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Commentaires écrits par
Yspaddaden

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Un P'tit Gars de Georgie
Un P'tit Gars de Georgie
par Erskine Caldwell
Edition : Broché
Prix : EUR 11,60

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Américain bon à rien !, 22 août 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Un P'tit Gars de Georgie (Broché)
Dans la famille Stroup il y a le père, Morris, un bon à rien qui tente de rattraper sa fainéantise par des combines souvent très hasardeuses, toujours égoïstes. Il n'a pas plus de morale que d'argent et peut se faire voleur à l'occasion. Quand sa femme Martha, qui trime pour deux, lui demande quelque chose, il commence par envoyer à sa place Handsome Brown, le Noir à tout faire de la maison, un brin fainéant aussi et terrorisé par son maître. C'est donc lui qui tombe dans le puits en allant déloger les chèvres grimpées sur le toit de la maison, c'est lui qui retourne la terre pour trouver des vers avant de partir à la pêche, lui encore qui récupère les objets de la voisine que Morris a frauduleusement vendus pour s'acheter une inutile paire de bottes.
Ces nouvelles sont souvent drôles, en raison de la veulerie et de la fainéantise du père. Ce Morris Stroup est décidément bien loin de l'Américain travailleur, soucieux de sa famille et de son âme éternelle. A travers ce portrait féroce, Caldwell stigmatise les petits Blancs qui ont la pauvreté qu'ils méritent et qui parce qu'ils n'ont rien, persécutent ceux qui sont encore plus faibles qu'eux, à savoir les Noirs. Handsome Brown tente bien de fuir cette maison mais c'est pour trouver un emploi de punching-ball dans un cirque itinérant : pour dix cents, les Blancs peuvent lui envoyer des balles à la figure et gagner un cigare. Et si Morris Stroup n'est bon à rien, il fait merveille sur cette cible : c'est qu'il ne peut pas se permettre de perdre celui qui trime pour lui en échange de vieux vêtements, sans aucun jour de congé.
Erskine Caldwell ne juge pas, il observe et rapporte les faits. Aucune psychologie dans ces textes qui sont une peinture au premier niveau de la misère sociale et morale du Sud.


Docherty
Docherty
par William McIlvanney
Edition : Broché
Prix : EUR 23,50

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 L'Ecosse industrieuse au début du XXe siècle, 22 août 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Docherty (Broché)
On pense à une version écossaise de Germinal avant d'ouvrir ce roman, mais ça n'a rien à voir. William McIlvanney ne décrit pas du tout la mine et ne consacre qu'une dizaine de lignes au travail lui-même, pour la première journée d'un des enfants Docherty. Pas de descriptions, ni même de représentants des patrons ou de la classe dirigeante, d'affrontements ou de grèves.
Il n'y a pas non plus d'intrigue à proprement parler, le livre racontant la vie de cette famille au quotidien, les rapports des uns et des autres, les relations de Tam avec ses enfants, sa femme, Jenny, protestante, ses parents catholiques. Il raconte la misère au jour le jour, sans aucun misérabilisme. Ces gens ne se plaignent pas, ils mènent la vie qu'ils ont, en attendant peut-être des jours meilleurs.
Mais les enfants de Tam en grandissant vont reprocher à leur père cette passivité. Pour échapper à ce destin, Mick s'engage et part sur le front, en France ; alors que Conn est un élève brillant, il décide de ne plus aller à l'école pour descendre à la mine ; Angus, lui, choisit la force et la colère, tandis que Kathleen reprend les flambeaux de douceur et d'amour de sa mère.
Tam est le père de famille incontesté et incontestable, qui vit pour les siens selon ses propres règles de justice et d'équité. Il est fier, fort, d'une grande rigueur morale envers lui-même et les autres, sans le support de la moindre religion. C'est un personnage d'une incroyable densité, qui agit en conscience selon ce qu'il pense être juste, sans profit pour lui-même ni égoïsme. Un des personnages les plus forts qu'il m'ait été donné de découvrir.


