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Contenu rédigé par Gerard Müller
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Commentaires écrits par
Gerard Müller "médicactus" (Nouvelle Caledonie)
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Le feu (journal d'une escouade) - PREPAS SCIENTIFIQUES 2015
Le feu (journal d'une escouade) - PREPAS SCIENTIFIQUES 2015
par Magali Jeannin-Corbin
Edition : Broché
Prix : EUR 6,00

5.0 étoiles sur 5 Un témoignage unique, 21 janvier 2015
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le feu (journal d'une escouade) - PREPAS SCIENTIFIQUES 2015 (Broché)
Le Feu /Henri Barbusse
Prix Goncourt 1916, ce témoignage fut vécu dans les tranchées en première ligne des troupes françaises en 1915 dans l’Artois. Barbusse en rédigea le texte final à l’hôpital de Chartres après avoir été blessé au combat. Antimilitariste militant et pacifiste de toujours, il resta néanmoins patriote et quoique réformé pour raison de santé, il s’engagea et fut volontaire pour aller en premières lignes.
Au début du récit, l’auteur, dans un style magnifique, puissant et imagé, décrit le réveil des soldats au petit matin dans une aube grise et humide, et nous fait part de son espoir : « La plaine qui ruisselle, striée de longs canaux parallèles, creusée de trous d’eau, est immense, et ces naufragés qui cherchent à se déterrer d’elle sont une multitude…Mais les trente millions d’esclaves jetés les uns sur les autres par le crime et l’erreur, dans la guerre de la boue, lèvent leurs faces humaines où germe enfin une volonté. L’avenir est dans les mains des esclaves, et on voit bien que le vieux monde sera changé par l’alliance que bâtiront un jour entre eux ceux dont le nombre et la misère sont infinis. » Son idéalisme serait bien déçu de voir où nous en sommes de nos jours.
Des hommes de tous les métiers, venus de tous les horizons, de cultures différentes, citadins et campagnards, de tous les âges se retrouvent dans les tranchées, boyaux boueux et quasi sépulture pour bon nombre d’entre eux. Victimes du froid, de la faim, de la soif, de toutes les privations, ils vont vivre l’enfer face à l’armée allemande et Barbusse miraculeusement va en réchapper.
Et puis le cri de Bertrand compagnon d’armes de Barbusse : « Honte à la gloire militaire, hontes aux armées, honte au métier de soldat, qui change les hommes tour à tour en stupides victimes et en ignobles bourreaux. »
Un témoignage unique, éblouissant et terrible de réalisme sur une guerre que l’oubli guette au fil des 11 novembre qui se succèdent. Neuf millions de morts tout de même ! Pour la patrie !
Ce récit est considéré comme un chef d’œuvre de la littérature mondiale de guerre.


Lamento d'Arianna Monteverdi/ Concerto vocale/ Monteverdi/ Molinari/ Jacobs/ Junganel/ Linden
Lamento d'Arianna Monteverdi/ Concerto vocale/ Monteverdi/ Molinari/ Jacobs/ Junganel/ Linden

5.0 étoiles sur 5 Une plainte émouvante!, 21 janvier 2015
Claudio MONTEVERDI (1567-1643)/Lamento d’Ariane
Né à Crémone, Monteverdi a vécu à la cour des Gonzague à Mantoue puis devint maître de chapelle à Venise en 1613 jusqu’à sa mort.
Le Lamento d’Ariane est la pièce vocale la plus célèbre de Monteverdi : elle reste le seul fragment de l’opéra « L’Arianna » à nous être parvenu. (1608) Un moment unique de recueillement. Onze minutes dans un autre monde !
Cinq autres pièces vocales figurent au sommaire, moins connues mais tout aussi remarquables.
Sur le même CD sont interprétées, une cantate spirituelle à une voix et une pièce à deux voix, de Benedetto Ferrari della Tiorba (1604-1681) . Deux très belles pièces qui font partie de mes préférées.
Interprétation parfaite de Helga Müller Molinari (mezzo soprano), René Jacobs (haute contre), William Christie (clavecin), plus un théorbe et une basse de viole.


