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Le rat à la page "Le rat à la page" (Paris)

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La confusion des sentiments
La confusion des sentiments
par Stefan Zweig
Edition : Poche
Prix : EUR 4,60

10 internautes sur 12 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Un beau roman court, 26 février 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : La confusion des sentiments (Poche)
"Quant à moi je ne pouvais pas bouger, j'étais comme frappé au coeur. Passionné et capable seulement de saisir les choses d'une manière passionnée, dans l'élan fougueux de tous mes sens, je venais pour la première fois de me sentir conquis par un maître, par un homme ; je venais de subir l'ascendant d'une puissance devant laquelle c'était un devoir absolu et une volupté de s'incliner."

Il est de ces titres de livres qui suscitent directement l'admiration. La confusion des sentiments. En trois mots, Stephan Zweig nous plonge sans détour dans le vif du sujet. Doutes, tourmente, souffrance, délectation, désir : la ronde capricieuse des sentiments est décrite dans ce court roman avec une précision, un réalisme et une sensibilité remarquables.

L'histoire est celle d'un vieux professeur, R. de V. qui au soir de sa vie revient sur sa jeunesse et la rencontre décisive qui bouleversa son existence. Celle qu'il eut tout jeune étudiant à l'université avec un professeur fascinant, son "maître", qui le plongea dans les affres de la création et de la connaissance. Cet homme érudit, passionné, excellent professeur, cache cependant un lourd secret. Le jeune R. de V. tente de le mettre à jour et ce faisant se confronte aux sentiments les plus conflictuels qui puissent être donnés à l'aube de sa vie d'homme.

Stephan Zweig a un réel talent pour décrypter avec méticulosité la naissance des sentiments, l'obsession, la vénération. Il sait effleurer avec finesse les tabous, les choses cachées, ces sentiments à peine ressentis qu'ils s'envolent et laissent seulement une trace derrière eux, telle la fumée qui trahit le feu qui brûle. On ne peut que saluer l'intelligence avec laquelle il traite d'un sujet réellement audacieux pour son époque. L'homosexualité est ainsi devinée en filigrane tout au long du livre, mais avec une profonde telle délicatesse et vérité.

On a cependant parfois des difficultés à comprendre les élans excessifs du jeune garçon, son attitude de jeune vierge énamourée, et on est souvent dérouté par les proportions que peuvent prendre ses réactions. Il y a peut être un décalage entre l'époque de l'histoire et celle du lecteur, qui fait que l'on a souvent du mal à réellement se sentir concerné par les affres du narrateur. Si pour certains l'absence de rationalisation dans les histoires de Zweig constitue son point fort, il est pour moi clairement une faiblesse dans ce récit.
Par ailleurs, on a souvent l'impression que la traduction trahit le lyrisme original des mots allemands pour former des phrases à rallonge. Le résultat quelque peu pompeux du passage de la langue allemande à la langue française n'est pas forcément des plus heureux.
Mais la fin du récit est plutôt magistrale dans son genre : le dénouement et toute la passion, le trouble et la souffrance qu'il porte est admirable. On y retrouve avec fébrilité les questions du poids de la société et de la morale, du regard des autres, et de la difficulté de vivre dans le secret.

Quant à l'histoire, elle met avec brio le doigt sur l'ambiguïté d'une relation entre hommes, s'interrogeant sur les pulsions, et l'ambivalence de la relation maître/élève. On frôle les hautes sphères de la création intellectuelle, celles dans lesquelles les esprits se retrouvent et où les corps sont frustrés de ne pouvoir connaître une telle fusion.

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Salvatore - tome 3 - Une traversée mouvementée (T3)
Salvatore - tome 3 - Une traversée mouvementée (T3)
par Nicolas de Crécy
Edition : Relié
Prix : EUR 12,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Du très bon Nicolas de Crécy, 26 février 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Salvatore - tome 3 - Une traversée mouvementée (T3) (Relié)
"Est-ce que tu crois qu'en Amérique Latine les mâles sont plus virils qu'en Europe ? A ton avis, une trop longue absence peut-elle entraîner, comment dire?... Une sorte d'oubli ?... Comme une image qui s'efface ?"