Loin de Chandigarh
Loin de Chandigarh
par Tarun J. Tejpal
Edition : Poche
Prix : EUR 8,60

1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Très beau roman d'amour et d'Inde, 21 octobre 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Loin de Chandigarh (Poche)
Premier roman indien que je lis et il est aussi foisonnant que je l'imaginais. Du point de vu du style d'abord, c'est vraiment éblouissant la façon dont l'auteur décrit cette passion, l'amour physique, le corps de la femme, l'éblouissement et l'ardeur du narrateur. C'est sensuel, languide, omniprésent mais jamais répétitif, bref, c'est assez envoûtant. C'est aussi une plongée immédiate et sans filet dans l'Inde du XXe siècle. L'auteur étant indien, il ne cherche pas à faire couleur locale, mais immerge son lecteur dans un quotidien qui, vu d'ici touche parfois au surréalisme. Saisissante scène d'attaque terroriste dans un bus, terrifiants récits de voyages qui prennent toujours des heures, luxuriance des paysages, excès de grandiose dans la nature et de bouillonnement dans les villes.

Moi qui ne connais absolument rien à ce pays, j'ai été captivée par ce roman. L'histoire de cet homme qui cherche un sens à sa vie, à l'amour, de cet écrivain raté qui trouve des manuscrits qui n'ont aucune prétention littéraire et pourtant l'envoûtent, tout est troublant et interroge le lecteur. Bien sûr, la beauté de ses descriptions érotiques ne sont pas étrangères à mon enthousiasme, je ne pensais pas qu'on pouvait faire si beau, si variée, si descriptif et précis tout en restant extrêmement délicat et toujours émouvant. Le titre original est d'ailleurs The Alchemy of Desire.
"Qu'en termes galants ces choses-là sont dites", j'invite tous les plumitifs graveleux à lire ce livre !


Sérénissime assassinat
Sérénissime assassinat
par Gabrielle Wittkop
Edition : Broché
Prix : EUR 10,85

1 internaute sur 3 a trouvé ce commentaire utile :
1.0 étoiles sur 5 Bof..., 21 octobre 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Sérénissime assassinat (Broché)
Malgré un superbe titre, l'intrigue est maigrissime : Alvise Lanzi a enterré quatre femmes en trente ans, toutes mortes dans de longues souffrances qui n'ont pas l'air naturel. Y a-t-il eu meurtres ? Pas d'enquêtes, juste la description de ces femmes, comme autant de pantins et à la fin, la révélation. Une description de Venise telle qu'on se l'imagine : les moeurs légères, voire dépravées, les fêtes, les tractations...

Gabrielle Wittkop affirme que ses personnages ne sont que des marionnettes, et c'est un fait : ils apparaissent et disparaissent comme sur une scène et sans que le lecteur ne comprenne leur rôle dans cette histoire puisque tout est dans la scène finale, venue tout expliquer. Sauf que cette histoire ne revêt que peu d'intérêt, tous ces gens évoluant trop superficiellement pour que l'on ait envie de savoir vraiment ce qui les motive. Loin dans le temps et dans l'espace, loin sur une scène de théâtre dont ils ignorent le public, masqués ils évoluent, obscurs ils demeurent. Et étrangers aux passions qu'ils sont censés incarner alors qu'une telle époque devrait donner lieu, selon moi, à un bouillonnement de sentiments, de conflits et de vie.


Le Caveau
Le Caveau
par Amoz
Edition : Broché

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Enquête au pays du bon vin, 21 octobre 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Caveau (Broché)
Antoine Worbe n'a rien d'un flic, au contraire, c'est looser bien de chez nous, un gars qui n'aime rien et dont l'unique chance, si on peut l'appeler ainsi, a été de gagner un séjour d'une semaine dans les vignobles du Macônais. Le voilà donc qui débarque chez les Renaison, viticulteurs de père en fils. Il y a Georges, le père qui manifeste un goût prononcé pour les jeunes filles et dont la femme est dans le coma depuis seize ans, âge de son fils cadet Jean, né handicapé mental. Bernard l'aîné est marié à Line, ils ont un bébé, et la grand-mère Marie veille sur tout ce monde.
Dès qu'il arrive, Antoine sent une présence dans cette maison, il fait de drôles de rêves, entend des bruits la nuit, peut-être une voix de femme. Et très vite, il fait le lien avec l'histoire de Marine, jeune auto-stoppeuse de seize ans qui l'année précédente est venue faire les vendanges chez les Renaison et qui depuis a disparu. Ne serait-elle pas séquestrée dans le caveau, là où le raisin attend de se transformer en vin ? Sur un coup de tête, pour se donner une contenance, Antoine fait croire qu'il est commissaire de police. Bien des langues locales vont se délier et lui donner leur avis sur l'histoire de Marine disparue.