Iberia - Navarra - Suite Espanola
Iberia - Navarra - Suite Espanola
Prix : EUR 16,89

5.0 étoiles sur 5 Viva España !, 21 janvier 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Iberia - Navarra - Suite Espanola (CD)
Isaac Albeniz (1860-1909)/Navarra & Suite espagnole/Alicia de Larrocha-piano
Toute l’âme espagnole se retrouve dans ce double album où Alicia de Larrocha nous offre un magnifique tableau de son immense talent au service de la sublime musique d’Isaac Albeniz.
Un piano charnel et mystérieux et toujours ardent ont dit certains : il est vrai que dès les premières notes on est emporté dans les jardins de l’Alhambra à Grenade et les recoins de Cordoue.
On retrouve bien sûr Asturias, Cadiz et Granada les plus célèbres morceaux du répertoire Albeniz.
Une invitation au voyage.


Byrd Messes
Byrd Messes
Prix : EUR 14,93

5.0 étoiles sur 5 Extatique!, 21 janvier 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Byrd Messes (CD)
William BYRD (1543-1623) Motets & Messe à 5 voix/The Sixteen/Harry Christophers
Des polyphonies qui vous font planer dans une autre dimension, une dimension hautement spirituelle qui confine à l’extase parmi les anges : voici ce que cette musique élisabéthaine initialement liturgique vous apporte. Avec une grande ferveur teintée de nostalgie.
William Byrd fut un des plus grands compositeurs du XVIé siècle et il se consacra comme beaucoup à cette époque à la musique religieuse à capella. Il fut littéralement vénéré à son époque aussi bien en Angleterre que sur le continent.
Composée vers 1595, cette messe était chantée pour la Toussaint.
Les deux motets qui accompagnent sur ce CD datent de la jeunesse de Byrd mais on constate qu’il possédait déjà une parfaite maîtrise du contrepoint. Le canon à huit parties dans « Diliges Dominum » est une prouesse technique. Le second motet, « Ad Dominum cum tribularer » est de la même veine.
Un très beau recueil de musique religieuse.


Boule de suif
Boule de suif
par Guy de Maupassant
Edition : Poche
Prix : EUR 2,30

4.0 étoiles sur 5 Arrêtez les infâmes !, 19 janvier 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Boule de suif (Poche)
Boule de suif/Guy de Maupassant
« La femme, une de celles appelées galantes, était célèbre par son embonpoint précoce qui lui avait valu le surnom de Boule de suif. Petite, ronde de partout, grasse à lard, avec des petits doigts bouffis, étranglés aux phalanges, pareils à des chapelets de courtes saucisses, avec une peau luisante et tendue, une gorge énorme qui saillait sous sa robe, elle restait cependant appétissante et courue, tant sa fraicheur faisait plaisir à voir ; sa figure était une pomme rouge, un bouton de pivoine prêt à fleurir, et là-dedans s’ouvraient, en haut, des yeux noirs magnifiques, ombragés de grands cils épais qui mettaient une ombre dedans ; en bas, une bouche charmante, étroite, humide pour le baiser, meublée de quenottes luisantes et microscopiques. »
Telle était Mademoiselle Élisabeth Rousset, surnommée Boule de suif. Une jeune personne sans manières et sans malice.
Cette nouvelle écrite en 1879 fut considérée comme un pur chef d’œuvre par Gustave Flaubert. Ce fut le premier grand succès de Maupassant.
L’action se situe durant la guerre de 1870 contre les Prussiens.
Un groupe de personnes fuit en diligence l’ennemi qui envahit la ville de Rouen.
Toute une série de faits et d’attitudes vont traduire au sein de cette diligence puis dans un auberge, l’hypocrisie et la bassesse allant jusqu’à l’infamie, des bourgeois nantis et de deux bonnes sœurs à l’égard de la jeune Élisabeth Rousset.
Dans un style limpide époustouflant, avec les mots justes et un regard sans complaisance sur ses contemporains et l’humanité en général, Maupassant évoque finement et avec subtilité la vanité et la fatuité des « honnêtes gens », sans jamais porter de jugement, laissant au lecteur seul ce soin. Le pessimisme foncier de l’auteur transparait avec vigueur dans ces lignes.
Comme le disait Brassens, les « honnêtes gens » ne sont pas toujours ceux que l’on pense.