Sur Nicolas de Crécy, j'avais un avis partagé. Des dessins parfois sombres, au trait brouillon, prétentieux, un peu violents même. Mais il est également un talentueux narrateur, aux univers poétiques et au dessin parfois sublime. Un auteur difficile à aborder donc, mais certaines de ses bandes-dessinées me disaient explicitement que j'avais tout intérêt à continuer à m'y pencher avec attention.

La sortie du tome 3 de Salvatore, Une traversée mouvementée, était l'occasion de se plonger dans les deux précédents tomes et de découvrir à travers les aventures loufoques de Salvatore, un condensé de ce qui fait que l'on aime de Crécy.

Salvatore est un chien garagiste, qui se nourrit exclusivement de fondu savoyarde, empêtré dans un projet de "mécanique amoureuse", destiné à retrouver l'amour de sa jeunesse, la belle Julie. Cette dernière est une petite chienne blanche issue d'une famille de diplomates qui a du déménager en Amérique Latine. Le destin de Salvatore croise celui d'Amandine, une énorme truie myope et bonne poire, qui donne naissance à treize porcelets sur un toit de Paris. Les destins croisés de ces deux protagonistes vont nous amener à traverser l'Europe, rencontrer des vachettes artistes conceptuelles ou encore l'assistant de Salvatore, un petit humain aux grandes lunettes toujours caché derrière sa "machine" (un ordinateur connecté à Internet).

Ces trois tomes nous offrent le plaisir de retrouver des personnages étranges, mi-humains mi-animaux, avec un graphisme vraiment abouti, des couleurs très belles, et un rythme et un sens de la narration très réussis. Les personnages sont attachants, souvent bourrés de défauts et toujours drôles.
Pas d'essoufflement en vue à la fin du troisième tome, on attend avec impatience le quatrième.

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The Autobiography of a Mitroll, tome 2 : Is Dad a Troll ?
The Autobiography of a Mitroll, tome 2 : Is Dad a Troll ?
par Guillaume Bouzard
Edition : Cartonné
Prix : EUR 11,99

1 internaute sur 3 a trouvé ce commentaire utile :
2.0 étoiles sur 5 Décevant, 26 février 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Autobiography of a Mitroll, tome 2 : Is Dad a Troll ? (Cartonné)
"Ha non mon gars ! Désolé de te décevoir mais je ne suis pas ton père! Même si j'avoue que ta mère était une sacrée belle poulette !"

Voici la suite des aventures de Guillaume, parti à la recherche de son père, un troll qui serait caché dans la forêt de Brocéliande. Dans "Is dad a troll ?"On reprend l'histoire là où on l'avait laissée, et Bouzard y ajoute quelques ingrédients loufoques : elfes, trolls, garagistes armés, touristes allemands et bigoudène taciturne. L'intrigue est plus aboutie que le tome 1, avec un peu moins de temps morts et des répliques amusantes, et un humour toujours présent. Ce qu'on aime : la façon dont l'absurde et le réel sont intriqués.

Cependant, une fois encore, la sauce ne prend pas : on voit où l'auteur veut nous emmener, on comprend les ficelles qui sont tirées pour nous y amener, on a envie d'y croire, mais malgré tout on ne se laisse pas prendre complètement par l'histoire. Bouzard cherche à nous plonger dans un univers absurde, mais les longueurs et les trous dans le scénario empêchent le lecteur de se sentir vraiment entraîné. C'est une question de rythme, souvent trop précipité, parfois vraiment languissant.

Reste que l'on retrouve dans ce tome 2 ce qui fait le charme du premier tome : un dessin simple et efficace, et la liberté prise par rapport aux espaces. Les dessins ne se limitent pas aux cases, ils dépassent, s'étalent, ce qui crée une vraie continuité au sein d'une planche. On a certains panoramas proches du cinéma qui font le petit plus de Bouzard.

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Gainsbourg (Hors champ)
Gainsbourg (Hors champ)
par Joann Sfar
Edition : Relié
Prix : EUR 39,00

3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Un très bel objet, à lire après le film, 26 février 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Gainsbourg (Hors champ) (Relié)
"Je ne veux pas qu'on m'aime mais je veux quand même"

