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Gerard Muller "médicactus" (Nouvelle Caledonie)
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Retour à Killybegs
Retour à Killybegs
par Sorj Chalandon
Edition : Poche
Prix : EUR 7,10

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Un récit haletant et hallucinant !, 17 mars 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Retour à Killybegs (Poche)
Retour à Killybegs// Sorj Chalandon// Grand Prix du roman de l’Académie Française 2011
Avant de se plonger dans la lecture de ce récit passionnant et très bien écrit, il convient pour comprendre les tenants et les aboutissants de cette histoire de faire un bref résumé historique concernant l’Irlande.
Dès le début de la période historique (VIè siècle av. J.C.), l’Irlande est une terre celtique dont le peuple parle le gaélique. Les Celtes sont arrivés principalement d’Espagne et ne seront jamais colonisés en Irlande par les Romains.
Au cours du IV é siècle la christianisation s’étend sous l’action de Padraig ( Saint Patrick).
Au IX é siècle ont lieu les invasions des Vikings qui ravagent l’îlet massacrent les habitants.
Puis c’est la conquête anglaise et la couronne anglaise domine toute l’île à partir de 1494. En 1541, Henri VIII, protestant, se proclame roi d’Irlande.
Une première révolte contre l’envahisseur se déclare en 1641 matée par Cromwell. La moitié de la population est massacrée (Drogheda et Wexford).
Les lois anticatholiques de Guillaume III sont promulguées en 1695.
Nouveau soulèvement en 1798 avec la première République de Connaught. La réaction anglaise est terrible et en 1800 l’Acte d’Union rattache totalement l’Irlande au Royaume Uni.
Création en 1905 du front de résistance Sinn Féin.
En 1916, c’est l’insurrection de Pâques à Dublin qui proclame la République avec James Connoly. Les anglais écrasent cette nouvelle révolte mais un nouveau soulèvement survient en 1918 qui va durer trois ans.
Le traité de Londres en 1921 après négociations aboutit à la partition de l’île avec un dominion catholique Irish free state et l’Ulster protestant. Ce traité ratifié par le Dàil Éireann, mais rejeté par la majorité de la population.
D’où une guerre civile irlandaise jusqu’en 1923 opposant les partisans d’une indépendance complète aux adeptes d’un compromis avec la couronne anglaise. Ce sont les premiers, vainqueurs de la guerre civile qui prenne le pouvoir.
Mais en 1932, les opposants du Fianna Fàil, menés par Éamon de Valera remportent les élections et Valera abolit le traité d’allégeance.
C’est en 1949 qu’est proclamée la République d’Irlande qui quitte aussitôt le Commonwealth.
L’Ulster de majorité protestante, reste au sein de la couronne.
Les heurts entre cette majorité et la minorité catholique ne cesseront jamais et prirent particulièrement de l’ampleur de 1960 à 1998, année qui sera marquée par un accord entre les deux communautés. (Accord du Vendredi Saint ou de Belfast qui est signé par les deux Irlandes et le Royaume Uni)
L’histoire de Tyrone Meehan qui est le narrateur, né en 1925, commence peu à près sa naissance quand il doit subir les violences physiques de son père Padraig, gueule cassée et regard de glace, alcoolique invétéré et homme brutal avec son entourage.
« Ancien de l’IRA, vétéran légendaire, grande gueule magnifique, conteur de veillée, chanteur de pub, joueur de hurling, le plus grand buveur de stout jamais né sur cette terre du Donegal… »
Avant de devenir méchant, il fut un poète irlandais. De rares moments d’attention surviennent qui marque nt l’enfance de Tyrone :
« Une fois, sur le chemin du retour de promenade, il a pris ma main. Et moi, j’ai eu mal. Je savais que cette main redeviendrait poing, qu’elle passerait bientôt du tendre au métal. Dans une heure ou demain et sans que je sache pourquoi. Par méchanceté, par orgueil, par colère, par habitude. J’étais prisonnier de la main de mon père. Mais cette nuit-là, mes doigts mêlés aux siens, j’avais profité de sa chaleur ? »
À la mort du père , la famille au complet quitte Killybegs, tout au nord-ouest de l’Irlande, passe la frontière et s’installe chez l’oncle Lawrence Finnegan, frère de sa mère, à Belfast.
Les ennuis pour les catholiques de Belfast commencent en 1941 et n’auront de cesse.
Tyrone va connaître la prison, la liberté puis encore la prison.
Nous sommes en 2006 et Tyrone fait le pèlerinage à Killybegs. Mais ce n’est pas un retour comme on aurait pu s’y attendre. Il a trahi ses compagnons et ses idéaux, et peu à peu le lecteur découvre le piège dans lequel il est pris et dont les mailles se resserrent en une suspense allant crescendo.
Dans un style d’une grande sobriété et parfaitement maitrisé, l’auteur par la bouche de Tyrone nous conte cette histoire chargée d’émotion et de violences. L’horreur atteint des sommets au cours des emprisonnements successifs de Tyrone.
« En mars 1978, battus chaque fois qu’ils allaient à la douche, les gars ont brisé leur mobilier et refusé de sortir des cellules. En représailles, les gardiens ont tout vidé, ne laissant que les matelas sur le sol. Quelques jours plus tard, ils n’ont plus sorti les tinettes. Lorsqu’elles ont débordé, les soldats républicains ont décidé de pisser par terre, de chier dans leurs mains et de répandre leurs excréments sur les murs. Lorsque je suis entré au bloc H4 du camp, le jeudi 1er novembre 1979, cela faisait trois ans que trois cents camarades étaient nus dans leur couvertures (ils refusaient de porter le costume carcéral anglais) et vivaient dans leur m***. » Hallucinant !

L’incompréhension entre Tyrone revenu à Killybegs en 2006 et son fils Jack tout jeune soldat de l’IRA est un moment particulièrement pathétique :
« Il a froncé les sourcils. Il semblait ne pas comprendre. À reculons, il a pris le chemin qui mène à la route. Sans un mot. Il est parti de face. Il quittait la maison, son enfance, le vieux puits, la flamme caressante des bougies, les lutins, la forêt, il quittait le village de ses ancêtres, son père, toute l’Irlande que je lui avais donnée. Il marchait les bras écartés. Il trébuchait sans voir. Mon enfant, mon fils, mon petit soldat. Il pleurait. Il était bouche ouverte en masque de souffrance. Il fuyait. Il se sauvait de moi. »
31 décembre 2006 : Tyrone le « traître » a 81 ans ; il est un homme traqué dans la cabane familial de Killybegs. Il écrit tout ce qui lui passe par la tête, ses mémoires et ses réflexions en quelque sorte ; sa femme Sheila qui réside à distance à Strabane en raison du danger, vient avec le nécessaire pour fêter le réveillon. Un moment de paix et de grande émotion, une cérémonie douloureuse. Avant l’issue inéluctable…
Un grand livre logiquement couronné par l’Académie française.


