Profil de René Perceur > Commentaires

Fiche d'identité

Contenu rédigé par René Perceur
Classement des meilleurs critiques: 2.048
Votes utiles : 994

Chez vous : découvrez nos services personnalisés en pages d'aide !

Commentaires écrits par
René Perceur (France)

Afficher :  
Page : 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10
pixel
Le Port des fous (Bernard Prince)
Le Port des fous (Bernard Prince)
par Greg
Edition : Relié

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 La peur du noir dans l'enfer blanc, 24 janvier 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Port des fous (Bernard Prince) (Relié)
Si l'ensemble est captivant de bout en bout, le meilleur de cet album est fait des séquences situées dans les profondeurs de la coque d'un navire prisonnier de la banquise. Dans plusieurs pages, par l'alchimie entre les dialogues et le trait, Greg et Hermann réussissent à communiquer au lecteur un réel sentiment d'angoisse, ce qui constitue un tour de force dans le domaine de la BD. Hermann s'est surpassé, notamment dans sa façon de modeler les ombres, et Greg a su fondre de manière très originale le polar et le récit d'aventure. On peut lire cet album sans avoir lu les autres, mais je ne résiste pas au plaisir de recommander également « Objectif Cormoran » et « Le souffle de Moloch ». Ne laissons pas ces merveilles des années 70 tomber dans l'oubli !


3h10 pour Yuma [Import belge]
3h10 pour Yuma [Import belge]
DVD ~ Russell Crowe
Proposé par __The_Best_on_DVD__
Prix : EUR 5,98

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
1.0 étoiles sur 5 Mangold ne tient plus debout, 8 septembre 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : 3h10 pour Yuma [Import belge] (DVD)
Quelles qualités peut-on trouver à ce western truffé d'invraisemblances, à cette fiction constamment alourdie de mauvais dialogues, et à son finale digne (ou pas même digne) d'un jeu vidéo ?
Tueurs et policiers s'observent interminablement, les ruses les plus grossières ne sont jamais éventées. Le bandit tire un coup de revolver à bout portant dans le ventre du policier qui le pourchasse, un médecin extrait des boyaux de ce vieil increvable (Peter Fonda) une balle qui aurait dû le traverser de part en part ou du moins lui fracasser quelques os, puis nous voyons ce Javert d'opérette se remettre sans peine à marcher, à monter à cheval, etc. Quant au jeune fermier (ex-soldat), il a perdu un pied à la guerre et porte une prothèse, mais cela ne l'empêche pas de courir comme un lapin tout au long du film, il peut même ajuster son tir sans s'arrêter ni ralentir ! Cocasse.
Et puis j'en ai assez de ces plans fixes d'un quart d'heure sur l'émotion d'un enfant, où les réalisateurs s'efforcent de nous prendre par les sentiments. Ultraviolence et sentimentalisme, cela restera comme le cocktail scénaristique typique des années 2000.
Quand on pense que 95 % des films d'aujourd'hui sont faits ainsi ! Je plains les adolescents qui passeront de Walt Disney à ce navet.
Les habitants d'une petite ville se laissent acheter par des tueurs et deviennent sans transition une horde de loups. Hollywood s'imagine que les gens simples sont prêts à se vendre au plus offrant, à tuer père et mère pour de l'argent. C'est d'un cynisme... Et bien sûr, ces honnêtes villageois qui se transforment en assassins appointés, Dan Evans et Ben Wade les haïssent autant l'un que l'autre (Wade indique à Evans où il doit tirer pour n'en rater aucun). Tout ce qui est excessif est insignifiant.
Ce film présente peut-être un reflet de l'Amérique déboussolée d'aujourd'hui, certainement pas de ce que fut l'Amérique au lendemain de la guerre de Sécession.


