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Contenu rédigé par Florestan
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Commentaires écrits par
Florestan

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Love story
Love story
par Erich Segal
Edition : Poche
Prix : EUR 4,00

2.0 étoiles sur 5 O.K., 14 décembre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Love story (Poche)
Aaah, 'Love Story'! Succès mondial! On en a tous entendu parler. «La plus belle histoire d'amour du cinéma» d'après J'ai lu. Eh oui, rien que le titre, c'est tout un programme! Forcément un classique. Une centaine de pages? Bref et intense alors. Quelle ne fut pas ma surprise en découvrant ce livre. Il a beau être court, il démarre lentement, avec un narrateur dépourvu de sensibilité contant les exploits de ses vingt ans, qui n'intéressent que lui. Il se poursuit sans imagination: la fameuse love story, exposée de manière parfaitement linéaire, est aussi plate que le nom dont on l'a affublée. Il s'achève abruptement. Et c'est tout.

Cette histoire semble vouloir dire quelque chose des rapports entre classes et groupes ethniques dans l'Amérique des années 60. Sauf que le sujet n'est pas creusé faute de place. Quant à cet autre, la mauvaise conscience de classe chez les rejetons de l'élite de la côte Est, le protagoniste l'éteint de lui-même. Reste le récit de cet amour qui avait fait pleurer des lectrices comme Barbara Walters, animatrice télé. «Il est O.K.», comme dit le beau-père, sans plus.

Faut-il parler du style? Segal, qui avait à l'origine écrit un scénar, n'en a pas vraiment. C'est un mélange de réminiscences du parler étudiant, de clichés, de rodomontades et d'anecdotes comme n'importe quel couple en a des tonnes, sans empathie, sans lustre, sans même beaucoup d'émotion, contrairement à ce qu'on attendrait. Un exemple au hasard: le début du chapitre 21, sec comme un télégramme. Et le suivant, à savoir le dernier, en principe le plus important... Froid, bâclé, cafardeux. On eût rêvé plus bel hommage à l'héroïne.

L'un des plus graves soucis est la traduction française. Laborieuse, elle rend mal l'humour et la spontanéité de tas de répliques. Exemple: à la première page, une question à la voix affirmative en VO passe à la voix négative en VF. En anglais, elle cingle; en français, non. Un peu plus loin, une phrase sur une sombre histoire de ratios statistiques, incompréhensible en français... car la traductrice a détourné le sens en ajoutant des mots! Alors qu'en anglais c'était clair. Et on pourrait relever des problèmes de ce genre presque à chaque page.

Deux étoiles parce que ça se lit très vite. Mais de préférence en anglais, si on en a la possibilité.


Fin d'un monde ouvrier - Liévin, 1974
Fin d'un monde ouvrier - Liévin, 1974
par Marion Fontaine
Edition : Broché
Prix : EUR 16,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Sujet difficile brillamment traité, 8 décembre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Fin d'un monde ouvrier - Liévin, 1974 (Broché)
Marion Fontaine s'attaque à un sujet difficile, peu apte à captiver les foules: une catastrophe industrielle en pleines fêtes de fin d'année, dans une région en déclin accéléré, événement largement oublié quarante ans plus tard. À l'époque, après des hommages convenus aux victimes, la France était rapidement passée à autre chose. Tout de même: 42 morts après un siècle et demi d'expérience d'exploitation de la houille, ça ne s'efface pas d'un coup de gomme. Dans une chronique précise, l'auteur révèle le jeu trouble de tous ceux qui ont eu intérêt à cet oubli et à la dilution des responsabilités, ainsi que les réussites, échecs et maladresses de ceux qui se sont indignés.

