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Contenu rédigé par Gerard Müller
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Commentaires écrits par
Gerard Müller "médicactus" (Nouvelle Caledonie)
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Cinq Sonates Pour Violon Et Basse Continue
Cinq Sonates Pour Violon Et Basse Continue
Prix : EUR 21,74

4.0 étoiles sur 5 Tartini, un des maîtres du violon baroque., 5 janvier 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Cinq Sonates Pour Violon Et Basse Continue (CD)
TARTINI GIUSEPPE (1692-1770) Sonates pour violon et basse continue/Fabio Biondi
Tartini : le rebelle ! À dix huit ans, au lieu de suivre la voie tracée par ses parents dans la vie ecclésiastique, il prend femme, fait des études de droit et voue son existence à la musique son second amour.
Musicien baroque certes mais aussi théoricien, il écrivit plusieurs traités de musique sur l’harmonie notamment.
Maitre du violon avant tout, il est un professeur adulé de ses élèves à Padoue car il sait faire parler le violon comme le faisaient Corelli et Vivaldi.
On remarquera en particulier la beauté de l’andante affetuoso de la sonate N°7 opus 2 en sol mineur.
Un CD qui sera apprécié des connaisseurs en matière de violon, accompagné par un violoncelle, un clavecin et un théorbe et la technique parfaite de Fabio Biondi .
Figure dans ce recueil également la sonate « Didone abbandonata » en sol mineur et « Staggion bella » en si bémol majeur, qui sont parmi les plus connues.


Le Passe-muraille et autres nouvelles
Le Passe-muraille et autres nouvelles
par Marcel Ayme
Edition : Poche
Prix : EUR 3,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Dix nouvelles pour notre plaisir., 5 janvier 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Passe-muraille et autres nouvelles (Poche)
Le Passe-Muraille et autres nouvelles/Marcel Aymé (1902-1967)
Dutilleul, médiocre fonctionnaire demeurant à Montmartre, peut franchir les murs mais un jour se fait piéger ; ce phénomène induit des situations cocasses.
Sabine a le don d’ubiquité et parvient à vivre mille vies simultanément.
Flegmon vit une drôle d’époque où la vie est rationnée et se voit assujettie à des tickets de vie, avec toutes les déviances qui peuvent en découler et trafic en tout genre.
La raison de cette mesure est la menace d’une disette. L’objectif, assurer un meilleur rendement de l’élément laborieux de la population et mise à mort des éléments improductifs. Sacré programme ! Mais…
« En raison de l’accaparement des tickets de vie par les riches, l’économie réalisée sur les denrées alimentaires est à peu près nulle. »
Et puis en 1942, pour en finir avec la guerre, il est décidé par décret que le temps serait avancé de 17 ans. Nous sommes alors en 1959. Mais par un curieux hasard, le narrateur se trouve faire alors à nouveau un bond mais cette fois en arrière, de 17 ans :
« Moi seul, après ce bond collectif, par je ne sais quelle inspiration, je refais l’étape en sens inverse…Me voilà réduit à la triste condition d’un dieu. Pendant 17 ans, il n’y aura pour moi que des certitudes. Je ne connaîtrai plus l’espoir… »
De plus il y a des regrets :
« Je me reproche de n’avoir pas su prévoir ce qui m’est arrivé depuis. »
Et de conclure : « C’est à peine si de temps en temps et de plus en plus rarement j’éprouve la très banale sensation du déjà vu. »
Les illusions de M. Jacotin dans « Le Proverbe » et le savoir faire modeste de Lucien son fils.
Comment la pieuse et dévote Mlle Boirboïé devient la catin du régiment en arrivant au ciel ! C’est le thème de la « Légende Poldève . »
« Le Percepteur d’épouses » voit les maris payer leurs impôts en se débarrassant de leur femme !
« L’Huissier » qui au seuil du paradis doit retourner sur terre pour faire le bien.
Autant de nouvelles fantastiques et surréalistes dans lesquelles Marcel Aymé fait montre de tout son talent non seulement de conteur mais encore d’humoriste satirique.
L’enfance de Marcel Aymé lui fut une source d’inspiration inouïe. Né à Joigny dans l’Yonne de parents jurassiens, il fut élevé par sa grand-mère au milieu de querelles de clocher entre laïques et cléricaux. Fin observateur de son entourage, il a su faire revivre avec vérité, poésie et réalisme les interminables conversations que l’on retrouve par exemple dans la dernière nouvelle « En attendant ».
Dans toutes ces nouvelles, on retrouve l’esprit de Perrault et de la Fontaine dans des récits symboliques qui sous une apparence de légèreté dégage une belle sagesse.
À lire et relire avec le sourire ce recueil paru en 1943. En pleine période d’occupation allemande !


