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Contenu rédigé par Drieu Godefridi
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Drieu Godefridi
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[( Merchants of Despair: Radical Environmentalists, Criminal Pseudo-Scientists, and the Fatal Cult of Antihumanism )] [by: Robert Zubrin] [Apr-2012]
[( Merchants of Despair: Radical Environmentalists, Criminal Pseudo-Scientists, and the Fatal Cult of Antihumanism )] [by: Robert Zubrin] [Apr-2012]
par Robert Zubrin
Edition : Relié

3.0 étoiles sur 5 Une généalogie gâtée par trop d'amalgames, 27 octobre 2013
Ce livre est intéressant en cela que son auteur, Robert Zubrin, retrace la généalogie intellectuelle partiellement commune d'un certain nombre d'idéologies : eugénisme, nazisme, environnementalisme. Cette généalogie le mène à Malthus (de façon convaincante) et Darwin (dont il propose une lecture simpliste).

C'est aussi un livre navrant par sa pratique systématique de l'amalgame. Une référence intellectuelle commune, la présence d'une même personne dans l'organigramme de deux organisations : voilà le genre de "preuve" qui permet à l'auteur d'amalgamer, allant souvent jusqu'à les identifier, la politique coloniale de l'Angleterre, le racisme, le nazisme, la politique US de "pacification" au Vietnam, le WWF, le GIEC, la volonté par l'Iran d'acquérir l'arme nucléaire, etc. Une virtuosité dans l'amalgame que je crois in casu plus naïve que malhonnête, car on sent que l'auteur est sincère.

Un bon exemple est le fait que l'interdiction du DDT a causé, selon Zubrin, le génocide de plusieurs centaines de millions de personnes (terme qu'il utilise à plusieurs reprisesdans ce cas de figure) : risibles petits clowns amateurs que sont les nazis en regard de l'agence administrative américaine responsable de l'interdiction du DDT (et ses inspirateurs intellectuels, d'ailleurs en partie des nazis américains, selon les "preuves" rassemblées par Zurbin). Il semble avoir échappé à M. Zubrin que de ranger le gazage des Juifs et l'interdiction du DDT sous une seule et même étiquette de "génocide" pose certaines difficultés intellectuelles (et morales), tout en ouvrant un vaste champ de possibilités (telle que la réunion urgente d'un tribunal de Nuremberg pour juger les responsables de ce qui apparaît ainsi tout simplement comme le pire génocide de l'histoire humaine).

Un autre exemple est la politique de "pacification" américaine pendant la guerre du Vietnam, qui consistait, selon Zubrin, à tuer un maximum de "Viets". Or, note Zubrin, cette politique (plus exactement, la représentation caricaturée qu'il s'en fait) fut décidée (en partie) par des responsables politiques US eux-mêmes membres d'une société intellectuelle en faveur du contrôle de la population, le "Population Crisis Committee". Or, on trouve à l'origine de ce comité des individus (pas tous) qui se sont montrés, dans leur passé, partisan de l'eugénisme. Or, l'eugénisme est un aspect fondamental du nazisme. Voilà qui "raise some interesting questions", écrit Zubrin, dans un style tout en suggestion.

Les pratiquants de l'amalgame comme Zubrin ne vivent pas dans une réalité parallèle - la plupart des éléments factuels dont il soutient ses théories paraissent avérés - mais dans une réalité simplifiée. (Evidemment au delà d'un point la simplification est telle qu'on pénètre en effet dans une réalité parallèle, celle d'esprits dérangés du type "Beautiful Mind" - ce que n'est pas Zubrin -, que le simple agencement des mots dans un article de Life suffit à convaincre de la réalité d'un complot soviétique.)

Total, cela reste un livre riche de nombreuses infos factuelles, passionnant aussi dans la partie qui relève de la spécialité de l'auteur : le nucléaire. J'en recommande donc la lecture critique.


Trouble dans le genre : Le féminisme et la subversion de l'identité
Trouble dans le genre : Le féminisme et la subversion de l'identité
par Judith Butler
Edition : Poche
Prix : EUR 11,88

28 internautes sur 35 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Aux origines de la théorie du genre, 23 novembre 2012
Achat authentifié par Amazon(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Trouble dans le genre : Le féminisme et la subversion de l'identité (Poche)
Dans cet ouvrage, dont l’influence semble exponentielle, Judith Butler fait la synthèse des "gender studies". L’objet des "gender studies" est l’étude de la construction sociale des catégories du masculin et du féminin.
Il existe, selon Butler, un modèle classique de la sexualité selon lequel le sexe est une réalité biologique dont émane le "genre", c’est-à-dire la détermination de ce qui est masculin et féminin. Féminin et masculin varient d’une société et d’une époque à l’autre, mais restent structurés par leur substrat biologique, le sexe.
Ce modèle, explique Butler, est erroné, pour deux raisons : d’une part, c’est le genre qui produit notre concept de sexe, d’autre part le sexe n’est absolument pas une réalité biologique, mais une réalité de part en part culturelle.
Tel est le pitch idéologique de la théorie du genre et c’est là que commence le trouble. Cette conventionnalité du sexe, poursuit Butler, est le reflet de relations de pouvoir. Dit autrement, le sexe (culturel) cristallise des relations de pouvoir. Quels sont ces relations de pouvoir ? Elles tiennent en deux mots : l’hétérosexualité (ou hétéronormativité), et le phallogocentrisme (ie, la domination masculine). La vraie raison d’être de notre concept de sexe est de maintenir au firmament du pouvoir social l’hétérosexualité, et le phallogocentrisme.
Dernier étage de la fusée théorique de Butler, le moyen de cette prise de pouvoir. Selon l’auteur, c’est par le tabou de l’inceste que l’hétéronormativité et le phallogocentrisme ont pris les rênes d’un pouvoir qu’ils n’ont plus jamais quitté.
Dès lors que l’on a pris conscience de l’artificialité du genre, du sexe, du désir sexuel, et des relations de pouvoir dont ces concepts ne sont, en somme, que l’instrument, il devient envisageable de désincarcérer le sexe et le genre, et d’opter, par exemple, pour le genre féminin avec un sexe d’homme, ou le contraire, puis de renoncer à l’opposition naïvement binaire du masculin et du féminin, pour entrer dans un étourdissant vortex de variations qui “défont le genre” (titre d’un autre ouvrage de Butler).
La théorie de Butler, d’une grande densité et d’une réelle ingéniosité, notamment dans sa remise en branle de l’appareil conceptuel freudien au service de fins qui lui sont étrangères, pose d’importantes difficultés. N'en relevons que quelques-unes.
On est d’abord en droit de se demander comment les lobbys de l’hétérosexualité et du phallogocentrisme s’y sont pris, concrètement, pour triompher dans toutes les sociétés humaines, transcendant les idéologies et les époques. Le tabou de l’inceste, via le complexe d’Œdipe (intégralement culturel, selon Butler contre Freud), nous indique le résultat de cette victoire, pas sa cause.
On est également en droit de se demander quelle est la nature du lien de nécessité que semble tisser Butler entre l’hétérosexualité et le phallogocentrisme, comme s’il allait de soi. L’histoire ne nous offre-t-elle pas l’exemple de sociétés hétérosexuelles, qui n’étaient pas phallogocentriques (Mosuo de Chine, Iroquois, Berbères, Touaregs, Minangkabau, Sardes, premiers Crètois, Hopi, aborigènes des îles Trobriand, et jusqu’aux Amazones décrites par Hérodote) ?
Probablement inspirée par sa conviction que tout est acquis, rien n’est inné, Butler reprend une vieille et insoluble controverse philosophique sur les rapports entre la réalité et le langage pour affirmer que le réel vit tout entier sous la dépendance du langage. Par ailleurs l’auteur soutient l’indubitabilité de son libre arbitre. Mais comment être à la fois déterminé par le langage, et libre dans sa pensée ? (Expliquer que le langage ne nous détermine pas mais nous situe, ce que fait Butler, consciente de la difficulté qu’avaient déjà rencontrés les marxistes avec la “conscience de classe”, paraît une pirouette en réception assise.) Rappelant que nous sommes enfermés dans le langage, donc les relations de pouvoir dominantes, Butler suggère de s’y soustraire par la mise en œuvre de pratiques, des pratiques concrètes, notamment sexuelles. Comment concilier ces pratiques, par hypothèse non langagières, avec la thèse du langage comme seul accès à la réalité ?
Dans la dernière partie de Trouble dans le genre, Butler offre un long développement pour faire comprendre que le tabou construit "un sujet fini à travers une série d’exclusions." Ainsi l’abject (concept emprunté à Julia Kristeva) désigne-t-il ce qui est expulsé du corps, "délesté sous la forme de l’excrément", rendu littéralement "Autre". "On dirait une explusion d’éléments étrangers, poursuit Butler, mais l’étranger est en fait établi à travers cette expulsion." Butler montre que, dans le cas du sexisme, du racisme et de l’homophobie, la répudiation des corps du fait de leur sexe, sexualité ou couleur consiste en une expulsion suivie d’une répulsion :