L'ouvrage dépeint ainsi une période dont l'histoire reste largement à écrire, la toute fin de l'exploitation minière dans le Nord-Pas-de-Calais, où toutes les mythologies du mineur se sont évanouies, pour laisser place à un sentiment très prégnant de crise. Crise économique, crise de l'emploi, crise sociale, crise du syndicalisme, crise de la représentation politique, crise de l'identité de classe: autant de problèmes en germe à l'époque à Liévin et dans d'autres villes victimes de la désindustrialisation, et encore très actuels. Les dernières pages éclairent remarquablement ces enjeux, à l'usage de tous ceux qui s'interrogent sur la place des ouvriers dans la société française.


Volontaires pour l'usine : Vies d'établis (1967-1977)
Volontaires pour l'usine : Vies d'établis (1967-1977)
par Virginie Linhart
Edition : Broché
Prix : EUR 18,30

3.0 étoiles sur 5 Inégal, 3 novembre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Volontaires pour l'usine : Vies d'établis (1967-1977) (Broché)
Ouvrage inégal que ce 'Volontaires pour l'usine', écrit avant la trentaine par une jeune femme dont les deux parents furent établis. Après une introduction qui raconte la genèse de l'ouvrage, un peu creuse et répétitive, l'historique du "mouvement" (avec toutes les significations que peut recouvrir ce mot) des établis est retracé efficacement. Puis quelques-unes de ses contradictions internes, de ses réussites, sont pointées. Mais cela manque de profondeur d'analyse, puisque l'auteur n'est ni sociologue, ni politiste, ni historienne. La lacune est comblée par le numéro des 'Les Temps Modernes: Ouvriers volontaires, les années 68 : l'«établissement en usine»' sur le même sujet.

Enfin une bonne partie de l'ouvrage est constituée de témoignages, une matière dont on se demande à quel point elle est brute ou retravaillée. Ils sont très diversement intéressants, et à mon sens beaucoup moins que peut l'être 'L'établi' de Linhart père. Là, 'Volontaires pour l'usine' ne rivalise pas du tout: cela manque de chair, de souvenirs et de notations aussi précises que le travail fondateur.


Comment j'ai tué mon père
Comment j'ai tué mon père
par Frédéric Vion
Edition : Broché
Prix : EUR 18,00

3 internautes sur 16 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Ambiguïté dans la posture sociale, 3 novembre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Comment j'ai tué mon père (Broché)
"Roman". Ah bon? J'ai raté ce qu'il y avait de romanesque dans ce récit tant Frédéric Vion tient à l'authenticité de ce qu'il raconte, et paraît vouloir ne rien romancer. Or il a un point commun avec la plupart d'entre nous: ses souvenirs d'enfance sont nimbés dans un certain flou. Il en manquerait presque de matière. Dans ces 186 pages qui se lisent très vite, il raconte beaucoup de choses. Trop! L'idée directrice est que tout individu est le fruit bâtard de circonstances historiques, familiales, sociales, économiques. Nous sommes d'accord. Mais ici, on se perd en détails, particulièrement sur l'ascendance de M. Vion, qui font perdre de vue ce que le titre du "roman" promettait: le rapport à un père qu'on qualifierait aujourd'hui de pervers narcissique violent.

Violent comment? Le lecteur est forcé de le deviner puisque l'auteur, tout en déplorant que personne n'ait imaginé ou voulu voir cet enfer «totalitaire», ne la détaille pas non plus. Et à mon sens cela affaiblit la portée du propos. Les meilleurs livres sur le totalitarisme sont ceux qui l'ont décrit par le menu.

Le style aussi a ses défauts. Encore marqué, et on peut le comprendre, l'auteur manie surtout l'ironie. Dans un entretien avec "Le Républicain lorrain", le "romancier" confie: «Les journalistes qui l'ont lu me disent que j'ai une écriture nerveuse» (vous avez bien lu: un journaliste dit à un journaliste la manière dont les journalistes ont perçu son bouquin). Compliment qui signifie dans ce milieu: on s'ennuie pas en te lisant. J'entendrai pour ma part cet adjectif de nerveux dans une autre acception. Frédéric Vion éprouve toujours de la nervosité à relater sa propre histoire, ce qui s'explique vu son jeune âge. Malheureusement, cette ironie tombe à plat. Parfois même, elle met mal à l'aise. Pas dans le sens où elle ébranle nos certitudes, non, plutôt dans le sens où le décalage entre le ton et le propos inspire de la gêne. Le récit aura du mal à vous arracher un sourire, du fait de son sujet, qui n'a rien de drôle. (Une exception, me concernant: le passage sur la taverne munichoise).