Brahms : Trios pour piano, violon et violoncelle n° 1 & n° 2
Brahms : Trios pour piano, violon et violoncelle n° 1 & n° 2
Prix : EUR 13,82

5.0 étoiles sur 5 Un des plus beaux disques de musique de chambre., 4 janvier 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Brahms : Trios pour piano, violon et violoncelle n° 1 & n° 2 (CD)
BRAHMS Johannes (1833-1897) Trios N°1 & 2 pour piano, violon et violoncelle/Julius Katchen/Josef Suk/Janos Starker/Decca
L’allegro con brio du trio N°1 opus 8 en si majeur est particulièrement connu car il a servi d’indicatif à une émission musicale télévisée durant de nombreuses années. C’est un mouvement particulièrement charmant dont la mélodie pleine et sensuelle vous va droit au cœur. Et que dire du sublime adagio qui suit le scherzo, un moment d’un romantisme exalté ! Les trois interprètes font le reste pour apporter à ce moment de musique de chambre la perfection et la chaleur qui touchent les cordes les plus sensibles de votre être.
Le second trio fut composé trente ans après le premier, plus grave et tourmenté. Mais tout aussi magnifique dans ce rythme et cette couleur qui font de ces deux œuvres d’immortels chef-d’œuvre.
Un CD indispensable.


Les cendres d'Angela
Les cendres d'Angela
par Frank McCourt
Edition : Poche

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Sans haine ni révolte.Un récit irlandais admirable et émouvant., 3 janvier 2015
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Les Cendres d’Angela/Frank McCourt
Frank McCourt est né en 1930 à Brooklyn et mort en 2009 à New York.
Ce récit autobiographique est l’histoire d’une famille irlandaise plongée dans la misère la plus totale, les Mc Court.
Le père, Malachy McCourt, originaire d’Antrim en Irlande du Nord, est parti jeune vers l’Amérique suite à des ennuis personnels. Il y a rencontré Angela, jeune irlandaise originaire de Limerick en Irlande du Sud.
Mariés à New York, ils ont eu cinq enfants : Malachy l’aîné, Frank le narrateur, deux jumeaux Oliver et Eugène, et Margaret la seule fille.
Malachy est un alcoolique invétéré et maintient sa famille dans le dénuement le plus total en buvant tout son maigre salaire dans les bars du quartier. Un peu fou et obsédé par son pays natal, il est capable de réveiller en pleine nuit ses enfants pour leur faire chanter des chants patriotiques irlandais en leur criant :
« Vous mourrez pour l’Irlande, n’est-ce pas les garçons ? »
Au grand dam des voisins qui, réveillés au cœur de la nuit, tentent de le ramener à la raison.
À la suite de la mort de la petite Margaret, la famille rentre au pays pour s’installer dans des conditions très précaires à Limerick sur la côte ouest de la verte Erin.
Avec un père alcoolique sans travail fixe, la misère la plus terrible va perdurer et l’auteur écrit :
« Quand je revois mon enfance, le seul fait d’avoir survécu m’étonne. »
Dans un style pittoresque et imagé, en entretenant un humour qui masque parfois l’état de déréliction régnant dans cette pauvre fratrie, Frank Mc Court nous conte avec un certain détachement et avec des yeux d’enfants cette misère dramatique qui leur colle à la peau.
L’humour est toujours là même lors de la communion :
« Dieu a été bon. Il a fondu, je L’ai avalé et alors, enfin, j’ai été un membre de la vraie Église, un pécheur officiel. », murmure Frankie !
Frank a douze ans lorsque son père part en Angleterre pour tenter de trouver du travail. Frank, la faim au ventre, vit d’expédients et de petits boulots pour aider sa mère à nourrir ses trois frères survivants.
À force d’économiser, il parvient à repartir en Amérique à l’âge de 19 ans. Il s’installe à Manhattan en 1949 et le récit s’arrête là. Il deviendra écrivain et un homme célèbre.
Ce qui frappe dans ce récit admirable, c’est la lucidité de Frank : il observe le monde autour de lui, ses parents, les voisins et aime passer des heures dans la bibliothèque municipale.
Jamais d’esprit de révolte, mais, plutôt une recherche permanente pour s’en sortir lui et sa famille. Ce livre est aussi une enquête sociologique décrivant la misère en Irlande du Sud à cette époque.
« Il y a plein de sel et de beurre dans les pommes de terre et je me demande s’il y aurait une chance pour que Minnie puisse être ma mère pour que je puisse tout le temps manger comme ça. Si je pouvais avoir Mrs Leibowitz et Minnie comme mères en même temps, je m’enverrais de la soupe et des pommes de terre écrasées à n’en plus finir. »
Quand la faim nous tient !!
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 21, 2015 12:39 PM CET


