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Contenu rédigé par Gerard Muller
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Gerard Muller "médicactus" (Nouvelle Caledonie)
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Le Choix de Sophie
Le Choix de Sophie
par William Styron
Edition : Poche
Prix : EUR 12,30

5.0 étoiles sur 5 Un choix atroce...!, 24 novembre 2014
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Le choix de Sophie/William Styron (1925-2006)
Ce roman de 630 pages paru en 1979 est un immense livre, une histoire bouleversante, l’œuvre d’un écrivain américain magnifique.
Stingo, le porte parole de l’auteur est un jeune écrivain natif de Virginie en quête de gloire et d’amour.
Nous sommes alors en 1947.
Perdant son emploi chez un éditeur, Stingo s’installe pour écrire à Brooklyn dans un appartement situé juste au dessous de celui qu’occupent une femme nommée Sophie Zawistowska et un Juif américain nommé Nathan Landau.
Avant même de faire la connaissance de ses voisins du dessus, Stingo doit subir quotidiennement leurs disputes et leurs coupables ébats sardanapalesques.
Lors de la première rencontre, ce qui frappe Stingo, c’est le tatouage que porte Sophie à l’avant-bras, un tatouage stigmate du camp d’Auschwitz.
Tout au long de ce roman, on va assister à la superposition de l’amour désespéré de Stingo pour Sophie et le récit du martyre de Sophie à Auschwitz.
Stingo découvre que Nathan est un être composite, brillant et imprévisible génie, charmeur démoniaque, frénétique et attachant, généreux et chaleureux, qui pose des énigmes de personnalité plus irritantes et mystérieuses que tout ce qu’il a pu déjà rencontrer : un personnage hors-norme, un homme un peu fou qui se démarque par une prédisposition permanente à la fureur et à l’incohérence avec le côté noir et torturé de son tempérament solipsiste.
Nathan est un « être à la personnalité électrisante et impérieuse, mi magicien, mi grand frère, confident et gourou, polymathe c’est à dire qui sur tous les sujets sait beaucoup de choses, prétendant avoir été dans une vie antérieurs l’unique moine juif parmi les Albigeois, un frère génial du nom de Saint Nathan le Bon qui à lui seul avait encouragé le penchant obsessionnel de cette folle secte à l’autodestruction, basé sur la théorie que si la vie est mauvaise, il est nécessaire de précipiter la fin de la vie. » Nathan, un individu qui nous réserve quelques surprises… !
Sophie est une très belle femme, séduisante au possible, blonde au port de tête et au balancement de hanches qui ne laissent aucun homme insensible, totalement assujettie à Nathan dont elle est l’objet de plaisir et sadisme. En effet, une sorte de relation sado-masochiste s’est tacitement instaurée entre ces deux êtres inséparables.
Le trio d’amis formé de Stingo, Nathan et Sophie « pour qui la musique représente bien davantage que le boire et le manger, une drogue essentielle, quelque chose d’analogue au souffle divin. », occupe l’essentiel du livre.
Sophie qui voit Stingo célibataire lui met dans les bras la belle Leslie, l’allumeuse vierge :
« Leslie allait me fournir l’occasion, pour la première fois de ma vie, de goûter dans un climat calme et exploratoire à cette gamme d’expériences charnelles qui jusqu’alors n’avaient existé dans ma tête que comme une encyclopédie de concupiscence, immense et orgiaque, inlassablement feuilletée. »
