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Commentaires écrits par
Andi Gaumann (Schladern)

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Les gènes voyageurs
Les gènes voyageurs
par Eric Bapteste
Edition : Broché

10 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Perspective fascinante sur le monde vivant et sur nous-mêmes, 6 octobre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les gènes voyageurs (Broché)
Voici un livre très interessant et bien ecrit. L'auteur s'adresse à toutes personnes interessées au sujet, mais le style est assez exigeant, il faut donc avoir une bonne connaissance de base sur l'évolution et la génétique.

La thèse principale du livre est : l'image d'un arbre, qu'on utilise souvent pour visualiser l'évolution, est incomplète, même erroné. A la descendance avec modification (l'expression est de Charles Darwin) s'ajoute une autre dimension évolutive: le partage avec modification. Cela veut dire: les "branches" et "rameaux" de cet "arbre" sont beaucoup moins separés qu'on ne l'imaginait, ils échangent des gènes. Ce qu'on appelle un "arbre" serait mieux conçu comme un reseaux dans lequel les elements génétiques mobiles assurent les connexions.

Le monde vivant, dont nous faisons partie, est empli d'hybrides, de chimères, de mélanges... nous sommes tous des mosaiques génétiques. Une grande partie du genome humain se compose d'anciens virus, intégrés à "notre" heritage génétique il y a longtemps. La plupart d'entre eux est inactive, mais d'autres jouent un rôle important. Un de ces virus par exemple est indispensable pour le fonctionnement de la placenta humaine.

La biosphère est-elle un champ de bataille sur lequel les gènes egoistiques luttent pour vaincre l'un l'autre? Ou est-ce que le monde vivant est une sorte de GAIA, un organisme dans lequel toutes les parties coopèrent? Il me plaît beaucoup que l'auteur ne prenne pas ces deux visions comme contradictoires. Les gènes luttent belle et bien pour assurer leur descendance. C'est pourquoi de nombreux véhicules de l'ADN voyageur (les virus, les transposons...) sont souvent qualifiés de "parasites génétiques", d'où les courses d'armements entre parasite et hôte qu'on peut observer partout. Mais l'odyssée des gènes voyageurs entraîne également d'evidents bénéfices pour le monde vivant. Selon une perspective plus large, on peut bien parler d'une codépendance entre les véhicules de l'ADN et les cellules, d'une coopération prolongée entre les êtres vivants qui évoluent sur la base de l'information génétique.

A mon avis il n' y a qu'une chose qu'on pourrait critiquer. La plupart des exemples que l'auteur donne pour montrer que l'évolution n'est pas un arbre mais un réseau relèvent du domaine des protozoa et d'autres organisme unicellulaires, c'est à dire d'un domaine où il n'y pas de separation entre la lignée germinale (= les cellules souche) et les cellules somatiques (= le corps). Il est bien connu que les bactéries échangent des gènes tout le temps. Je dirais que l'image d'un arbre evolutive reste valable quand on parle des organisme multicellulaires, des metazoa (fungi, plantes, animaux). Il est vrai qu'il y a un échange des elements génétiques, mais il est presque negligeable. Certes il y a des virus qui arrivent à s'intégrer à la lignée germinale des organismes (= transfère horizontal) pour être désormais transmis verticalement (= des parents aux enfants), mais la plupart d'entre eux sont inactives. Je dirais que l'auteur exagère un peu le caractère revolutionnaire de la découverte des gènes voyageurs et leur importance au niveau des organismes plus complexes, comme les plantes et les animaux.

Le bilan: Tous ceux qui s'interessent à l'évolution et qui sont prêts à apprendre une nouvelle perspective du monde vivant devraient lire ce livre. Puisque "Virolution: Viruses' Astonishing Role in the Evolution of Life on Earth" de Frank Ryan n'est pas encore traduit en français, le livre d'Eric Bapteste est le seul de sa manière en France.


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