Une vie entre deux océans : Traduit de l'anglais (Australie) par Anne Wicke (Hors collection littérature étrangère)
Une vie entre deux océans : Traduit de l'anglais (Australie) par Anne Wicke (Hors collection littérature étrangère)
Prix : EUR 7,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Quelle frontière entre le bien et le mal?, 30 décembre 2014
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Une Vie entre Deux Océans/M.L. Stedman
Quelle frontière entre le bien et le mal ?
Voilà un livre qui vous tiendra en haleine de la première à la dernière ligne.
Un thriller familial un peu dans la lignée du roman de Karen Perry « Les Mensonges ». On y retrouve les mêmes ingrédients à savoir la destinée d’un enfant bouleversée par des événements imprévisibles et dramatiques.
Et cet instinct maternel irrépressible qui peut paradoxalement dévaster plusieurs vies.
Les liens du sang s’opposant aux liens du cœur.
Au terme de cette lecture de 520 pages, vous êtes abasourdi, dévasté et désemparé.
Née en Australie, M.L. Stedman publie ici son premier roman et c’est une réussite.
Dans un style simple et direct, le récit déroule une histoire qui se passe aux confins de l’Australie Occidentale entre Perth et Albany non loin du cap Leeuwin, sur l’îlot Janus très exactement.
Revenu des tranchées en France où il a combattu, Tom Sherbourne devient gardien de phare sur l’île de Janus. Là il mène une vie tranquille et amoureuse avec sa jeune femme Isabel.
Isabel a connu trois fausses couches et l’obsession de la maternité la mine jusqu’au jour où un canot s’échoue sur le rivage avec un homme mort et un bébé encore vivant.
Le règlement prévoit que Tom doit noter tout événement sur le livre du phare, mais poussé par Isabel il ne mentionne pas cet incident pensant que la maman a disparu en mer. Une décision qui va entrainer une cascade de conséquences.
Les pires tumultes vont se lever sur cette île si envoûtante, après l’amour, ce sera la trahison et le mensonge. Comprendre ou condamner ce couple torturé par le remord : c’est au lecteur de se faire son idée au fil des pages chargées de drame et de larmes.
Malheureusement on découvre trop tôt dans le récit qu’un objet insignifiant aura une importance capitale pour le dénouement : le hochet en argent du bébé retrouvé dans le canot. Et invariablement on attend le moment où cet objet va faire éclater la vérité.
Un très beau roman, une claque qui vous sonne, un coup de poing qui vous assomme.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (7) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 22, 2015 9:16 AM CET