Jérôme K. Jérôme Bloche - tome 4 - Passé recomposé
Jérôme K. Jérôme Bloche - tome 4 - Passé recomposé
par Dodier
Edition : Relié
Prix : EUR 12,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Policier et poétique, 3 septembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Jérôme K. Jérôme Bloche - tome 4 - Passé recomposé (Relié)
« Passé recomposé » est un album très prenant, à l'intrigue impeccablement construite. Son dénouement, qui se fait en trois étapes, est une véritable leçon de narration. Alain Dodier a situé l'essentiel des événements sur l'île Saint-Mathieu, et, à l'intérieur de ce cadre restreint, il habitue son lecteur à arpenter une géographie de rochers, de falaises et de landes battues par les vagues. Ces paysages s'enveloppent tantôt de brouillard, tantôt d'ombre, lorsque s'installe l'angoisse. Le trait de Dodier, qui savait évoquer les matières et les volumes, devient alors incroyablement suggestif. Pour ses qualités narratives et graphiques, pour l'art avec lequel une atmosphère est créée, « Passé recomposé » mérite d'être placé au niveau des meilleurs Gil Jourdan de Tillieux, ou des meilleurs romans de Georges Simenon. J'en dirai autant du premier album de la série, « L'ombre qui tue », et j'émettrai des réserves sur les deux suivants, qui présentent quelques insuffisances de scénario (le deuxième album, « Les êtres de papier », donne au lecteur les mêmes chances de résoudre l'énigme qu'au détective mais comporte malheureusement quelques lacunes dans l'explication finale ; et le troisième, « À la vie, à la mort », se fonde sur une intrigue qui, en faisant intervenir le merveilleux, s'écarte trop de l'esprit de la série). Je regrette que, par la suite (après « Passé recomposé »), Dodier ait banalisé son dessin, en adoptant un tracé moins grenu, plus conventionnel et presque uniforme, qui détruit ce qui faisait sa spécificité : le frémissement des matières et l'intensité des atmosphères. Mais j'admets volontiers que cet affadissement graphique est un défaut mineur et que plusieurs albums ultérieurs, tel « Le coeur à droite », se révèlent absolument remarquables, tant par la solidité du dessin que par la qualité de leur scénario.


Le Spirou de ... - tome 7 - La Femme léopard
Le Spirou de ... - tome 7 - La Femme léopard
par Yann
Edition : Album
Prix : EUR 14,50

12 internautes sur 15 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Graphiquement brillant... Narrativement étrange, 7 mai 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Spirou de ... - tome 7 - La Femme léopard (Album)
Les péripéties s'enchaînant sur un rythme endiablé, nous sommes agréablement promenés dans un Bruxelles et un Paris fraîchement libérés. Tout se fait sur des accents de swing et de jazz, et la ligne de Schwartz est fluide, toujours juste.
Mais je ne reconnais pas mes chers personnages. Certes, à l'époque de Jijé et de Franquin, Spirou et Fantasio n'étaient pas exempts de défauts sympathiques. Ces défauts ou ces faiblesses les enrichissaient et les rapprochaient de nous dans les moments mêmes où leurs exploits héroïques auraient pu nous les rendre aussi inaccessibles que des superhéros de comic-books. Fantasio est longtemps resté un farfelu, et il arrivait que Spirou se révèle impulsif et colérique (comme le deviendra Fantasio, de manière chronique, au contact de Gaston Lagaffe). Mais comment peut-on faire de Spirou et de Fantasio des individus aussi ambigus, aussi antipathiques ? C'était déjà le cas dans « Le groom vert-de-gris ». À chaque page abordée, nous redoutons que l'un ou l'autre héros ne se retrouve (volontairement ou à son insu) coupable de la mort de quelqu'un. Ce que j'accepte des Innommables, j'ai toujours du mal à l'admettre de la part des personnages que Franquin avait durablement imprégnés de sa tendresse et de sa générosité.
Et ce fétiche africain qui se déplace tout seul en lévitant : était-ce bien nécessaire ? On se croirait ramené au Jijé facile et léger de « Comme une mouche au plafond », ou au Fournier du « Gri-gri du Niokolo-Koba » et de « Du cidre pour les étoiles »... Là encore, on nous éloigne de l'empreinte franquinienne.
(Les derniers qui nous aient vraiment rapprochés de Franquin, ce sont Tome et Janry dans l'album « Virus ». Il y a plus de trente ans.)
Qu'on me pardonne : je ne serai pas moins sévère pour les pages consacrées à Saint-Germain-des-Prés. Yann s'était déjà moqué de Jean-Paul Sartre (le Sartre des années 60) dans l'excellent « Mai 68 » (Célestin Speculoos n° 2) ; la charge était féroce, mais ne manquait pas de vraisemblance... Dans « La Femme léopard », en revanche, les propos que le scénariste attribue à Sartre et à Beauvoir sont gamins et bébêtes, presque incohérents.
D'autre part, Simone de Beauvoir et « Zaza », dans les faits, ne se confondent pas. Zaza était le surnom donné à la grande amie d'enfance et d'adolescence de Simone de Beauvoir, et non pas un surnom que Sartre aurait donné à Simone de Beauvoir pendant l'Occupation et dans l'immédiat après-guerre.