"La division entre monde ‘intérieur’ et ‘extérieur’ chez le sujet constitue une bordure et une frontière maintenues par un fil ténu à des fins de régulation et de contrôle sociaux. La frontière entre l’intérieur et l’extérieure se confond lorsque les excréments passent de l’intérieur à l’extérieur, et que cette fonction d’excrétion devient, pour ainsi dire, le modèle pour les autres processus de différenciation et d’identité. C’est en fait le mode sur lequel les Autres deviennent de la merde. Pour que les mondes intérieur et extérieur restent tout à fait distincts, il faudrait que la surface entière du corps atteigne un degré absolu d’imperméabilité, ce qui est impossible."

Cette apothéose de l’argument butlérien pose un certain nombre de questions — à commencer par le statut de la production de l’Autre par expulsion : est-ce une comparaison ? Une métaphore ? Un mot d’esprit ? — que nous ne considérerons pas ici, pour nous concentrer sur la dernière phrase de l’extrait, indiquant qu’il est impossible au corps humain de faire l’économie de la défécation. Quel est le statut de cette impossibilité ?
Convenons du caractère biologique, jusqu’à preuve du contraire (constipation à vie, choisie), de l’impossible renonciation à la "souillure fécale" (Butler). Se pose intuitivement la question de savoir si, outre cette malheureuse impossibilité, la subjugation des corps par la culture — par "la loi", pour nous en tenir au vocabulaire butlérien — ne se heurterait pas, tout à fait par hasard, à d’autres obstacles biologiques ? Sur cette question, dont l’auteur précise expressément qu’elle refuse de l’assumer en tant que telle dans Trouble du genre, elle se montre ambivalente. D’une part, Butler considère l’idée que "le corps féminin doit endosser la maternité" comme purement culturelle, de même que l’idée que "la maternité est une loi biologiquement nécessaire", ce qui est doublement audacieux mais cohérent avec le concept du corps comme "simple véhicule" de la culture, comme "page blanche", mais d’autre part, elle lâche distraitement, au détour d’une phrase (à deux reprises) le concept d’individu biologiquement mâle ou femelle, donc de corporéité biologique, qu’elle ne récuse pas le moins du monde — ce qui est lui est d’ailleurs rationnellement impossible, dès lors qu’elle a concédé le caractère biologique de l’impératif de défécation —, assurant ainsi la parfaite subversion de son propre système, qui est tout entier construit par opposition au modèle sexe-genre de sens commun, dont Bulter avait retourné le sens des flèches — c’est le genre qui crée le sexe, et non le sexe qui crée le genre — et converti le sexe, de réalité biologique, en réalité culturelle. Or, ne voit-on pas se lever, encore frileuse, telle la fleur après l’hiver, la vie après Enola Gay, comme un tressaillement de biologie au cœur même du sexe butlérien ?
J’admire Judith Butler parce que sa théorie est une construction originale qui s’enracine dans la réinvention de sources maîtrisées. Mais, dans son absoluité, son argument ne tient pas la route (qu’on lui retire son caractère radical, et l’on retombe sur le modèle de sens commun). Bâtir des législations sur le fondement de la théorie du genre — comme nous avons commencé de le faire — ne pourra que donner lieu à de cruelles désillusions.


L'écologie au pays des merveilles : Mirages et vérités du développement durable
L'écologie au pays des merveilles : Mirages et vérités du développement durable
par Samuele Furfari
Edition : Broché
Prix : EUR 19,00

5 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Très instructif !, 8 août 2012
Ce remarquable petit ouvrage est une mine d'informations pour qui s'intéresse à la question géopolitiquement cruciale de l'énergie, laquelle cristallise une bonne part des fantasmes et contraintes du monde contemporain.

L'écologie au pays des merveilles : il s'agit d'abord de montrer, par maints exemples concrets et décortiqués, le caractère merveilleux, dans le sens fantasmagorique, de la plupart des solutions "vertes" que l'on présente comme alternatives aux énergies fossiles et au nucléaire qui, toutes, ont en commun de ne survivre sur le marché qu'à la faveur de milliards de subventions publiques. Ainsi de l'éolien, dont la viabilité non subventionnée suppose un réseau intelligent (ON/OFF !) que l'on n'a pas encore commencé de construire, des pellets redécouverts, des biocarburants, de l'énergie solaire, etc. Autant de mirages qui sont comme les merveilles qui peuplent le pays d'Alice. La compagnie BP, qui déclassait moralement ses concurrentes en se rebaptisant Beyond Petroleum au début des années 2000, s'est tranquillement retirée du solaire en 2011, et des centaines d'entreprises qui se sont ruées sur les marchés "verts" créés de toutes pièces par les pouvoirs publics (panneaux photovoltaïques, etc.), tombent en faillite aussitôt qu'on leur retire le tuteur de la subvention (ce qui n'empêche généralement par leurs fondateurs de se retirer, quant à eux, avec de confortables royalties, payés directement par l'argent des contribuables).

