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Contenu rédigé par Goldeneyes
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Goldeneyes (Paris)

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Hypérion / Intégrale
Hypérion / Intégrale
par Dan SIMMONS
Edition : Broché
Prix : EUR 9,30

4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Chef d'oeuvre, 22 octobre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Hypérion / Intégrale (Broché)
C'est le premier véritable choc littéraire que j'ai vécu. Une ode à l'imagination qui offre un voyage inoubliable dans un futur terriblement plausible. La complexité de la ramification narrative, le foisonnement des personnages, les innombrables thématiques que le roman brasse, la perspicacité de la capacité prospective, la cohérence qui scelle l'ensemble, sont autant d'éléments qui en font à mon sens l'une des oeuvres littéraires majeures du XXème siècle. Je pense que c'est un texte que l'on revisitera dans un avenir hypothétique avec un respect teinté d'incrédulité, en comprenant que Dan SIMMONS l'a composé dans une sorte de transe visionnaire confinant à la prescience, une fulgurance créatrice géniale et frénétique, et qu'il a bien malgré lui levé un voile sur une somme de possibles vertigineux de réalisme. L'écrivain ne cherche pas toujours sa muse. Parfois, la muse le trouve et lui dicte la somme de ce qui a pu être, de ce qui est, et de ce qui sera. Les grands écrivains sont de simples scribes qui ne contrôlent pas leur propre création : elle échappe à leur emprise et se compose en plongeant ses fondations dans le lac d'un inconscient individuel qui s'irrigue au collectif. Et Dan SIMMONS a été un grand scribe.


Métro Z
Métro Z
par Fabien Clavel
Edition : Broché
Prix : EUR 9,90

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Zombies dans le métro, 18 octobre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Métro Z (Broché)
Collaboration fructueuse entre Fabien CLAVEL et son éditeur Rageot dans la collection « Thriller » : après deux romans ayant remporté leur petit succès (Décollage Immédiat et Nuit blanche au lycée qui mettaient en scène la jeune Lana BLOOM, pétulante et opiniâtre enquêtrice), Métro Z débarque en troisième place. Fabien CLAVEL délaisse ici le côté enquête de ses deux précédents romans pour exploiter une thématique ayant le vent en poupe : celle du survival-zombie.

Emma est une jeune adolescente qui vit à Paris. Elle s’occupe de son petit frère, Natan, atteint d’autisme. Leur relation est difficile : elle jalouse cet enfant qui monopolise toute l’attention de ses parents et avec lequel il est impossible de communiquer. Un après-midi, les deux enfants prennent le métro pour rentrer chez eux. Mais ils n’arriveront jamais à destination : plusieurs bombes explosent à différentes stations, jetant un vent de mort sur une foule aux aboies. Emma et Natan sont séparés dans la cohue. C’est pour eux le début d’un long calvaire souterrain…
Ambiance claustrophobe pour un thriller oppressant, Métro Z exploite judicieusement les ficelles de la thématique Zombie en offrant au lecteur 200 pages d’un huis-clos crépusculaire. Dans l’obscurité forcée des rames confinées du métro (cadre classique de la thématique Zombie), Emma va dans un premier temps devoir retrouver son frère. Elle va rapidement se rendre compte que les bombes n’ont pas occasionné que des dégâts matériels : elles ont transformé les usagers des transports en armée de Zombies… La légitimation du fantastique est simple – pour ne pas dire simpliste – : le gaz Sarin employé par les terroristes aurait pour conséquence de péricliter la conscience de ses victimes. Emma et Natan ne doivent leur salut qu’à un médicament contre le mal des transports qui contiendrait une molécule à même de les immuniser contre les effets débilitant du gaz. Pour le reste, la narration est formellement balisée. Fabien CLAVEL enchaîne les scènes chocs, très visuelles bien sûr, inspirées d’une filmographie plus que conséquente. Le jeune lecteur ne manquera pas de frissonner à plus d’une reprise… Le dédale labyrinthique du métro souterrain de la capitale, plongé dans une obscurité totale, s’avère le cadre idéal pour accueillir une armée de morts vivants lancés aux trousses de jeunes enfants innocents. Dans sa fuite, Emma rencontrera d’autres personnages épargnés par les effets du gaz : la graffeuse C-Byl, dégourdie et audacieuse, qui deviendra rapidement une amie, et Méléard, jeune cadre acariâtre et égoïste qui ne pense qu’à sauver sa peau quel qu’en soit le prix. Lana BLOOM – l’héroïne des deux précédents romans de Fabien CLAVEL – fait même son apparition, assurant une certaine continuité pour les fans. En filigrane de cette lutte pour la survie, Fabien CLAVEL esquisse la relation d’une sœur à son frère autiste. Il établit une filiation – peut-être hasardeuse – entre l’autisme et les zombies : tous deux vivants littéralement en dehors du monde, sans tissu relationnel avec leurs prochains. Par ce biais, Métro Z soulève la question d’une maladie peu connue, de ses répercutions sur une cellule familiale, et plus exactement sur une grande sœur qui doit la vivre au quotidien. On pourra regretter que cette seconde thématique, garante de l’épaisseur des protagonistes, ne soit pas davantage développée.

Habile révérence tirée à un genre confortablement installé dans le paysage des littératures de l’imaginaire, Métro Z – troisième roman de Fabien CLAVEL dans la collection Rageot Thriller – s’avère un huis-clos crépusculaire sans temps morts qui distille avec aisance une angoisse aussi sournoise qu’oppressante. Il y est évidemment question de survie, mais aussi de la relation difficile entre une sœur (Emma) et son frère autiste (Natan). Un thriller honnête qui ne révolutionnera certainement pas la tradition mais se charge de lui rendre un bel hommage.