Trésors de la musique Baroque Italienne (Coffret 4 CD)
Trésors de la musique Baroque Italienne (Coffret 4 CD)
Prix : EUR 8,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Un coffret précieux, 16 mars 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Trésors de la musique Baroque Italienne (Coffret 4 CD) (CD)
Italiano Barocco : trésors de la musique baroque italienne/Chœurs & ensemble Balthasar Neumann/Thomas hengelbrock/DHM/4 CD
Si vous aimez la musique baroque vocale, précipitez-vous sur ce recueil de compositeurs à peu près inconnus hormis Monteverdi, Vivaldi, Pergolèse, et à un degré moindre Caldara, Lotti, Legrenzi et Gabrieli. Les autres, c’est une découverte, les Giramo, lambardi, Ortiz, Vecchi, Rossi, Merula, Gastoldi, Croce, Grandi, Durante, et Astorga.
Des interprétations somptueuses de musique de première écoute : environ quatre heures d’écoute avec des moments sublimes comme « Lumi Potet Piangere » de Giovanni Legrenzi (1626-1690) et « O Jesu Mi Dulcissime » de Giovanni Gabrieli (1555-1612). Ou encore « Dixit Domine » de Monteverdi (1567-1643) et le « Magnificat » de Cavalli. Sans oublier le « Confitebor Tibi Domine » de Pergolèse (1710-1736) et la magnifique polyphonie du « Miserere Mei Deus « de Lotti (1667-1740) qui vous donnera le frisson.
En complément, le célèbre concerto N°10 de l’opus 3 « Estro Armonico » et pour finir le sublime « Crucifixus « de Antonio Caldara (1670-1736).
Thomas Hengelbrock peut être considéré comme le re-découvreur d’œuvres tombées dans l’oubli comme celle de Lotti . Pour notre bonheur et notre plaisir.


Le Chemin des écoliers
Le Chemin des écoliers
par Marcel Ayme
Edition : Poche

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 À Montmartre pendant l'Occupation..., 13 mars 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Chemin des écoliers (Poche)
Le chemin des écoliers/Marcel Aymé
Dans le Montmartre de l’Occupation, Michaud gère au mieux son affaire immobilière avec son associé Lolivier, pour subvenir aux besoins frugaux de sa femme et de ses trois enfants. Les affaires sont plutôt modestes :
« Dans ces rues sans vie qui ne leur apportaient plus de sève, les grands immeubles d’affaires faisaient déjà penser à des forteresses déclassées et le quartier semblait se survivre, d’un effort déclinant, dans une aube de dimanche éternel. Au milieu de cette léthargie, Michaud rêvait parfois aux vastes cités englouties dans les siècles, aux orgueilleuses Babylones où la vie découragée avait perdu ses habitudes et renoncé enfin à disputer l’espace aux palais éboulés. »
Dés l’entame, le beau style incisif, satirique et polémique de Marcel Aymé court avec délice le long des lignes de ce récit aux allures peu à peu picaresques où s’entrecroisent nombre de personnages pittoresques.
« Nos petites infamies fourrées de silence et les autres, c’est notre modeste partie dans le concert de la grande infamie, celle des hommes, des nations, des troupeaux. Et ce monde là, c’est fait, il va crever, il est en train, il se tortille dans les affres. Sous un ciel bas, plombé d’épouvante et de résignation imbécile, on l’entend hurler son agonie, râler ses fureurs suicidaires, pousser au cul de la mort en rythmant les sanglots de son De profondis hystérique, et c’est bien reposant de penser que l’humanité s’est condamnée sans espoir. »
Et les portraits de personnages dressés par l’auteur sont imagés au point qu’ on a l’impression d’avoir le personnage devant soi comme par exemple Josy, l’artiste manquée, la femme de Lolivier, l’associé de Michaud ;
« L’ancienne jolie fille qui , à la cinquantaine passées ne renonçait pas à ses ambitions de carrière, était maintenant une créature décharnée et les sept péchés capitaux et d’autres auxquels l’Église n’a peut-être pas pensé, étaient inscrits dans les plis et dans les poches de son visage. Malgré sa maigreur, elle était affligée de gibbosités graisseuses…Pour le corps, pas de fesse, la jambe sèche et la cuisse aussi, mais un ventre pointu et de lourdes mamelles fluides, vagabondes… »
Un personnage retient l’attention : Malinier, l’archétype du collabo fasciste antisémite, qui oscille entre sa haine de l’Allemand et sa gratitude pour les bienfaits de l’hitlérisme. Sa conversation houleuse au sujet de la notion de patrie avec Coutelier, l’inspecteur d’académie bien-pensant est révélatrice d’un état des esprits en France à cette époque.
Bien loin de leurs préoccupation la notion de patrie : pour Yvette par exemple, la maîtresse d’Antoine, fils cadet de Michaud, , le patriotisme n’est qu’un résidu sentimental de l’histoire dont il faut se méfier. Antoine, lui, est dans le doute d’autant plus que son père, sans aller jusqu’à exalter la patrie française face à l’occupant conserve le respect de certaines valeurs.
On découvre les petites histoires d’amour des adolescents que sont Antoine, élève de classe terminale en mal d’émancipation et qui vit d’un marché noir lucratif et Paul son condisciple, l’un avec Yvette jeune femme de 26 ans, aguicheuse au possible, dont le mari est retenu prisonnier en Allemagne, l’autre avec Flora, belle plante dans la fleur de l’âge.
Michaud lui aime sa famille mais ne la voit pas. Il est un père nourricier, mais jamais le père spirituel qu’il devrait être. Rêveur, il se livre sans cesse à des élucubrations sur la guerre en cours et mise sur une victoire contre l’occupant. Lorsqu’il s’éveille à la réalité sans avoir vu grandir ses enfants, il découvre que Antoine a une maitresse et Frédéric son aîné milite au parti communiste.
Chacun voit et vit le drame de la France occupée à sa façon selon ses préoccupations et Lolivier se confie à Michaud :
« La France envahie, les discours d’Hitler, de Churchill, la guerre en Russie, ça existe, mais la vie, la vraie, celle qu’on vit, c’est la bagarre avec la mégère, les coups de gueule, l’angoisse, la méfiance, les crachats du garçon qui vous arrivent en pleine gueule…Roosevelt peut sourire au ciel de nos destinées et Hitler occuper Tombouctou, j’ai ma petite vie bien à moi et qui ne me laisse pas le temps de rêver. »
Les manigances féminines d’Antoine avec Yvette et de son père avec Olga, chacun de leur côté, vont créer des situations rocambolesques au seuil du comique
L’auteur sait aussi user de l’humour : Michaud lors d’une virée au bar du coin fréquenté également par son fils, fait donc une rencontre et pour lui, « Olga se trouve associée aux plus hautes valeurs de la civilisation occidentale et la nécessité de coucher avec elle s’impose presque comme une démarche de la pensée démocratique et socialiste. » Michaud est loin de se douter de la vérité concernant cette Olga.
Ce bon roman est avant tout une peinture de mœurs parisiennes petits bourgeois en une époque très particulière de la seconde guerre mondiale, celle de l’Occupation, époque qui voit sévir une morale à géométrie variable et dont la relativité est habilement mise en évidence par l’auteur. Une page d’histoire sociale mise en scène avec art par Marcel Aymé qui tout au long de ce roman fera montre d'une grande tendresse à l'égard de ses personnages, même de Malinier.


