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SAINT VINCENT DE PAUL, UNE DOCTRINE ?, 23 juin 2011
En me plongeant dans ce livre, je ne m'attendais pas du tout à ce que j'y ai trouvé. Je pensais lire un ouvrage historique sur la barbarie révolutionnaire à l'encontre de la congrégation fondée par Saint Vincent et les filles de la charité ; hors, ce livre se compose de deux parties importantes et bien distinctes.
La première partie est vraiment un combat doctrinal (c'est d'ailleurs le titre du premier chapitre) entre la foi d'un côté et les hérésies (jansénisme etc) et contre ce qu'il nomme les idées nouvelles qui germaient au 17° siècle et qui allaient enflammer la France 130 ans plus tard.
La deuxième partie décrit la rage des révolutionnaires contre les oeuvres de M. Vincent ainsi que le martyrologue détaillé des Prêtres de la Mission, des Filles de la Charité ainsi que le saccage des oeuvres.
Dès la première page (citations de Saint Vincent de Paul), entre autres :
" Un auteur d'hérésie me disait un jour : Dieu est enfin lassé de toutes ces contrées ; il est en colère et il veut résolument nous ôter la foi de laquelle on s'est rendu indigne. Ce serait témérité que de s'opposer aux desseins de Dieu et de vouloir défendre l'Eglise, laquelle il a résolu de la perdre. Pour moi je veux travailler à ce dessein de la détruire." Septembre 1650
L'auteur d'hérésie" dont il parle est le janséniste Abbé de Saint-Cyran.
Quelle surprise de lire ces lignes même en les recadrant dans période du 17° siècle ! Enfin, pour moi, ce fut une surprise surtout avec des mots aussi durs.
Dans l'introduction : M. Vincent voit loin (et là, c'est l'auteur de ce livre (Yves-Marie Salem-Carrière, Prêtre de la Mission) qui écrit :
"Il ne fait aucun doute que Saint Vincent a pressenti les grandes fièvres idéologiques collectives qui allaient enflammer la France et l'Europe 130 ans après sa mort.
"Les opinions nouvelles font un tel ravage... écrit Saint Vincent en mars 1647."
Page 7 :
Nous voici au coeur du problème révolutionnaire tel qu'il est aujourd'hui étudié et connu par les historiens. Le diagnostic vincentien comporte un refus de toute compromission avec un "tel ravage".
Quand Saint Vincent arrive au terme de son existence terrestre, ceux qu'on appelait alors les "libertins" passent d'une certaine clandestinité impuissante à une relative liberté d'expression. Profitant des hérésies déjà ensemencées ou florissantes, ils s'organisent... Ils bénéricient des querelles de théologiens qui divisent les gens d'Eglise et les fidèles...
Jean Racine, plus tard, diagnostique le mal. Les querelles jansénistes puis, sur la fin du 17° siècle, les polémiques de Fénelon avec Bossuet à propos du quiétisme, mobilisent des énergies qu'il aurait fallu concentrer sur un terrain plus vital. Le grand tragédien écrit amèrement : (page 8)
Dans ce combat où deux prélats de France
semblent chercher la vérité,
L'un dit qu'on détruit l'espérance,
L'autre que c'est la charité.
C'est la foi qui se perd et personne n'y pense.
Les mentalités dévient vers une vision de l'homme et du bonheur que Saint Vincent considérait comme néfaste et étrangère à la théologie traditionnelle... Saint Vincent est un réaliste. Pour lui, l'amour de Dieu comme celui du prochain, passe par "la force des bras et la sueur du visage".
Il est par avance l'anti-Rousseau. Tout en Monsieur Vincent s'oppose à celui qui deviendra le directeur de conscience de la Première République.
Page 9 et 10 : Le combat doctrinal
Oppositions fondamentales :
"L'antinomie qui dure en France depuis 2 siècles oppose le rousseauisme, toujours agissant dans l'intelligentsia libérale ou gauchisante, à la conception chrétienne de la nature humaine...
... Les discours de Robespierre sont parfois de pures et simples citations du Contrat social ou de l'Emile. Selon cette philosophie l'être humain, à l'état naturel, est bon et en possession de toutes les vertus...
M. Vincent contre Jean-Jacques
"Quel contraste entre Rousseau et M. Vincent !
Il s'agit de deux mondes inconciliables. Regardez Vincent de Paul. Il ne batît aucune théorie mais il chemine dans les rues sombres et froides, et il se penche tendrement vers le sol où gémit un petit enfant. Il est l'image de la vraie éducation, celle de l'amour, des bras protecteurs. Aussi sera-t-il le fondateurs des Enfants-Trouvés".