Claude Amoz mêle adroitement les fils de cette histoire avec les délires familiaux d'Antoine, fils de pasteur qui garde des souvenirs très partiels de son enfance. Il découvre que Marine était fille de pasteur elle aussi et que comme sa nièce bien aimée, Joelle, elle avait un goût prononcé pour le dessin. Ses rapports avec sa nièce sont d'ailleurs très ambigus, comme si lui, l'homme de quarante-sept ans, se reposait sur cette gamine de seize ans. De fugues en disparitions, Antoine va reconstruire son passé, comprendre son enfance et découvrir ce qui s'est passé un an plus tôt lors de la fête des vendanges.

J'ai trouvé les fils de cette histoire très bien emmêlés et démêlés et le dénouement bien ficelé (hormis l'incroyable présence d'une religieuse en deux endroits stratégiques de l'histoire). C'est à une double quête que Claude Amoz convie son lecteur, celle de Marine mais aussi celle d'Antoine sur les traces de lui-même. L'ambiance est celle de la France rurale, avec ses médecins de campagne, ses libidineux refoulés et ses secrets de famille. C'est assez lourd, mais convaincant et la trame psychologique est vraiment crédible.


Haut vol : Histoire d'amour
Haut vol : Histoire d'amour
par Peter Carey
Edition : Broché
Prix : EUR 25,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
2.0 étoiles sur 5 L'art au pays des kangourous, 21 octobre 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Haut vol : Histoire d'amour (Broché)
Le peintre Michael Boone a connu son heure de gloire il y a quelques années. Mais depuis, le divorce, l'interdiction de voir son fils, la perte de ses meilleures toiles et la prison ont fait de lui un has been sans toit. A sa sortie de prison, malgré son envie de rester à Sydney, le voilà faisant office de gardien d'une propriété d'un de ses plus grands admirateurs (en fait l'amant de son ex-femme), à Bellingen, Nouvelle-Galles-du-Sud, fin fond de l'Australie. Et toujours, définitivement accroché à ses basques, son frère Hugh. Pas banal ce frère, une force de la nature, dont la taille du cerveau est exactement inversement proportionnelle à celle de ses biceps : un simple d'esprit, pas vraiment dangereux mais parfois effrayant.

Quand Marlene débarque chez les Boone, elle n'est pas le moins du monde effrayée. Elle cherche le voisin qui parait-il possède un tableau de Jacques Leibovitz, très célèbre peintre décédé dont elle a épousé le fils. Il va rapidement s'avérer qu'elle connaît toutes les ficelles du monde de l'art, qu'elle plaît à Hugh et que Michael est raide dingue amoureux d'elle. Mais peu de temps après sa visite, le fameux voisin est cambriolé et Michael accusé du vol de la toile de Leibovitz. Il a la police de l'Art sur le dos et un inspecteur tatillon qui lui prend une de ses propres toiles pour expertise, celle qui estime être son dernier chef d'oeuvre. Si Marlene remue ciel et terre pour qu'il la récupère, on se demande bien si c'est vraiment pour les beaux yeux du peintre amoureux...

Selon la quatrième de couverture : « C'est l'histoire hilarante d'un peintre australien passé de mode et déjanté et de son frère handicapé mental. » Hilarante... je n'irai pas jusque là, même si les récits croisés de Michael et de son frère ne manquent pas d'humour, notamment parce que Hugh y paraît souvent bien plus clairvoyant que son frère dont il souligne les travers avec beaucoup d'à-propos.
Je n'ai cependant pas été totalement séduite par ce livre dont on se sait pas vraiment où il va même si on devine peu à peu qu'une grosse arnaque est en cours sous le regard naïf et admirateur de Michael. Je me suis tout de même ennuyée, aussi bien en Australie qu'à Tokyo et New York. Peut-être faut-il être plus intéressé par l'art que je ne le suis pour apprécier pleinement ce roman. Et puis j'aurais aimé quelques notes de bas de page pour éclaircir certaines allusions australiennes car c'est un pays dont j'ignore tout.