Y a-t-il de l'émotion alors? Évidemment il y en a le potentiel! Et comme j'ai de la sympathie pour Longwy, j'ai trouvé fort intéressantes les considérations sur le déclin vertigineux de cette ville, de cette vallée. Ce n'est qu'une toile de fond. Frédéric Vion l'avoue lui-même: avec des parents fonctionnaires, il a été largement épargné par cette crise. Doué, il a fréquenté des établissements d'enseignement supérieur parmi les meilleurs du pays, qui l'ont emmené à la télévision, ce qui, soyons honnêtes, a dû beaucoup l'aider à être édité. Tête connue, battue par son père: c'était bankable pour Flammarion.

C'est là que j'ai le plus de réserves -- dans les ambiguïtés de la posture sociale adoptée par l'auteur. À la fin, "Comment j'ai tué mon père" tourne au réquisitoire d'un supposé enfant du peuple contre la sous-représentation du peuple dans les médias. Reconnaissons que l'auteur a pour lui d'avoir alimenté le JT de Pujadas en reportages sur les migrants de Calais, les métallos de Metaleurop, les chômeurs de Denain qui n'arrivent pas à boucler leurs fins de mois ou encore les victimes de marchands de sommeil de Roubaix. Mais il me semblait beaucoup plus légitime et efficace dans ce rôle que dans celui de romancier qui dénonce. Son livre coûte 18 euros en format papier; loisir inaccessible pour les Longoviciens moyens, il touchera surtout l'intelligentsia parisienne, qui connaît déjà ce problème, qui en débat déjà, et même qui a déjà forgé son opinion dessus. Il ne fera pas bouger les lignes. Ce serait difficile dans la mesure où Frédéric Vion est issu de la classe moyenne, fils d'enseignante. Enseignante dans l'une des régions les plus pauvres de France d'accord, mais justement: là-bas, être de la classe moyenne, c'est un peu être de la classe supérieure, dans la mesure où, au-dessus, il n'y a que l'aristocratie des Wendel et alii.


L'enfant d'octobre
L'enfant d'octobre
par Philippe Besson
Edition : Broché
Prix : EUR 15,20

1.0 étoiles sur 5 Pas sérieux, 26 juillet 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'enfant d'octobre (Broché)
Pourquoi Philippe Besson a-t-il ressenti le besoin de revisiter cette affaire? Les élucubrations de Marguerite Duras n'avaient pas suffi? Parce qu'on est un peu dans le même registre ici: un écrivain prétend nous apprendre quelque chose sur des faits qu'il déforme, des faits horribles qui exigeraient la plus grande rigueur et le plus grand doigté. Exemple: le non-lieu de Christine Villemin n'a pas été prononcé pour "manque de charges" comme croit le savoir l'auteur, mais pour "absence totale de charges". Et ça change tout. Besson joue à ne pas trancher. A-t-elle tué son enfant? C'est peut-être elle, après tout... Il y a ces quelques pages odieuses, qui m'ont révulsé, où il explique quel pourrait être le mobile. Et des tas d'autres où il laisse traîner le doute sur la possibilité matérielle d'avoir commis le crime.

Peut-être Philippe Besson a-t-il loupé un épisode, mais ceux qui ont bien suivi l'affaire le savent: non, Christine Villemin ne peut pas avoir tué Grégory, elle n'en avait pas le temps, et l'instruction l'a démontré avec un luxe de moyens rarement déployé! Le reste n'est que calomnies. Et qu'on se le dise aussi, Besson a réussi l'exploit d'être condamné pour diffamation.