Joann Sfar nous avertit au début de son livre : "dans l'idéal, j'aimerais bien qu'on voit d'abord le film avant de plonger le nez dans ces carnets. je crois que ces dessins n'ont d'intérêt que dans le rapport dialectique qu'ils entretiennent avec le film".
Et en effet, pour ne pas se perdre dans ce pavé de plus de 400 pages, le lecteur a plutôt intérêt à avoir vu le film "Gainsbourg Vie héroïque" au préalable. Car Gainsbourg hors champ, ce n'est pas vraiment une bande dessinée. Ce n'est pas non plus un simple carnet de croquis ou un story board : c'est un savant mélange de tout ça, brouillon, coloré, poétique.
Nous plongeons dans un univers de planches désordonnées, aux formats variables, et on y ressent une vraie liberté. Le carnet de route de Joann sfar est baigné de poésie, de sensibilité, et l'on y côtoie les univers de deux artistes : Serge Gainsbourg et Joann Sfar. La cohabitation est réussie. En parcourant les pages, le lecteur se sent privilégié de pouvoir observer le processus de création du film, de se voir livrer brutes et sans détours les réflexions d'un artiste sur un autre artiste, de voir se confronter les questions d'un dessinateur face au cinéma. On y trouve en vrac des scènes qui ne seront pas tournées, des citations du grand Serge, des prises de note à la va vite, des portraits, des croquis, des impressions...

On voit Sfar travailler les détails : costumes, ambiances, textes, dialogues. Gainsbourg hors champ met sur papier les coulisses de l'écran. Le lecteur a le droit de pénétrer l'esprit de Sfar le réalisateur et c'est une sensation grisante. On partage avec lui la confusion naissante qui opère quand Serge, Jane et les autres commencent à se fondre dans les acteurs qui les incarnent (on retiendra surtout l'impressionnant Eric Elmosnino et la touchante Lucy Gordon). On y comprend les questions posées par le passage de la BD au cinéma : quelle complémentarité entre le septième et le neuvième art, quelles accointances ?

Les planches se succèdent, inégales, dans un fouillis d'aquarelles, de traits noirs, de croquis et de textes. On apprécie le trait épais et forcé de certains dessins, leur force. Quelques pages font penser à des planches de tendances, où les couleurs en vrac et les mots dispersés tentent de définir une ambiance.

Attention cependant : Gainsbourg hors champ n'est pas à lire d'une traite, on frôlerait facilement d'indigestion. Non, il convient plutôt de le feuilleter, sans s'imposer une lecture suivie, mais en s'octroyant la liberté d'aller d'une scène à une autre, de revivre certains moments du film, ou d'en étudier la genèse. Et pour ne rien gâcher, le livre est vraiment un très bel objet.

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Les Trois Brigands
Les Trois Brigands
par Tomi Ungerer
Edition : Cartonné
Prix : EUR 5,10

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Madeleine littéraire, 26 février 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Trois Brigands (Cartonné)
"Il était une fois trois vilains brigands, avec des grands manteaux noirs et de hauts chapeaux noirs."

Les trois brigands, c'est un peu ma madeleine de Proust littéraire. La seule vue de la couverture de ce classique pour enfants me rappelle mes soirée d'il y a vingt ans où je lisais et relisais sans me lasser cette histoire à la Robin des bois. Chaque semaine le bibliobus passait à l'école, et chaque semaine Les trois brigands faisait partie de ma sélection, au grand dam de ma maman qui espérait me voir élargir mes horizons livresques... J'étais fascinée par leurs trois grands chapeaux noirs et leurs trésors qui brillent, et je riais en voyant que la petite orpheline Tiffany avait réussi à les amadouer avec ses boucles blondes et à les transformer en bienfaiteurs.
C'est un livre à avoir dans sa bibliothèque, aussi bien pour sa couverture colorée, ses dessins naïfs qui rappellent des ombres chinoises, l'histoire drôle et pleine de bons sentiments, que pour les souvenirs qu'il contient.
Pour un livre édité en 1962, l'univers graphique est d'une modernité épatante. Et les thèmes abordés (le monde des brigands, l'abandon de l'orpheline, le trésor, le château) restent des incontournables de la littérature enfantine.

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Faire l'amour
Faire l'amour
par Jean-Philippe Toussaint
Edition : Broché
Prix : EUR 6,80

6 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Une très belle écriture, 26 février 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Faire l'amour (Broché)
"C'est l'histoire d'une rupture amoureuse, une nuit, à Tokyo. C'est la nuit où nous avons fait l'amour ensemble pour la dernière fois. Mais combien de fois avons-nous fait l'amour ensemble pour la dernière fois ? Je ne sais pas, souvent."