Le soleil des Scorta
Le soleil des Scorta
par Laurent Gaudé
Edition : Poche
Prix : EUR 6,10

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Poignant et bouleversant., 29 décembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le soleil des Scorta (Poche)
Le Soleil des Scorta/ Laurent Gaudé/Prix Goncourt 2004
L’action se passe dans le village isolé et oublié de Montepuccio paresseusement étendu sur des garrigues écrasées de soleil exhalant des fragrances de pierres, de lauriers et d’olives. Des êtres rustres déchirés par des passions diverses, habités de superstitions d’un autre âge, animés d’un esprit de clan, impitoyables, bornés et fiers mais finalement tellement humains s’échinent à surmonter une vie difficile toute faite de pauvreté, de haine, de frustration, mais aussi d’amour.
Le tout dans un style sobre, rocailleux comme le paysage, mais aussi sensuel et chargé d’émotion contenue. L’auteur parvient à nous rendre sympathiques quelques uns de ces êtres simples, torturés et passionnés, parfois habités par une sorte de folie et dont les vies sont balayées le plus souvent par le vent du malheur.
La confession de Carmela fille de Rocco vient en alternance se substituer au récit de l’action elle-même, et apporte un éclairage différent à toute l’histoire.
La scène du banquet des Scorta sur le trabucco est un grand moment de cette histoire : ce sera la seule fois de leur vie où ils seront tous réunis en famille.
Chaque personnage de cette saga détient un secret qu’il a celé toute sa vie et qu’il va dévoiler au moment de mourir.
Au soir de leur vie, Elia et le curé don Salvator se posent les questions existentielles essentielles : un grand moment de ce récit poignant et bouleversant.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 21, 2015 12:44 PM CET


Le Grand Meaulnes
Le Grand Meaulnes
par Alain-Fournier
Edition : Poche

5.0 étoiles sur 5 Amour et amitié: nostalgies., 28 décembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Grand Meaulnes (Poche)
Le Grand Meaulnes/Alain Fournier
Né en 1886 dans le Cher à La Chapelle d’Angillon, Henri Alban (alias Alain) Fournier est tombé au combat le 22 septembre 1914 lors de la bataille des Éparges dans la Meuse. Il avait 28 ans !
Il passa toute son enfance en milieu rural dans le Berry et en Sologne.
Il fit ses études secondaires et supérieure au lycée Lakanal et prépara l ‘École Normale Supérieure.
Cultivé, amateur d’arts et doté d’une sensibilité délicate, Alain Fournier nous a laissé une Correspondance avec son ami et condisciple Jacques Rivière qui épousera sa sœur par la suite, en plus de son unique roman, Le Grand Meaulnes terminé en 1913. Quelques autres écrits souvenirs furent réunis sous le titre d’ « Images ».
Il fera connaître à ses contemporains Claudel, Péguy et Paul Valéry.
Yvonne de Galais, qui sera l’inspiratrice de son unique roman, ne sera pour Alain Fournier qu’une double brève rencontre.
Le roman retrace l’histoire d’Augustin Meaulnes contée par son ancien camarade de classe François Seurel devenu son ami.
Dans un style simple Alain Fournier nous ressuscite le monde de l’enfance avec son lot de rêve et de merveilleux et les paysages bucoliques de la Sologne dans la région de Vierzon. Les souvenirs d’un amour naissant en la personne de Yvonne de Galais se mêlent à des images de l’école de son père instituteur avec ses jeux et les aventures qui émaillent une adolescence heureuse.
Meaulnes est un jeune pensionnaire chez la famille Seurel, M. Seurel étant le père du narrateur et directeur de l’école de Sainte Agathe en Sologne.
Le jour de son arrivée est marqué d’une pierre blanche :
« Quelqu’un est venu qui m’a enlevé à tous ces plaisirs d’enfants paisible Quelqu’un a soufflé la bougie qui éclairait pour moi le doux visage maternel penché sur le repas du soir. Quelqu’un a éteint la lampe autour de laquelle nous étions une famille heureuse, à la nuit, lorsque mon père avait accroché les volets de bois aux portes vitrées. Et celui-là, ce fut Augustin Meaulnes, que les autres élèves appelèrent bientôt le grand Meaulnes. »
Meaulnes est un personnage hors du commun, en quête d’absolu, qui fait rêver tous ses condisciples. Ses fugues et ses bagarres font de lui une sorte de héros. Le mystère qui l’entoure et les secrets qu’ils cèle font de lui celui que l’on veut côtoyer pour vivre des aventures uniques.
Une belle histoire d’amour et d’amitié au moment où l’adolescence prend fin.
Un très beau roman initiatique, largement autobiographique, au charme délicat, teinté de nostalgie et de romantisme, que j’ai relu avec émotion tant d’années après les premières dictées scolaires extraites de cet inoubliable récit.