Le Parnasse Français
Le Parnasse Français

5.0 étoiles sur 5 Et le baroque français ..., 11 mars 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Parnasse Français (CD)
Le Parnasse français : Marin Marais/Jean-Féry Rebel/François Couperin/Jean Marie Leclair/Reinhard Goebel/Musica Antiqua Köln
Peu de choses à ajouter au commentaire très riche de Mélomaniac.
Seulement pour ajouter que la musique baroque française a aussi son charme : il n’y a pas que les italiens qui en composèrent. Tout le monde connaît Marin Marais (1656-1728) depuis le film « Tous les matins du monde », pour ces pièces pour viole et sa « Suite d’un goût étranger » , mais la musique proposée dans ce CD est assez différente, avec la « Sonnerie de Sainte Geneviève du Mont de Paris » et la Sonate à la Marésienne.
De même Leclair (1697-1764) est surtout connu pour ses sonates pour flûte : les deux ouvertures interprétées ici sont d’un style également différent.
François Couperin (1668-1733) plus connu pour son œuvre d’orgue, ses Apothéoses, son concert des Nations, ses Concerts Royaux, est ici représenté par sa Sonate « La Sultane.
On sera aussi heureux d’entendre JF Rebel (1666-1747), compositeur un peu moins connu, « Les Éléments », avec sa pièce « Tombeau de Monsieur de Lully.
Un CD bien représentatif du goût français baroque.


Orphée et Eurydice (chorégraphie Pina Bausch)
Orphée et Eurydice (chorégraphie Pina Bausch)
DVD ~ Christoph Willibald Gluck & Pina Bausch
Prix : EUR 26,99

5.0 étoiles sur 5 Envoûtant., 10 mars 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Orphée et Eurydice (chorégraphie Pina Bausch) (DVD)
Orphée et Eurydice/C.W.Gluck/Dance opéra par Pina Bausch chorégraphe.Ballet de l’Opéra national de Paris/Thomas Hengelbrock/DVD
Un moment inoubliable de perfection esthétique : c’est en 1975 que Pina Bausch eut l’idée géniale de transformer l’opéra de Gluck en un opéra dansé mettant en avant ainsi l’intensité fusionnelle des époux Orphée et Eurydice.
Créée donc en 1975, puis délaissé un temps, cet opéra-danse a été présenté à nouveau au Palais Garnier en 2008.
Le dédoublement astucieux des rôles, avec un interprète dansant et l’autre chantant est une réussite.
Une poésie indicible émane de cette histoire d’amour mythique et tragique et la gestuelle, les éclairages, la musique de Gluck, tout est au rendez-vous pour faire de ce DVD un indispensable.
À noter la qualité de la présentation du DVD dans un album avec photos et biographie.
Magnifique.


La symphonie pastorale
La symphonie pastorale
par André Gide
Edition : Poche
Prix : EUR 6,20

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Le bien et le mal: une lutte sans merci ., 9 mars 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : La symphonie pastorale (Poche)
La symphonie pastorale/André Gide (1869-1951)
Né en 1869 à Paris, Gide reçu dès son enfance une culture protestante très stricte où prime la morale de l’effort. Dès ses études classiques terminées, il se met à l’écriture et publie à compte d’auteur un premier roman à 22 ans.
Il a reçu le prix Nobel de littérature en 1947 pour l’ensemble de son œuvre.
Je relis souvent cette nouvelle comme j’écoute une symphonie de Beethoven, et pourquoi pas la N°6. C’est comme un besoin de lire un texte essentiel, épuré de tout artifice et au fond bouleversant.
On peut se contenter de lire cette brève et belle histoire au premier degré en se laissant transporter par la dramatisation qui va crescendo. Car effectivement ce chef d’œuvre de la littérature du XXé siècle ne peut que séduire tout lecteur sensible au beau style de Gide et la qualité technique de la narration.
Mais il me paraît aussi essentiel de se poser les questions qui en découlent à savoir quelle perception les aveugles ont du monde matériel, des formes, des couleurs, de l’origine des sons, de la beauté…
Le passage où Gertrude fait part au pasteur de son idée que le chant des oiseaux est celui de la lumière liée à la chaleur est à ce sujet révélateur.
Celui où Gertrude lui demande : « Est-ce que je suis jolie ? » Et le pasteur de répondre : « Que t’importe de le savoir ? » est particulièrement émouvant.
Gertrude, aveugle donc, et aussi quasiment muette du fait que feue sa grand–mère avec qui elle demeurait était sourde et muette fait de rapide progrès grâce à la patience du pasteur. Admirons le style précis et fluide de Gide :
« C’est que ses progrès furent d’une rapidité déconcertante : j’admirais souvent avec quelle promptitude son esprit saisissait l’aliment intellectuel que j’approchais d’elle et tout ce dont il pouvait s’emparer, le faisant sien par un travail d’assimilation et de maturation continuel. »
Le pasteur va connaître tous les tourments consécutifs à sa prise en soins de Gertrude, d’abord une certaine jalousie de sa femme et puis lui même une jalousie insidieuse et inavouable quand il découvre son fils aîné Jacques guidant les doigts de Gertrude sur l’harmonium de l’église.
La nature équivoque des sentiments qu’éprouve le pasteur à l’égard de Gertrude ne laisse pas de provoquer en lui le tourment le plus profond. A-t-il conscience de la nature du sentiment qui le lie à Gertrude et se ment-il à lui-même pour ne pas le reconnaitre ?
Le cocon de bonheur dans lequel le pasteur a enveloppé Gertrude depuis le début est-il vraiment bénéfique pour la jeune fille ?
« Hôtesse de ce corps opaque, une âme attend sans doute, emmurée, que vienne la toucher enfin quelque rayon de votre grâce, Seigneur ! Permettrez-vous que mon amour, peut-être, écarte d’elle l’affreuse nuit ?... »
Plus tard, Gertrude confie au pasteur : « Tout le bonheur que je vous dois me paraît reposer sur de l’ignorance…Je ne veux pas d’un pareil bonheur. Je ne tiens pas à être heureuse. Je préfère savoir…Je crains, voyez-vous, que le monde entier ne soit pas aussi beau que vous me l’avez fait croire… »
Puis il y a la soirée du 19 mai…Le pasteur est perdu et se tourne désespérément et dans un appel pathétique vers son Seigneur :
« Seigneur, je ne sais plus…Je ne sais plus que Vous. Guidez-moi. Parfois il me paraît que je m’enfonce dans les ténèbres et que la vue qu’on va lui rendre m’est enlevée…Seigneur, il m’apparaît parfois que j’ai besoin de son amour pour vous aimer. »
Un des joyaux de la littérature française où se mêlent les sentiments les plus troubles et les plus divers dans une lutte entre le bien et le mal. J'ajouterai que ce roman peut aussi être considéré comme une réflexion parabolique sur le bonheur.


