien et si le texte est un peu facile, propose une musique somptueuse aux ambiances riches. L'album comporte enfin deux "rock" bien balancés : "Je suis partout", l'excellent titre qui clôture le disque et "Was ist das Rock'n'roll", qui ouvre l'album et qui deviendra une super chanson de concert, propice à des solos de guitare endiablés.
En 1988, une tournée va donner lieu à un disque live ("Routes 88") qui permet une réévaluation positive de cet album. Ayant eu la chance d'assister au concert de l'Elysée Montmartre, je dois admettre que ce fut là la meilleures de six ou sept performances de Thiéfaine que j'ai pu voir dans ma vie. Lui et ses musiciens, Claude Mairet en tête, y firent preuve d'une énergie difficilement envisageable sans l'aide de substances prohibées. Thiéfaine n'hésitait pas à se repoudrer le nez devant le public et il balançait dans la foule des gros morceaux de chocolat made in Afghanistan.
L'album suivant marquera un tournant musical et existentiel majeur : Thiéfaine, qui vient d'avoir son premier enfant, entamera alors une cure pour se libérer de son accoutumance à diverses drogues et abandonnera ses musiciens français et sa maison de disque pour partir aux États-Unis enregistrer deux albums à la tonalité complètement différente de ses précédentes œuvres. Certains y verront le passage à la maturité, d'autres la fin d'une grande époque, une époque héroïque (je veux dire très marquée par l'héroïne) mais qui a vu naître quelques uns des meilleurs disques de Thiéfaine.


Eros Über Alles
Eros Über Alles
Prix : EUR 9,49

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 La fin d'une époque héroïque, 29 février 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Eros Über Alles (CD)
Ce disque est le huitème album studio d'Hubert-Félix Thiéfaine et le dernier d'une série de cinq albums où, avec son guitariste Claude Mairet, il a produit une musique d'une exceptionnelle qualité. C'est d'ailleurs le dernier album sur lequel apparaît Claude Mairet.
Ce disque souffre de la comparaison par rapport aux quatre qui précèdent, mais il contient encore plusieurs très bons morceaux et reste un bon album, aussi bien par rapport à l'ensemble de la production discographique de Thiéfaine que par rapport aux albums français ou étrangers sortis à la même époque.
Ses principales faiblesses tiennent d'une part à la qualité relativement inférieure de certains des textes, et d'autre part à ce que, pour la première fois en huit disques, celui-ci n'apporte quasiment rien de neuf. Pire, il donne parfois l'impression d'exploiter des recettes des albums antérieurs, comme avec "Droïde song" ou "Je ne sais plus quoi faire pour te décevoir".
La seule véritable innovation est une incursion dans un style musical hispanisant sur le titre "Pulche mescal y tequilla" (très belle chanson au demeurant).
On peut aussi reprocher à deux ou trois chansons d'être un peu fades (par exemple "Syndrome albatros") ou trop commerciales, comme "Septembre rose". Cette dernière, dédiée à son fils qui venait de naître, propose néanmoins une très belle mélodie. Elle est également d'un optimisme dont on ne pensait plus Thiéfaine capable et qui annonce le tournant à venir.
Parmi les réussites, il y a la chanson "Amants destroy", qui n'aurait pas dépareillé sur l'album "Alambic sortie sud" et qui, même si elle ne renouvelle rien et si le texte est un peu facile, propose une musique somptueuse aux ambiances riches. L'album comporte enfin deux "rock" bien balancés : "Je suis partout", l'excellent titre qui clôture le disque et "Was ist das Rock'n'roll", qui ouvre l'album et qui deviendra une super chanson de concert, propice à des solos de guitare endiablés.
En 1988, une tournée va donner lieu à un disque live ("Routes 88") qui permet une réévaluation positive de cet album. Ayant eu la chance d'assister au concert de l'Elysée Montmartre, je dois admettre que ce fut là la meilleures de six ou sept performances de Thiéfaine que j'ai pu voir dans ma vie. Lui et ses musiciens, Claude Mairet en tête, y firent preuve d'une énergie difficilement envisageable sans l'aide de substances prohibées. Thiéfaine n'hésitait pas à se repoudrer le nez devant le public et il balançait dans la foule des gros morceaux de chocolat made in Afghanistan.
L'album suivant marquera un tournant musical et existentiel majeur : Thiéfaine, qui vient d'avoir son premier enfant, entamera alors une cure pour se libérer de son accoutumance à diverses drogues et abandonnera ses musiciens français et sa maison de disque pour partir aux États-Unis enregistrer deux albums à la tonalité complètement différente de ses précédentes œuvres. Certains y verront le passage à la maturité, d'autres la fin d'une grande époque, une époque héroïque (je veux dire très marquée par l'héroïne) mais qui a vu naître quelques uns des meilleurs disques de Thiéfaine.


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