Mais je reviens (en ce 24 juillet 2014) sur la fameuse discussion de café à laquelle participent Beauvoir et Sartre. Yann affirme que les phrases inscrites dans les bulles, quoiqu'elles soient fort éloignées de ce qu'ont tendance à dire en public deux philosophes, contiennent plusieurs fragments authentiques, qu'il a extraits de la correspondance ou des carnets intimes de Sartre et de Beauvoir ; et il ajoute que les phrases authentiques ne sont pas les moins misogynes... Dont acte.


Jess Long, tome 6 : Grand Canyon - Rapt - Le grain de sable
Jess Long, tome 6 : Grand Canyon - Rapt - Le grain de sable
par Maurice Tillieux
Edition : Album

4.0 étoiles sur 5 La BD noire venue de Belgique, 26 janvier 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Jess Long, tome 6 : Grand Canyon - Rapt - Le grain de sable (Album)
La série Jess Long a été injustement oubliée. Injustement, parce que les découpages de Piroton, ses compositions, ses ambiances, y sont d'un niveau plus qu'honorable - et que les scénarios de Tillieux y sont d'une qualité exceptionnelle, particulièrement dans ce sixième album, « Grand Canyon », paru en 1981 (recueil de trois récits qui avaient été publiés dans Spirou au cours des années 1970).
Les deux plus longues histoires qui composent cet album, et notamment la deuxième d'entre elles, « Rapt », m'ont enchanté lorsque je les ai lues pour la première fois, âgé de dix ou onze ans. Encore aujourd'hui, lorsqu'il m'arrive de les relire, elles me captivent par leur tonalité et par la rigueur de leur construction. Ce sont de vrais romans noirs en bande dessinée. Jess Long et Slim Sullivan n'interviennent que dans les dernières pages de chaque récit, presque en tant que témoins : l'essentiel du développement narratif concerne des individus ordinaires qui basculent dans le crime, mus par l'ambition ou par le désir de changer de vie.
« Le monde est mal fait ! » hurle le personnage central de « Rapt », coupable indubitablement, mais presque innocent, avant de tomber sous les balles de Slim Sullivan. La séquence est superbe. Au jeune amateur de BD que j'étais, cette simple page a fait découvrir la difficulté du jugement moral et les contradictions de la condition humaine. Dans le propos des auteurs, on sent une douloureuse révolte contre l'ordre social, une révolte métaphysique contre ce chaos qui veut se faire prendre pour un cosmos. Je n'avais encore rien lu de pareil.
Un autre intérêt de ce sixième album est qu'il ne comporte que des scénarios originaux de Tillieux, aucun n'étant le réemploi d'un ancien épisode des aventures de Félix. « Grand Canyon » est l'une des toutes dernières histoires écrites par Tillieux, avant sa mort prématurée survenue en 1978.


Les Effacés - Tome 6 - Station Dumas
Les Effacés - Tome 6 - Station Dumas
par Bertrand Puard
Edition : Broché
Prix : EUR 14,50

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
1.0 étoiles sur 5 Au revoir, les Effacés, 13 décembre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Effacés - Tome 6 - Station Dumas (Broché)
Le jeune Dominique Frame, ayant réussi à imposer à deux producteurs idéalistes un film qui dure sept heures, échoue à imposer ce film aux distributeurs et aux propriétaires de salles : il en devient misanthrope. Nikolaï Stavroguine lance un missile sur un hélicoptère du RAID et le fait exploser en plein vol, ce qui fait du jeune milliardaire russe le meurtrier du pilote et des éventuels passagers de l'appareil, mais il se donne beaucoup de mal pour prouver qu'il est innocent du meurtre de l'ancien premier ministre Salavin. Elissa est blessée au tibia à la page 64, mais bandée à la cuisse page 285. Neil était censé être amateur de littérature, et grand lecteur de romans : maintenant il est dit « cinéphile et cinéphage ». Yvonnick Denoël, spécialiste des prises d'otages dans le tome 4, est ici éditeur de livres. Aurore (Descimes ou Brunante) réunit dans son fief ultrasecret l'ensemble des Effacés pour leur révéler la vérité, après avoir fait donner à deux d'entre eux, José Aladin et la petite copine de celui-ci, un grand coup de matraque sur le crâne. Et que dire du fait que le film Toxicité maximale, inspiré par l'intrigue du premier roman de la série, a été écrit, tourné et monté en une poignée de semaines ?
Un personnage nous explique ce qu'est l'art véritable : « C'est faire croire au public qu'on lui donne ce qu'il veut tout en glissant dans les méandres de son cerveau le plus violent des messages. La subversion, ce devrait être le but de toute œuvre d'art, film, livre, tableau, spectacle... » Bertrand Puard fait la révolution par sa littérature révoltée contre tout, contre la vraisemblance, contre la syntaxe, contre le sens des mots, contre le sens commun.


