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Contenu rédigé par LANUSSE Guillaume
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Commentaires écrits par
LANUSSE Guillaume
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Urban Massai - la Cité des Fleurs
Urban Massai - la Cité des Fleurs
par Andras Fenris
Edition : Broché
Prix : EUR 15,50

5.0 étoiles sur 5 Drôle, subversif et intelligent, 25 juillet 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Urban Massai - la Cité des Fleurs (Broché)
Excellent roman, dont l'écriture, profondément cinématographique, nous rappelle que la vraie littérature demeure subversive. Riche en actions et rebondissements inattendus, l'intrigue demeure haletante, et nous fait découvrir au fil des pages des personnages attachants. Entre conte initiatique, thriller et aventures, ce récit, aux antipodes de la pornographie, renouvelle le Bildungsroman. Entre Mark Millar et John Romita Jr (les créateurs de Kick-Ass), Raymond Radiguet, Henry Miller et Romain Gary, ce roman vous plongera dans la quête initiatique d'un adolescent cherchant à s'évader d'un monde violent.


Le contrat naturel
Le contrat naturel
par Michel Serres
Edition : Poche

19 internautes sur 22 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Presque vingt ans avant le Pacte écologique, 8 juin 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le contrat naturel (Poche)
Il faut lire ce livre pour se rendre compte de la vanité et de la vacuité des critiques qui lui ont été faites injustement. Michel Serres n'est ni un intégriste écologiste, ennemi pessimiste et conservateur du progrès et de la technique, ni un technophile naïf et optimiste. A travers ce livre, qui est en avance sur son temps, puisqu'il a fallu vingt ans pour se rendre compte de sa force et de son actualité - mais philosopher, pour Michel Serres, c'est anticiper - l'auteur se félicite que l'humanité soit, conformément aux vœux de Galilée et de Descartes, "comme maître et possesseur de la nature." Mais il faut à présent renoncer à l'idéal prométhéen, non pas en abandonnant nos techniques et nos sciences - bien au contraire ! - mais en apprenant à devenir maître de notre maîtrise de la nature. Il faut apprendre à maîtriser notre maîtrise de la nature. Et c'est paradoxalement la science - aidée de la philosophie - qui doit nous permettre de maîtriser notre maîtrise de la nature, en passant d'une relation exclusivement parasitaire à une relation symbiotique à l'égard de la nature. Et cette nouvelle relation, pas seulement parasitaire, mais encore et surtout symbiotique, que nous devons inaugurer à l'égard de la nature, n'est pas seulement un impératif écologique. Il s'agit d'un impératif éthique, politique et juridique. Etre éduqué et autonome, c'est apprendre à ne pas parasiter l'autre, et il faut élargir cet autre à la nature, car c'est en transformant notre rapport à la nature que nous transformerons notre rapport à l'autre, et réciproquement. Il faut faire la paix avec les hommes pour faire la paix avec la nature, et faire la paix avec la nature pour faire la paix avec les hommes.
Qui oserait affirmer le contraire ? En quoi Michel Serres ici fait-il preuve de mysticisme ou d'intégrisme ? Qui oserait aujourd'hui nier que la guerre militaire est désastreuse du point de vue de l'environnement, comme la compétition économique, dérégulée et faussée ?
C'est là tout le sens de ce que Michel Serres appelle "contrat naturel", qui prend donc la forme non pas d'une dialectique, mais du chiasme. Et c'est également la raison pour laquelle la pensée de Serres est indissociable de son style. Travail d'écriture et réflexion philosophique demeurent profondément liés, et son style, très proche du style " à sauts et gambades " de Montaigne, est déjà une manière de faire la paix avec les hommes et la nature. Son écriture nous ouvre déjà la voie de la paix et de la douceur.
Pour ceux que le style - et donc la pensée - de Serres rebute, n'oubliez pas que les plus grands philosophes français étaient en même temps de très grands écrivains. En considérant que le travail philosophique est toujours déjà un travail d'écriture, Michel Serres ne fait rien d'autre que se placer dans la lignée de nos plus grands penseurs, tels que Montaigne, La Bruyère, Montesquieu, Diderot, Voltaire, Rousseau. Il faut être vraiment inculte ou de mauvaise foi pour faire semblant d'ignorer cela.
Que l'on cesse donc de caricaturer et de trahir la pensée de Serres, et que l'on se mette à le lire, sans a priori.
La thèse qu'il défend dans le Contrat naturel sera explicité quelques années plus tard, dans un texte bref et pertinent intitulé Retour au contrat naturel. Dans son dernier ouvrage, Le Mal-Propre, Serres approfondit sa réflexion sur l'environnement, qu'il avait déjà initiée dans Le Parasite au début des années 1980, et montre avec brio les liens intimes entre logique d'appropriation et pollution. A lire de toute urgence !


L'art des Ponts : Homo pontifex
L'art des Ponts : Homo pontifex
par Michel Serres
Edition : Relié
Prix : EUR 39,00

6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Une synthèse brillante, un ouvrage magnifiquement illustré, 30 décembre 2006
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Excellent ouvrage de Michel Serres, qui s'annonce comme le livre de tous ses livres, une synthèse remarquable de la pensée du marin-philosophe et citoyen du monde. Le pont est exploré dans toutes ses dimensions, de l'ontologie à l'architecture proprement dite en passant par la biologie, les mathématiques, la physique et les sciences humaines. Les ponts constituent à la fois la méthode et l'objet de la méthode de Michel Serres, qui s'est toujours attaché à construire, de Hermès à Récits d'humanisme, des ponts entre la nature et la culture, la foi et la raison, la religion et la science, les sciences dures et les sciences humaines . L'illustration très riche permet de donner de la chair à la pensée de Serres. Un très beau livre à offrir pour comprendre la pensée du philosophe français le plus audacieux de notre temps.