Si on recommençait
Si on recommençait
par Eric-Emmanuel Schmitt
Edition : Poche
Prix : EUR 6,10

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Une comédie qui donne à réfléchir., 18 janvier 2015
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Si on recommençait/Eric Emmanuel Schmitt
« Dès qu’on est vieux, on vieillit moins vite, c’est l’avantage ! » s’exclame au début Mamie Lou, la grand-mère d’Alexandre.
Le ton de ce conte fantastique écrit sous forme de pièce de théâtre par ce génie du dialogue qu’est EES, est donné dès l’entame : l’ironie, l’humour et un certain détachement.
« Je n’anticipe pas sur le futur, je me rappelle le passé.» dit Alexandre s’adressant à Sacha, lui-même avec quarante ans de moins.
Alexandre va connaître un accident domestique, la chute d’une horloge qui va bousculer la structure et le passage du temps. Il va se retrouver face à lui-même avec quarante ans de plus ou si vous voulez, il a soixante cinq ans et rencontre son personnage âgé de vint cinq ans.
Sacha, diminutif d’Alexandre, a donc vingt cinq ans et aime les femmes, plusieurs femmes…
« « Jeune, je croyais que l’apparence offrait la partie visible de l’invisible… L’amour, ça se nourrit d’ignorance, d’incertitudes, de craintes, d’espoirs, d’ambiguïtés…Au fond, la femme qu’on aime le plus, c’est toujours l’inconnue. »
La grande question : quel est le rôle du hasard et l’a-t-on toujours mesuré dans notre vie ?
Alexandre : « Sommes-nous libres ou livrés au destin ?
Sacha : Quel drame de ne pas savoir !
Alexandre : Quelle tragédie si l’on savait ! »
« Le hasard qui se répète, n’est-ce pas la forme que prend le destin ? …Comme tout le monde, tu as le pouvoir de passer à côté de ta vie ou de la vivre. Se trouver ou se perdre, on possède cette possibilité. »
Un moment délicieux de lecture, un texte subtile, qui pose des questions existentielles et métaphysiques. Ferait-on les mêmes choix si on pouvait recommencer sa vie ? A-t-on vraiment le choix ? C’est un éternel débat.
À lire et méditer.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 31, 2015 10:20 PM CET


Villa triste
Villa triste
par Patrick Modiano
Edition : Poche
Prix : EUR 6,40

4.0 étoiles sur 5 Si le temps pouvait suspendre son vol !, 17 janvier 2015
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Villa triste/Patrick Modiano/Prix Nobel de littérature 2014
Ce roman paru en 1975 a obtenu le Prix des Libraires 1976.
Un homme de trente ans se remémore ses dix-huit ans et les événements qui ont accompagné son errance fortunée le long des rives du lac d’Annecy dans le début des années 60.
Comte Victor Chmara et le nom qu’il s’était alors donné, lui qui se dit apatride et semble dissimuler bien des éléments de sa vie. Il fait la rencontre d’une jolie fille qui se dit actrice, Yvonne, et de son mentor, le Dr Meinthe.
Victor et Yvonne deviennent vite amants mais la suite ne va pas se dérouler comme Victor le voudrait.
Ce roman presqu’initiatique, offre une peinture saisissante d’une aristocratie surannée en villégiature sur les bords du lac. Une galerie de portraits étonnante.
Et tout ce petit monde excentrique au possible évolue dans une ambiance de mystère, de secret et de mensonge. Victor lui-même s’invente une vie et se montre attentif, prévenant, délicat et passionné pour séduire.
Cette ambiance se teinte aussi d’une certaine nostalgie pour décrire l’amitié, l’amour et la trahison tandis que l’on se promène avec Victor sur les bords du lac à la découverte de lieux mythiques.
L’écriture subtile et élégante de Patrick Modiano comme dans ses autres romans a vite fait de séduire même si ce n’est pas l’action qui vous tiendra en haleine. C’est plutôt un roman contemplatif et un retour vers le temps passé. C’est aussi le roman du non dit ce qui jusqu’à la dernière ligne vous laisse supposer tout les possibles.
« Sa peau avait pris une teinte opaline. L’ombre d’une feuille venait tatouer son épaule. Parfois elle s’abattait sur son visage et l’on eût dit qu’elle portait un loup. L’ombre descendait et lui bâillonnait la bouche. »