Les Effacés - Tome 5 - Sombre Aurore
Les Effacés - Tome 5 - Sombre Aurore
par Bertrand Puard
Edition : Broché
Prix : EUR 14,50

Aucun internaute (sur 1) n'a trouvé ce commentaire utile :
1.0 étoiles sur 5 Feuilleton hystérique, 25 novembre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Effacés - Tome 5 - Sombre Aurore (Broché)
Bertrand Puard enchaîne les explosions et les cataclysmes, il fait régner dans ses histoires une hystérie permanente, comme pour rivaliser avec le cinéma d'action le plus rentable. Et chez lui, littérature oblige, cette frénésie et ce déferlement d'héroïsme nourrissent une tempête verbale qui emporte les bornes du goût, soulève les cœurs, enfonce furieusement les portes ouvertes. Exemple : « Neil réfléchissait. Son cerveau mettait à profit tous ses neurones et employait la quasi-intégralité de ses synapses pour chercher une solution. » Bertrand Puard se permet toutes les audaces pour faire son incandescent.
Mais l'auteur-narrateur n'est pas seul à s'échauffer : les soliloques des méchants mégalomanes, ainsi que les tirades des gentils héros tourmentés et marqués dans leur chair, semblent issus d'un épisode de Ken le Survivant (doublé en français).
Je n'arrive pas à comprendre comment des romans aussi lourdement écrits, et qui mettent en scène des personnages aussi caricaturaux, peuvent avoir un tel succès, ou du moins recueillir tant de louanges, de la part des lecteurs et des critiques apparemment unanimes.
Poussant jusqu'à l'absurde, jusqu'au délire, le traitement feuilletonesque de ses postulats de départ, multipliant les explorations d'appartements sécurisés, les poursuites et les fusillades, n'hésitant pas à mettre Paris à feu et à sang, donnant à ses héros des montagnes de fric à dépenser, Bertrand Puard nous projette dans un monde où aucun événement n'a de réelle importance et où tout sombre immédiatement dans l'insignifiance : aussi bien la quête d'identité des héros adolescents que les turbulences politiques les plus meurtrières. Ces turbulences ont pour origine les complots ourdis par de vilains capitalistes, par quelques savants fous et par de hauts responsables politiques ayant un crime crapuleux à dissimuler ; dans l'univers de Bertrand Puard, les conflits sociaux ou ethnico-religieux bien réels que couve la France d'aujourd'hui n'ont aucune existence... Je m'étonne de constater que beaucoup d'admirateurs des Effacés mettent ces romans sur le même plan que la série CHERUB, alors que cette dernière est, par le réalisme de ses intrigues et par la véracité psychologique de ses personnages, nettement plus convaincante.
Enfin, dans les cinq volumes parus, la syntaxe n'est pas excellente (les correcteurs sont-ils en grève chez Hachette ?), et souvent l'auteur prend un mot pour un autre. Les « comme de bien entendu » pullulent, mais aussi, plus inattendus, les « de la plus belle eau ». Je n'invente rien : il y a un « dédale de la plus belle eau » page 160, et on prend congé « avec un hasta luego de la plus belle eau », page 181.
Pour ma part, je lis tous les romans de cette série, parce que le concert de maladresses techniques, de puérilités et de cocasseries que nous offrent avec persévérance Bertrand Puard et les éditions Hachette est un plaisir de fin gourmet.