Humains
Humains
par Matt Haig
Edition : Broché
Prix : EUR 15,90

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Drôle d'espèce, 18 octobre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Humains (Broché)
Andrew Martin, imminent mathématicien américain, est sur le point de résoudre une équation qui risque de changer la face du monde. Mais les extraterrestres guettent. L’un d’eux est dépêché sur Terre pour prendre sa place et procéder à un nettoyage en bonne et due forme afin que ses recherches n’aboutissent pas. Par le truchement de son regard, la nouvelle version d’Andrew Martin nous offre une vision à la fois naïve et incisive de cette étrange espèce que l’on appelle les « humains ».

Récit à la première personne d’un étranger parachuté en terre inconnue, « Humains » dévoile au gré de ses 280 pages le charme attrayant de l’objet littéraire non identifié, pétri d’originalité. Coulé dans la peau du mathématicien en passe de faire faire à l’humanité un prodigieux bond en avant, notre extraterrestre en vadrouille va devoir se plier à des us, coutumes, codes et éthiques à des années lumières de celles qui sont les siennes. Son atterrissage forcée sur une route de banlieue – chapitre ouvrant le roman – fixe la tonalité de son épopée : entre cocasserie croustillante et absurdité facétieuse. Car le malheureux doit repartir de zéro. S’approprier notre langage, comprendre que cracher sur son prochain n’est pas synonyme de courtoisie, que se balader nu à travers les rues l’expose à un séjour au commissariat… En plus d'être confondant de naïveté, notre narrateur possède le sens de la formule et cultive le don de croquer les travers de nos petites habitudes avec une acuité corrosive… Bon gré mal gré, il poursuit sa mission : faire disparaître toutes traces des travaux d’Andrew MARTIN. Le sort de l'univers en dépend, ce qui n'est pas rien. Il mène donc une enquête pointilleuse, élimine (physiquement) les suspects, efface les preuves compromettantes. Et le reste du temps, il assume son rôle de père de famille : marié à Isobel, historienne de 41 ans, et père en dilettante de Gulliver, quinze ans, qui traverse les turbulences sismiques de la crise d’adolescence. Tout devrait se dérouler au mieux, son excursion sur Terre ne devant pas durer plus de quelques jours. Mais il y a évidemment un hic : l’usurpateur venu de l'espace commence à s’attacher à sa nouvelle existence passagère. L’espèce humaine a beau macérer dans un archaïsme primaire et croupir dans les prémices de son évolution, elle n’en possède pas moins ses charmes. Scène réussie où la nouvelle version d’Andrew MARTIN découvre le magnétisme de la musique classique, ou encore la complicité quasi extralucide qui le lie à son chien Newton. Petite jubilation égoïste lorsqu'il expérimente pour la première fois la nature des sentiments, qu'il éprouve attirance et amour, ou qu'il creuse peu à peu la relation d'un père à un fils trop longtemps délaissé. L’écrivain vise juste et bien. On sent une bonne dose de vécu sous la couche fictionnelle qui, en dehors du cadre fantastique dans laquelle elle s’inscrit, détricote et décortique habilement les liens affectifs qui font de l’humanité une espèce foutraque, pleine de paradoxes, mais cruellement attachante. Par le truchement d’un regard foncièrement vierge – car étranger –, Matt HAIG fait état du décalage permanent dont nous sommes tributaires et qui nous fait osciller entre l’être et le paraître. Il interroge – l'air de rien – notre vie en société, et condamne en filigrane l'uniformisation de nos pratiques (culturelles, politiques, esthétiques, sexuelles...), notre vision égotiste et autocentrée du monde, tout en dénonçant les travers d'un matérialisme forcené auquel l'être humain succombe sans vergogne. C'est un peu simple, mais souvent juste. Il distille au gré de quelques paragraphes superbement tournés une petite ode à la poésie et aux nombres premiers, nous démontrant que l'une comme les autres ne sont pas incompatibles et possèdent les vertus de la même beauté insaisissable. Et puis au-delà de l'artifice littéraire se dévoilent quelques cicatrices intimes que porte l'auteur : le regret de n'avoir pas su (ou pu) assumer son rôle de père et/ou de mari. Car il ne fait aucun doute que cet "Humains" recèle un net penchant autobiographique sous la facétie audacieuse et dévergondée de sa mise en forme. Intérêt du lecteur aguerri : tenter de dénouer le fil du vécu et de l'imaginé.

En se plaçant dans la peau d'un extraterrestre ayant pris provisoirement la place d'un terrien, Matt HAIG nous offre un tour d'horizon en trois dimensions de la vie sur la planète Terre. Il balaye d'un oeil acerbe, sensible et drolatique toutes les petites absurdités de la condition humaine, ces travers et paradoxes dans lesquels l'humanité s'empêtre et qui pourtant forgent tout le piment et le charme de sa nature. Sous la facétie de l'artifice, l'écrivain taquine des vérités centrales qui ne manquent pas d'interroger. Regorgeant de paragraphes rondement troussés, d'un sens de la formule qui fait mouche, d'aphorismes d'une lucidité aussi grinçante que jubilatoire, "Humains" est un roman intelligent et maîtrisé qui cultive l’absurde pour mieux dévoiler le réel. Un joli coup de cœur.


Bloc de haine
Bloc de haine
par Bruno Lonchampt
Edition : Broché
Prix : EUR 14,90

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Les mécaniques du coeur, 23 septembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Bloc de haine (Broché)
Marseille, de nos jours. Alex, 25 ans, purge une peine de sept ans d’emprisonnement pour homicide. Dévoré par la haine, il passe ses journées à s’acharner sur les haltères.