Il ne faut pas lire ce livre qui n'est pas sérieux. On ne raconte pas l'affaire Grégory, extraordinairement complexe, en si peu de pages. Je passe aussi l'accumulation de clichés pour décrire la vie de la classe ouvrière en région périphérique, qui rendent le "roman" (heum... si on ose l'appeler ainsi...) difficilement supportable quand on a un minimum d'esprit critique et d'empathie. Quant aux extraits en italique censés faire parler Christine Villemin, le procédé dénonce lui-même sa propre vanité quand l'intéressée non seulement a écrit un livre sur le même sujet, mais en plus saisit la Justice pour se faire indemniser au vu des inepties qu'on lui prête. Il n'y a donc ici vraiment rien à sauver, sauf peut-être les quelques moments où cette histoire est racontée, mais manque de bol! ç'a déjà été fait, et avec quel brio, longtemps auparavant, par une journaliste appelée Laurence Lacour.

Pour moi, c'est simple, on tient là l'une des œuvres les plus inutiles, voire les plus nuisibles, de la littérature française au XXIe siècle. Rien qu'à la lire, on a honte. Rendons grâce au tribunal de grande instance de Paris de l'avoir gravé dans le marbre de la jurisprudence.


L'Empreinte du dieu
L'Empreinte du dieu
par Maxence VAN DER MEERSCH
Edition : Broché
Prix : EUR 12,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Hymne à la vieille Flandre, 25 mai 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Empreinte du dieu (Broché)
Curieux de lire sur la quatrième de couverture qu'après avoir été couronné du Goncourt, Van der Meersch ait pu être qualifié de "nouveau Zola". Ce n'est pas un roman naturaliste, comme pouvait l'être un peu Quand les sirènes se taisent (roman beaucoup moins bien écrit à mon goût). Ici l'auteur puise dans la glaise d'une Flandre mythifiée, celle de ses aïeux, rude, traditionnaliste et paysanne, pour raconter une histoire aux accents catholiques. C'est à la fois d'une réalité crue et d'une morale chaste: face au malheur du monde, incarné par un mari violent, et aux tentations de la chair, qui engendreront d'autres malheurs à leur tour, Van der Meersch déborde de charité chrétienne. Il faut dépasser cette empreinte de Dieu pour apprécier les tableaux qu'offre le roman, comme le combat de coqs, la lutte entre douaniers et contrebandiers, ou les paysages des campagnes arriérées en Flandre-Occidentale, de la vieille ville et du port d'Anvers, et des côtes désolées de la Zélande... Du Verhaeren en prose, avec quelques décennies de retard. Alors sans doute faut-il le lire comme un roman du XIXe.


La Place de l'étoile
La Place de l'étoile
par Patrick Modiano
Edition : Poche
Prix : EUR 6,50

5.0 étoiles sur 5 Attaque en règle, 9 avril 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Place de l'étoile (Poche)
On n'a pas trop le choix avec ce livre: soit on considère que c'est le pire des Modiano, soit on est ébloui. Le tout jeune futur prix Nobel commence sa carrière à mon sens par un sublime coup d'éclat. Ayant rejeté le projet qu'on formait pour lui d'une khâgne, il crache sur toute une tradition littéraire française, celle de la rue d'Ulm en gros, via un protagoniste qui ne recule devant aucune outrance, aucune contradiction, aucune acrobatie intellectuelle et stylistique. De bout en bout le lecteur est pris à partie, dans une explosion de mauvaise foi qui, déjà, explore l'un des grands thèmes de l'œuvre à suivre: la mauvaise conscience de la France. Et dire que Gallimard en a voulu! C'est aussi ça la France.