Un rêve qui passe…
Puis Sophie fait à Stingo le récit de sa vie à Auschwitz avec Rudolf Höss. Tout le chapitre 6 est un témoignage bouleversant.
Extraits des confidences de Höss le bourreau de Birkenau :
« La haine est une émotion étrangère à ma nature. »
« J’avais reçu un ordre et mon devoir était de l’exécuter. Que cette extermination massive des Juifs fût indispensable ou non était un point sur lequel, faute d’avoir une vue d’ensemble du problème, je ne pouvais me permettre de me forger une opinion. »
« Dans l’univers des crématoires, la haine est une passion téméraire et incontinente, incompatible avec la nature routinière de la tâche quotidienne. Et surtout quand un homme a fait en sorte d’étouffer en lui ce type d’émotions perturbantes, savoir si un ordre doit être critiqué ou mis en doute devient purement académique. «
SS Hauptsturmführer Fritzsch: « Vous êtes ici dans un camp de concentration, pas dans un sanatorium et il n’existe qu’une seule sortie-la cheminée. Si certains ne sont pas contents, ils ^peuvent toujours essayer d’aller se pendre aux barbelés. Il y a des juifs dans ce groupe, eh bien, vous, vous n’avez pas le droit de vivre plus de deux semaines. Il ya des bonnes sœurs ? C’est comme pour les prêtres, vous avez un mois. Tous les autres, trois mois. »
« Ainsi la tragédie semblait se dérouler dans un état miséricordieux, d’où étaient bannis les gémissements de chagrin, les cris de terreur et d’autres bruits de cette initiation infernale. »
« À Auschwitz, dis-moi, où était Dieu ?
Réponse : « Où était l’homme ? »
Puis on fait un bon en1967, année de la composition du récit, au chapitre 9 : vingt ans ont passé et Stingo continue de fouiller dans sa mémoire…
La lecture devient alors plus délicate : il faut être attentif car la chronologie du récit fait des bonds entre passé et présent.
Il apparaît au fil des pages que Sophie en se confiant à Stingo veut oublier, veut extirper cette plaie alors que Nathan qui ignore tout ne demande qu’à connaître cet épisode.
À noter aussi les scènes d’amour assez torrides vécues par Sophie et Nathan pour qui le sexe est le sel de la vie.
Le racisme et l’esclavage sont aussi des thèmes récurrents dans cet ouvrage, antisémitisme et racisme américain nord –sud, ou à l’égard des Noirs.
« Les New-Yorkais semblent souvent enclins à considérer les gens du Sud avec une extrême hostilité ou encore avec une condescendance amusée, à croire qu’ils représentent à leurs yeux une race de vulgaires histrions. »
Dans un style simple et percutant, avec une technique narrative très au point pour distiller les intrigues avec habileté créant un suspense de tous les instants, c’est un grand roman américain contemporain à tout instant passionnant qui vous attend. Un grand roman où à chaque instant le Bien lutte contre le Mal et vice versa.
« Le mal absolu n’est jamais extirpé de ce monde. »
Le choix de Sophie : un choix inhumain demandé par l’ennemi…
À noter aussi l’excellente qualité de la traduction de Maurice Rambaud.
En 1982, l’adaptation cinématographique du livre reçut cinq nominations aux Oscars et Meryl Streep obtint l'Oscar de la meilleure actrice. Les rôles de Nathan et de Stingo étaient joués, respectivement, par Kevin Kline et Peter MacNicol.