La Fille de Carnegie
La Fille de Carnegie
par Stéphane Michaka
Edition : Poche
Prix : EUR 10,65

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Un polar à l'opéra, 21 octobre 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Fille de Carnegie (Poche)
Voici un auteur français qui écrit des polars à l'américaine. Où est l'intérêt me direz-vous puisque les Américains font ça très bien. Et surtout que les Français se sentent toujours obligés d'en faire des tonnes pour donner le ton quand ils ont envie de vendre leurs petites enquêtes. Ici rien de tout ça : ou Stéphane Michaka a vécu aux Etats Unis, ou il a beaucoup lu de polars américains, ou bien encore, c'est un bon écrivain.

De nos jours au Metropolitan Opera de New York. Un homme s'écroule sur la scène pendant une représentation de La Flûte enchantée. Tué de trois balles dans le corps, il vient de tomber de la loge privée de Sondra Carnegie, redoutable critique d'opéra, descendante du grand Carnegie.

A la sortie du Met, la police arrête un certain Mike Lagana, un ancien confrère reconverti en détective de la finance. Et amant de Fran Markowitz, substitut du procureur assassinée quelques années plutôt et dont Bob Tourneur, chef des inspecteurs au NYPD était amoureux. Pour Bob pas de doutes : Mike a tué le type tombé du balcon et il va le prouver. Après pas mal d'accrocs à la procédure, il commence à interroger son ancien rival et partenaire. Qui se met à lui raconter son histoire, comment Sondra l'a engagé pour enquêter sur la mort de sa mère, une soprano au succès mitigé décédée des années auparavant d'un prétendu excès de médicaments.
Si l'interrogatoire se déroule en un huis-clos de quelques heures, c'est que l'auteur vient du monde du théâtre et qu'avant d'être un livre, cette histoire fut une pièce. D'où les dialogues percutants et efficaces. Mais il est allé heureusement bien plus loin qu'une simple adaptation, en faisant de la ville de New York un personnage omniprésent, avec surtout ses différentes classes sociales, de la très haute fortune Carnegie aux repris de justice qui tentent de se réinsérer. Et tout ça sans faire dans le cliché, dans une intrigue qui tient bien la route (la façon dont le passé des personnages est effeuillé petit à petit est très prenante), avec un flic vraiment teigneux, raciste, détestable, alcoolique, mais intéressant dans ses contradictions. Et l'opéra, pour une fois, ça nous change du jazz...


L'objet de mon affection
L'objet de mon affection
par Stephen McCauley
Edition : Poche

4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Un homo, une femme..., 21 octobre 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'objet de mon affection (Poche)
George vit avec Nina à Brooklyn. Ils pourraient former un couple comme les autres, sauf que George est homosexuel et Nina enceinte d'un certain Howard qu'elle ne veut pas pour père de son enfant. C'est à George qu'elle demande de l'aider pour élever le bébé. Même si son métier d'instituteur de maternelle lui procure une grande aisance avec les jeunes enfants, George n'est pas du tout prêt à endosser une telle responsabilité . D'ailleurs, il n'est prêt pour aucune responsabilité et c'est bien son problème. La trentaine, il refuse de s'engager dans une relation durable avec Joley, son petit ami avec lequel il vivait avant d'emménager avec Nina. Et ce bébé, va-t-il accepter de s'en occuper ? Et Howard, est-il juste qu'il soit ainsi écarté de la vie de son enfant ? Et ce Paul qu'il rencontre lors d'une escapade dans le Vermont et qui a l'air de s'attacher à lui, faut-il lui résister ?

Toujours à se poser des questions sans jamais y répondre, à s'inquiéter de son apparence, à ne pas trop s'impliquer dans quoi que ce soit, George est aussi attendrissant qu'énervant. C'est une sorte d'adolescent très tardif qui voudrait tirer le meilleur de la vie, sans les tracas. Il m'a fait souvent penser aux personnages de Nick Hornby. Sauf que George est homosexuel, comme l'auteur, et que ça donne une touche d'humour en plus. D'ailleurs humour et légèreté sont les maîtres-mots de ce roman, une comédie de la fin des années 80 qui a acquis avec le temps un certain charme rétro (pas de téléphone portable, ni de CD ni de DVD).
L'homosexualité du héros n'apparaît jamais comme une difficulté, il s'assume totalement (pas de traumatisme adolescent) et ça ne pose aucun problème à ses amis. Le problème de George, c'est plutôt de grandir, de prendre des responsabilités et de s'engager dans la vie.
Du coup, on peut peut-être s'agacer à le voir tergiverser, et s'apitoyer sur son sort et certaines situations sont de fait un peu longuettes. Mais l'humour de McCauley prend le dessus et même si on lui mettrait bien deux ou trois coups de pieds aux fesses, on s'attache à George comme à un homme fragile tout soudain rattrapé par les difficultés de la vie.