Le Voyageur à la malette, suivi de "Naguib Mahfouz, du fils du pays à l'homme universel"
Le Voyageur à la malette, suivi de "Naguib Mahfouz, du fils du pays à l'homme universel"
par Naguib Mahfouz
Edition : Poche

4.0 étoiles sur 5 Un petit recueil pour découvrir un grand auteur., 15 janvier 2015
Le Voyageur à la Mallette/Naguib Mahfouz/Prix Nobel de littérature 1988
Naguib Mahfouz est né en 1911 au Caire et mort en 2006.
Il est une des plus grandes figures de la littérature arabe contemporaine et on peut dire qu’il a fait connaître la culture et la littérature arabes à travers le monde.
Il a dépeint avec finesse et réalisme la société égyptienne de son époque en qualité de témoin à l’écoute de son peuple qu’il côtoyait quotidiennement dans son café habituel. Fils du pays, il aspirait à une littérature pour le peuple et s’est tourné alors vers un langage du peuple qui puisse dissiper les ténèbres de l’ignorance populaire. Pour cela, il usa d’une langue arabe classique simplifiée à la portée du peuple, « l’incitant ainsi à la culture et au progrès pour l’élever au dessus de sa condition. L’écriture de Mahfouz porte ainsi le souci d’une justice sociale en même temps que la revendication d’une liberté… Mahfouz dénonce une société où les droits de l’homme sont bafoués.» (Marie Francis-Saad , traductrice)
Le petit recueil ici commenté contient quatre nouvelles ainsi qu’un portrait de l’auteur écrit par Marie Francis-Saad, et la liste de ses ouvrages.
Le style de Mahfouz fait en sorte de restreindre au maximum le texte autour d’un fait divers, d’où son goût pour la nouvelle. Une certaine nostalgie baigne l’ensemble de ce recueil. La fuite inexorable du temps hante Mahzouz et l’âge avançant, ce temps passé finit par s’imposer avec son cortège de souvenirs…
J’ai particulièrement bien aimé la nouvelle intitulée « Un homme » où un vieil homme se découvre décrit dans un journal, choisit de rencontrer le journaliste afin de rétabli la vérité.
Un petit recueil pour découvrir un grand auteur.