Cecile
Cecile
par Benjamin Constant
Edition : Relié

4.0 étoiles sur 5 Les amours tumultueuses de Benjamin Constant l'inconstant., 26 décembre 2014
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Cécile/Benjamin Constant
Cinq ans après Adolphe, Benjamin Constant écrit l’aventure de Cécile, en 1811. Il s’agit en fait d’une comédie d’une grande lucidité et aussi des plus cruelles.
L’héroïne de ce récit est la seconde femme de B.C., Charlotte de Hardenberg, qu’il appelle Cécile de Walterbourg.
D’emblée B.C nous dit qu’elle deviendra sa femme et à la lecture de ce récit on peut se demander comment ce mariage a pu se faire.
Il l’a rencontrée en 1793 à la cour de Brunswick. Constant a 26 ans. Il est marié alors à une allemande, Wilhelmine. Charlotte-Cécile est mariée elle aussi à un mari volage. La rencontre est une sorte de coup de foudre et ils décident d’un commun accord de divorcer. Mais Constant est inconstant ! Et lors d’un voyage à Lausanne il a vite fait d’oublier Cécile.
Tout au long du récit, il va s’agir d’un chassé croisé avec rencontres suivies de séparations et vice versa. D’autant plus que B.C. est lié aussi à Madame de Staël (Madame de Malbée dans le récit) et qu’il a du mal à la quitter pour Cécile.
Constant est un être nonchalant et désinvolte quand il n’est pas cynique. Son meilleur secours est l’attente…
Il va retrouver Cécile en 1804 à Paris après une séparation de onze années ; malgré un mari jaloux, elle devient sa maîtresse et les allers et retours de B.C. reprennent de plus belle.
« L’image de notre bonheur futur attendrit Cécile. Je la voyais s’enivrer de ses paroles, et les miennes, et mes caresses achevèrent de la troubler. Enfin elle fut à moi, autant de surprise que d’entrainement, sans avoir songé à la résistance, parce qu’elle ne se doutait pas de l’attaque. »
Une correspondance suivie s’établit entre les amants :
« Elle m’écrivait des lettres tellement tristes que je me laissais entrainer et, une fois en sa présence, je reprenais un ton de tendresse, un langage d’amour que je n’ai jamais su m’interdire avec les femmes, de sorte que je défaisais dans une seule visite tout le bien que mon absence avait pu lui faire. »
Et puis le qu’en dira-t-on n’est pas étranger au comportement de B.C. qui est un personnage public :
« L’opinion française m’effrayait beaucoup, cette opinion qui pardonne tous les vices, mais qui est inexorable sur les convenances et qui sait gré de l’hypocrisie comme d’une politesse qu’on lui rend. »
Mais le bonheur prédomine en cette liaison en pointillé :
« Le sentiment d’être seuls au milieu d’une foule immense, inconnus à tout le monde, à l’abri de tous les curieux, environnés de gens auxquels nous avions intérêt de nous cacher, et séparés d’eux par une barrière si faible, et pourtant invincible, cette manière d’exister uniquement l’un pour l’autre, à travers les flots de la multitude, nous semblait une union plus étroite, et remplissait nos cœurs de plaisir et d’amour. »
Cécile n’est pas seulement un document biographique d’un vif intérêt : c’est aussi un exercice de style qui reste en toute circonstance sobre, rapide et varié pour un chef d’œuvre de narration.
Un vrai plaisir littéraire. Un vrai plaisir de lecture.