A l'heure où les hommes vivent
A l'heure où les hommes vivent
par Delphine de Malherbe
Edition : Broché
Prix : EUR 17,00

3.0 étoiles sur 5 un roman d'aujourd'hui., 8 mars 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : A l'heure où les hommes vivent (Broché)
À l’heure où les hommes vivent/Delphine de Malherbe
Au début, Franck Steiner, chercheur en psychologie au CRNS, voit brûler accidentellement ( !) sa maison à Vincennes et cet événement va bouleverser sa vie. De rencontres en rencontres il va se poser des questions existentielles essentielles sur les besoins, le désir, l’ambition, le bonheur.
Tour à tour, l’auteur évoque le heurt des générations entre Franck et sa fille Alex, révoltée contre le système, l’usure du couple avec Elisa sa femme, la crise mondiale, et à quoi mesure t-on la réussite d’une vie …etc. Un amoncellement de questions qui restent sans réponses. Ce roman est sans profondeur tout en n’étant pas désagréable à lire. Mais il laisse une sensation de fadeur de vacuité et de décousu.
C’est un lieu commun de faire comprendre que Facebook allie l’exhibitionnisme et le voyeurisme. Tout le monde le sait.
Les dialogues sont souvent plats :
Le père à sa fille: « Tu es tout le temps scotché sur Facebook, Twitter, Instagram…Tu es complètement dépendante de ton écran, des profils des gens…Tu suis même les gens dont tu n’as rien à faire. C’est comme dans un feuilleton. »
Une rengaine souvent entendue dans les familles de nos jours.
Les personnages sont à peine esquissés, et notamment Franck le personnage central, antipathique au possible, dont on n’a aucune idée de ce à quoi il ressemble.
Le style tout en étant travaillé reste assez impersonnel et commun.
J’ai eu l’impression tout au long de cette lecture de ne pas savoir où l’auteur voulait en venir.
Et puis, quoique ce soit la mode actuelle, les nombreux anglicismes finissent par fatiguer.
Dans le positif, je citerai le tour de force de l’auteur, qui est donc une femme, de raconter cette histoire dans la peau d’un homme à la première personne.
En définitive la sagesse revient à Georges Brassens cité par Yvan le père de Franck, personnage le plus sympathique :
« Gloire à qui n’ayant pas d’idéal sacro-saint, se borne à ne pas trop emm****** ses voisins. »
Quelques bons passages méritent d’être cités.
Yvan d’ajouter : « L’aventure de la vie est bien plus vaste que l’étroitesse d’une carrière réussie… »
Et s’adressant à son fils : « Je te souhaite la réussite, celle qui te permettra le développement de ta réelle individualité sans avoir été hostile aux autres. Mieux, en leur ayant été peut-être utile…Tu dois d’abord être quelqu’un avant de te battre contre des idées…Quelqu’un qui critique avant d’avoir construit est un imbécile, comme ces gens qui coupent la parole à tout bout de champ pour se donner de l’importance. Ils ont des avis sur tout parce qu’ils ne sont rien et trahissent leur vacuité dès qu’ils ouvrent la bouche. Celui qui sait se tait, à moins qu’on ne lui pose une question. »
En résumé un roman moderne qui me laisse perplexe comme nombre de lecteurs que j’ai rencontrés.


Les cellules souches, porteuses d'immortalité
Les cellules souches, porteuses d'immortalité
par Nicole Le Douarin
Edition : Broché
Prix : EUR 33,90