Rachmaninov : Oeuvres pour deux pianos et piano 4 mains (Coll. 1 + 1)
Rachmaninov : Oeuvres pour deux pianos et piano 4 mains (Coll. 1 + 1)

4.0 étoiles sur 5 Une découverte de plus !, 22 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Rachmaninov : Oeuvres pour deux pianos et piano 4 mains (Coll. 1 + 1) (CD)
Rachmaninov /œuvres pour deux pianos et piano à quatre mains. Brigitte Engerer & Oleg Maisenberg.
Un album original d’œuvres de Rachmaninov peu connues, assurément moins connues que ses concertos pour piano.
Du rythme dans la « Rhapsodie russe », de la mélancolie dans la « Romance » (jouée à 6 mains avec le concours de Elena Bashkirova alias Mme Barenboïm) ou une rêverie dans la « Barcarolle », et de la poésie dans la Première Suite : un double album très éclectique dont les pièces sont magistralement interprétées par le duo Engerer-Maisenberg et qui ravira les amoureux de piano.


Bach, J.S.: Brandenburg Concertos Nos.4,5 & 6
Bach, J.S.: Brandenburg Concertos Nos.4,5 & 6
Proposé par Funkingdom
Prix : EUR 30,00

5.0 étoiles sur 5 Toujours autant joués!, 20 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Bach, J.S.: Brandenburg Concertos Nos.4,5 & 6 (CD)
J.S. Bach/Concertos Brandebourgeois N°4 (BWV 1049), N°5 (BWV 1050), N° 6 (BWV 1051)/English Chamber Orchestra/Raymond Leppard/Philips
Les six Concertos Brandebourgeois furent composés entre 1718 et 1721 et furent joués la première fois à Coethen puis peu après à Berlin, avec Bach lui-même à l’alto.
Dans cet album sont proposés les 3 derniers concertos
À noter que le cinquième concerto ne comprend pas de second violon au cours du tutti.
Quant au sixième, il est celui qui a l’effectif le plus réduit, ne comportant que des cordes graves.
Ces trois derniers concertos appartiennent encore au genre concerto grosso baroque. La prééminence d’un soliste n’est pas encore nette : il apparaît par instant mais sans ostentation. Par exemple les flutes dans le N°4, le clavecin dans le N°5 et les violes dans le N°6. Plus souvent dans les mouvements lents comme dans l’adagio du N°6.
Très populaires, les concertos brandebourgeois ont été de tout temps très joués. Bach a donné libre cours à sa fantaisie dans la composition de ces œuvres.
Les Brandebourgeois sont une étape historique de l’évolution du concerto et 250 ans après ils ont toujours autant de succès.
Raymond Leppard né en 1927 à Londres fut d’abord claveciniste avant de devenir chef d’orchestre. À 87 ans, il dirige toujours aussi bien en Angleterre qu’aux Étas-Unis.