Un roman percutant à plus d’un titre. Un style fluide et poétique, accrocheur et accessible, au service d’un personnage principal, Alex, qui cristallise les failles d’une certaine frange de la jeunesse. Alex a tout pour être heureux : une petite amie dont il est amoureux, une bande de copains fidèles, un travail… Mais il est aussi un adolescent tourmenté, marqué par des traumatismes qu’il n’a pas réussi à évacuer… La haine qu’il contient depuis trop longtemps finit par éclater un jour, le conduisant à l’acte fatidique. Cette haine, il l’exprime au travers d’un rejet de l’autre : le racisme (sujet d’actualité s’il en est).

C’est avec une certaine habileté que Bruno Lonchampt décortique les différentes étapes et mécaniques du processus qui, irrémédiablement, vont faire glisser le jeune Alex du statut d’ado sans problème à celui de criminel : le terreau familial (famille nombreuse, père autoritaire), le conditionnement social (violences subies, embrigadement…). La construction narrative est maligne et fait mouche : elle alterne deux temporalités : le présent, qui met en scène Alex encourant sa peine à la Centrale d’arrêt d’Arles (au passage, une description éloquente de l’univers carcéral, de son implacable cruauté), et le passé, morcelé, qui se dévoile à la manière d’une mosaïque pour retourner à l’origine du drame dont tout est issu. Derrière cette construction, la mise à nue d’une personnalité, celle d’Alex, et la volonté de poser cette épineuse question : comment expliquer le racisme ? Sans avoir la prétention d’y répondre, le roman est intelligent en ce sens qu’il jette sur cette thématique l’éclairage non pas d’une victime, mais d’un coupable. Parti pris audacieux. L’auteur relève ce défi haut la main sans jamais sombrer dans la complaisance. Il constate objectivement. Il interroge. Dans tous les cas, la lecture de « Bloc de Haine » ne laissera aucun lecteur indifférent.


Virus 57
Virus 57
par Christophe Lambert
Edition : Broché
Prix : EUR 16,95

3.0 étoiles sur 5 Chaud et froid, 23 septembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Virus 57 (Broché)
Lors d’une partie de pêche organisée par son richissime oncle écrivain sur les côtes californiennes, Walle Dillon, âgé de 15 ans, décède brutalement des suites d’une grippe fulgurante. Le reste de l’équipage, contaminé dans la foulée, subit le même sort. Walle se révèle la première victime d’un virus bactériologique aussi foudroyant que contagieux qui a la spécificité de se déclencher au-dessus d’une température de 45 degrés. Tommy Bannister, responsable de l’antenne du CDC, mène l’enquête.

Christophe Lambert et Sam VanSteen signe leur deuxième collaboration fructueuse dans la collection Soon après La fille de mes rêves. Au programme : un thriller rondement mené, calibré au millimètre, qui réserve son lot de rebondissements, de courses poursuites, et de personnages charismatiques. Les ramifications scénaristiques sont nombreuses et tissent la trame d’une enquête solide qu’il est difficile de lâcher. Le rythme est haletant, l’enjeu du récit n’étant ni plus ni moins que de stopper la propagation d’un virus risquant de signer la fin de l’espèce humaine. Les deux écrivains ne lésinent pas sur les scènes chocs : les descriptions de l’agonie des premières victimes contaminées (des adolescents de quinze ans) ne font pas dans la dentelle et possèdent de délicieux relents d’un fléau de Stephen King. Les personnages principaux sont nombreux. Il y a Sia, une jeune adolescente élevée par un couple homosexuel. Elle échappe aux autorités, entraînée par Virgil, un jeune pirate informatique à tendance paranoïaque et ardent défenseur de la théorie du complot (le gouvernement nous ment et nous manipule). Tous deux sont des porteurs du virus qui s’ignorent, et leur fuite à travers les Etats-Unis donne l’occasion d’une longue traque qui constitue la colonne vertébrale du roman. Sur leurs talons, un enquêteur de haut vol : Tommy BANNISTER, le responsable du CDC, nain opiniâtre qui ne vit que pour son boulot. Hans PERRY, flic à la retraite et détective privé à ses heures perdues, se lance quant à lui sur les traces de Gary ZABOLY, le mystérieux géniteur des 57 ados contaminés, tous issus d’une procréation par insémination artificielle. Les deux intrigues se développent conjointement (construction habile) : BANNISTER à la poursuite des deux ados en cavale, et PERRY à la recherche du donneur, porteur originel du virus : le débusquer, c’est avoir une chance de développer un antidote…

Virus 57 est un thriller qui remplit parfaitement son office. Il ne déroge pas aux codes du genre qu’il exploite avec une certaine prodigalité : course-poursuite, prise d’otages, enquête menée sur les chapeaux de roue, flics ripoux, interrogatoire musclé, confrontation avec des mafieux sadiques, tension latente… La structure du récit est parfaitement maîtrisée et élabore une intrigue à deux niveaux qui tient en haleine le lecteur jusqu’au point final.
On pourra – à la limite – regretter l’exploitation de quelques cartes faciles : impossible de ne pas s’imaginer dans la peau de Tommy BANNISTER – le nain responsable de la cellule CDC – l’acteur Peter DINKLAGE qui incarne à l’écran Tyrion LANISTER (noter la paronymie des patronymes), l’un des personnages principaux de la saga Le trône de fer. La délocalisation de l’intrigue aux Etats-Unis, si elle encre le roman dans un contexte propice au genre, peut en contrepartie habiller le cadre de l’action d’une touche un brin artificielle. De même, les deux écrivains surfent sur la vague d’un sujet d’actualité, puisqu’en toile de fond des deux enquêtes se pose la question de l’homosexualité et de son impact, de son ressenti sur les enfants vivant l’homoparentalité au quotidien.

Mais ce serait pinailler pour peu de chose, car in fine, Virus 57 possède tous les ingrédients du thriller addictif et bien emballé. Solide, intelligent, haletant et maîtrisé, il réservera à ses lecteurs quatre cent pages de lecture sous pression.