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 passionnant de bout en bout et facile à lire avec une petite base en biologie., 4 mars 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Les cellules souches, porteuses d'immortalité (Broché)
Les cellules souches porteuses d’immortalité/Nicole Le Douarin
Le passionnant sujet abordé dans cet excellent ouvrage de vulgarisation se situe à la pointe de la recherche actuelle en biologie moléculaire et cellulaire avec ses implications en médecine, une médecine qui de réparatrice deviendra régénératrice.
En biologie, une cellule souche est une cellule indifférenciée se caractérisant par la capacité à engendrer des cellules spécialisées par différenciation cellulaire et une capacité à se maintenir par prolifération dans l'organisme (auto-renouvellement) ou, indéfiniment, en culture. Les cellules souches sont présentes chez tous les êtres vivants multicellulaires. Elles jouent en effet un rôle très important dans le développement des organismes ainsi que dans le maintien de leur intégrité au cours de la vie.
Voilà la définition donnée par Wikipedia pour éclairer ceux qui seraient encore dans l’ignorance de cette merveille de la nature dont la saga a débuté il y a dix ans.
Rentrons à présent plus en détail dans cet ouvrage de plus de 400 pages, de façon très schématique et résumée.
Nicole Le Douarin compare ces cellules à une véritable « fontaine de jouvence » :
« Dans le secret de nos organes, une « fontaine de jouvence » renouvelle régulièrement nos tissus tout au long de notre vie. Ce processus de rajeunissement est assuré par des cellules qui prolongent, chez l’adulte, des propriétés rencontrées chez l’embryon : les cellules souches. »
Cette fonction régénérative de ce type de cellules dites soit pluripotentes soit totipotentes, leur confère un potentiel d’immortalité.
« L’immortalité n’apparaît plus comme l’au-delà de la vie mais comme sa première modalité, inscrite dans le pouvoir qu’ont certaines cellules de se reproduire indéfiniment à l’identique. »
Mais pour l’instant, en laboratoire, les cellules souches dérivées d’embryons précoces n’ont fait l’objet d’aucun essai thérapeutique chez l’homme, bien que ceux réalisés chez la souris se révèlent encourageants.
Il ne faut pas perdre de vue que les applications thérapeutiques en perspective suscitent des enjeux éthiques considérables.
L’auteur après ces mises au point, nous présente les travaux anciens (1712-Réaumur)(1744-Trembley) (1777-Bonnet) concernant l’hydre d’eau douce et la planaire qui peuvent reconstituer un individu complet à partir d’un de leurs fragments, et la salamandre et le triton qui peuvent remplacer leurs pattes, leur queue, leurs mâchoires et leurs yeux. Les cellules souches paraissent capables d’une activité prolifératrice ininterrompue ; elles confèrent donc à l’hydre une sorte d’immortalité.
Chez les animaux supérieurs, l’évolution a aboli le pouvoir de régénérer mais pas celui de réparer.
1828 : une année capitale : Théodore Schwann et Mathias Schleiden démontre que la cellule est l’unité de base du vivant. Cette découverte va permettre de mieux comprendre les mécanismes dont ni Réaumur ni Trembley n’avait pu tirer de théorie générale. Ainsi le rôle des néoblastes, véritables cellules douées du pouvoir de reconstruire les parties manquantes d’un ver par exemple, dans la régénération va être établi par Baguna.
Les travaux de recherche sur la totipotence des néoblastes vont se poursuivre sur la drosophile, travaux qui vont montrer que ces néoblastes sont comme les cellules embryonnaires précoces de l’œuf.
Le phénomène de dédifférenciation va être mis en évidence également qui permet aux cellules de reprendre une activité prolifératrice. Elles acquièrent ainsi un nouveau programme de développement.
Alors se pose la grande question : comment rendre aux fibres musculaires des mammifères leur pouvoir de régénération perdu !
Et l’on est parvenu à faire retourner des cellules musculaires de mammifères (Souris) à l’état de cellules souches pluripotentes. Ainsi c’est à des fins thérapeutiques que l’on tente de mettre au point les techniques de réactivation des potentialités régénératrices normalement inhibées, ce qui laisse entrevoir des possibilités de régénérer un jour les organes humains lésés.
Plus fort encore : les travaux sur le poisson zèbre ont montré qu’il est capable de régénérer son cœur en plus des ses nageoires, sa rétine, et sa mâchoire.
À quand pour l’homme un renouvellement des cardiomyocytes ?
Il apparaît en définitive que la perte de potentialités est liée à l’individualisation ce qui fait dire à l’auteur que « tout se passe comme si la vie limitée dans le temps par la mort était le prix à payer pour bénéficier du privilège d’être un individu unique.
L’auteur aborde ensuite la physiologie de la cellule. Il faut bien voir que la mort des cellules joue un rôle aussi important que leur prolifération dans la construction du vivant. Dans chaque cellule vivante, il existe un programme génétique de mort qui s’il est mis en œuvre entraine la disparition de celle-ci. C’est ce que l’on appelle l’apoptose qui répond à un programme strictement intrinsèque immuable de la cellule. Les travaux de Horvitz et de Vaux ont permis de voir que ce sont les mitochondries cytoplasmatiques qui ont un rôle décisif dans ce processus.
Il faut savoir que le poids des cellules qui se suicident chaque année équivaut à celui de notre corps. Mais nous conservons les mêmes neurones toute notre vie alors que les cellules sanguines sont constamment renouvelées.
Les recherches sur la vie et la mort des cellules ont permis de comprendre les mécanismes responsables de plusieurs maladies. En effet, il est établi que le blocage anormal du suicide cellulaire constitue une étape décisive dans la transformation d’une cellule normale en cellule cancéreuse.
Les notions d’ADN dit non codant, de promoteur du gène, d’ARN messager sont développées ensuite pour la compréhension des phénomènes. Les travaux des embryologistes comme Ernst Haeckel ont permis de comprendre nombres de phénomènes liés à la vie cellulaire.
Ce qui est extraordinaire c’est que « un mammifère, un oiseau ou une mouche sont le produit du pouvoir organisateur contenu à l’origine dans une cellule unique. On ne peut qu’être frappé par la complexité extrême de ce qui est probablement la manifestation la plus spectaculaire du vivant. Le destin programmé dans l’œuf, dès lors que les deux gamètes mâle et femelle se sont rencontrés, constitue un des problèmes les plus fascinants posés aux biologistes. »
Les cellules communiquent entre elles : ce sont ces relations mutuelles qui permettent le développement d’un organisme. Les communications entre les cellules ont pour résultats leur spécialisation et la division des tâches au profit de l’ensemble : l’organisme.