On rit jaune, donc, face aux aventures de ce Schlemilovitch, qu'il serait vain de résumer. Ce juif antisémite enchaîne les extravagances, sans qu'on discerne toujours ses motivations (ce qui ne constitue que le premier mystère d'une série de romans connus pour en renfermer des dizaines d'autres). On s'en lasserait presque tellement il se rend détestable.

Mais Modiano a eu l'intelligence de n'écrire ce bouquin-là qu'une fois. S'il avait poursuivi dans cette veine sardonique, il n'aurait pas eu ce succès-là. Le roman lui-même serait peut-être tombé dans l'oubli, au rayon des curiosités folkloriques de 68. Et c'eût été une perte pour l'autodérision, alors que la littérature française se prend au sérieux, bien souvent.


Les derniers jours de Stefan Zweig
Les derniers jours de Stefan Zweig
par Laurent Seksik
Edition : Poche
Prix : EUR 6,10

1.0 étoiles sur 5 Kitsch et pathétique, 8 avril 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les derniers jours de Stefan Zweig (Poche)
Quelle mouche a piqué Laurent Seksik de s'attaquer à ce sujet à propos duquel, manifestement, il n'a rien d'intéressant à dire? J'ai refermé ce livre avec l'impression d'avoir assisté à la faillite prévisible d'un auteur qui a tenu à gravir une montagne sans équipement ni savoir-faire. Il ne parle ni allemand (sinon il ne mettrait pas d'umlaut à Juden et saurait que lieder est un pluriel) ni portugais ("muilto"?!), et maltraite même l'anglais au passage ("ennemy"). Il ne sait pas grand-chose de l'emploi du temps des derniers mois de Zweig. Et il n'a pas l'air d'avoir très envie de nous dépeindre le Pétropolis des années 40.

Alors il doit broder... D'où plusieurs techniques plus ou moins kitsch. La première, naturellement: le flash-back. Classique, mais pas toujours bien amené ici. Et puis on n'est pas venu pour lire ça! Dans le même ordre d'idées Seksik cherche à restituer les conciliabules de l'écrivain avec lui-même. On est pris d'un doute constant: pour un esprit aussi brillant que Zweig, c'est un peu plat. Des variations répétitives sur la haine de soi, la haine de cette guerre et la pitié pojr les Juifs et les intellectuels. Ensuite, plus curieux, les monologues d'autres personnages. Celui du chauffeur de taxi est... consternant. Ceux de Lotte lassent rapidement. De quel droit en fait-il une telle midinette?

Enfin il y a quelques scènes recréées qui donnent sa consistance au récit. Quelle est leur degré de véracité? Seksik a une telle tendance à verser dans le cliché qu'on soupçonne une très grosse part d'imagination. Il faut en souffrir les boursouflures pour espérer apprendre quelque chose dont, au bout du compte, on n'est jamais sûr. Je retiendrai l'ouverture de cette malle de livres au début, racontée avec un pathétique qui fait grincer des dents: l'écrivain juif exilé, spolié de sa bibliothèque sauf quelques volumes, vide ladite malle et, incapable de se résigner à ce qu'elle en contienne si peu, râcle le fond. C'est une belle métaphore qui annonce toute la suite: peu de matière (et comment s'en étonner avec une bibliographie exclusivement en français?) laborieusement exploitée.

Fans de Zweig, passez votre chemin.


J'existe à peine
J'existe à peine
par Michel Quint
Edition : Broché
Prix : EUR 19,00

3.0 étoiles sur 5 Bavard..., 19 janvier 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : J'existe à peine (Broché)
Dur, dur, de se passionner pour le récit de ce forain qui revient sur les lieux de son enfance, à Wattrelos. Le thème est habituel chez Michel Quint. Le traitement ici est plutôt lourd, avec un langage qui m'a fatigué: des phrases longues entrecoupées de virgules, un peu d'argot, des expressions populaires qui encombrent le propos. Exemple (p. 161):