L'hérésie cathare
L'hérésie cathare
Prix : EUR 1,99

5.0 étoiles sur 5 Le massacre des innocents., 19 novembre 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'hérésie cathare (Format Kindle)
L’hérésie cathare/Ouvrage collectif/Edmond Bergheaud
Ce petit ouvrage est parfaitement documenté et apporte en un nombre de pages réduit une vue assez complète de ce qui fut appelé « L’hérésie Cathare », depuis ses origines jusqu’à sa disparition.
Il apparaît au fil de ces pages relatant les périodes sombres et sanglantes de la lutte contre ceux qui n’étaient pas dans l’orthodoxie chrétienne que la croisade contre les Albigeois fait penser à toutes les guerres de religion, même celles d’aujourd’hui : les mêmes atrocités dans un but similaire.
Résumons en quelques mots les grandes lignes de ce très intéressant ouvrage.
Il faut se rappeler qu’au XII é siècle, la France telle que nous la connaissons aujourd’hui n’existait pas. Au nord, la France du pain avec Paris pour capitale, au sud la France du vin avec Toulouse comme opulente capitale. Deux langues, l’oïl au nord, l’oc au sud.
Au sud, vers 1200, c’est le Comte de Toulouse Raimon VI qui règne : son territoire s’étend de l’Albigeois à la Provence. Pour le seconder, Raimon dispose des Capitouls, véritables conseillers élus.
Cependant, la richesse du sud fait des envieux et la conduite scandaleuse de son clergé suscite la réprobation. Le pape Grégoire VII souhaite remettre de l’ordre au sein de cette église occitane qui pratique le trafic des indulgences en toute libéralité, sans parler des mœurs dépravées des prêtres.
L’hérésie cathare qui prône une rigoureuse orthodoxie chrétienne va trouver un terrain propice d’abord au sein du petit peuple pour s’étendre progressivement en Occitanie.
Héritière du manichéisme ou doctrine de Manes qui vécut en Babylonie de 216 à 277, cette religion attribue le sens de la vie à la lutte entre le Bien et le Mal.
(Voir le livre d’Amin Maalouf, « Les jardins de lumière » roman sur la vie de Manes ou Mani./commenté)
Les Cathares se considèrent comme les vrais chrétiens, ceux qui ont conservé la pureté de la primitive Église. Ils ne prônent aucune action violente et leur morale est avant tout celle du renoncement.
Peu à peu ils vont cohabiter pacifiquement avec les catholiques notamment à Castelnaudary et Avignon.
À Toulouse, Raimon VI ne nourrit aucune hostilité envers les Cathares, du moins dans un premier temps.
La papauté ne peut laisser faire et Innocent III va lancer ses légats, Pierre de Castelnau d’abord, puis Arnaud Amaury, abbé de Citeaux, dans une croisade sans concession contre les « Albigeois ». Nous sommes alors le 24 juin 1209.
La croisade partit de Lyon.
Le massacre de Béziers est le premier d’une longue série : environ 60 000 habitants furent brûlés vifs, sans discrimination de religion. « Tuez-les tous, disait Arnaud-Amaury à ses hommes, Dieu reconnaitra les siens. » On ne tente plus de convertir, on tue. Puis c’est Carcassonne qui tombe aux mains des croisés.
C’est alors que va apparaître le pire des sanguinaires : Simon de Monfort, vassal du roi de France Philippe Auguste, qui va être investi vicomte de Béziers et de Carcassonne et prend en main les destinées de la croisade.
En 1215, Simon de Monfort, véritable glaive de Dieu, entre à Toulouse désertée par Raimon VI. Ainsi, le roi de France installe sa suzeraineté sur le sud de la France.
Mais les Toulousains se rebiffent et Simon de Monfort trouve la mort en combattant en 1218. C’est son fils Amaury de Monfort qui est désigné par le roi de France pour lui succéder.
En 1223, Louis VIII succède à Philippe Auguste et part en croisade à son tour. Mais il meurt de dysenterie en 1226 et c’est sa femme, Blanche de Castille qui va assurer la régence, le futur Saint Louis n’ayant que 11 ans.
Une des plus grandes figures de l’Église Cathare fut l’évêque Guilhabert de Castres qui développe l’hérésie à travers tout le Languedoc jusqu’à ce que vienne le temps de l’Inquisition en 1233.
Avec Pierre Seila et Guillaume Arnaud, on ne discute pas : on torture et on brûle inlassablement, de Castelnaudary à Villefranche de Rouergue, de Toulouse à Albi. Les « Parfaits » sont traqués où qu’ils soient, jusqu’à ce que le dernier bastion soit encerclé, celui du château de Montségur, le symbole du catharisme.
6000 hommes menés par Hugues d’Arcis assiègent le château en mai 1243 défendu par une assemblée d’environ 500 personnes dont le chef est Ramon de Parella.
Les cathares résisteront jusqu’au 16 mars 1244.
Certains abjureront, d’autres réussiront à s’évader. 200 resteront et accepteront le sacrifice ultime en choisissant librement le martyre. Le bûcher installé à deux pas du château brûlera durant 5 heures.
C’est un endroit qui parla au visiteur que je fus en 2007.
On ne découvrira jamais le fameux trésor des cathares : ils sont morts en emportant leur secret.
Pour la « petite histoire », on a souvent considéré les cathares comme les derniers dépositaires du Graal.
Singulier destin que celui du catharisme qui sans le vouloir a précipité l’unité française. En effet, le pape Innocent III demanda aux rois de France de briser l’hérésie cathare. Ayant brisé toutes les résistances, les Capétiens s’installaient alors dans la France du vin.
(Voir aussi le livre de Zoé Oldenbourg : Le bûcher de Montségur/commenté)


Concertos Brandebourgeois N° 1-2-3
Concertos Brandebourgeois N° 1-2-3
Proposé par GMFT
Prix : EUR 26,14