Tout un chapitre d’embryologie est alors proposé par l’auteur afin de comprendre les conséquences de la théorie cellulaire formulée par Schwann et Schleiden en 1839. Les travaux de Weissmann de 1876 à 1892 sur le rôle du matériel nucléaire porteur des caractères héréditaires vont éclaircir l’horizon avec les notions de soma et de germen expliquant comment le génotype conditionne le phénotype.
Ce qui est assez dérangeant, c’est que « le corps de l’individu (soma) n’est qu ‘un moyen de conserver et de transmettre l’information contenue dans le noyau des cellules germinales (germen). Il n’est donc qu’un relais éphémère dans l’histoire des espèces qui se perpétuent par le germen. »
Aujourd’hui, à l’heure de la biologie moléculaire et du génie génétique, il apparaît que le fonctionnement du génome est essentiel pour comprendre le vivant, tant dans son harmonie que dans ses dysfonctionnements.
« Les dérèglements de la multiplication des cellules, de la mort cellulaire et de l’état différencié sont à l’origine des cancers. Les causes de ces erreurs sont multiples et elles ne pourront être maîtrisées que lorsque les mécanismes de la différenciation seront bien compris. »
Il est important de retenir que la totipotence du noyau ne subsiste qu’aux stades précoces de l’ontogénèse.
Lorsque la culture de l’œuf et de l’embryon de mammifère est devenue possible dans le début des années 80, on a réussi la production de cellules souches embryonnaires (1981), la PMA, puis le clonage d’une brebis (1996).
Les notions d’ARN double brin, d’ARN non codant, d’ARN intérférent jouent un rôle majeur dans la régulation de l’activité des gènes et par là même dans la protection de ce que les espèces ont de plus précieux, leur code génétique.
L’interférence de l’ARN permet de rendre inactif le matériel génétique des agents infectieux, parasites, bactéries ou virus qui s’introduisent dans les cellules. Elle représente un véritable système immunitaire intracellulaire.
Les ARN interviennent dans la différenciation cellulaire en contribuant au verrouillage de gènes. Ces découvertes ont conduit à des applications thérapeutiques. Il est possible de synthétiser de petits ARN interférents capables de réduire au silence de manière spécifique des gènes choisis.
« Des méthodes font intervenir des virus modifiés, rendus capables de produire l’ARN interférent correspondant à un gène donné. Une manipulation de ce type a permis d’inactiver un carcinogène humain responsable du cancer du pancréas dans un système qui reste pour l’instant expérimental mais qui permet de prévoir une application thérapeutique future. »
Des recherches similaires sont en cours pour le VIH, certains cancers, certaines maladies neurodégénératives et dans la dégénérescence de la rétine (DMA).
Ces travaux ont valu le prix Nobel à Andrew Z.Fire et Craig C.Mello en 2006.
En bref, il s’avère que les cellules souches sont présentes pratiquement dans tous les tissus de l’organisme.
Les travaux sur les cellules sanguines ont été particulièrement révélateurs de la très grande potentialité de la moelle osseuse avec ses cellules souches hématopoïétiques qui sont capables d’autorenouvellement et en même temps de production de progéniteurs multipotents. La validité de l’hypothèse monophylétique de la différenciation des cellules sanguines a été ainsi établie ainsi que l’existence des cytokines qui assurent la survie, la prolifération et la différenciation des catégories de cellules sanguines. (Travaux de Till et Mac Culloch au Canada, Metcalf en Australie et Sachs en Israël)
L’auteur met l’accent ensuite sur l’originalité des cellules souches qui s’autoreproduisent en conservant leur multipotence et peuvent fournir d’autres types de cellules. Les travaux effectués sur la souris sur qui on a effectué des greffes de cellules souches hématopoïétiques laisse augurer un traitement futur chez l’homme de diverses affections auto-immunes comme le diabète de type 1 où les lymphocytes T au lieu de protéger le malade détruisent les cellules insulinogènes, ou comme dans la sclérose en plaques, l’arthrite rhumatoïde et le lupus érythémateux.
La moelle osseuse, la rate et le sang circulant recèlent des sites de cellules souches. Également le cordon ombilical ce qui laisse espérer un jour de pratiquer des greffes autologues en mettant en culture ces cellules que l’on aura conservées par cryogénie.
Les travaux de Howard Green dans les années 80 ont permis d’obtenir en trois semaines, à partir d’un petit fragment de peau d’un patient grand brûlé, suffisamment d’épiderme pour recouvrir la totalité du corps. Aujourd’hui 16 jours suffisent. Le même résultat a été obtenu au niveau des cellules brûlées de la cornée : les patients ont recouvré la vue.
Il existe aussi des cellules souches dans la glande mammaire : peut-être pourra-t-on à moyen échéance trouver une thérapie contre les cancers de cette glande qui sont fréquents. Également dans la paroi gastro-intestinale, et dans le foie, mais là la culture in vitro n’a pas donné de bons résultats.
Ce qu’il convient d’espérer le plus, c’est de trouver la clef qui puisse modifier le destin de la cellule souche sachant que la différenciation dépend des mécanismes de régulation de l’activité des gènes.
Les découvertes les plus récentes montrent l’existence de cellules souches capables de renouveler les neurones du système nerveux central des adultes chez les vertébrés supérieurs. C’est en écoutant le chant des oiseaux que cette découverte a été faite. Sans entrer dans le détail, il apparaît que les oiseaux réapprennent à chanter tous les printemps grâce à des neurones neufs.
Il a fallu se rendre à l’évidence que contrairement à une idée reçue, le dogme de la constance du nombre de neurones chez l’adulte est faux. Il existe notamment une neurogénèse secondaire dans l’hippocampe, centre nerveux impliqué dans la mémoire. Cela a été démontré chez l’homme. Il y a donc des cellules souches neurales, qui sont des précurseurs multipotents doués d’une capacité importante de prolifération.
La conséquence est que la maladie de Parkinson se prête à des thérapies cellulaires par transplantations de cellules embryonnaires. Malheureusement, la médecine reste impuissante pour l’instant pour la maladie d’Alzheimer.
On a découvert récemment que des cellules déterminées peuvent être conduites sous certaines conditions à manifester ou à retrouver un état d’indétermination et de pluripotence qui les rend aptes à générer de nouveau des cellules de plusieurs types. C’est notamment le cas des cellules souches de la moelle osseuse, appelées cellules souches mésenchymateuses. On trouve de ces cellules souches également dans le tissu adipeux humain.
La culture in vitro de ces cellules donne des résultats remarquables et permet d’envisager de les utiliser en thérapie cellulaire. Par ailleurs on a observé une plasticité étonnante de ces cellules souches mésenchymateuses qui peuvent se différencier en cellules sanguines, hépatiques, pulmonaires et intestinales.
On a même pu observer des phénomènes de transdifférenciation, c’est à dire conversion d’un type cellulaire en un autre, passant de ce fait d’un état différencié à un stade plus précoce et moins différencié. La seule barrière est l’origine embryologique : le feuillet doit être le même à l’origine.
À l’heure actuelle, les espoirs mis dans la moelle osseuse comme source de cellules souches à potentialités multiples n’ont pas été confirmés, mais nous n’en sommes qu’au début des recherches.
Par ailleurs, l’étude des cellules souches laisse espérer une thérapie anticancéreuse sélective contrairement à la chimiothérapie et la radiothérapie.
L’utilisation de cellules souches issues d’embryons n’est pas encore opérationnelle chez l’homme pour des raisons essentiellement éthiques.
Les expériences effectuées sur la souris ont montré que les cellules souches embryonnaires sont comme l’œuf, capables de générer une descendance dans laquelle tous les types cellulaires de l’adulte sont représentés.
Toujours sur la souris, on a réussi à obtenir des cellules souches embryonnaires à partir de testicules adultes. Il apparaît qu’en dehors du fait que les spermatogonies produisent des gamètes mâles, elles constituent une réserve de cellules souches.
Des chercheurs japonais ont réussi à transformer des fibroblastes en cellules souches par transgénèse.
(Il est à noter que ces travaux du Dr Yamanaka et son équipe et leurs prolongements effectués en 2007, et notamment la conversion de fibroblastes en neurones en passant par le stade de cellules souches, lui ont valu le prix Nobel de médecine en 2010.)
Cette méthode laisse à penser qu’il sera possible de fabriquer des cellules sur mesure pour chaque patient. Les cellules pluripotentes ainsi produites devraient pouvoir être amenées à se différencier dans le type cellulaire dont le patient a besoin.
On a observé et expérimenté chez la souris que les spermatozoïdes qui se différencient in vitro à partir de cellules souches embryonnaires sont fécondants. Du point de vue de la reproduction, on peut noter que l’établissement de lignées de cellules spermatogoniales génère une source inépuisable de spermatozoïdes provenant du même zygote. La descendance de ce zygote peut donc être virtuellement infinie.
Les lignées de cellules souches spermatogoniales sont potentiellement immortelles. Il en résulte que le même génotype paternel peut être à l’origine d’une descendance virtuellement indéfinie. Les descendants provenant de ces lignées cellulaires sont issus d’un père qui n’aura tout au plus vécu que sous la forme d’une culture de cellules souches embryonnaires sans jamais avoir eu d’existence en tant qu’individu !!
L’auteur aborde ensuite le clonage. À ce jour à part la brebis Dolly, un seul chien a été cloné en Corée du Sud, et un premier chat en 2001 au Texas. C’est ce que l’on appelle le clonage reproductif.
Cette technique n’a pas encore donné les résultats attendus : seul environ 1% des cas expérimentés ont donné un être viable.
Chez l’homme, des tentatives ont été menées en Angleterre et en Corée du Sud où le clonage par transfert nucléaire à visée thérapeutique (et non reproductif) est autorisé. Elles ont jusqu’ici été négatives. Le but poursuivi et de reproduire des cellules souches embryonnaires à partir d’un ovocyte muni d’un noyau somatique permettant de disposer de cellules spécifique d’un patient donné ; elles seront la copie génétique des cellules du patient : si elles lui sont greffées, elles seront reconnues comme lui appartenant, sans être attaquées par son système immunitaire.
Mais demeure aussi un gros problème à savoir le manque d’ovocytes et comme il faut disposer d’un grand nombre d’ovocytes pour un taux de succès dérisoirement bas, on se trouve dans une impasse.
Pour ce qui concerne le clonage reproductif, il demeure totalement inefficace et de plus dangereux.
L’auteur aborde ensuite les problèmes éthiques posés par tous ces travaux.
Par exemple la culture des cellules souches embryonnaires dérivées d’un embryon humain est strictement proscrite par la religion catholique. Par contre la religion juive estime que l’embryon n’est « humain » qu’au bout de 40 jours après la fécondation. En Israël les recherches sur ces cellules souches humaines sont poursuivies très activement.
Il est à souhaiter que les questions d’ordre éthique évoluent dans le bon sens.
En conclusion, un ouvrage essentiel qui laisse la porte ouverte à tous les espoirs de pouvoir soigner ces maladies qui aujourd’hui semblent n’avoir qu’une issue, la mort. Et plus loin, atteindre à l’immortalité…Mais c’est là une autre question !
Une remarque : cet ouvrage a été publié en 2007 ; donc il n’est pas douteux que beaucoup de nouvelles découvertes ont été effectuées depuis. La biologie cellulaire et moléculaire est en pleine mutation, perpétuelle mutation dirai-je ! Il ne s’est écoulé que 40 ans depuis la découverte de la structure de l’ADN !
Tout récemment, et cela ne figure pas dans cet ouvrage, ont été découvertes des STAPS, cellules qui reviennent à un état pluripotent suite à un stress environnemental : c’est à dire qu’une cellule stressée est amenée à adopter une nouvelle orientation en transitant par un état souche, et cela sans aucune manipulation du noyau ou de transgénèse.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : May 26, 2014 4:18 AM MEST