La Ronde de nuit
La Ronde de nuit
Prix : EUR 4,99

3.0 étoiles sur 5 Héros ou salaud ?, 24 décembre 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : La Ronde de nuit (Format Kindle)
La Ronde de nuit/Patrick Modiano/Prix Nobel de littérature 2014
Ce roman est le second qu’ait écrit Patrick Modiano après « La place de l’Étoile ». Il parut en 1969.
Le personnage narrateur qui se fera appeler par la suite Lamballe et un individu bizarre pour qui le double jeu et même la trahison sont dans l’ordre des choses de son caractère espiègle :
« Pas assez de force d’âme pour me ranger du côté des héros. Trop de nonchalance et de distraction pour faire un vrai salaud. Par contre, de la souplesse, le goût du mouvement et une évidente gentillesse. »
Le début de ce récit est assez déconcertant il faut bien l’avouer et il faut attendre la centième page (sur 150) pour que les choses se mettent en place et que l’on comprenne où l’on est.
Notre narrateur ( qui se fait appeler alors swing troubadour) fréquente d’abord une association de malfaiteurs collabo sorte de Gestapo française :la bande du square Cimarosa :
« Nous vivions des temps exceptionnels. Les vols, les trafics devenaient monnaie courante et le Khédive, jugeant de mes aptitudes m’employait à la récupération des œuvres d’art…Nous vendions tous les objets saisis. Curieuse époque. Elle aura fait de moi un individu peu reluisant. Indic, pillard, assassin peut-être. Je n’étais pas plus méchant qu’un autre. J’ai suivi le mouvement, voilà tout. Je n’éprouve pour le mal aucune attirance particulière. »
Quand plus tard il est envoyé en mission pour infiltrer un réseau de résistants, il lui arrive de ne plus savoir qui il est ; songeant au lieutenant de ce réseau :
« Lui dire la vérité ? Laquelle au juste ? Agent double ? ou triple ? Je ne savais plus qui j’étais. »
D’autant plus que ce réseau lui demande d’espionner ceux là même pour qui il travaille !
Un avenir incertain s’offre à notre faux héros …
Un roman déroutant qui met mal à l’aise et qui dérange de par son ironie constante.