"Ils parlent, tous les quatre, Léonore et Marion ne sortent pas les griffes, elles m'évitent, c'est bien le moins. Il est question de Jacky, Gaspard, il faut qu'elles s'y mettent, à la préparation du cocktail de mariage. Clairement, elles n'osent pas revenir sur notre happening terrifiant, entretiennent une conversation d'ameublement. Qu'est-ce qu'elles attendent pour me faire honte, me renvoyer à mon sordide de saltimbanque sans foi? Francis cause mécanique, Ami 6, kilométrage. Marie fait maîtresse de maison, caquette comme si elle ne m'avait pas rendu responsable du dérapage inexcusable de ce soir".

On peut reconnaître à l'auteur une capacité remarquable à changer de style en fonction des romans. Il entre dans la peau de ses narrateurs avec une crédibilité remarquable. Mais au fil des pages le bavardage d'Alexandre Sénéchal paraît long. L'intrigue, exagérément étirée. Je suis parvenu à la fin avec un sentiment de lassitude qui m'a empêché de m'émouvoir pleinement. Car l'épilogue vaut la peine! Si on commence à lire 'J'existe à peine' il faut le finir. Mais faut-il le commencer?


Bienvenue à Hénin-Beaumont
Bienvenue à Hénin-Beaumont
par Haydée SABERAN
Edition : Broché
Prix : EUR 15,00

1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Un roman politique spectaculaire, 17 août 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Bienvenue à Hénin-Beaumont (Broché)
Juin 1995: un militant FN de 22 ans, qui a réussi à monter une liste dans une ville socialiste où son parti est faiblement implanté, récolte 12-13% des voix. Mars 2014: ce même militant, Steeve Briois, devenu conseiller régional et cadre national du FN, crée la sensation en étant élu maire dès le premier tour. Que s'est-il passé entre-temps? "Bienvenue à Hénin-Beaumont" raconte le roman politique spectaculaire de ce qui est autant la victoire d'un homme qui a su se poser en unique opposant qu'une défaite honteuse d'une gauche naguère hégémonique. Le sous-titre ne mentionne que le FN. Il pourrait aussi évoquer la déliquescence des partis de gouvernement, la droite qui a démissionné, quasi disparu, et la gauche surtout, qui s'est fourvoyée à cause de l'aventure tragi-comique d'un élu dont sa gestion municipale a fait un délinquant condamné à de la prison ferme (eh oui, il faut le faire).

Haydée Sabéran, journaliste de Libération à Lille, raconte sobrement cette vie politique locale terriblement agitée. Elle se base sur ses propres reportages, sur les archives de la presse locale et sur le travail d'un autre journaliste, Édouard Mills-Affif. On est passionné par ce récit.

Elle laisse par ailleurs longuement parler une multitude d'électeurs héninois. Quelles que soient leurs sympathies politiques, tous font part d'un certain sentiment de délaissement, de dégradation (de la situation économique, du lien social, des services publics, du prestige de la ville) et d'impuissance. On peut être moins convaincu par l'intérêt de ces divers témoignages. Manquent en revanche ceux des grands acteurs de cette histoire: Steeve Briois lui-même, dont on apprend les méthodes, mais moins les opinions, Marine Le Pen qui fut conseillère municipale, et dont on aurait aimé entendre ce qui l'a attirée dans une ville pareille, Yves Darchicourt, fils et frère de maire socialiste, qui d'après Dalongeville laissa à Briois la tête de la liste FN de 1995, Gérard Dalongeville lui-même, pourtant pas avare de déclarations tonitruantes ailleurs, Marie-Noëlle Lienemann, responsable socialiste nationale parachutée pour sauver ce qui pouvait l'être et partie sur un échec, Albert Facon, le député de cette circonscription, les dirigeants successifs de la Fédération socialiste du Pas-de-Calais, qui ont leur part de responsabilité, et enfin le mystérieux Eugène Binaisse, le maire en place au moment de la parution de l'ouvrage. Dommage!


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