Lone Star
Lone Star
DVD ~ Kris Kristofferson
Prix : EUR 6,99

3.0 étoiles sur 5 Le cinéma presque vaincu par la morale, 22 août 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Lone Star (DVD)
Dans une petite ville du Texas, située au bord du Rio Grande, le nouveau shérif enquête sur les circonstances de la mort d'un ancien shérif de la ville, qui était corrompu à bloc. Très vite, son enquête l'incite à penser que son propre père, Buddy Deeds, l'homme qui devint le successeur du shérif pourri, est le principal suspect du meurtre de ce dernier. Et pour nous faire revivre les événements du passé, le scénariste-réalisateur-monteur, John Sayles, recourt à des flash-back, en petit nombre, qu'il introduit très habilement, par d'ingénieuses transitions, dans la trame principale de la narration. Charlie Wade est incarné par Kris Kristofferson, dont Peckinpah et Cimino firent un acteur inoubliable.
Quand l'histoire commence, un autre Deeds a été élu shérif à son tour : il s'agit de Sam Deeds, le fils de cet inflexible Buddy Deeds qui a marqué la mémoire de tous les habitants de la ville en raison de son sens aigu (quoique assez personnel) de la justice. Évidemment, c'est à ce moment-là qu'on déterre le squelette de Charlie Wade.
Le scénario est compliqué. Il fourmille de détails auxquels on est d'abord tenté de n'accorder aucune importance, mais qui expliquent que des liens se soient noués entre des individus qui, sans cela, ne se seraient jamais rencontrés (un élément parmi d'autres : les dix mille dollars qui ont été volés dans la caisse du comté ; sans eux, on ne comprendrait pas comment la femme du Mexicain assassiné par Charlie Wade a pu devenir ensuite la maîtresse cachée du shérif Buddy Deeds).
Parallèlement, le fils du seul cabaretier noir de la ville est devenu, dans l'armée américaine, un colonel probe et rigoureux - comprenons : psychorigide. Lui aussi est revenu dans la ville de son enfance après en être resté éloigné pendant des années. Entre ce Delmore Payne et le vieil Otis, la relation n'est pas moins difficile et problématique que celle qui aura existé entre Buddy Deeds et Sam Deeds. Mais je me demande à quoi servent les nombreuses séquences qui mettent en scène la femme et le fils du colonel, et le colonel lui-même, puisque ces trois personnages ne sont qu'indirectement liés à l'intrigue principale. Elles alourdissent inutilement une narration déjà bien chargée. On sent que le réalisateur-monteur a eu des difficultés à intégrer dans son film tous les éléments de son scénario. Du coup, le récit semble fait d'une collection de hasards improbables.
Tel qu'il est, Lone Star m'apparaît comme une oeuvre obèse, croulant sous le poids de ses multiples thèmes : la frontière, les ancêtres, le lent mélange des communautés, la filiation, la transmission, le grand amour adolescent, la justice, les magouilles politiques, la violence... Le didactisme caractérise surtout les à-côtés du récit principal, mais il est pesant. Cela dit, j'apprécie la séquence dans laquelle les professeurs du lycée se disputent sur le contenu des cours d'histoire locale, lorsque chaque communauté veut faire triompher sa version des événements du passé.
Chris Cooper est fort bon dans son rôle de shérif intègre et souffrant - certes un peu trop souffrant -, et Matthew McConaughey est excellent dans le rôle du shérif Buddy Deeds. Jusqu'au bout, ce personnage reste environné d'une aura de mystère : le véritable centre de gravité du film, c'est lui. D'autres acteurs cabotinent : l'actrice qui interprète une jeune militaire noire ne montre qu'une expression (larmoyante), de même que le jeune Mexicain qui fait traverser la frontière à sa famille clandestinement. Les acteurs secondaires, dans ce film, sont censés incarner une seule idée, et quand un personnage change d'opinion, quand il fait preuve d'« ouverture d'esprit », eh bien ça se voit, ça se lit aussitôt sur sa figure. Et par-dessus le marché, la portée de chaque geste de bonté est soulignée par un contrechamp sur le visage réjoui du bénéficiaire.
Quant à Kristofferson, il fait des mimiques (Wade, en commettant ses meurtres, a un sourire au coin des lèvres, et il les commet sous les yeux de son nouvel adjoint même quand tout indique qu'il devrait se méfier de ce complice peu coopératif) - mais sans doute fallait-il qu'il surjoue son personnage, pour renforcer le contraste entre le shérif Wade et le shérif Deeds.
C'est dans un drive-in que l'histoire d'amour entre les adolescents Sam et Pilar a été brutalement interrompue, une nuit, par l'intervention du shérif Buddy Deeds. Ce cinéma en plein air est devenu un terrain vague, mais les restes du support en bois de l'écran y sont encore plantés. Sam et Pilar se rejoignent devant ces débris, à la fin de l'histoire, pour recommencer leur histoire commune « à zéro ».
Pour l'intrigue principale et pour quelques moments comme celui-là, qui sonnent juste, on peut se laisser séduire par Lone Star et y voir une oeuvre attachante. Émergeant de ce melting-pot d'événements, entre des nappes de pathos, il y a quelque chose qui tient debout. Il y a du cinéma. Un cinéma qui nous parle son vrai langage. Dans ce film, le cinéma est presque vaincu par la morale, mais pas complètement vaincu.