Bad City Blues
Bad City Blues
par Tim Willocks
Edition : Poche
Prix : EUR 7,40

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Bienvenue à Barjoland, 14 mai 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Bad City Blues (Poche)
Tim WILLOCKS, écrivain britannique, psychiatre de formation, a débuté sa carrière littéraire en oeuvrant dans le roman noir, crasseux et glauque, avant de prendre la tangente du roman historique aux prétentions plus épiques (dernièrement : le triptyque consacré au personnage de Mattias TANHAUSER dont il a signé les deux premiers volumes : La religion / Les douze enfants de Paris).
Bad City Blues est son premier roman.

La Louisiane. De nos jours. Callilou Carter – dite Callie – est une ancienne prostituée et cocaïnomane, mariée à Cleveland Carter, révérend de la paroisse locale et vice-président de la Mercantile Trust Bank. Avec l'appui de Luther Grimes, ancien vétéran du Vietnam et truand de grande envergure, elle commet le casse du siècle en braquant la banque de son mari. Au total : un million de dollars à se partager. Mais la belle a d'autres projets en tête... Pour doubler son complice, elle séduit son frère, Eugene Cicero Grimes, psychiatre idéaliste et déjanté. Les deux frères ne se sont pas vus depuis une éternité et nourrissent l'un envers l'autre une haine viscérale. Lorsque Clarence Seymour Jefferson, flic corrompu jusqu'à la moelle, a vent de l'affaire, il décide de se lancer à leur poursuite. Autant dire que son but n'a rien d'altruiste et que rendre la justice est bien le cadet de ses soucis : il compte lui aussi mettre la main sur le pactole.

Avec ce premier roman, Tim WILLOCKS signe un roman noir âpre, incisif et hystérique. Il taille dans sa prose au vitriol des personnages bourrés de testostérone, des mâles dominants, de vrais durs à cuir doublés de salauds pathologiques qui relèvent quasiment de la stature mythologique. Luther Grimes en fait partie. Ancien vétéran du Vietnam, il a officié dans la 101ème aéroportée. De retour de la guerre, il s'est fait une place de choix dans le trafic de stupéfiants. Dans le milieu, on le surnomme, "Dum-Dum", en référence aux balles à fort effet de pénétration qui font des ravages dans les rangs vietcong. Profil aquilin. Nez d'aigle. Longue queue de cheval. Il est rodé aux maniement des armes : tuer est son métier. Il entretient avec Callie sa complice une liaison sulfureuse, et nourrit des espoirs de se ranger à l'issu de leur casse. Son frère, Eugene, est un psychiatre qui prend en charge des patients triés sur le volet : cocaïnomanes, héroïnomanes, désaxés en tout genre... La lie de la société. Il aurait pu faire fortune dans sa profession mais a préféré opter pour un mode de vie rangé, privilégiant la solitude et la discrétion. Il occupe une ancienne caserne de pompier dans un quartier malfamé. Un homme au regard gris, aux nerfs d'acier, au corps musclé par la pratique du karaté. Lorsque Callie vient frapper à sa porte à l'issu du braquage, elle a replongé dans la cocaïne. Il la prend en charge, et, sans se douter une seule seconde qu'elle est complice d'un braquage commis par son propre frère, succombe à son charme. Le personnage de Jefferson, le flic pourri et sadique, appartient lui aussi au registre des personnages mythiques : un véritable taureau avec son corps de plus de cent vingt kilos soumis à un entraînement de musculation quotidien. Imperturbable, d'une résistance physique à toute épreuve, froidement calculateur, doté d'une intelligence au-dessus de la moyenne, il est passé expert dans la torture psychologique, ce dont il ne manquera pas d'user au cours de son équipée...

Le talent de WILLOCKS, dans ce premier roman, est de creuser en profondeur la psyché de ses personnages. Son passif de psychiatre n'y est évidemment pas pour rien... On sent, à l'origine de l'épaisseur des protagonistes, une bonne dose d'expérience injectée dans la fiction romanesque. Il n'y a ni gentils ni méchants dans Bad City Blues. Le manichéisme n'est pas de mise. Le mal est partout, il contamine tous les personnages. Les deux frères, ennemis jurés, ont un lourd passif à leur actif, et incontestablement des comptes à régler. Si Luther est un tueur dénué de scrupule, Eugene possède lui aussi sa part d'ombre. Jefferson, le flic corrompu, n'agit pas non plus gratuitement. Un passé conditionne sa conduite et explicite sa violence, sa rage contenue, sa perversité. Le talent de WILLOCKS est de découvrir peu à peu, au gré de l'intrigue, les causes profondes, les traumatismes enfouis qui ont marqué ces personnages et légitime aujourd'hui leur démence. Une démence toujours latente, que le lecteur côtoie avec une assiduité dangereuse, comme un funambule en équilibre sur son fil. Bad City Blues est évidemment violent. Violent parce qu'il plonge allègrement dans la noirceur de l'âme humaine et s'y baigne avec une jouissance toujours malsaine. WILLOCKS décortique le comportement de ses personnages avec la précision d'un entomologiste. Et ce qu'il nous donne à voir n'est pas spécialement réjouissant. Violent, Bad City Blues l'est aussi dans ses scènes d'action et de sexe explicites, envoyées dans les mirettes du lecteur avec une force de frappe quasi cinématographique. Ça défouraille, ça torture et ça baise. C'est plein de sueur, de sang et de stupre. Ça colle aux doigts parce que c'est poisseux. Et ça ne vous laissera certainement pas indifférent.

Si Bad City Blues devait être un geste, ce serait celui d'un coup de poing. Pour un premier roman, Tim WILLOCKS nous l'assène sévèrement. Il démontre un talent certain à camper des personnages d'envergure XXL, des brutes épaisses, des sadiques névrosés qui ne sont pas sans se coltiner leur cortège de démons. Du début à la fin, le roman macère tout entier dans la poisse d'un climat de tension physique, sexuelle et psychologique qui lui confère une aura vénéneuse, foncièrement malsaine, délicieusement oppressante. Bad City Blues ou le creuset de la perversité : c'est là ce qui fait tout son charme.