Si la volonté d'améliorer notre efficacité énergétique fait sens, explique Samuele Furfari, celle de réduire la consommation globale d'énergie n'est pas réaliste, sauf à renvoyer croupir dans la misère les centaines de millions d'Indiens, de Chinois et de Brésiliens qui viennent d'en sortir, ou consentir à prendre leur place pour leur donner la nôtre. Il faut, affirme l'auteur, poursuivre dans la voie du progrès de la science, dont les merveilles, bien réelles celles-ci, nous permettent de produire davantage d'énergie en polluant moins. Jamais l'air de nos villes n'a été aussi pur depuis que l'on en mesure la teneur en particules, jamais l'eau n'a été aussi abondamment disponible sous sa forme potable. Surtout, rappelle S. Furfari, l'homme s'est octroyé, par ses progrès scientifiques et technologiques, la bagatelle de quarante années de vie supplémentaire en un siècle. Ce progrès de la vie est inconciliable avec la vision catastrophiste qui domine nos médias. On rétorque : si le reste de l'humanité devait accéder au même niveau de confort et de longévité, la Terre ' Gaïa ' ne le supporterait pas : c'est le concept de notre "empreinte écologique". Toutefois ce concept présente l'inconvénient d'être malthusien de part en part, c'est-à-dire postulant l'absence de progrès technique. Statique, l'empreinte écologique est un concept sans intérêt; dynamique, il est sans contenu.

Ce que rappelle, en filigrane, l'ouvrage de Samuele Furfari, est qu'aucune des sources d'énergie connues ne peut rivaliser avec la puissance de l'idéologie. Lorsqu'en 1978 le Club de Rome, ce GIEC (groupe onusien d'experts sur le climat) de l'époque, annonce que la science est formelle : en 2000 il n'y aura plus de pétrole, ses rares contradicteurs sont taxés d'esclaves du lobby pétrolier, négateurs de l'évidence et de la raison. Pourtant, rappelle l'auteur, "depuis le 29 août 1859, date à laquelle a jailli du pétrole pour la première fois d'un puits foré de main d'homme, la consommation d'or noir n'a cessé de croître... et ses réserves également. Chaque année, on découvre plus de pétrole qu'on n'en consomme." (italiques ajoutés) : un constat factuel qui devrait ramener les prêcheurs d'apocalypse à plus d'humilité, pense-t-on. Il n'en est rien, et même si la mise en exploitation des gaz bitumineux, aux Etats-Unis, promet à ce pays l'indépendance énergétique à l'horizon d'une dizaine d'années (!), la plupart des experts sont formels : le pétrole, c'est fini, let's move beyond.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Dec 21, 2013 1:33 PM CET


La régression intellectuelle de la France
La régression intellectuelle de la France
par Philippe Nemo
Edition : Broché
Prix : EUR 15,20

41 internautes sur 54 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 A lire d'urgence !, 7 juin 2011
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Ce commentaire fait référence à cette édition : La régression intellectuelle de la France (Broché)
Dans ce remarquable petit pamphlet qui vient de sortir, le philosophe Philippe Nemo, déjà auteur d'une douzaine d'ouvrages aux Presses universitaires de France, dresse un constat accablant : la France, pose-t-il dans le titre de son opuscule, est entrée dans une spirale de régression intellectuelle.

La raison en est qu'en multipliant les lois dites mémorielles, et celles qui pénalisent la stigmatisation des minorités ethniques, sexuelles, religieuses, etc., on en serait arrivé à castrer le débat public, jusqu'à instituer en tabous aux volutes religieuses des sujets, historiques et de société, qui devraient être librement débattus. C'est une mutilation de la pensée française que diagnostique Ph. Nemo. Des chambres à gaz à la singularisation des Arabes et des Noirs en rapport avec la criminalité : halte là !, nous disent ces lois. Vous franchissez les portes du pénitentier.

L'essai est brillant et fera du bruit, d'autant qu'il est agrémenté d'un chapelet de petits exemples savoureux et inquiétants, mais l'auteur échoue à convaincre de la pertinence des généralités qu'il en infère, et cela pour deux raisons décisives.

D'abord l'échec pratique des lois mémorielles et de censure. À moins de poster sur un forum, ou un réseau social une phrase telle que « Les chambres à gaz ? Un mythe judéo-maçonnique ! » en signant J.-L. Mélenchon, avenue Mac Mahon, Paris 17e, ce que presque personne n'est assez demeuré pour faire, n'importe qui peut se documenter, écrire et débattre, sur la Toile, de n'importe quel sujet sans être inquiété, ne serait-ce que parce que les serveurs concernés ne ressortissent que très médiatement à la juridiction de la France, et que les procédures judiciaires pour obtenir la levée de l'anonymat du délinquant, relèvent des délices sophistiqués du droit international privé, au fronton duquel figure l'aphorisme de Dante : Toi qui entre ici, abandonne tout espoir. Statistiquement, l'impunité est garantie.

On nous opposera l'exemple de celui qui n'est plus désormais plus que Le Pen père, multirécidiviste des condamnations pour infractions auxdites lois mémorielles et de censure. Excellent exemple d'un politique qui, depuis trente ans, a su instrumentaliser ces lois au service sa carrière « politique » (surtout médiatique, si l'on s'en tient à l'exercice de responsabilités exécutives), en suscitant régulièrement, à coup de provocations maîtrisées, ces grands festins médiatiques qui ont fait son succès.

Plus fondamentalement, la diversité des opinions de la société française paraît n'avoir jamais été aussi foisonnante et il est notable que, pour la première fois, les libertés de la presse et d'expression accèdent à une manière d'absoluité à laquelle notre modernité ne nous avait pas accoutumés. Dans cette réalité qui bourgeonne furieusement sous nos yeux, c'est, en effet, jusqu'à la possibilité même du cadenassage de l'information qui s'estompe, puisque tout un chacun , à condition d'avoir un smartphone, s'abreuve à volonté aux sources d'information de son choix et se voit offrir l'opportunité de se muer, à son tour, en média, voire en mass media si son audience l'aime (au sens de Facebook).

De par leur sélectivité, leur paternalisme et l'arbitraire qu'ouvre leur interprétation, ces lois castratrices de la liberté d'expression que Ph. Nemo poursuit de sa vindicte ont, de fait, quelque chose de moralement dégradant pour la communauté nationale. Mais leur portée est essentiellement symbolique, et elles ont piteusement échoué dans leur objectif revendiqué. On aperçoit d'autant moins comment ces lois pourraient enclencher une régression intellectuelle généralisée. Les lois mémorielles et de censure ne sont guère plus qu'un agacement sur le museau du Minotaure virtuel qui domine l'information contemporaine.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 18, 2011 12:32 PM MEST


Foreclosure gate : les gangs de Wall Street contre l'Etat US : Un livre pour comprendre l'affaire nébuleuse des centaines de milliers de saisies immobilières illégales.
Foreclosure gate : les gangs de Wall Street contre l'Etat US : Un livre pour comprendre l'affaire nébuleuse des centaines de milliers de saisies immobilières illégales.
par Vincent Bénard
Edition : Broché
Prix : EUR 21,09

14 internautes sur 14 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Brillant !, 18 avril 2011
Avec "Les gangs de Wall Street", Vincent Bénard nous offre l'un des meilleurs ouvrages publiés à ce jour, en français, sur la plus récente crise financière. Alors que tant de journalistes financiers se contentent de picorer dans les commentaires de leurs pairs, Bénard nous offre la synthèse d'une documentation colossale qu'il maîtrise parfaitement. À l'aide d'exemples chiffrés, il veille à mettre sa connaissance fouillée d'un sujet effroyablement complexe, et radicalement étranger à nombre d'entre nous, à la portée de chacun. La réflexion s'articule en deux temps : les problèmes, une tentative de solution.