Isabelle
Isabelle
par André Gide
Edition : Poche
Prix : EUR 4,50

5.0 étoiles sur 5 Subtil et stylé., 3 mars 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Isabelle (Poche)
Isabelle/André Gide
Dans ce bref roman publié en 1911, André Gide s’avère être un maître du suspense.
L’intrigue qui est liée à la découverte inopinée d’une lettre d’Isabelle par Gérard Lacaze le narrateur, jeune étudiant à la recherche de documents anciens destinés à la rédaction d’une thèse, lettre qui ne lui est pas destinée, va créer une ambiance délétère au château de Quartfourche en Normandie.
Lettre qui commence ainsi :
« Mon amour, voici ma dernière lettre… » Que s’est-il donc passé pour que cette lettre soit demeurée cachée dans un recoin des dépendances du château ?
Au château de Quartfourche résident les familles Floche et Saint Auréol liées par les deux sœurs, vieilles familles désargentées, qui hébergent le jeune Casimir, enfant handicapé dont la mère, Isabelle de Saint Auréol n’est visible que par intermittence et nuitamment. Autre personnage, l’abbé Santal qui tient le rôle de précepteur de Casimir.
Gide, dans un style merveilleusement dépouillé, subtil et un peu désuet nous tient en haleine tout au long de ces 150 pages. Un bon moment de littérature.