5.0 étoiles sur 5 Un festival de timbres très colorés., 16 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Concertos Brandebourgeois N° 1-2-3 (CD)
J.S.BACH-Concertos Brandebourgeois N°1 BWV 1046, N°2 BWV 1047, et N°3 BWV 1048/English Concert/Trevor Pinnock
Les six Concertos Brandebourgeois de Bach font partie des œuvres baroques les plus populaires. Ils sont été maintes et maintes fois interprétés avec plus ou moins de bonheur. Avec Trevor Pinnock et The English Concert, on retrouve la clarté des timbres et la vivacité des rythmes qui conviennent le mieux à ces œuvres, grâce notamment aux instruments d’époques. Une réelle fête sonore où la joie est omniprésente avec quelques passages méditatifs (adagio du Concerto N°1).
Composés entre 1718 et 1721, ils constituent une musique d’agrément au niveau le plus élevé.
À noter dans le N° 1 la présence de cors de chasse et de hautbois.
Dans le N°2 on retrouve la forme concerto grosso avec quatre solistes, trompettes, flûte à bec, hautbois, violon.
Dans le N°3, on notera l’alternance de trois groupes de cordes composés de trois violons, trois altos et trois violoncelles.
Dans ce CD, on trouvera les trois premiers concertos.
Une musique facile d’écoute, un festival de timbres et de mélodies.


Même le silence a une fin
Même le silence a une fin
par Ingrid Betancourt
Edition : Poche
Prix : EUR 9,40

4.0 étoiles sur 5 un document saisissant.Une femme hors du commun., 15 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Même le silence a une fin (Poche)
Même le silence a une fin/Ingrid Betancourt
Ingrid Betancourt est née en 1961 à Bogota. Elle a fait ses études en France. Elle a la double nationalité franco-colombienne.
Le 23 février 2002, candidate à la présidence de la république en Colombie au sein du parti Oxigeno Verde, elle est enlevée par les FARC qui regroupent des guérilleros marxistes opposé au régime.
Pendant 6 ans elle va être retenue en otage dans la jungle amazonienne.
La médiatisation sans retenue de cette détention donne une valeur considérable à l’otage.
Ce n’est qu’en juillet 2008 qu’elle est délivrée ainsi que plusieurs autres otages par les forces armées colombiennes.
Ce long récit de 832 pages nous conte les circonstances de l’enlèvement d’Ingrid Betancourt, les six années de détention, les tentatives d’évasion, la cohabitation parfois difficile avec Clara otage colombienne, ses souffrances, ses angoisses, sa solitude et son désespoir, la mort de son père, les fausses libérations et les multiples humiliations.
On découvre que les FARC sont une organisation parfaitement rodée : elle travaille dans la subtilité et dans son comportement avec les otages, les mots sont choisi consciencieusement, les apparences soignées, le mensonge tout puissant.
« Je venais de perdre ma liberté, je ne voulais pas rendre mon identité ». Cette phrase va être le leitmotiv intérieur de Ingrid pour sauver son âme.
« Nous étions condamnés à la peine la plus lourde qu’on puisse infliger à un être humain : celle de ne pas savoir quand elle prendrait fin…J’avais appris que, dans la jungle, on ne gagne rien à obéir à sa première impulsion. Le monde qui me retenait prisonnière était celui de l’arbitraire. C’était l’empire du caprice. »
Ingrid va alors se réfugier dans la lecture de la Bible de la première à la dernière ligne et la technique du tissage, sentant que les méditations induites surgissant de ces heures la rendaient meilleure, plus apaisée et moins susceptible. Cet exercice spirituel l’obligeait au bonheur dans la plus grande des détresses.
Pour autant, l’auteur ne nous dit pas tout des conditions de cette captivité et elle le confesse : « Il m’est purement et simplement impossible d’évoquer certaines choses… ! »
Ce document, ce témoignage relate aussi les amitiés et les inimitiés qui vont se tisser durant ces six années, les souffrances dues à la faim, le désespoir s’installant quand les prisonniers apprenaient grâce à leur petite radio que le président Uribe ne négocierait jamais.
Il fallait constamment se méfier de tous, même entre prisonniers, certains étant prêts à dénoncer un compagnon pour un briquet ou du lait en poudre. C’était le monde de la délation, à tous les niveaux.
« Nous étions sous la vigilance des gardes certes, mais surtout sous la surveillance impitoyable de nos compagnons de captivité. »
Ce qui aussi est assez frappant dans ce récit, c’est le sentiment que Ingrid Betancourt est comme déchirée ou ballottée entre ses deux patries :
« La France m’avait ouvert les bras avec la générosité d’une mère. Pour la Colombie, au contraire, j’étais un embarras…Mais sans l’amour de la Colombie, je ne savais plus qui j’étais, ni pourquoi j’avais combattu, ni pourquoi j’étais en captivité. »
Un document poignant à lire absolument.