Mon père est américain
Mon père est américain
par Fred Paronuzzi
Edition : Broché
Prix : EUR 9,30

4.0 étoiles sur 5 Correspondances, 5 mai 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mon père est américain (Broché)
Léo vit en France, avec sa mère Claire. Adolescent sans histoire, il n’a jamais connu son père. Il sait tout au plus qu’il est américain et que sa mère l’a rencontré il y a seize ans, au détour d’un périple aux Etats-Unis organisé avec une bande d’amis. Léo n’a jamais chercher à en savoir plus. Sa mère s’est toujours montrée discrète sur le sujet. Il ne soupçonne pas que ses silences cachent un lourd secret. Puis un jour, le passé resurgit, sans prévenir. Léo apprend que son père est bien vivant, qu’il se prénomme Benjamin, mais qu’il se trouve incarcéré dans une prison de haute sécurité, à l’autre bout de l’Atlantique. Pour Léo, c’est un choc. Une révélation qui l’amène à jeter un regard neuf sur sa propre vie. Il hésite, tenaillé par le doute et la crainte : laisser le temps filer, ou prendre contact avec ce père inconnu ? La force de la filiation comme le besoin de réponses le poussent à entamer une correspondance. Pour Léo comme pour Benjamin, c’est le premier pas vers un indispensable processus d’apprentissage : une étape initiatique pour le fils, et un acte de rédemption pour le père…

Avec Mon père est américain, Fred PARONUZZI signe une fois de plus un roman ado qui fait mouche. Usant d’une plume toujours aussi concise et délicate, il décortique ici la notion de filiation dans un contexte balisé d’écueils. Benjamin, le père américain, n’est pas incarcéré sans raison. Et au choc de la découverte d’un père bien réel succède rapidement chez Léo une peur tenace intimement liée à l’inconnu : qui est véritablement ce père ? Quelle est la nature de ses crimes ? Où peut les mener cette relation naissante ? Père et fils apprennent donc à se connaître par le truchement d’une correspondance. La figure du père se dévoile par une série de lettres entre acte de foi et contrition, missives par lesquelles il revient sur son passé trouble, sur ses actes condamnables, sans jamais œuvrer dans l’apitoiement, jetant sur sa condition un regard lucide dénué de commisération. Le ton reste à la justesse et à la pudeur. Pour Léo, cette apparition inopinée d’un père marque une étape charnière dans sa trajectoire personnelle : elle l’aide à se construire en tant qu’adulte, à lui apporter certains repères qui lui ont cruellement fait défaut jusqu’alors. Léo peut aussi compter sur son entourage : il y a Esther, sa petite amie, mais aussi Yannis et son compagnon Andréas, prof de théâtre. Des proches sur lesquels il peut s’appuyer pour surmonter cette épreuve aussi difficile que décisive. Pour Benjamin, le père américain, cette rencontre par courrier interposé signe l’ultime touche d’espoir d’une vie cernée par l’échec et le regret. Au gré de ses lettres, il étanche une soif d’amour trop longtemps muselée. Au fil des pages, les liens se tissent, solides, durables, entre ce fils un peu perdu et ce père sans avenir. En toile de fond, Fred PARONUZZI nous dresse une description froidement objective de l’univers carcéral, de sa dureté, et de l’iniquité du système judiciaire américain : les avocats incompétents, les procureurs plein de morgue, les mâtons sadiques qui cultivent, avec une cruauté perfide, brutalité et injustice en abusant de leur autorité… C’est aussi ce pan là que le lecteur découvre par l’entremise de Léo. Léo qui poursuit néanmoins son bonhomme de chemin dans la vie, devenant peu à peu un homme, gagnant en stabilité tandis que de nouvelles perspectives s’ouvrent à lui : rencontrer le demi-cercle de sa famille américaine : Betsy, la sœur de son père, ses grands-parents… Derniers jalons d’une maturité enfin acquise, promesses d’un horizon lointain (l’Amérique) qui s’ouvre sur de nouvelles espérances…

En l’espace de 140 pages, Fred PARONUZZI nous sert une fois de plus un roman pétri de justesse et d’authenticité. Sur la base d’une relation aux accents d’impossible, il élabore un récit où deux êtres que tout sépare se dévoilent et se révèlent par le regard qu’ils se renvoient l’un l’autre. Tendre, pudique, émouvant et réaliste, Mon père est américain dépasse très largement le cadre de la littérature jeunesse pour trouver un écho chez un lectorat de tout âge.


La bibliothèque, la nuit
La bibliothèque, la nuit
par Alberto Manguel
Edition : Poche
Prix : EUR 8,70

4.0 étoiles sur 5 L'homme et les livres, 5 mai 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : La bibliothèque, la nuit (Poche)
Alberto MANGUEL est un écrivain et traducteur argentin qui s'illustre principalement par la qualité de ses nombreux essais. Marchant sur les traces de ces grands hommes de lettres pétris d'érudition (Umberto ECO, Jorge Luis BORGES...), il consacre l'essentiel de son écriture à l'étude de thématiques englobant la littérature dans son acception la plus large. Illustration de cet intérêt : Une histoire de la lecture, félicité en 1998 par le prix Medicis essai. La bibliothèque, la nuit lui fait suite et découvre, sous l'impulsion d'une curiosité et d'une rigueur inchangées, la notion de "bibliothèque".