Alex Rider, tome 9 : Le réveil de Scorpia
Alex Rider, tome 9 : Le réveil de Scorpia
par Anthony Horowitz
Edition : Poche

2.0 étoiles sur 5 Héros méconnaissable, 5 juin 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Alex Rider, tome 9 : Le réveil de Scorpia (Poche)
On dirait un pastiche... Pas un pastiche de James Bond, mais un pastiche d'Alex Rider !
Disons-le tout de suite : ce roman ne nous révèle rien de nouveau sur les parents d'Alex Rider. En revanche, il apporte quelques révélations sur la vie privée d'Alan Blunt, et nous laisse entrevoir que Smithers, l'homme qui conçoit tous les gadgets qu'Alex utilise dans ses missions, pourrait avoir, par le passé, « partagé une philippine » avec la belle Jack Starbright, gouvernante de notre héros...
L'intrigue de « Scorpia rising » (tel est le titre original de ce neuvième Alex Rider) semble avoir été hâtivement bâtie, empruntant au cinéma d'action hollywoodien des procédés et des séquences types. Le récit d'une course-poursuite dans un souk du Caire ne communique aucune impression de foule grouillante, ne nous fait jamais imaginer les marchands en colère de voir leur étals renversés. Les tueurs surgissent un par un, comme les mannequins d'un jeu vidéo. Ils ne savent pas viser et attendent de se faire corriger, chacun son tour, par un Alex Rider de plus en plus doué pour la bagarre.
Plus tard, un événement traumatique lui ayant fait perdre le goût à la vie, nous voyons Alex rester debout sous les balles en plein orage, la pluie ruisselant sur sa peau, sans que son adversaire, pourtant tireur d'élite, réussisse à l'atteindre, dans un épisode inspiré du dénouement apocalyptique de certains westerns.
Où sont donc passées la faculté créatrice et l'imagination concrète de l'auteur, cette imagination dont l'un des principaux effets était de rendre fervente et haletante la lecture des nombreuses séquences claustrophobiques que comportaient les précédents volumes de la série ?
De Scorpia aux Larmes du crocodile, nous allions vers toujours plus de réalisme. En dépit du récit particulièrement convaincant d'une séance de torture (chapitre 14), au cours duquel l'auteur fait allusion aux supplices pratiqués par l'armée américaine au centre de Guantanamo, cette neuvième aventure nous fait retomber au niveau des puérilités qui gâchaient Pointe Blanche (rappelez-vous les sornettes qu'on pouvait y lire au sujet du clonage humain !). L'idée du « dernier gadget » qu'emploie Smithers fait même basculer la narration dans le grotesque. Avec ce gag idiot du « costume permanent », l'auteur en arrive à rendre banal un personnage qui avait le mérite de ne pas l'être.
Le précédent roman de la série, Les Larmes du crocodile (un excellent volume), se clôturait sur une page de remerciements, mais pas ce Réveil de Scorpia, qui n'a manifestement pas exigé la même recherche de documentation. C'est un roman en roue libre, contenant même quelques erreurs grossières (par exemple celle-ci : l'auteur a l'air de croire que le prénom du président chinois Mao était... Mao Tse).
Horowitz nous avait habitués à mieux, à beaucoup mieux.
Fallait-il vraiment publier ce neuvième volume si vite après le précédent ?