Les Désorientés
Les Désorientés
par Amin Maalouf
Edition : Poche
Prix : EUR 7,90

5.0 étoiles sur 5 Amitiés sur fond d'humanisme, 14 janvier 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Désorientés (Poche)
Les désorientés/Amin Maalouf
Après avoir lu avec un infini plaisir les nombreux chefs d’œuvres d’Amin Maalouf, Les Identités meurtrières, Les Croisades vues par les Arabes, Les Jardins de Lumière, Samarcande, Le Rocher de Tanios, Le premier siècle après Béatrice, et surtout Léon l’Africain et le Périple de Baldassare, j’attendais de pouvoir me jeter sur ce nouveau roman qui semble faire l’unanimité de la critique, tant par son contenu que par ses qualités littéraires : comme chacun sait, Maalouf est un immense conteur, car dès la première ligne il vous captive et vous passionne.
Académicien depuis 2011, Amin Maalouf né en 1949 au Liban, Arabe chrétien, vit à Paris depuis 1976. C’est en général à l’île d’Yeu qu’il se retire pour écrire.
La guerre civile qui a ravagé son pays d’origine dont il ne cite jamais le nom, est omniprésente dans ce roman. Eternel nomade entre les terres, les langues et les religions, Maalouf est un humaniste, « convaincu que l’on peut rester fidèle aux valeurs dont on est l’héritier sans pour autant se croire menacé par les valeurs dont d’autres sont porteurs. »
Cet ouvrage qui comporte une part autobiographique est basé sur les réminiscences d’un groupe d’amis de toutes confessions qui se retrouvent au Liban lors du décès de l’un des leurs, alors qu’ils sont dispersés un peu partout sur la planète suite à une guerre qui a ravagé le pays. Les exilés volontaires, les déracinés, tout ceux de la diaspora libanaise se retrouvent et Maalouf se livre alors à une réflexion profonde sur les motivations des émigrés.
Maalouf nous explique à travers le personnage d’Adam pourquoi il a quitté son pays pour la France : « Dans cet univers levantin qui ne cessait de s’obscurcir, je n’avais plus ma place, et je ne tenais plus à m’en tailler une… Quitter son pays est dans l’ordre des choses ; quelquefois, les événements l’imposent ; sinon il faut s’inventer un prétexte. Je suis né sur une planète…. » Un passage magnifique d’humanisme planétaire.
Et plus loin : « Le pays où tu peux vivre la tête haute, tu lui donnes tout… ; celui où tu dois vivre la tête basse, tu ne lui donnes rien. » Voilà le credo de Adam, alias Maalouf.
La technique narrative est remarquable, mêlant le récit objectif au journal intime d’Adam, ce qui nous donne un emboitement de deux histoires, un peu à la façon de Zweig dans ses nouvelles.
Adam profite de ce séjour au Liban chez la belle et sensuelle Sémiramis, une amie, pour écrire et se remémorer les faits marquants d’autrefois dans le cadre de ce journal. Et là il nous narre l’enlèvement de son ami Albert sur le point de mettre fin à ses jours. Une histoire vraie à peine croyable.
Adam se livre : « J’appartiens à cette frange qui, n’ayant ni la myopie des nantis ni l’aveuglement des affamés, peut se permettre de poser sur le monde un regard lucide. »
Et règle ses comptes : « Chaque fois que notre territoire a été envahi, il s’est trouve des gens, parmi nos compatriotes, pour courir au devant de l’envahisseur,, pour lui baliser la route, pour se mettre à son service, et pour tenter de l’utiliser contre leurs propres adversaires locaux …Chez nous on pactise trop volontiers avec le vainqueur du moment… »
Et par la bouche de son ami Bilal l’idéaliste :
« La culpabilité et la honte, c’est ce que les religions ont inventé pour nous tenir en laisse ! Et pour nous empêcher de vivre ! Si les hommes et les femmes pouvaient parler ouvertement de leurs relations, de leurs sentiments, de leurs corps, l’humanité entière serait plus épanouie, plus créatrice. »
Réflexion très actuelle sur la religion : « La religion, c’est important, mais pas plus que la famille, pas plus que l’amitié, et pas plus que la loyauté. Il y a de plus en plus de gens pour qui la religion remplace la morale…Parce qu’ils ont une religion, ils se croient dispensés d’avoir une morale. »
Réflexion également sur le pétrole et la richesse induite, le conflit israélo arabe, la relation difficile entre les Arabes et l’Occident ; Adam a alors des phrases chocs :
« Il faudra bien que nous finissions par regarder en face notre propre défaite, la gigantesque, la retentissante débâcle historique de la civilisation qui est la nôtre. »( Il parle de la civilisation levantine.)
Il prône la tolérance et le respect :
« Qu’une personne s’abstienne de consommer telle ou telle boisson, tel ou tel aliment, parce que ses convictions le lui imposent, c’est une attitude que je respecte. Ce que je n’admets pas, c’est qu’on tente de l’imposer aux autres… C’est un plaisir noble et innocent de retrouver ses amis, le soir, de rire, de discuter, et de refaire le monde autour d’une bouteille de bon vin. »
Un ouvrage puissant, riche, allant très loin dans la réflexion sur notre époque, les religions et l’Homme. L’historien de formation qu’est Amin Maalouf fait preuve d’une belle clairvoyance dans ses jugements et ses remarques.
Une phrase qui a eu une résonnance particulière pour moi : « On parle souvent de l’enchantement des livres. On ne dit pas assez qu’il est double. Il y a l’enchantement de les lire, et il y a celui d’en parler. »
Une mention particulière pour le choix judicieux du titre qui est à multiples interprétations.
L’amitié indéfectible qui enfante des retrouvailles émouvantes fait de ce roman assez intimiste un magnifique ouvrage.