Rachmaninov : Danses symphoniques - L'île des morts
Rachmaninov : Danses symphoniques - L'île des morts
Prix : EUR 13,82

5.0 étoiles sur 5 Sinistre et beau., 14 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Rachmaninov : Danses symphoniques - L'île des morts (CD)
Rachmaninov. L’Île des Morts. Concertgebouw d’Amsterdam/Vladimir Ashkenazy/Decca
Vladimir Ashkenazy est ici à la baguette et non au piano, et c’est avec inspiration qu’il dirige le Concertgebouw pour nous offrir ce poème symphonique sublimissime, sombre et délétère composé en 1909. Une œuvre un peu sinistre, où l’angoisse plane à chaque ligne passionnée. Vingt minutes d’émotion intense et de trouble morbide et romantique. C’est une musique qui vous berce dans une brume marine à l’approche de l’île maudite : laissez-vous porter par ces instants très wagnériens.
Les «Danses Symphoniques « qui accompagnent ont été composées en 1940, c’est à dire qu’elles représentent la dernière œuvre majeure de Rachmaninov. Élégantes et rythmées, elles se remarquent par la présence de saxophone, piano et cordes.


Souvenirs de la maison des morts
Souvenirs de la maison des morts
par Fedor Mikhaïlovitch Dostoïevski
Edition : Poche
Prix : EUR 8,40

3.0 étoiles sur 5 Un document., 10 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Souvenirs de la maison des morts (Poche)
Souvenirs de la maison des morts/F.M.Dostoievski
Ce récit retrace les quatre années de captivité de Fiodor Mkhaïlovitch Dostoïevski (1821-1881), certainement le plus grand écrivain russe, déporté dans un bagne de Sibérie. Entré dans une école d’officiers il se lia à des mouvements progressistes russes et fut arrêté en 1849.
De façon originale, l’auteur se met en scène dans la personne de Petrovitch qui produit une sorte d’autobiographie, un journal du bagne. Il feint d’avoir trouvé ce récit dans les papiers d’un ancien déporté, criminel de droit commun, qu’il nous représente comme un repenti digne de toute indulgence.
Peu d’épanchements et beaucoup de sensibilité contenue dans ce récit. Ni lyrisme ni effet tragique. Au bagne, on a vite fait de comprendre que la fatigue physique est saine et que la souffrance morale est salutaire. Le seul vrai malheur serait celui de manquer de foi et d’espérance. L’homme est un animal vivace, un être qui s’habitue à tout.
L’auteur avoue que dans cette maison de force, la vie lui sembla moins pénible que ce qu’il attendait. En effet « les détenus, bien qu’embarrassés par leurs fers, allaient et venaient librement dans la prison : ils s’injuriaient, chantaient, travaillaient fumaient leur pipe, jouaient aux cartes et buvaient de l’eau de vie. »
Au camp, l’argent est essentiel :
« Le déporté est à demi consolé si quelques kopeks sonnent dans sa poche. Au contraire, il est triste, inquiet et désespéré s’ !l l’a pas d’argent, il est prêt alors à commettre n’importe quel délit pour s’en procurer. »
Et l’alcool bien sûr :
« Le peuple russe ressent toujours une certaine sympathie pour un homme ivre ; chez nous, c’est une véritable estime. »
Finalement on découvre que la vie peut n’être pas si terrifiante qu’on pourrait le croire dans ces camps et nombre de pauvres diables commettent des crimes afin d’être envoyés aux travaux forcés et d’échapper ainsi à une liberté incomparablement plus pénible que la réclusion ; au bagne, on mangera tout son soûl. » En vérité, les privations intellectuelles y sont plus pénibles à supporter que les tourments physiques.
En résumé, une fresque où l’histoire de nombreux détenus nous est contée en une narration lente, un peu désordonnée et parfois obscure qui nuit à la lecture facile de ce long et austère récit. Cependant sa valeur documentaire est indéniable en dépit d’une absence d’enquête psychologique sérieuse. Le détachement dont l’auteur ne se départit à aucun moment est aussi assez surprenant.