Shelley, tome 2 : Mary
Shelley, tome 2 : Mary
par David Vandermeulen
Edition : Album
Prix : EUR 14,99

2.0 étoiles sur 5 Le scénariste a une fièvre de cheval, mais le dessinateur garde son sang-froid, 7 janvier 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Shelley, tome 2 : Mary (Album)
Le tome 1 de cette bande dessinée m'avait bien plu. J'avais été d'autant plus intéressé par la lecture du premier volume que l'intention satirique n'en était pas absente. Le poète Percy Bysshe Shelley y apparaissait sous les traits d'un surdoué des lettres qui était aussi un redoutable enfant gâté. Jeune homme sans frein et probablement sans coeur, il sait que sa position sociale excusera toutes ses transgressions.
Ce tome 2 fait basculer le récit dans une sorte d'improvisation délirante. L'intrigue part en vrille dès que le scénariste, changeant brusquement de registre, s'abandonne au genre de la fiction apocalyptique. Une peste planétaire fait disparaître l'humanité en quelques semaines, n'épargnant que quelques esprits supérieurs et éclairés, à Londres et à Paris. L'ingrédient est emprunté à l'intrigue du Dernier homme, roman publié par Mary Shelley en 1823 mais resté peu connu des lecteurs français. Dans la bande dessinée, l'épidémie symbolise la diffusion, à travers toute l'Europe, de l'athéisme et des idéaux libertaires (ce que le scénariste, dans la postface de l'album, nomme « romantisme »). Casanave et Vandermeulen ont dû juger que les faits authentiques de la vie de Percy Shelley, de Mary Shelley et de lord Byron n'auraient pu suffire à retenir l'attention du public. Ou peut-être le scénariste a-t-il jugé ces faits indignes de sa créativité. En tout cas, il entend montrer que lui aussi sait composer un roman gothique et faire un morceau de romantisme noir. Tant pis si l'oeuvre achevée manque de cohérence.
Nous pourrions nous résigner à cette greffe entre deux projets narratifs divergents, et entre deux tonalités incompatibles, mais comment ne pas juger inepte la langue dans laquelle Vandermeulen écrit ses dialogues ? Le scénariste semble ne rien connaître du style des écrivains que son oeuvre prétend dépeindre. Voici comment il fait parler George Byron (à la page 59) : « Il n'est pas de mon désir [sic] de vous alarmer, mais nous ne pouvons en tout état de cause [sic] écarter cette éventualité » (l'éventualité dont il est question est celle de la présence aux environs du château de Versailles, où nos héros se sont réfugiés, d'êtres humains qui errent en bandes et sont retournés à l'état sauvage). « Cette question demeure principale [sic], et il serait imprudent que nous ne nous y attachions [sic !] rapidement. » Et voici comment, à propos d'une montgolfière, s'exprime Germaine de Staël (toujours à la page 59) : « C'est un engin superbe, moderne et sécurisé [sic], un véritable savoir-faire [sic] français ! » Les dialogues de ce volume sont presque tous de cette encre-là, dont je ne résiste pas à la tentation de citer un dernier échantillon : « - Vous écrivez en ce lieu, monsieur ? - Oui, madame. Comment, à contempler cette naturelle beauté [= les paysages de Suisse], la chose pourrait-elle en [sic] être autrement ? » (Extrait de la page 28.)
Ce verbiage stupide, et pas même grammatical, est censé représenter la rhétorique chantournée et le langage fleuri, à la Delille, des écrivains de 1810. Nous découvrons un style d'autant plus saugrenu que les phrases sont parsemées de locutions très actuelles (page 46 : « Un souci, docteur ? » ; page 60 : « C'est ballot »).
La conception postmoderne de la culture veut qu'on crée pour amuser le public, gentiment, sans heurter les poncifs d'une morale récente, et qu'on s'amuse soi-même en créant ; pour ça, je fais confiance aux auteurs. Vandermeulen a raison de constater, dans sa postface, que nous sommes tous devenus des Mary et des Percy : la liberté individuelle prime tout, la passion excuse tout, la science expliquera tout (« Les abandons à la liberté individuelle, au scientisme et aux passions sont désormais appréciés comme d'immanquables idéaux de vie », écrit le scénariste dans son style inimitable). À la lecture de ce tome 2, pourtant, on ne sait trop si lui-même le déplore ou s'il s'en réjouit.
Ces réserves faites, je dois dire que j'admire toujours autant le dessin de Daniel Casanave, son trait juste et efficace, rapide et léger, qui s'inscrit dans la tradition des meilleurs albums de Morris - si j'ose lui chercher un modèle. La mise en couleurs, signée de Patrice Larcenet, est excellente.


Page : 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10