LES ORIGINES DE LA GEOMETRIE. Tiers livre des fondations
LES ORIGINES DE LA GEOMETRIE. Tiers livre des fondations
par Michel Serres
Edition : Poche

8 internautes sur 16 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Une révélation, 29 décembre 2006
Ce commentaire fait référence à cette édition : LES ORIGINES DE LA GEOMETRIE. Tiers livre des fondations (Poche)
Ouvrage excellent qui termine la réflexion de Michel Serres sur les fondations inaugurée par Rome et Statues. Serres montre la complexité du sujet abordé et explore toutes les implications sociales, politiques, théologiques, morales et scientifiques de la naissance de la géométrie. Les sciences humaines, notamment la sociologie, l'ethnologie et l'anthropologie, ont dénoncé l'européocentrisme des puissances occidentales qui ont imposé pendant près de cinq siècles leur domination économique, technique, militaire et culturelle sur le reste de la planète. Convaincues de porter le fardeau de la civilisation, se sentant investies d'une mission religieuse et civilisatrice, les puissances européennes ont colonisé, envahi, spolié et violé les continents africain, américain, asiatique et océanique. Or l'affirmation de l'universalité des valeurs occidentales a servi à légitimer ce sacrifice des cultures non européennes. Car c'est au nom des valeurs occidentales prétendument universelles que l'Europe coloniale a conquis et soumis le reste du monde. La sociologie, l'ethnologie et l'anthropologie ont permis de prendre conscience de l'illusion dangereuse d'européocentrisme et de la valeur intrinsèque des cultures et des valeurs des sociétés non-européennes. Sous prétexte d'universalité, les puissances européennes ont soumis la différence au principe d'identité, l'autre au même. C'est cette subversion de l'universalité par la glorification du même que révèlent les travaux des sociologues, des ethnologues et des anthropologues. L'apport des sciences humaines est donc considérable, car il a rendu possible le salut de l'Occident par la reconnaissance et par le respect des valeurs des sociétés non-européennes dans leur diversité. Les sciences humaines enseignent ce que Montaigne affirmait déjà dans les Essais : il faut apprendre à respecter les différences culturelles, religieuses, linguistiques qui existent inévitablement entre les diverses sociétés humaines. La différence gît au caeur même de l'être et se manifeste parmi tous les êtres vivants, et notamment chez les êtres humains. Il faut reconnaître l'existence de différences entre les cultures afin de se déprendre de la passion du même qui mène à la folie coloniale, à la violence, à la guerre et à la cruauté. C'est le message fondamental que délivrent les sciences humaines à l'égard de l'homme blanc d'Occident.

Cependant, on peut se demander si la glorification du principe de la différence n'a pas au fond les mêmes effets pervers que la sacralisation du principe d'identité. En effet, si la remise en cause de l'européocentrisme est salutaire, il n'en demeure pas moins que l'affirmation dogmatique de la différence au détriment du principe d'identité engendre également l'absence de dialogue et d'ouverture entre les cultures, le racisme, le nationalisme belliciste, la violence, la guerre et la cruauté entre les hommes aux appartenances différentes. Car c'est au nom du sacro-saint principe de la différence que les guerres communautaires et civiles se développent et que les droits de l'homme et du citoyen sont rejetés, taxés de valeurs occidentales et particulières.

L'affirmation dogmatique du principe d'identité engendre la cruauté coloniale. C'est un faux universel que les sciences humaines ont démasqué. Mais le sacrifice du principe d'identité et la glorification du principe de différence servent à légitimer toutes les guerres civiles, les dictatures et la cruauté raciste. Dans les deux cas, on se trouve confronté à la violence sous toutes ses formes, et l'universel est oublié, nié, insulté. Dans ces conditions, comment penser au sein d'une articulation harmonieuse le principe d'identité et le principe de différence sans pour autant sombrer dans une spéculation dialectique, laquelle appartient à l'arsenal théorique servant à légitimer les colonisations ? C'est ce défi à la pensée que prend en charge Michel Serres dès le début de son ouvrage. Les origines de la géométrie vont justement permettre de penser un universel authentique, qui n'est pas un local caché s'imposant au global. En partant à la recherche des origines de la géométrie, Michel Serres entreprend de découvrir un universel authentique qui rend possible la science, les progrès techniques, et un véritable dialogue entre les cultures permettant une véritable mondialisation culturelle. Ce défi de la pensée est donc décisif, car ses implications sont à la fois et en même temps scientifiques, juridiques, politiques, culturelles, voire religieuses. A travers des analyses magistrales, qui montrent que réflexion philosophique et travail d'écriture sont indissociables, Michel Serres construit un pont entre sciences humaines et sciences dures effectuant ainsi ce qu'il appelle le passage du Nord-Ouest, et révèle que géométrie et monothéisme sont indissociables.


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