Comment se détache-t-on de la personne aimée lorsque l'amour ne suffit plus ? Comment quitte-t-on le corps qui nous fait jouir alors qu'il nous est aussi familier que notre propre corps ?

Avec son écriture crue et froide Jean-Philippe Toussaint nous donne des pistes de réponse, sans concession mais avec une poésie mordante, profonde, violente.
Faire l'amour, c'est l'histoire du narrateur qui aime Marie, mais qui ne peut plus l'aimer. Il se retrouve avec elle à Tokyo, là où ils feront l'amour pour la dernière fois, dans la suite d'un hôtel de luxe. C'est donc l'histoire d'une rupture, avec tout ce qu'elle comporte de logiquement douloureux, mais aussi d'absurde et de poétique.
Le théâtre de leur dernière nuit est parfaitement décrit, Tokyo la ville résolument contemporaine, presque inhumaine mais vivante, organique, haute et froide. Elle est à la fois menaçante et enveloppante. Dans sa certitude elle est une alternative à la relation qui s'effiloche et qui fait mal.
Tokyo c'est également les tremblements de terre, qui terrifient, menacent les êtres et les rapprochent. Jean-Philippe Toussaint joue avec ces symboles : pluie, neige, terre instable, les éléments s'accordent pour refroidir, endormir, aviver et dramatiser cette dernière nuit d'amour
Toute l'histoire est éclairée par la lumière froide d'un néon, avec une précision mécanique, que l'on retrouve dans l'utilisation de répétitions à bon escient, qui nous permettent de comprendre l'incertitude et les errances du narrateur, sa dureté et ses pulsions (de départ, de mort, de destructions, de sexe).
Il y a là aussi des moments de pure beauté, un regard sur l'autre, sur soi, sur la disparition et le repli absolument bouleversants.

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Truismes
Truismes
par Marie Darrieussecq
Edition : Poche
Prix : EUR 6,20

2 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Une belle surprise, 26 février 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Truismes (Poche)
"De ma splendeur ancienne, tout ou presque avait disparu. La peau de mon dos était rouge, velue, et il y avait ces étranges taches grisâtres qui s'arrondissaient le long de l'échine. Mes cuisses si fermes et si bien galbées autrefois s'effondraient sous un amas de cellulite. Mon derrière était gros et lisse comme un énorme bourgeon. J'avais aussi de la cellulite sur le ventre, mais une drôle de cellulite, à la fois pendante et tendineuse. Et là, dans le miroir, j'ai vu ce que je ne voulais pas voir."

"Truisme n.m (angl. truism, de true, vrai). Vérité d'évidence, banale, sans portée."
Le titre ne nous dit pas grand chose de la suite de l'histoire, au mieux il nous égare, au pire il nous laisse supposer que l'on va assister à une fable qui va nous ouvrir les yeux sur des évidences, un cliché géant qui qui va nous révéler ce que nous savons déjà.
On apprend bien des choses dans ce livre. Mais Truismes est tout sauf banal, et loin d'être une "vérité tellement évidente qu'elle ne valait pas la peine d'être dite". Bien au contraire, tout y est récit et surprises. On y voit du dégoûtant, du drôle, de l'ironique, de l'absurde, du pornographique, le tout énoncé dans un style jubilatoire, violent, toujours énergique et rythmé.

L'histoire, tout le monde la connaît, n'oublions pas que Truismes, premier roman de Marie Darrieussecq, a été publié en 1996 et a connu un immense succès. Une jeune femme se transforme peu à peu en truie, faisant la description des métamorphoses qu'elle subit au quotidien. Il faut dire que dès le début elle n'est pas gâtée par la vie : pauvre, stupide, mal-aimée, et d'une immense naïveté, elle travaille dans une parfumerie qu'elle trouve "chic" et vend son corps à des hommes mais ne s'abaisserait pas à se faire payer pour ses "massages" pour autant. "Mes massages avaient le plus grand succès, je crois même que le directeur de la chaîne soupçonnait que je m'étais mise de ma propre initiative aux massages spéciaux, alors que normalement on laisse un peu de temps à la vendeuse avant de l'y inciter."