Vers une société d'abondance frugale : contresens et controverses sur la décroissance
Vers une société d'abondance frugale : contresens et controverses sur la décroissance
par Serge Latouche
Edition : Poche
Prix : EUR 4,60

1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Pour un changement de paradigme économique, social et écologique., 23 février 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Vers une société d’abondance frugale/Serge Latouche
Il n’a échappé à quiconque s’intéressant un tant soit peu à l’évolution des sociétés que notre société de croissance mondialisée est malade de sa richesse. La promesse de cette société d’apporter le bonheur pour tous a failli. De plus en plus de population se trouve exclue de cet eldorado annoncé pour sombrer dans la pénurie. L’abondance consumériste de plus n’a pas engendré le bonheur des bénéficiaires. Par ailleurs, il est à noter que les gens heureux sont de mauvais consommateurs, d’où l’idée de l’abondance frugale pour être heureux, l’ivresse joyeuse de la sobriété choisie comme dit l’écologiste Ivan Illich.
La crise financière et économique actuelle de notre société capitaliste de consommation n’a à ce jour suscité comme solution chez nos édiles qui au lieu de s’attaquer aux causes se contentent de lutter contre les symptômes, que l’austérité ou la relance : la première conduit à la misère pour la plupart de la population et la seconde la dégradation encore plus accentuée de notre planète. Il faut donc trouver autre chose.
Quand on constate que la part la plus importante des recettes fiscales ne sert plus à financer le fonctionnement de l’État mais à engraisser les détenteurs de titres, c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas.
Dans la première partie de son opuscule, l’auteur fait un état des lieux en proposant par petites touches des solutions parfois toutes simples. Encore faut-il que la volonté générale soit d’actualité ! Ce qui est loin d’être le cas.
Le but à atteindre serait « une société où les besoins et le temps de travail seraient réduits, mais où la vie sociale serait plus riche parce que plus conviviale. » (Patrick Mundler)
La machine de la croissance est condamnée sinon à s’arrêter du moins à se mettre en veilleuse sur un régime de croisière. Car l’insuffisance de terres fertiles, l’épuisement des ressources minières et les limites de la planète elle-même sont des paramètres inéluctables.
« L’actuelle augmentation de l’utilisation des ressources naturelles semble accroître les coûts écologiques plus vite qu’elle n’augmente les avantages de la production, ce qui nous rend plus pauvres et non plus riches. »
Herman Daly propose une société « qui ne consomme pas les ressources plus vite qu’elles ne se renouvellent et ne rejette pas de déchets plus vite qu’ils ne sont absorbés. »
La croissance durable est non seulement une erreur mais encore une impossibilité.
La délocalisation consécutive à la mondialisation est une aberration : les exemples ne manquent pas. « Les USA, riches en bois, importent des allumettes du Japon, pays qui doit s’approvisionner auprès des entreprises pilleuses des forêts indonésiennes, quand dans le même temps les Japonais importent leurs baguettes des USA…La tête de laitue de la vallée de Salinas en Californie arrive sur les marchés de Washington après 5000 km de route et consomme pour ce seul transport 36 fois plus d’énergie qu’elle ne contient de calories. Lorsque la laitue arrive à Londrès par avion, elle a consommé 127 fois l’énergie qu’elle contient. »
Le système de production a été déterritorialisé.
« Il faut à présent relocaliser, produire et consommer local afin de réduire l’empreinte écologique. Pour cela le démantèlement de la grande distribution est nécessaire. Il faut reterritorialiser l’ensemble de la vie. »
Mais il ne faut pas faire un contresens : la société de croissance sans croissance est la pire des choses et n’a rien à voir avec le projet de décroissance. Une forte réduction du temps de travail imposé est la première mesure à prendre. Conjointement à la relocalisation et la reconversion écologique (agriculture bio et création d’emplois à teneur écologique), cette mesure créerait les conditions d’une baisse du chômage.
Recycler, réparer, transformer : c’est produire autrement. C’est aussi conduire « la productivité globale à la baisse en abandonnant le modèle thermo-industriel, les techniques polluantes, l’usage inconsidéré des énergies fossiles et les équipements énergivores. »
Changer le mode de vie et juguler les passions tristes : l’ambition, l’avidité, l’envie, l’égoïsme : c’est aussi par là que la décroissance frugale a des chances de voir le jour.
Concrètement, la règle des 8 R est à mettre en vigueur : réévaluer, reconceptualiser, restructurer, relocaliser, redistribuer, réutiliser, recycler. Utopie peut-on répondre !
Il est vrai ; mais il faudra bien « que l’altruisme prenne le pas sur l’égoïsme, la coopération sur la compétition effrénée, l’importance de la vie sociale sur la consommation illimitée, le local sur le global, le relationnel sur le matériel ». En un mot changer le paradigme.
L’auteur ensuite se penche sur la question de savoir si la décroissance implique une réduction drastique de la population. Chacun se fera son idée, mais il apparaît clairement qu’une réduction très progressive de la population permettrait d’éviter le cauchemar d’une réduction brutale à travers des guerres, des massacres, des famines qui à terme sont inéluctables. L’auteur développe ce chapitre en donnant les ingrédients permettant cette réduction (p. 141). Le problème de la démographie doit être abordé avec sérénité mais il est clair qu’une croissance infinie est incompatible avec un monde fini.
Autre problème : « la surconsommation carnée des riches, sources de problèmes sanitaires, mobilise 33% des terres arables de la planète en plus des 30% des terres émergées constituant des pâturages naturels. Une diminution relative de l’élevage avec amélioration du traitement du bétail permettrait, à la fois de nourrir une population plus nombreuse et de façon plus saine et de diminuer l’émission de CO2. »
La question centrale est de savoir si ce mouvement sera imposé par les événements, par des politiques autoritaires, par des méthodes fondées sur la coercition, voire sur la barbarie, ou s’il résultera d’un choix volontaire. »
La croissance est-elle nécessaire pour éliminer la pauvreté du Nord ? Pas sûr quand on voit que la croissance des inégalités du Nord ne fait que s’accélérer avec un paupérisation psychologique provoquée par l’accroissement des besoins réels ou artificiels non satisfaits.
Comment résoudre le problème de la misère des pays du Sud avec la décroissance ?
L’auteur se livre à une étude sérieuse pour affirmer que la croissance à perte de vue n’est pas la bonne solution pour ces pays.
Et les pays émergeants ? Il est clair que la croissance économique chinoise à deux chiffres pose un problème planétaire et le destin du monde et de l’humanité repose très largement sur les décisions des responsables chinois.
Alors l’auteur de poser la grande question : l’idée de cette décroissance pour une abondance frugale est-elle une utopie ? Qui peut soutenir un tel programme ? La révolution se fera –t-elle par le bas ou par le haut ? Sera-t-elle prolétaire ou élitiste ? Quelle force sociale porte une alternative ? L’auteur indique quelques pistes avec prudence et cite l’exemple de pays comme l’Équateur et la Bolivie qui refusent le développement à l’occidentale et les multinationales.
Alors, l’abondance frugale, un rêve ou un espoir ? En tout cas un pari qu’il faudra tenir !
En bref, un très bon petit opuscule qui fait réfléchir et trace quelques voies pour un avenir qui ne soit l’apocalypse. À lire absolument.
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