Difficile, à la lecture de cet essai, de ne pas penser à l'éminent Jorge Luis BORGES, l'auteur argentin, figure incontournable de la littérature du XXème siècle. Il se trouve qu'Alberto MANGUEL dans sa jeunesse a eu le privilège d'être le lecteur attitré de BORGES atteint de cécité au mitan de sa vie. Les deux hommes se partagent une passion identique pour la littérature, et leurs analyses comme leurs réflexions restent toujours gages d'originalité et d'acuité.

La bibliothèque, la nuit. Le titre de l'ouvrage nous oriente déjà sur la nature de son contenu : il possède ce caractère mystérieux, ce charme nébuleusement poétique qui délaisse d'emblée la définition un peu roide de "Bibliothèque" pour l'ouvrir à un territoire plus personnel, plus subjectif, et donc plus attrayant. C'est ce que nous confirme l'écrivain dans son avant propos : son approche se veut davantage sensible, intuitive, loin d'un conformisme académique. Il traitera du concept de "bibliothèque" en élargissant le champ de réflexion. Sa préoccupation principale : tenter de comprendre la raison pour laquelle les hommes, en dépit du chaos qui préside à leur univers, poursuivent opiniâtrement leur travail de classification et de sauvegarde de leurs écrits.

Pour ce faire, l'essai se décline en quinze chapitres où la bibliothèque, à la manière d'un prisme, dévoile ses innombrables facettes. La bibliothèque est un objet de mythologie : dans le chapitre "Un mythe", Alberto MANGUEL revient aux origines de l'archivage des connaissances en citant la tour de Babel et la bibliothèque d'Alexandrie, incontournables points de référence historiques. La bibliothèque est aussi le lieu du prestige : prestige de son organisation formelle (dans le chapitre "Un espace" : le paradoxe d'une bibliothèque étant qu'elle doit contenir dans un espace fini une expansion infinie de collections), prestige de son architecture (dans le chapitre "Une forme" : le travail splendide de Michel ANGE au XVIème siècle pour la construction de la bibliothèque laurentienne de Florence). Il se permet même, par quelques détours de raisonnement retors, de considérer la bibliothèque comme objet de fiction : dans le chapitre "L'imagination", il rend un hommage appuyé à son père spirituel, BORGES, en nous découvrant ces exemples de bibliothèques au corpus imaginaire, fruits d'une pure invention de l'esprit de quelques auteurs malicieux ou collectionneurs excentriques. La bibliothèque se révèle aussi le reflet du contexte (environnement et époque) dans laquelle elle s'ancre, comme en témoignent les chapitres "Une ombre", "La survie", "L'oubli", qui nous rappellent qu'au fil des siècles, les bibliothèques ont contenu malgré elles les sombres pages de la grande Histoire. La bibliothèque, c'est enfin et surtout l'espace de l'intelligence : dans ses modalités de classement (le chapitre "Un ordre") comme dans sa conceptualisation (le chapitre "Une intelligence"), elle renvoie intrinsèquement à l'expérience humaine, et donc à sa réalité objective. En cela, la notion manguelienne de "bibliothèque" dépasse largement les limites de son étymologie primitive pour embrasser une signification plus vaste : elle matérialise la somme des pensées humaines et induit donc une forme de conscience collective de l'espèce. S'y exprime empirement un magma de vérités authentiques que d'hypothétiques lecteurs aguerris – dans les éons à venir – parviendront peut-être à déchiffrer afin de percer les secrets de leur condition.

Poétique, Alberto MANGUEL ?

Tous les chapitres ne se valent pas. Mais dans l'ensemble, La bibliothèque, la nuit reste un essai intellectuellement stimulant, écrit avec ferveur par un collectionneur chevronné qui se double d'un écrivain à l'érudition indéfectible. Les références bibliographiques ne manquent pas ; un index bienvenu nous est proposé en fin d'ouvrage ; de nombreuses photos en noir et blanc émaillent le texte ; l'originalité de l'approche d'Alberto MANGUEL nous permet d'aborder des réflexions qui touchent à bien des domaines périphériques au livre... En bref, un ouvrage digne d'intérêt à mettre entre les mains de tout bibliophile qui se respecte.


Sur la route
Sur la route
par Jack Kerouac
Edition : Poche
Prix : EUR 8,70

4 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Le présent perpétuel, 1 mai 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Sur la route (Poche)
Publié en 1957 aux Etats-Unis, Sur la route est le roman qui a valu à Jack KEROUAC sa notoriété. On le considère comme l'oeuvre clé de la Beat Generation. Instantané d'une Amérique de l'après-guerre, le roman met en scène une galerie de personnages en marge de la société. En quelques quatre cents pages, KEROUAC nous rapporte les tribulations itinérantes de Sal PARADISE, le narrateur, qui se jette sur les routes pour parcourir l'immensité du territoire américain.

Sur la route possède un net penchant autobiographique. Le roman s'inspire clairement du vécu de KEROUAC, en mettant notamment en scène des personnages directement inspirés de ses connaissances. Pièce centrale de Sur la route, l'inoubliable Dean MORIARTY renvoie ainsi à Neal CASSIDY, compagnon de route de KEROUAC dans la réalité. On croise aussi Allen GINSBERG sous les traits de Carlo MARX et William BURROUGHS incarné par le personnage d'Old Bull LEE.

La genèse d'écriture du roman est à souligner : KEROUAC l'aurait rédigé d'un seul tenant sur trois semaines d'avril 1951, et sur un seul rouleau de papier de plusieurs dizaines de mètres de long... Mode d'écriture forcené et spontané qui fait écho à l'un des courants musicales traversant fiévreusement le roman : le Be Bop et sa frénésie, son improvisation sauvage, qui imprègne littéralement nombre de pages. KEROUAC devra attendre six ans – non sans procéder à un fastidieux travail de retouche – avant qu'un éditeur accepte de publier son manuscrit, et le texte original devra souffrir d'une censure drastique. Inutile de dire que ces coupes se ressentent à la lecture : lorsqu'on connaît les vies hautement dissolues de KEROUAC et CASSIDY (homosexualité, polygamie, prises de drogues en tout genre, marginalité...), on ne peut que constater avec amertume l'édulcoration manifeste des échappées de MORIARITY et PARADISE – leurs pendants romanesques – voilées sous une pudibonderie en accord avec la pensée lénifiée d'une Amérique Maccarthyste des années 60.