Quant aux problèmes : Bénard montre comment se sont développées, aux États-Unis, des techniques financières en rapport avec les créances hypothécaires qui, en dépit de leurs mérites et de leurs avantages, ont perverti, d'une manière proprement virale, l'ensemble du système financier international. Quand une banque européenne prête de l'argent à une personne physique ou morale, elle conserve le plus souvent la créance dans son bilan, créance qu'elle garantit à l'aide d'une hypothèque sur le bien acheté. Bien que sommaire, le procédé est vertueux, en cela que la banque est mécaniquement incitée à se montrer prudente dans l'octroi de prêts. Les grandes banques américaines ont dépassé depuis longtemps cet âge de la pierre hypothécaire, en cédant la créance initiale pour se rémunérer moins, mais tout de suite. La créance ainsi cédée est ensuite versée par le cessionnaire (celui qui l'a rachetée) dans une « piscine » (un pool) de créances hypothécaires, sur laquelle sont émis des titres eux-mêmes vendus à des tiers, des particuliers ou un autre établissement financier qui, le cas échéant, verse sa fraction de piscine dans une nouvelle piscine, etc. Tout cela en « simplifiant » d'initiative et de façon illégale les exigences du droit immobilier américain. Aujourd'hui que le système s'est effondré, il est facile d'ironiser sur cette cascade d'ablutions. Pourtant la « titrisation » des créances n'est, en soi, pas dénuée de mérites, puisqu'elle permet de rendre liquides des créances qui ne le sont pas, ce qui du fait même favorise la spécialisation des intervenants financiers, et de diluer les risques hypothécaires en les partageant entre un plus grand nombre d'intervenants. Toutefois Bénard montre que cette dilution du risque financier aura été concomitante d'une déperdition de l'information des différents intervenants de la chaîne, jusque et surtout le « client » final, c'est-à-dire celui qui achète la dernière titrisation en date (l'ultime piscine). Si la banque qui prête connaît son client, et les risques attachés à la créance, le dernier intervenant n'a pas la moindre idée de la valeur des créances hypothécaires sous-jacentes au papier qu'il achète. Il ne dispose que des évaluations - AAA, etc. - des trop fameuses agences de notation qui, Bénard en donne de saisissants exemples, ont désinformé de manière systématique (quand elles étaient elles-mêmes en mesure d'évaluer réellement le papier en question, ce qui n'était pas toujours le cas !).

S'ajoute au phénomène la faveur donnée par l'État américain au crédit hypothécaire consenti aux ménages moins favorisés : pour qu'accèdent à la propriété des ménages auxquels les banques refusaient de prêter, les pouvoirs publics américains ont mis en place différents mécanismes, incitatifs quand ils n'étaient pas obligatoires, qui ont donné naissance aux fameux crédits subprime. Ces crédits plus risqués ont copieusement alimenté, de leur créances douteuses, les piscines en cascade que nous venons de décrire, en corrompant davantage encore la qualité de cette « eau » frelatée vendue sous le prestigieux et rassurant label AAA des agences de notation. S'ajoute encore au phénomène - le conditionne, en réalité - la surévaluation systématique de la valeur intrinsèque de l'immobilier américain, et de l'accroissement régulier de cette valeur.

Au final, cette construction magnifique de sophistication se traduit par des centaines de milliards de titres qui expriment une valeur immobilière réelle sous-jacente de quelques dizaines de milliards de dollars : c'est assez dire que la belle cathédrale manquait de fondation.

Si les agences de notation et les journalistes spécialisés n'ont strictement rien vu - quelle misère pour la presse financière qui, du Financial Times à CNBC, pontifie à longueur de journée sur la finance mondiale ! - que dire des particuliers en chasse de bonnes affaires ? Les seuls intervenants qui savaient étaient les artisans du système, ces géniaux ingénieurs de la finance qui s'avisèrent de la nécessité de s'assurer contre le risque de défaut de ces créances dont ils n'ignoraient pas le caractère douteux. Partageant ainsi leurs piscines entre les acheteurs de titres, et les assureurs des titres qui leur restaient, les banques étaient gagnantes sur tous les tableaux (certains établissements, parmi les plus prestigieux, sont allés jusqu'à prendre des "positions" qui pariaient sur le défaut des produits qu'ils vendaient à leurs clients !). De fait, la première vague de « défaut » sur les créances hypothécaires sous-jacentes conduisit les banques à actionner leurs assurances, jusqu'à ce que la vague se fasse tsunami et que même les assureurs géants qui, tels que AIG, avaient assuré des milliards de titres, soient menacés de faillite. C'est alors qu'intervint le chevalier blanc du monde bancaire, son garant ultime : vous. Moi. Bénard. Tous les contribuables américains, les Européens, etc. qui d'ailleurs payent deux fois : en renflouant les banques qui se noient dans leurs piscines fétides, ensuite en subissant le contrecoup de la plus formidable crise économique depuis 1929. Voilà assurément un système qui ne mérite pas d'être qualifié d'équilibré.

Quant à la solution que propose Bénard, le lecteur reste davantage sur sa faim. L'auteur propose, en cas de défaillance d'une banque d'importance systémique - c'est-à-dire dont la faillite provoquerait, par contagion, la panique et d'autres faillites, etc. - de remplacer les actionnaires de cette banque par ses créanciers, qui deviendraient actionnaires (ce qui permettrait à la banque de réserver ses liquidités à ses déposants éventuels). L'idée est saine, et certainement préférable au système actuel, mais l'auteur aurait dû prendre en compte la littérature qui discute cette proposition de manière critique, et les pistes alternatives.

Terminons en regrettant qu'un ouvrage aussi puissamment charpenté soit affecté d'autant de vices sur le plan formel : si l'auteur a fait son travail, l'éditeur semble avoir oublié de faire relire le texte avant de l'imprimer.