On ne peut qu'être impressionné face à ce premier roman, plein d'imagination, que l'on lit d'un seul trait, comme porté par l'élan de la narration. Marie Darrieussecq dissèque avec une écriture incisive et audacieuse le rapport au corps, avec des descriptions sensorielle qui atteignent parfois une véritable perfection dans le réalisme. "Je me suis allongée dans la flaque et j'ai étiré les pattes, ça m'a fait un bien fou aux articulations. Ensuite je me suis roulée plusieurs fois dedans, c'était délicieux, ça faisait du frais sur ma peau irritée et ça détendait tous mes muscles, ça me massait le dos et les hanches. Je me suis à moitié assoupie. J'étais toute parfumée à la boue et à l'humus (...)"
La métamorphose du corps, la relation entre animalité et humanité sont ici ambiguës. La narratrice, dans sa confondante naïveté, reprend en effet du poil de la bête au fur et à mesure des modifications de son corps : elle devient de plus en plus maîtresse d'elle-même jusqu'à se retourner violemment à la fin contre ceux qui ont abusé d'elle. Son statut de truie la force à réfléchir, même si, et c'est ce qui surprend le lecteur, elle accepte sans lutte véritable sa métamorphose, trop peu habituée à se révolter contre le mauvais sort.

Le style paillard, la candeur presque niaise de la narration, et les distorsions du réel vers des éléments quasi fantastiques créent un décalage tout à fait surprenant et entraînant entre l'absurde et le réalisme.
Avec Truismes, Marie Darrieusecq flirte avec la parodie, entre sa fable politique, ses élans de féminisme et la dénonciation d'une société résolument phalocrate, où la femme n'a pas la maîtrise de son corps et ramasse les miettes de sa dignité du bout de son groin...

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Le grand passage : La Trilogie des confins (2)
Le grand passage : La Trilogie des confins (2)
par Cormac McCarthy
Edition : Poche

7 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Un livre puissant ([...], 26 février 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le grand passage : La Trilogie des confins (2) (Poche)
"Car ce qui est profondément vrai est vrai aussi dans le coeur des hommes et nul récit ne peut en contrefaire la vérité. C'était donc cela son idée. Si le monde n'est qu'un récit qui d'autre que le témoin peut lui donner la vie ? Pourrait-il trouver ailleurs son existence ? Telle était de plus en plus sa vision des choses. Et il commençait à voir en Dieu une terrible tragédie."

N'étant pas férue de littérature américaine, la lecture de La route en 2009 avait été un vrai saisissement. Le lecteur est frappé de plein fouet par la force de l'écriture, de l'histoire, des dialogues. Les phrases sont réduites à leur essentiel et c'est parce qu'elles sont épurées à l'extrême qu'elles sont si fortes. Il est vrai qu'il y a dans La route une vraie synchronisation entre la nudité des mots et celle de l'intrigue : dans un monde chaotique au bord du néant et où l'humanité survit sans espoir, cette écriture drastique se trouvait parfaitement justifiée.

On retrouve ce style tout à fait marquant dans Le grand passage, le deuxième opus d'une trilogie dans laquelle McCarthy explore "les confins". Il s'attarde ainsi dans le territoire à la frontière des Etats Unis et du Mexique : grandes contrées sauvages, déserts et montagnes, bush et forêts enneigées. Si la nature est sauvage, elle l'est moins que l'homme, qui ressort dans toute sa violence et sa complexité. Mais également dans tout son humanisme et sa perplexité face au monde qui l'entoure.
Le grand passage a des accents de récit initiatique au début : le lecteur suit le jeune Billy Parham, fils de fermiers américains, qui un jour, ne pouvant se résoudre à tuer une louve prise dans l'un des pièges qu'il a tendu avec son père, décide de la ramener de l'autre côté de la frontière, de là où elle vient. Variation sur le thème de croc-blanc. La suite du récit est jalonnée de rencontres fortes et pleines d'enseignements pour le jeune homme de seize ans, et pour le lecteur qui le suit. Réflexions et questions sur le sens de la vie, sur les épreuves que nous envoie dieu pour nous tester (que l'on croit en son existence ou non), sur la fatalité, le destin, le lien entre l'homme et la nature, l'homme et la société... Un roman riche, très riche, à l'écriture puissante. Une vrai force littéraire ressort de chaque page tournée. Avec comme thème dominant la liberté insaisissable, la confrontation entre les aspirations humaines et les murs contre lesquels elles se fracassent violemment. Les longues pages de descriptions ne doivent pas effrayer le lecteur, les considérations auxquelles elle mènent valent vraiment le détour.

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