Mais passons.

Près de soixante ans après sa rédaction, Sur la route opère un charme inchangé. De prime abord, on serait en droit d'émettre quelques doutes quant à l'attraction de son sujet : l'errance du narrateur, Sal PARADISE, à travers une Amérique d'après-guerre... Mais KEROUAC, par son style unique, se forge dès les premières pages une identité littéraire. Sa prose, à l'image des accents haletants du Be Bop, inspire une musicalité, distille à l'oreille du lecteur une voix intérieure qui rejoint la voie extérieure, celle de la route. C'est un style oral, expansif, en constante improvisation, qui illustre dans sa liberté intrinsèque le défilement des villes, des bourgades, des paysages, la galerie foisonnante des personnages rencontrés. Un style affranchi de tout code, une prose émancipée et libertaire, à l'image du mode de vie des protagonistes qu'elle met en scène.

De tous ces protagonistes, le lecteur n'en retiendra probablement qu'un. Celui de Dean MORIARTY. La fascination qu'il exerce sur PARADISE, son compagnon de route – traduite dans la réalité par la fascination de KEROUAC envers CASSIDY – est rendue délicieusement contagieuse sous la plume de l'écrivain. MORIARTY est le moteur de Sur la route. Sa ligne continue. Son point de fuite. Il est celui qui tire et entraîne PARADISE vers d'autres horizons. KEROUAC le décrit comme une sorte d'ogre insatiable, d'électron libre. Un dévoreur de vie doublé d'un tourbillon d'énergie. Il semble constamment animé d'une passion inextinguible. On ne compte plus ses conquêtes féminines. Son corps comme son esprit sont tendus tout entier vers la satisfaction d'un désir qui confine à l'absolu et que ses excès tentent vainement de combler : c'est la fameuse recherche du "It", ce point culminant de l'esprit que l'on atteint parfois en jazz et qui plonge l'auditeur ou le musicien dans un mélange d'extase, d'euphorie et de plénitude. Fils d'un père alcoolique, jeté dès son plus jeune âge sur les routes, Dean appartient à la face non visible – ou non avouable – de l'Amérique. Anticonformiste, ancien délinquant, il est pour lui impossible de se plier à un mode de vie sédentaire. C'est bel et bien sur la route, dans le foisonnement du mouvement, qu'il trouve son équilibre. Pourtant, son errance n'est pas veine : au-delà de profiter de l'immédiateté du présent propre à une vie nomade, il est aiguillé par la volonté de retrouver la trace de son père qu'il sait toujours vivant.

A ses côtés, le personnage de Sal fait pâle figure. On ne saura finalement pas grand-chose à son sujet une fois le roman terminé. Il s'efface littéralement devant la stature de son compagnon mythique. Au début du roman, nous nous trouvons en 1947. Sal vit chez sa tante. On apprend qu'il a été mobilisé durant la guerre, qu'il touche une pension d'ancien combattant, et qu'il vient de rompre avec sa femme. Pour le reste, ses motivations sont floues. Il a la prétention de devenir écrivain en capitalisant sur ses expériences itinérantes pour rassembler le matériau nécessaire à l'élaboration d'un roman. C'est à peu près tout. Paradoxalement, et avec le recul, le personnage de Sal ne nous apparaît pas moins attachant que celui de Dean. En réalité, les deux compères se complètent : Sal est l'ombre discrète de la flamboyance de Dean. Si l'existence de Dean est intimement conditionnée par son passé turbulent, Sal se jette sur la route sans succomber à un quelconque élan atavique. Que trouve-t-il dans ces errances ? Sa mobilité se résume-t-elle à la recherche de la jouissance ? Répond-elle modestement à une soif d'aventures ? Sal entretient-il le mouvement dans le but d'atteindre ou bien de fuir ? Questions fondamentales que soulèvent la route et son allégorie philosophique. Car on ne peut lire Sur la route sans considérer ce à quoi elle renvoie métaphoriquement : l'intersection des aspirations, un espace de transition où l'individu n'est jamais ni arrêté, ni socialement défini, où il jouit d'une relation privilégiée avec son environnement direct (urbain ou naturel) en dehors de toute contingence, où le hasard des rencontres et l'afflux du mouvement élaborent le tissu d'un présent spontané, sans perspective d'avant ni d'après, sans passé ni lendemain. Pour Sal, la route matérialise peut-être davantage un refuge qu'une quête : le palliatif provisoire à un mal de vivre qui tait son nom. Et c'est parce que le roman dévoile ces mécanismes de l'âme humaine qu'il peut encore prétendre exercer aujourd'hui tout son attrait.

Au-delà de ces considérations analytiques, Sur la route nous offre plus prosaïquement la photographie d'une Amérique à une époque donnée, un paysage tant sociétal que géographique. En effet, les cinq parties constitutives du roman font parcourir au lecteur des milliers de miles. L'Amérique se dévoile en tant que continent, dans toute son immensité. D'est en ouest, du nord au sud, jusqu'aux chaleurs tropicales du Mexique dans le dernier voyage, les lieux se succèdent sans interruption, tissant entre eux des corrélations secrètes, affirmant leur spécificité. D'abord en solitaire, à pied ou en auto-stop, Sal suit ensuite Dean dans ses pérégrinations au volant d'une Cadillac et d'une Ford. Le lecteur découvre les quartiers sombres des grandes capitales, ses gargotes insalubres, ses bars enfumés où se produisent des virtuoses du jazz, où la musique effervescente coagule les foules noctambules en les plongeant dans un état de transe. Le Be Bop est le contrepoint de ce brassage géographique et culturel. Il inculque au roman son souffle. Le style de KEROUAC en épouse d'ailleurs autant le rythme que les accents. Sur la route procède dès lors de la synesthésie : ses phrases sinuent et modulent, libérées de tout carcan, colorées comme les circonvolutions d'un phrasé de saxophone, cuivrées comme les trajectoires des faisceaux de routes qui se déploient en arborescences à travers tout le territoire américain pour tracer le livre-partition d'une société multiple. Musique, style, mode de vie : tout est lié et scellé dans l'unité littéraire du roman. C'est là, probablement, sa plus grande réussite.