L'imposture climatique
L'imposture climatique
par Dominique MONTVALLON (DE)
Edition : Broché
Prix : EUR 19,48

14 internautes sur 20 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Brouillon, 3 novembre 2010
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Ce commentaire fait référence à cette édition : L'imposture climatique (Broché)
L'imposture climatique est un ouvrage qui contient des idées intéressantes mais qui souffre d'avoir été bâclé.
D'abord, ce n'est pas un livre, mais une longue interview (plus commode à rédiger !) en forme de coup médiatique.
L'interview pâtit surtout du manque de rigueur de l'auteur, qui commet des erreurs factuelles et se livre à de fort téméraires généralisations sur un sujet qu'il ne maîtrise qu'imparfaitement.
Pour autant, et c'est ce qui fait la valeur de sa rédaction, l'auteur défend deux idées fondamentalement avérées : (1) la science climatique reste criblée d'incertitudes - sans qu'il soit besoin de verser dans la posture faussement cartésienne de doute hyperbolique - Rien n'est sûr ! - qu'adopte Allègre, que vient de désavouer -28 octobre 2010- l'Académie des sciences et que lui reprochent légitimement ses opposants et (2) le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) est une structure viciée dans son essence, qui mêle la science au politique. En bref, une lecture intéressante, mais Allègre aurait pu faire mieux !


De la fraude : Le monde de l'onaa
De la fraude : Le monde de l'onaa
par Henri Atlan
Edition : Broché
Prix : EUR 20,24

5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Passionnant décryptage de la propagande contemporaine !, 1 novembre 2010
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Ce commentaire fait référence à cette édition : De la fraude : Le monde de l'onaa (Broché)
L'excellent ouvrage d'Henri Atlan montre qu'à côté des innombrables Jacques Attali, il existe encore de vrais intellectuels dans la grande tradition européenne, c'est-à-dire des auteurs qui ont le scrupule de l'étude préalable. « De la fraude » offre à la fois une généalogie historique et intellectuelle de son sujet, et une analyse fouillée de sa réalité moderne. « Onaa » est le terme hébreu qui désigne la fraude, plus précisément la quasi-fraude, « plus ou moins qu'un sixième », celle dont on doit admettre la licéité dans le contexte des échanges humains, parce qu'elle est inhérente à leur nature même. Ainsi l'économie de marché, plus fondamentalement l'échange serait-on tenté de préciser, impliquent-ils des quasi-fraudes, des manoeuvres qui, sans être dolosives, comme l'auraient dit les Romains, ne sont pas parfaitement transparentes. L'admission de la licéité de l'onaa est une innovation talmudique par rapport à l'injonction biblique qui ne reconnaît en aucune façon un tel seuil. Atlan en donne de multiples illustrations, antiques et modernes (la monnaie). Une modeste critique à ce niveau : l'ignorance, par l'auteur, de l'impressionnant parallélisme des dispositions talmudiques et romaines, dont la comparaison aurait été féconde. Il est, en effet, frappant de constater que le droit romain (repris à l'identique par le Code civil, article 1674) consacre également la légalité de la fraude ou onaa, dans la vente d'immeubles, lorsque le prix est supérieur ou égal à la moitié de la valeur d'icelui (Dioclétien, Maximien, L. 2, C., De rescind. vendit. 4, 44). De prime abord, les divergences entre les institutions romaine et talmudique seraient les suivantes :

1°) En droit romain (DR), il n'y a de lésion que pour les immeubles; pour les meubles dans le Talmud (sauf l'écart énorme que mentionne l'A. - env. la moitié du prix -, mais la réserve est d'importance, puisqu'aussi bien le DR ne consacre la lésion que dans ce cas !). La ratio de la règle romaine est que, d'une part, les immeubles ne se vendaient généralement qu'aux voisins, alors que l'éventail des acheteurs possibles était plus grand pour les meubles, et, d'autre part, les nécessités de la sécurité juridique des transactions mobilières;

2°) Plus grande tolérance du DR, qui ne consacre la lésion que si le vendeur est lésé de plus de la moitié (plus des sept douzièmes dans le Code civil), au lieu du sixième talmudique;

3°) L'onaa protège le vendeur comme l'acheteur; alors que le DR ne protège que le seul vendeur;

4°) En DR, il y a lésion au delà de la moitié, alors que, selon l'A., il n'y a de lésion au sens du Talmud qu'à la fraction précise du sixième. Toutefois, l'interprétation de l'A. paraît discutable en cela qu'elle confond la lésion ou onaa proprement dite et ses effets; il me semble que même du point de vue du Talmud, il devrait y avoir lésion au sixième et au delà, même si les effets varient (annulation automatique au delà, choix entre l'annulation et le supplément de prix au sixième); il n'y aurait d'ailleurs pas grand sens à parler d'onaa ou fraude au sixième exactement et pas au delà (l'A. parle lui-même, p. 151 de "l'onaa respectivement supérieure, inférieure ou égale à un sixième").

5°) Relevons enfin que les branches de l'alternative en cas de lésion sont identiques en DR et (au sixième) dans le Talmud; sauf que ce choix appartient, en DR, à l'acheteur contre lequel est dirigé l'action en rescision; dans le Talmud, à la personne lésée.

Quoiqu'il en soit, le parallélisme est troublant; plutôt qu'une influence du Talmud sur les jurisconsultes romains, on serait tenté d'y voir l'expression de la "naturalité" d'un grand nombre d'institutions juridiques.

Venant à l'analyse de l'onaa dans notre vibrionnante réalité contemporaine, l'A. se fait tout à fait brillant, en retraçant la généalogie de la notion de propagande, avant de déconstruire l'apparent paradoxe de la puissance multipliée de la propagande dans le contexte d'une information mondialisée qui n'a jamais été aussi libre mais qui conduit, si l'on n'y prend garde, à une dissolution du vrai dans le faux (et dans l'idiotie, serait-on tenté d'ajouter, puisqu'aujourd'hui n'importe quel clampin pontifie dès que le caprice lui en prend sur la Toile, qui offre ainsi aux caniches de Céline un second infini : l'immortalité de leur Pensée !). Atlan écrit : « la propagande banalisée, associée à la publicité et à l'accès démultiplié aux medias, est aujourd'hui au service de pratiquement tous les groupes en compétition les uns avec les autres pour gagner soit des marchés, soit des fractions du pouvoir. La communication, activée par un ensemble de métiers, est devenue un but en soi ». Toutefois le propagandiste soucieux de réussir doit étudier non seulement la mécanique sociale, mais encore la vapeur qui la fait tourner ; cette vapeur, ce sont les désirs humains (p. 247). Ainsi « l'ère de l'information exacte est diluée dans la fausse information, la vérité diluée et dissoute dans le mensonge, volontaire ou non, au point d'en devenir indistinguable » (p. 236).

En résumé, le passionnant ouvrage d'Henri Atlan aide à comprendre les ressorts de la communication et de la manipulation dans ce contexte de la révolution de l'information qui est le nôtre. A lire !