Les Saisons de la nuit
Les Saisons de la nuit
par Colum McCann
Edition : Poche
Prix : EUR 7,50

5.0 étoiles sur 5 Un livre admirable., 9 novembre 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Saisons de la nuit (Poche)
Les saisons de la nuit/Colum McCann
Les différents thèmes qui constituent l’intrigue de ce beau roman ont New York pour cadre.
D’abord les terrassiers, immigrants irlandais ou italiens, qui vers 1916 creusent les tunnels pour le futur métro avec les moyens de l’époque. Puis leurs descendants qui construisent les gratte-ciel. C’est le noir Walker originaire de Géorgie qui est notre héros, victime d’un racisme à tous les instants de sa vie et que les hasards dramatiques vont conduire à épouser la veuve de son collègue O’Leary, mort tragiquement au chantier, un mariage d’amour qui doit rester clandestin :
« L’obscurité les dérobe aux regards : bien que mariés, ils vivent une histoire d’amour illicite. »
Mais aussi le monde des sans-abri qui dans ces mêmes tunnels ont recréé un univers à leur dimension sous la cité prospère. Nous sommes alors à l’époque moderne, 1991 et Treefrog, curieux pseudonyme, est notre héros des profondeurs obscures hanté par le souvenir de sa femme Dancesca et de sa fille Lenora qu’il n’a plus revues depuis des années.
Plusieurs générations de travailleurs, leurs amours, leurs tragédies et les vexations dues à leurs origines sont évoquées en une fresque admirable par l’auteur dans un style qui adoptant le présent propose du rythme et de l’immédiateté au récit.
Des amours délicates ou sauvages, bercées par la musique de Louis Armstrong ou le passage régulier des trains dans un vacarme de fin du monde avec la drogue, l’alcool et la violence en guise de viatique. Un paysage d’amour et de haine, de brutalité et de férocité, mais aussi de tendresse dans la douleur.
Et puis, habileté du récit, les deux histoires vont se rejoindre dans le temps et l’espace.
Un livre dur, très noir, passionnant, abordant le thème rarement évoqué du monde des sans-abri.
Colum McCann est un écrivain irlandais né à Dublin en 1965. Il a écrit plusieurs romans et des nouvelles qui ont obtenu divers prix littéraires. Il vit à New York aujourd’hui.
Un chef d’œuvre assurément.


Vivaldi - L'Estro Armonico, Op. 3
Vivaldi - L'Estro Armonico, Op. 3

5.0 étoiles sur 5 Technique et lyrisme: des concertos parfaitement interprétés., 9 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Vivaldi - L'Estro Armonico, Op. 3 (CD)
Antonio Vivaldi/L’estro armonico opus 3/Standage/Pinnock/English concert
Les douze concertos qui composent ce magnifique recueil séduisirent tant J.S.Bach qu’il en retranscrivit six d’entre eux pour orgue et orchestre.
Comme dans la Stravaganza, le concerto grosso a été abandonné et les solistes peuvent s’en donner à cœur joie : en effet la beauté de ces concertos joués sur instruments d’époque ajoutée à la technique et la sensibilité des solistes procure un moment tout à fait jubilatoire . Les largos notamment sont d’un lyrisme touchant grâce à des mélodies riche de poésie et les allegros d’une grande élégance. Écoutez le concerto N°6 : il est mon préféré : un allegro initial bien enlevé, bien rythmé, tout en légèreté. Un largo tel une pastorale qui vous apaise et un allegro final qui emporte tout.
Un coffret de 2 CD recélant de belles émotions.
Une musique joyeuse très vénitienne. Encore du grand Vivaldi.


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