Là où je vais
Là où je vais
par Fred Paronuzzi
Edition : Broché
Prix : EUR 7,20

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Destinées arbitraires, 3 juillet 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Là où je vais (Broché)
Après avoir enseigné le français en Ecosse, en Slovaquie, puis au Canada, Fred Paronuzzi retourne en Savoie, sa terre natale, où, depuis plusieurs années maintenant, il est professeur d’anglais dans un lycée professionnel. Jeune auteur discret et peu prolixe, adepte de la concision au service de la justesse, il a déjà à son actif cinq romans jeunesse ainsi qu’un recueil de nouvelles. Là où je vais est publié cette année chez l’éditeur Thierry Magnier.

Court roman de quatre-vingt pages, Là où je vais exploite un cadre bien connu de l’écrivain puisqu’il campe son action dans un lycée qu’on devine facilement fréquenté par Fred Paronuzzi le professeur. Tirer la substance littéraire de son expérience. Parler en connaissance de cause de ce qu’on a vécu. Le roman est une belle illustration de cet adage qui inspire la démarche créatrice de nombre d’auteurs. Fred Paronuzzi nous invite donc à croiser le chemin de quatre jeunes adolescents se trouvant à un carrefour de leur existence. Il y a Léa, secrètement amoureuse de Julie. Il y a Océane, victime traumatisée d’une soirée ayant mal tourné. Il y a Clément, qui vient de perdre sa grande sœur avec laquelle il partageait un lien affectif tenant de l’indéfectible. Et enfin, Ilyes, passionné de théâtre, élève intelligent et curieux issu d’une famille d’immigrés. Quatre narrateurs pour quatre voix différentes, chacune porteuse d’un passé, d’un regard sur la vie, d’un lot d’émotions, de secrets, de traumatismes et d’aspirations. Quatre courtes trajectoires qui se déploient dans le temps resserré d’une heure de cours – 3300 secondes, pas une de plus – en se croisant parfois pour brosser la brève mosaïque d’un instantané de vie. Si la concision est ici le maître mot et que le style est à la sobriété, il est bien difficile de ne pas succomber à la justesse imparable dont fait preuve l’écrivain pour cerner ces quatre adolescents. Le récit de Léa est celui d’une révélation : celle de son homosexualité enfin assumée, celle d’un amour enfin proclamé et partagé. Sous la plume vive de l’écrivain, la passion palpite, sensible, contagieuse. Celui d’Ilyes, qu’on imagine facilement inspiré du passé de l’auteur, aborde intelligemment la notion d’insertion sociale / scolaire : élève prometteur mais solitaire, Ilyes se révèle par la pratique du théâtre, en se mêlant à d’autres élèves, en apprenant à les côtoyer et à les connaître. Au-delà d’une rencontre, c’est un avenir qui se dessine. Les deux temps forts de ce très court roman sont sans conteste les voix d’Océane et de Clément. La première est celle d’une adolescente discrète, figure fragile qui peine à trouver sa place, et qui, par souci de « faire comme les autres », participe à une soirée organisée par l’une de ses amies. Alcool, musique, festivités…jusqu’au dérapage fatidique… La seconde est celle de Clément placé trop jeune face à la disparition tragique d’un être cher. Il porte tout le poids du deuil de sa grande sœur. Invisible aux yeux de ses parents inconsolables, il souffre aussi d’une forme de culpabilité insidieuse : il aurait dû partir à la place de sa grande sœur. J’ai repensé à deux personnages tirés de l’œuvre de Stephen KING, et qui s’inscrivent dans un contexte similaire : Bill le Bègue dans Ça, et Gordy, dans la nouvelle Le Corps… Elève introverti dévoré par une douleur sourde et contenue, Clément se trouve à cette étape décisive de la vie où la manifestation d’une main tendue, d’une aide extérieure, peut tout changer. Ce que le lycée lui apportera peut-être…

Il est intéressant de s’arrêter sur la relation que l’écrivain établit entre le cadre scolaire et les destinées erratiques de ces quatre élèves. Loin d’un univers froidement rigide et dépersonnalisé, le lycée se révèle l’espace des rencontres et des croisements, des intersections arbitraires, d’un labyrinthe où la vie s’épanouie. Le corps enseignant arbore ici un visage profondément humain : par l’entremise de quelques figures tutélaires (le conseiller d’orientation ; Douja, la proviseur adjointe…) il se dévoile comme le réceptacle des douleurs de cette zone interstitielle qu’est l’adolescence et où vont se nicher bien des questionnements, bien des aléas, bien des expériences sur lesquelles on peine parfois à mettre un mot. En brossant les portraits authentiques de quatre adolescents que l’existence n’épargne pas, Fred Paronuzzi rapproche son lecteur d’une sorte de vérité universelle que tout un chacun a déjà pu approcher de près ou de loin.

Quatre récits cruellement réalistes, parfois durs, parfois âpres, mais qui distillent uniment une émotion palpable. Quatre voix concomitantes qui se fond écho pour esquisser dans l’espace d’une narration étique la cartographie de l’adolescence plurielle et de son cortège de non-dits.
Pour lecteurs de tout âge.


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