Paroles d'étoiles : Mémoire d'enfants cachés (1939-1945)
Paroles d'étoiles : Mémoire d'enfants cachés (1939-1945)
par Jean-Pierre Guéno
Edition : Broché
Prix : EUR 3,00

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5.0 étoiles sur 5 Ombres et lumières de notre histoire., 14 janvier 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Paroles d'étoiles : Mémoire d'enfants cachés (1939-1945) (Broché)
Paroles d’étoiles (Mémoire d’enfants cachés de 1939à 1945) /Jean Pierre Guéno
Ce petit ouvrage bien conçu de 150 pages nous présente des témoignages bouleversants recueillis en 2002, d’enfants déportés ou cachés lors de la seconde guerre mondiale.
Une très belle présentation par J.P.Guéno initie ce recueil :
« Certains hommes ont brisé les quatre bras de la croix dans le sens contraire des aiguilles du temps pour montrer à quel point ils maitrisent le pouvoir d’inverser l’ordre des choses et de distribuer la mort. »
J.P.Guéno nous explique que certains idéologues français purent être plus nazis que certains nazis en traduisant leur fanatisme dans des textes de loi.
Des camps d’internement (au nombre de 44) en France furent aménagés un peu partout, de Rivesaltes à Drancy et de Beaune la Rollande à Pithiviers avec noté sur la fiche d’internement du sujet : Cause d’internement : en surnombre dans l’économie nationale !!
Dans les restaurants, on put lire à l’entrée : interdit aux chiens et aux Juifs !!
Les enfants de l’époque qui ont échappé à la mort ou qui ont pu se cacher se souviennent en 2002, et racontent ce que leurs yeux d’enfants ont vu alors. Les souffrances physiques et morales, les privations, la maladie, les coups, la peur, une peur viscérale, etc…
En 1939 il y avait 72 000 enfants d’origine juive en France.
Marqués de l’étoile jaune comme leurs parents, 12 000 d’entre eux furent éliminés méthodiquement par les nazis avec la complicité des autorités françaises.
Beaucoup furent cachés par des familles qu’on a appelés les « Justes » bravant tous les dangers.
« Pouvez-vous imaginer qu’à neuf ans, quelqu’un vous regarde dans les yeux et vous dise : à partir de maintenant tu t’appelles comme ça, tu es seul au monde, tu n’as pas de frères ni de sœurs et tes parents sont morts dans les bombardements. Quoi qu’on te dise, quoi qu’on te fasse, tu diras toujours la même chose sinon on te tuera. »
Imaginez le drame de ces enfants cachés survivants qui voient revenir un ou deux parents des années plus tard qu’ils ne reconnaissent pas, et qui vont devoir être arrachés à leurs parents « adoptifs » du temps d’une guerre !
Témoignage : « Si c’est pour ne plus reconnaître maman, il vaut mieux qu’elle ne revienne plus ! Dire papa à ce monsieur avait sans doute été traumatisant, mais l’était plus encore toute la tragédie qu’il incarnait et qu’il me rappelait : celui d’une famille si harmonieuse, si chaleureuse à jamais disloquée, fracassée… »
« Dans la tourmente, j’avais perdu mon nom et par la même occasion celui qui me l’avait donné. Enfant de personne… »
Deux témoignages entre autres dans un autre domaine :
« Ce 16 juillet 1942, il ya eu 7000 assassins en uniformes. Tous français. Tous glorieux. Tous ignobles. Intermédiaires de la Gestapo, drapés dans le respect de la légalité. »
« Dans Bordeaux, il en sortait de partout de ces brassards tricolores ! Résistants de la dernière heure et collabo de la première. Tous clandestins, tous héros de l’ombre…C’était à se demander comment les Allemands avaient pu survivre sans être étouffés par tant de héros… »
« Je crois que collectivement en France, à la Libération, il y a eu la volonté de jeter un voile, d’oublier beaucoup de choses qui s’étaient passées… »
« Les traumatismes des enfants qui étaient très petits au moment de l’Occupation n’ont pas été pris au sérieux. La société a occulté une grande partie des problèmes de l’Occupation. »
C’est un petit livre qu’il faut lire histoire par histoire, chacune de ces histoires suscitant un temps de réflexion indispensable. Une ou deux pages chaque jour. On a vraiment du mal à imaginer que cela s’est passé il y a à peine 72 ans ! Une ère de barbarie absolue.
Totalement bouleversant.
À noter les annexes très intéressantes en fin d’ouvrage sur le Mémorial de Caen, l’Association des enfants cachés, le Centre de documentation juive contemporaine et le Comité français pour Yad Vashem. Et une importante bibliographie.
« Les drapeaux et les religions, je m’en méfie comme de la peste. »


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