Peut-on réformer la France ?
Peut-on réformer la France ?
par Frits Bolkestein
Edition : Broché
Prix : EUR 12,54

14 internautes sur 17 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Le dialogue inattendu d'un libéral flamboyant et d'un libéral réticent, 3 décembre 2006
Ce commentaire fait référence à cette édition : Peut-on réformer la France ? (Broché)
Entre Michel Rocard et Frits Bolkestein, figure de proue de la droite libérale néerlandaise et auteur de la directive éponyme de libéralisation des services, les accords sont plus nombreux que les désacccords. Ce n'est, en effet, pas la moindre des saveurs de cette riche plaquette de 125 pages que l'affirmation répétée par un membre éminent du PS français d'un libéralisme dont la sincérité est d'autant plus vraisemblable qu'il ne déchaîne pas exactement l'enthousiasme des masses, ni des élites, françaises.

D'abord le diagnostic : la France est malade, nos deux auteurs en conviennent. "Mon pays est le pays handicapé de l'Europe", "la France est dans un état positivement dramatique", "au fond, le modèle social français, c'est le modèle germano-scandinave en raté", se lamente Michel Rocard. "Votre situation politique, approuve Frits Bolkestein, ces derniers mois, ne cesse de connaître des insurrections de plus en plus alarmantes : banlieues, crise interminable du CPE, timide tentative pour assouvir un peu l'excès de rigidité qui pèse sur votre droit du travail et, donc, sur votre taux de chômage. C'est une terrible image de décadence ! »

Ensuite le remède. Le mal français c'est le manque de croissance (Rocard) qui suit l'excessive rigidité du droit du travail (Bolkestein, puis Rocard). Mais si vous voulez de la croissance, souligne le Néerlandais, qu'attendez-vous pour embrasser le modèle anglo-saxon ? Rappelant que le libéralisme est tout aussi étranger à la droite qu'à la gauche françaises, Michel Rocard se livre à un éloge impromptu du capitalisme comme seule remède à la pauvreté : "Je suis, dans mon parti, un vieux défenseur des forces du marché", confesse-t-il, "même lorsque nous n'étions pas beaucoup à les accepter, à caude de la contamination communiste." Et oui, convient l'ancien premier ministre socialiste, "trop de règles tuent".

Ce n'est pas à dire que l'accord entre les deux hommes soit total, tant s'en faut. Rocard reste à s'inscrire dans la tradition keynésienne, demande une politique industrielle européenne, propose une analyse macroéconomique de l'évolution des salaires contrée par Bolkestein, considère que l'Etat peut agir à sa guise, "les mécanismes de financement finiront toujours par s'ajuster" et qu'il faudrait restituer à la Banque centrale européenne "le pouvoir de création monétaire".

Cela pour l'économique. Les autres motifs de désaccord ne manquent pas, à commencer par la question des frontières de l'Europe. Si les deux hommes s'accordent sur la nécessité, pour l'UE, de se reconcentrer sur son core-business, qui est le marché commun, Rocard estime, quant à lui, que "viendra un jour où on débaptisera l'Union européenne, parce que, comme Français, je suis obligé de vous dire que quand l'Algérie sera là, nous serons plus tranquilles". "L'Algérie !" s'étrangle le Néerlandais, déjà opposé à l'entrée de la Turquie, pour trois raisons : (1) la Turquie n'est pas un pays européen, parce que l'Europe a été faite par une histoire (christianisme, féodalité, Renaissance, etc.) qui n'est pas celle de la Turquie, (2) l'adhésion de la Turquie conduirait inévitablement à l'adhésion de la Biélorussie, la Moldavie, etc., ce qui rendrait l'Europe ingouvernable, et (3) la grande majorité des Européens ne veulent pas de l'adhésion de la Turquie.

Pas de liberté sans règle, opinent les deux politiques. Mais le Français n'a visiblement pas la moindre idée de la question cruciale de la source des règles dans une économie développée. Dans une perspective typiquement cartésienne, il semble considérer que toute règle doit, par essence, procéder du sommet, de l'esprit sublimement clairvoyant des serviteurs de l'Etat, pour répandre une lumière bienfaisante sur des individus désorientés et réduits à l'état de bête sauvage dans l'attente de la Loi; et de définir l'ultralibéralisme comme "la négation de l'idée que c'est à la loi qu'il appartient de définir les bornes et les conditions d'exercice de la liberté". Depuis Locke et même jusqu'aux Grecs, je ne connais pas un seule penseur sérieux de la liberté qui conteste la nécessité de règles. Mais qu'il faille des règles n'implique pas que ces règles soient toutes édictées par l'Etat (droit des juges, droit des juristes, code de conduite : voilà trois alternatives au droit de l'Etat, qui ont en commun de naître des litiges concrets - et non des seuls principes philosophiques éthérés qui animent les Règlements à la française - et de faire leurs preuves tous les jours dans des pays moins "cartésiens" mais plus efficaces et paisibles que la France). Citant Jean Peyrelevade, Rocard affirme doctement que "les Américains ne veulent pas de règles", et Sarbanes-Oxley ?, lui demande Bolkestein.

Je ne voudrais pas que cette recension donnât le sentiment qu'il n'y en a que pour le Français. Mais sans doute est-ce le Français qui se montre le plus inattendu, le plus courageux aussi. Pour sa part, Bolkestein fait preuve de patience face à un interlocuteur qui ignore manifestement tout des Pays-Bas, et régale son lecteur de formules savoureuses :

"Il est aussi difficile pour un homme politique de mener une politique budgétaire saine qu'il l'est pour un chien d'être propriétaire d'un magasin de saucissons"; "Mieux vaut l'intérêt économique que la passion politique", pour conclure sur cet avertissement : "le protectionnisme mange les fibres de l'Europe".

En somme, nos deux auteurs s'entendent sur l'essentiel : la France est l'homme malade de l'Europe, ce mal est d'abord économique, la solution en passe par une revision fondamentale du droit du travail dans le sens d'une plus grande flexibilité.


Les enfants de Rifaa musulmans et modernes
Les enfants de Rifaa musulmans et modernes
par Guy Sorman
Edition : Poche
Prix : EUR 6,27

11 internautes sur 13 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Le voyage d'un Tocqueville superficiel au pays de l'islam, 14 novembre 2006
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Les enfants de Rifaa musulmans et modernes (Poche)
Dans Les Enfants de Rifaa, Guy Sorman explique que celui qui s'intéresse à l'islam a deux possibilités : se plonger dans les textes de la foi islamique, ou aller à la rencontre des musulmans ; il y a ceux pour qui « l'islam est un » et ceux pour qui il est « la somme des musulmans ». L'essayiste se range sans hésiter dans la deuxième catégorie.