La Peste
La Peste
par Albert Camus
Edition : Poche
Prix : EUR 6,30

5.0 étoiles sur 5 La fraternité dans une lutte sans espoir., 20 décembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Peste (Poche)
La Peste/Albert Camus
Publiée en 1947, cette chronique de la vie quotidienne tenue par le Dr Rieux durant une épidémie de peste à Oran au temps de l’Algérie française dans les années 40 a valu à Albert Camus le Prix Nobel de littérature en 1957.
J’avais vingt ans lorsque j’ai lu ce chef d’œuvre la première fois. Je le relis cinquante ans plus tard et vois les choses beaucoup plus richement.
Tout commence par la mort massive des rats de la ville au point qu’il faille installer des zones d’incinération de tonnes de rats.
La peste étant déclarée, les autorités décident de fermer la ville en l’isolant du reste du monde.
Les images classiques du fléau reviennent en mémoire pour le Dr Rieux :
« Une tranquillité si pacifique et si indifférente niait presque sans effort les vieilles images du fléau, Athènes empestée et désertée par les oiseaux, les villes chinoises remplies d’agonisants silencieux, les bagnards de Marseille empilant dans des trous les corps dégoulinants, la construction en Provence du grand mur qui devait arrêter le vent furieux de la peste, Jaffa et ses hideux mendiants, les lits humides et pourris collés à la terre battue de l’hôpital de Constantinople, les malades tirés avec des crochets, le carnaval des médecins masqués pendant la Peste Noire, les accouplements des vivants dans les cimetières de Milan, les charrettes de morts dans Londres épouvanté, et les nuits et les jours remplis, partout et toujours, du cri interminable des hommes. »
Après les premiers symptômes, on va assister à la lutte avec persévérance contre le mal malgré les échecs, l’espoir suscité par le nouveau vaccin, les agonies, les enterrements, les incinérations. Rieux se livre à une analyse des comportements car dans la population les réactions sont mitigées :
« Personne n’avait encore accepté réellement la maladie. La plupart étaient surtout sensibles à ce qui dérangeait leurs habitudes ou atteignait leurs intérêts. Ils en étaient agacés ou irrités et ce ne sont pas là des sentiments qu’on puisse opposer à la peste. Leur première réaction, par exemple, fut d’incriminer l’administration. »
L’égoïsme, la méfiance, la douleur des séparations, la critique de l’administration, l’élan vers la foi ou vers les jouissances et les tentatives d’évasion vont peu à peu se dissiper pour que naisse une belle solidarité.
« Il n’y avait plus alors de destins individuels, mais une histoire collective qui était la peste et des sentiments partagés par tous. Le plus grand était la séparation et l’exil, avec ce que cela comportait de peur et de révolte. »
« Sans mémoire et sans espoir, ils s’installaient dans le présent. La peste avait enlevé à tous le pouvoir de l’amour et même de l’amitié. Car l’amour demande un peu d’avenir, et il n’y avait plus pour nous que des instants. »
Le Dr Rieux : « il savait que pour une période dont il n’apercevait pas le terme, son rôle n’était plus de guérir. Son rôle était de diagnostiquer. Découvrir, voir, décrire, enregistrer, puis condamner, c’était sa tâche. Il n’était pas là pour donner la vie, il était là pour ordonner l’isolement »
Parmi les personnages de cette chronique j’ai retenu le père Paneloux dont l’action spirituelle resta de peu d’effets contre le fléau bien que la population assistât nombreuse aux prêches de cet homme de cœur qui s’interrogeait au pied du mur, fidèle à cet écartement dont la croix est le symbole, face à face avec la souffrance d’un enfant : « Mes frères, l’instant est venu. Il faut tout croire ou tout nier. Et qui donc, parmi vous, oserait nier ? »
Les autres personnages sont intéressants : Grand, modeste employé, héros effacé qui se comportera comme un saint, le journaliste Rambert qui ne pense qu’à sa maîtresse restée à Paris et qui pourtant renoncera à s’évader par solidarité. Il avouera : « Il peut y avoir de la honte à être heureux tout seul ! »
Et puis Tarrou, l’intellectuel qui observe, crie et se révolte devant la souffrance et va combattre le fléau avec les autres.
Et Rieux de conclure avec optimisme : « On apprend au milieu des fléaux qu’il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser. »
Il convient de dire que Albert Camus a toujours considéré son œuvre comme une allégorie illustrant la lutte de la résistance européenne contre le nazisme. » L’occupation allemande est la peste qui symbolise le mal physique et moral et la ville fermée l’univers concentrationnaire.
En bref, « La Peste » met en lumière la portée humaniste de l’œuvre de Camus.
Question style, Camus dans son exigence de probité et avec une sobriété toute classique, accorde la première place aux idées. Son style est donc neutre, impersonnel, monotone.
Ce livre fait partie des incontournables qu’il faut lire en prenant le temps de méditer en s’imaginant soi-même dans la ville en quarantaine.
Un très beau livre.


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