Robe de marié
Robe de marié
par Pierre Lemaitre
Edition : Broché
Prix : EUR 17,25

8 internautes sur 12 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Comment rendre l'autre fou, 21 octobre 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Robe de marié (Broché)
On entre dans ce roman par le portrait d'une femme à la dérive, Sophie. Qui est-elle, d'où vient-elle, qu'a-t-elle vécu avant d'entrer au service des époux Gervais dont elle garde le petit garçon, Léo ? On ne sait. Ce qu'on perçoit, c'est qu'elle va mal, très mal : pertes de mémoire, crises de panique... jusqu'à la terrible découverte : le petit Léo assassiné dans son sommeil alors qu'elle était seule avec lui dans la maison. Alors c'est la fuite. Sophie rassemble ses affaires, retire de l'argent à la banque et se rend à la gare. Là, elle se fait voler sa valise.Une femme lui propose son aide, la ramène chez elle, mais elle est encore assaillie d'une de ses crises et quand elle retrouve ses esprits, la femme gît dans son sang, poignardée. Sophie s'enfuit encore, de ville en ville, longue errance, un crime encore, un patron de fast-food qu'elle tue parce qu'il a abusé d'elle alors qu'elle lui demandait de l'argent. Et puis l'idée germe : changer d'identité, faire disparaître Sophie...
Arrivée à la fin de cette première partie, je me suis dit, mauvaise fille, que je m'étais laissé abuser par des billets élogieux, oui, j'ai eu cette pensée... Car j'avais l'impression que l'histoire de Sophie n'irait pas loin, une histoire de cavale sans grand intérêt. Puis débute la seconde partie et là, ça devient très intéressant. Parce que lecteur découvre alors comment Sophie en est arrivée là, comment sa vie a été torpillée de l'intérieur par un certain Frantz, minutieusement, pendant des années, jusqu'à l'anéantissement quasi complet. Comment oui, mais pourquoi ? Le lecteur devra encore attendre un peu pour découvrir les motifs de cette machiavélique vengeance.
Au final, cette histoire méticuleusement organisée est tout à fait intéressante. La folie de Sophie orchestrée par Frantz est décortiquée jusque dans ses moindres détails et l'engrenage s'avère fatal. On appelle ça une descente aux enfers. La construction adoptée par Pierre Lemaitre est tout à fait opportune et maintient le suspens du début à la fin.
La seule chose qui m'a un peu fait tiquer, c'est la grande facilité avec laquelle Frantz va et vient dans la vie de Sophie, son appartement, son travail, son ordinateur, sans que jamais il ne soit pris en flagrant délit et que jamais elle ne se doute de quoi que ce soit. Pour moi, au bout d'un moment (quand Sophie emménage dans l'Oise par exemple) ça devient trop systématique et évident pour rester vraisemblable.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Sep 20, 2013 5:40 PM MEST


La part obscure
La part obscure
par Salley Vickers
Edition : Broché
Prix : EUR 22,30

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 S'aimer..., 21 octobre 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : La part obscure (Broché)
Ce très beau livre mêle l'art et la psychanalyse, dans un long parcours assez lent qui permet au lecteur de suivre l'évolution du psychiatre et psychanalyste David McBride. Le personnage d'Elizabeth Cruikshank est particulièrement profond et émouvant. Le lecteur l'écoute gâcher sa vie, elle qui s'aime si peu qu'elle ne peut pas croire à l'amour d'un autre. Comment en effet accepter d'être aimé si on s'en juge indigne ? Il faut s'aimer soi-même un peu, nous dit Salley Vickers pour reconnaître le véritable amour dans les yeux de l'autre.

Si "vivre est en soi un mal incurable", le suicide n'est pas le seul remède à la maladie. Il y a l'Autre, celui que l'on n'attend pas, celui qui écoute et qui voit. Chemin difficile que celui d'Emmaüs, plus terrible encore que celui de Damas car il y a au bout la solitude.


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