D'un point de vue épistémologique, la thèse de Sorman (il l'emprunte vraisemblablement à Olivier Roy, mentionné dans sa courte bibliographie) - les textes ne sont rien, seuls comptent ceux qui les portent - apparaît comme un truisme ou une contre-vérité. C'est une truisme de constater que les textes n'agissent pas par eux-mêmes et qu'ils ont besoin de la médiation d'individus, qui leur impriment leur marque, pour façonner le monde. Le Capital de Karl Marx n'a pas créé l'URSS tout seul, il a fallu des marxistes. Mais c'est une contre-vérité manifeste de soutenir que les textes n'ont aucune influence sur la réalité : l'URSS n'aurait point vu le jour, si le Capital n'avait été écrit. Pas de marxisme sans marxistes, pas de marxistes sans les écrits de Marx. L'opposition entre les textes et ceux qui s'en réclament n'est pas seulement paradoxale dans le cas d'un essayiste aussi prolifique que G. Sorman, elle est fausse : l'interprète est important, mais le texte, lorsqu'il présente une certaine cohérence - ce qui est certainement le cas du Coran, de la Sunna et du Fiqh dont c'est d'ailleurs l'objet même -, fixe un cadre. Ce cadre est d'autant plus contraignant dans le cas de l'islam que le Coran est réputé parole divine (ce qui n'est pas le cas de la Bible).

Sorman se fait l'interprète de la vingtaine de musulmans qu'il a rencontrés de par le monde ; des propos intéressants nous sont rapportés. Mais l'islam, comme parole cohérente et millénaire, porteuse du logos divin, est radicalement absent. Cachez ce Coran que je ne saurais voir ! Curieux respect pour l'islam que sa négation comme parole divine, et comme théologie.

A Gilles Kepel, Sorman emprunte la thèse de « l'islamisme à bout de souffle ». Les Enfants de Rifaa date de 2003, ce qui permet d'éprouver un certain nombre des prédictions auxquelles s'y livre l'auteur. Sorman analyse par exemple longuement l'avenir de la révolution islamique iranienne, et son diagnostic est sans ambiguïté : « Que cette sortie de la dictature islamique soit devenue un vœu majoritaire ne fait aucun doute. » « La jeunesse iranienne est devenue si ouvertement anticléricale que les mollahs hésitent à s'approcher des universités en costumes de clerc. » « Ce que souhaitent les Iraniens dans leur grande majorité, c'est le renvoi de la religion à la sphère privée (...). » Conclusion : « La fin de règne, quasi biologique, se rapproche. » D'ailleurs la révolution islamique elle-même n'était nullement un phénomène religieux, explique Sorman, mais un phénomène politique, économique et social ; une explication qui présente deux inconvénients : elle est tellement large qu'elle n'explique rien, et elle fait l'impasse sur la cause dont se réclament la totalité des acteurs (un point de vue « externe radical » qui n'est pas sans évoquer la vision marxiste des croisades) : leur foi. Que l'on revienne à la réalité et l'on se souviendra que deux ans après Les Enfants de Rifaa, l'écrasante majorité des suffrages iraniens se portaient sur la candidature d'un homme qui se proposait - il tient parole ! - de radicaliser la révolution islamique. Autant pour l'essoufflement.

De ce que les textes islamiques n'ont aucune pertinence ou intérêt, il suit, dans la logique de Guy Sorman, que ceux qui plaident pour une réforme théologique de l'islam sont à côté du sujet. Ainsi de Taslima Nasreen, cette apostat condamnée à mort (l'islam ne laisse guère de doute sur la sanction qui frappe l'apostat), contre laquelle Sorman se livre à un réquisitoire qui n'est pas dénué de malveillance. Taslima Nasreen estime que l'oppression des femmes procède du Coran ; dans son livre La Honte, paru en 1994, elle dénonçait, entre autres, le viol de jeunes filles indoues par des musulmans. Sorman affirme que l'oppression des femmes ne procède pas de l'islam mais de « l'oppression partiarcale » qui caractérise le Bangladesh et qu'ainsi elle s'est « trompée de cible ». « Taslima Nasreen a commis un autre impair, plus troublant, poursuit Sorman : elle n'a jamais dénoncé que les viols perpétrés par des islamistes contre des femmes hindoues ; pas une ligne, en revanche, contre les nervis hindouistes qui, en Inde, violent les musulmanes (...). » La conclusion — « Taslima Nasreen était (et reste) l'alliée des fascistes hindous. » — relève d'une logique qui n'est pas sans évoquer les procès des Moscou. D'ailleurs, termine Sorman, également critique littéraire, l'œuvre de Taslima Nasreen est « très médiocre ».

Les Enfants de Rifaa est un modèle de ce que le journalisme peut avoir de pire : l'auteur n'a pas même tenté d'étudier le sujet dont il prétend entretenir ses lecteurs. Sorman ne connaît pas l'islam, il discute et « sent » la réalité de son sujet à travers les propos de ses quelques interlocuteurs. Son livre encombre ceux et celles qui militent pour une réforme profonde de cet islam dont tout qui sait et veut bien lire le Coran, la Sunna et le Fiqh connaît l'intérêt et la richesse, mais aussi la radicale incompatibilité avec les fondements, non seulement de la civilisation occidentale, mais de la modernité.

Sorman semble considérer qu'il a atteint à une sorte d'expertise générale, qui l'autorise à disserter sur tous les sujets sans exception au motif qu'il a rencontré M. ou Mme Untel ; Tocqueville superficiel, l'essayiste parcourt furieusement le vaste monde en enfilant des formules désopilantes que n'aurait pas reniées Tartarin de Tarascon : « La Charia saoudienne est cruelle, mais elle n'est pas toujours injuste » Késaco ?, émaillant ses guides d'un routard privilégié d'erreurs historiques fâcheuses : « Le royaume franc de Jerusalem dura un siècle, depuis sa création par Baudouin jusqu'à la reprise de la ville par Saladin en 1187 » - c'est Godefroy de Bouillon qui fonda le royaume franc de Jerusalem en 1099, et c'est en 1244 que les musulmans reprirent définitivement la ville sainte - et de considérations non argumentées mais néanmoins énoncées sur le mode péremptoire, comme l' « erreur historique » de la création de l'Etat d'Israël, sur lesquelles il vaut mieux ne pas s'étendre.

Guy Sorman dispense également sa science au travers d'un blog, d'ailleurs fort intéressant quand il traite de sujets que l'auteur maîtrise, où notre essayiste se réfère régulièrement aux Enfants de Rifaa. Curieusement, dans une note du 20 octobre 2006, il célèbre la Taslima Nasreen néerlandaise, Ayaan Hirsi Ali : « Ecoutons Ayaan Hirsi Ali, écrit Sorman, cette députée néerlandaise qui avec Theo Van Gogh, a durement critiqué l'exploitation des femmes musulmanes perpétrée au nom de l'Islam. » Ayaan Hirsi Ali est une apostat condamnée à mort, une femme qui refuse de se qualifier encore de « musulmane » parce qu'elle considère que l'islam - pas l'islamisme, l'islam - est irréconciliable en l'état avec les institutions les plus élémentaires de la modernité : démocratie, séparation de la religion et de l'Etat, liberté d'expression, égalité hommes/femmes, etc. Et d'inviter sans détour ses interlocuteurs occidentaux à cette démarche parfaitement incongrue aux yeux de l'essayiste planétaire : connaître l'islam. Alors écoutons en effet Ayaan Hirsi Ali, mais en nous souvenant qu'elle défend, avec rigueur, en connaissance de cause et au péril de sa vie, une conception aux antipodes de l'ignorance volontaire de Guy Sorman.
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Le droit naturel : Ses amis et ses ennemis
Le droit naturel : Ses amis et ses ennemis
par Patrick Simon
Edition : Broché

26 internautes sur 26 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Le pire ennemi du droit, c'est la loi., 7 mai 2006
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le droit naturel : Ses amis et ses ennemis (Broché)
Comme d’autres avant lui, Patrick Simon constate l’infernale prolifération de lois, décrets, circulaires, ordonnances et règlements qui agacent jusqu’aux menus détails de nos vies quotidiennes; il se propose de retracer la généalogie intellectuelle de ce foisonnement irrationnel, liberticide et anti-économique.