Et voici Jean-Jacques, selon son propre témoignage :
"Nous allâmes passer l'automne au château de Chenonceaux... Tandis que j'engraissais à Chenonceaux ma pauvre Thérèse engraissait à Paris d'une autre manière... L'enfant fut déposé par la sage-femme au bureau des enfants trouvés... L'année suivante même inconvénient et même expédient... Thérèse devint grosse pour la troisième fois, mon troisième enfant fut donc mis aux enfants trouvés". (Confessions, Préface de Emile ou de l'Education, Paris, Garnier-Flammarion, par M. Launay pages 6 et 7).
Saint Vincent professe que l'amour du prochain exige qu'on le protège du mal et de l'erreur. Il croit à la nécessité de la censure, comme il croit à la protection contre la contagion des épidémies...
page 13 :
"La liberté de l'anarchiste s'appelle incendies et explosifs. La liberté de l'avare se nomme usure, celle de l'ivrogne prend le nom d'ivrognerie. Et qui ne comprend que le renard libre dans le poulailler libre, c'est le massacre et la mort des plus faibles ?
page 17 :
"Pensera-t-on alors qu'il est nécessaire de supprimer les oppresseurs (il y en a toujours) et les profiteurs (il y en a toujours) ? On retrouvera la nature humaine. Ainsi, après avoir tué le Roi et les opposants, les révolutionnaires se sont-ils tués entre eux, au nom des vertus républicaines.
page 20 :
...Autrement dit, ne trouvant pas la fraternité qu'ils avaient décrétée, les révolutionnaires semèrent la mort.
... Si Rousseau donne comme règle de conduite "la volonté générale", notion confuse et variable, Saint Vincent refuse toute autorité appuyée sur l'opinion.
page 28 :
"Jean Baptiste de la Salle avait multiplié en 1712 les petites écoles alors que Voltaire écrivait 50 ans plus tard : "Il est à propos que le peuple soit guidé et non qu'il soit instruit, il n'est pas digne de l'être". (Lettre à Damiaville le 19 mars 1766)
Le même héros de la Révolution écrit encore : "Le peuple sera toujours sot et barbare, ce sont des boeufs auxquels il faut un joug, un aiguillon et du foin". (Lettre à Tabareau, 3 février 1769).
page 46 :
... "De nos jours, il (M. Vincent) passerait pour un intolérant, un esprit fermé au monde, un fascite. Il est bien vrai qu'il ne ferait pas partie de ce troupeau d'oies dont parle Gustave Thibon, qui défile en criant : Vive le foie gras !"
page 49 :
L'abbé Grégoire
... Si l'abbé Grégoire refuse de se "déprêtriser", il prend part à toutes les assemblées révolutionnaires et semble faire l'impasse sur le massacre de deux millions de Français. Sa passion dominante est la haine de la monarchie.
En conclusion :
Ce livre contient également des chapites sur le pillage de Saint-Lazare, sur la constitution civile au martyre, sur l'impossible ralliement d'Adrien Lamourette, sur l'abbé Grégoire, sur le saccage des oeuvres de la congrégation, sur la grande détresse des enfants trouvés et, bien sûr, des prêtres et soeurs de la Mission martyrisés, sur septembre 1792 et la Terreur.
Ce livre est un livre d'Histoire qu'il convient évidemment de replacer dans l'époque des 17° et 18° siècles. Saint Vincent est un fervent partisan de la monarchie de droit divin et par conséquent, anti-révolutionnaire.
Il critique avec force le clergé de l'époque, il l'accuse même très durement.
En ce qui me concerne, c'est tout un côté de Saint Vincent que j'ignorais.
4° de couverture :
" L'oeuvre charitable de M. Vincent demeure d'une actualité universelle et elle est justement célébrée. Mais on ne doit pas la réduire aux dimensions d'une assistance sociale, même admirable.
La pensée et l'action de Saint Vincent de Paul ont été inspirées par une doctrine ferme et un profond amour de Dieu. Ni l'une ni l'autre n'ont de racines communes avec l'idéologie révolutionnaire.
Ce livre montre que les oppositions sont fondamentales entre la pensée de Saint Vincent et les "opinions nouvelles" qui ont triomphé au 18° siècle et ont abouti à une persécution en règle.
Il rappelle aussi la violence exercée par les révolutionnaires contre l'oeuvre de M. Vincent, au détriment des pauvres, des malades et des enfants abandonnés.
Enfin, l'auteur, prêtre de la Mission, s'acquitte d'un devoir de piété filiale en publiant un martyrologue des prêtres de sa congrégation et des Filles de la Charité, persécutés ou martyrisés pendant la Révolution.