“Si veut le Roi (le Parlement), veut la loi” : ainsi pourrait-on résumer ce que l’on appelle le “positivisme juridique”, cette théorie qui affirme que le droit est une simple affaire de volonté, de convention et qu’il n’est pas question de chercher dans un fantasmatique “droit naturel” des limites à la souveraineté de l’Etat. Il n’est pas exagéré de voir dans le positivisme juridique, comme exaltation de la volonté toute-puissante de l’Etat, la matrice intellectuelle des totalitarismes du XXe siècle.

P. Simon nous présente “l’arraisonneur du droit naturel” : Thomas Hobbes. Frappé par les horreurs de la guerre civile, Hobbes affirme qu’il convient de s’en remettre au pouvoir absolu d’un seul, le Léviathan, qui nous garantira à tout le moins cette sûreté physique minimale sans laquelle l’homme vit comme un animal. Concédant qu’il existe un petit noyau de droits fondamentaux auquel le Léviathan ne peut attenter, Hobbes n’en affirme pas moins que le droit est le reflet de la volonté souveraine de l’Etat : auctoritas facit legem. En cela, explique P. Simon, “Hobbes est passé à côté de ce qui fait la spécificité du droit”. L’auteur, éminent praticien, ne se contente pas d’affirmer qu’il n’est pas souhaitable que le droit vienne d’en haut : il montre qu’en pratique, ce n’est pas tenable. Pas souhaitable : le droit comme commandement impératif attente à la liberté individuelle. Impraticable à long terme : s’il veut remplir son office de régulation des comportements, le droit doit se frotter aux vicissitudes de la réalité.

Encore Hobbes admettait-il des limites à l’impérieuse volonté de l’Etat. Rousseau, le “saccageur du droit naturel”, n’en admet aucune. L’auteur de l’Emile, qui avoue benoîtement que ses réflexions prennent racine dans “une certaine aigreur contre les riches et les heureux du monde, comme s’ils l’eussent été à mes dépens et que leur prétendu bonheur eût été usurpé sur le mien”, cet auteur d’un sentencieux traité sur l’éducation qui abandonna ses cinq enfants à l’assistance publique, Jean-Jacques Rousseau, donc, institue l’Etat en dépositaire exclusif de la volonté générale, investi d’un pouvoir absolu que rien ne peut ni ne doit limiter. “La dictature de la loi va commencer, écrit P. Simon, et rien ne l’arrêtera”. La loi comme expression de la volonté générale : ce sont les termes mêmes de la déclaration des droits de l’homme de 1789, qui participe bien davantage de l’esprit rousseauiste que de celui du droit naturel. Diagnostic qui était déjà celui du whig Edmund Burke en 1790 : “Nous n’avons pas été préparés et troussés pour nous faire bourrer, tels des oiseaux de musée, de paille, de chiffons et de rognures de papier barbouillées de discours sur les Droits de l’homme”. Les proclamations de la Révolution de 1789 sont souvent sympathiques à la liberté, mais elles se fondent sur une philosophie - le droit comme volonté, comme pure convention - lourde de toutes les dérives post-révolutionnaires, confiscation des biens de l’Eglise, massacre des Vendées, la Terreur : tout est permis, dès lors que l’on sert la volonté générale du moment.

Le positivisme juridique a fait de nombreux enfants au XXe siècle, à peu près tous hideux et sanglants, à commencer par le national-socialisme et le communisme. Face aux horreurs engendrées par l’omnipotence positiviste, certains auteurs ont tenté, dans le courant de la seconde moitié du XXe siècle, de remettre au goût du jour les théories du droit naturel telles qu’on les défendait au XVIe siècle ou à l’époque d’Aristote : l’homme, de par sa nature d’homme, possède des droits qu’aucun législateur ne devrait méconnaître. Ces tentatives, rafraîchissantes mais souvent naïves (voir par exemple Murray Rothbard), sont autant d’oiseaux pour le chat positiviste. C’est que le iusnaturalisme classique et moderne n’est pas sans défauts logiques et épistémologiques, des carences que connaissent bien les positivistes puisque c’est en les mettant au jour que le positivisme a pu s’affirmer.

Pourtant, l’instinct des grands théoriciens iusnaturalistes classiques et modernes était correct : le roi, le Parlement ne peuvent pas tout, il y a des choses qui ne se font pas, quelque soit la volonté du moment. C’est précisément parce qu’il su passer entre “Charybde et Scylla”, c’est-à-dire le iusnaturalisme naïf et le positivisme, que P. Simon voit en F.A. Hayek le “sauveur du droit naturel”.

Qu’est-ce à dire ?

L’ordre spontané né de l’évolution de la civilisation occidentale se caractérise, selon Hayek, par la consécration progressive de pratiques et d’institutions qui permettent aux individus de collaborer, dans la poursuite de leurs propres fins, avec d’autres individus qu’ils ne connaissent pas. Au cœur de cet ordre : l’autonomie individuelle, la propriété, le respect de la parole donnée.

Les pratiques sélectionnées par l’évolution forment un ensemble qui n’est nullement statique, mais qui serait comme un organisme, n’était que dans un organisme les éléments individuels occupent une place fixe. Ce n’est pas le cas d’un ordre spontané. Mais comme dans un organisme, les différents éléments d’un ordre spontané s’ajustent constamment l’un à l’autre pour former un tout dont on ne saurait paralyser un élément sans menacer l’ensemble. L’odre spontané n’est pas malléable à l’envi : “Tout désir que nous pouvons avoir concernant la situation des éléments individuels, ou la relation entre des individus ou groupes particuliers, ne pourrait être satisfait qu’en perturbant l’ordre d’ensemble” (DLL, I, 49).

L’ensemble que forme un ordre spontané n’est pas de nature à satisfaire un esprit cartésien, la logique des structures de l’ordre n’étant pas toujours apparente. Mais l’ordre devra être respecté, si l’on veut continuer à en récolter les fruits.

A cet égard, la situation actuelle de l’Europe continentale est caractéristique. Depuis trente ans, les gouvernements européens ont multiplié les interventions réglementaires impératives dans l’ordre spontané des activités humaines. Chaque intervention perturbe un peu plus l’ordre spontané, jusqu’à menacer aujourd’hui son existence même. “Le pire ennemi du droit, conclut Patrick Simon, c’est la loi”.


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